Dans la médina d’Hammamet

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Près de l’autoroute qui mène à Hammamet, à une soixantaine de kilomètres au sud de Tunis, une vache broute à l’ombre d’un eucalyptus décharné…

marlen-sauvage-hammamet-plageContrastes de blanc et de bleu, de sable et de collines, d’eau et de ciel… Au pied du rempart de la kasbah, à l’ouest de la ville, les barques siestent au soleil déjà trop haut pour de belles photos.

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Kasbah d’Hammamet, IXe siècle… Un bout de rempart mord le ciel.

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Le minaret hors du temps de la prière, qui écrase la médina du poids de son silence.

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Peut-être Flaubert, Maupassant, Cocteau se sont-ils perdus dans les ruelles pour se retrouver sur cette placette…

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Des ruelles esseulées, à l’heure où la vie se terre derrière les murs…

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Et où seuls des poissons nous accueillent à chaque entrée de maison.

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Le musée Dar Khadija qui, d’après ce que j’ai lu car n’y suis pas rentrée, retrace les  origines de la ville jusqu’à nos jours, des invasions turques et maltaises, jusqu’au protectorat français et à l’Indépendance en passant par la visite de Paul Klee, la pêche et la broderie, avec le point « de Hammamet ».

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Construit en 1881 par Désiré Bordier, le cimetière chrétien côtoie le cimetière musulman.  L’homme est un ancien militaire qui a servi en Algérie, il débarque cette année-là à Hammamet avec les premières troupes d’occupation. Douze soldats français meurent et c’est pour eux qu’il fait construire ce cimetière, dit-on. Il devient contrôleur civil, prend finalement sa retraite dans la ville et y fait des découvertes archéologiques…

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Fin de l’excursion autour du fort, le long de la mer, superbe à cette heure-ci.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet du jour (14)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

21 mars
On m’attend à Rome. Stazione Termini, les décibels déchirent mon mal de crâne. L’hôtel est situé dans une de ces petites rues près du centre, toujours en travaux ici ou là. On s’interpelle et ces voix débarquent dans mon sommeil de fin d’après-midi. Flânerie dans les rues de la ville, je retourne à la Fontaine Trevi pour écrire. Mais il pleuviote et je n’ai pas de parapluie. Je longe les boutiques pour me protéger jusqu’au lieu de mon rendez-vous. Dans mon cou, les gouttes se mêlent à la moiteur de ma peau. Conférence. J’ai fini par arriver en retard à force de virer dans les rues et les places ! F. m’a aperçue et je note un léger suspens dans son discours puis un sourire. Je ne comprends pas tout, mais il faudra bien que je m’y mette. Il me présente à quelques personnes, sourires, poignées de main, pizzeria bien arrosée dans leur QG. Je ne sais plus me repérer, je suis le mouvement, je prendrai un taxi. Mais F. me raccompagne, nous ne sommes pas si loin de mon hôtel et il repart sous la pluie. Je voudrais retourner dans ces petits hôtels particuliers transformés en musées, y passer la journée, manger un sandwich sur un banc en admirant les nuages et les couleurs du ciel. Je n’irai pas sur la place du figuier. En piétinant, je me suis foulé la cheville ! Je lis le livre de Gaudé que je traîne dans mon sac depuis mon départ et que je n’avais pas encore eu le temps de poursuivre. Fin du rêve.

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22 mars
Journée de déplacement, de voiture, de bus, de train, de navette.

23 mars
Arrivée à Tunis à une heure de l’après-midi sous le soleil. Rien avalé de la journée mais aucune faim. Je découvre l’appartement de R., un cocon lumineux dans un quartier populaire de la ville. Beaucoup de femmes voilées, Ennahda est implanté dans ces quartiers. Et je retrouve les ordures, les déchetteries à ciel ouvert… Les élections municipales n’auront lieu qu’en novembre…

24 mars
Vacances scolaires. Nous partons déjeuner sur l’avenue Bourguiba. Profusion d’entrées, bon poisson, ambiance joyeuse. Après-midi cinéma. Le ciné-club de l’Institut français passe Les mariés de l’an II, une occasion de revoir Bébel et de discuter de la Révolution française avec les spectateurs, après le film. La séance se prolonge avec la venue de Sébastien Marnier et son film Irréprochable, un thriller autour d’un beau portrait de femme plutôt borderline… Débat avec le cinéaste, c’est son premier long métrage. Il est modeste, un peu embarrassé de parler de lui. Tout ce qu’il raconte est ancré dans la réalité d’un gars confronté à la réalisation d’un rêve. Il est généreux, parle de sa rencontre avec Marina Foïs, de leurs échanges, pas faciles au début ; de la difficulté à réaliser un film en trois semaines compte tenu du financement, de sa vie de gosse de banlieue…

25 mars
Rendez-vous avec Marie à La Goulette. Petit resto sympa au chef exubérant. Nous planifions notre semaine et décidons d’une visite sur le site de Bulla Regia mercredi.

26 mars
Festival du livre de Tunis au Kram. Retrouvailles avec Françoise et La chose publique. Chœur de lecteurs avec Majd Mastoura, Yosra et les deux Mohamed. Rencontre avec Monia Masmoudi et Sud Editions. Pot dans Tunis avec les 3 étudiants + Mehdi venu nous rejoindre en fin de journée et qui nous quitte avant le repas.

27 mars
Visite à Nabeul, ses ateliers de poterie, ses magasins immenses pour cars de touristes ! Problème de cheville… Nous dînons sur le port dans une ambiance surchauffée ! Des hommes, des hommes, rien que des hommes… devant des bouteilles de bière. Ils font tellement de raffut qu’il est impossible de se parler. Mais le soleil se couche sur la mer.

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29 mars
Pas de site archéologique finalement. Petit tour dans la médina de Tunis, où je regarde un dinandier travailler pendant un bon quart d’heure. Au moment de la prière, il poursuit son martelage en murmurant. Nous discutons. Je m’accroupis près de lui. Sans que je le remarque, un homme m’apporte une chaise et je m’assois dans la ruelle. Je suis toujours surprise de ces attentions… Le dinandier a réalisé les décors et les bijoux de Star Wars, tourné à Tozeur. Il a des origines italiennes. Il me dit très bien gagner sa vie, prendre de grandes vacances, aimer toujours le métier de son père (il a repris son échoppe ici) qu’il pratique depuis l’âge de 14 ans. Il en a 59. Je lui achète une petite corbeille à fruits en cuivre blanc. Quand je repars, je fais tomber le coussin de la chaise en bois. De nouveau l’homme est là pour le ramasser.

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30 mars
Départ pour le sud. En route, visite de la médina de Hammamet, pot dans un café sur le port, photos. Arrivée dans la ville natale de R. Dîner d’un délicieux et pantagruélique repas de poisson dans un beau décor. Ici tout le monde fait des selfies en mangeant ! Jeunes couples, vieux couples, familles, femmes voilées, non voilées…

31 mars
Jour anniversaire. Je range la bibliothèque et manipule environ 3000 livres… Il en reste autant à ranger. Je dévore Philippe Jaccottet et son hommage à Ungaretti dans ? j’ai oublié le titre du bouquin.

1er avril
Méditation sous le soleil de la terrasse en écoutant les bruits de la ville. Je bouquine Gaudé en mangeant quelques fèves bouillies, jette un œil à mon travail de la veille et range encore quelques livres. Départ pour Tunis. Arrêt dans la ville au mausolée de Bourguiba. Retour sous une chaleur écrasante. Heureusement, Sousse et la Casa del Gelato… Rendez-vous à Carthage pour le film canadien Iqaluit avec Marie et quelques autres. Très bon film plein d’humanité. Dîner Au bon vieux temps. Délicieux. Discussion animée sur les indiens du Québec… Passage chez M. pour un petit rhum vite avalé.

2 avril
Réveil tardif, journée tranquille à l’appartement, travail et préparation de la valise. Le centre commercial est ouvert ! R. achète une table de salon en remplacement du guéridon qui a valu tant de casse ! Elle est jaune, on la croyait blanche ! Les surprises des achats tunisiens… Je réalise d’ailleurs que le four ne ferme pas correctement, il est neuf pourtant !

Lundi 3
Retour. Je manque le dernier bus à Nîmes…

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un vieux souvenir

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Olivier Debré devant une de ses toiles gigantesques. Une photo retrouvée dans l’un de mes vieux carnets… Je me souviens d’un petit tableau de lui, dans les tons roses et orange, conservé chez une dame qui tenait un musée à St-Circq-Lapopie et qui avait connu tous les artistes du début du siècle [dernier]…

A la dame, nous avions acheté une lithographie représentant une belle endormie, datée de 1951, accompagnée de ce poème :

« Je sais des ronciers bleus aux jonquilles amères
que la buse plombée protège de son cri
Je sais l’herbe aux vipères mordant le chemin sourd
au chêne qui s’effeuille sous l’avril galopant.
Je sais l’arbre creusé que la mésange épèle
Je sais des rires en croix
des larmes de pollen
des chansons éventrées au moment que de naître
et des lèvres scellées pour n’avoir pas aimé. »

Ce n’est pas signé et j’ai oublié de qui sont ces vers…
Texte et photo : Marlen Sauvage (sauf le poème, malheureusement !)

 

 

Carnet du jour (13)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

A rebours, toujours.

Lundi 20 mars
Visite surprise il y a trois jours de D. M. qui repartira un jour plus tôt que prévu en raison de son incompatibilité momentanée avec la maison, trop grande, le silence des pierres, le froid encore enclos dans les murs… Fragilité… AG de l’asso des Amis ce soir. Too much ado about nothing. Nous poursuivrons notre activité jusqu’après le Festival du livre.

Hier 19 mars, virée au Pont-de-Montvert sous le soleil de dimanche avec D.M. Ballade à l’Hermet sur un GR/PR mal signalé. Nous nous perdons avec plaisir dans la lande pierreuse, cherchant les petits cairns élevés ici et là ; dans le grand vent nous tentons une méditation qui se termine par un éclat de rire et la remettons à plus tard. Photos.

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Samedi 18 mars, soirée poésie à Rousses, à La Ruche, le café de pays du village, à l’accueil simple et sympathique. Un beau moment généreux où chacun partage ses poèmes favoris ou ses propres vers avec la salle, au gré du repas (délicieux…). Fous rires avec L. et M., impossible d’arrêter de glousser comme des gamines à la déclamation d’un homme venu expliquer à l’une d’entre nous comment lire… Une fois calmées, grande discussion sur le plaisir du texte et l’effacement du lecteur devant ledit texte. Avis partagés… je maintiens le mien devant cette tablée d’hommes du cru, sûrs d’eux souvent ! A. chante Barbara et nous enchante de sa belle personnalité.

Vendredi 17 mars, aller-retour maison-Nîmes pour récupérer D. Soleil chaud.

Jeudi 16 mars, soirée Afrique(s) à la bibliothèque de Florac pour le Printemps des poètes, avec Frédérique Bruyas et Adama Bilorou, poly-instrumentiste du Burkina Faso, issu d’une famille de griots. Lui ne dira rien, mais jouera de différents instruments de percussion et autres djembé(s),  du balafon, et d’un genre de cithare, dont j’ai oublié le nom… Magique moment de découverte de textes africains et nord-africains d’auteurs tels que Jacques Famé Ndongo, Leonora Miano, Véronique Tadjo, Assia Djebar, Joyce Mansour ou Olive Schreiner…

Mardi 14 mars, journée réunion avec E. au troquet de Barre et chez P. pour un grignotage. Je repars avec un « porte-bougie » maison !

Carnet du jour (12)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

1er mars. Parce que le temps passe trop vite… mardi 28 février, lundi 27, dimanche 26, samedi 25, vendredi 24, jeudi 23. A rebours, comme la proposition d’écriture… de… François Bon ? Etudiée chez Bing il y a… 18 ans !

Aujourd’hui, atelier à Mende et toujours plus de 10 participants. Je reste émerveillée par ce que les uns et les autres produisent dans une simplicité et une sincérité bouleversantes. Sans chichis, sans grandes envolées réflexives, chacun s’empare à sa façon avec son cœur et sa personnalité de ce que je propose. L’un y va de sa chanson, l’autre de sa prose poétique, et celui qui décrète n’avoir rien écrit se décide pendant la lecture des autres à embarquer pour une de ses remarques de bon sens, étayée, lui qui ne savait pas écrire il y a trois ou quatre ans… J’aime ce groupe.

Virée au Mazel Escassier pour récupérer Baloo en garde depuis hier matin. Maurice est mort et P. est allé rejoindre E. Tristesse, et j’ai appelé B. pour passer le week-end chez elle. Un carton ou deux.

Lundi, repos, passé la journée à lire et écrire.

Partie vendredi chez P. et T. Revu avec plaisir Marius, Angèle et la belle Yseult. Coiffeur ce jour-là. Retour dimanche en fin d’après-midi. Je pense à ce que je vais proposer pour les Cosaques. Bio de P. que je m’obligerais ainsi à poursuivre ? Nouvelles remaniées écrites il y a des années ? Portraits de femmes (Marinette ?) ou de personnes issues de ma généalogie à partir de ce que Tournier disait de la ressemblance des visages avec le monde dans lequel ils vivent ? Je vais tout proposer à Jan !

Jeudi 23, première visite, qui n’aura pas de suite. 
Et hier, regardé petit film sur Daphné du Maurier. Quelle vie ! Quelle personnalité ! Quelle sensibilité ! Ce soir My Sweet Pepperland, un moment de vie entre Turquie, Iran et Irak, avec l’histoire de ces femmes kurdes qui combattent pour leur liberté face à des hommes arriérés et une société hypocrite, tout comme le fait Baran, le sensible commandant du commissariat nommé dans ce bout du monde où il rencontre la belle institutrice dont j’ai déjà oublié le nom (Govend ?). Vu aussi ces jours derniers une docufiction en 3 parties sur Charlemagne et découvert que Paderborn était sa résidence ! Ce qui me rappelle que CM m’a proposé d’animer des ateliers en Allemagne en mai… J’ai dit oui…

Carnet du jour (11)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mercredi 8 février
De retour d’un long week-end à Aubres et Avignon. Et toujours pas repartie à Rome… Les oliviers des Baronnies valent ceux de partout ailleurs. Week-end sans repos puisqu’en formation mais pour le plaisir et la connaissance des autres. J’ai laissé filer la semaine dernière, chargée d’ateliers, et de ce beau projet de Caravane avec Quoi de 9 et le Gem de Florac. Retrouvé Sophie pour cette aventure collective. Aujourd’hui sera journée d’écriture, une maison attend de connaître son secret. Le soir sur Youtube, écouté Ricœur et Bachelard.
« Le même souvenir sort de toutes les fontaines », disait ce dernier, justement.
Long coup de fil de P., bonheur d’échanger sur l’actualité (dont je ne me repais pas pourtant, c’est le moins que l’on puisse dire), sur son métier de professeur, elle si engagée, si intelligente, si audacieuse dans ses propositions… et courageuse finalement.

Ce soir du 9 février, je me réjouis ! De quoi donc ? Je ne sais mais j’ai le cœur en joie. Peut-être parce que je viens de terminer de préparer l’atelier de demain… 1h30 de transcription de textes et autant ce matin pour imaginer des propositions qui pourront coller aussi avec le projet plastique. Rangé mon bureau, autre occasion de me réjouir. [Des petits bonheurs qui ne me coûtent que l’effort du rangement… un bonheur qui coûte, il va falloir que je réfléchisse à ça ! me dis-je en transcrivant ce journal] Réunioné trois heures durant pour la préparation du prochain festival [du livre]. Signé le nouveau contrat de mission et envoyé mes colis à S. Papoté avec A. ce matin, répondu aux mails, tweets, messages FB. Comme l’impression qu’il n’y a que l’activité qui me convienne en ce moment.

Dimanche 12 février. Aujourd’hui anniversaire de C. Hier c’était celui de ma fille chérie. Je ne peux me faire à l’âge de ces deux-là… Repensé à la discussion avec K. hier et à ses mises en garde. Dormi l’après-midi, pour noyer ma fatigue et ma lassitude.

Mardi 14 février. Moral en bas mais aujourd’hui est un jour faste. Versé quelques larmes en contrecoup au merveilleux film de Beineix, 37,2 °C le matin, que je n’avais jamais vu et dont l’héroïne m’a bouleversée (jamais lu le buquin de Djian non plus). Superbe Béatrice Dalle qui en avait dans les tripes… Quelle beauté, quel jeu. Sa folie me parle et j’ai pensé qu’avec les années tout de même je m’étais calmée. Bon, je ne me suis jamais non plus arraché un œil… Mais quelle sensibilité à fleur de peau, quelle écorchée vive, et je prends conscience qu’un homme a imaginé cette fille-là ! Il a dû la connaître, impossible autrement !
Comme un baume sur mes états d’âme, un cœur percé par Cupidon… Il ne tient qu’à soi d’accepter les cadeaux pour ce qu’ils sont. Aujourd’hui aussi, vu 4 épisodes de Belphégor, après avoir écouté Gréco sur le net. Je ne connaîtrai sans doute jamais la fin, ça a trop vieilli. Quand je pense que nous nous étions pris une rouste pour avoir tenté d’écouter le feuilleton derrière la porte ! Nous devions avoir 6 ou 7 ans ! Avant-hier et hier, c’est Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli qui m’avait bouleversée. J’ai pensé fort à S. qui ressemble tellement, je trouve, à ce Christ. Robert Powell… S. ne serait sans doute pas d’accord, d’ailleurs il n’en a pas les yeux. Les siens sont mordorés, bien aussi troublants d’ailleurs.

Le 18 février, samedi d’atelier autobio, avec 8 participants, des larmes et de belles discussions, dans ce lieu magique face à l’Aigoual, à la Rouvière, chez A. Fait la connaissance de A. sculpteur, randonneur, peintre, amoureux de la Nature. Quel bel homme à pleurer… que pleure A. toujours… Cet après-midi rangement, nettoyage par le vide. Hier vendredi belle journée ensoleillée, la première depuis plusieurs jours après pluie et froid, et brouillard, où j’en ai profité pour une balade jusqu’à Gardies, accompagnée par les chiens de N., méditation face aux montagnes, au sud, face au soleil. Grand bonheur et sérénité. Visite à E. qui a ses petites-filles craquantes près d’elle. Invitation à dîner avec T. et T. (quel merveilleux jeune homme que ce garçon de 12 ans, quelques mois de moins que Justin. Un amour aussi, mais brun aux yeux marron…) J’ai terminé de lire Thriller de je ne sais plus quel auteur anglo-saxon. Des fous rires souvent. Ecrit et finalisé le secret de la septième maison. J’ai terminé par la Crêpière… Proposer autre chose à Jan maintenant…

21 février. Rentrée ce soir de l’atelier du mardi soir sous une avalanche d’étoiles plantées dans un ciel pur. C’est cela aussi que j’étais venue chercher ici. 
Atelier d’un dynamisme rarement égalé… et d’une joie de vivre ! Avons-nous jamais autant ri ? Une enfant malicieuse dans chacune de ces femmes et de bons fous rires à pleurer. Quel bonheur ! Me souvenir plus tard combien cet atelier m’a réconciliée avec le quotidien, quand je sais tout ce qu’abritent ces vies derrière leurs visages joyeux.
Déjeuner sous le soleil du début d’après-midi chaud et doux. Passé ce matin au village pour déposer des bricoles. Commencé Montedidio prêté par C. et T. Superbe écriture de De Luca comme toujours. Je cherche une idée de structure pour la bio de P. et cette option fragmentaire me plaît tellement… Le talent de Erri de Luca tout de même… A. me dit ce matin que sa journée serait belle et ensoleillée comme moi. Quelle chance j’ai !

22 février. Journée ensoleillée et jardinage intense, taille des rosiers, de la vigne, la passiflore, nettoyage des parterres, sorti les plantes en pot. Depuis 2 ou 3 jours, je déjeune dehors, médite à l’écoute des oiseaux, leurs chants sont si différents, et depuis que je sais comment ils les apprennent, mon écoute est remplie d’émotion. Ce soir un couple de mésanges charbonnières faisait la navette entre le mirabellier et la glycine. J’avais l’impression qu’ils lorgnaient le pigeonnier, se demandant s’ils ne pourraient pas le squatter ! 
Nouvel aller-retour à SC. En raison des travaux, j’y ai laissé les baguettes de protection de la portière droite… et la pierre a rayé tout le bas de caisse… Rangement de la paperasserie, tri des dizaines de cahiers sur les rayonnages, et des ateliers « volants » qui ont retrouvé leurs classeurs. Ereintée et dans mon lit avant l’heure après une douche salvatrice. Décidé de lire Montedidio au calme, demain il fera jour.

Carnet du jour (10)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 26 janvier
Nous sommes mercredi ou jeudi ? Jeudi. Qu’ai-je fait depuis le 20 que je n’ai pas noté ici ? Samedi 21, atelier d’écriture autobiographique à Barre. Mardi, premier atelier Caravane des 10 mots à la bibliothèque de Florac avec un groupe hétérogène mais attentif. Heureusement, Sophie est là pour me rassurer sur mon intervention.Quinze ans de pratique et toujours le trac avant une aventure comme celle de faire écrire… Aujourd’hui jeudi, descente à la Combe pour sortir Whisky. Tout était blanc de neige, 23 cm au final ! Suis partie à la rencontre de V. en début de soirée, qui avait dû laisser sa voiture au pont des Terrades. Papoté sur skype, blogué à propos de ma petite virée dans la neige. Tricot pour S. Je vis au jour le jour dans cette conscience-là…

Le 27 janvier
Skype avec Stef qui s’inquiète de voir son chum se consacrer à son travail au détriment de sa santé [mais l’équipe « son » a remporté le 26 février l’Oscar du meilleur montage sonore pour le film Arrival de Denis Villeneuve 😀 ) Parlé des soucis des autres, qui la touchent, et  je lis le désarroi dans son grand cœur. Encore des petites choses en carton… La pluie a fait fondre toute la beauté du dehors. Téléphoné à L.  ce soir encore à l’hosto, qui vend sa maison, me parle de communauté de vie, de biens…

Le 28 janvier
Généalogisé toute la journée, un peu en vain, à fouiller la lignée de Jeanne T. Ménage à fond et un seau d’eau sur tout le corps en faisant un faux mouvement… Rincée, fou rire, joie. Terminé la deuxième jambière pour S. à l’écoute de F. Culture. Réécouté l’émission de Matthieu Conquet avec cette flûtiste franco-syrienne Naïssam Jalal, et cet Américain génial, qui ne s’est pas trompé sur Trump et dit les choses avec une violence froide et blanche (pas noté son nom).

Le 29 janvier
Terminé ce dimanche Les Suprêmes, de Edward Kelsey Moore, plein d’humour et d’humanité. Qui a bien pu m’offrir ce livre ? Passé ma journée sous le signe du repos, le mot du jour, surgi pendant ma méditation matinale. Descendue au village déposer jouets, laine et chaussures au Pétassou, mais trop tôt… Revenue avec du pain et retournée deux heures plus tard, contente de m’être encore obligée… En guise de repos, tricoté un bonnet assorti aux jambières, en ai cousu un autre pour moi, retrouvé parmi des pelotes de laine, non terminé, lavé le tout et voilà ! Cuisiné ris de veau et blettes pour mon repas de midi. Préparé une sauce tomate avec les kilos congelés. Résultat : 10 pots qui ont stérilisé pendant que j’écoutais F. Culture.

Photo MS  (Si, si, je tricote…)

Et brûle la montagne…

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En regagnant mon coin de Cévennes hier après-midi par la route du Pompidou (le village sur la photo), la montagne brûlait ici et là, et j’alternais les regards vers le bleu puis vers le plus sombre, jusqu’à la Cam de l’Hospitalet, où le paysage était superbe, crépitant de brûlis. Quelques images et un peu de vent…

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Texte & photo : Marlen Sauvage

Carnet du jour (9)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mardi 10 janvier
Jour anniversaire (1976). Mais alors c’était un samedi. Je suis retournée place Montparnasse  où l’année précédente tu m’avais emmenée, et de retour à l’hôtel pour une sieste après ce repas arrosé, nous nous étions réveillés trop tard pour que j’attrape mon train vers la Drôme. Emancipée grâce à toi. J’ai revu la tour avec les yeux de mes dix-huit ans. Photographié une fontaine Wallace pour Stef à qui j’en parlais au Spa Mathers, près de Montréal, où une copie trône dans le restaurant du lieu. J’ai passé deux heures à La Marine (Je me répète que Montparnasse est le quartier des Bretons, et j’arrive à supporter ce nom de bar aujourd’hui) où nous étions allés avec les C. après avoir vu Emmanuelle au cinéma du coin ; j’ai commandé une Leffe puis une autre, et comme c’était la happy hour, j’ai eu droit à la double ration sans avoir rien demandé… A notre santé !

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Mercredi 11 janvier
Changer de regard… La solution à  cette « leçon » qui me rappelle que j’échoue systématiquement dans « le juste et l’harmonie » ?

Jeudi 12 janvier
Je me pose toujours les mêmes questions quant à la vanité d’écrire… Et ce qui nourrit l’envie… la vie, les rencontres, les échanges, les frôlements de regards, d’âme à âme, la tonalité d’une voix et même la présence de tombes protestantes sur le chemin de mes ballades, le souvenir du goût de la cerise, du temps accordé au temps, de cette grâce à méditer devant un océan, de l’étonnante mémoire du corps à l’évocation d’un moment de tendre sauvagerie… Est-ce que se tiendrait là le lieu de l’écriture ? Je me nourris de tout. Je me disperse. Je suis de nulle part. Je n’ai pas d’archipel sauf celui de l’enfance et les lieux éphémères où elle m’a portée. Alors, oui, le souffle peut-être vient-il de là, de cette absence de racines, de ce non lieu. Je dois porter en moi le souffle d’un non lieu.

Dimanche 15 janvier
Je dors environnée de petites poupées de porcelaine. L’amitié console de tout.

Lundi 16 janvier
Elena Ferrante et Les jours de mon abandon en gare de Nîmes. La banalité du thème me vaut quelques sourires. Dans le train du retour, j’ai manqué la photo de cet avion, énorme, qui en pleine descente, volait entre le haut de la vitre du train et un fil électrique au premier plan. Regretté mon manque de réactivité. J’ai contemplé, c’est tout. (Je devrais dire, c’est bien.)

Vendredi 20 janvier
Me laisser tomber dans la situation, comme le préconise François Roustang, psychanalyste et philosophe.