La foule du 14 juillet…

« Il faut écrire ce qu’on ignore. Au fond, le 14 Juillet, on ignore ce qui se produisit. Les récits que nous en avons sont empesés ou lacunaires. C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. Et l’on doit raconter ce qui n’est pas écrit. Il faut le supputer du nombre, de ce qu’on sait de la taverne et du trimard, des fonds de poche et du patois des choses, liards froissés, croûtons de pain. Le plancher bâille. On aperçoit le très grand nombre muet, masse aphasique. Ils sont là, à la Bastille, il y a de plus en plus de monde dans les rues, tout autour. Ceux qui ne possèdent pas de fusils se sont armés de bâtons, de méchants bouts ferrés, de merlins, de tire-bouchons, qu’importe ! Depuis l’Arsenal jusqu’à Saint-Antoine, les rues sont noires de monde. Les gueux, les décrotteurs, les cochers, tous les campagnards venus chercher pitance à Paris sont là. Les étudiants arrachent les pieux des palissades, les pieds des tabourets, les bras des charrettes. On saute, on crie. De lourds nuages roulent sur le ciel. On pisse devant les portes.

Qu’est-ce que c’est, une foule ? Personne ne veut le dire. Une mauvaise liste, dressée plus tard, permet déjà d’affirmer ceci. Ce jour-là, à la Bastille, il y a Adam, né en Côte-d’Or, il y a Aumassip, marchand de bestiaux, né à Saint-Front-de-Périgueux, il y a Béchamp, cordonnier, Bersin, ouvrier du tabac, Bertheliez, journalier, venu du Jura, Bezou, dont on ne sait rien, Bizot, charpentier, Mammès Blanchot, dont on ne sait rien non plus, à part ce joli nom qu’il a et qui semble un mélange d’Egypte et de purin. (…) »

Eric Vuillard, 14 juillet, récit, Actes Sud, août 2016.

Eclipse exquise – Portrait d’une Chine

Envie de vous parler de deux garçons talentueux  – Dr Pêche (photographiste) et Cédrick Vannier (peintre) – tous deux diplômés d’écoles d’art (IAV d’Orléans et Beaux-Arts de Bourges) qui se sont lancés ensemble il y a quelques mois dans un projet d’envergure, envie de vous montrer leur travail, et de râler aussi un peu contre la façon dont on mène les artistes en bateau, en leur demandant de produire des dossiers de demande de suventions, sachant que les dés sont pipés à l’avance. Toutes choses connues mais voilà, y’en a marre !

Eclipse exquise. C’est ainsi qu’ils nomment leur projet de portraiturer « une Chine en peinture et photographie ». L’aventure chinoise démarre en mai 2017… avec le soutien de la Ville d’Orléans, de celle de l’ADEFC, le centre d’art de Tucheng, le musée d’art de Longzhou et d’autres… (document Pdf plus bas), elle se poursuit malgré les subventions qui n’arrivent pas, certains « officiels de la culture » détenteurs des cordons de la bourse, ne comprenant pas ces deux-là venus rencontrer « des gens » et travailler avec eux, sur eux. Mais de Yangzhou à Changsha, de Lianzhou à Nankin, Cedrick peint, Dr Pêche rêve ses photographies et voici ce que cela donne…

 

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Leur démarche, le détail de leurs actions en Chine est dans le document Pdf joint ici. Avec bien d’autres images…

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Peintures :  Cédrick Vannier – Photos : Dr Pêche – Textes : Marlen Sauvage

 

Nos rires survivront à nos plaintes

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« Nous deviendrons vains
à nos absents nos plaintes creusées
au mitan du rocher où chuchote le tapage du monde
nos pas nous mèneront à l’inconfort de vivre
aux confins de lueurs d’espoir

nos pleurs éloignés des amertumes
apprivoiseront les départs
à formuler des adieux désormais nous nous appliquerons

nous nous appliquerons jusqu’à ce que la mort chavire
les visages dans l’ordinaire
eux qui demeurent parmi les songes passés
aux voix bruissant à jamais dans nos tempes
dans la brume où dorment les ornières
deviendront ponts suspendus
absents effacés dans la vieillesse
celle au ventre gonflé mise en terre
absences auxquelles il faut consentir
en étouffer le manque qui vrille la chair

Survivrons à nos plaintes
dans la brume où dorment les ornières

nous aussi bientôt soustraits à l’empressement du monde
sédiments pierreux immobiles
enfouis au terreau à la vase du limon
statuaires rouillées du temps qui clôt les lèvres
la rivière qui s’enfuit oubliera nos froideurs de pierre

nous aussi soustraits aux pesanteurs disparates
un jour désapprendrons leurs visages et leurs voix
nos rires survivront à nos plaintes
en attendant nous aussi soustraits

Vivre !

déterrer dans toute ombre le souffle de nos bouches
oublier les mots disparus les phrases inachevées
pénétrer dans l’antichambre s’arrêter sur le seuil
observant déposés comme des offrandes
leurs yeux fermés que plus rien n’éclaire
la douleur de leurs arrachements par bribes
rassemblée aux ombres qui se souviennent

éprouver d’écrire à éclaircir les brumes automnales
la réalité nébuleuse au sortir d’un rêve pâle
quand le silence nous prend la main
pour nous conduire à l’absence
dans l’illusoire apaisement de la contemplation de la nature

à la fin de l’hiver les amandiers sont en pleurs
l’été n’est pas aux coquelicots qui rougissent les champs
mais au sang à l’heure où s’abattent les mondes

tremblantes lumières à l’instant du déclin
les cheveux blanchissent aux années qui s’égrènent
nos morts ne sont pas trépassés sont leurs rires
les nuances de leur teint les timbres de leurs voix
leur terrible ardeur fouit une quête de silence
de pierreux de granite vivent leurs rêves

personne ne s’aveugle entre les lignes d’une vaine écriture
dans l’envers des yeux des hommes. »

Rose-Marie Mattiani, Des jours sans eux, ©éditions Unicité, 2018
[Illustration de couverture, Rose-Marie Mattiani]

 

 

Carnet de voyage (sud tunisien -fin)

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2 janvier (petite suite oubliée, et pourtant !) – Après-midi
En route pour Ksar Ouled Soltane, qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte selon Stefano. Nous ne serons pas déçus. Magnifique ksar à greniers où nous déambulons yeux fermés, main dans la main, en trois farandoles guidées par nos trois guides. Quand nous ouvrons les yeux, l’effet surprise est extraordinaire !

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Les plus audacieux grimpent les raides escaliers jusqu’aux anciennes réserves situées dans deux cours datant du XVe et du XIXe siècles. Mini-conférence sur l’école tunisienne, à la demande d’un des Italiens, par A. J’achète une aquarelle à l’artiste local installé dans l’une des cours.

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Comme nos guides sont généreux depuis le début de ce voyage, après tout ce que nous avons déjà vu aujourd’hui, ils nous emmènent au plus loin qu’il est possible vers la frontière libyenne, dans un désert rose. Je ramasse un peu de sable que je destine à une jolie bouteille. Nous apercevons la Libye au-delà d’une dune… Et nous repartons dans le soleil couchant, laissant près d’une maison l’homme que nous avions embarqué pour nous guider dans ce désert.

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3 janvier – Gouvernorat de Tataouine
Avant le petit-déjeuner, j’enregistre les chants d’oiseaux par la minuscule fenêtre habillée d’une moustiquaire. C’est mon cadeau du jour. (a vidéo est trop lourde et je ne parviens pas à la compresser…🙁)

Notre départ est prévu pour aujourd’hui mais nous suivrons encore le groupe jusqu’à un mémorial de la Campagne de Tunisie où sont mises en scène les batailles qui ont eu lieu entre novembre 1942 et mai 1943. Monts Matmata, ligne Mareth, Eisenhower, Montgomery, Patton, Larminat, Leclerc… Tout cela est raconté dans le détail ici, j’avoue avoir comme un grand nombre d’Italiens alors (et eux, pour des raisons compréhensibles…) rêvassé pendant toutes les explications du militaire de service dans le musée…

Nous repartons pour Sfax où nous quittons le groupe, sachant que nous le reverrons le lendemain soir, pour des adieux cette fois. Nous déambulons dans la ville, à la recherche d’un petit restaurant et découvrons cette église abandonnée, taguée.

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Arrivée à Monastir dans la soirée. Nous travaillons ensemble à des recherches concernant la place des femmes dans la religion coranique.

4 janvier – Tunis
Nous quittons Monastir pour Tunis vers 8h30. En nous remémorant ce beau séjour et notre réveillon de la nouvelle année sous les étoiles et la lune.
Sur l’autoroute, en haut des poteaux électriques, les cigognes sont de retour !

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Le soir, à Hammam Lif, dans un hôtel international, nous retrouvons le groupe d’Italiens pour une discussion de clôture après le repas. A. donne la parole à chacun et chacun commente ses interventions. Je tente de suivre les commentaires, les arguments, je comprends 70 % de ce qui se dit là. Je retiens l’enthousiasme de tous à la découverte d’un pays, d’une société, de coutumes,  la richesse de nos rencontres et de nos échanges, l’envie de se revoir. Je suis invitée en Italie… il y a si longtemps que j’y suis allée,  il y a si longtemps que je l’aime !

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Texte et photos : Marlen Sauvage

(FIN)

Carnet de voyage (sud tunisien 6)

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2 janvier – Gouvernorat de Tataouine – Chenini
Nous filons à une petite vingtaine de kilomètres de Tataouine, pour arriver aux alentours de 10 h à Chenini, village troglodytique berbère. D’où vient ce nom ? Je le chercherai. [« D’après saint Augustin, le nom serait issu de Kanaan. Dans le parler berbère de Tataouine, le verbe « chenna » signifie « mélanger », selon wikipedia.] Nous grimpons à l’assaut de la butte vers le ksar qui la surplombe, éminence blanche dans un paysage de pierre ocre.

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On dit que le minaret blanc servait autrefois de repère aux cavaliers… Le nouveau village se situe en bas.

En haut, la vue ouvre sur l’immensité désertique du sud tunisien, parsemée de vertes oasis. Une boutique expose masques et poteries, des tapis ourlent le mur d’enceinte, j’admire le paysage. Au soleil d’une petite terrasse qui surplombe la plaine, comment ne pas remercier pour ce cadeau de la vie, les amis, le voyage, la découverte…

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Je me perds dans le dédale des rues oubliées, visitées seulement par les touristes… moins nombreux qu’avant dans cette belle région…

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Je m’égare, redescends la colline en flânant sous le soleil ardent et fais une halte dans une petite échoppe, attirée par des bijoux et des objets artisanaux exposés dehors. Un jeune homme, Ali, m’aborde et m’invite à prendre un thé au petit café, deux tables dressées à l’ombre dans la ruelle en terrasse qui redescend de la colline. Il me raconte la vie du village dans les années 60 et jusqu’à aujourd’hui. Il est allé à l’école primaire. Ici, à six ans, on apprend l’arabe, à huit ans le français puis l’anglais, mais tous parlent berbère entre eux. Le village compte 500 personnes soit 80 familles, dont les femmes restent à la maison, travaillant l’artisanat, au milieu des vieux et des enfants. « Tous les vendeurs de journaux à Tunis viennent de Chenini », m’assure-t-il. « Ici, on vit de l’élevage des chèvres et des moutons. On vit cinq ou six mois ici, et le reste dans les oasis. On part en petite caravane, avec quelques dromadaires, des moutons et des chèvres, et on revient quand il fait trop chaud là-bas. »

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Ali se plaint des attentats qui ruinent les petits commerces et des touristes qui n’achètent plus rien. Je repars avec un bijou, un bracelet d’argent et de turquoise pour B., et un bougeoir, jusqu’aux bus où j’attends les autres. Deux enfants me rejoignent et veulent écrire sur ma tablette. Ahmed a 8 ans et Zaid, 12 ans. Ils vont à l’école du village. Nous parlons de la langue française, je les laisse écrire l’un après l’autre tous les mots de français qu’ils connaissent. Famille. Amis. Amélie. Mario. Maison. L’école. Merci. Bruno. Bravo. Quand un vieil homme s’approche, l’un d’eux prend peur, son regard inquiet se tourne vers son cousin qui m’explique qu’ils doivent me quitter sous peine de se faire gronder par leur grand-père…

Nous quittons Chenini pour un autre village, Douiret, lieu berbère abandonné. Il fait face à la plaine, un chemin le contourne, . Le groupe s’échappe, se disperse. Aux visages que je croise, je constate que la méditation bat silence plein !

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Déjeuner dans Tataouine d’une très bonne daurade dans un petit restaurant puisque le Sinbad recommandé par un vendeur est fermé. Si les vendeurs de journaux viennent de Chenini, ce sont les gens de Tataouine qui tiennent les pâtisseries arabes à Paris… Après-midi libre. Nous retrouvons le groupe au restaurant de l’hôtel pour un jeu du soir animé par notre guide italien, Stefano. Chacun doit retrouver les 2 personnes du groupe qui ont reçu comme elle/lui au début du voyage un bouton de couleur : les rouges, les jaunes, les verts, etc. Il se forme ainsi 9 groupes de 3 voyageurs. Chaque groupe ainsi constitué reçoit ce soir un numéro de loto, et doit trouver la raison de ce bouton associé à ce numéro. Un jeu digne d’un atelier d’écriture. J’observe les visages interrogateurs, dubitatifs, les regards qui se tournent, cherchant des réponses  ici et là, et puis viennent les rires quand chacun commence à inventer sa propre histoire. Tous feront preuve d’imagination, plus ou moins poétique ou délirante.

Il n’y avait bien sûr rien à trouver en particulier, le but étant de nouer encore des liens à travers un jeu, si besoin était à ce stade du voyage…

(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

Carnet de voyage (sud tunisien 5)

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1er janvier 2018
10 h – Visite de la radio Manarat créée le 13 août 2017, jour de la fête des femmes… Oui, ce jour-là, en Tunisie, on célèbre l’amélioration de la condition de la femme à la suite de l’adoption du Code du statut personnel le 13 août 1956. Manarat, une radio de femmes qui fait travailler des femmes (et quelques hommes). Orientée vers la culture et le social, dédiée à l’ouverture et au dialogue interculturels. « Nous ne faisons pas de politique. » Je m’interroge sur ce qui peut ne pas être politique ici ou ailleurs. Aucun sponsor n’a présidé à sa création, seuls des fonds familiaux (la famille de la rédactrice en chef, qui a aussi offert le lieu…). Une entreprise autofinancée, donc. La rédactrice a rencontré A. à la fantasia hier et a pris rendez-vous pour le lendemain matin. Aujourd’hui, seuls les hommes sont interviewés quand une femme compte parmi nos guides… Une radio de femmes (arrête ton mauvais esprit, Marlen).

En route vers Matmata.

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Tamezret, village berbère.

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11h30 – Matmata
Pays de montagnes arides et de moutons…

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Nombreuses maisons troglodytes. Visite de l’une d’entre elles où son habitante, une dame de 84 ans, raconte qu’elle a toujours refusé les tatouages berbères car elle est une femme libre. Quel courage, quelle leçon !

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Nous achetons de quoi grignoter, de chères amandes, buvons un verre à la terrasse d’un café avant de reprendre la route.

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A 13h45, nous arrivons en vue de Toujane, village berbère. Un guide local explique que  huit siècles auparavant la première famille vivait dans un château qui surplombait la vallée. Il y avait trois sources et l’on cultivait des oliviers. Au fil du temps, les familles se sont installées sur les flancs de la montagne. Une rue serpente parmi quelques trouées vertes pour aller se perdre dans les contreforts montagneux.

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Nous suivons un chemin rocailleux où j’avance le nez au sol quasiment.

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Au-dessus de la Toujane ancienne, village fantôme, la Toujane nouvelle.

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Toujane signifie « barrière pour l’eau ». Perché à plus de 600 mètres, le village est accroché à la montagne, ocre comme elle, sauf la mosquée que j’aperçois et quelques bâtiments blanchis à la chaux dont l’école, ci-dessous, sur la gauche.

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C’est sur les hauteurs que nous déjeunerons d’une délicieuse chorba, d’un couscous végétarien, subtil, coloré et parfumé, assis sur des coussins. Notre hôte, ami de Stefano, est  Habib dont la femme, comme la plupart des femmes ici, fabrique des kilims tous plus beaux les uns que les autres. J’en achète un, rouge, magnifique. Stefano et Zied ont apporté billes et stylos pour les enfants du village et nous assistons à un tournoi très disputé, entre des petits gars et une seule fille !

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Sur les toits sèchent les olives… Le village compte deux moulins à huile, dont un dans lequel un âne actionne la pierre du moulin dans une quasi obscurité…

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Direction Medenine dès 5 h du soir. Le paysage de hautes montagnes nous poursuit dans un superbe soleil couchant. Arrivée à Tataouine à 18h30, une foultitude de barils de pétrole de contrebande sous les yeux de la police. Nous n’en finissons pas de traverser la ville.

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Nous rejoignons l’hôtel aux environs de Tataouine, un bâtiment berbère où nous attend pour la première fois un lit pour deux. Petit verre de champagne avant de rejoindre le groupe pour la visite d’une coopérative agricole, association tenue par des femmes qui exploitent les ressources locales, et vendent herbes, salades diverses, graines, confitures, etc. Toutes portent de jolis foulards colorés, toutes nous accueillent avec timidité, ébauchant des sourires d’abord, puis riant franchement en fin de soirée. C’est là que nous dînons.

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(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

 

Carnet de voyage (sud tunisien 4)

marlen-sauvage-DouzDouz, un festival, une ville…

(Petit aparté : je rectifie souvent le lendemain ce que j’ai écrit la veille, car mes notes sont dispersées… à bon lecteur😉…)

31 décembre 2017
Départ à 9h30 vers Douz et son festival. Notre premier rendez-vous est une exposition de peintures d’un peintre local, Salah, au chèche rouge et au sourire accueillant, au français impeccable aussi… Le monsieur a 74 ans, ceci explique cela… Il calligraphie sur des peaux de mouton, à l’encre brune, noire, rouge…, s’inspirant de la société tunisienne, de la place qu’y occupent les femmes, notamment [j’ai appris tout récemment que dans tous les arts, la calligraphie est souvent là par pure esthétique, et que chacun peut y lire ce qu’il souhaite y lire au temps T… Le petit service à thé marocain, héritage de mon père, parle d’amour, me dit A., enfin, c’est ce qu’il lit à l’instant où il lit, précisément…]

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Certains tableaux sont évidemment d’une abstraction absolue pour moi qui ne lis strictement aucune lettre arabe… [J’ai retrouvé quelques photos de tableaux sur toiles, ceux-là, dans des tons bleus et roses… je me souviens n’avoir ressenti aucune émotion devant cette peinture… mais j’ai apprécié la manière d’être de cet homme qui avec l’âge a décidé de ne faire que ce qui lui plaisait, et qui sait transmettre avec beaucoup de fantaisie, d’humour et de sagesse ce qu’il a érigé en principe de vie.)

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Dans les rues de Douz, beaucoup de monde, de bruit, de musique. Nous tentons d’aller écouter de la poésie mais la salle est bondée. Je repère un bâtiment de l’Etat annonçant gravé dans le marbre son « Projet de développement agropastoral et de promotion des initiatives locales du sud-est Prodesud-Douz). J’apprends que le village de Douz s’est construit autour des activités du festival (en 1910, et qu’il s’appelait alors le « Festival du chameau »), ce sud-tunisien étant plutôt traversé par des tribus alors nomades. J’ai envie d’en savoir davantage, un jour je creuserai (me dis-je, au milieu de tout ce que j’ai déjà envie de « creuser »). Achat de foutas et de jetés de canapé décorés de la main de Fatma, venus de Kairouan. Resto pizza loin du centre agité où l’on commence par une kamounia, plat en sauce épicée dans laquelle baignent quelques morceaux de foie.
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Nous avons rendez-vous sur la grand-place à 14 h afin de nous rendre à l’événement qui clôture le festival, une fantasia. Entretemps, mauvaise nouvelle : la voiture semble avoir rendu l’âme et A. doit trouver un garagiste… Je file avec le groupe d’Italiens, nous sommes placés dans un endroit d’où nous dégageons au bout d’une heure (rien n’a encore commencé) pour ne plus être devant des agités qui se lèvent à la moindre annonce d’un groupe de musique ou d’un défilé de dromadaires…

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Vers 15 h démarre enfin la fantasia tant annoncée avec force micros, en tunisien, en anglais et en français ! Nous suivons la reconstitution d’un épisode de l’histoire de la Tunisie auquel il est difficile de comprendre grand-chose, mais enfin mon imagination fait le reste…

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Tout le long du spectacle qui dure plusieurs heures, je regarderai passer cet objet volant en me demandant s’il va finir par se poser en pleine reconstitution historique !

Promenade à dos de dromadaire, histoire de simuler la mariée emmenée par son mari jusqu’à la tente dressée en plein désert. Je m’y colle à la demande de Stefano… La petite maison de la mariée installée sur le dos de la bête est tout juste suffisante pour retenir mes déséquilibres dus au déhanchement de l’animal…

Dîner chez le peintre rencontré ce matin et fête avec une grande partie des gens du quartier, des femmes intimidées, des enfants, que nous avons introduits dans une danse joyeuse, des hommes plus prompts à se mettre en scène… Ce fut gai et émouvant… d’une grande tendresse de la part de certaines femmes qui ne nous lâchaient pas les mains. Le repas déjà nous avait réjouis, A. traduisant avec humour les propos du peintre malicieux… Et de blague en blague, nous avons dégusté plats colorés et goûteux, dattes et gâteaux, dansé et joué en groupe, riant comme les grands enfants que nous sommes tous.

Balade en bus dans le Chott-el-Jerid que nous connaissons déjà pour une soirée improvisée par Stefano. Sous la lune lumineuse dans un halo d’argent, nous déambulons à la suite de notre guide dans la fraîcheur de la nuit. Au top, nous nous dispersons pour tourner sur nous-même les yeux vers le ciel, jusqu’à perdre l’équilibre et tomber. « Abbiamo fatto l’amore con il Cosmo » lance Stefano dans un grand éclat de rire. Retour sur nos pas jusqu’à un grand feu allumé là par quelques hommes du désert…  Et rendez-vous pris avec ceux qui le souhaitent l’année suivante au même endroit pour une fête très privée…

(à suivre)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

Carnet de voyage (sud tunisien 3)

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30 décembre 2017
Le réveil n’a pas sonné ! Départ à 9h30 de Nefta et de l’hôtel Caravansérail qui porte bien son nom. Je n’ai pas fait de photo finalement de ce bel endroit conçu comme un petit village. Direction Douz. Discussion à bâtons rompus avec notre compagnon de route du moment, Federico. Nous mélangeons allègrement français et italien et j’apprends à force d’improvisation à m’exprimer dans cette belle langue.

Chott-el-Jerid… La plaine saline s’étend d’est en ouest sur une centaine de kilomètres, de Nefta, que nous venons de quitter, jusqu’au golfe de Gabès. [J’ai raconté le désert en quelques « Petits bonheurs » à partir d’ici] Chott-el-Jerid signifie « plage de palmiers » et la feuille du palmier se dit « jerida ». En arabe tunisien, le journal s’appelle d’ailleurs « jerida ». Je mémorise histoire et anecdotes que continue de raconter A. tout en conduisant plus vite qu’il ne faut ! La population du Jerid est connue comme ayant de l’humour ou comme étant stupide, préjugés du Nord… Plus au sud du Chott, une palmeraie a été plantée du temps de Bourguiba pour freiner l’avancée du désert. On y a fait travailler les opposants au régime… camp de travail pour les agitateurs, du temps de ce néanmoins grand homme…

[Voilà ce que je trouve à ce propos sur le net (extrait) : Ce projet a été créé par l’Office du développement de Rjim Maâtoug, un établissement public placé sous la tutelle du ministère de la défense nationale. Plusieurs étudiants tunisiens forcés à accomplir leur service militaire dans les années 80 et 90 par le régime en place, à ce moment là, ont contribué à sa réalisation, à travers la construction de paravents pour arrêter l’avancée du Sahara et la plantation d’arbres dans les régions de “El Matrouha 1” et “El Matrouha 2” ainsi que dans le village de Rjim Maâtoug, outre la construction des logements où habitent, actuellement, les exploitants des lotissements agricoles dans la région. https://africanmanager.com/51_le-projet-de-rjim-maatoug-contribue-a-immuniser-la-region/]

Les bus filent à vive allure (nous tentons de rester dans leur roue !), je capte comme je le peux les monticules de sel en pestant de n’avoir qu’une tablette pour « appareil photo ». [Ma meilleure photo est … mais j’évite de me répéter !] Enfin, à 11h, nous nous posons.

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De part et d’autre, une étendue quasi désertique, que surplombe une chaîne de montagnes au loin. Nous nous dispersons. La croûte du sol brille de toutes ses cristallisations et là où je craignais que les pieds ne s’enfoncent, ils semblent rebondir sur du caoutchouc. Pieds nus, la sensation est intense, râpeuse et bienfaisante… Nous méditons ensemble, loin du groupe.

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D’encore plus près, voilà ce que ça donne… Nos guides proposent un jeu aux plus vaillants… Exit les amochés du genou comme moi ! Mais je reste assise sur le sable, à suivre les mouvements dansants de mes camarades de virée, pleurant de rire à les voir se contorsionner pour attraper un tissu rouge avec la frénésie de l’enfance. Rien de tel pour souder un groupe que le jeu et les rires !

marlen-sauvage-jeu-desertJeu de la « pétèque » sur le sable…

Nous repartons sur le coup de 12h20 à travers le paysage rose, évitant de justesse le passage de chameaux. Au fil de la route, A. nous passionne toujours par ses commentaires…  je note que l’arrivée du marbre sur les minarets et dans les mosquées est la marque de l’influence de l’Arabie saoudite, wahhabite. Que dans le nord de la Tunisie, les minarets sont beaucoup plus petits et les mosquées plus sobres en tout cas celles des XVIIe et XVIIIe siècles.  Nous parvenons enfin à Douz où se déroule le festival international du Sahara. J’ai une pensée pour Claudine, passionnée du désert, de ses habitants, de Douz et de ce festival !

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Consignes données sur la place par Stefano et Zied ; nous arpentons la ville à la recherche d’un endroit où se restaurer. Ce sera une gargote sans intérêt, qui propose du foie grillé et des salades sans huile… La place s’est remplie de gens, de chameaux, de chevaux, nous errons dans les boutiques, discutons avec un magnifique vendeur tout de bleu vêtu, lui achetons un foulard qu’il nous enroule sur la tête avec dextérité, et rejoignons le groupe, un autre « chèche » se joint à nous, Federico, et en route pour le désert !

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A partir de 16 h, balade aux portes du désert où nous errons solitaires ou en petits groupes à travers les dunes roses et jaune pâle après avoir fait le tour d’un fort ensablé.

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Le vent dessine dans le sable des formes inattendues, des effondrements, des friselis, des vagues pétrifiées, des puits de lumière… Ma créativité n’arrive pas à la hauteur de la nature pour marquer l’endroit de la tendresse.

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Nous rejoignons le groupe vers 17 h, tous les visages reflètent le soleil couchant, tandis qu’un homme du désert pétrit un pain et s’active autour des braises…

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Nous dégusterons un morceau de cette galette des sables, chaude et croquante, dans la nuit tombée, écoutant avec attention A. nous raconter l’histoire des deux branches musulmanes… De retour à Douz, arrêt à l’office du tourisme dans les bureaux où s’organise le festival, avec un président quelque peu coincé, que dérident à peine les applaudissements soutenus du public italien. Dîner dans la maison d’un ami de Stefano. Four de cuisson des aliments dans des jarres en terre, à l’extérieur de la maison, dans la cour. Nous nous déchaussons avant d’entrer dans la pièce aux multiples tapis et coussins où nous nous tassons à trente avant de déguster le poulet cuit dans le tabouna. Riz au safran et petits légumes puis mandarines et dattes. Alberto se distingue en réclamant des dattes qui lui sont immédiatement subtilisées par les autres Italiens… Petit jeu entre amis. Chambre dans le bel hôtel Golden Jasmin.

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Texte et photos : Marlen Sauvage