Le fils du Soleil

Photo : Marlen Sauvage – La Réunion

Je sentis qu’ici nous arrivions dans un domaine très délicat qui touchait aux mystères du clan. « Après tout, nous sommes un peuple, dit-il, qui demeure sur le toit du monde ; nous sommes les fils de notre Père, le Soleil, et grâce à notre religion nous aidons quotidiennement notre Père à traverser le ciel. Nous agissons ainsi non seulement pour nous, mais pour le monde entier. Si nous arrêtions nos pratiques religieuses, dans dix ans, le Soleil ne se lèverait plus. Ce serait la nuit à jamais. »
Alors je compris sur quoi reposait la « dignité », la certitude sereine de l’individu isolé : il est le fils du Soleil, sa vie a un sens cosmologique : n’assiste-t-il pas son Père – qui conserve toute vie – dans son lever et son coucher quotidiens ? Si nous comparons à cela notre autojustification, ou le sens que la raison prête à notre vie, nous ne pouvons éviter d’être impressionnés par notre misère. Déjà, il nous faut sourire, ne fût-ce que par pure jalousie, de la naïveté indienne, et nous glorifier de notre intelligence, afin de ne pas découvrir combien nous sommes appauvris et dégénérés. Le savoir ne nous enrichit pas, au contraire, il nous éloigne de plus en plus du monde mythique dans lequel, jadis, nous avions droit de cité.

Carl Jung, Ma vie [Voyages, Les indiens Pueblos), Gallimard, 1966.

Le remède du jour

« Si tu n’arrives pas à penser, marche, si tu penses trop, marche, si tu penses mal, marche encore. »
Jean Giono

« Rester assis le moins possible, n’accordez foi à aucune pensée qui ne soit née en plein air et en prenant librement du mouvement où les muscles soient à la fête. Tous les préjugés viennent du cul de plomb, c’est le véritable péché  contre l’esprit. »
Nietzsche. Crépuscule des idoles

[Merci, M.Jo)

Le pouvoir des livres

« Souvent, il est plus difficile de se défaire d’un livre que de se le procurer. Les livres s’accrochent à nous en un pacte de nécessité et d’oubli, comme s’ils étaient les témoins d’un moment de notre vie auquel nous ne reviendrons plus, mais que nous croyons préserver tant qu’ils restent là. »

La maison en papier, Carlos Maria Dominguez, trad. Geneviève Leibrich, Seuil, 2004.