Dans les pas de saint Augustin

Une porte sur le site archéologique de Bulla Regia.


J’avoue, avant ce court séjour dans les pas de saint Augustin, je n’avais rien lu de ce théologien chrétien, ni La Cité de Dieu ni Les Confessions, bien que cette dernière œuvre soit souvent citée comme la première autobiographie connue. J’y ai remédié tout au moins pour ce qui concerne Les Confessions, les 22 volumes de La Cité m’en ayant un peu dissuadée, encore qu’une version existe maintenant ramassée en un énorme pavé. Toujours est-il que durant trois jours, en septembre dernier, je rejoignis l’association tunisienne Via Augustina et un groupe très cosmopolite pour une marche sur les traces de l’évêque d’Hippone (actuelle Annaba), de Bulla Regia à Aïn Draham pour terminer par Tabarka. C’était aussi la première édition du Festival Numidia du film sacré, et malgré l’interdiction, contre toute attente, de projeter le film de Jean Dulon à Aïn Draham, ce fut l’occasion de rencontrer ce journaliste et de voir son très beau témoignage Chrétiens d’Algérie – Sur les chemins de la rencontre.

Le site de Bulla Regia est magnifique et comme par hasard… mon appareil est tombé en panne de batterie après quelques photos sans grand intérêt. Pour avoir une idée de cette ville fondée par les Numides, je vous renvoie donc à ces belles images. L’histoire de Bulla Regia est ici

Une stèle à l’entrée du site figurant ce personnage féminin.
Derrière les ruines, la colline de Chemtou.
Après une nuit à Aïn Draham, marche dans la forêt qui l’entoure.
On y pratique notamment la chasse au sanglier.
Chênes-liège aux troncs dénudés, ressource économique de la ville.
Plumbago (me semble-t-il) et figues de Barbarie… qui causèrent quelques misères aux plus téméraires.
L’image inattendue du troupeau de moutons et des deux bergers discutant à l’orée de la clairière.
Un lac de barrage.
Notre minibus tombé en panne à proximité de Tabarka… Mais dix minutes après avoir fait du stop, c’est un bus municipal qui nous a pris en charge.


Arrivée aux Mimosas, à Tabarka, lieu de séjour prisé par les jeunes mariés.
Le fort génois de Tabarka, datant du XVIe siècle, situé sur une petite île reliée à la terre.
Dès 1540, la ville accueillait une importante communauté chrétienne italienne.
Depuis l’hôtel des Mimosas, vue sur Tabarka, connue pour ses plages de sable et la beauté
de ses fonds sous-marins.
Projection dans l’enceinte de la basilique, construite sur une ancienne citerne romaine.
La route du retour et ses paysages désertiques.

Carnet des jours (36)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mercredi 1er août 2018
Envol pour Tunis ! Avant de prendre la route deux jours plus tard pour Monastir.

Là, je découvre les travaux effectués ces dernières semaines dans la maison de A… Les très beaux azulejos dans l’entrée et la montée d’escalier, la blancheur des murs et des portes… mais pour moi, l’espace vient de perdre le charme particulier que lui conférait auparavant le bleu tunisien ! Les ouvriers ont abandonné leurs outils… laissé le chantier quasiment en l’état… il faut nettoyer, décoller la peinture du sol ancien, laver à grande eau… Pour récompense, les baignades, heureusement !

Une des plages de la ville

Lundi 6 août
Je me joins à une initiative monastirienne qui offre des ateliers durant les vacances aux enfants de la ville – maths, sciences, français et… écriture. Tous les lundis, un petit groupe de 17 jeunes de 11 à 18 ans me racontent leurs lectures, leur vie de collégien.ne, la ville telle qu’ils l’aiment ou la rêvent. « J’aime la solidarité entre les habitants, que mes cousins habitent à côté de chez moi, la vue sur la mer, je déteste la saleté, les poubelles que les gens ne portent pas jusqu’à l’endroit où on les récolte, les chiens méchants qui aboient toutes les nuits, j’aimerais que l’on ait un parc d’attraction, que l’on plante des arbres, que l’on construise des stades… » Certains me confient leurs projets d’avenir, d’études, et les difficultés qu’ils entrevoient quand les parents ne sont pas fortunés ou pas d’accord avec leurs choix… Leurs confidences m’émeuvent, nous imaginons ensemble les parcours qui leur permettraient d’atteindre leur but. Que faire sinon les encourager à défendre leurs désirs ?

Mardi 14 août
Sur la route de Tunis, arrêt chez Leila M. pour une invitation à déjeuner avec Faouzia Zouari. Accueil royal ! A table, la discussion démarre avec la place de la femme dans l’islam… Echanges érudits, militantisme salutaire, et belle présence de la journaliste-écrivaine. Je regrette de n’avoir rien enregistré… Le lieu est enchanteur, verdoyant sous le soleil ardent ; la maison, magnifique, cachée dans une propriété plantée de vergers. Je m’écarte pour quelques photos…

Sur la route, en soirée, mon regard est captivé (qui l’eut cru ?) par la beauté du ciel… assailli par les pylônes et les réverbères.

Mercredi 15 août
Déjeuner avenue Bourguiba avec Marouene et Cherine. Quels jeunes professeurs talentueux ! Nous évoquons ensemble le projet porté par Françoise Coupat dans le cadre du sommet de la francophonie prévu à Tunis en 2020. J’envisage un séjour au Kef prochainement pour nouer quelques contacts.

21 août
Les vacances se poursuivent ici, à Monastir, qui m’inspirera le dernier texte pour l’atelier d’été de François Bon (publié avec ceux de 79 auteurs sur le thème de la ville dans Je vous parlerai d’une autre nuit). Je l’explore en fin d’après-midi, quand la lumière enveloppe le paysage des plus beaux tons orangés. J’aime les ruelles encombrées de sa médina où s’agite la vie des petits commerces, colorés, avenants, qui côtoient les places plantées de palmiers, sa corniche aux pavés roses, les excellents beignets que l’on y trouve dans des échoppes aménagées, son ribat, ses calèches kitsch, sa marina…

Une place vide ici, mais le soir peuplée de vacanciers qui s’installent en famille au pied des palmiers
Le fort
La grande mosquée
Quand la couleur du soir embellit même les immeubles…

Dernière semaine d’août, B. nous rend visite pour 3 jours. Nous assistons à Hergla, petit village côtier à une heure de Tunis, aux 13e rencontres cinématographiques (en lien avec l’Italie) intitulées « Mémoire cinématographique d’Hergla ». Cinquante ans auparavant, Rossellini a tourné ici Les actes des apôtres, que nous souhaitions voir ou revoir. (Le film ne sera finalement pas projeté pour des raisons techniques.) A l’époque, le village était totalement sous-développé, ainsi qu’en témoigne un documentaire suédois, datant de 1966, intitulé sobrement Hergla. Pas de route, pas d’eau, pas d’électricité, des enfants aux pieds nus… Un autre film mais une fiction cette fois, Un garçon dans la foule, donne à voir le village à la même époque, village qui fera d’ailleurs partie comme près de deux cents autres (de mémoire) d’un programme particulier de développement, durant la présidence de Bourguiba.

Pas de soirée tunisienne sans musique ni chanson… 
Image extraite du film Un garçon dans la foule, de Lotfi Layouni, 1967

Texte et photos : Marlen Sauvage

La montagne de plomb

Au sud-est de Tunis, en route pour Monastir, le Djebel Ressas impose sa massive silhouette sous tous les ciels, surplombant des champs d’oliviers et les vignes de la région de Mornag. Je l’ai longtemps pris pour le Zaghouan… La « montagne de plomb » (traduction littérale) doit paraît-il son nom au minerai qui en était extrait dès l’époque romaine et jusqu’au IXIe ou début du XXe siècle. On l’exploite encore pour les roches et le gravier nécessaires à la construction du réseau routier. On y pratique aussi des activités de plein air. Depuis l’autoroute, je me contente de contempler sa splendeur qui s’élève à 795 m de hauteur.

Le Djebel Ressas, en mars 2017

Texte et photos : Marlen Sauvage


Monastir, après la tempête…

Monastir. Balade ensoleillée ce dimanche sur la Mida El Kebira (la grande table) où quelques escaliers taillés dans la roche en facilitent l’accès. Un pêcheur sort un mérou de l’eau.
Devant nous, le ribat bercé par les flots bleus, apaisés.
A droite du fort, l’île Redamsi, bien calme après la tempête de samedi dernier…
Le cimetière dans la ville, le calme par excellence loin des rues populeuses.
Sortie du cimetière et vue sur le carré des martyrs, tombés lors de la lutte pour l’indépendance, le minaret de la mosquée de Bourguiba, et à droite, un mosalla, lieu où l’on reçoit les condoléances à l’issue d’une cérémonie funèbre.
Les belles couleurs des épices dans une petite échoppe de la médina.
Dans la même échoppe, graines et légumineuses. Les prix sont en dinars (un euro = 3,46 DT)
Et enfin, de quoi pimenter la vie…

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (35)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Lundi 2 juillet 2018
Enfin le matelas – à mémoire de forme (s ?)… – est livré dans son carton vertical sur le pas de la porte. Il sort de ses entraves comme un ressort bondissant. Je peux recevoir les amis.

Mardi 3 juillet
Atelier à distance avec les « Dames des Cévennes ». Obligée de me replier à Aubres. Pas de connexion ici… Bon groupe encore et belle complicité.

Mercredi 4 juillet
Le cercle de Guernesey avec Brigitte. N’avais pas lu le livre, pas emballée par le style et là, bien aimé cette histoire sur fond de Deuxième Guerre mondiale. 

Jeudi 5 juillet
Pas de téléphone, plus de sonnerie en bas, Marie finit par frapper comme une dingue sur le heurtoir ! Belle soirée à  se raconter nos derniers mois, elle et le journal où l’ambiance est de plus en plus médiocre. Moi et mes allers-retours entre Tunisie et France, la valise chez l’un ou l’autre durant un semestre. Et nos projets ! En début d’après-midi livraison d’un superbe bouquet de fleurs – violet crème vert – toutes les nuances… Julie…

Vendredi 6 juillet
Départ de Marie. Au petit-déjeuner elle me raconte son trip au Maroc avec ses deux grandes ados et le plus jeune. Une super maman…

Le 9 juillet
Cartons. Rangement. J’écris dans la foulée des souvenirs que tout cela remue.
FC m’a donné les grandes lignes du projet d’écriture. Je suis impatiente de mette des mots sur les rencontres qui se profilent.

Le 10 juillet
Anniversaire de la Billie. Crevettes et bière fraîche. C’est le temps de France-Belgique. Un très beau match courtois. Je suis incapable de me concentrer sur ce qui se passe. Le plus souvent mon esprit s’évade avant de revenir au fait ! Je mets en place des personnages issus du passé, pas tout à fait les vrais, un peu de ce que le passé me restitue. Je continue d’écrire.

Le 11 juillet
Toujours l’impression que les arbres vont entrer par la fenêtre, poussés par le pontias. Bonne odeur d’huile de lin dans les escaliers, mon tour de ménage, deux copropriétaires, la vie facile. Apéro dînatoire chez B et P. Retrouvé la famille. Soirée à la fraîche. J’écris toujours pour Francois Bon, tentant de tenir un rythme d’écriture tous les deux jours…

Le 12 juillet
Brigitte à  dîner. Avant, une balade au fil de l’Eygues. Trop chaud. Encore avant, grand ménage dans l’appartement enfin quasiment rangé. J’ai pu installer mon bureau. L’imprimante fonctionne. Réuni les papiers pour les changements qui s’annoncent : listes électorales, nouvelle identité. Le Buena Vista Social club local s’est invité encore sur la placette. Une nouvelle chanson au répertoire. Un classique. Oublié lequel. Le gentil livreur qui venait pour mes voisins s’est excusé de m’avoir peut-être réveillée pendant l’heure de la sieste ! Skype avec J., fatiguée, W. en tournée, S. toujours aussi difficile à  élever. Dans les larmes elle m’explique son impatience parfois, se plaint de la difficulté d’éduquer les enfants… et voilà comment des petits loulous peuvent transformer un trésor  de patience en maman surmenée…

Le 13 juillet
Aujourd’hui vendredi, RV Pôle Emploi. Mais aucun revenu de ce côté-là, puisque pas de cotisation en tant qu’auto-entrepreneur depuis ces dernières années (la belle appellation bidon mais comment faire quand on ne trouve plus quiconque pour se faire employer ?), normal. Donc aucune chance de récupérer quelques trimestres non plus… Déclaration de cessation d’activité pour l’Urssaf. Un vendredi 13, quoi.

14 juillet
Villedieu pour un repas sous les platanes au milieu d’une foule raisonnable et un spectacle tellement raté que nous retournons à  Nyons. Ambiance rock nettement plus professionnelle.

16 juillet
Aujourd’hui j’apprends par Tunisair que pas de chats en soute… Je ne pourrai donc emmener que l’un des deux en cabine… A Valréas, Espace Niel, avec Brigitte Les Fantômes de la rue Papillon, sur la fraternité avec Eddy Moniot et Michel Jonasz. Judith Magre prête son visage et sa voix à  la sœur du vieux juif. Un parallèle entre deux époques et le constat triste que l’humanité ne change guère… Racisme, intolérance, manque d’intérêt pour l’autre et incompréhension. Le concert qui suit est tonique : deux musiciens de La Nouvelle Orléans jouent des charlestons et du jazz new Orléans, de quoi réveiller les endormis. Léonard Blair saxophoniste, et x le pianiste. Cauchemar. « Elle » est dans mon lit ; lui, je le harcèle, il me ridiculise. « Elle » a un accident, je ne sais plus lequel, on la plaint, je suis encore la  méchante ! Jusqu’où (jusqu’à quand) le passé nous obsède-t-il ?

17 juillet
Heureusement, R. arrive !

20 juillet
Après-midi au lac voisin. Et farniente familial.

21 juillet
Virée dans les pas du passé pour la énième proposition d’été de F. Bon. Retour à Montségur, tant de choses ont changé, presque tout est découverte dans ce village où l’école est transformée en médiathèque, l’ancienne mairie en un lieu culturel, je pense… remplacée par un bâtiment ocre à la sortie du village. Dans les chemins de traverse où je me gare ça sent bon la lavande, mon enfance.


L’église… tous ces souvenirs de messe encore en latin, de curé en soutane, et B. qui gardait les sous de la quête pour acheter des bonbons qu’elle mangeait derrière le bâtiment !

Juillet encore
Petite virée solitaire à Courthézon [ne suis plus sûre du nom du village], avec le massif des Dentelles de Montmirail au loin… Découverte des tableaux d’un peintre aixois avec lequel je discute pendant une bonne demi-heure. Délicieuse glace à la lavande dégustée dans les rues pavées.

Et je me dis que suis vraiment bien, ici…

Texte et images : Marlen Sauvage









Tempête & variations

Monastir cernée par une Méditerranée furieuse ce samedi…
La plage est déserte. Je pense aux ami(e)s qui me souhaitaient de bonnes baignades !
Pauvres palmiers échevelés… Jusqu’à présent, en Tunisie, le charançon rouge en a éradiqué environ 6000…
Hommage @Brigitte Célérier… à ses flous, à ses ciels…
Le long de la corniche qui mène à Sousse, la mer prend d’assaut la jetée au loin.
Elle envahit la plage, aucun badaud pour admirer sa colère.
Et si peu de monde dans les rues. L’horizon orange pâle des premières photos se transforme.
Voie limitée à 50 km/h où l’on roule plutôt à 100 km/h, par habitude…
Ce qui se dresse, immuable.
Et là, une pensée pour @François Bon, davantage pour les mâts d’usine que pour…
…les oiseaux que je n’aperçois qu’une fois franchies les cheminées…

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (34)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Vendredi 1er juin 2018
Lever vers 8 h après une nuit très agitée. Le stress du retour sans doute. Météor. Gare de Lyon. Arrivée à Montélimar vers 14h30. Clé de l’appart. Et retrouvailles avec Aubres et tous ses habitants, chats compris.

Samedi 2
Départ de B et P pour l’Italie ce matin. Quatre œufs chez les poules.
Achat d’un cahier rouge, superbe, pour mes notes de chaque jour, le fameux chrono dont j’ai du mal à me défaire, oublié durant ces six derniers mois. Qobuz me joue des tours. Je ne sais plus télécharger la musique d’Arvo Part pour K.
Bain de soleil sur l’herbe. Une heure de farniente, de lecture. J’ai terminé ce soir Miniaturiste offert par Cathy lors de notre rencontre parisienne il y a trois jours. Envoûtant. À recommander pour s’échapper du quotidien. Une heure de balade le long de l’Eygues, sur le chemin du Crapon. Croisé cyclistes, quads, promeneurs. Je remercie le cosmos pour tout ce qui m’arrive de beau dans cette vie. L’air embaume le tilleul. Gros orage le soir une fois couchée et j’aime cela.

Dimanche 3
Café dans mon lit. Feuilletage de l’actualité FB. Des trouvailles, des sourires. Gwen Denieul que j’écoute yeux fermés avant de regarder ses images. Pour la voix et ce qu’il transmet de sa pratique d’écriture, tellement habitée, tellement éprouvée.
3 fraises dans le jardin, 4 œufs chez les poules, 1 poule couveuse qui s’enfuit du nid, attirée par la nourriture des autres. Pourtant je lui sers la même ! 6 œufs dans son panier… Autant de doryphores sur les feuilles des aubergines. Régal des poulettes. Alerte orange aux orages dans la Drôme comme dans 47 autres départements. Skype avec Stef et Justin. La douceur québécoise. 

Lundi 4
De la pluie encore et 5 œufs chez les poules. Le kiné ne serait pas content de savoir que je me tords la cheville juste en sortant de chez lui. C’est la journée des règlements. Je retrouve mes repères avec mon chrono, comme c’est stupide de n’avoir pas voulu ouvrir un énième cahier… Pourquoi ne pas accepter ce que je suis ? Une femme qui remplit des cahiers. Balade d’une heure sur le coup de 17h30 en espérant passer entre les gouttes. Pari gagné. Je me bats encore avec Qobuz pour ce fameux Adam’s lament

Mardi 5
Soleil soleil et levée tôt. Un seul œuf ce matin. J’y retournerai ce soir ! On veut toujours plus une fois l’habitude prise, sans se soucier du repos des poules ! Elles sont pourtant censées ne pondre que 200 œufs chaque année. Travaux administratifs toute la matinée. Balade d’une heure où je tente de courir un peu, mais si peu. Une couleuvre, du moins je l’imagine, rampe tout près de moi sur le macadam. Pas eu le temps de voir sa tête mais à la longueur de la bestiole, j’opterais pour une couleuvre. Ce qui me fait penser qu’hier alors que j’étais pliée en deux pour récupérer de ma course, la sensation d’être observée m’avait fait lever les yeux en haut du pierrier où se tenait un chamois à la robe marron glacé, nous nous sommes regardés immobiles durant 45 secondes (j’ai compté !) avant qu’il ne se sauve dans le bois de chênes. Quelle beauté ! Lecture d’Hildegarde de Léo Henry, ce qui m’amène à consulter des sites sur le Moyen Age, et notamment celui-ci fort intéressant, créé par des doctorants à La Sorbonne. Actuelmoyenage.wordpress.com Atelier d’écriture cisaillé par l’orage. Nous finissons par nous voir pour la toute fin et une lecture toujours aussi époustouflante de son texte par Stéphanie (Rieu). [qui n’est pas le texte présenté ici !]

Mercredi 6
Kiné, cinéma Trois visages de l’Iranien Jafar Panahi, avec Maïté. Superbe. Je pense à Abbas Kiarostami, pour la lenteur. Une société en images à travers une situation tragique. Il a encore plu tout le jour.

Jeudi 7 
Tri de vingt ans d’archives administratives. Au final, huit boîtes supprimées. Une grande sensation de légèreté. Visite de touristes intéressés par  » le potier « . Des gens du Nord. En l’absence de Julien, je m’improvise agent du neveu et commerçante. Ils repartent après moult compliments avec plusieurs sacs de vaisselle.

Vendredi 8
Dernier voyage de valises et cartons jusqu’à l’appartement, juste avant le kiné. Fringues et objets à la recyclerie voisine. Passage chez P et J. La tondeuse a été vendue ! Skype avec Julie et Sacha. Le petit bonhomme est tellement bavard qu’on ne s’entend pas ! Il n’en finit pas de faire ses petites mimiques drôles comme tout. Julie est ravissante. Notre discussion est une fois de plus à retardement, décalage oblige. 

Samedi 9
Enfin soleil ! Le linge rouge a séché parmi les cerisiers. La journée sera de ménage, de linge, de rangement. A la médiathèque où j’emprunte les livres de Bergougnioux (L’empreinte, L’orphelin) je suis invitée à suivre la conférence d’un libraire. Il propose une vingtaine de lectures pour l’été, toutes sur le voyage et l’ailleurs. Je decouvre des auteurs, je mords à l’hameçon. Seulement 2 classiques pour moi dans ce choix : Grazia Deleda, JMG Le Clezio et en dehors de Milena Agus, que des inconnus ! Tout ce que j’aime. Déjeuner avec Julien, le potier au regard si doux. Nous partageons caillette, roquette et haddock aux pommes de terre. Bref voyage jusqu’à la laverie le temps à B et P de rentrer d’Italie. Jeu de fléchettes avec un engin sophistiqué qui cause ! Je suis en retard de trente-six wagons. Mais enfin aux innocents les mains pleines, je gagne les deux parties ! Niveau débutant. 

Lundi 11
Réveil tôt vers 5 h et puis rendormie pour cauchemarder. Tu étais abordé par deux femmes dont une te regardait intensément, grande, cheveux très très courts, elle te parlait à toi, tu me présentais, elle ne te quittait pas des yeux, tu l’embrassais sur le front, elle cherchait ta bouche, je vous observais, elle s’appuyait contre le mur, tu posais tes deux mains de part et d’autre de sa tête. Blanc. Plus tard je te cherche. Je traverse une chambre où j’aperçois deux formes mais ce sont deux enfants qui rient en comprenant que je les ai pris pour vous deux. Je me réveille avec un sentiment de malaise intense qui durera longtemps dans la matinée. J’écris pour l’atelier de F. B. Virée pour rien chez le vétérinaire qui s’est trompé de date pour la sérologie de Mistinguette. Deuxième texte pour FB. Dehors sur la grande table en bois puisque j’ai fait mon oloé de cette véranda ouverte sur le jardin. Orage, éclairs et grosse pluie en rideaux.

Mardi 12
Kinésithérapeute. Mauvais temps. Je poursuis la lecture de Hildegarde de Léo Henry et commence L’empreinte de Bergougnioux. 

Mercredi 13
RV à la clinique d’Alès. Encore un baso, juste le troisième… Dix points de suture et un œil sous pansement. Trouve un optique pour le Nikon. Je respire. [Et à me relire, m’amuse de la juxtaposition des informations… comme si l’optique était un deuxième œil pour remplacer le manquant…] Ce soir, Trois jours à Quiberon, biopic sur Romy Schneider interprétée par Marie Bäumer, une copie conforme de l’actrice, quasiment… Un très bon moment, pas comme Barbara, de Mathieu Amalric avec Jeanne Balibar… où j’ai failli quitter la salle avant la fin. Ici tout sonne juste, les tourments de l’actrice, sans surjeu, sans chercher à l’imiter et pourtant la ressemblance est si frappante…

Dimanche 17
Alberto Giacometti, The Final Portrait, biopic de Stanley Tucci, avec Geoffrey Rush (qui ressemble comme deux gouttes d’eau à AG), Sandrine Testud… Un Giacometti aux réparties acides, parfois cruel avec sa trop gentille épouse, mais j’ignorais tout du tempérament de cet homme. Ce portrait dit ses tourments… la scène où il brûle ses dessins destinés à la lithographie, qui ont été refusés… [Je remets la main sur les Ecrits de Giacometti, présentés par Michel Leiris, que j’avais acheté dans une autre vie après une expo je ne sais plus où.]

Mercredi 20 juin
Enfin ! Signature de l’appartement… J’ai tellement attendu ce jour que je suis incapable d’enthousiasme. J’apprends chez le notaire qu’il n’y a pas de gaz de ville !!!! Et je découvre en relisant calmement le contrat de vente que l’électricité est à refaire.. Ah ! moi et mes coups de foudre… Soirée chez B et P. Soins infirmiers jusqu’au 26. Je fais la connaissance de femmes sympa comme tout, V. l’infirmière que je ne vois que deux fois me raconte à demi mots sa relation au dernier homme de sa vie, et m’invite à la recontacter pour un café. [De quoi alimenter mes portraits de rencontres… pour les Cosaques !]

Jeudi 21
Journée de déballage. B. vient déjeuner. Comme les plaques de gaz ne sont pas alimentées par le gaz de ville et que je renonce aux bouteilles à monter de deux étages, je cuisine du bar dans le magic Cook offert par ma mother. Tomates du marché et délicieux fromages de Lili, enfin, de Lozère… Je retourne dormir à Aubres, dernière nuit avec les chats qui auront profité jusqu’ici du jardin sauvage. Soirée fête de la musique à la BE avec un groupe de potes. « Rock in chair » nous régale de bons morceaux à danser en effet sur sa chaise faute d’espace ! Changement de crèmerie pour celle des Arcades où la musique techno et la grande place permettent de bouger, batucada entraînante et retour vers le blues-rock du début de soirée où un homme me voyant remuer m’invite pour deux rocks bien toniques !

Vendredi 22
Tentative de monter le meuble de cuisine à trois mais nous déclarons forfait. La bibliothèque est en place ainsi qu’une étagère dans le bureau. Je goûte le grand silence du soir, seule avec mes chats.

Samedi 23
Je me bats un peu avec les murs pour fixer une autre étagère dans la chambre d’amis, rien n’est droit dans ce vieil appart, et je peux enfin vider une quinzaine de cartons de bouquins. Visite du facteur pour un recommandé : moi c’est Christian et je suis le facteur du quartier. Super ! Radio Nostalgie toute la journée pour accompagner le rangement, je n’en capte pas d’autre, c’est un signe ! Mon voisin se présente et s’excuse du bruit qu’il fera, il pose du carrelage ! Terminé la lecture de L’Empreinte… J’y trouve la raison de ma quête de La Gentone : « L’exil est au principe de la connaissance et toute connaissance est un exil. » 

Dimanche 24
Au marché dominical, un bol tibétain en fa m’a choisie. Je le fais sonner avec sa mailloche rouge en bois. Rien que de le regarder, je suis sereine.

Lundi 25
France Musique. La 8e symphonie de Dvorak à 21 h donnée à la Halle aux Grains de Toulouse en février dernier, une rediffusion quand sonne l’heure au clocher voisin. Lumineuse et enjouée. Mon environnement prend tournure. Pierre Sève a trouvé sa place dans le salon, Cédric Vannier et Muriel Vanderschaeghe aussi. La cuisine est presque aménagée. Le matou aux yeux bleus dort sur un coussin rouge et la petite chatounette grise furète partout après avoir jeté un œil par la fenêtre. Je suis heureuse chez moi. Sentiment de bien-être rarement ressenti ces derniers mois.  

Vendredi 29 juin
Cinéma pour deux films géniaux : La mauvaise réputation où Brigitte pleure toutes les larmes de son corps… Une empathie que je trouve démesurée pour le personnage mais la jeune femme a bel et bien existé… Des souvenirs d’enfance qui remontaient sans doute et l’identification fonctionne. Que de blessures, quand même… jamais résolues. Et deuxième film : A woman at War. Absolument déjanté comme le sont les films nordiques, islandais celui-ci, et d’une femme, qui plus est…

Texte et photos : Marlen Sauvage

























Tout sauf un livre de cuisine*…

« Les dernières années, quand il n’était pas hospitalisé, mon père passait le plus clair de son temps dans la salle à manger de la maison de ses parents morts, couché sur l’ancien divan de son cabinet, le haut du dos et la nuque calés par des coussins, observant s’écailler les fleurs de lys du plafond peint, fumant son tabac brun.
Les cendres rebondissaient sur son ventre et grisaient sa chemise.

Ce divan dans lequel, trente années durant, les corps de ses patients avaient imprimé leurs formes, creusant le matelas comme un moule, le façonnant comme de la glaise, il me l’avait proposé pour lit à l’occasion de son déménagement.
J’avais trouvé l’idée bizarre et j’avais prétexté qu’il était trop étroit.
Souvent je me demande si mes rêves auraient été différents si j’avais accepté son offre, si les rêves des patients de mon père auraient contaminé les miens.
Ah, ces rêves !
Je les ai tous, année après année, dans de grands cahiers à spirale vert émeraude. Ils sont là, dans la noirceur d’un carton, dans le grenier d’une maison qui n’est même pas la mienne. Des milliers de rêves soigneusement consignés, annotés par mon père, les rêves de ses patients. Des histoires de fossoyeurs en grève, de rhinocéros en rut, de pain trop cuit dans des villes asiatiques, de pères qui sont les pères des enfants de leurs enfants, d’ascenseur en panne, de courant coupé, de têtes coupées, de natte coupée.
Que faire de ces rêves ? Comment me les approprier ? Un rêve appartient-il à son rêveur ? Au bout de combien de temps un rêve devient-il libre de droits ?
Dans l’axe du divan où il s’allongeait pour fumer, il avait accroché un tableau de la femme en bleu (car la femme en bleu n’était pas seulement psychiatre et navigatrice, elle était aussi peintre.) Le tableau, mal fixé, penchait à gauche. Je me souviens de cette marine à l’aquarelle, des canots au mouillage, la baie ouvre sur le large, c’est peut-être l’après-midi, la marée est basse, des hommes en vareuse s’affairent autour d’une barque, remaillent un filet, se penchent, se contorsionnent, le ciel est d’un houleux violet de dénouement.
Au premier plan, accoudé à une balustrade, il y a une femme à la chevelure foisonnante, bouclée, de profil mais le visage tourné vers l’horizon. Les pans de sa robe outremer ondoient au vent et c’est comme ça que l’on sait qu’il y a du vent. »

* mais avec de vraies recettes dedans (ndlr)

Samuel Poisson-Quinton, Un père à la plancha, l’arbalète gallimard, ©Editions Gallimard, 2019.

Extrait de la 4e de couverture :
Composé pour déjouer (ou accomplir) les prédictions d’une cartomancienne, Un père à la plancha raconte un père, mais un père affaibli, un père des dernières années, un père qui n’est plus vraiment un père.
Le fils, cuisinier au Palais des Burgers, vient d’apprendre sa mort. Il rêve, il rêve déjà au livre ; les premières phrases naissent au-dessus d’une plancha ruisselante, dans l’odeur des graisses et le crépitement des cuissons. A Toulouse le soleil brille et le service commence…
Un père à la plancha est le premier livre de Samuel Poisson-Quinton.

Et pour la petite histoire, Samuel a fréquenté les ateliers du déluge, le groupe d’écriture de Florac que je lui ai conseillé de quitter au plus vite pour aller écrire sur le Causse où il vivait alors. Ce qu’il a fait. Et bien fait.

Images d’un jour (8)

Nyons, Le pont roman. ©Marlen Sauvage


Grand écart de pierre
Passage
D’ici sur la grève
une tête de temps en temps
circule d’un bord à l’autre
Arche romane telle une main tendue
sur le vide qu’un corps parfois traverse
lesté de ses blessures 
jusqu’au fond de l’Eygues vive
Un pont comme une brèche 
entre ciel et terre
Un chemin vers le paradis

Texte et photo : Marlen Sauvage