Le Maniron

© Marlen Sauvage 2022

La météo le prévoyait, le ciel le laissait prédire, l’océan aussi, gris dès le matin ; hier dans l’après-midi, l’orage s’est précipité en quelques minutes sur le paysage et les routes, les noyant sous des trombes d’eau et des coulées rouges de terre. Ce matin, tout l’espace jusqu’à l’océan était lavé, nettoyé, vert comme jamais. Ici, le Maniron, un quartier des Hauts de l’Etang-Salé.

Mère Nature…

L’arbre à pain, haut d’une quinzaine de mètres, dans le jardin de C.
Le fruit à pain, ici d’un diamètre de 15 centimètres environ, a un cœur spongieux que je donne à Chély, la tortue, d’ailleurs. Préparé en gratin, c’est tout à fait goûteux et ça tient au corps ! Je vais le tenter en dessert, cuit avec du lait de coco…

Rois des forêts…

Issu de la signalétique en forêt de Bélouve :

« Les forêts primaires de bois de couleurs des hauts couvrent en grande partie le plateau de Bébour ; elles se distinguent par l’émergence au-dessus de la canopée des frondes des fougères arborescentes. Avec leurs arbres tortueux, enchevêtrés, couverts d’une multitude d’épiphytes, elles prennent l’allure d’un fouillis végétal impénétrable : les brouillards ambiants les rendent fantomatiques.
Les forêts de tamarin des hauts apparaissent plutôt vers Bélouve ; elles se singularisent par la dominance de cet acacia endémique : son feuillage léger et son écorce claire jouent de la brume et de la lumière pour offrir des ambiances mystérieuses. Le versant sommital laisse apparaître de vastes étendues de fourrés à bruyère ; dans un jeu de transition avec les forêts, ils s’ancrent plus en aval dans un manteau étonnant fait de mousses épaisses, de fougères. Ces milieux exubérants et gorgés d’eau en deviennent des forêts éponges. Le reboisement des résineux est composé de cryptomère du Japon ; il est amené à terme à laisser la place aux formations indigènes. »

Un peu de sucre dans votre café ?

© Marlen Sauvage 2021 – La sucrerie du Gol

La sucrerie du Gol, construite en 1817, est située sur le territoire de Saint-Louis. C’est l’une des deux sucreries en activité à La Réunion, avec celle de Bois-Rouge à Saint-André. D’une capacité de broyage de 9 000 tonnes par jour, elle traite chaque année 900 000 tonnes de canne et produit 100 000 tonnes de sucre, destiné aux consommateurs et aux clients industriels. Cette sucrerie dispose d’une centrale thermique qui permet de produire de l’électricité grâce aux déchets qu’engendre le traitement de la canne (la bagasse).

Sur l’île, la campagne sucrière 2021 a eu lieu de juillet à novembre. Elle concerne 3 400 exploitations qui emploient environ 10 500 personnes. Au début de la saison fraîche (juillet), les camions immenses (environ 18 mètres de long) transportent la canne à sucre et c’est tout le trafic qui peut en être perturbé !

Photos : Marlen Sauvage

MS

Un p’tit tour en ville ?

La commune de l’Etang-Salé, sur la côte ouest de l’île de La Réunion, existe administrativement depuis le 8 janvier 1894, elle compte alors près de 2 500 habitants (13 894 aujourd’hui). Déjà, dès 1882, la gare du village favorise l’installation de colons. Située entre les Avirons (au nord) et Saint-Louis (à l’est), la ville doit son nom à un petit étang – qui n’existe plus – anciennement formé par la mer. Sa devise « Entre mer et forêt » s’explique par la présence d’une forêt dont je comprends que les administrés (et non les élus évidemment, comme je l’avais écrit précédemment !) tentent de la conserver pour en éviter la déforestation au profit de l’extension d’un terrain de golf… La commune comprend une station balnéaire (Etang-Salé-les-Bains), le centre-ville, et les hameaux des hauts (Etang-Salé-les-Hauts, où je réside en ce moment) qui s’appuient sur un arrière-pays montagneux. Sa plage de sable noir (mélange de basalte, d’olivine et de corail) est brûlante en été, je me souviens avoir été surprise il y a quelques années par mes capacités à sprinter jusqu’à l’océan pour m’y rafraîchir la plante des pieds ! A la fin du XIXe siècle, des milliers de filaos ont été plantés sur les dunes pour y retenir le sable. Le nom latin de cet arbre est « Casuarina » (qui) signifie « rameau » car on peut confondre sa feuille filaire avec un rameau. De là découle aussi le nom Casoar. Le feuillage de Casuarina equisetifolia ressemble au plumage du Casoar » me dit Wikipédia (merci !).  Il remplace le sapin de Noël sous les tropiques. 

MS

La case créole (suite)

Quelques photos de cases où les lambrequins sont visibles. La case créole fait aujourd’hui partie du patrimoine architectural de l’île.

L’architecture réunionnaise se divise en 2 périodes : celle de la colonisation dès 1665 ; celle de la départementalisation, dès 1946. Jusqu’à cette dernière date, la paillote était courante, fabriquée à partir de bambou ou de vétiver, mais aussi de feuilles de bananier, de vacoa, de lianes – les matériaux trouvés sur place –, puis en bois et donc capable de résister aux cyclones, tempêtes, vents, pluies… Il en existe encore quelques-unes dans le cirque de Mafate. On les appelle aussi « les case la misère » !
A partir de la période de l’entre-deux guerres, le béton a fait son apparition… (La Réunion est aussi officiellement un département français… ) Aussi, très souvent, malgré une apparence traditionnelle, les murs de nombreuses maisons sont désormais en béton.

La case créole peut être agrandie d’une varangue (une véranda, cf. photos de gauche 1 & 2). 

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La case créole

© Marlen Sauvage 2021

Une petite case créole à l’abandon dans la rue principale de l’Etang-Salé-les-Hauts… Construite en bois, couverte d’une toiture à quatre pans (en tôles ou en bardeaux), c’est la maison typique réunionnaise. Version moderne des anciennes paillotes où vivaient les exilés de l’époque colonialiste, elle est recouverte de bardeaux qui permettent à la pluie de glisser et qui protègent aussi du vent. Cette case n’est pas ornée de lambrequins, en tout cas pas sur la façade qui donne sur la rue. Ils ornent traditionnellement l’auvent depuis les années 1860. A l’origine en bois, ils sont souvent en tôle et remplacent les gouttières, on plante généralement des petits buissons en-dessous, pour absorber la pluie. Typique aussi de la maison réunionnaise, le baro, grand portail en fer forgé qui sépare l’habitation du reste de la rue.

MS

Hier à Mèze…

Mèze, le nom résonnait quelque part dans ma mémoire, et je n’ai rien retrouvé. Au parking du port, l’étang de Thau s’argentait sous le soleil de midi et je réalisai donc que pour les jours à venir, non, ce ne serait pas la mer ! Mais à quel point j’avais besoin de l’eau, de cet infini bleu, je le constatai aussi avec surprise… Je déposai ma tête au creux de ton épaule pour écouter nos souffles s’accorder après un long soupir partagé. C’était notre escapade impromptue, trois jours ailleurs, rien que nous deux. C’était à Mèze. C’était hier.

Abbaye de Valmagne… tout de suite, nous étions d’accord pour la visiter ! La route droite entre les vignes mène jusqu’à l’imposante bâtisse et… à la porte fermée, une première fois en raison des horaires, une deuxième fois pour non présentation de passe sanitaire… C’est moi la vilaine ! Mais nous avons goûté la paix du lieu, reconnu les plantes du jardin médiéval, admiré la charpente de la porterie, et les cyprès alignés devant l’auberge, close elle aussi.

Ce n’est pas une surprise, toi l’agnostique, tu as voulu entrer dans l’église Saint-Hilaire, cet édifice surprenant qui arbore sur son fronton la devise de la République ainsi qu’un drapeau tricolore au-dessus de son clocher ! J’apprends que les vitraux ont été restaurés récemment, comme le reste de l’église d’ailleurs. Seul un homme prie devant nous. Le silence nous va bien, nous nous posons là un long moment.

Renaissance éternelle, d’Aurélien Nadaud… rue Raspail, la fresque et ses mouvements verts et bleus attire l’œil. L’artiste plasticien a occupé les rues de Mèze en juin dernier, pour y créer des œuvres éphémères dont on repère les traces sur d’autres murs de la ville. Mais la ville est naturellement belle avec ses cascades de feuillage et de fleurs dans les ruelles et les impasses, avec ses belles pierres blondes et les façades ocre jaune et rose des maisons à étages…

De promenades sur les quais en déambulations dans la ville, nous arrivons au château de Girard, mairie annexe de Mèze, construit au XVIIe siècle, découvrons le parc et les jardins entretenus, ainsi que l’aire de compostage partagée !

Mèze, le nom résonnait quelque part dans ma mémoire… Et c’est la promenade autour de l’étang de Thau, au soleil de midi, jusqu’au port où les mats chantent, qui me rappelle une précédente excursion dans la ville, un week-end d’avril 2016, pour une AG de l’association Terre de lecteurs… la visite de la villa romaine toute proche, la balade en bateau près des parcs à huîtres, le sourire d’Yvette…

MS