Bon anniversaire, Justin !

marlen-sauvage-Justin1

Petit lutin blond
Trotte la main dans la mienne –
Bonheur envolé

+++++++++++++

Enfant de printemps
De feuilles rousses ivre –
Chavirent nos rires

+++++++++++++

Vole écureuil gris –
Cache-cache autour de l’érable
Justin te poursuit

DSC_0420
La poule caquète
De couleurs se pare
La mini se gare
Près de la fourchette

Texte et photos : Marlen Sauvage
Avec l’aimable autorisation de Justin !

Haïku du 18 mai

 

marlen-sauvage-schiste

Le flanc schisteux de la montagne après la pluie…
Coup de soleil –
Un miroir

C’était ma première idée, en voyant une grande dalle de schiste briller sous le soleil juste après la pluie battante… Mais ça ne fait pas un haïku ! Alors j’ai opté pour…

Les flancs montagneux
De schiste et d’argent
Après la pluie – Un miroir

Texte et photo : Marlen Sauvage

 

 

Le lit de l’étrangère

marlen-sauvage-Darwich

Ni plus ni moins

Je suis femme. Ni plus ni moins. Je vis ma vie comme elle va,
Fil à fil,
Et je tisse ma laine pour m’en vêtir, non
Pour accomplir le récit d’Homère ou son soleil.
Et je vois ce que je vois,
Tel qu’il est.
Mais je fixe parfois son ombre
Pour sentir le pouls de la perte
Et j’écris demain
Sur les feuilles d’hier : Pas de voix
Hormis l’écho.
J’aime l’ambiguïté nécessaire dans
Les paroles du voyageur nocturne qui va vers ce qui a disparu
De l’oiseau sur les pentes des mots
Et les toits des villages.
Je suis femme. Ni plus ni moins.

En mars, la fleur de l’amandier
M’envole de ma fenêtre
Avec la nostalgie des paroles du lointain :
« Touche-moi que je mène mes chevaux à l’eau des sources. »
Je pleure sans raison et je t’aime,
Toi, tel que tu es, ni par intérêt,
Ni gratuitement.
Et le jour se lève sur toi de mes épaules
Et quand je t’enlace, une nuit descend sur toi.
Et je ne suis ni celui-là, ni celle-là
Non, je ne suis ni soleil, ni lune.
Je suis femme. Ni plus ni moins.

Sois donc le Qays de la nostalgie
Si tu le désires. Quant à moi,
Il me plaît d’être aimée telle que je suis,
Ni photo en couleur dans un journal, ni idée
Mise en musique dans le poème entre les mouflons…
De la chambre à coucher,
J’entends le cri lointain de Layla : Ne m’abandonne pas
Captive d’une rime dans les nuits des tribus,
Ne m’abandonne pas chez eux, légende…
Je suis femme. Ni plus ni moins.

Je suis qui je suis tout comme
Tu es qui tu es : Tu m’habites
Et j’habite en toi, vers toi et pour toi.
J’aime la clarté nécessaire dans notre énigme partagée.
Je t’appartiens lorsque je déborde de la nuit.
Mais je ne suis pas une terre
Ni un voyage.
Je suis femme. Ni plus ni moins.

Et me fatigue
La rotation de la lune femelle
Et ma guitare tombe malade,
Corde
Après corde.
Je suis femme.
Ni plus
Ni moins.

Mahmoud Darwich, Le lit de l’étrangère, « Ni plus ni moins »
Poèmes traduits de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar.
Tous droits réservés. © Editions Actes Sud, 2000.

Carthage, les grands hommes

marlen-sauvage-statues
« Quelques-uns des Anciens s’étaient postés sur la plate-forme des tours, et l’on ne savait pas pourquoi se tenait ainsi, de place en place, un personnage à barbe longue, dans une attitude rêveuse. Il apparaissait de loin sur le fond du ciel, vague comme un fantôme, et immobile comme les pierres. » (Salammbô, Flaubert)

 

Photo : Marlen Sauvage

Equilibre

marlen-sauvage-rocher-Jean

Pendant que j’étais hors des langes reposants de la santé, je vis comme les hommes erraient et les mondes qui erraient dans les hommes.
C’était à se demander ce qu’ils étaient en vérité. Mais quelque chose me disait : « C’en est. Ce sont bien des hommes. Sinon seraient-ils si embarrassés… et en même temps si sûrs ? »
Je vis un escalier équilibrant un ruisseau. Etonnant ! Et pourtant je savais que c’était un homme, et même à n’en pas douter une femme.
Je vis un balcon qui équilibrait un moulin, un moulin au bout d’une gaule. Ah ! Ah ! Puis je vis une grotte qui était en balance avec des jets de pierre. Comment des jets de pierre peuvent-ils faire équilibre à une grotte ? Pourtant cela était.
Je vis des visages : coutures et grimaces portées par deux ou trois stylets. Ces stylets s’enfonçaient dans les années et maintenaient et guidaient l’homme.
Ici une croix équilibrait un puits. Là une aile.
Une cendre légère tenait tranquillement en équilibre une maison entière.
Un château vacille. Un papier lui fait pendant et l’empêche de tomber, ou c’est une plume, une boîte, ou les seins bien formés d’une poitrine blanche.
A une cascade se retient un jeune homme. « Oh symétrie ! Symétrie ! me disais-je, te voici en ce couple vraiment appliquée » et j’errais intéressé dans ce monde singulier, oubliant les tenailles de mon mal tenace.

Henri Michaux, Les équilibres singuliers, Epreuves, exorcismes, 1940-1944

Photo : Marlen Sauvage (Le rocher de Saint-Jean, Serverette, Lozère)

« Sec et ocre »

marlen-sauvage-rats-taupiers

Dans la vigne déserte, ravalée par l’hiver, la peau morte abandonnée aux frissons du mistral, Marcel fait saigner la terre à grands coups de pioche. La montagne le regarde, impassible, en caressant d’ombres son échine courbée.

Une vie rêche coule dans ses veines, pas de place pour le rêve. Ici le temps est dur depuis toujours. Sec et ocre. Une toile sépia éternelle.

Il lève l’outil au ciel comme un guerrier en incantation et frappe avec force l’écorce d’argile durcie par la sécheresse et les vents. Trois petits pas dans le rang et la pioche s’envole à nouveau, double sa hauteur, le rend beau, grand et majestueux. Le temps d’apprécier le geste et l’outil disparaît sous son corps. Plié comme un roseau, il reste un temps le souffle court avant de se redresser et recommencer à casser de la terre.

Au bout du rang, il fait une pause, les mains en compresse sur ses reins brisés, le regard haut et fier. Petit homme au visage buriné de sueur fraîche, il contemple le labeur accompli puis lève les yeux vers la montagne comme pour lui demander son avis, comme si elle était la seule capable d’apprécier la bravoure et sa joie d’être là.

Un coup de vent sèche son visage, dévale les coteaux et fait frissonner le tapis de pins sur les flancs de la montagne. Elle s’ébroue. Elle l’a entendu. Il remonte son pantalon, ajuste son bonnet de laine sur ses oreilles et lance la pioche au vent, un air satisfait collé aux lèvres.

Christophe Sanchez, Rats taupiers, « Sec et ocre »
L’Ombellie, Editions des Vanneaux.
Avec des illustrations de Didier Cros.