Nos rires survivront à nos plaintes

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« Nous deviendrons vains
à nos absents nos plaintes creusées
au mitan du rocher où chuchote le tapage du monde
nos pas nous mèneront à l’inconfort de vivre
aux confins de lueurs d’espoir

nos pleurs éloignés des amertumes
apprivoiseront les départs
à formuler des adieux désormais nous nous appliquerons

nous nous appliquerons jusqu’à ce que la mort chavire
les visages dans l’ordinaire
eux qui demeurent parmi les songes passés
aux voix bruissant à jamais dans nos tempes
dans la brume où dorment les ornières
deviendront ponts suspendus
absents effacés dans la vieillesse
celle au ventre gonflé mise en terre
absences auxquelles il faut consentir
en étouffer le manque qui vrille la chair

Survivrons à nos plaintes
dans la brume où dorment les ornières

nous aussi bientôt soustraits à l’empressement du monde
sédiments pierreux immobiles
enfouis au terreau à la vase du limon
statuaires rouillées du temps qui clôt les lèvres
la rivière qui s’enfuit oubliera nos froideurs de pierre

nous aussi soustraits aux pesanteurs disparates
un jour désapprendrons leurs visages et leurs voix
nos rires survivront à nos plaintes
en attendant nous aussi soustraits

Vivre !

déterrer dans toute ombre le souffle de nos bouches
oublier les mots disparus les phrases inachevées
pénétrer dans l’antichambre s’arrêter sur le seuil
observant déposés comme des offrandes
leurs yeux fermés que plus rien n’éclaire
la douleur de leurs arrachements par bribes
rassemblée aux ombres qui se souviennent

éprouver d’écrire à éclaircir les brumes automnales
la réalité nébuleuse au sortir d’un rêve pâle
quand le silence nous prend la main
pour nous conduire à l’absence
dans l’illusoire apaisement de la contemplation de la nature

à la fin de l’hiver les amandiers sont en pleurs
l’été n’est pas aux coquelicots qui rougissent les champs
mais au sang à l’heure où s’abattent les mondes

tremblantes lumières à l’instant du déclin
les cheveux blanchissent aux années qui s’égrènent
nos morts ne sont pas trépassés sont leurs rires
les nuances de leur teint les timbres de leurs voix
leur terrible ardeur fouit une quête de silence
de pierreux de granite vivent leurs rêves

personne ne s’aveugle entre les lignes d’une vaine écriture
dans l’envers des yeux des hommes. »

Rose-Marie Mattiani, Des jours sans eux, ©éditions Unicité, 2018
[Illustration de couverture, Rose-Marie Mattiani]

 

 

Carnet de voyage (sud tunisien -fin)

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2 janvier (petite suite oubliée, et pourtant !) – Après-midi
En route pour Ksar Ouled Soltane, qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte selon Stefano. Nous ne serons pas déçus. Magnifique ksar à greniers où nous déambulons yeux fermés, main dans la main, en trois farandoles guidées par nos trois guides. Quand nous ouvrons les yeux, l’effet surprise est extraordinaire !

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Les plus audacieux grimpent les raides escaliers jusqu’aux anciennes réserves situées dans deux cours datant du XVe et du XIXe siècles. Mini-conférence sur l’école tunisienne, à la demande d’un des Italiens, par A. J’achète une aquarelle à l’artiste local installé dans l’une des cours.

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Comme nos guides sont généreux depuis le début de ce voyage, après tout ce que nous avons déjà vu aujourd’hui, ils nous emmènent au plus loin qu’il est possible vers la frontière libyenne, dans un désert rose. Je ramasse un peu de sable que je destine à une jolie bouteille. Nous apercevons la Libye au-delà d’une dune… Et nous repartons dans le soleil couchant, laissant près d’une maison l’homme que nous avions embarqué pour nous guider dans ce désert.

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3 janvier – Gouvernorat de Tataouine
Avant le petit-déjeuner, j’enregistre les chants d’oiseaux par la minuscule fenêtre habillée d’une moustiquaire. C’est mon cadeau du jour. (a vidéo est trop lourde et je ne parviens pas à la compresser…🙁)

Notre départ est prévu pour aujourd’hui mais nous suivrons encore le groupe jusqu’à un mémorial de la Campagne de Tunisie où sont mises en scène les batailles qui ont eu lieu entre novembre 1942 et mai 1943. Monts Matmata, ligne Mareth, Eisenhower, Montgomery, Patton, Larminat, Leclerc… Tout cela est raconté dans le détail ici, j’avoue avoir comme un grand nombre d’Italiens alors (et eux, pour des raisons compréhensibles…) rêvassé pendant toutes les explications du militaire de service dans le musée…

Nous repartons pour Sfax où nous quittons le groupe, sachant que nous le reverrons le lendemain soir, pour des adieux cette fois. Nous déambulons dans la ville, à la recherche d’un petit restaurant et découvrons cette église abandonnée, taguée.

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Arrivée à Monastir dans la soirée. Nous travaillons ensemble à des recherches concernant la place des femmes dans la religion coranique.

4 janvier – Tunis
Nous quittons Monastir pour Tunis vers 8h30. En nous remémorant ce beau séjour et notre réveillon de la nouvelle année sous les étoiles et la lune.
Sur l’autoroute, en haut des poteaux électriques, les cigognes sont de retour !

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Le soir, à Hammam Lif, dans un hôtel international, nous retrouvons le groupe d’Italiens pour une discussion de clôture après le repas. A. donne la parole à chacun et chacun commente ses interventions. Je tente de suivre les commentaires, les arguments, je comprends 70 % de ce qui se dit là. Je retiens l’enthousiasme de tous à la découverte d’un pays, d’une société, de coutumes,  la richesse de nos rencontres et de nos échanges, l’envie de se revoir. Je suis invitée en Italie… il y a si longtemps que j’y suis allée,  il y a si longtemps que je l’aime !

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Texte et photos : Marlen Sauvage

(FIN)

Carnet de voyage (sud tunisien 6)

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2 janvier – Gouvernorat de Tataouine – Chenini
Nous filons à une petite vingtaine de kilomètres de Tataouine, pour arriver aux alentours de 10 h à Chenini, village troglodytique berbère. D’où vient ce nom ? Je le chercherai. [« D’après saint Augustin, le nom serait issu de Kanaan. Dans le parler berbère de Tataouine, le verbe « chenna » signifie « mélanger », selon wikipedia.] Nous grimpons à l’assaut de la butte vers le ksar qui la surplombe, éminence blanche dans un paysage de pierre ocre.

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On dit que le minaret blanc servait autrefois de repère aux cavaliers… Le nouveau village se situe en bas.

En haut, la vue ouvre sur l’immensité désertique du sud tunisien, parsemée de vertes oasis. Une boutique expose masques et poteries, des tapis ourlent le mur d’enceinte, j’admire le paysage. Au soleil d’une petite terrasse qui surplombe la plaine, comment ne pas remercier pour ce cadeau de la vie, les amis, le voyage, la découverte…

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Je me perds dans le dédale des rues oubliées, visitées seulement par les touristes… moins nombreux qu’avant dans cette belle région…

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Je m’égare, redescends la colline en flânant sous le soleil ardent et fais une halte dans une petite échoppe, attirée par des bijoux et des objets artisanaux exposés dehors. Un jeune homme, Ali, m’aborde et m’invite à prendre un thé au petit café, deux tables dressées à l’ombre dans la ruelle en terrasse qui redescend de la colline. Il me raconte la vie du village dans les années 60 et jusqu’à aujourd’hui. Il est allé à l’école primaire. Ici, à six ans, on apprend l’arabe, à huit ans le français puis l’anglais, mais tous parlent berbère entre eux. Le village compte 500 personnes soit 80 familles, dont les femmes restent à la maison, travaillant l’artisanat, au milieu des vieux et des enfants. « Tous les vendeurs de journaux à Tunis viennent de Chenini », m’assure-t-il. « Ici, on vit de l’élevage des chèvres et des moutons. On vit cinq ou six mois ici, et le reste dans les oasis. On part en petite caravane, avec quelques dromadaires, des moutons et des chèvres, et on revient quand il fait trop chaud là-bas. »

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Ali se plaint des attentats qui ruinent les petits commerces et des touristes qui n’achètent plus rien. Je repars avec un bijou, un bracelet d’argent et de turquoise pour B., et un bougeoir, jusqu’aux bus où j’attends les autres. Deux enfants me rejoignent et veulent écrire sur ma tablette. Ahmed a 8 ans et Zaid, 12 ans. Ils vont à l’école du village. Nous parlons de la langue française, je les laisse écrire l’un après l’autre tous les mots de français qu’ils connaissent. Famille. Amis. Amélie. Mario. Maison. L’école. Merci. Bruno. Bravo. Quand un vieil homme s’approche, l’un d’eux prend peur, son regard inquiet se tourne vers son cousin qui m’explique qu’ils doivent me quitter sous peine de se faire gronder par leur grand-père…

Nous quittons Chenini pour un autre village, Douiret, lieu berbère abandonné. Il fait face à la plaine, un chemin le contourne, . Le groupe s’échappe, se disperse. Aux visages que je croise, je constate que la méditation bat silence plein !

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Déjeuner dans Tataouine d’une très bonne daurade dans un petit restaurant puisque le Sinbad recommandé par un vendeur est fermé. Si les vendeurs de journaux viennent de Chenini, ce sont les gens de Tataouine qui tiennent les pâtisseries arabes à Paris… Après-midi libre. Nous retrouvons le groupe au restaurant de l’hôtel pour un jeu du soir animé par notre guide italien, Stefano. Chacun doit retrouver les 2 personnes du groupe qui ont reçu comme elle/lui au début du voyage un bouton de couleur : les rouges, les jaunes, les verts, etc. Il se forme ainsi 9 groupes de 3 voyageurs. Chaque groupe ainsi constitué reçoit ce soir un numéro de loto, et doit trouver la raison de ce bouton associé à ce numéro. Un jeu digne d’un atelier d’écriture. J’observe les visages interrogateurs, dubitatifs, les regards qui se tournent, cherchant des réponses  ici et là, et puis viennent les rires quand chacun commence à inventer sa propre histoire. Tous feront preuve d’imagination, plus ou moins poétique ou délirante.

Il n’y avait bien sûr rien à trouver en particulier, le but étant de nouer encore des liens à travers un jeu, si besoin était à ce stade du voyage…

(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

Carnet de voyage (sud tunisien 5)

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1er janvier 2018
10 h – Visite de la radio Manarat créée le 13 août 2017, jour de la fête des femmes… Oui, ce jour-là, en Tunisie, on célèbre l’amélioration de la condition de la femme à la suite de l’adoption du Code du statut personnel le 13 août 1956. Manarat, une radio de femmes qui fait travailler des femmes (et quelques hommes). Orientée vers la culture et le social, dédiée à l’ouverture et au dialogue interculturels. « Nous ne faisons pas de politique. » Je m’interroge sur ce qui peut ne pas être politique ici ou ailleurs. Aucun sponsor n’a présidé à sa création, seuls des fonds familiaux (la famille de la rédactrice en chef, qui a aussi offert le lieu…). Une entreprise autofinancée, donc. La rédactrice a rencontré A. à la fantasia hier et a pris rendez-vous pour le lendemain matin. Aujourd’hui, seuls les hommes sont interviewés quand une femme compte parmi nos guides… Une radio de femmes (arrête ton mauvais esprit, Marlen).

En route vers Matmata.

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Tamezret, village berbère.

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11h30 – Matmata
Pays de montagnes arides et de moutons…

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Nombreuses maisons troglodytes. Visite de l’une d’entre elles où son habitante, une dame de 84 ans, raconte qu’elle a toujours refusé les tatouages berbères car elle est une femme libre. Quel courage, quelle leçon !

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Nous achetons de quoi grignoter, de chères amandes, buvons un verre à la terrasse d’un café avant de reprendre la route.

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A 13h45, nous arrivons en vue de Toujane, village berbère. Un guide local explique que  huit siècles auparavant la première famille vivait dans un château qui surplombait la vallée. Il y avait trois sources et l’on cultivait des oliviers. Au fil du temps, les familles se sont installées sur les flancs de la montagne. Une rue serpente parmi quelques trouées vertes pour aller se perdre dans les contreforts montagneux.

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Nous suivons un chemin rocailleux où j’avance le nez au sol quasiment.

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Au-dessus de la Toujane ancienne, village fantôme, la Toujane nouvelle.

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Toujane signifie « barrière pour l’eau ». Perché à plus de 600 mètres, le village est accroché à la montagne, ocre comme elle, sauf la mosquée que j’aperçois et quelques bâtiments blanchis à la chaux dont l’école, ci-dessous, sur la gauche.

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C’est sur les hauteurs que nous déjeunerons d’une délicieuse chorba, d’un couscous végétarien, subtil, coloré et parfumé, assis sur des coussins. Notre hôte, ami de Stefano, est  Habib dont la femme, comme la plupart des femmes ici, fabrique des kilims tous plus beaux les uns que les autres. J’en achète un, rouge, magnifique. Stefano et Zied ont apporté billes et stylos pour les enfants du village et nous assistons à un tournoi très disputé, entre des petits gars et une seule fille !

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Sur les toits sèchent les olives… Le village compte deux moulins à huile, dont un dans lequel un âne actionne la pierre du moulin dans une quasi obscurité…

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Direction Medenine dès 5 h du soir. Le paysage de hautes montagnes nous poursuit dans un superbe soleil couchant. Arrivée à Tataouine à 18h30, une foultitude de barils de pétrole de contrebande sous les yeux de la police. Nous n’en finissons pas de traverser la ville.

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Nous rejoignons l’hôtel aux environs de Tataouine, un bâtiment berbère où nous attend pour la première fois un lit pour deux. Petit verre de champagne avant de rejoindre le groupe pour la visite d’une coopérative agricole, association tenue par des femmes qui exploitent les ressources locales, et vendent herbes, salades diverses, graines, confitures, etc. Toutes portent de jolis foulards colorés, toutes nous accueillent avec timidité, ébauchant des sourires d’abord, puis riant franchement en fin de soirée. C’est là que nous dînons.

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(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

 

Carnet de voyage (sud tunisien 4)

marlen-sauvage-DouzDouz, un festival, une ville…

(Petit aparté : je rectifie souvent le lendemain ce que j’ai écrit la veille, car mes notes sont dispersées… à bon lecteur😉…)

31 décembre 2017
Départ à 9h30 vers Douz et son festival. Notre premier rendez-vous est une exposition de peintures d’un peintre local, Salah, au chèche rouge et au sourire accueillant, au français impeccable aussi… Le monsieur a 74 ans, ceci explique cela… Il calligraphie sur des peaux de mouton, à l’encre brune, noire, rouge…, s’inspirant de la société tunisienne, de la place qu’y occupent les femmes, notamment [j’ai appris tout récemment que dans tous les arts, la calligraphie est souvent là par pure esthétique, et que chacun peut y lire ce qu’il souhaite y lire au temps T… Le petit service à thé marocain, héritage de mon père, parle d’amour, me dit A., enfin, c’est ce qu’il lit à l’instant où il lit, précisément…]

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Certains tableaux sont évidemment d’une abstraction absolue pour moi qui ne lis strictement aucune lettre arabe… [J’ai retrouvé quelques photos de tableaux sur toiles, ceux-là, dans des tons bleus et roses… je me souviens n’avoir ressenti aucune émotion devant cette peinture… mais j’ai apprécié la manière d’être de cet homme qui avec l’âge a décidé de ne faire que ce qui lui plaisait, et qui sait transmettre avec beaucoup de fantaisie, d’humour et de sagesse ce qu’il a érigé en principe de vie.)

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Dans les rues de Douz, beaucoup de monde, de bruit, de musique. Nous tentons d’aller écouter de la poésie mais la salle est bondée. Je repère un bâtiment de l’Etat annonçant gravé dans le marbre son « Projet de développement agropastoral et de promotion des initiatives locales du sud-est Prodesud-Douz). J’apprends que le village de Douz s’est construit autour des activités du festival (en 1910, et qu’il s’appelait alors le « Festival du chameau »), ce sud-tunisien étant plutôt traversé par des tribus alors nomades. J’ai envie d’en savoir davantage, un jour je creuserai (me dis-je, au milieu de tout ce que j’ai déjà envie de « creuser »). Achat de foutas et de jetés de canapé décorés de la main de Fatma, venus de Kairouan. Resto pizza loin du centre agité où l’on commence par une kamounia, plat en sauce épicée dans laquelle baignent quelques morceaux de foie.
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Nous avons rendez-vous sur la grand-place à 14 h afin de nous rendre à l’événement qui clôture le festival, une fantasia. Entretemps, mauvaise nouvelle : la voiture semble avoir rendu l’âme et A. doit trouver un garagiste… Je file avec le groupe d’Italiens, nous sommes placés dans un endroit d’où nous dégageons au bout d’une heure (rien n’a encore commencé) pour ne plus être devant des agités qui se lèvent à la moindre annonce d’un groupe de musique ou d’un défilé de dromadaires…

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Vers 15 h démarre enfin la fantasia tant annoncée avec force micros, en tunisien, en anglais et en français ! Nous suivons la reconstitution d’un épisode de l’histoire de la Tunisie auquel il est difficile de comprendre grand-chose, mais enfin mon imagination fait le reste…

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Tout le long du spectacle qui dure plusieurs heures, je regarderai passer cet objet volant en me demandant s’il va finir par se poser en pleine reconstitution historique !

Promenade à dos de dromadaire, histoire de simuler la mariée emmenée par son mari jusqu’à la tente dressée en plein désert. Je m’y colle à la demande de Stefano… La petite maison de la mariée installée sur le dos de la bête est tout juste suffisante pour retenir mes déséquilibres dus au déhanchement de l’animal…

Dîner chez le peintre rencontré ce matin et fête avec une grande partie des gens du quartier, des femmes intimidées, des enfants, que nous avons introduits dans une danse joyeuse, des hommes plus prompts à se mettre en scène… Ce fut gai et émouvant… d’une grande tendresse de la part de certaines femmes qui ne nous lâchaient pas les mains. Le repas déjà nous avait réjouis, A. traduisant avec humour les propos du peintre malicieux… Et de blague en blague, nous avons dégusté plats colorés et goûteux, dattes et gâteaux, dansé et joué en groupe, riant comme les grands enfants que nous sommes tous.

Balade en bus dans le Chott-el-Jerid que nous connaissons déjà pour une soirée improvisée par Stefano. Sous la lune lumineuse dans un halo d’argent, nous déambulons à la suite de notre guide dans la fraîcheur de la nuit. Au top, nous nous dispersons pour tourner sur nous-même les yeux vers le ciel, jusqu’à perdre l’équilibre et tomber. « Abbiamo fatto l’amore con il Cosmo » lance Stefano dans un grand éclat de rire. Retour sur nos pas jusqu’à un grand feu allumé là par quelques hommes du désert…  Et rendez-vous pris avec ceux qui le souhaitent l’année suivante au même endroit pour une fête très privée…

(à suivre)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

Carnet de voyage (sud tunisien 3)

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30 décembre 2017
Le réveil n’a pas sonné ! Départ à 9h30 de Nefta et de l’hôtel Caravansérail qui porte bien son nom. Je n’ai pas fait de photo finalement de ce bel endroit conçu comme un petit village. Direction Douz. Discussion à bâtons rompus avec notre compagnon de route du moment, Federico. Nous mélangeons allègrement français et italien et j’apprends à force d’improvisation à m’exprimer dans cette belle langue.

Chott-el-Jerid… La plaine saline s’étend d’est en ouest sur une centaine de kilomètres, de Nefta, que nous venons de quitter, jusqu’au golfe de Gabès. [J’ai raconté le désert en quelques « Petits bonheurs » à partir d’ici] Chott-el-Jerid signifie « plage de palmiers » et la feuille du palmier se dit « jerida ». En arabe tunisien, le journal s’appelle d’ailleurs « jerida ». Je mémorise histoire et anecdotes que continue de raconter A. tout en conduisant plus vite qu’il ne faut ! La population du Jerid est connue comme ayant de l’humour ou comme étant stupide, préjugés du Nord… Plus au sud du Chott, une palmeraie a été plantée du temps de Bourguiba pour freiner l’avancée du désert. On y a fait travailler les opposants au régime… camp de travail pour les agitateurs, du temps de ce néanmoins grand homme…

[Voilà ce que je trouve à ce propos sur le net (extrait) : Ce projet a été créé par l’Office du développement de Rjim Maâtoug, un établissement public placé sous la tutelle du ministère de la défense nationale. Plusieurs étudiants tunisiens forcés à accomplir leur service militaire dans les années 80 et 90 par le régime en place, à ce moment là, ont contribué à sa réalisation, à travers la construction de paravents pour arrêter l’avancée du Sahara et la plantation d’arbres dans les régions de “El Matrouha 1” et “El Matrouha 2” ainsi que dans le village de Rjim Maâtoug, outre la construction des logements où habitent, actuellement, les exploitants des lotissements agricoles dans la région. https://africanmanager.com/51_le-projet-de-rjim-maatoug-contribue-a-immuniser-la-region/]

Les bus filent à vive allure (nous tentons de rester dans leur roue !), je capte comme je le peux les monticules de sel en pestant de n’avoir qu’une tablette pour « appareil photo ». [Ma meilleure photo est … mais j’évite de me répéter !] Enfin, à 11h, nous nous posons.

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De part et d’autre, une étendue quasi désertique, que surplombe une chaîne de montagnes au loin. Nous nous dispersons. La croûte du sol brille de toutes ses cristallisations et là où je craignais que les pieds ne s’enfoncent, ils semblent rebondir sur du caoutchouc. Pieds nus, la sensation est intense, râpeuse et bienfaisante… Nous méditons ensemble, loin du groupe.

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D’encore plus près, voilà ce que ça donne… Nos guides proposent un jeu aux plus vaillants… Exit les amochés du genou comme moi ! Mais je reste assise sur le sable, à suivre les mouvements dansants de mes camarades de virée, pleurant de rire à les voir se contorsionner pour attraper un tissu rouge avec la frénésie de l’enfance. Rien de tel pour souder un groupe que le jeu et les rires !

marlen-sauvage-jeu-desertJeu de la « pétèque » sur le sable…

Nous repartons sur le coup de 12h20 à travers le paysage rose, évitant de justesse le passage de chameaux. Au fil de la route, A. nous passionne toujours par ses commentaires…  je note que l’arrivée du marbre sur les minarets et dans les mosquées est la marque de l’influence de l’Arabie saoudite, wahhabite. Que dans le nord de la Tunisie, les minarets sont beaucoup plus petits et les mosquées plus sobres en tout cas celles des XVIIe et XVIIIe siècles.  Nous parvenons enfin à Douz où se déroule le festival international du Sahara. J’ai une pensée pour Claudine, passionnée du désert, de ses habitants, de Douz et de ce festival !

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Consignes données sur la place par Stefano et Zied ; nous arpentons la ville à la recherche d’un endroit où se restaurer. Ce sera une gargote sans intérêt, qui propose du foie grillé et des salades sans huile… La place s’est remplie de gens, de chameaux, de chevaux, nous errons dans les boutiques, discutons avec un magnifique vendeur tout de bleu vêtu, lui achetons un foulard qu’il nous enroule sur la tête avec dextérité, et rejoignons le groupe, un autre « chèche » se joint à nous, Federico, et en route pour le désert !

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A partir de 16 h, balade aux portes du désert où nous errons solitaires ou en petits groupes à travers les dunes roses et jaune pâle après avoir fait le tour d’un fort ensablé.

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Le vent dessine dans le sable des formes inattendues, des effondrements, des friselis, des vagues pétrifiées, des puits de lumière… Ma créativité n’arrive pas à la hauteur de la nature pour marquer l’endroit de la tendresse.

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Nous rejoignons le groupe vers 17 h, tous les visages reflètent le soleil couchant, tandis qu’un homme du désert pétrit un pain et s’active autour des braises…

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Nous dégusterons un morceau de cette galette des sables, chaude et croquante, dans la nuit tombée, écoutant avec attention A. nous raconter l’histoire des deux branches musulmanes… De retour à Douz, arrêt à l’office du tourisme dans les bureaux où s’organise le festival, avec un président quelque peu coincé, que dérident à peine les applaudissements soutenus du public italien. Dîner dans la maison d’un ami de Stefano. Four de cuisson des aliments dans des jarres en terre, à l’extérieur de la maison, dans la cour. Nous nous déchaussons avant d’entrer dans la pièce aux multiples tapis et coussins où nous nous tassons à trente avant de déguster le poulet cuit dans le tabouna. Riz au safran et petits légumes puis mandarines et dattes. Alberto se distingue en réclamant des dattes qui lui sont immédiatement subtilisées par les autres Italiens… Petit jeu entre amis. Chambre dans le bel hôtel Golden Jasmin.

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Texte et photos : Marlen Sauvage

 

 

 

 

 

 

Carnet de voyage (Sud tunisien 2)

(suite)

29 décembre 2017
Réveil dans le grand soleil chaud de Nefta, où je découvre l’hôtel du jour (que nous avons atteint à la nuit…).

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Chaque porte de la ville est surmontée d’un vers du poète national Abu El Kacem Chebbi, que me traduit A. Ici « Si un jour le peuple décide de vivre, alors le destin ne peut que se soumettre. » Cette parole a enflammé le désir d’indépendance du peuple tunisien (l’hymne national le cite), est devenue la phrase fétiche du monde arabe inspirant un désir de liberté. Mais peut-on vouloir se prendre en main sans Dieu ? La phrase a été jugée blasphématoire par la mosquée de la Zeitouna… Le poète renié revient mourir à Tozeur.

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Balade dans les rues de la ville, visite du marché aux fruits de saison, des ruelles aux bâtisses de pierre claire et aux portes ouvragées posées entre deux murs de béton, de l’oasis victime d’un manque de civisme navrant avec le dépôt incompréhensible de déchets en tous genres… Comment est-il possible de laisser ainsi se côtoyer les plus belles inscriptions poétiques et la puanteur d’une déchetterie à ciel ouvert ?

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Loin du groupe, nous nous installons pour boire un thé avant de déjeuner dans une gargote au mobilier bleu Majorelle, d’un poisson grillé sous nos yeux et… sur la rue ! Des cars déversent leurs touristes dans la ville, Ibn Khaldoun observe tout cela de sa hauteur quasi céleste, perché sur un piètement de mosaïque bleue que supporte une double colonne de pierre grise.

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Bientôt il faut rejoindre les autres pour filer en direction d’un site à visiter (oublié le nom du site…), où je me contenterai de l’oasis voisine et des ruelles du village, faute de pouvoir supporter le dénivelé du canyon… Zied me tient compagnie.

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J’erre alentour… des voix m’attirent et je m’approche d’un homme qui trie des dattes à même un tapis posé dans l’herbe fleurie tandis qu’un jeune homme, grimpé sur un palmier dattier, sectionne les régimes avant de les faire glisser sur un fil tendu entre l’arbre et le sol. Nous échangeons quelques mots. Je m’étonne de la couleur orangée des branches. Alors que je me suis écartée pour lire, le monsieur vient déposer près de moi un régime de dattes jaunes et juteuses. Aïchek. Sourires.

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Dans le village écrasé par la torpeur, un vendeur de pierres et de fossiles m’explique l’origine des coquillages, huîtres calcifiées, coquilles saint-Jacques, bigorneaux, bois pétrifié, calcédoine bleue, micaschiste, et bien sûr roses des sables qui s’amoncellent sur ses étals. Quelques ruelles plus loin, je découvre à quel point la terre en regorge car au bout du village, le sol en est jonché. La vue magnifique ouvre sur un défilé ocre où coulait jadis une rivière large, le canyon est profond, la montagne au loin ondule comme une mer pétrifiée.
Zied me raconte sa manière de faire découvrir la Tunisie aux touristes de l’association « Ritmi e danze dal mondo ». La Tunisie sous toutes ses facettes, plus ou moins photogéniques, authentique en tout cas.

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Le groupe d’amis italiens réapparaît à quelques mètres au-dessous de nous, leurs voix les ont précédés. Comme nos guides – Stefano, Sabrina et Zied – ont décidé de nous en mettre plein les yeux (et les jambes), nous repartons à tout berzingue en direction de Tamerza. il est près de 16 heures, le soleil est encore haut… d’un seul coup, fatiguée, je trouve que la journée est longue !

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Je choisis une fois de plus de rester avec un petit groupe aux jambes lourdes pour éviter une longue balade. Courte déambulation au milieu de petites cascades qui formaient il y a peu de temps encore un petit lagon. Rien d’extraordinaire cependant jusqu’à ce que le soleil tombe en jetant son badigeon ocre sur le paysage.

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Après un bref passage à notre hôtel, nous repartons vers la Dar Houidi dans les ruelles de Nefta, une maison qui appartient depuis huit générations à la même famille, et que tient un monsieur charmant, malade du cœur, enfoui dans un burnous marron (la tenue des hommes ici). On nous sert brick et chorba avant un couscous puis du poulet grillé et des fruits dont les fameuses poires locales que je ne goûte pas d’ailleurs, ayant déjà la panse fort remplie. Musique traditionnelle et danses, transes et marche sur les braises, finissent de nous transporter…

(à suivre)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

Carnet de voyage (Sud tunisien 1)

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27 décembre 2017 – 4 janvier 2018
Le désert m’appelle, j’y serai bientôt. Pas de Facebook, pas de connexion, mais un fil tendu entre nous, et qui passe par les yeux… Je regarderai intensément, me dis-je.
Attente longue à l’aéroport de Tunis du groupe d’Italiens qui participent au voyage, A. est avec Sabrina pendant que je repose mon genou. Près d’une heure trente plus tard, les voici… deux ou trois m’abordent… en français… Mais bientôt je me retrouve avec S. et je me lance dans cette belle langue si peu parlée ces dernières années !
Soirée-repas et conférences à Sfax, chez un professeur de littérature française qui a ouvert un centre culturel dans sa maison. Club de lecture pour enfants, rencontres avec des étudiants de l’Afrique subsaharienne, événements divers… La bibliothèque est immense, son propriétaire veut la déplacer à la fac pour ouvrir ici un atelier d’art. Il nous raconte l’histoire de son père, dissident, partisan du Destour, anti-Bourguiba, que l’on a tenté en ce temps d’assassiner deux fois. Moment d’émotion quand il ouvre le cahier rouge où sont notés – pour chaque prénom donné à ses frères et sœurs – une prière et l’explication du nom de chacun…

Suivent deux interventions, l’une d’un étudiant prof de français en lycée qui préside une association culturelle éducative « qui concerne toutes les générations », puis un prof de génie mécanique qui en 2012, a créé un « rassemblement de têtes pour être utiles à la révolution »: la Ligue de La Défense de la Révolution… Ils développent des projets dans la région de l’Ayn, avec l’aide du PNUD, travaillent à la vulgarisation de la constitution tunisienne, s’engagent dans l’éducation durable et environnementale, et depuis 2014, tentent de prévenir radicalisation et migration en aidant les jeunes d’une région caractérisée par la violence et la délinquance, à se former à des métiers de bouche ou de service. Petit tour dans la bibliothèque. Nous faisons la connaissance de Raouf Karray, illustrateur-graphiste, ami du maître de maison, dont nous admirons quelques albums.

marlen-sauvage-raouf-karrayExtrait de l’album « Grandir » de Raouf Karray et Abderrazak Kammoun

La soirée se termine dans la danse et les chants aux sonorités langoureuses et enjouées, avec un groupe de musiciens. L’occasion de rire ensemble, de regards complices, d’écharpes échangées à s’enrouler autour des hanches, de youyous intempestifs… Et nous regagnons notre hôtel vers minuit… qui se trouve être le premier hôtel où j’ai dormi lors de mon tout premier séjour en Tunisie.

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28 décembre
Petit-déjeuner et départ quelque peu retardé… Nous attendons sous le soleil de Sfax dans une atmosphère déjà laborieuse. Ici, dans la deuxième ville tunisienne, poumon économique du pays, la circulation est pire encore que dans la capitale. Je donne un coup de main à Sabrina pour nettoyer les vitres arrière des minibus tandis quelle pose les affiches du prochain festival international du Sahara qui se tiendra à Douz du 28 au 31. Finalement nous démarrons avec 25 minutes de retard sur l’horaire prévu (une broutille au regard de nos « quarts d’heure » locaux) dans la musique de Cheb Mami. Direction l’oasis de Netfta, près de la frontière algérienne, au nord du Chott el Jerid, à la limite du Grand Sahara. Nous allons traverser le pays d’est en ouest en passant par Gafsa…

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Le Grand Sahara, frontière naturelle entre Afrique noire et Maghreb, pays des hommes bleus. Ici ce sont les hommes qui couvrent leur visage… « Les « Amazir » [et non les Berbères – barbares – nom donné par les Romains] sont un peuple sédentaire qui vit sur la côte nord de l’Afrique du nord, au contraire des Touaregs qui sont nomades. » Pour notre plus grand bonheur, A. déroule un pan de l’histoire du pays (2 Italiens nous ont rejoints), les mains sur le volant, tentant de rattraper les trois minibus devant nous. Nous apprenons tout de la cité de Tyr, de la fondation de Carthage, de la technique des Carthaginois pour protéger les navires, du conflit entre Carthage et Rome, des guerres puniques, de l’histoire d’Enée et de Didon… Pour A., Alyssa-Didon, préfigure la femme tunisienne, son intelligence et son charme enjôleur. Nous apprenons ainsi (moi en tout cas) que Carthage fut une république dotée de la première constitution écrite de l’Antiquité.

marlen-sauvage-route-de-NeftaSur la route de Gafsa

marlen-sauvage-olives-NeftaSur la route de Gafsa – Vendeurs d’olives

marlen-sauvage-petrole-NeftaSur la route de Gafsa – Barils de pétrole, à vendre !

Trafic entre Libye, Tunisie, Algérie… 40 % de l’économie est due au marché noir à travers le pays…

Le paysage change. Carrières de gypse (gesso) et phosphates, moins de vert, davantage de minéral. Depuis notre arrêt dans un village, nous arborons sur le pare-brise de la voiture l’affiche du festival, histoire d’être reconnus comme faisant partie du convoi. (Nous apprendrons plus tard que notre trajet a été remis aux autorités policières du pays.) Sur le bord de la route, des oliveraies dans la terre ocre. Des silhouettes voilées manipulent des filets verts… Des carrioles tirées par des ânes sillonnent la grand-route. Les troupeaux de moutons pâturent ici et là. Les figues de barbarie ponctuent le paysage, arête verte et rouge qui nous sépare de l’étendue aride.

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Arrêt technique au milieu de dattiers. Partage de gâteaux locaux. Photos. Sourires. Je ne connais pas encore tout le monde, mais je tente de mémoriser quelques visages et prénoms.

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Sur les coups de 13 h, nous arrivons en vue de bâtisses pour la visite d’un atelier de tissage, de fabrique de tapis (mergum, spécialité de Gafsa, mais aussi de kilim) dont Sabrina nous raconte l’histoire et les techniques, ainsi que les symboles. C’est là que nous déjeunerons.

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marlen-sauvage-borghoulBorghoul, au menu… Le plat s’appelle « berkoukich »

28 décembre (suite)
Après le repas, nous filons dans un quartier de Gafsa, aux poubelles à ciel ouvert, parmi des bâtiments de brique rouge pour la plupart en construction… Destination : un atelier de tissage de haute-lisse où travaillent exclusivement des femmes. Le lieu est minuscule, caché derrière une porte quelconque. Un grand tapis de 2 m sur 3 m coûte 750 dinars… à diviser par 3… pour obtenir le prix en euros. Quelques Italiens se laissent tenter.

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La végétation se raréfie. Petits buissons ras et au loin des djébels traversés par de grands sillons. Un arbre ici ou là, rare, sur le bord de la route. Un ciel immense et chaud encore à 16h30. Metloui, dans le bassin minier, bordé d’arbres chétifs et nombreux, d’eucalyptus poussiéreux… les échoppes se succèdent, les garages, les cafés où seuls boivent et discutent des hommes autour d’un verre de thé, des mobylettes traversent la route en dépit de tout code de la route, un grand resto Hôtel Helja, un homme et sa carriole tirée par un âne marron, un vendeur de merguez sur la rue principale, un pick-up plein d’oranges et de pommes de terre, un vendeur de deux-roues, une station Agil et la rue principale qui s’étend encore alors que nous rattrapons notre guide qui roule comme un fou depuis ce matin.

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Les montagnes sont de phosphate… découvert par les Français, me rappellent A. Là, plus de végétation, mais un paysage couleur de sable et le soleil qui se couche et réchauffe les ocres jaune, renforçant la vision d’un désert déjà.
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A Sabaa Abar, photo du soleil !

Nos guides ont prévu Nefta au programme du jour et nous repartons dare-dare dans cette direction. Mais alors que la nuit tombe, nous tombons nous-mêmes dans un embouteillage causé par un mariage !

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Sabrina descend de voiture, discute avec celle que je crois être la mère de la mariée, et nous nous retrouvons happés par la foule une fois descendus de nos véhicules respectifs, une trentaine de touristes au milieu de dizaines de Tunisiens qui dansent, font péter les fusils en pleine rue, chantent et nous sourient.

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Tout cela se termine dans une maison (pour les femmes au moins), assises par terre sur des coussins, entourées de jeunes femmes qui nous peignent des motifs au henné dans le creux des mains. Deux jeunes filles, deux sœurs, sont à mes genoux, se présentent, nous échangeons nos numéros de téléphone (elles aiment parler français, nous nous téléphonerons une ou deux fois dans les jours qui suivent), et elles m’entraînent ensuite sur le lieu du repas où l’une d’entre elles me glisse dans la bouche un morceau d’omelette épaisse et moelleuse ! Mais il faut repartir et tout le monde s’engouffre de nouveau dans les minibus pour atteindre notre hôtel du soir que nous atteignons à la nuit tombée… où la climatisation se déclenche toutes les trois minutes… mais elle est si belle avec ses arcades et ses moucharabiehs… Repas puis conférence sur le soufisme animée par A. (Car nous avons visité une zaouia, lieu de prière soufie, sur notre route du jour.)

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(à suivre)

Texte & photos : Marlen Sauvage

 

 

Carnet des jours (30)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Dimanche 7 janvier 2018
Je reprends l’avion… De Tunis à La Réunion via Paris. Une journée dans les halls d’aéroport, neuf heures d’attente en France, à regarder passer les voyageurs, assise dans les courants d’air des troquets où je bois café sur café pour me réchauffer. Une heure seulement que j’attends à la Brioche Dorée d’Orly. La température ici est d’hiver, je crains d’être rattrapée par la bronchite à peine guérie ces derniers jours. J’emporte avec moi la sérénité retrouvée grâce à A., ses clins d’œil et son art de relativiser toutes les situations.
21 h : enfin dans l’avion pour une nuit de vol.

Lundi 8
Willy était là parmi la foule ! Ici, janvier ne fleurit pas, et à Saint-Denis l’océan roule ses vagues brunes. Tout s’éclaircit au fil de la route et je retrouve l’horizon bleu rassurant de la mer.

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A la maison, c’est une fête ! Les petits garçons ont grandi, chacun se dispute mon attention. Mais c’est Julie qui m’émeut le plus, elle qui dégage toujours la même force d’attraction… Une vieille âme. De quelle éternité vient-elle ?  En la femme je vois encore la petite fille blonde. Toutes réflexions au creux de mon lit, alors que l’humidité du soir me perce les os. Il ne fait pourtant pas froid.

Mardi 9
Mal dormi, une toux m’a vrillé les bronches et le ventre toute la nuit. J’avais oublié que les petits gars se réveillaient aussi ! Je me suis lamentablement endormie l’après-midi devant le dessin animé que m’a proposé Souleyman, alors que nous étions tous les trois allongés dans le lit des parents !
Découvert ce matin le pitaya, drôle de fruit à écailles, à la texture et au goût similaires à ceux du kiwi et aux couleurs superbes dehors et dedans.

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Jeudi 11
Depuis mon arrivée, le temps est humide et relativement frais. Je hurle devant les bestioles qui sortent à cette occasion, de grandes blattes marron qui me donnent la chair de poule. Le soir les geckos couvrent le plafond de la varangue, ils guettent patiemment leurs proies, de petits insectes. Aucun d’eux ne me dérange.

Vendredi 12
Après-midi au haras pour la leçon d’équitation de Souleyman. Comme il est fier sur sa monture ! Les images de l’enfance des filles m’assaillent, leur joie de retrouver poneys et chevaux, leur regard droit devant, et pour moi l’attente derrière les clôtures… Souley est si touchant de vouloir bien faire et d’être pourtant tellement distrait par la présence de Sacha, le petit frère auquel il veut se rendre in-dis-pen-sa-ble !

Samedi 13
Aujourd’hui Julie a battu le jaque… dit comme ça, quelle énigme ! Quel étrange fruit /légume là encore, à la sève visqueuse digne de la colle la plus efficace.

Dimanche 14
Cyclone tropical intense, prévoit Météo France pour jeudi et vendredi prochains. Sur les forums que je consulte, certains craignent un épisode comme celui, récent,  de Saint-Martin. Julie et Willy restent zen. En l’attendant, puisque les enfants garantissent que la cour sera ravagée, j’en profite pour prendre fleurs et plantes en photo. Promenade dans le parc voisin, personne ne met le nez dehors… Il fait très chaud et rien n’annonce le pire…

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Mardi 16
Maux de crâne au réveil, encore, comme depuis trois jours. Ça a soufflé fort cette nuit. J’ai imaginé devoir se réfugier sous la maison (quelle idée !) avec les petits. Si j’ai peur déjà je dois me préparer psychologiquement, me dit Juliette. Le cyclone va passer au-dessus de nos têtes. Willy dort habituellement pendant les cyclones, me rappelle-t-elle. Une enfance bercée par la furie des éléments. On commence à ranger tout ce qui traîne dehors et ce qui est entreposé sur la varangue : outils de jardin, vélos, trottinettes, pots de peinture… Ça remplit la camionnette et la maison recevra le reste : étagères, fauteuils et coussins, plantes vertes…

Mercredi 17
La maison est parée, elle ressemble à un jardin. On a rempli les bouteilles d’eau, des seaux, fait le plein de nourriture, de couches pour le petit Sacha, rentré les animaux, chats et chien, mais Kyyubi erre depuis un mois dans la nature… On écoute le dernier album de Zanmari Barré et l’hommage à ses musiciens. La référence aux cheveux de Willy m’amuse… si ce n’était que cela… Ma préférée reste Voun qui me noue la gorge.
Séance guilis avec les petits gars. Sacha dit sobrement bonjour à A. sur Messenger. Souleyman le gratifie d’un sourire Gibbs. Depuis dix minutes, le vent souffle très très fort. On attend le cyclone depuis plusieurs heures, les informations l’ayant annoncé la nuit dernière mais il aurait perdu en intensité et se promènerait à l’allure de l’escargot : 9 km/h. A combien avance un escargot ? Ce soir d’autres nouvelles donnaient notre zone dans l’œil du cyclone. Julie me rassure : être dans l’œil, c’est pas si mal. Sortir de l’œil est plus problématique… A priori ce serait là que les ennuis commencent. Bon. comme tout le monde reste de marbre ici, j’ai quand même demandé que l’on ferme enfin les volets par sécurité. Je dois être la seule à m’inquiéter. Le propriétaire voisin s’est gentiment moqué de moi ce matin tout en me tapant la bise. Je l’ai joué intéressée mais je ne l’ai pas trompé. On en est donc aux grosses rafales sur le coup de 23 heures. Je suis seule dans ma chambre. Il paraît que c’est pour le petit jour…
Minuit. Je ne dors pas. Je n’entends subitement plus de vent et je découvre que ma fenêtre n’est pas fermée ! Une accalmie de très courte durée. Le temps d’attraper ma tablette et c’est reparti.
1h17. Ce ne sont plus des rafales mais le raffut d’une houle véhémente sans accroc. La pluie tombe. Pour m’en assurer, j’entrouvre prudemment les volets. J’aperçois au fond de la baie les lumières de Saint-Louis dans une brume diffuse. Je ne dormirai pas cette nuit.
1h32. Vacarme des trombes d’eau sur le toit.

Jeudi 18, matin
Très peu dormi et le cyclone s’est transformé en tempête tropicale. Ça souffle toujours. On reste dans la maison tous volets fermés, sauf ceux de la chambre des parents. Les premiers désagréments apparaissent : toilettes bouchées, fuites au plafond… Y a de la tension dans l’air.

Samedi 20
Nettoyage des coupes faites par Willy dans les heliconia  après la tempête. Ramassage des avocats trop jeunes. Sacha m’accompagne. Il crapahute et s’en donne à cœur joie. Le sol est jonché de fruits. Quel gâchis ! Courses dans l’après-midi avec Julie. On emmène Arlette un bout de chemin, partie se rendre compte des dégâts d’après ce que je comprends. Sacristain et chou à la crème au salon de thé du coin.

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Dimanche 21
Visite à Saint-Pierre. Quelques routes sont coupées. Toute la végétation regorge de flotte. A Basse-Terre, grand soleil et piscine pour les enfants (et les grands). Quelques photos sur le front de mer. Je m’étonne toujours de cette prolifération de coraux échoués. Cet après-midi, Julie a tenté d’expliquer à Sacha la course du soleil dans le ciel : patience d’un côté, bonne volonté de l’autre et fous rires pour tout le monde.

Lundi 22
Canard à la mangue et au riz blanc, plaisir des yeux et du palais. Un zozio vert à lunettes s’est échoué dans la pelouse, il est si minuscule… J’accumule les petits bonheurs !

Mardi 23
Je me réveille en réalisant que je n’ai plus que deux jours à passer ici. Je n’ai pas suffisamment joué avec les petits garçons. Pas eu l’énergie. Malade la première semaine. Le genou en vrac. Sensation de ne pas savoir « y faire » avec des petits gars. Je récapitule pour me rassurer : les deux soirées de garde avec les jeux de ballon et nos fous rires, les histoires dans la cabane, les dessins animés, les tentatives de lecture, le ballon prisonnier dehors, la promenade dans le parc avec leur maman…
Regardé La Cité des enfants perdus. Je me demande si je l’avais vu finalement. Souvenir du cinéma pourtant et de l’ambiance glauque du début. Revu Talons aiguilles dont j’avais quasiment tout oublié. L’amour filial dans ses extravagances almovodariennes. Magnifique. Comme Willy s’est foulé la cheville, il n’est pas certain que nous sortions entre filles, Julie et moi, ce soir.
Et bien si ! Délicat repas japonais à Saint-Pierre où nous avons d’abord admiré la houle sur l’océan. Murmuré entre deux grands silences comme toujours avec Julie. Le plaisir contemplatif que je ne partage ainsi qu’avec elle. Elle, si loin, tout comme sa sœur, chacune à un bout du monde… toutes deux si loin de moi. Quel destin…

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Mercredi 24
Conférence de presse à 10h30 à Kazkabar, Bois Rouge. Nous décollons à 10h40. Mais ici on n’est jamais en retard. Une heure plus tard, je croise Daniel Waro avec quelques feuilles de palme dans les mains, pour les assiettes, me dit-il. Simplicité et nonchalance. Intense sensation de vie au milieu de ces musiciens, leurs familles et amis. Jamais autant qu’ici le temps n’apparaît comme une construction humaine. Même impression qu’en Crête il y a trente ans déjà. La petite foule ne me fait pas peur, j’ai réussi à me glisser parmi les sourires et les regards. Il n’y a que de la bienveillance et le créole que l’on parle est si beau dans ses images et ses sonorités. Daniel me propose du jaque congelé, un bonbon !

Soirée familiale et repas de porc massalé cuisiné par Julie. Une première, un régal.

Jeudi 25
Dernier jour pour moi avant mon retour pour la métropole en soirée. A 7 h, les volets s’ouvrent sur un grand soleil et le ronflement sourd de l’océan dans le lointain. Je pars en quête d’images de fleurs après la pluie. Les oiseaux donnent leur concert matinal. j’en manque beaucoup, je les écoute, cachée parmi les caoutchoucs et les palmiers.

Arrêt à Saint-Pierre pour laisser les petits gars. Nous prolongeons la pause, la route du littoral étant fermée encore après la tempête. Je déguste les mangues vertes du jardin, fermes, accompagnées de gros sel. Le voisin grimpe sur le toit pour décrocher une papaye énorme. Sous la varangue, la discussion en créole est entrecoupée de rires et je ne saisis pas tout ce qui se raconte. Je surveille l’heure. Je crains subitement de rater mon avion. Mais ma remarque suscite un grand rire ! Les cousins et la piscine occultent mon départ, je ne sais pas si je dois me réjouir. Nous prenons la direction de l’aéroport vers 19h. Un autre cyclone est en train de se former sur l’océan. Le ciel est blanc d’énormes nuages avec des bouts de bleu intense, une lumière rose diffuse… On a l’impression de rouler dans une voiture aux vitres fumées. Les nuages sont si bas. Et la pluie recommence à tomber… 19h42, route bouchée. Tous warnings dehors.  J’écris à l’arrière de la voiture.

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Avant la tombée du jour, j’ai noté le nom des ravines et des bras, et c’est une comptine : ravine blanche, ravine des cabris, bois d’olives, ravine du ruisseau, ravine du Trou, ravine du Cap, ravine du Petit Etang, ravine du Grand Etang, ravine de la Chaloupe, Bras Mouton, Souris Chaude, petite ravine, ravine Cocâtre, ravine des Trois bassins, ravine Tabac, ravine de la Saline, Bras de l’Ermitage, ravine de l’Ermitage, Plateau Caillou, bras Saint Gilles, ravine Saint Gilles, ravine Etang Saint Paul, ravine des Galets, ravine à Marquet… J’ai loupé la ravine à Poux… Ravine à Patates à Durand, ma préférée. Puis je m’arrête là. Plus assez de jour pour lire. Comme la radio ne fonctionne plus, nous roulons vitres ouvertes à l’écoute des radios voisines. On se parle d’une voiture à l’autre. Et pour finir, l’aéroport est en vue. Il a fallu plus de deux heures pour y arriver. Je laisse mes deux chéris derrière moi, juste un regard pour le souvenir.

Du 25 au 26.
Vol de nuit. Arrivée pluvieuse à Marseille. Train pour Orange où m’attend B. Jusqu’à N., c’est le déluge. La France est sous l’eau depuis des jours, ici c’est un moindre mal, c’est même bienvenu. Je retrouve ma chambre dans la maison accueillante.

Samedi 27 et dimanche 28. Passage chez Orange où j’apprends que mes mensualités ont augmenté de 10 € du fait que je ne suis plus rattachée à un compte. Mais le comble est que je n’ai aucune connexion ici… Les prélèvements vont bon train. Impression d’être l’otage une fois de plus d’un système frapadingue.

La cascade n’a jamais été aussi alimentée en eau. C’est un déluge et le ruisseau caracole avec vigueur.

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Chez Julien le plaqueminier déborde de fruits que nous mangeons à même l’arbre dans le jour tombant, la vraie vie !

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Mardi 30
A l’agence on me rassure quant à l’appartement pour lequel les choses menacent de traîner avec la signature d’un avenant inattendu. Visite à la recyclerie où je dégote un manteau neuf et un blouson en bon état, pour 13 euros. C’est le souk à échelle humaine !

Mercredi 31 janvier
Bonne nouvelle : pas d’opération mais rééducation du genou pendant deux mois. Je reçois le livre de Domi Bergougnoux qu’elle troque. Quelle bonne idée ! Lecture émouvante qui  me remue les tripes. Je lui envoie le recueil Itinéraires

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Texte et images : Marlen Sauvage