Hier à Mèze…

Mèze, le nom résonnait quelque part dans ma mémoire, et je n’ai rien retrouvé. Au parking du port, l’étang de Thau s’argentait sous le soleil de midi et je réalisai donc que pour les jours à venir, non, ce ne serait pas la mer ! Mais à quel point j’avais besoin de l’eau, de cet infini bleu, je le constatai aussi avec surprise… Je déposai ma tête au creux de ton épaule pour écouter nos souffles s’accorder après un long soupir partagé. C’était notre escapade impromptue, trois jours ailleurs, rien que nous deux. C’était à Mèze. C’était hier.

Abbaye de Valmagne… tout de suite, nous étions d’accord pour la visiter ! La route droite entre les vignes mène jusqu’à l’imposante bâtisse et… à la porte fermée, une première fois en raison des horaires, une deuxième fois pour non présentation de passe sanitaire… C’est moi la vilaine ! Mais nous avons goûté la paix du lieu, reconnu les plantes du jardin médiéval, admiré la charpente de la porterie, et les cyprès alignés devant l’auberge, close elle aussi.

Ce n’est pas une surprise, toi l’agnostique, tu as voulu entrer dans l’église Saint-Hilaire, cet édifice surprenant qui arbore sur son fronton la devise de la République ainsi qu’un drapeau tricolore au-dessus de son clocher ! J’apprends que les vitraux ont été restaurés récemment, comme le reste de l’église d’ailleurs. Seul un homme prie devant nous. Le silence nous va bien, nous nous posons là un long moment.

Renaissance éternelle, d’Aurélien Nadaud… rue Raspail, la fresque et ses mouvements verts et bleus attire l’œil. L’artiste plasticien a occupé les rues de Mèze en juin dernier, pour y créer des œuvres éphémères dont on repère les traces sur d’autres murs de la ville. Mais la ville est naturellement belle avec ses cascades de feuillage et de fleurs dans les ruelles et les impasses, avec ses belles pierres blondes et les façades ocre jaune et rose des maisons à étages…

De promenades sur les quais en déambulations dans la ville, nous arrivons au château de Girard, mairie annexe de Mèze, construit au XVIIe siècle, découvrons le parc et les jardins entretenus, ainsi que l’aire de compostage partagée !

Mèze, le nom résonnait quelque part dans ma mémoire… Et c’est la promenade autour de l’étang de Thau, au soleil de midi, jusqu’au port où les mats chantent, qui me rappelle une précédente excursion dans la ville, un week-end d’avril 2016, pour une AG de l’association Terre de lecteurs… la visite de la villa romaine toute proche, la balade en bateau près des parcs à huîtres, le sourire d’Yvette…

MS

Un petit tour au Brusc (fin)

Mardi, dernier jour, partie de kayak sur la lagune puis en mer, parfois houleuse, sous les encouragements de C., qui enseigna ce sport de pagaie dans une précédente vie ! A l’aller, j’occupais la place du milieu, tranquille, si toutefois largement plus humide qu’à l’avant et à l’arrière. Après un large détour afin d’aborder une calanque, nous voilà locataires pour la journée d’un endroit magique, où nous avons farnienté jusqu’en début d’après-midi.

Et nous avons pris le chemin du retour après un dernier merci aux paysages, à la mer, au port… A notre arrivée dans la campagne nyonsaise, le soleil se couchait au loin, il nous avait attendues !

MS

Un petit tour au Brusc (3)

C’était un week-end de trois jours, qui commençait un dimanche… Après le lundi dans une calanque peu fréquentée, à cueillir des cœurs sur la plage (nous en avons trouvé toutes les trois !), à nous baigner dans une eau fraîche et tonique, à respirer le vent marin, à s’agripper aux parasols jusqu’à déclarer forfait, à regarder les méduses… et à les fuir, à manger des pommes et des fruits secs, à lire et à rêver en silence, à admirer un jeune homme dresser son chien avec fermeté et tendresse, nous avons flâné le soir dans le port avant que le soleil ne se couche. C’était orange et rouge, comme l’apéritif bu en terrasse, c’était doucement houleux comme les souvenirs qui remontent, c’était une journée joyeuse entre femmes, c’était notre deuxième jour de week-end au Brusc.

MS

Un petit tour au Brusc (2)

Deuxième jour dans ce petit paradis qu’est Le Brusc… Le matin, dès 7 h, la lagune resplendissait au lever du soleil. Retournée sur la presqu’île du Gaou, j’ai dû attendre une heure avant que les portes s’ouvrent pour prendre quelques photos. Les pêcheurs s’activaient depuis longtemps. C’était la journée « des petits cœurs », l’un de feuille sous les arbres, l’autre de pierre, érodé par les vagues dans la calanque où nous avons passé l’après-midi.

Photos : © Marlen Sauvage 2021

Un petit tour au Brusc (1)

La mer ! Nous rions comme des enfants à la vue de l’étendue bleue qui se profile à l’horizon. Trois femmes, trois gamines, le doigt pointé vers l’eau, qui nous remémorons nos souvenirs de vacances à la mer, de premières fois, de visions enfantines. C’est au loin Le Brusc que l’on aperçoit très vite, très peuplé, et de résidence en résidence le long de la lagune, nous arrivons dans un havre de paix, Les toits du Gaou. C’est un camp pour nomades, dit la carte publicitaire ! Yourte, roulotte, camping car, tentes de toit… Nous avons réservé le premier camp à l’entrée de la propriété. C’est S. qui nous a conduites jusqu’ici, c’est elle qui partage un morceau de son passé.

Les copines m’attribuent la roulotte… elles dormiront dans le camping car. Je suis gâtée… mais la plus grande aussi ! Nous bavardons sans voir passer le temps. Je ne sais pas ce que peuvent se raconter trois hommes ensemble… J’ai observé que chez les femmes, les histoires de vies sont aussi captivantes pour les rêves et l’aspiration au bonheur qui les ont nourries que banales et navrantes dans les constats qu’ont engendré les désillusions, le quotidien, les blessures, les sinuosités du chemin. En tout cas ici, tout se termine dans la volonté d’aimer encore, de partager, sans amertume envers le passé, et dans des rires fracassants ! Vers 17 h, nous marchons jusqu’à la presqu’île du Gaou (le coq !). Admirons la lagune et la transparence de son eau, un petit poulpe couleur caillou y déploie ses tentacules. Notre guide (S.) nous raconte l’histoire des lieux, sa rencontre avec ces paysages reposants, son amour pour ce coin de Méditerranée, l’île des Embiez, achetée en 1958 par Paul Ricard, etc. Sur la route, c’était la chanson de Julien Doré qui nous faisait reprendre en chœur Oh là là, oh là là / Sers-moi de l’amour dans un verre de pastaga / Oh là là, oh là là / On a fait le tour de Verlaine et de Kafka… Quand je vous dis, des gamines…

Nous contournons la Vénus du Gaou, offerte par le sculpteur Robert Forrer à la commune du Brusc en 1961. Construite sur un ancien blockhaus, elle tourne son regard vers le village de pêcheurs. C. s’éloigne pour ses « pratiques », nous poursuivons notre discussion avec S. jusqu’à faire quasiment le tour de la presqu’île dans le soleil couchant. Et retour au campement pour d’encore longues discussions. Ce soir, ma petite famille compte deux sœurs supplémentaires….

MS

A suivre…

Carnet des jours (47), hier à Aubres

Concert à Aubres, hier soir, avec trois artistes généreux, un accordéoniste (Daniel Mille), un violoncelliste (Eric Longsworth) et une poétesse, Sabine Venaruzzo, à la voix ensorcelante (elle est aussi chanteuse lyrique). « Faire sens, faire lien », c’est leur leitmotiv. « Osez l’écrire, osez le dire, osez le chanter », leur invitation à la fin du spectacle sur le thème de la liberté, pour ce concert qui tourne en Drôme. Financé par le ministère de la Culture, ainsi que l’a rappelé Pascale, la manageuse : « si l’on regarde notre feuille de salaire, à la fin du mois, on constate que ce n’est vraiment pas grand-chose, mais quand on voit avec quoi on repart dans le cœur, on se dit que ça vaut le coup ».

Au lieu des 80 personnes attendues dans le vieux village d’Aubres, ce sont 120 femmes, hommes, enfants qui ont rejoint la petite place venteuse. Une heure d’évasion, de musique complice, de mélopées nostalgiques, d’envolées syncopées, sur laquelle la voix de Sabine venait se poser.

Ci-dessous, un extrait du texte Et maintenant, j’attends, entendu hier soir, que l’auteure a dédié à Khojali, jeune soudanais rencontré à l’église de Vintimille, et à Marc Alexandre Oho-Bambé.

« Je suis né dans un rouge paysage
Parfumé d’entrailles et de poussières
Où les balles se fondent dans les corps
Où les enfants jouent aux billes de plomb

Et maintenant, j’attends

J’ai écrit dans mes mains le nom de ma mère
Juste sous mon pied le jour de ma naissance
Et j’ai marché sur les chemins d’espérance
Tenu les mots qui se perdent dans le vent

Et maintenant, j’attends

J’ai quitté mon frère à la seconde où
Je suis parti sans le choix de rester
J’ai offert ma force au désert de sang
Pour chercher l’or au centre de la terre

Et maintenant, j’attends

J’ai sauté par-dessus une frontière
Dans un éclat de rire j’ai crié
Me voici l’oiseau de la liberté
Mais déjà les ailes se dérobaient

Et maintenant, j’attends

Que s’effacent les souvenirs d’un trait
Que mon corps s’allège de mon histoire
Pour que la vague m’emmène loin loin
Juste de l’autre côté du miroir

Et maintenant, j’attends

J’ai caché mon corps dans la blanche écume
Retenu des mains et des pieds sans tête
Mais ne pouvais secourir l’autre moi
La mort fauchait sans faille les plus faibles

Et maintenant, j’attends

(…)
Extrait de Et maintenant, j’attends, Sabine Venarruzo, éditions de l’Aigrette.

Et nous sommes restés nombreux à déguster les produits locaux discutant ici et là sur les bancs de bois, découvrant de nouvelles têtes, nous promettant de nous revoir… La nuit est tombée sans prévenir, je suis restée avec la petite équipe municipale pour donner un coup de main, ranger les bancs, les tables, applaudissant ma petite sistra, organisatrice de l’événement… Et je suis repartie des mots plein la tête, et le cœur en joie.

MS

Arles, parmi ce que j’ai aimé #8 (Fin)

Spéciale dédicace pour mon père

Dans le Jardin des voyageurs, à Arles, cette année, peu de choses, et peu de choses intéressantes à mon goût, mais j’ai eu le regard accroché par cette série d’images de Girma Berta, intitulée Ombres mouvantes, où sur de grands aplats de couleur, l’artiste (graphiste, je crois, à l’origine) donne à voir sa ville, Adis Abeba, sous les traits de travailleurs qu’il met ainsi en scène, tout en leur rendant hommage. Le cartel disait « Nous sommes invités à les voir (ces travailleurs ordinaires) non pas comme les habitants anonymes d’une rue animée mais comme les personnages centraux de drames humains individuels. » Et c’est bien comme ça que je les ai vus.

Dans le même espace, Guillaume Bonn exposait quelques images d’un territoire ravagé par les guerres civiles : Mozambique, Tanzanie, Kenya, Somalie. Dans ce dernier pays, la photo de la femme en robe rouge qui monte les marches d’une cathédrale en ruines, à Mogadiscio, était incontournable. Voir la beauté là où il n’y a que désolation… La série est intitulée La côte du Moustique, le littoral de l’Afrique de l’Est, si j’ai bien compris.

Photos : © Marlen Sauvage et Carine Klingemann (1, 2 et 3).

Arles, en attendant encore…

Ce n’est pas que je parte trop loin, mais le temps de trier encore les photos (d’autant que j’en ai raté pas mal), de retrouver une ou deux réflexions à propos de l’une ou l’autre (notées quelque part, mais où ?), pour finir par être absorbée par autre chose… la lecture du dernier (vrai) courrier reçu sur son papier bleu, glissé dans son enveloppe bleue, la même couleur depuis quarante ans (et j’ai le vertige), ou le linge à étendre, ou l’idée (géniale) qui me traverse l’esprit pour le livre en cours concocté dans l’atelier de François Bon, ou la réponse au dernier audio reçu de Prèle (ce qui réclame bien une demi-heure), ce genre de choses qui font le quotidien, vous savez ce que c’est. Donc seulement une petite image d’un mur de la ville… A bientôt.