Une rencontre à Mens

Sur la route du retour de notre virée en Isère, à Chamrousse, un arrêt à Mens (on prononce « mince ») pour se restaurer. Petit tour dans le village surplombé par de magnifiques sommets, les ruelles sont vides – il fait encore grand chaud – la place de la halle est très belle… Au détour d’une rue, une exposition nous attend : « Albert Kahn autour du monde, 1909-1930 ». Je reste saisie de stupéfaction ! Il y a vingt-deux ans, à la suite de l’achat d’un recueil de photographies intitulé Irlande 1913 Clichés en couleur pris pour Monsieur Kahn, j’avais suivi le parcours des deux autrices du livre, de Galway à Glendalough, reprenant avec mon compagnon de voyage les mêmes clichés que ceux pris par les étudiantes, Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet. Ici, ce sont d’autres globe-trotters envoyés aux quatre coins du monde pour témoigner de ses changements à l’entrée du nouveau siècle qui revivent à travers leurs images. J’ai retenu ces six photos, il y en avait évidemment davantage. Pour info, le musée départemental Albert Kahn est à Boulogne-Billancourt.

Dans l’ordre de leur publication, de gauche à droite et de haut en bas, les autochromes sont signés :

Auguste Léon :  » Trois petits bergers au bord de la route d’Avala. » Environs de Belgrade, Serbie, 27 avril 1913.

Stéphane Passet : Un cavalier près d’un cours d’eau, le Jalkhanz Kuthugtu Damdinbazar (?). Aux environs d’Ourga, Mongolie. 17 juillet 1913

Paul Castelnau : Fayz Bey el Azm, un compagnon de l’émir Fayçal. Quweira, Arabie (actuelle Jordanie). 2 mars 1918.

Stéphane Passet : Jeune chinois sur le Datongqiao (pont de la Communication Aisée). Faubourg est de Pékin (Chine).
23 juin 1912.

Léon Busy : Une prêtresse du culte des Trois Mondes. Tonkin, mai-juin 1916.

Fernand Cuville : Petite fille au pied d’une vasque de la basilique San Zeno. Vérone, Italie, 16 mai 1918.

(Exposition proposée par les Rencontres photographiques du Trièves avec le soutien du musée départemental Albert-Kahn)

Je n’ai pas abandonné l’idée d’une fiction – démarrée d’ailleurs à la suite de ce voyage en Irlande – autour de ces jeunes filles parties là-bas en 1913. Le récit de mon voyage a été déposé en 2012 à l’Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique (APA – Garde-mémoire n°11. Récit n° 11141).

Marlen Sauvage

Premier de lignée…

J’ai délaissé mon blog ces derniers mois pour me consacrer à l’écriture de onze portraits-fictions de « personnages » issus de ma généalogie, une passion qui dure depuis plus de quarante ans. Le résultat est là, un petit recueil de 70 pages, de portraits d’hommes au même nom. Le prochain racontera l’histoire de femmes, et je me régale déjà de déambuler à travers les siècles à la découverte de celles qui… (clin d’œil à François Bon et aux compagnes et compagnons d’écriture.)

MS

Toucher terre (2)

Je voulais partager ici mes autres coups de cœur de l’exposition Toucher terre, à l’Isle-sur-la-Sorgue, mais impossible de télécharger les images depuis mon téléphone portable (un Samsung incompatible avec mon MacBook Pro…). Je vous renvoie donc à ce superbe site où vous retrouverez une partie des œuvres dont j’ai parlé ici. Et ci-dessous, la Sorgue à Fontaine-de-Vaucluse.

© Marlen Sauvage 2022

Toucher terre (1)

Une belle exposition à visiter à La Villa Datris, à l’Isle-sur-la-Sorgue, jusqu’au 1er novembre prochain. Le cadre est superbe, la bâtisse provençale du XIXe siècle offre plus de 500 m2 d’exposition sur 4 niveaux, les œuvres de l’expo actuelle illustrent ce qu’est la céramique contemporaine. Il faut voir cela de près, imaginer d’où vient l’inspiration qui guide les mains des artistes vers leurs œuvres, toutes plus étonnantes les unes que les autres. On se questionne sur leur patience, la force physique parfois qu’ils doivent mettre en œuvre pour créer, faire cuire des pièces énormes, on pense à la transe peut-être qui les anime. Enfin, on admire leur technique et leur savoir-faire, et puis on les remercie de nous transporter dans un imaginaire foisonnant, rempli d’interrogations quant à la Terre et à ses habitants d’hier et d’aujourd’hui, à ce qui fait trace, à ce qui nous survit, aux combats à mener pour rappeler à tous que « La terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre », comme le dit le proverbe indien, cité dans l’expo.

© Sofia Hijos – A Forest Grew

Photos Marlen Sauvage

Parenthèse

Un anniversaire à fêter et ce fut l’occasion de quitter la foule d’une centaine de personnes pour découvrir un moulin en Drôme du nord, à Crupies. Un endroit assez magique, sobre et calme, où nous accueillit un couple de Suisses bien sympathique. La mare aux canards, les chevaux dans les prés avoisinants, la piscine un peu fraîche après l’orage de la nuit précédente, le jardin aux courges et aux gigirilles énormes et jusqu’à la carriole abandonnée près de la maison… tout nous emmenait hors du temps…

Photos : © Marlen Sauvage 2022

Nous avons fait le tour du propriétaire, pour admirer le travail de ces deux exilés volontaires depuis dix ans, nous sommes promenés dans le village et avons profité du minuscule marché local pour acheter du pain d’épeautre, des abricots (les confitures sont déjà sur l’étagère) , du miel de lavande, du chutney et des condiments à l’aigre-doux (un peu aigres encore et très peu doux). Et admiré ce bouquet de roses à la rosée, photographié pour un clin d’œil vers Brigitte Célérier.

MS

Cartes postales

Chamrousse, à 1700 m, loin de la chaleur du sud, une semaine de total dépaysement, de balades joyeusement éreintantes, de paysages à couper le souffle, une semaine pour lire, penser, contempler, oublier… Les vacances, quoi.

© Marlen Sauvage 2022
En sirotant un petit Apremont bien frais…
La plaine, après la montée vers le lac Achard.

Photos © Marlen Sauvage 2022

Où lire où écrire (oloé)

© Marlen Sauvage 2022

C’était mon « oloé » de la semaine passée, sur les hauteurs de Chamrousse, à 1700 m, loin de la chaleur mais sous le soleil. Avec une pensée pour Anne Savelli, une double pensée, devrais-je dire, puisque son livre sur Marilyn est sorti ces derniers jours… et que je notais précisément dans ce cahier de l’ajouter à ma liste d’achats prochains…

MS

Arles 2022 (suite et fin)

Troisième jour, deuxième partie de la matinée à la Mécanique générale, une expo sur l’avant-garde féministe avec des photographies et performances des années 70. On se questionne sur les réels progrès accomplis aujourd’hui…Ci-dessous deux images dont je n’ai pas noté les autrices, j’en suis désolée.

J’ai surtout retenu Margot Pilz et sa femme ligotée, qui avec le flou produit par les mouvements de la tête va jusqu’à sa propre désintégration…

Elaine Shemilt, avec Contrainte, où son corps nu ligoté (aussi !) répond à une affirmation du directeur du département de sculpture de la Slade School of Fine Art de Londres de l’époque, selon laquelle une femme ne pouvait être à la fois femme et artiste ! 

A la Croisière, Si un arbre tombe dans une forêt. Amina Khadous, jeune photographe égyptienne, raconte avec Or blanc, comment le coton et son industrie a façonné son univers familial jusqu’à la contestation égyptienne de ces dernières années.

Au même endroit, Mahmoud Khattab, dont j’ai aimé la poésie des mots autant que des images, photographie hommes et paysages durant son service militaire en Egypte… avec un téléphone qu’il dissimule. Le chien s’est assis là où nous nous sommes séparés, c’est le titre de son expo. Comme je n’ai pas de photo correcte, je vous invite à en voir quelques-unes ici

Enfin, parmi mes préférés aussi, Sneg (Neige), de Klavdij Sluban (né en 1963), un artiste franco-slovène qui donne à voir des paysages enneigés dans différents pays traversés et de beaux visages. J’ai seulement regretté le manque d’informations…

Et, non documentés en images, Quand je suis triste je prends un train pour la vallée du bonheur, de Pierfrancesco Celada, ou encore Dejà-vu, de Joan Fontcuberta et Pilar Rosado. A partir d’un corpus d’œuvres de collections, un algorithme détermine les plus répétées et en génère de nouvelles… Se pose la question de la place de l’artiste dans les œuvres, de celles de conservateur de musée ou de commissaire d’exposition…

Voilà ce sera tout pour cette année… Avec une recommandation pour un restau place Voltaire, Le Mistral, où la cheffe régale les papilles…

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Arles 2022 (suite)

(Spéciale dédicace à toi, mon cher papa, mort un 15 août il y a si longtemps…)

Le troisième jour, en début de matinée, visite des expos dans la tour imaginée par Frank Gehry, dont la façade torsadée en acier inoxydable reflète toutes les variations du ciel. Ci-dessous vue des Ateliers de la Mécanique générale, en 2019, avant tous les travaux qu’on peut constater aujourd’hui.

© Marlen Sauvage 2019

A commencer par James Barnor, photographe ghanéen, et un portfolio qui court sur quarante ans, de 1947 à 1987. Du Ghana (1947-1959) au Ghana (1969-1987) en passant par le Royaume-Uni (1959-1969), c’est un voyage en noir et blanc et en couleur, irréductible à quelques mots. J’ai reçu en cadeau le livre publié à l’occasion de l’exposition, James Barnor Stories… THE bonheur !

© Marlen Sauvage 2022

Et pour info, un petit résumé trouvé sur le site de Luma Arles : « James Barnor (1929-) ouvre son premier studio photographique à Accra (Ghana) en 1949. Actif également pour la presse, il photographie le mouvement qui mène le pays à son indépendance en 1957. Installé en Angleterre de 1959 à 1969, il documente l’expérience de la diaspora dans le Swinging London des sixties. Il se forme à la photographie couleur, puis revient au Ghana en 1970 pour y diffuser cette technique. En 2021, la Serpentine Gallery (Londres) lui a dédié une importance rétrospective. »

Au 3e sous-sol, je crois, une exposition temporaire qui n’a rien à voir avec les Rencontres mais qui présente une œuvre de Julien Creuzet développée à l’issue de sa résidence à LUMA Arles. Un moment de détente extraordinaire, dans une ambiance onirique, poétique, colorée, joyeuse… un régal ! 

Et la prochaine fois, c’est la tour elle-même que nous visiterons… ne serait-ce que pour descendre le rutilant Isometric Slides installé par Carsten Höller !

© Marlen Sauvage 2022

(à suivre !)

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Arles 2022 (suite)

Après-midi du deuxième jour. Au Monoprix d’Arles, ce sont souvent de belles expos remuantes… Avec Chants du ciel, La photographie, le nuage et le cloud, c’est un film instructif de Louis Henderson (né en 1983) sur la réalité des dessous du recyclage au Ghana. Le mythe du cloud « propre » en prend un coup ! Les vidéos proviennent d’archives du projet Colonial Film (http://www.colonialfilm.org.uk), des résultats de recherche sur Google, des représentations 3D de mines et des extraits de critique adressées à l’industrie informatique. On y voit aussi de jeunes travailleurs que le photographe a filmés à Accra parmi des montagnes de déchets électroniques et des nuages de fumée provenant de la combustion de plastique. De quoi nourrir encore et toujours la réflexion sur le monde que nous avons fabriqué et qui nous mène où nous ne savons point aller, pour paraphraser Paul Valéry…

Autre regard : celui de Trevor Paglen (né en 1974). Comment les technologies numériques façonnent-elles aujourd’hui la vie des gens ? C’est la question qu’il se pose avec sa série Cloud, images du ciel générées par des algorithmes de logiciels d’intelligence artificielle, laquelle peine à reconnaître « les phénomènes ambigus, sans contours, couleurs ou formes définis » que sont les nuages…

Je ne sais plus à qui attribuer mes images dont les couleurs de surcroît ne restituent pas ce qui était exposé !

Toujours à Monoprix, Emerger… Prix découverte Louis Roederer. Il n’y avait pas de thématique cette année, mais tous les jeunes talents exposés sont partis de l’intime… Ce que j’ai préféré : Rahim Fortune et Seif Kousmate.

Rahim Fortune (né en 1994 à Austin, Etats-Unis) avec Je ne supporte pas de te voir pleurer, qui raconte son séjour auprès de son père mourant, dans les débuts de la pandémie et des soulèvements liés à la mise à mort de George Floyd. Son travail se résume très bien dans cette phrase extraite de sa présentation « (…) le jeune photographe puise dans le courage de la vulnérabilité pour produire une œuvre tout en proximité et en intimité. »

Seif Kousmate (né en 1988 à Essaouira, Maroc) avec Waha (Oasis) où cet ancien ingénieur dans le génie civil, photographe amateur, raconte en images la surexploitation des oasis, dévastées par la sécheresse. Ses images travaillées à l’acide matérialisent la dégradation des paysages. C’est triste et beau à la fois.

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