La source de la dame brune

C’était la promenade du dimanche de Pâques, à plus de trente kilomètres de Nyons, puisque nous en avions le droit sans justificatif ! Au col d’Aleyrac, sur la droite, une petite route digne de celles que l’on trouve en Lozère, descend jusqu’à Notre-Dame la Brune, ou ce qu’il en reste : les ruines– classées monument historique – d’une ancienne abbaye de religieuses bénédictines où coule une source sacrée. Au Moyen-Age, me dit Nadia, les pèlerins venaient y prendre l’eau pour se soigner les yeux.

Notre-Dame la Brune – Façade ouest

Je n’avais qu’une hâte, me diriger vers la source où, dit-on, une entité bienveillante se tient et vous accueille ! Prêle à laquelle j’avais parlé de ma visite me demanda de la visualiser en train de s’y baigner… J’ai dû l’imaginer en miniature, c’est le moins que je puisse dire… La source, une grande flaque… Mais je me suis recueillie dans ce lieu où se sont succédé tant de pèlerins, captant dans les dessins du soleil sur les murs l’image d’un vieux barbu tout aussi bienveillant que la dame brune.

Quelques offrandes de part et d’autre de la source, ainsi que des pierres peintes dans les niches des murs de l’abbaye… Quelques bougies, un mot, des ex-voto… 

Et une stèle indéchiffrable – enfin, je n’ai pas dit mon dernier mot – comme une présence entre ces murs à ciel ouvert.

MS

Amsterdam, longtemps après !

Guitare : Didier Sauvage Voix : Marlen Sauvage Enregistrement : Stan Sakell

Une version d’Amsterdam où Didier Sauvage m’accompagne à la guitare…
Reprise en janvier dernier après de nombreuses années sans chanter et jouer ensemble.
C’est imparfait, mais enfin, voilà, juste pour le plaisir du partage !
En attendant une suite à « Une vie en éclats »…

MS

Carnet des jours (46)

Décembre 2020

Mardi 1er
Comme j’ai oublié Souleyman hier, j’essaie de réparer avec un vocal, espérant que ma carte d’anniversaire est tout de même arrivée depuis le temps.

Mercredi 2
Grand soleil blanc sur les façades qu’apportent le froid et l’hiver. Plus aucun feuillage pour me rassasier les yeux, platanes et oliviers ont subi leur taille hivernale il y a quelques semaines, leurs branches ne sont plus que moignons implorants. Je file changer la peinture, le blanc finalement conviendra tout à fait, j’aviserai pour une couleur plus tard, dans une autre pièce éventuellement. Du côté des mandalas, je vibre dans les bleus et verts. Je me suis laissé aller à deux parts de la tropézienne de Pascal… C’est trop, je vais encore m’en vouloir. Regardé une comédie conseillée par Prêle, Tout peut arriver, et ri de bon cœur !

Jeudi 3
Vidéo avec Julie. Joie de la voir même s’il est difficile de partager grand-chose avec les petits loups demandeurs dans les parages. Nous parlons pierres… Mon cadeau de fin d’année pour tout le monde ! Sacha aime le rose, ce sera du quartz, voilà pour lui. Le petit bonhomme m’envoie un bisou pendant que sa mère questionne son grand frère. Une complicité qui me touche !
Sophro juste après. Je voudrais retrouver le sommeil… Je me visualise dans les préparatifs du coucher, mon corps est si lourd que j’ai l’impression de flotter au-dessus de lui, la voix de Prêle est presque hypnotique, posée, douce, atone. Après cela, nous discutons encore à distance durant deux heures.

Vendredi 4
Pluie au réveil. 100 % de pluie pour la journée, me dit mon portable. 7°C, ressenti 4°C. Et en orange, « Perturbations possibles dues à la neige et la glace ». Il pleut. Couchée après minuit.

Samedi 5
Déjeuner chez Suz. Nous nous trouvons d’autres affinités… Je découvre la collection de gypses de M. ; le talent de Suz pour le point d’Aubusson et sa tapisserie immense suspendue à l’un des murs de sa grande pièce ; son coin pour « rêveurs ». Comme je lui dis mon attirance de longue date pour Carl Jung, elle revient avec son autobiographie qu’elle me dédicace et m’offre en toute simplicité. 

Dimanche 6
Kathy m’invite ce soir à dîner chez elle. Que des bonnes choses naturelles, crues et cuites ; je craque pour son fondant à la châtaigne, pour le regretter aussitôt, tant je suis « coufle ».

Lundi 7
Réveillée à 6 h 30 avec la lune encore accrochée au ciel sombre. Câlin au matou qui préfère décidément les caresses à ses croquettes. Je recherche sur le net un lieu de retraite silencieuse, il y en a un près de chez moi, chez des sœurs dominicaines. Pas sûre que ce soit le bon endroit pour moi… Prêle éclate de rire quand je lui raconte mon souhait… Payer pour faire silence… Tu ne peux pas faire ça chez toi ?  

Mardi 8 
Aller-retour au magasin de bricolage pour un enduit de rebouchage. L’appartement cache de petites fissures dans toutes les pièces… La faille sismique ou l’ancienneté du lieu ? C’est décidé : je repeins le mur de séparation entre pièce à vivre et cuisine. Très vite je réalise que ça ne suffira pas, celui de droite réclame aussi sa couche de peinture. Je sais très bien ce que me réserve le futur… 
Méditation guidée en soirée, il s’en faut de peu que je m’endorme sur le canapé…
Couchée tôt pour lire Ma vie, de Jung, et forcément réveillée à 1 h du mat’. Sophro spéciale réparatrice du sommeil enregistrée par Prèle pour me rendormir. Et ça marche ! 

Mercredi 9
Grand bleu. Je me demande si la neige a disparu des hauteurs.
Coup de fil à la Marpa pour prévenir de ma visite demain.
Je termine la peinture de deux murs. J’imagine un autre agencement pour avoir davantage d’espace. D’avoir vidé toute la vaisselle pour pouvoir bouger l’ancien pétrin qui me sert de meuble de rangement me rappelle que je dois aussi alléger ma vie de ce côté-là. 

Jeudi10
Arrivés ce jour, une lettre bleue dont je connais l’auteur… et une enveloppe à bulles venue d’Orléans… Mystère. Alors je la garde comme la première, pour demain.
Visite à la Marpa, je revois Annette, Belli et Sylvère… Sylvère, 98 ans, qui m’accueille avec tant de douceur… je reste près de lui, nous parlons de la fatigue de la vieillesse, de la mort qui nous attend tous, de sa vie de joaillier, de ses activités de peintre et de sa pratique de l’italien… Spontanément, je lui caresse le bras, il m’en remercie, me dit combien cela lui manque, les caresses, être touché… ce dont toute vieille personne est privée souvent en fin de vie, et plus encore en ces temps de confinement. 
Finalement je craque pour un « faux » sapin de Noël… Après toutes ces années sans en décorer… depuis votre départ ; et sans petits-enfants, cela ne rimait à rien. Mais voilà, ça me trottait dans la tête depuis plus d’un mois, et à peser le pour et le contre du vrai sapin et du faux, j’ai fait mon choix. 

Vendredi 11
Dans mon lit, ce matin, alors que je m’apprête à enlever le « mode avion » de mon portable, je lis « Joyeux anniversaire, Sauvage Marlen »… Je regarde mieux… Ce sont les souhaits de Google ! Eclat de rire. Dans quel monde vit-on… Les vrais messages n’ont pas tardé à affluer dès que j’ai remis le téléphone en marche, avec la longue suite de vocaux enregistrés par Prèle dont le premier qui chante avec la voix de la petite Alima. Pendant près de trois heures, je lis mes messages, écris, réponds au téléphone… J’ouvre mes enveloppes, trouve deux boucles d’oreille, animaux totem, envoyés par Carine… Vers 11 h, livraison d’un bouquet de fleurs, Julie, que je devine derrière le petit mot non signé. Visite inopinée de Brigitte avec un cactus en fleurs ! Kathy, son bracelet protecteur, et Sophie qui m’invitent pour déjeuner… que de surprises. Au retour chez moi, le coup de fil de Stéphanie, un tarot akashique que m’envoie Prèle, un kit cosmétique de Lily, un énorme livre superbe de 100 vues d’Edo, reçu de Didier… Je ne m’attendais à rien en ce nouvel anniversaire et les pensées des amis et des proches ont déferlé, je suis étonnée et tellement émue par tant de preuves d’amour et d’amitié. Je n’ai que « merci » en tête et j’espère que ma gratitude va vers toutes et tous.

Samedi 12
Rien dormi de la nuit ! Repas pour la petite famille A., et vidéo familiale avec à la fois le Québec – Justin et Stef –, La Réunion – Julie et les petits gars –, 9 h de décalage ! – et les cousins de Guérande. Grand moment de cacophonie générale et d’éclats de rire, nous faisons la connaissance du petit dernier, Baptiste, adorable poupon blondinet, endormi au sein ! Un livre en cadeau et des chocolats… Grande discussion avec Julien… sur l’état profond, Soros et tutti cuanti. Je reste sceptique. Après le départ de tout le monde, je décide de commencer mon enquête pour pouvoir argumenter… Au bout d’une heure de recherches sur Soros, j’aligne deux pages de questions ! J’ouvre un classeur… Le mécénat et les actions humanitaires du philanthrope me laissent pensive… Notamment l’étude développée par le CNRS, qu’il finance, sur le contrôle au faciès, puis sur le traitement « accordé » aux musulmans à Marseille… Un magazine indépendant marseillais (en ligne) le soutient (son titre ? Est-il vraiment indépendant d’ailleurs, je dois encore vérifier) contre La Provence (réunion du Méridional et du Provençal, créés par Deferre). Ce disciple de Karl Popper ne me paraît du coup pas antipathique… mais, méfiance… Après quelques heures, j’imprime mes trouvailles, et je me rends compte que le temps a passé sans que je pense à grignoter. 
Anniversaire à rebondissement avec d’autres appels. Et puis les chocolats et les macarons qui m’attendent devant ma porte, cadeau de mes voisins ! Bluffée.

Dimanche 13
Réveil avant 8 h, après une nuit coupée et une sophro qui m’a aidée à me rendormir. Je repense à Nans hier, ses commentaires et sa gentillesse, je me sens si bien entourée. Balade sur la digue de 16 à 17 h. 

Mardi 15
Je finis par annuler l’atelier d’écriture de ce soir. Zoom avec 5 personnes au lieu de 10, non merci. Les désistements ont eu raison de ma bonne volonté ! Et je me questionne sur la pertinence de ces ateliers à distance. Personne ne s’y retrouve ou si peu… Je ne sais plus quoi penser. J’espère juste que mes compagnes de si longue date ne m’en voudront pas… A quoi sert de préparer des propositions censées être discutées et expliquées pour finir par les envoyer par courrier à la moitié du groupe ?

Mercredi 16
Je me prépare à accueillir mes voisins pour dîner, le temps de tout cuisiner, ils arrivent à 4 et la soirée est délicieuse.

Jeudi 17
Je poursuis mes recherches sur « l’état profond » et découvre la vidéo qui fut virale il y a deux ans, de Ronald Bernard. Tout ce qui me paraissait fantasmatique devient soudain plus que réel. J’en suis remuée. D’autant que la mort de RB m’atterre. 

Vendredi 18
Entre deux sommeils, brassé les révélations de Ronald Bernard et réalisé que tous les blogs « complotistes » ayant relayé sa vidéo avaient dans le même temps et les mêmes termes évoqué sa mort. Suspicion nocturne… Bien m’en a pris. Des recherches plus approfondies m’entraînent vers des vidéos toutes récentes du « financier repenti », qui a créé son mouvement – People Foundation – et mis en place les prémisses d’une nouvelle banque qui appartiendrait à ses propriétaires (les « gens »), entre autres choses. Bien vivant, donc. Et une série de questions à la clé…
Réunion de supervision très animée après une question toute simple, de ma part : est-ce que je peux aller voir les personnes que j’accompagne (en alternance avec mon binôme) plus qu’une fois tous les quinze jours ? Je me trouve dépassée par les remarques et les questions des uns et des autres… Quid de la dépendance que je pourrais nourrir envers les personnes accompagnées, et qu’ils pourraient éprouver envers moi ? Du déséquilibre créé entre ma présence et celle de mon binôme ? Quelles sont mes motivations ? Qu’est-ce que je tente de réparer ? etc. Je m’embrouille dans mes tentatives d’explication. J’ai l’esprit de l’escalier, et là, je me sens submergée. Là où personne n’attend de réponse immédiate, bien sûr. Je vis la discussion comme un assaut, j’oublie que chacun part de ses propres peurs, craintes, sans doute, mais de son expérience aussi !, et surtout que nous sommes là pour élaborer ensemble un accompagnement plus juste pour tout le monde. Fichu tempérament. Je vais m’assaillir de reproches toute la soirée.

Samedi 19
Un mail de Monique qui aimerait m’entendre au téléphone.
Passé 4 heures en vidéo avec Prèle, selon elle, car je n’ai pas vu le temps passer. A analyser nos réactions, à reparler des affects qui nous traversent, certes, et qu’il est parfois difficile de gérer mais aussi des situations où l’on s’embourbe. Confère la discussion d’hier…

Lundi 21
Massage ayurvédique avec Emma, cadeau de Brigitte… Je pique du nez à la toute fin de l’heure !

Mardi 22
Réveil dans des douleurs au bas du dos, effets du massage d’hier ! Et puis tout s’estompe, heureusement. 
Zoom avec Monique, une heure de bavardages autour de ma décision de cesser les ateliers tant que nous ne pourrons plus être en présence… et de ses « écritures » en cours…

Mercredi 23
Après-midi avec Suz et Alain… Champagne et petits gâteaux, nous fêtons Noël en avance, discussion à bâtons rompus sur nos accompagnements, Carl Jung, Georges Colleuil et le référentiel de naissance…

Jeudi 24
Visite à la Marpa dans l’après-midi. Silvère endormi. Belli dans ses mêmes tourments. Mais il me remercie de ma présence. Impuissance devant tant de solitude. J’ai laissé les livres publiés à CG pour qu’il sache en quoi consistaient mes ateliers auprès de différents publics.
Réveillon chez Brigitte et Pascal. Je plonge dans Un océan d’amour, cadeau de Nans et Julie ! « A consommer de préférence avant que l’océan ne fasse plus rêver »… Et puis Dixit nous emmène jusqu’à 4 h du matin !
A mon retour chez moi, je déballe les cadeaux déposés sous mon sapin… Heureuse surprise d’un gypse offert par Suzanne hier, qu’elle m’a demandé de n’ouvrir que ce soir. La magnifique améthyste pendule-bracelet de Stef ; le bracelet de perles œil-de-tigre de ma petite mother avec Fracture, d’Eliza Griswold, et Sous le ciel des hommes, de Diane Meur… Excellent choix a priori. Et puis, La librairie de la place aux herbes, clin d’œil de mes voisins. [la place où je vis s’appelait ainsi…]

Vendredi 25
Quatre heures de sieste… assez rare pour le noter. Les nuits courtes ne me valent rien !

Samedi 26
A l’institut de Kathy pour des soins en échange de la coupe de cheveux et la couleur du mois dernier ! Sa douceur et notre grande complicité de femmes. 

Dimanche 27
Nuit blanche jusqu’à 4 h 30. Réveil à 8 h 30. Je nous croyais lundi… Une fois de plus. A l’ouest totalement avec les fêtes… Préparé un pudding qui va me durer la semaine, c’est sûr. Echanges avec Prèle à propos de son amoureux, des évidences non partagées, l’impression d’être plus loin d’une longueur… Je voulais écrire et puis la journée a passé sans une ligne. 

Lundi 28
Balade sur la digue, beaucoup de promeneurs cet après-midi mais si peu d’interactions. Tout le monde cloitré dans la distance. Echanges WhatsApp avec Stef. Je lui parle de mes recherches… elle, très très sceptique… en totale opposition avec Julien. Je mets son avis dans la balance, il vient équilibrer mes doutes, j’opte pour la neutralité de toutes façons. Pas suffisamment de matière encore.

Mardi 29
L’affaire Jeffrey Epstein que je suis dans un documentaire vient recouper certaines infos que je glane sur le fameux « état profond ». Mais rien pour conclure quoi que ce soit. La parole de toutes ces jeunes femmes et leur combat me renvoient à L’affaire DSK… Les mêmes travers. Mais là, un « suicide » à point nommé. Des faits, rien que des faits.

Mercredi 30
Repas avec Brigitte et Pascal et un couple d’amis. Le plaisir de cuisiner pour eux. Et Carl Jung pour terminer cette journée.

Jeudi 31
Dernier jour de l’année. De la neige et un peu de blues. Mais j’ai choisi de rester seule. Prèle en matinée. Sa présence et ses conseils bienveillants toujours. Elle me demande un vocal à minuit !  En espérant que je ne serai pas endormie…

MS

Carnet des jours (45)

Novembre 2020, à rebours

Lundi 30
Souleyman, 8 ans… D’avoir tellement pensé à lui tous ces derniers jours, j’oublie de l’appeler le jour J.
Donnie Brasco, puis Reservoir Dogs au programme ce soir. Le premier Tarantino… Comment ai-je pu passer à côté de ce huis-clos fantastique ? Que faisais-je donc en 1992 ou 93 au moment de sa sortie ? [un coucou vers toi, Alain !]

Dimanche 29
Nans, 34 ans… Toujours le même sourire et la même joie de vivre.
Concert de Will à la cité du Volcan… Comme j’aimerais écouter en live le maloya de Zanmari Barré. Tous ces endroits où je voudrais être…

Samedi 28
Lecture théâtralisée des textes lauréats du concours de nouvelles de Chrysalide sur YouTube. Suz me rejoint. Plus de cent personnes dans le « public »… Une belle soirée malgré les coupures, un exercice de style difficile pour un comédien seul face à un écran, la magie des mots des autres. 

Vendredi 27
Chez le véto pour Titi dès 8 h… je le récupère à 17 h encore un peu groggy après l’anesthésie générale. Arrêt à Montbrison sur le chemin du retour.

Jeudi 26
Rien dormi de la nuit en prévision du rendez-vous à la banque. Quelle histoire ! Heureusement l’accompagnement à la maison de retraite de R., la vraie rencontre cette fois avec B., S, et A. Une heure près du monsieur de 82 ans, aux cheveux blancs fournis, au regard turquoise pâle, au sourire triste. « Je réclame de mourir », me répète-t-il. Mais de fil en aiguille, à lui faire évoquer sa vie (il a quitté la Serbie il y a quarante ans), son métier de psychiatre, puis ses lectures et ses goûts,  nous finissons par rire dans le soleil chaud de l’après-midi. 

Mardi 24
Chez Kathy pour sa coupe de cheveux… une masse frisée superbe et indomptable. Une petite couleur végétale en prime. Elle est aux anges.

Lundi 23
Anniversaire de Prêle ! Mauvaise nouvelle de Stef… des promoteurs veulent construire un immeuble près de chez eux… La poisse. Et comme je me sens impuissante, si loin d’elle.

Dimanche 22
Balade sur la digue, je découvre un joli coin de land art, comme un petit sanctuaire de pierres dressées, d’arches… en bordure de rivière… J’apporte ma contribution au lieu.

Photo : MS

Samedi 21
Levée vers 8 h 30 mais couchée à 1 h du mat… Sam au téléphone en soirée pendant une heure. Il viendra en février, me dit-il, sans doute avec Marie. Long message aussi de Christel intéressée par son référentiel de naissance… Gratitude envers la vie qui m’a conduite ici.

Vendredi 20
Nous renouvelons le plaisir de partager le repas de midi Sophie, Kathy et moi. Soupe d’avocat cru, gâteau moelleux aux légumes, lentilles corail au lait de coco… Je termine juste à temps quand elles frappent à la porte. Nous oublions l’heure… elles repartent à la nuit tombée.

Jeudi 19
Visite chez le véto. Matou mal en point.
Rendez-vous pris pour rencontrer trois résidants de la Marpa de Rémuzat. Christine m’envoie des photos de sa petite Bahou, ravissante, dans les robes qu’elle lui coud.

Mardi 17
Levée à 8 heures. Recouchée jusqu’à 11 heures. Dos en vrac, migraines ophtalmiques. Atelier du soir, espoir. Sophie Calle au programme ; puis l’errance et ses rencontres pour façonner un personnage. Mes chères floracoises me disent que c’est compliqué… je suis sûre qu’elles s’en tireront ! [les textes sont publiés sur ce blog]

Lundi 16
Ouvert les volets à 7 h 45. Sommeil coupé vers 4 h, et puis rendormie. Pleine forme. Discussion avec Prêle sur les différentes écoles de sophrologie, puis sur l’écriture et la nécessité de celle-ci, pour soi. J’enregistre. Je reçois de belles photos de la petite Alima en train de pâtisser… Promenade sur la digue et arrêt devant une fontaine jamais vraiment observée. Essai prévu ce soir sur zoom pour notre atelier en visio de demain. Un panneau de la municipalité donne les mesures appliquées dans Nyons et précise que nous devons limiter au maximum nos contacts sociaux quotidiens à 6 personnes. Rien n’est précisé quant au contexte, individuel ou en groupe. J’en conclus que… je suis dans les clous !

Photo : MS

Dimanche 15
Cauchemar où j’étouffais sous un poids oppressant, me suis réveillée en criant au secours… Impression de me débarrasser de quelqu’un de mauvais, étrange sensation.
Rendez-vous ce soir avec ma grande Québécoise, par skype, je mets l’alarme « on » dès le matin ! 
Je lis les mémoires du Dalaï-lama, un vieux bouquin trouvé dans un abri nyonsais. Me questionne sur la pertinence de déposer tous les courriers de M. à l’APA.

Samedi 14
Rangement, rangement, rangement. Des idées plein la tête pour rénover l’appartement, me débarrasser du mobilier qui m’encombre, des livres en pagaille, dont je ne ferai plus rien maintenant. Tout ce qui témoigne d’un passé dont il est plus sain aujourd’hui de s’éloigner, un passé qui prend de la place et revient me chercher quand par hasard mes yeux s’égarent. Je tire des plans sur la comète, j’irai au bout de certains. Et je marche le long de la digue, écoutant et réécoutant les messages échangés avec Prêle depuis le matin, et nos fous rires décalés.

Vendredi 13
Rendez-vous devant un petit restau avec C. et S. pour partager un repas à emporter. La vue depuis l’appartement de S. est… divine… Notre-Dame-de-Bon-Secours veille sur nous ! La vie loin de la place lui manque. Ses enfants aussi sont si loin… Paris et les US. Nous nous félicitons pourtant d’avoir élevé nos filles pour elles-mêmes. Ne sommes-nous pas parties nous aussi, très tôt, échappant aux lois familiales ? Nos parents savaient si peu de nous. Que savons-nous de nos enfants ? 

Jeudi 12
Je me réveille avec les mêmes douleurs qu’il y a quinze jours. L’étiopathe heureusement me propose un rendez-vous le jour-même. Quelques vertèbres déplacées. Je repars remise à neuf. Mes voisins me rendent visite, je leur offre un verre et ils me quittent deux heures plus tard, en m’invitant dimanche soir…

Mercredi 11
Balade le long du chemin du Crapon avec Kathy. Nous finissons par trouver un spot de baignade, la rivière est claire, le courant fort, le soleil tape, à midi à son heure. Immergée jusqu’à la taille, j’écoute le chant de l’eau, le roulement régulier des remous sur les obstacles, nous parlons toutes les deux de tant d’expériences communes, notre complicité s’explique par la similarité de nos vies. Enfin, je rejoins Brigitte sur la route d’Aubres pour notre après-midi de partage habituel, de discussions, de petits travaux, de coloriage de mandalas…

Photo : MS

Lundi 9
Je tente de nouveau de visionner le court-métrage que me conseille Stef « Physique de la tristesse », de Théodore Ushev… Mais non, inaccessible dans « mon » pays, sauf qu’aujourd’hui, on me le propose à l’achat ! Christine « confine » dans son jardin, je reçois une rose épanouie sur mon portable, je lui envoie une vue de ma balade le long de la rivière.
Aujourd’hui, j’aurais dû rentrer de Marseille. J’aurais passé trois jours chez Lolo, le vendredi j’aurais monté soixante-treize marches pour arriver jusqu’à son petit pied-à-terre sur les hauteurs du Vallon de l’Oriol, elle m’aurait attendue dans un ensemble jupe-chemisier classique et chic, elle aurait affiché un sourire malicieux, aurait demandé de sa voix si particulière, légèrement voilée, à l’accent à peine teinté de marseillais [clin d’œil vers toi, Brigitte], « Tu as fait bon voyage ? Tu n’es pas trop fatiguée ? Je te sers un verre de sirop ? » , elle m’aurait montré les derniers travaux réalisés dans son couloir, la salle de bain, les toilettes qu’elle a repeintes seule – à quatre-vingt-dix ans – nous aurions vidé quelques cartons, admiré quelques pièces de vaisselle ou de décoration, elle m’aurait raconté leur histoire, leur provenance, évoqué les cadeaux de son mari, les pièces rapportées de leurs voyages, nous aurions parlé de son unique petite-fille, joyau de sa vie, de son unique fils absent, de Jean Dormesson dont elle a lu tous les livres (je n’en ai lu aucun), de ses promenades quotidiennes dans la ville avant le confinement, malgré les marches, à cause des marches dirait-elle, car c’est grâce à elles qu’elle a gardé une silhouette de jeune fille et des jambes magnifiques, nous aurions ouvert une bouteille de bon vin le soir, elle aurait mangé du bout des lèvres, elle aurait eu tant à me raconter encore.

Samedi 7 et dimanche 8
Un week-end long mais que je mets à profit pour méditer, me détendre, passer quelques coups de fil. Brigitte me rend une courte visite sur le chemin de ses courses. Petite vidéo reçue de Sacha qui chante dans son bain son amour pour sa maman. Pur cadeau. Je lis un bouquin des années 60, d’une femme, masseuse, qui a servi le roi du Népal, Tribhuvan, je suis embarquée dans cet autre temps, dans la « Maison Heureuse » qui ne l’était pas pour la famille royale, éloignée de toute vie digne de ce nom, et je m’attache à cette Erika Leuchtag, jeune à l’époque, dévouée, qui fera tout ce qu’elle peut à sa mesure pour que le roi recouvre sa liberté. Je termine aussi un livre sur les mémoires akashiques, passionnant. J’écoute Accentus en boucle… Je suis pleine de gratitude pour la vie. Bien chez moi, il ne me manque rien… pour l’instant. 

Jeudi 5
Baptiste arrive dans la famille, petite tête blonde comme celles de ses parents, le troisième fils de Carine, le premier d’Adrien. C’est toujours un merveilleux bonheur la venue d’un enfant pour moi, l’espérance qu’il défendra avec ceux de sa génération les valeurs pour un monde plus humain, et puis j’ajoute, note moins optimiste, si tout n’a pas sombré avant qu’ils en aient eu le temps.
Petit tour sur le marché avec K. Je découvre « son » fromager, derrière mon masque me prend une quinte de toux, et le client qui me précède s’éloigne de deux pas en me jetant un regard inquiet. « C’est seulement le masque », déclare K. tranquillement. Et oui ! Même mon corps gaffe ! J’achète des noix, des kakis non astringeants, qui ne demandent pas à être gelés pour être dégustés, du thé vert chez Julie – qui m’offre une délicieuse tisane anis-menthe – et quelques légumes. 
Baignade dans l’Eygues sur le coup de 17 h, soleil caché, la nuit arrive vite. K. n’hésite pas à s’immerger totalement nue ! Je m’en tiens à l’eau jusqu’à mi-cuisse. Wouah ! Le souvenir d’un lac de montagne m’assaille, je pouvais alors nager longtemps dans l’eau froide, j’ai l’impression qu’il s’agissait d’une autre vie, d’un autre « moi », j’avais quarante ans à peine, j’intervenais pour la semaine de la presse avec Marc dans un collège et un lycée en Haute-Savoie, je crois, je nous revois sur le balcon de l’hôtel perdus dans la contemplation du lac, c’était il y a des lustres, et le souvenir estompé, je n’éprouve aucun regret. Tout reste figé dans le temps. J’étais celle-ci.

Mercredi 4
Bonne nouvelle ! D’autres accompagnements en soins palliatifs se libèrent. Long coup de fil avec Alain. Un autre à Alain M. qui accuse ses 86 ans… Des petits accidents à répétition et la frustration de ne pouvoir rendre visite à A. en Ehpad qu’une fois par semaine.
Marche le long de l’Eygues sur le chemin du Crapon sous un grand soleil. L’énergie de la nature dans les veines. Et Brigitte que je croise et accompagne jusqu’à Aubres. Une belle journée.
Le soir, à ma porte, Kathy me fait la surprise d’un repas improvisé et nous devisons jusqu’à onze heures.

Lundi 2
Virée à Montélimar pour changer d’opérateur… Plus de réseau mobile depuis 5 jours. J’ignore si ce sera beaucoup mieux…
J’ai envoyé ma contribution n° 14 à François Bon… Je m’arrêterai là.

Dimanche 1er
Depuis le 29 octobre minuit, nous sommes reconfinés… Jour ensoleillé, de nombreux promeneurs masqués sur la digue ; j’écoute Alima (5 ans) me demander via WhatsApp si je connais « les boules du Père Noël… en fleur ». Mon éclat de rire a duré des minutes !
Dans Nyons, restaurants et bars affichent leur ras-le-bol…
Je regarde Peur sur la ville, sans doute vu déjà bien sûr, me disais-je, mais plus aucun souvenir et en tout cas, pas celui de Léa Massari. Pourtant la poursuite sur les toits… mais non.

Photo : MS

Marlen Sauvage

La Gentone, une note

Les courriers interdits 
Après avoir délaissé les plus petits, elle avait, avec sa sœur aînée, entraîné Jean-Luc sous l’escalier extérieur, dans le réduit qui fermait à clé et qui contenait quelques mystérieuses cantines de l’armée. Entre autres, une cantine en métal bleu marine, rouillée aux quatre coins, bosselée. Au début, les trois enfants s’étaient contentés de s’asseoir sur la terre battue, après avoir pris soin de refermer le battant en bois aux lattes espacées qui servait de porte au cagibi. Elle avait particulièrement veillé à éviter les toiles d’araignée qu’elle avait en horreur. Ils avaient dû vouloir inventer un jeu et se concertaient sur ses règles quand ils réalisèrent que la malle devant eux n’était pas fermée à clé. Lequel des trois décida de l’ouvrir ? Elle se retrouva quelques instants plus tard, les mains plongées dans un trésor de lettres dont les enveloppes portaient toutes de magnifiques timbres inconnus. Du Maroc, d’Algérie, d’Allemagne… Années 1950. Ils se contentaient tous les trois de déchiffrer les flammes mais très vite, cela ne suffit plus. Elle était bien plus douée que les deux autres pour décrypter l’écriture adulte. Elle commença : « Ma chérie »… suivaient des descriptions de lieux, de gens, des anecdotes, puis des mots tendres et des pensées, qui c’était clair, ne les regardaient pas ! Elle en avait bien conscience et son premier réflexe fut de dire « on n’a pas le droit de lire ces lettres, c’est papa qui écrit à maman ». Mais sous prétexte d’admirer encore de beaux timbres, elle extirpa une lettre puis une autre, et le jeu devint très vite de compter les « chéri » « amour » et autres « tendres baisers » qui les faisaient pouffer de rire. Son cœur battait à tout rompre. Consciente de s’immiscer dans une vie passée, consciente de l’interdit. Sa raison lui intimait d’arrêter tout de suite mais ne serait-elle pas encore l’empêcheuse de tourner en rond, la raisonnable ? Elle s’abstint. Les premières craintes passées d’être découverts à fouiller ainsi dans la malle, elle en oublia même de quoi il s’agissait. Les deux autres s’étaient enhardis et dépiautaient les enveloppes pour aller plus vite. Fascinée par la longueur des lettes, elle n’en lisait même plus le contenu, tâchant de repérer les mots d’amour. Elle aimait le papier légèrement jauni qui crissait quand on le dépliait, elle imaginait des parfums d’ailleurs… mais rien d’autre qu’une odeur de secrets oubliés dans une malle. Personne ne devait savoir. Ils replacèrent tout à l’intérieur et elle rabattit le couvercle, un poids sur le cœur. Le lendemain soir, sa mère lui dit qu’elle avait tout appris. Jean-Luc avait parlé. Plus fort que le sentiment d’avoir commis une faute, elle ressentit le pincement de la trahison.

Je me souviens d’un 12 novembre…

Pour toi, ma petite Stéphanie…

Je nageais entre deux sommeils dans les eaux de l’attente, à deux heures du matin, je me souviens, je me réveillai en sursaut, avec cette sensation de froid humide, et je réalisai ce qui m’arrivait. A mes côtés, ton père, doux et tranquille. Toulouse vivait la nuit, nous l’avons traversée jusqu’à cet hôpital, Lagrave, où je restai de longues heures, branchée sur un monitoring à épier les contractions qui finiraient bien par t’obliger à quitter mon ventre. Il t’en a fallu du temps pour le faire… Dominique s’était endormi sur le matin, dans un fauteuil près du lit ; je désespérais un peu de te voir venir ; il me quitta pour aller déjeuner tandis que je supportai en silence tes appels intérieurs. Il revint à l’heure pour ta venue en ce monde, je crois qu’il déclara 18 h mais tu étais là à 17 h 20 il me semble (tu vérifieras dans le petit carnet jaune à spirales), on me félicita de ne pas avoir crié, jamais, je n’avais pas vingt ans, je n’avais rien voulu subir qui me priverait de ce partage intense de la vie, notre premier partage. Tu étais belle ma fille, tu l’es toujours, tu restes mon premier merveilleux cadeau.

Photos : collection personnelle.
MS