Fragilité

© Marlen Sauvage 2021

« Nous vivons dans une époque où l’on n’a le droit de vivre que si l’on est parfait. Toute insuffisance, toute faiblesse, toute fragilité semblent bannies. Mais il est une autre façon de se sauver : c’est de construire, comme toi, une autre terre, une terre féconde, la terre de ceux qui savent qu’ils sont fragiles. »

Alessandro D’Avenia, L’art d’être fragile : comment un poète peut sauver ta vie, PUF, 2018

Carnet des jours (50)

© Marlen Sauvage 2016

Octobre 2021
Semaine 1
Week-end à V. dans ta maison bleue, parmi d’autres maisons de village derrière les vignes traversées en balade, la maison au grenadier poétique et au laurier généreux, aux sauges colorées dont ton regard plein de gratitude apprécie à chaque passage la floraison et la vigueur ; réveil chaque matin dans la pénombre sous ton regard étonné, toujours enveloppée de ton sourire. Anniversaire dans un petit restaurant gastronomique ; non tu ne vieillis pas, même le restaurateur, un ancien élève, te reconnaît ! Et rencontre avec ta fille M. et sa petite princesse dans le nord de la Drôme, deux parmi tes amours, et comme je suis intimidée par la pudeur de votre lien…
Il pleut. Tout s’est bien passé, avec Michel Dussolier et Sophie Marceau, à l’Arlequin de Nyons. Ton choix, pour moi. 

Semaine 2
Je poursuis la préparation du stage prévu cette fin de mois. Après « L’exil », premier thème choisi pour ce week-end, c’est celui des « Visages » qui s’impose puisque j’ai par erreur vendu la peau de l’ours. Et comme par hasard, toutes tes discussions tournent autour de ce que le visage de l’autre nous révèle ou non. Je ne peux évoquer Lévinas, je crains de dévoiler mon sujet de stage alors que tu fais partie du groupe et que je te soumets au même traitement que les autres (qui n’ont rien voulu savoir ! ). 
Le 11, je note ceci « L’arrosoir a pris le magret en pleine poire », ton commentaire après la cuisson d’un magret de canard à la plancha, sur la véranda. Digne d’un atelier oulipien !
Névralgies cervico-bracchiales. Un matin, œil gauche intégralement rouge, tous vaisseaux éclatés. Radios à prévoir. Anti-inflammatoires en attendant. Que cela ne nous empêche pas de prévoir une escapade à Mèze… 
Vaison-la-Romaine, radios… et résultats dans la foulée. Aïe, les cervicales, l’arthrose, les nerfs coincés ! Un scanner… grrr.

Semaine 3
C’est la semaine des rencontres, apéros, repas. Pour Contes et Rencontres avec B. et E. autour de l’hommage à Roger Pasturel, pour remercier le jardinier ami venu tailler arbres et arbustes, pour coller les bandeaux sur les affiches, pour boire un thé chez M. et L., le paysan écrivain au doux regard bleu. Tu partages tes amis, des lieux aimés, et je ne t’en aime que davantage.

© Marlen Sauvage 2021

Nous n’assisterons pas à la présentation à la presse du prochain festival, la Lozère nous appelle ! Départ vendredi après-midi pour Grattegals, avec un détour par la maison de Noé que je tiens à te présenter, un saut dans le passé où plus rien ne me blesse. Comme ma compagne des jours bons et mauvais a changé avec les années, trois ans déjà ! Les travaux de terrassement vont transformer l’endroit en villa romaine, c’est l’impression que j’ai à voir les dalles massives, les escaliers, les murs de délimitation, et je me dis que les nouveaux acquéreurs sont tous deux archéologues, ceci expliquant peut-être cela ! 

Grattegals et Monique nous accueillent avec la nuit tombée, laquelle sera blanche pour moi, totalement, avant la première journée de stage qui nous réunit toutes, le groupe de Florac – Anne, Aline, Monique, Monika, Sabine, Mireille, Chrystel, Claudine et Liliane (il manque Stéphanie). Les agapes se succèdent dans le lieu splendide de La Roseraie que nous ouvre Nausicaa. Entre écriture et discussions, ce ne sont que rires et blagues et confidences et joie au cœur, Joia en Cor (le nom de l’asso de Nausicaa). Veillée lecture de textes divers, jusqu’à 22 h où il est temps de réparer les dégâts de la nuit passée.
Mais non ! Il sera dit que toujours, malgré la pratique de longues années et la préparation studieuse à laquelle je voue mes ateliers, je ruminerai des heures durant, la nuit précédant les journées de stage… Tout s’achève dans la bonne humeur avec la promesse d’autres moments comme celui-ci. Et en route pour Vabres et d’autres rencontres…

Semaine 4
Dans Lasalle, un petit gîte chaleureux nous attend après la fausse adresse où nous conduit le « concierge », un gîte luxueux sur les hauteurs de la ville, avec jacuzzi, et chevrettes de l’autre côté du grillage. Au moment où je me voyais profiter dudit jacuzzi, le gars réalise son erreur ! Ce ne sera que le énième fou rire pour moi. Trois jours de découverte de la nature environnante, un moulin à Colognac et la brasucade de châtaignes en fin d’après-midi, la balade à vélo jusqu’à St-Félix-de-Pallières en passant par Monoblet et son école, et encore le marché de Lasalle et la discussion avec le jeune libraire, le parc avec les gamines et le goûter où elles se régalent de pizzas (leur choix !). Gratitude pour la vie qui t’a mis sur ma route, pour ces liens que tu partages, encore, ta famille, tes enfants et cette autre petite-fille magnifique de six ans. 

MS

Hier à Mèze…

Mèze, le nom résonnait quelque part dans ma mémoire, et je n’ai rien retrouvé. Au parking du port, l’étang de Thau s’argentait sous le soleil de midi et je réalisai donc que pour les jours à venir, non, ce ne serait pas la mer ! Mais à quel point j’avais besoin de l’eau, de cet infini bleu, je le constatai aussi avec surprise… Je déposai ma tête au creux de ton épaule pour écouter nos souffles s’accorder après un long soupir partagé. C’était notre escapade impromptue, trois jours ailleurs, rien que nous deux. C’était à Mèze. C’était hier.

Abbaye de Valmagne… tout de suite, nous étions d’accord pour la visiter ! La route droite entre les vignes mène jusqu’à l’imposante bâtisse et… à la porte fermée, une première fois en raison des horaires, une deuxième fois pour non présentation de passe sanitaire… C’est moi la vilaine ! Mais nous avons goûté la paix du lieu, reconnu les plantes du jardin médiéval, admiré la charpente de la porterie, et les cyprès alignés devant l’auberge, close elle aussi.

Ce n’est pas une surprise, toi l’agnostique, tu as voulu entrer dans l’église Saint-Hilaire, cet édifice surprenant qui arbore sur son fronton la devise de la République ainsi qu’un drapeau tricolore au-dessus de son clocher ! J’apprends que les vitraux ont été restaurés récemment, comme le reste de l’église d’ailleurs. Seul un homme prie devant nous. Le silence nous va bien, nous nous posons là un long moment.

Renaissance éternelle, d’Aurélien Nadaud… rue Raspail, la fresque et ses mouvements verts et bleus attire l’œil. L’artiste plasticien a occupé les rues de Mèze en juin dernier, pour y créer des œuvres éphémères dont on repère les traces sur d’autres murs de la ville. Mais la ville est naturellement belle avec ses cascades de feuillage et de fleurs dans les ruelles et les impasses, avec ses belles pierres blondes et les façades ocre jaune et rose des maisons à étages…

De promenades sur les quais en déambulations dans la ville, nous arrivons au château de Girard, mairie annexe de Mèze, construit au XVIIe siècle, découvrons le parc et les jardins entretenus, ainsi que l’aire de compostage partagée !

Mèze, le nom résonnait quelque part dans ma mémoire… Et c’est la promenade autour de l’étang de Thau, au soleil de midi, jusqu’au port où les mats chantent, qui me rappelle une précédente excursion dans la ville, un week-end d’avril 2016, pour une AG de l’association Terre de lecteurs… la visite de la villa romaine toute proche, la balade en bateau près des parcs à huîtres, le sourire d’Yvette…

MS