Un gîte et des châteaux

Avant les châteaux, il y a eu l’arrivée chez Lily, près de Beynac, en Dordogne. Je dormais dans le pigeonnier, la maison est en contrebas. Partageais ma chambre avec mon Titi, qui retrouvait ses manies de chat dès qu’il était dans la nature. Je le trouvais plus réticent toutefois à s’aventurer… 

La forteresse de Beynac (1000 ans d’existence ! ci-dessus et ci-dessous), je la vois depuis les hauteurs où se trouve la maison de mon amie. Mais là, nous le contournions Lily et moi, ce soir de balade, pour découvrir les autres beautés du coin. J’ai dû jeter plusieurs photos de châteaux, prises de loin, sans intérêt. Le reste suit ici.

©Marlen Sauvage

Ci-dessus, le château de Castelnaud, (j’ai dû le prendre en roulant !) qui possède un musée de la Guerre au Moyen Age. On dit qu’il est l’ennemi de toujours du château de Beynac… Je me suis demandé pourquoi… Pendant la Guerre de Cent ans, il soutenait le roi d’Angleterre tandis que Beynac soutenait le roi de France… Les inimitiés ont la vie dure ! (Mon amie est anglaise, elle ne m’a rien dit de tout cela ! Je crois qu’elle préfère le château de Beynac 😉) Sa position en hauteur offre une vue à 360 ° sur Beynac, Marqueyssac – un autre beau château ci-dessous – et sur la Roque Gageac, un très beau village.

©Marlen Sauvage

Le château de Marqueyssac sur la commune de Vézac, dont j’ai photographié l’église ci-dessous. Ce château est doté de jardins remarquables de buis centenaires…

©Marlen Sauvage, La chapelle du château de Fayrac.

©Marlen Sauvage

Je me suis avancée dans la propriété pour photographier la chapelle, puis les créneaux et enfin le château de Fayrac. Pendant les Guerres de Religion, il fait partie des lieux tenus par les protestants qu’on appelle aussi religionnaires… Jean de Blancher, le seigneur de la demeure, est devenu protestant, tandis que son frère Pierre est resté catholique et sera tué par les Religionnaires. A des siècles de distance – on est en 1580 – ces histoires m’émeuvent toujours ! C’est aussi là que André Malraux séjourna quelque temps en 1944, au moment d’entrer dans la Résistance. Merci Wikipédia !

MS

Saint-Emilion, de pluie et de rues vides

Je n’avais pas pris mon appareil photo, mais seulement mon téléphone mobile. Et ce qu’il déforme à souhait me plaît davantage que tout le reste !

©Marlen Sauvage

Saint-Emilion, c’est ce pan de mur, première image dans ma mémoire biscornue de cette ville et de la virée – à moto ? en voiture ? – les deux sans doute, à des années de distance.

J’ai déambulé dans les rues vides avec dans la tête la nouvelle de la disparition de Silvère, ajoutant à mes souvenirs de Saint-Emilion celui-ci d’un départ attendu et pourtant source de chagrin. Tous les oiseaux sur mon chemin me rappelaient cet homme qui les a si bien aquarellés, évoquant aussi pour moi l’envol d’une âme vers, je l’espère, une autre vie plus lumineuse.

©Marlen Sauvage

Saint-Emilion, c’est aussi ce restaurant dont la façade n’était pas aussi rutilante, me semble-t-il… et revient aux papilles la saveur des gambas grillées au pastis, dégustées dans l’arrière-cour, sous des arbres protecteurs. Il faisait si chaud alors !

©Marlen Sauvage

MS

Lecture du soir

©Marlen Sauvage

A droite, le pont roman, l’Eygues un peu chargée ce jour-là, et l’ancienne route de Gap, à gauche.
Nyons fut, dans l’Antiquité, un port sur l’Eygues, que les Noiomagenses (tribu celte-ligure dont Noiomagus était la capitale) utilisaient comme voie de transport.


« Les Phéniciens, puis les Grecs de Marseille ou Phocéens vinrent de bonne heure faire du commerce avec les habitants des bords de l’Eygues, auxquels ils apprirent la culture de la vigne, environ 500 ans avant Jésus-Christ, et celle de l’olivier, deux siècles plus tard. Peut-être fondèrent-ils un comptoir à Noiomagus, ce qui expliquerait la vieille tradition qui attribue à Nyons une origine grecque. Avec leurs barques légères qui n’étaient souvent que de simples nacelles en osier recouvertes de cuir, soutenues et actionnées par des outres, ils remontaient l’Eygues et apportaient aux populations riveraines les produits de l’Orient, qu’ils échangeaient contre ceux du pays. »

Camille Bréchet, Pages d’histoire nyonsaise, 1927.

Au rendez-vous de Marcel !

Ma balade d’hier, autour de Sahune, à une quinzaine de kilomètres de Nyons, décidée au pied levé. Sur la montagne du Devès, avec au nord, le Marcel et sa clairière, parce que le guide disait la marche facile. Partie un peu tard, j’ai arpenté la piste sur le coup de 16 h 30 ; le ciel à la grisaille ne favorisant pas les photos. Mais c’était une marche-ressource, pour moi seule, sous une pluie fine, à grignoter quelques abricots secs tout en respirant le parfum des genêts. Le long du chemin, j’ai pensé à toi, Chrystel, à cette lettre que je t’écrirai un de ces jours. Et j’ai brassé toutes ces autres pensées que reflétait le ciel gris, dans l’Aygues, tout en bas. Et puis je les ai roulées sous mes pas, dans les graviers. J’ai écouté le silence comme les chants d’oiseaux – le coucou surpassait tous les autres – j’ai enlacé les arbres et parlé aux montagnes…

A l’aller, des hommes taillaient les oliviers ; au retour, je marchais sur un sol moelleux, bruissant de feuilles vert tendre.

Comme une cheville menaçait de me lâcher, je n’ai pas emprunté les pierriers ni contourné le Devès en passant sur le versant sud. Je suis revenue sur mes pas, profitant du paysage baigné du soleil du soir.

Parvenue en bas, après 3 h 30 (la balade en prévoit une de moins), une coulée de boue obstruait la route qu’un engin déblayait avec à son bord un monsieur gentil comme tout qui a coupé le moteur pour me parler. Je n’avais adressé la parole à personne, je l’ai réalisé là, après ce court bavardage !

MS



Ricarensis

Hier, balade matinale dans les villages environnants à la recherche d’enseignes anciennes, de plus en plus difficiles à trouver. Et à Richerenches, étonnement de redécouvrir un village de l’enfance entièrement rénové.

Entrée par la porte du Cadran solaire, je débouche sur la Placette des templiers qui me rappelle donc l’histoire du lieu où fut fondée une commanderie en 1136 par l’Ordre du Temple. Ce furent d’abord une ferme fortifiée puis une chapelle, terminée en 1147. Les marais environnants sont asséchés. On cultive le blé et la vigne, et l’on élève moutons et chevaux, bêtes solides que l’on envoie guerroyer en Terre sainte !

Ricarensis, qui donnera Richerenches, est le nom donné au lieu par le seigneur local Hugues de Bourbouton dont le souvenir subsiste dans une place du village.

Richerenches, qui s’enorgueillit du titre de Capitale de la truffe, possède bien sûr son musée, fermé en ces temps de covid. « Selon les années, il s’y échange de dix à trente tonnes de truffes, soit 30 % de la production nationale », indique le site de la commune. « Chaque année, le troisième dimanche de janvier, on célèbre dans l’église la messe dite « des truffes », cérémonie créée à la fin des années 1950 par le curé de la paroisse l’abbé Henri Michel-Reyne. Lors de cette messe (en provençal), des truffes sont données en offrande lors de la quête, puis une pesée et une vente aux enchères est organisée devant la mairie. »
Les ruelles du village et les placettes sont toutes chargées de sérénité. Poursuite de la promenade intra muros.

Avec la surprise de passages drôlement nommés… Le « trou du chien » et le « soustet des chevaliers »…

Hors les murs, maintenant, empruntons le Cours du midi…

Texte et photos : Marlen Sauvage

Les couleurs de l’eau

©Marlen Sauvage

L’Aygues après les pluies de la semaine dernière…

©Marlen Sauvage

Revenue à sa couleur naturelle, sous un ciel toujours aussi bleu… 

Au cours de ma balade après la pluie, j’avais cueilli une asperge sauvage, au goût quelque peu amer, mais croquante à souhait, mangée crue, avec des bourgeons de houblon… Et j’ai mâchonné comme au temps de l’enfance, sur le chemin de l’école, une tige de fenouil sauvage si tendre et sucrée…

©Marlen Sauvage

La source de la dame brune

C’était la promenade du dimanche de Pâques, à plus de trente kilomètres de Nyons, puisque nous en avions le droit sans justificatif ! Au col d’Aleyrac, sur la droite, une petite route digne de celles que l’on trouve en Lozère, descend jusqu’à Notre-Dame la Brune, ou ce qu’il en reste : les ruines– classées monument historique – d’une ancienne abbaye de religieuses bénédictines où coule une source sacrée. Au Moyen-Age, me dit Nadia, les pèlerins venaient y prendre l’eau pour se soigner les yeux.

Notre-Dame la Brune – Façade ouest

Je n’avais qu’une hâte, me diriger vers la source où, dit-on, une entité bienveillante se tient et vous accueille ! Prêle à laquelle j’avais parlé de ma visite me demanda de la visualiser en train de s’y baigner… J’ai dû l’imaginer en miniature, c’est le moins que je puisse dire… La source, une grande flaque… Mais je me suis recueillie dans ce lieu où se sont succédé tant de pèlerins, captant dans les dessins du soleil sur les murs l’image d’un vieux barbu tout aussi bienveillant que la dame brune.

Quelques offrandes de part et d’autre de la source, ainsi que des pierres peintes dans les niches des murs de l’abbaye… Quelques bougies, un mot, des ex-voto… 

Et une stèle indéchiffrable – enfin, je n’ai pas dit mon dernier mot – comme une présence entre ces murs à ciel ouvert.

MS