Carré

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Carrée son existence
bornée dans tous les angles
une injonction à vivre selon
se cogner sans rebondir
se heurter à l’arête des jours des nuits
repousser de l’épaule les murs de la pensée
s’y écorcher la peau
tourner en rond
caresser la folie
déposer dans les coins
les élans la tendresse les calices de fraises les émerveillements
marcher en diagonale croiser les pas de l’autre
rebrousser chemin
retrouver la trace de l’instant premier
la suivre jusqu’au bord de l’oubli
quand la douleur efface le plaisir
entendre poindre la peur de l’inconnu
dans les pulsations du cœur
s’évanouir
la main sur la paroi mince du silence
lécher la plaie à vif
se cloîtrer pour ne plus
désirer l’espace au-delà de la forme
la jouissance du présent échoué
broyer l’offrande noire

 

Texte & photo : Marlen Sauvage

Carnet des jours (23)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

30 juillet – 6 août
Journées dans la torpeur de l’été, rafraîchies par la baignade quotidienne, une heure, pas davantage, en début de soirée ; dépasser les estivants agglutinés au bord de la plage, entrer dans la hauteur de l’eau, loin du rivage, près des massifs rocheux où la mer s’agite, discrets endroits perdus où se perchent les amoureux. Fins de soirées en famille et entre amis, à la nuit tombée, quand les places de Monastir se peuplent de touristes assis au sol à même l’herbe, pour profiter de la fraîcheur, enfin.

Lundi 7 août
Direction Mahdia par Khniss, ville côtière à cinq kilomètres au sud de Monastir, une extension, « le cinquième ribat (quartier) de Monastir » m’explique A. A notre gauche, la « mer Morte », telle que la population locale nomme cette lagune qui est encore une réserve de pêche bien que la biodiversité soit menacée par la pollution depuis des années. Pas de baignade ici, c’est pourquoi les gens de Khniss viennent se baigner à Monastir. Je prends la mouette sur la barque (enfin la barque et la mouette…) avec une pensée pour Chris.

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Près de Kniss (ou est-ce un quartier de la ville ?, je ne sais plus) se trouve Saklia dont le nom provient de « Sicile » et rappelle les échanges nombreux avec cette île voisine. Beaucoup de noms de familles tunisiennes portent la trace de familles siciliennes, affirme A. (Au début du XIe siècle, les Arabes expulsés de Sicile après la conquête par les Normands se sont réfugiés ici… me dit Wikipédia.)

Le paysage est d’oliviers plantés sur une terre ocre jaune, sèche, aride. La culture de l’olive est avec la pêche et le textile une des activités économiques de la ville. Je réalise que les plaids achetés dans une boutique de la médina de Monastir viennent de Kniss. C’est ici aussi que sont tissés avec la laine de mouton ou de chameau les burnous traditionnels et les kilim.

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Nous traversons Ksibet-el-Mediouni (du nom du saint fondateur de la ville), nous sommes toujours dans le gouvernorat de Monastir, puis Lamta où nous nous arrêtons.

A. me raconte tout de l’origine de la petite ville, dont le nom arabe provient du romain « Leptis Minor » ce qui la distingue de « Leptis Magna » qui se situait en Libye (ancienne Tripolitaine). Dans ce port ouvert aux échanges commerciaux et culturels, la religion chrétienne est mentionnée dès le IIIe siècle. Et cette ville, « sans doute l’un des plus hauts lieux de l’antiquité romaine », a révélé mosaïques et fresques parmi les plus belles de Tunisie. Son musée est internationalement connu. Pour l’heure il est fermé. Nous y retournerons.

L’économie s’appuie sur le maraîchage mais essentiellement sur les oliveraies (« deuxième production apres Sfax »). Ici on trouve de plus vieilles variétés d’olives et d’une meilleure qualité, m’assure encore mon amoureux. Dans une ruelle, un tapis de poivrons rouges sèche au soleil sur la terrasse d’une maison.

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Sayada. Sayad veut dire pêcheur. Dans le nom de Sayadi, très populaire à Monastir, le i indique la provenance. Un historien de Monastir (du nom de Sayadi d’ailleurs) affirme que Sayada vient de Saïda, ville côtière du Liban. La ville a probablement été créée par les Phéniciens venus fonder Carthage. Là où se tenaient des villages de pêcheurs, aujourd’hui des immeubles se dressent…

A Ksar Hellal, j’ai droit à un cours d’histoire, pour me rappeler si je l’avais oublié qu’A. est un fervent admirateur de Bourguiba… C’est ici que le 2 mars 1934, le futur dirigeant fonde le parti du Neo-Destour qui mènera la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Une statue à l’effigie de Bourguiba est toujours présente au centre de la ville pour commémorer cet événement. Mais j’ai droit aussi et surtout à une page érudite sur les origines de Ksar Hellal, de construction arabe, fondée au temps des Fatimides (j’espère ne pas me tromper, je n’ai rien noté de lisible et je ne retrouve aucune info là-dessus sur le net) et sur Banu Hilal une tribu arabe venue ravager le pays aux alentours du IXe siècle (???).

A partir de Moknine, nous entrons dans le gouvernorat de Mahdia par la GP1, la plus ancienne route de Tunisie qui allait sans doute de Carthage jusqu’à la frontière romaine (le limes). Avec cet homme, je ne peux rater une occasion de me cultiver, me dis-je en mon for intérieur…

Chiba, Edkila et enfin, Mahdia et sa prison civile dès l’entrée de la ville pour accueillir le visiteur ! Nous filons vers le port où se tiendra semble-t-il une « sardinade ».

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Quelques pêcheurs s’affairent autour de filets, de branches de palmiers dont ils se serviront pour pêcher la sardine. Les petits bateaux colorés se côtoient sagement, arborant des fanions plus ou moins défraîchis. Le « 427 MA » me salue. Je vois des signes partout !

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L’atelier de réparation du port est étonnamment silencieux, nous errons entre les immenses carènes, les engins, les hélices, aucune connexion ici alors que j’aurais volontiers tenté un « direct » sur FB pour une fois !

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9 août
L’essentiel de la journée qui vaut d’être retenu pour ne pas réitérer l’erreur : repas à L’Alhambra, à Monastir, avec H. Nous n’y retournerons pas…

10 août
Mon amour est reparti à Tunis. Je flemmarde, lis, écris…

11 août
Cimetière marin de Mahdia sur le blog et souvenir encore triste de la mort de Dominique. Je m’oblige à ne rien ressasser.

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Le soir, repas français Chez Marcel (le Pirate est complet) devant le petit ribat, où le patron s’appelle Laurent, il vient d’Avignon, tutoie le client et nous apprend que Marcel était le prénom de son beau-père… Très bonne cuisine servie dans une ambiance on ne peut plus calme, les clients se pressent ici le midi plus que le soir.

13 août
Retour. Tunis sous le soleil levant, des larmes sèches et une attente d’une heure pour passer le poste de police, de quoi râler suffisamment et avoir envie de rebrousser chemin…

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Texte et photos : Marlen Sauvage

 

 

 

 

 

Réminiscences

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Le Concerto pour piano n°5 de Beethoven tapi dans les microsillons grinçants de trop d’écoute comme une lame venue du large charriant une mémoire enfouie un désir de bataille une colère qui galvanisait ses quinze ans et brisait l’ancre de l’enfance ; les pieds nus sur la lauze dans le frais de septembre à l’heure où le chevreuil descend le pré, juste avant de méditer dans le calme de la clairière ; la décharge électrique dans le corps qui tombe à genoux et la plainte lancinante des ligaments déchirés ; l’étreinte amicale de celle qui a vécu tant d’autres écueils que la situation ne requiert aucun mot sauf la tendresse ; la sonorité du patois trouant son français impeccable vibrant d’un temps ancien qu’il n’évoquait que d’un mouvement d’épaule ; l’effroi dans le cri de la femme au bord du précipice quand la roue tombe dans le vide et que la voiture menace de s’y fracasser ; les cloches de l’église au village distant d’un kilomètre qui chargeaient le vent de leur écho funèbre le jour de l’enterrement de la bergère de seize ans ; la complicité des regards dans un battement de cils, les battements du cœur dans l’évidence joyeuse de la reconnaissance, la trace du passé dans le visage d’un nouveau-né, l’éclatante revanche de la jeunesse sur toutes les vieillesses vides, la fulgurance poétique de la vie dans le frémissement du corps saisi par l’intensité de l’instant.

Texte & photo : Marlen Sauvage

 

L’hirondelle rouge, J.-M. Maulpoix

 

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« J’éprouve une espèce de honte à m’asseoir dans le train de banlieue un écouteur sur les oreilles. C’est comme déserter mes semblables, leur signifier mon indifférence… Mais en ce moment, j’ai besoin de musique. Mozart ou Schubert surtout. Pour que les larmes coulent autrement. Dans l’oreille plutôt que dans l’œil.
Ne pouvant plus rien entendre aux affaires humaines, je me souviens du monde dans la musique, là où ne vont plus les mots. Là où continue de prendre sa source le poème.

(…)

C’est à peu près comme si les freins de ton vélo avaient lâché au sommet de la côte. Irrésistiblement, tu prends de la vitesse. Le temps qui file à toute allure te blanchit les temples. Tu ne roules plus, tu glisses. Ta vie est de neige, de sable et d’eau courante.
L’inconnu est de plus en plus proche. Il ne se déguise plus en terres lointaines, en azurs, en chimères. Assis là, sur la chaise, il t’attend devant la porte.
Que lui dire ? La misère n’est précise qu’en sa phrase démunie. La machine du cœur continue son travail. Au-dehors, la campagne dort. Là-bas, la pluie est silencieuse. Il n’est de chant possible qu’un bâillon sur la bouche.
Tu attends, toi aussi, derrière la porte, l’oreille déjà collée contre le bois. Tu as pris rendez-vous. Ton tour viendra bientôt. Tu ne guériras pas de cet abîme.

(…)

Je vous le demande : lorsqu’elle s’est échappée du corps, où l’âme est-elle allée se loger ? Dans quel trou de souris ? Dans l’armoire, dans le piano, sous le tapis ? A quatre pattes, je la cherche, comme une bête qui croirait encore à sa proie. Et je renifle jusque dans ma bouche, ce souffle dont je ne sais plus s’il est de vie ou de vent. »

Jean-Michel Maulpoix, L’hirondelle rouge, Mercure de France, 2017

Ateliers de campagne (7)

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Potage au potiron dans un bol carré blanc.
Plus rien ne m’est interdit, j’écris en mangeant, plutôt que regarder la chaise en face de moi. J’ai pris le potage pour la couleur, dans un univers de fantômes scellés dans leur absence. Hôtel de l’Europe, Marvejols, salle du restaurant, un soir de novembre.
Et j’ai vu la plante verte sur le mur noir. Noir, c’est toute ma couleur ce soir. De la tête aux pieds, de l’extérieur à l’intérieur. Il n’y a plus de blanc dans lequel me vautrer. Plus de vide à épouser. Plus d’oubli.
Ce soir est soir de cogitations.
Dans le restaurant de l’hôtel de l’Europe, les couteaux toujours retournent leurs dents vers le ciel. Un truc de designer. Je voudrais marcher sur le dos, et ricaner à dents déployées.
A la table devant moi, de profil, un homme seul observe le petit pot de fleurs où fleurit une orchidée jaune à pois couleur de sang. Il l’approche de son visage, le tourne, le repose, le regarde encore, puis il joint les mains, coudes sur la table, et ferme les yeux. J’ai touché la fleur, j’ai la même devant moi, j’ai caressé le pot. Tout est faux.
Ici, les hommes de plus de cinquante ans ont tous de la bedaine. Je me demande s’ils sont plus gentils que ceux du même âge qui ont le ventre plat.
Cet après-midi, j’intervenais à l’université de Mende, antenne de Perpignan. Les étudiants en face de moi viennent tous de Chine, de la province du Guizhou. Souriants, jeunes, bruns. Deux garçons pour neuf filles. Je n’ai pas eu le temps de déjeuner pour arriver à quatorze heures. Une heure vingt de trajet, avec les déviations, les travaux de réfection des routes après les violents orages, les épisodes cévenols, comme disent les météorologistes. Et mon cours parlait de restaurant, de gastronomie. J’ai bu deux cafés à la machine du rez-de-chaussée.
Quatre heures plus tard, la nuit était tombée et je reprenais la route pour Marvejols, hôtel de l’Europe.

Texte et photo (juillet 2012) : Marlen Sauvage

(à suivre)
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Quand j’étais enfant il existait une série télévisée intitulée Médecin de campagne… Le médecin était une femme et la campagne alors ressemblait à celle où je vivais dans la Drôme. Depuis que je sillonne les Cévennes pour animer ici et là des ateliers d’écriture, je ressasse l’idée d’écrire une série de souvenirs arrangés autour de ces allées et venues.

Carnet des jours (22)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Aujourd’hui samedi 22 juillet et à rebours
Réveil à Monastir dans une chaleur raisonnable. Enfin une douce nuit de sommeil après trois jours à Tunis plombée de soleil, sans un souffle d’air.
Soirée chez Hubert et la petite troupe d’habitués. I. nous accompagne. Coup de sirocco sur le front de mer alors que nous nous rendons à Chott Meriem. Un pylône électrique s’est affaissé sur la chaussée, il faut passer sous l’angle le plus large, un homme au bord de la route s’efforce de guider les véhicules et c’est une progression lente pire qu’à l’accoutumée, dans les éléments déchaînés…

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Hier soir (21 juillet)
Rencontre avec I., le beau garçon intelligent et sensible de A. Beau comme on l’est à 15 ans mais enfin au-delà de la moyenne, objectivement. Et de si belles baskets bleues… Goûté l’air de la marina en sirotant un délicieux thé aux amandes en compagnie de Radhia et Kamel, d’une courtoisie qui s’est perdue sous d’autres cieux.
Une plongée dans la mer transparente au pied de la Marina, roches ocre jaune et friselis verts de l’eau ; de la nature rafraîchissante après une route étouffante et malgré un arrêt restauration-boisson dans une station sur l’autoroute.
À midi nous rencontrions Mounir Baatour du PLT à son cabinet d’avocat pour une heure de discussion et d’échange, un parti anti-islamiste (plutôt libre penseur) qui défend ses valeurs sans compromission (pour l’instant…), sans danger pour le pouvoir – qu’il ne revendique pas –, peu médiatisé : sauvegarde du régime républicain et Code du statut personnel, défense des droits de l’homme et des libertés individuelles, appel à la normalisation des relations avec Israël (qui vaut un procès à son dirigeant)… Sa devise : liberté, égalité, laïcité.

Mardi 18
Rencontre avec Mehdi au Bardo, café Bonsaï, sur le coup de 16 h. (A. est parti déjeuner avec R. pour lui rendre ses clés de voiture.) Une heure quinze de discussion à bâtons rompus avec cet ancien étudiant de village francophone, devenu professeur des écoles, attentionné et soucieux de transmettre de belles valeurs à ses élèves.

Mercredi 19
Je tente de retrouver l’essentiel de cette journée… Mais rien. Nous sommes restés finalement à Tunis alors que nous avions projeté de repartir à Monastir.

Jeudi 20
Journée tranquille passée à écrire la proposition de Francois, troisième de l’atelier d’été. Huit versions au moins entre la veille et le moment de l’envoi. A. est parti assurer une conférence et rentré vers 21 h. J’assiste à l’entrée dans la maison d’une mariée de tout son mobilier que se passaient les hommes à la sortie d’un camion, au son de la flûte et du tambour. Un raffut joyeux qui a duré une heure ! Un peu gênée de filmer…

 

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23 juillet
Monastir. Anniv de la grande sœur. Seul événement notable en cette journée archichaude encore. Fait un tour sur le marché de la ville, achalandé au-delà de toute mesure, difficile d’avancer dans le flot humain ! Le poisson est si beau, j’achète une bonite préparée par le poissonnier.
Dans l’après-midi, petit tour des plages du coin envahies par les touristes algériens. Je n’ose me baigner dans ce qui fut une plage réputée, près de l’ancien palais de Bourguiba, tant les regards me déstabilisent. Toutes les femmes sont voilées, habillées de pied en cap, sur les galets ou dans l’eau, les toutes jeunes filles portent des jupes par dessus leur maillot, quelques petites poupées de deux ans sont en caleçon long sous leur tenue claire, mais la couleur dominante est noire, je suis dans une robe bleu marine sans manche, relativement courte, au genou, et mon maillot de bain est d’une pièce (personne ne s’en doute !), mais les hommes en bermuda, torses nus, me suivent des yeux à tel point que je rebrousse chemin. Je n’ai pourtant rien d’une bimbo et la plupart d’entre eux pourraient être mes enfants. Mais je garde le souvenir de cette agression dans l’eau il y a trois ans par un jeune homme que j’avais fini par faire fuir en lui hurlant dessus. Retour dans un autre coin superbe ou A. me fait escalader des rochers et nager d’une pointe rocheuse à l’autre, la baignade de son enfance. Une heure dans les vagues hautes à ce moment de la journée. Soirée rêverie sur les plus hautes marches de la terrasse pendant que A. est avec un pote au café du coin.

24 juillet
Après-midi plage. J’en profite à fond ! Je pense à maman qui est à Guérande et en profite sûrement aussi. A ma tata Jo pour qui c’est moins vrai… Le temps a si vite passé… Allongée sur l’eau, la tête dans le ciel, je me demande qui viendrait me rendre visite si je m’installais ici durant quelques mois. Épisode mémorable de la tente impossible à plier avec une famille algérienne venue me demander de l’aide… Après vingt minutes de tentatives et un bon fou rire, nous la laisserons dans la cabine du gardien des lieux jusqu’au lendemain. Une méduse me pique au bras et à la cuisse à la deuxième baignade quand la mer est haute. Les familles aux femmes voilées et habillées se ruent sur la plage dès 16 heures.

25 juillet
Courses dans la médina sur le coup de 14 heures pour acheter chapeau et plaids. Nobody at home. Mais à la mer, oui ! Haute comme la veille. J’ai appris l’épisode des migrants refoulés par un Tunisien sur son bateau, les filmant pendant leur tentative d’échapper au zodiac et j’ai vu leur noyade annoncée sur FB. Il paraît que cela se passait sur les plages de Monastir. Laquelle ? Une mer de noyés, je me baigne dans une mer de noyés. Une angoisse me saisit, je vois des corps dans l’eau claire, ce sont des vivants, mais je quitte l’eau la gorge nouée.

Visite de Radhia et Kamel accompagnés de leur fille Imen et leurs petits-enfants (Kenza et Yacine), avant le mariage d’une autre Imen, nièce de A. Je passerai la soirée sur la terrasse la plus haute à écouter la musique et les chants jusqu’à une heure du matin. C’est la journée des femmes, ce jour de mariage, et A. me dit que hommes et femmes sont séparés durant cette fête. J’ai reçu des gouttelettes d’eau de fleur d’oranger ou de jasmin alors que je m’étais allongée sur le matelas là-haut, pourtant il semble qu’il n’y ait pas eu d’aspersion  de quoi que ce soit ! Mais qui sait d’en bas où se tenaient les hommes ce qui se passait en haut du côté des femmes ?

26 juillet
Grand ménage dans la maison (le carrelage m’en rappelle d’autres, dans de vieilles maisons de mon enfance…) pendant que A. répare le pneu crevé et avant qu’il file vers Tunis avec Kamel. Impossible d’arrêter ce que j’ai commencé aussi je poursuis les rangements et aménagements jusqu’à près de 20 heures. Complètement vannée. Petit whisky et dodo devant un film dont j’ai totalement oublié le titre et l’auteur…

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27 juillet
Réveil trop tôt.. 4 h 30.. Je tarde jusqu’à 6 h 30 puis je craque pour un café. Grand soleil dehors mais une brise légère qui change tout. J’admire le travail de la veille.  Anniv de ma petite mother.

28 juillet
Cuisiné le marmitako de bonite. Visite au souk au moment de midi et rentrés avec des tonnes de légumes et de fruits ! A. est de mariage (signature du contrat ce jour, m’explique-t-il), j’en profite pour écrire et skyper avec ma Stef.

29 juillet
21h35 c’est le bal des mobylettes ! D’un côté et de l’autre elles traversent la rue Mohamed M’Hallah dans un bruit d’enfer, pétaradant à tout va. Les hommes sortent à cette heure-ci… sur leur mobylette. Parfois ils sont deux, un jeune conduisant un plus vieux, un autre parlant au téléphone tout en guidant son engin, un autre encore avec une jeune fille à l’arrière, qui l’enlace et lui chuchote quelques mots à l’oreille dans le vacarme du moteur. J’observe ce petit monde masculin du haut de la terrasse…

Cet après-midi, longue baignade d’une heure d’une plage à une pointe, puis dans le canal, et de là vers une autre plage… Le corps heureux de cet effort. Regarde les jeunes sauter, plonger de la falaise n°1 puis 2 puis 3… Hajr kebira, hajr sghira… Bhar Sidi Mansour où nous nous baignons, Bhar el turista ??? Bhar du jebana. J’ai tout oublié…

Matinée rangement et déménagement intérieur. La bibliothèque est devenue bureau. Nous sommes crevés mais fiers !

(à suivre)

Photos : Marlen Sauvage