Carnet des jours (46)

Décembre 2020

Mardi 1er
Comme j’ai oublié Souleyman hier, j’essaie de réparer avec un vocal, espérant que ma carte d’anniversaire est tout de même arrivée depuis le temps.

Mercredi 2
Grand soleil blanc sur les façades qu’apportent le froid et l’hiver. Plus aucun feuillage pour me rassasier les yeux, platanes et oliviers ont subi leur taille hivernale il y a quelques semaines, leurs branches ne sont plus que moignons implorants. Je file changer la peinture, le blanc finalement conviendra tout à fait, j’aviserai pour une couleur plus tard, dans une autre pièce éventuellement. Du côté des mandalas, je vibre dans les bleus et verts. Je me suis laissé aller à deux parts de la tropézienne de Pascal… C’est trop, je vais encore m’en vouloir. Regardé une comédie conseillée par Prêle, Tout peut arriver, et ri de bon cœur !

Jeudi 3
Vidéo avec Julie. Joie de la voir même s’il est difficile de partager grand-chose avec les petits loups demandeurs dans les parages. Nous parlons pierres… Mon cadeau de fin d’année pour tout le monde ! Sacha aime le rose, ce sera du quartz, voilà pour lui. Le petit bonhomme m’envoie un bisou pendant que sa mère questionne son grand frère. Une complicité qui me touche !
Sophro juste après. Je voudrais retrouver le sommeil… Je me visualise dans les préparatifs du coucher, mon corps est si lourd que j’ai l’impression de flotter au-dessus de lui, la voix de Prêle est presque hypnotique, posée, douce, atone. Après cela, nous discutons encore à distance durant deux heures.

Vendredi 4
Pluie au réveil. 100 % de pluie pour la journée, me dit mon portable. 7°C, ressenti 4°C. Et en orange, « Perturbations possibles dues à la neige et la glace ». Il pleut. Couchée après minuit.

Samedi 5
Déjeuner chez Suz. Nous nous trouvons d’autres affinités… Je découvre la collection de gypses de M. ; le talent de Suz pour le point d’Aubusson et sa tapisserie immense suspendue à l’un des murs de sa grande pièce ; son coin pour « rêveurs ». Comme je lui dis mon attirance de longue date pour Carl Jung, elle revient avec son autobiographie qu’elle me dédicace et m’offre en toute simplicité. 

Dimanche 6
Kathy m’invite ce soir à dîner chez elle. Que des bonnes choses naturelles, crues et cuites ; je craque pour son fondant à la châtaigne, pour le regretter aussitôt, tant je suis « coufle ».

Lundi 7
Réveillée à 6 h 30 avec la lune encore accrochée au ciel sombre. Câlin au matou qui préfère décidément les caresses à ses croquettes. Je recherche sur le net un lieu de retraite silencieuse, il y en a un près de chez moi, chez des sœurs dominicaines. Pas sûre que ce soit le bon endroit pour moi… Prêle éclate de rire quand je lui raconte mon souhait… Payer pour faire silence… Tu ne peux pas faire ça chez toi ?  

Mardi 8 
Aller-retour au magasin de bricolage pour un enduit de rebouchage. L’appartement cache de petites fissures dans toutes les pièces… La faille sismique ou l’ancienneté du lieu ? C’est décidé : je repeins le mur de séparation entre pièce à vivre et cuisine. Très vite je réalise que ça ne suffira pas, celui de droite réclame aussi sa couche de peinture. Je sais très bien ce que me réserve le futur… 
Méditation guidée en soirée, il s’en faut de peu que je m’endorme sur le canapé…
Couchée tôt pour lire Ma vie, de Jung, et forcément réveillée à 1 h du mat’. Sophro spéciale réparatrice du sommeil enregistrée par Prèle pour me rendormir. Et ça marche ! 

Mercredi 9
Grand bleu. Je me demande si la neige a disparu des hauteurs.
Coup de fil à la Marpa pour prévenir de ma visite demain.
Je termine la peinture de deux murs. J’imagine un autre agencement pour avoir davantage d’espace. D’avoir vidé toute la vaisselle pour pouvoir bouger l’ancien pétrin qui me sert de meuble de rangement me rappelle que je dois aussi alléger ma vie de ce côté-là. 

Jeudi10
Arrivés ce jour, une lettre bleue dont je connais l’auteur… et une enveloppe à bulles venue d’Orléans… Mystère. Alors je la garde comme la première, pour demain.
Visite à la Marpa, je revois Annette, Belli et Sylvère… Sylvère, 98 ans, qui m’accueille avec tant de douceur… je reste près de lui, nous parlons de la fatigue de la vieillesse, de la mort qui nous attend tous, de sa vie de joaillier, de ses activités de peintre et de sa pratique de l’italien… Spontanément, je lui caresse le bras, il m’en remercie, me dit combien cela lui manque, les caresses, être touché… ce dont toute vieille personne est privée souvent en fin de vie, et plus encore en ces temps de confinement. 
Finalement je craque pour un « faux » sapin de Noël… Après toutes ces années sans en décorer… depuis votre départ ; et sans petits-enfants, cela ne rimait à rien. Mais voilà, ça me trottait dans la tête depuis plus d’un mois, et à peser le pour et le contre du vrai sapin et du faux, j’ai fait mon choix. 

Vendredi 11
Dans mon lit, ce matin, alors que je m’apprête à enlever le « mode avion » de mon portable, je lis « Joyeux anniversaire, Sauvage Marlen »… Je regarde mieux… Ce sont les souhaits de Google ! Eclat de rire. Dans quel monde vit-on… Les vrais messages n’ont pas tardé à affluer dès que j’ai remis le téléphone en marche, avec la longue suite de vocaux enregistrés par Prèle dont le premier qui chante avec la voix de la petite Alima. Pendant près de trois heures, je lis mes messages, écris, réponds au téléphone… J’ouvre mes enveloppes, trouve deux boucles d’oreille, animaux totem, envoyés par Carine… Vers 11 h, livraison d’un bouquet de fleurs, Julie, que je devine derrière le petit mot non signé. Visite inopinée de Brigitte avec un cactus en fleurs ! Kathy, son bracelet protecteur, et Sophie qui m’invitent pour déjeuner… que de surprises. Au retour chez moi, le coup de fil de Stéphanie, un tarot akashique que m’envoie Prèle, un kit cosmétique de Lily, un énorme livre superbe de 100 vues d’Edo, reçu de Didier… Je ne m’attendais à rien en ce nouvel anniversaire et les pensées des amis et des proches ont déferlé, je suis étonnée et tellement émue par tant de preuves d’amour et d’amitié. Je n’ai que « merci » en tête et j’espère que ma gratitude va vers toutes et tous.

Samedi 12
Rien dormi de la nuit ! Repas pour la petite famille A., et vidéo familiale avec à la fois le Québec – Justin et Stef –, La Réunion – Julie et les petits gars –, 9 h de décalage ! – et les cousins de Guérande. Grand moment de cacophonie générale et d’éclats de rire, nous faisons la connaissance du petit dernier, Baptiste, adorable poupon blondinet, endormi au sein ! Un livre en cadeau et des chocolats… Grande discussion avec Julien… sur l’état profond, Soros et tutti cuanti. Je reste sceptique. Après le départ de tout le monde, je décide de commencer mon enquête pour pouvoir argumenter… Au bout d’une heure de recherches sur Soros, j’aligne deux pages de questions ! J’ouvre un classeur… Le mécénat et les actions humanitaires du philanthrope me laissent pensive… Notamment l’étude développée par le CNRS, qu’il finance, sur le contrôle au faciès, puis sur le traitement « accordé » aux musulmans à Marseille… Un magazine indépendant marseillais (en ligne) le soutient (son titre ? Est-il vraiment indépendant d’ailleurs, je dois encore vérifier) contre La Provence (réunion du Méridional et du Provençal, créés par Deferre). Ce disciple de Karl Popper ne me paraît du coup pas antipathique… mais, méfiance… Après quelques heures, j’imprime mes trouvailles, et je me rends compte que le temps a passé sans que je pense à grignoter. 
Anniversaire à rebondissement avec d’autres appels. Et puis les chocolats et les macarons qui m’attendent devant ma porte, cadeau de mes voisins ! Bluffée.

Dimanche 13
Réveil avant 8 h, après une nuit coupée et une sophro qui m’a aidée à me rendormir. Je repense à Nans hier, ses commentaires et sa gentillesse, je me sens si bien entourée. Balade sur la digue de 16 à 17 h. 

Mardi 15
Je finis par annuler l’atelier d’écriture de ce soir. Zoom avec 5 personnes au lieu de 10, non merci. Les désistements ont eu raison de ma bonne volonté ! Et je me questionne sur la pertinence de ces ateliers à distance. Personne ne s’y retrouve ou si peu… Je ne sais plus quoi penser. J’espère juste que mes compagnes de si longue date ne m’en voudront pas… A quoi sert de préparer des propositions censées être discutées et expliquées pour finir par les envoyer par courrier à la moitié du groupe ?

Mercredi 16
Je me prépare à accueillir mes voisins pour dîner, le temps de tout cuisiner, ils arrivent à 4 et la soirée est délicieuse.

Jeudi 17
Je poursuis mes recherches sur « l’état profond » et découvre la vidéo qui fut virale il y a deux ans, de Ronald Bernard. Tout ce qui me paraissait fantasmatique devient soudain plus que réel. J’en suis remuée. D’autant que la mort de RB m’atterre. 

Vendredi 18
Entre deux sommeils, brassé les révélations de Ronald Bernard et réalisé que tous les blogs « complotistes » ayant relayé sa vidéo avaient dans le même temps et les mêmes termes évoqué sa mort. Suspicion nocturne… Bien m’en a pris. Des recherches plus approfondies m’entraînent vers des vidéos toutes récentes du « financier repenti », qui a créé son mouvement – People Foundation – et mis en place les prémisses d’une nouvelle banque qui appartiendrait à ses propriétaires (les « gens »), entre autres choses. Bien vivant, donc. Et une série de questions à la clé…
Réunion de supervision très animée après une question toute simple, de ma part : est-ce que je peux aller voir les personnes que j’accompagne (en alternance avec mon binôme) plus qu’une fois tous les quinze jours ? Je me trouve dépassée par les remarques et les questions des uns et des autres… Quid de la dépendance que je pourrais nourrir envers les personnes accompagnées, et qu’ils pourraient éprouver envers moi ? Du déséquilibre créé entre ma présence et celle de mon binôme ? Quelles sont mes motivations ? Qu’est-ce que je tente de réparer ? etc. Je m’embrouille dans mes tentatives d’explication. J’ai l’esprit de l’escalier, et là, je me sens submergée. Là où personne n’attend de réponse immédiate, bien sûr. Je vis la discussion comme un assaut, j’oublie que chacun part de ses propres peurs, craintes, sans doute, mais de son expérience aussi !, et surtout que nous sommes là pour élaborer ensemble un accompagnement plus juste pour tout le monde. Fichu tempérament. Je vais m’assaillir de reproches toute la soirée.

Samedi 19
Un mail de Monique qui aimerait m’entendre au téléphone.
Passé 4 heures en vidéo avec Prèle, selon elle, car je n’ai pas vu le temps passer. A analyser nos réactions, à reparler des affects qui nous traversent, certes, et qu’il est parfois difficile de gérer mais aussi des situations où l’on s’embourbe. Confère la discussion d’hier…

Lundi 21
Massage ayurvédique avec Emma, cadeau de Brigitte… Je pique du nez à la toute fin de l’heure !

Mardi 22
Réveil dans des douleurs au bas du dos, effets du massage d’hier ! Et puis tout s’estompe, heureusement. 
Zoom avec Monique, une heure de bavardages autour de ma décision de cesser les ateliers tant que nous ne pourrons plus être en présence… et de ses « écritures » en cours…

Mercredi 23
Après-midi avec Suz et Alain… Champagne et petits gâteaux, nous fêtons Noël en avance, discussion à bâtons rompus sur nos accompagnements, Carl Jung, Georges Colleuil et le référentiel de naissance…

Jeudi 24
Visite à la Marpa dans l’après-midi. Silvère endormi. Belli dans ses mêmes tourments. Mais il me remercie de ma présence. Impuissance devant tant de solitude. J’ai laissé les livres publiés à CG pour qu’il sache en quoi consistaient mes ateliers auprès de différents publics.
Réveillon chez Brigitte et Pascal. Je plonge dans Un océan d’amour, cadeau de Nans et Julie ! « A consommer de préférence avant que l’océan ne fasse plus rêver »… Et puis Dixit nous emmène jusqu’à 4 h du matin !
A mon retour chez moi, je déballe les cadeaux déposés sous mon sapin… Heureuse surprise d’un gypse offert par Suzanne hier, qu’elle m’a demandé de n’ouvrir que ce soir. La magnifique améthyste pendule-bracelet de Stef ; le bracelet de perles œil-de-tigre de ma petite mother avec Fracture, d’Eliza Griswold, et Sous le ciel des hommes, de Diane Meur… Excellent choix a priori. Et puis, La librairie de la place aux herbes, clin d’œil de mes voisins. [la place où je vis s’appelait ainsi…]

Vendredi 25
Quatre heures de sieste… assez rare pour le noter. Les nuits courtes ne me valent rien !

Samedi 26
A l’institut de Kathy pour des soins en échange de la coupe de cheveux et la couleur du mois dernier ! Sa douceur et notre grande complicité de femmes. 

Dimanche 27
Nuit blanche jusqu’à 4 h 30. Réveil à 8 h 30. Je nous croyais lundi… Une fois de plus. A l’ouest totalement avec les fêtes… Préparé un pudding qui va me durer la semaine, c’est sûr. Echanges avec Prèle à propos de son amoureux, des évidences non partagées, l’impression d’être plus loin d’une longueur… Je voulais écrire et puis la journée a passé sans une ligne. 

Lundi 28
Balade sur la digue, beaucoup de promeneurs cet après-midi mais si peu d’interactions. Tout le monde cloitré dans la distance. Echanges WhatsApp avec Stef. Je lui parle de mes recherches… elle, très très sceptique… en totale opposition avec Julien. Je mets son avis dans la balance, il vient équilibrer mes doutes, j’opte pour la neutralité de toutes façons. Pas suffisamment de matière encore.

Mardi 29
L’affaire Jeffrey Epstein que je suis dans un documentaire vient recouper certaines infos que je glane sur le fameux « état profond ». Mais rien pour conclure quoi que ce soit. La parole de toutes ces jeunes femmes et leur combat me renvoient à L’affaire DSK… Les mêmes travers. Mais là, un « suicide » à point nommé. Des faits, rien que des faits.

Mercredi 30
Repas avec Brigitte et Pascal et un couple d’amis. Le plaisir de cuisiner pour eux. Et Carl Jung pour terminer cette journée.

Jeudi 31
Dernier jour de l’année. De la neige et un peu de blues. Mais j’ai choisi de rester seule. Prèle en matinée. Sa présence et ses conseils bienveillants toujours. Elle me demande un vocal à minuit !  En espérant que je ne serai pas endormie…

MS

Carnet des jours (45)

Novembre 2020, à rebours

Lundi 30
Souleyman, 8 ans… D’avoir tellement pensé à lui tous ces derniers jours, j’oublie de l’appeler le jour J.
Donnie Brasco, puis Reservoir Dogs au programme ce soir. Le premier Tarantino… Comment ai-je pu passer à côté de ce huis-clos fantastique ? Que faisais-je donc en 1992 ou 93 au moment de sa sortie ? [un coucou vers toi, Alain !]

Dimanche 29
Nans, 34 ans… Toujours le même sourire et la même joie de vivre.
Concert de Will à la cité du Volcan… Comme j’aimerais écouter en live le maloya de Zanmari Barré. Tous ces endroits où je voudrais être…

Samedi 28
Lecture théâtralisée des textes lauréats du concours de nouvelles de Chrysalide sur YouTube. Suz me rejoint. Plus de cent personnes dans le « public »… Une belle soirée malgré les coupures, un exercice de style difficile pour un comédien seul face à un écran, la magie des mots des autres. 

Vendredi 27
Chez le véto pour Titi dès 8 h… je le récupère à 17 h encore un peu groggy après l’anesthésie générale. Arrêt à Montbrison sur le chemin du retour.

Jeudi 26
Rien dormi de la nuit en prévision du rendez-vous à la banque. Quelle histoire ! Heureusement l’accompagnement à la maison de retraite de R., la vraie rencontre cette fois avec B., S, et A. Une heure près du monsieur de 82 ans, aux cheveux blancs fournis, au regard turquoise pâle, au sourire triste. « Je réclame de mourir », me répète-t-il. Mais de fil en aiguille, à lui faire évoquer sa vie (il a quitté la Serbie il y a quarante ans), son métier de psychiatre, puis ses lectures et ses goûts,  nous finissons par rire dans le soleil chaud de l’après-midi. 

Mardi 24
Chez Kathy pour sa coupe de cheveux… une masse frisée superbe et indomptable. Une petite couleur végétale en prime. Elle est aux anges.

Lundi 23
Anniversaire de Prêle ! Mauvaise nouvelle de Stef… des promoteurs veulent construire un immeuble près de chez eux… La poisse. Et comme je me sens impuissante, si loin d’elle.

Dimanche 22
Balade sur la digue, je découvre un joli coin de land art, comme un petit sanctuaire de pierres dressées, d’arches… en bordure de rivière… J’apporte ma contribution au lieu.

Photo : MS

Samedi 21
Levée vers 8 h 30 mais couchée à 1 h du mat… Sam au téléphone en soirée pendant une heure. Il viendra en février, me dit-il, sans doute avec Marie. Long message aussi de Christel intéressée par son référentiel de naissance… Gratitude envers la vie qui m’a conduite ici.

Vendredi 20
Nous renouvelons le plaisir de partager le repas de midi Sophie, Kathy et moi. Soupe d’avocat cru, gâteau moelleux aux légumes, lentilles corail au lait de coco… Je termine juste à temps quand elles frappent à la porte. Nous oublions l’heure… elles repartent à la nuit tombée.

Jeudi 19
Visite chez le véto. Matou mal en point.
Rendez-vous pris pour rencontrer trois résidants de la Marpa de Rémuzat. Christine m’envoie des photos de sa petite Bahou, ravissante, dans les robes qu’elle lui coud.

Mardi 17
Levée à 8 heures. Recouchée jusqu’à 11 heures. Dos en vrac, migraines ophtalmiques. Atelier du soir, espoir. Sophie Calle au programme ; puis l’errance et ses rencontres pour façonner un personnage. Mes chères floracoises me disent que c’est compliqué… je suis sûre qu’elles s’en tireront ! [les textes sont publiés sur ce blog]

Lundi 16
Ouvert les volets à 7 h 45. Sommeil coupé vers 4 h, et puis rendormie. Pleine forme. Discussion avec Prêle sur les différentes écoles de sophrologie, puis sur l’écriture et la nécessité de celle-ci, pour soi. J’enregistre. Je reçois de belles photos de la petite Alima en train de pâtisser… Promenade sur la digue et arrêt devant une fontaine jamais vraiment observée. Essai prévu ce soir sur zoom pour notre atelier en visio de demain. Un panneau de la municipalité donne les mesures appliquées dans Nyons et précise que nous devons limiter au maximum nos contacts sociaux quotidiens à 6 personnes. Rien n’est précisé quant au contexte, individuel ou en groupe. J’en conclus que… je suis dans les clous !

Photo : MS

Dimanche 15
Cauchemar où j’étouffais sous un poids oppressant, me suis réveillée en criant au secours… Impression de me débarrasser de quelqu’un de mauvais, étrange sensation.
Rendez-vous ce soir avec ma grande Québécoise, par skype, je mets l’alarme « on » dès le matin ! 
Je lis les mémoires du Dalaï-lama, un vieux bouquin trouvé dans un abri nyonsais. Me questionne sur la pertinence de déposer tous les courriers de M. à l’APA.

Samedi 14
Rangement, rangement, rangement. Des idées plein la tête pour rénover l’appartement, me débarrasser du mobilier qui m’encombre, des livres en pagaille, dont je ne ferai plus rien maintenant. Tout ce qui témoigne d’un passé dont il est plus sain aujourd’hui de s’éloigner, un passé qui prend de la place et revient me chercher quand par hasard mes yeux s’égarent. Je tire des plans sur la comète, j’irai au bout de certains. Et je marche le long de la digue, écoutant et réécoutant les messages échangés avec Prêle depuis le matin, et nos fous rires décalés.

Vendredi 13
Rendez-vous devant un petit restau avec C. et S. pour partager un repas à emporter. La vue depuis l’appartement de S. est… divine… Notre-Dame-de-Bon-Secours veille sur nous ! La vie loin de la place lui manque. Ses enfants aussi sont si loin… Paris et les US. Nous nous félicitons pourtant d’avoir élevé nos filles pour elles-mêmes. Ne sommes-nous pas parties nous aussi, très tôt, échappant aux lois familiales ? Nos parents savaient si peu de nous. Que savons-nous de nos enfants ? 

Jeudi 12
Je me réveille avec les mêmes douleurs qu’il y a quinze jours. L’étiopathe heureusement me propose un rendez-vous le jour-même. Quelques vertèbres déplacées. Je repars remise à neuf. Mes voisins me rendent visite, je leur offre un verre et ils me quittent deux heures plus tard, en m’invitant dimanche soir…

Mercredi 11
Balade le long du chemin du Crapon avec Kathy. Nous finissons par trouver un spot de baignade, la rivière est claire, le courant fort, le soleil tape, à midi à son heure. Immergée jusqu’à la taille, j’écoute le chant de l’eau, le roulement régulier des remous sur les obstacles, nous parlons toutes les deux de tant d’expériences communes, notre complicité s’explique par la similarité de nos vies. Enfin, je rejoins Brigitte sur la route d’Aubres pour notre après-midi de partage habituel, de discussions, de petits travaux, de coloriage de mandalas…

Photo : MS

Lundi 9
Je tente de nouveau de visionner le court-métrage que me conseille Stef « Physique de la tristesse », de Théodore Ushev… Mais non, inaccessible dans « mon » pays, sauf qu’aujourd’hui, on me le propose à l’achat ! Christine « confine » dans son jardin, je reçois une rose épanouie sur mon portable, je lui envoie une vue de ma balade le long de la rivière.
Aujourd’hui, j’aurais dû rentrer de Marseille. J’aurais passé trois jours chez Lolo, le vendredi j’aurais monté soixante-treize marches pour arriver jusqu’à son petit pied-à-terre sur les hauteurs du Vallon de l’Oriol, elle m’aurait attendue dans un ensemble jupe-chemisier classique et chic, elle aurait affiché un sourire malicieux, aurait demandé de sa voix si particulière, légèrement voilée, à l’accent à peine teinté de marseillais [clin d’œil vers toi, Brigitte], « Tu as fait bon voyage ? Tu n’es pas trop fatiguée ? Je te sers un verre de sirop ? » , elle m’aurait montré les derniers travaux réalisés dans son couloir, la salle de bain, les toilettes qu’elle a repeintes seule – à quatre-vingt-dix ans – nous aurions vidé quelques cartons, admiré quelques pièces de vaisselle ou de décoration, elle m’aurait raconté leur histoire, leur provenance, évoqué les cadeaux de son mari, les pièces rapportées de leurs voyages, nous aurions parlé de son unique petite-fille, joyau de sa vie, de son unique fils absent, de Jean Dormesson dont elle a lu tous les livres (je n’en ai lu aucun), de ses promenades quotidiennes dans la ville avant le confinement, malgré les marches, à cause des marches dirait-elle, car c’est grâce à elles qu’elle a gardé une silhouette de jeune fille et des jambes magnifiques, nous aurions ouvert une bouteille de bon vin le soir, elle aurait mangé du bout des lèvres, elle aurait eu tant à me raconter encore.

Samedi 7 et dimanche 8
Un week-end long mais que je mets à profit pour méditer, me détendre, passer quelques coups de fil. Brigitte me rend une courte visite sur le chemin de ses courses. Petite vidéo reçue de Sacha qui chante dans son bain son amour pour sa maman. Pur cadeau. Je lis un bouquin des années 60, d’une femme, masseuse, qui a servi le roi du Népal, Tribhuvan, je suis embarquée dans cet autre temps, dans la « Maison Heureuse » qui ne l’était pas pour la famille royale, éloignée de toute vie digne de ce nom, et je m’attache à cette Erika Leuchtag, jeune à l’époque, dévouée, qui fera tout ce qu’elle peut à sa mesure pour que le roi recouvre sa liberté. Je termine aussi un livre sur les mémoires akashiques, passionnant. J’écoute Accentus en boucle… Je suis pleine de gratitude pour la vie. Bien chez moi, il ne me manque rien… pour l’instant. 

Jeudi 5
Baptiste arrive dans la famille, petite tête blonde comme celles de ses parents, le troisième fils de Carine, le premier d’Adrien. C’est toujours un merveilleux bonheur la venue d’un enfant pour moi, l’espérance qu’il défendra avec ceux de sa génération les valeurs pour un monde plus humain, et puis j’ajoute, note moins optimiste, si tout n’a pas sombré avant qu’ils en aient eu le temps.
Petit tour sur le marché avec K. Je découvre « son » fromager, derrière mon masque me prend une quinte de toux, et le client qui me précède s’éloigne de deux pas en me jetant un regard inquiet. « C’est seulement le masque », déclare K. tranquillement. Et oui ! Même mon corps gaffe ! J’achète des noix, des kakis non astringeants, qui ne demandent pas à être gelés pour être dégustés, du thé vert chez Julie – qui m’offre une délicieuse tisane anis-menthe – et quelques légumes. 
Baignade dans l’Eygues sur le coup de 17 h, soleil caché, la nuit arrive vite. K. n’hésite pas à s’immerger totalement nue ! Je m’en tiens à l’eau jusqu’à mi-cuisse. Wouah ! Le souvenir d’un lac de montagne m’assaille, je pouvais alors nager longtemps dans l’eau froide, j’ai l’impression qu’il s’agissait d’une autre vie, d’un autre « moi », j’avais quarante ans à peine, j’intervenais pour la semaine de la presse avec Marc dans un collège et un lycée en Haute-Savoie, je crois, je nous revois sur le balcon de l’hôtel perdus dans la contemplation du lac, c’était il y a des lustres, et le souvenir estompé, je n’éprouve aucun regret. Tout reste figé dans le temps. J’étais celle-ci.

Mercredi 4
Bonne nouvelle ! D’autres accompagnements en soins palliatifs se libèrent. Long coup de fil avec Alain. Un autre à Alain M. qui accuse ses 86 ans… Des petits accidents à répétition et la frustration de ne pouvoir rendre visite à A. en Ehpad qu’une fois par semaine.
Marche le long de l’Eygues sur le chemin du Crapon sous un grand soleil. L’énergie de la nature dans les veines. Et Brigitte que je croise et accompagne jusqu’à Aubres. Une belle journée.
Le soir, à ma porte, Kathy me fait la surprise d’un repas improvisé et nous devisons jusqu’à onze heures.

Lundi 2
Virée à Montélimar pour changer d’opérateur… Plus de réseau mobile depuis 5 jours. J’ignore si ce sera beaucoup mieux…
J’ai envoyé ma contribution n° 14 à François Bon… Je m’arrêterai là.

Dimanche 1er
Depuis le 29 octobre minuit, nous sommes reconfinés… Jour ensoleillé, de nombreux promeneurs masqués sur la digue ; j’écoute Alima (5 ans) me demander via WhatsApp si je connais « les boules du Père Noël… en fleur ». Mon éclat de rire a duré des minutes !
Dans Nyons, restaurants et bars affichent leur ras-le-bol…
Je regarde Peur sur la ville, sans doute vu déjà bien sûr, me disais-je, mais plus aucun souvenir et en tout cas, pas celui de Léa Massari. Pourtant la poursuite sur les toits… mais non.

Photo : MS

Marlen Sauvage

La Gentone, une note

Les courriers interdits 
Après avoir délaissé les plus petits, elle avait, avec sa sœur aînée, entraîné Jean-Luc sous l’escalier extérieur, dans le réduit qui fermait à clé et qui contenait quelques mystérieuses cantines de l’armée. Entre autres, une cantine en métal bleu marine, rouillée aux quatre coins, bosselée. Au début, les trois enfants s’étaient contentés de s’asseoir sur la terre battue, après avoir pris soin de refermer le battant en bois aux lattes espacées qui servait de porte au cagibi. Elle avait particulièrement veillé à éviter les toiles d’araignée qu’elle avait en horreur. Ils avaient dû vouloir inventer un jeu et se concertaient sur ses règles quand ils réalisèrent que la malle devant eux n’était pas fermée à clé. Lequel des trois décida de l’ouvrir ? Elle se retrouva quelques instants plus tard, les mains plongées dans un trésor de lettres dont les enveloppes portaient toutes de magnifiques timbres inconnus. Du Maroc, d’Algérie, d’Allemagne… Années 1950. Ils se contentaient tous les trois de déchiffrer les flammes mais très vite, cela ne suffit plus. Elle était bien plus douée que les deux autres pour décrypter l’écriture adulte. Elle commença : « Ma chérie »… suivaient des descriptions de lieux, de gens, des anecdotes, puis des mots tendres et des pensées, qui c’était clair, ne les regardaient pas ! Elle en avait bien conscience et son premier réflexe fut de dire « on n’a pas le droit de lire ces lettres, c’est papa qui écrit à maman ». Mais sous prétexte d’admirer encore de beaux timbres, elle extirpa une lettre puis une autre, et le jeu devint très vite de compter les « chéri » « amour » et autres « tendres baisers » qui les faisaient pouffer de rire. Son cœur battait à tout rompre. Consciente de s’immiscer dans une vie passée, consciente de l’interdit. Sa raison lui intimait d’arrêter tout de suite mais ne serait-elle pas encore l’empêcheuse de tourner en rond, la raisonnable ? Elle s’abstint. Les premières craintes passées d’être découverts à fouiller ainsi dans la malle, elle en oublia même de quoi il s’agissait. Les deux autres s’étaient enhardis et dépiautaient les enveloppes pour aller plus vite. Fascinée par la longueur des lettes, elle n’en lisait même plus le contenu, tâchant de repérer les mots d’amour. Elle aimait le papier légèrement jauni qui crissait quand on le dépliait, elle imaginait des parfums d’ailleurs… mais rien d’autre qu’une odeur de secrets oubliés dans une malle. Personne ne devait savoir. Ils replacèrent tout à l’intérieur et elle rabattit le couvercle, un poids sur le cœur. Le lendemain soir, sa mère lui dit qu’elle avait tout appris. Jean-Luc avait parlé. Plus fort que le sentiment d’avoir commis une faute, elle ressentit le pincement de la trahison.

Je me souviens d’un 12 novembre…

Pour toi, ma petite Stéphanie…

Je nageais entre deux sommeils dans les eaux de l’attente, à deux heures du matin, je me souviens, je me réveillai en sursaut, avec cette sensation de froid humide, et je réalisai ce qui m’arrivait. A mes côtés, ton père, doux et tranquille. Toulouse vivait la nuit, nous l’avons traversée jusqu’à cet hôpital, Lagrave, où je restai de longues heures, branchée sur un monitoring à épier les contractions qui finiraient bien par t’obliger à quitter mon ventre. Il t’en a fallu du temps pour le faire… Dominique s’était endormi sur le matin, dans un fauteuil près du lit ; je désespérais un peu de te voir venir ; il me quitta pour aller déjeuner tandis que je supportai en silence tes appels intérieurs. Il revint à l’heure pour ta venue en ce monde, je crois qu’il déclara 18 h mais tu étais là à 17 h 20 il me semble (tu vérifieras dans le petit carnet jaune à spirales), on me félicita de ne pas avoir crié, jamais, je n’avais pas vingt ans, je n’avais rien voulu subir qui me priverait de ce partage intense de la vie, notre premier partage. Tu étais belle ma fille, tu l’es toujours, tu restes mon premier merveilleux cadeau.

Photos : collection personnelle.
MS

Carnet des jours (44)

octobre 2020 – A rebours

Samedi 31
10 h. Départ de Carine et des filles… un grand vide, quelque chose qui coince dans la gorge à peine ont-elles tourné le coin de la rue, et puis le soleil… la nourriture de nos discussions, la joie de se savoir entourées, le souvenir du vin partagé, l’intime conviction que le temps et la distance ne brisent rien. François Cheng et ses Cinq méditations sur la mort – autrement dit la vie. Ma propension à voir le verre plein plutôt que vide, la joie de vivre, et tout repart ! Marche dans la montagne alentour dans l’après-midi. 
Les cartes de visite pour Prêle ne sont toujours pas parties de l’agence postale de la Bégude, semble-t-il !

Vendredi 30 – jeudi 29 – mercredi 28
Soirée japonaise et maki… Chacune se prend les mains dans le riz gluant ! Mais qu’est-ce qu’on se régale !
Apéro avec Brigitte et Pascal, retrouvailles, il s’en est fallu de peu de manquer le couvre-feu !
Pierre, à recontacter, ses cartes décalées, toujours, et les ânes que je garde pour lui dans un tiroir.
Arrivée de Carine, Mitsuko et Nikita. Six ans plus tard. Grand moment d’émotion.

Mardi 27 – Lundi 26
Couchée… Côté gauche abîmé. Clavicule en compote. Visite de Brigitte. Coup de fil de Sam.
Initiation à l’origami, par Julie pour ses petits gars. Je reçois la grenouille de Sacha… qui écrit à l’envers, comme un vrai gaucher… qu’il n’est pas ! Je dis son lien à son arrière-grand-mère…

La grenouille de Sacha

Dimanche 25
Les équilibristes… à l’Arlequin, avec Suzanne. Une réflexion sur les soins palliatifs, sur l’approche de la mort, avec le témoignage de soignants, jamais un patient à l’écran. Un choix. En contrepoint, la voix off de Perrine Michel, qui a décidé de faire ce film quelques années après la mort de son père, alors qu’au moment où elle tourne, sa mère vit ses derniers mois… Echanges – douloureux, difficiles – entre elle et sa maman, puis sa fratrie. Intermèdes dansés… de la danse contemporaine que la cinéaste pratique… J’ai un peu de mal à entrer dans cet univers au tout début, puis la chorégraphie finit par faire écho à tout ce qui se passe, se dit, se vit… Les équilibristes, pour Perrine Michel, ce sont les soignants, qui travaillent sur la crête de la vie, entre les moments de doute, d’espoir, de chagrin, des uns et des autres… Pour finir, j’ai vu là une œuvre d’art, au-delà du témoignage, un peu dans les pas de Sophie Calle.

Samedi 24
Ah ! Les beaux visages de Prêle et Alima…

©Prele G. Mes belles Guyanaises… avec leur accord.

Vendredi 23
Décision de laisser tomber mes comptes en fin d’année. Prêle approuve. Il y a juste le souci de passer à côté de nouvelles venant de mes filles. Pour le reste, je sais quels sites/blogs consulter et vidéos écouter… (et dans ce cas, ma contribution à la pollution internet sera la même… pfff… comme il est difficile d’être cohérent de bout en bout. Quand la dissonance sera trop forte, j’aviserai.) Prêle me tient au courant des avancées dans l’agencement de son cabinet de sophro. 
Visite à LM. Son passé à me dire.
J’apprends la mort de Patrick C… Un pan de vie qui me revient en pleine face. Les filles sont tellement tristes…

Jeudi 22
Je termine ce matin la lecture de Sauve-toi, la vie t’appelle, de Boris Cyrulnik. Repéré quelques citations. Le témoignage est édifiant. Je rendrai son livre à T. 

Mercredi 21
Courte visite chez Brigitte. Le jour s’éteint plus vite qu’avant désormais. Elle a préparé le feu dans la cheminée… Chez moi, 21 °C, sans chauffage. Je bénéficie de la place de mon appartement entre deux autres…

Mardi 20 
Je prends une décision. Une lettre, un aller-retour, le ciel reste le même.
Participation à One cat at a time… J’aime tellement ces chats vus par Stef. Je ne pige pas tout de suite qu’il s’agit d’un tirage au sort… on ne se refait pas.

©Stef Heendrickxen – Opération One cat at a time.

Lundi 19
Jour de soleil, dehors et dedans. Formation continue avec le groupe de Chrysalide, intense en termes d’échanges et de réflexion. Parmi les interventions choisies, trois sont d’un grand enrichissement. Quel est le bon moment pour mourir ? La mort, tributaire du temps, permet de donner du sens au présent… Ce qui semble logique – mourir de vieillesse – n’est pas pour autant facile à accepter. Le déni sociétal de la mort nous rappelle ce que vivre signifie… Nous passons en revue les nouveaux temps de la mort : la mort sociale, la mort avant l’heure, celle des migrants, des SDF, de tous les laissés pour compte… les nouvelles figures de la fin de la vie, quand vivre, c’est souffrir… et enfin comment le droit modifie notre approche de la mort, dans une société où désormais, il est possible de mourir à cœur battant…, le droit s’adaptant à une certaine forme d’utilitarisme, avec le don d’organes (auquel j’adhère), et nous nous interrogeons sur la définition de la mort… mort de la conscience ? Le droit à la sédation profonde jusqu’au décès qu’autorisent les soins palliatifs ne nous prive-t-il pas de cette conscience de notre propre fin justement ? La deuxième intervention, de Danièle Deschamps, intitulée Faut-il tout savoir d’un patient pour l’accompagner  nous amène à considérer l’importance de l’identité, du nom de la personne accompagnée – qui est-elle ? « Souviens-toi de ton nom » renvoie à la part mystérieuse et irréductible d’humanité en chacun. « Souviens-toi de ton visage » me rappelle cette injonction de Lévinas : « Regarde-moi et ne me tue point » (souvenir d’un atelier avec Marie Bourjea durant le DU à Paul-Valéry) et nous renvoie à l’expérience de l’autre par la rencontre avec son visage. Le visage quand il ne reste plus que lui, dans toute sa nudité, l’essence même de l’altérité… Et cette remarque de J.-P. à la fin de l’intervention, se souvenant d’une dame accompagnée dans le silence total, qui lui dit au moment de son départ : «Vous ne pouvez pas savoir ce qu’est une présence… ». Silence bouleversant parmi nous… Nous évoquons aussi ce que change le Covid dans la relation soignants et bénévoles, ce lien fragilisé. « Comment on s’apercevra que je serai mort ? », demande une personne accompagnée… ce qui en dit quand même long sur l’effective présence des soignants – ressentie comme telle en tout cas – par certains patients en fin de vie… Mais on sait aussi que les soignants ne disposent pas de ce temps, et c’est bien aussi pour cela que les unités de soins palliatifs sont dans l’obligation de faire appel à des bénévoles formés à l’accompagnement. Et le dernier intervenant dont j’ai adoré l’humour, un philosophe belge, de l’université de Namur – Jean-Michel Longneaux –, qui nous interroge sur l’âge supposé pour mourir (Mourir trop tôt : une injustice ?), s’appuyant sur Sénèque, et sur Heidegger, avec les réserves – j’allais dire habituelles – quant à ce dernier, mais enfin Etre et Temps reste à lire, entre autres, pour ce qui nous concerne, et nous nous interrogeons sur la notion d’injustice liée à la mort même, de jeunes notamment mais aussi de moins jeunes, quand tout ce qui dicte notre émotion a à voir avec le regard que nous portons sur le juste ou le normal… Ne serions-nous pas confrontés à l’exigence que des choses nous sont dues dans la vie alors que rien n’est dû à quiconque ! Il reste à travailler la prise de conscience quand les individus sont pris entre deux pôles ; les désirs irréalistes et la réalité cruelle… Je vais lire Consolation à Marcia ! Enfin, je retiens que si nous sommes unique et irremplaçable face à la mort, une fois que l’on sait que la mort nous concerne, l’idée nous renvoie à la nécessité d’entreprendre ce qui pour nous a du sens, de savoir si la place où nous sommes en ce moment est vraiment désirée… La question me tourmentait, elle ne fait qu’aviver ma réflexion… 

Samedi 17 – dimanche 18
Virée à La Bégude pour l’injection de mon Titi. J’attendrai quand même le 19 pour lui administrer sa piqûre… Encore dans le souvenir de ces quelques jours en Cévennes. Et dans le constat banal que la solitude me va si bien…

Mercredi 14  – jeudi 15 – vendredi 16
Lever tardif ! 11 h ! Du jamais vu pour moi… Le silence du moulin de Grattegals. On déjeune à Florac (Les volets rouges) avec Clément qui s’est installé ici il y a 2 ans. Géographe, il est tombé amoureux de la région, a repris une entreprise de détection des métaux (amiante, plomb, etc.), est sûr d’avoir du pain sur la planche avec les travaux de détection obligatoires lors d’achat et de vente de biens immobiliers… le compromis pour pouvoir vivre où il le souhaite en gagnant sa vie… Traversée du Causse Méjean jusqu’à Sainte-Enimie sous un ciel plutôt gris, mais les paysages et les gorges du Tarn sont splendides. Café dans le seul troquet ouvert. Et retour sur Florac et Grattegals par les gorges de nouveau, arrêt à Blajoux mais personne n’était là. 
Je bouquine Sauve-toi, la vie t’appelle, de Boris Cyrulnik. « Dans toute œuvre d’imagination, il y a un récit de soi. Dans toute autobiographie, il y a un remaniement imaginaire. La chimère nommée « Fiction » est sœur jumelle de « Récit de soi ». Je n’ai jamais menti, je m’y suis efforcé, j’ai simplement agencé des représentations du passé qui reste dans mes souvenirs afin d’en faire un être vivant, une représentation partageable. »
Direction le mont Lozère. Il fait un froid de canard, ce que me rappelle Y. qui compare la météo locale à celle d’où nous venons. L’austérité du Pont-de-Montvert ne l’enchante pas. Je l’aime toujours autant. Elle va chercher en moi quelque chose de très ancien, ancré quelque part dans ma mémoire… Arrêt café à l’extérieur pour la cigarette du moment. Et nous filons jusqu’au mont Finiels qui vaut les propos admiratifs de mon compagnon de route, quand la minéralité du lieu me tire les larmes. Neige au sommet. Balade dans les pins à la recherche de champignons, mais il fait bien froid, et il ne reste que les superbes amanites, petits soleils rouges dans la rousseur de l’automne.
Déjeuner chez Monique d’un poisson au four, accompagné de légumes du jardin, délicieux. La veille au soir, elle nous a gratifiés d’une conférence de près de 2 heures autour de ses recherches sur Victoire Delranc… Un moment de partage exceptionnel, et je l’admire encore pour sa ténacité. Nous repartons tout de suite après le repas, il y a une pétanque je pense, prévue ce soir chez Y… Je ne reste pas et retourne aussitôt dans mes pénates. 

Photo : Marlen Sauvage

Atelier de mardi 13 octobre
Départ pour les Cévennes et l’atelier d’écriture. Passage à la maison de Noé. Personne. J’observe les changements apportés à l‘extérieur. Une large et longue dalle de lauzes qui mène de l’escalier à la porte d’entrée, à la place du pas japonais… L’eucalyptus qui avait repris vie a été abattu… je reste pensive devant le vide qu’il a laissé. Des outils ont été oubliés dehors en bas de l’escalier. Y. n’est pas à l’aise, je le vois. Nous ramassons quelques châtaignes sur le parking et nous repartons. Non, il n’aurait jamais vécu ici, me dit-il.
Je reçois une plante superbe, de la part de Chrystel… « Depuis le temps que je voulais t’offrir des fleurs », me dit-elle avec un immense sourire. La douceur et la simplicité de son geste. Quelle émotion… Des mois que nous ne nous sommes vues, toutes ici. Je pense à la chance que j’ai !
Nous accueillons une nouvelle, et 8 dames masquées ou non se dispersent autour de l’immense table dressée sous les arches d’une grande salle communale. Depuis l’Andalousie, Claudine nous appelle pour entendre les propositions. A peine le tour de table terminé, à peine la proposition d’écriture ébauchée, notre nouvelle compagne d’écriture pique du nez sur la table, s’effondre… et nous voilà près d’elle, position latérale de sécurité, appel des pompiers… malaise vagal, la dame rassure le médecin que nous finissons par obtenir au bout du fil. Elle reste allongée par terre, les jambes relevées… Comme je crains qu’elle ne s’évanouisse, je lui lis un extrait de Perec tout en réalisant au même instant combien la situation est étrange, mais la dame me répond, et autour de la table, chacune finit par se mettre à écrire pour une vingtaine de minutes. Notre nouvelle arrivante quittera les lieux un moment plus tard. Nous poursuivons jusqu’à 22 h les deux propositions suivantes dont j’espère publier les textes ici… [ils le sont]

Photo : MS. Je vois un ange qui dialogue avec un oiseau…

12 octobre
Je retourne chez l’étiopathe pour la deuxième et dernière fois, semble-t-il. Le voyage de demain ne compromettra pas ses soins, je dois seulement marcher un moment dès mon arrivée. 

10 octobre – 11 octobre
Justin a reçu le livre d’Olivier (Martinelli)… A croire que la Poste fonctionne mieux vers l’étranger qu’à l’intérieur de nos frontières ! C’est l’anniversaire de Julien et de Didier. Je pars à La Motte pour le week-end, avec les dernières confitures, épices de Nans, etc.

8 octobre
Chez Manu pour retrouver ma tête après une couleur ratée. Il s’intéresse au local de HLS. Confidences tant que nous sommes seuls dans le salon. Nous tournons beaucoup de choses en dérision et rions encore tous les deux malgré la situation que fait peser le Covid sur le commerce en général.

6 octobre
Visite chez l’étiopathe. Je découvre une discipline, et ce que la parfaite connaissance de l’anatomie alliée à une approche fine de la douleur permet de soigner. Je repars avec un exercice à pratiquer avec une balle de tennis…
Vidéo avec Prêle dans l’après-midi. Deux heures trente d’échanges. Quelle énergie chez elle, quelle détermination !
Skype avec Stef et Didier. La discussion porte sur la pollution due au trafic internet, à la nécessité de diminuer notre consommation énergétique, à la 5G et au fait qu’elle sera plus intense encore. On se demande bien pourquoi autant de gouvernements vont valider cette application… et la réponse est si claire… Social dilemma à voir, le conseil de Stef. Je vais le voir illico presto !  Comme les derniers événements m’ont déjà éloignée des réseaux sociaux, je m’interroge d’autant plus. Qui sont les présents dans ma vie ? Est-ce que je donne davantage d’attention aux absents souvent inconnus d’ailleurs, qu’aux « présents » ? Mes proches sont loin… c’est vraiment le cas de le dire, géographiquement. Même si justement, c’est bien grâce à ces réseaux que nous restons en lien… Mais enfin. Je pèse mes choix des dernières années. J’ai rencontré beaucoup de personnes intéressantes grâce à FB, par exemple. En dehors de leurs blogs que je suivais, la rencontre sur FB a engendré autre chose, un autre contact, une connaissance plus approfondie de leurs univers, des échanges différents, spontanés, parfois des amitiés sont issues de ces rencontres. Et je ne peux me voiler la face : tout cela a été d’un grand secours pour moi dans le passé, puis une vraie nécessité par la suite, cette vie sociale et culturelle, virtuelle, et pourtant si réconfortante. Je décide pourtant de délaisser les comptes en fin d’année… Pour l’instant, de toutes les façons, ma vie m’oblige à moins d’investissement…

Dimanche 4 octobre
Coup de fil à Eve qui m’apprend la mort de Christian… avant-hier. Je suis retournée. « Il a rejoint les étoiles », me dit Soso, remplie encore de sa présence. C’est toujours plus tard que l’on accuse le manque. 

2 octobre – 3 octobre
A La Motte puis à Rémuzat pour T. et sa visite chez le toubib. Le lendemain soir, brame du cerf à l’un des cols voisins, mais les cerfs sont ailleurs ce soir… 45 ans de Willy aujourd’hui. L’impression de l’avoir rencontré hier.

1er octobre
Sophro avec Prêle. Notre moment de détente, de complicité, de rires et de confidences. 

MS

Derrière le mur, Marlen Sauvage

…derrière le mur, la maison d’enfance ; la cour herbeuse au printemps, sèche l’été ; les graviers sous la plante des pieds dans les chaussures ouvertes, enlevés du bout des doigts, perchée sur une jambe, à huit ou dix ans, bousculée par les bourrasques du mistral qui gelait les joues l’hiver. Derrière le mur, la pompe à eau métallique au milieu de la cour, au col lisse à caresser en passant ; la meule de pierre ; les roses trémières qui frémissent encore ; l’angle du portail ; le figuier aux larges feuilles, délice des coccinelles ; la chênaie ; le pré vert, ensemencé de blé, de trèfle selon les années, jaune l’été ; coquelicots lumineux, bleuets tendres ; rouleaux de foin ; ballots de paille. Derrière le mur, le chemin de Mialouze, caillouteux, à la crête enherbée ; chênes verts ; genêts jaune d’or qui fouettaient les doigts ; écureuils furtifs ; chemin tampon entre la solitude de la maison et la route pour le village. Derrière le mur, champ de melons ou de lavande ;  la ferme des Donnadieu ; le stop à l’endroit de l’ancienne voie ferrée ; le Lauzon ; le virage à droite. Derrière le mur, le fenouil sauvage dans les fossés ; la chapelle Saint-Jean ; le croisement avec la grand-route pour Saint-Paul-Trois-Châteaux ; la montée vers le village ; les maisons de pierre aux toits de tuiles romaines. Derrière le mur, la place de la mairie, l’hôtel de ville, son drapeau et ses grands escaliers ; l’épicerie du père Masbeuf ; la boulangerie ; l’école ; l’église ; l’arrêt de bus ; le café où jamais on ne mettait les pieds ; le stade de foot ; la patte d’oie avec la route pour Valréas et le collège ; le château de Montségur et les ruines où se perdre et se délecter de la légende de la princesse, morte dans une oubliette. Derrière le mur encore les voix perdues, enterrées, disparues, et se précipitent alors à la mémoire, sans chronologie, en masse, dans un chevauchement chaotique, les leçons qu’ânonnait la grande sœur sur un coin de table de la cuisine ; les comptines inventées par la plus jeune ; les cris époumonés de la mère pour que cessent les chamailleries, l’imitation du clairon par le Pater, le dimanche, du haut de l’échelle de meunier qui descendait dans notre chambre ; le feuilleton radiophonique quotidien mais impossible de se rappeler le moindre titre, le moindre acteur, rien d’autre qu’un son typique de ces années-là, une façon de parler peut-être, pourtant je revois l’appareil et les oreilles captives ; les informations du soir sur l’unique chaîne de télévision et le silence religieux des dîners ; le générique de feuilletons suivis sagement assises dans un canapé de Skaï marron – Thibaud ou les croisades et le galop des chevaux ; Rintintin et le son de la trompette ; Ma sorcière bien-aimée ; la voix off des Envahisseurs… ; L’Homme du Picardie et sa rengaine terriblement nostalgique, la lenteur du feuilleton, le sillage de la péniche ; la musique saturée des Incorruptibles et celle de Daktari aux djembés entêtants ; le concerto de l’Empereur sorti d’un 33 tours posé sur le Teppaz, qu’écoutait ma mère dans la pièce voûtée du rez-de-chaussée, et dans une explosion de couleurs et de frissons, la magie psychédélique d’Atom Heart Mother… Derrière le mur, l’enfance inaccessible, les images pétrifiées de ce qui a disparu dans une strate du temps, un environnement devenu étranger, car rien ne reste plus du passé, rien ne bouge, la vie semble avoir déserté la cour, il n’y a plus de meule, plus de fontaine, plus de figuier…
 © Marlen Sauvage©

La maison s’appelait La Gentone, elle se dresse toujours à un kilomètre environ du village voisin, Montségur-sur-Lauzon, sur la route de Clansayes, dans la Drôme. Elle reste le lieu de mon enfance. Depuis qu’elle a quitté la famille, je suis retournée la voir, silencieuse derrière sa clôture, et à chaque visite, j’ai pensé à ce livre troublant de Marlen Haushofer, Le mur invisible, adapté au cinéma par Julian Pölsler (je recommande les deux !). La proposition de Médiapart tombait donc à pic ! Dans le roman de Marlen Haushofer, l’héroïne se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, après une catastrophe planétaire. Toute vie semble s’être évanouie en quelques heures derrière un mur invisible qu’elle découvre au cours d’une balade avec le chien de la maisonnée. Ses amis ont disparu après une course en ville et ne sont jamais revenus. On assiste donc au fur et à mesure des pages à l’aventure quotidienne d’une femme seule au milieu de la nature, accompagnée par quelques animaux domestiques, qui nous raconte dans un journal son combat contre la peur et la solitude. Vers la fin du roman, l’héroïne cède à l’optimisme malgré l’enfermement où elle se trouve « A présent je suis très calme. Il m’est possible de voir un peu plus loin. Je vois que ce n’est pas la fin. Tout continue. (…) Le souvenir, le deuil et la peur existeront tant que je vivrai et aussi le dur labeur. » Il y est aussi question d’une corneille blanche… chacun voit dans cette image ce qu’il souhaite voir. J’en retiens le côté étrange, surnaturel peut-être, l’idéal accessible grâce à l’imaginaire, et le fait de pouvoir par le rêve retrouver tout ce qui nous a construit et nous constitue encore, telles ces images d’enfance comme de maison.

Texte et photo : MS

Ce texte a été écrit pour le Club de Mediapart cet été 2020, et publié ici. La proposition était de décrire un lieu aimé en lien avec une œuvre d’art, une sorte de diptyque où l’un et l’autre se feraient écho en toute subjectivité. C’est ainsi en tout cas que j’ai compris la proposition. Marlen Sauvage

Carnet des jours (43)

A rebours septembre 2020
Mercredi 30
L’atelier d’écriture aura bien lieu en octobre, à Saint-Laurent-de-Trèves, dans une salle suffisamment grande pour accueillir les participantes et respecter les mesures sanitaires. Je me réjouis de cette reprise d’activité avec un groupe que je connais bien depuis le temps que nous travaillons ensemble. Certaines ont répondu à la proposition d’été du Club de Mediapart et je dois encore relayer leurs textes sur ce blog. Prochainement donc.
J’écris pour l’atelier de François Bon, cette 14e proposition où nous devons faire parler un mort… J’ai trouvé la voix… Mais le texte se défile, la voix s’égare, les mots m’entraînent loin de mon propos de départ et de ce qu’a vécu le personnage (enfin, de ce que j’imagine qu’il a vécu, car nous sommes bien dans une fiction). Les contrariétés engendrées par une réponse impulsive et lapidaire – de ma part – à un post d’une amie sur Facebook concernant le port du masque – où je voulais insister sur l’idée de ne pas se laisser diviser par l’objet – viennent perturber mon écriture. Je ne sais ce que je garderai au final. Bien qu’anti-masque, j’ai précisé que je le portais [facile de comprendre pourquoi avec mes activités], mais « on » s’est arrêté à la première partie de ma phrase (pas BC, mais d’autres dans leurs commentaires) et ce fut une succession de « leçons », et de ce que j’ai pris pour des insultes déguisées [je ne serais pas « responsable », ni « respectueuse des autres », l’histoire des maladies de peau engendrées par le masque ne serait que « futilités » et tout cela pour finir une histoire ramenée à ma propre personne, qui pour un peu, serais responsable de la pandémie, rien que ça… On ne peut donc pour certains et certaines, être anti-masque et pourtant respecter les consignes de sécurité… bref. Heureusement, je m’appuie sur celles et ceux qui me connaissent « en vrai »]. Mais tout cela m’a affectée. Le masque divise, ma chère, mets ton idéal dans ta poche et à l’avenir, ferme-la.

Mardi 29
Après plusieurs tentatives depuis le mois de juin pour changer les billets d’avion pour Montréal, [annulation du voyage pour cause de Covid], j’ai enfin obtenu gain de cause. Départ prévu en mai prochain. Pourvu que rien ne vienne troubler ce projet. Ma grande fille me manque, et Justin, et K.
Je viens de trouver le livre qui m’attendait à la librairie de l’Olivier, Le grand livre des pierres et des cristaux, de Mily Robin. Je cherche ce qui pourra atténuer le deuil de Julie… Un livre dont 10 € me sont défalqués grâce à une carte « pass » offerte par la Région (je suis surprise d’être parmi la centaine de personnes à expérimenter le projet), destinée à favoriser les sorties culturelles… des seniors. Ben oui, ma vieille.
Soirée cinéma : La femme des steppes, le flic et l’œuf. Lent et poétique. Cru et magnifique. Je ne connaissais rien de ce film, ni du cinéaste (Wang Quan An), j’y suis allée au feeling, j’ai adoré. « Tu connais le secret pour éviter la disparition des dinosaures ? » « Non » « L’amour véritable ». Là, j’ai pleuré… Les steppes mongoles sont splendides, filmées à merveille, le portrait de cette jeune bergère malicieuse qui vit seule sous sa yourte, entourée de son troupeau de bêtes, m’a beaucoup émue.

Vendredi 25
Sophro avec Prêle… Encore un grand voyage. Depuis le confinement et les séances hebdomadaires, j’ai testé tous les niveaux et bénéficié de protocoles tous plus étonnants les uns que les autres. Et mon genou droit ne me fait plus souffrir ! Nous terminons par une discussion comme toujours, à distance, mais presque comme si elle était dans mon salon, avec Zoom… « Chaque fois que tu parles de François Bon, je pense à son nom… quelle chance pour un écrivain de porter un nom comme celui-ci », me dit-elle. « Bon, de bonté ? Vraiment ? » Les noms… et tout ce qu’ils engendrent… mais oui, elle a raison, Prêle.
Visio avec Stef et Justin dont le masque engendre une maladie de peau par-dessus son acné… Décidément, je plains les petits jeunes d’aujourd’hui.

Jeudi 24
Soirée entre femmes… Elles sont chouettes mes deux amies, S. et C. Et le lien entre elles est immédiat. Tout ce que j’aime et qui me rassure quant à la différence d’âge, de culture, d’origine, de centres d’intérêt, quand il s’agit juste d’apprécier l’autre dans ce qu’il est…

Mardi 22
Chiens, chats, poulettes… Tout le monde m’attendait chez Brigitte et Pascal. Ramassé 5 œufs tout frais, deux kilos de tomates que j’ai transformés en confiture. L’orage a tonné après mon départ et j’ai goûté ce plaisir-là au fond du canapé.

Bambino…

Lundi 21
Stretching comme tous les lundis depuis septembre. L’occasion de tester des muscles dont je ne soupçonnais pas l’existence… Gel hydroalcoolique à l’entrée, masques que l’on est autorisé à enlever durant la séance, nous sommes éloignés de deux mètres en tous sens, la salle est immense heureusement, et les deux portes grandes ouvertes sur l’extérieur – il fait encore très bon – nous sommes 15 ! Patrick nous lit les consignes de sécurité à chaque séance !

Samedi 19
Un petit tour à La Bégude pour l’injection de Titi… La nature est toujours aussi magnifique sur la route qui mène au cabinet vétérinaire. Je roule en douceur, je connais chaque virage, chaque arbre sur le chemin, je les vois changer de couleur et accueillir l’automne.

Mercredi 16

Supervision du psychologue avec le groupe d’accompagnants en soins palliatifs. Deux heures de partage dans une bienveillance qui réchauffe le cœur.

Lundi 14
Grande tablée le soir au Fauve, à Rémuzat, pour le plaisir de se retrouver entre potes, jeunes et moins jeunes, avant la fin de la saison.

Les jours d’avant…
A Marseille avec Brigitte, chez Lolo que nous trouvons dans son salon au milieu de cartons de vaisselle… A bientôt 90 ans, elle vient de déménager son immense maison de Langogne… a voyagé dans le camion de déménagement… et ne tarde pas à diriger les opérations après nous avoir accueillies avec un verre de sirop. Nous repartons avec divers objets – pendule, soupière, bonbonnière, coupe à fruits, soliflores et autres plats – à sa grande joie et à notre grand désarroi… pour ma part, je n’ai aucune place pour toute vaisselle supplémentaire…

La coupe à fruits…

Dimanche 6
Dans un jardin qu’on dirait éternel… de Tatsushi Omori. Mon plaisir du jour, seule dans une salle comble quasiment, compte tenu des vides à respecter entre chaque spectateur. Comment l’apprentissage de l’art du thé révèle à une jeune femme sa propre identité. La délicatesse du cinéma japonais me renvoie à une littérature et une poésie admirées. Kawabata n’est pas très loin… en tout cas, le rituel ancestral du thé me rappelle sa Nuée d’oiseaux blancs et tout de suite, j’ai envie de le relire.

Samedi 5
Concert Vivaldi ce soir à La Courroie, avec Alain, seulement, pour finir. Nous nous réjouissons d’une soupe et d’un gâteau à l’extérieur de la bâtisse, dans les rayons du soleil couchant. Le bonheur de goûter les concertos du maître magistralement interprétés par 9 musiciens qui suscitent un enthousiasme à peine dissimulé par les masques de rigueur.

Vendredi 4
Résultats de la sérologie Covid2, négatifs… Le commentaire explique qu’ils peuvent avoir été positifs mais qu’avec le temps (depuis avril…), devenir négatifs. Soit.

Jeudi 1er
Marche avec Cathy sur la route du plateau des Cailles, trois heures de confidences dans une nature qui me rappelle pourquoi j’ai choisi de vivre ici.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Par le bois des lumières

Un petit tour sur les hauteurs de Nyons, une marche de deux heures environ où je traîne davantage, à l’écoute des bruits de la nature et dans le parfum des haies fleuries, saisissant une répartie au voisinage d’un gîte ou les confidences échangées sur une véranda en bord de route. A l’affût aussi des toponymes qui m’amusent ou me font rêver. Où je cogite sur les prochains ateliers en Cévennes et sur les propositions de l’atelier de François Bon.

Des oliviers derrière leur clôture électrique. Aucun trafic de sangliers par ici, contrairement à ce qui se passe sous le pied de « mon » tilleul (ci-dessous, à droite), aussi traversé par les câbles…

Après le chemin du Belvédère et la route des Guards, puis le joli lieu nommé Erfouette… la vue, toujours polluée par les poteaux et les fils électriques. Au loin, on aperçoit le plateau d’Angèle sur la droite. Au tournant, vers St-Rimbert, un panneau invite à faire attention aux poules sur la route… Pas de volaille par ici, mais trois en redescendant à proximité de la ville, autour d’un olivier où elles grattaient allègrement le sol.

La surprise des chemins vient souvent de la lumière. Sur celui du Rocher de l’Aiguille, elle joue avec les racines et les troncs des chênes verts, ouvre un porche sur la vallée avec une belle oliveraie et un bassin où ne coule plus aucune source.

La balade est rythmée par les champs d’oliviers parés de leurs filets verts en vue de la récolte, quelques vignes oubliées où je grapille des raisins pour la descente.

Et, partie vers 17 h, j’arrive à 19 h 20 sur le pont de l’Europe, face au pont roman jeté sur une Eygues asséchée.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (42)

A rebours… et nous sommes le 23 août…
C’est encore un jour de grande chaleur. J’émerge de mon lit, trop tard en ce dimanche, après une nuit de sommeil saucissonné. Je trouve l’énergie de répondre aux courriers en retard, ces vrais courriers sur papier que l’on glisse dans une enveloppe… De la même manière que j’ai poussé un cri de joie en voyant l’écriture de Chrystel, j’imagine le sien en retour. Et puis d’heure en heure, l’enthousiasme revient, j’imagine tout ce que je pourrais faire écrire pendant la prochaine année d’ateliers… Etonnement à constater que je n’ai jamais ouvert un exemplaire de Vinaigrette, le n° 2, arrivé pendant le confinement alors que je me battais contre le virus ! Silence en Emilie, de Piergiorgio Casotti, traduit de l’italien par Danièle Faugeras. C’est cela, je lis 16 avril 2020 sur l’enveloppe. La photo qui accompagne le texte est d’un calme réparateur. Et dans le même temps, à l’intérieur de mon classeur-mémoire, le livret de Yan Kouton, Volutes, jamais ouvert, jamais lu non plus, dont je découvre les superbes images, et le texte que je lis à voix haute, bien sûr, qui me plonge dans le vide et m’en extrait aussi vite pour m’entourer de brumes qui ne se dissipent pas. Je referme le recueil, j’aime son format, le grain du papier, cette fenêtre qui s’ouvre sur des branches comme des mains qui s’appellent.
Ce soir, soupe au pistou chez B. et P. pendant que d’autres regarderont la finale de la Ligue des Champions – PSG-Bayern – autour des pizzas de David…

Vinaigrette n° 4 – Avec un texte d’Olivia Lavergne, « En un éclat de rire », une ode à l’altérité, et cette photo superbe.

Samedi 22 août
Encore une nuit sans sommeil. Merdum. 3 h 45 au total… Un peu court. Longue vidéo avec Stef, ma grande fille québécoise… on se chamaille un peu à propos des conséquences de la pandémie… C’est vrai qu’en France on est sans doute plus rebelle qu’au Québec… Pour elle qui s’inquiète davantage de l’avenir de la planète, nos rébellions sont autant de caprices…  Bref. Je persiste à penser que limiter les réunions de groupe à moins de dix personnes dans les lieux publics élimine toute velléité de manifestation… que livrer des masques à la population, certes c’est bien, mais lorsqu’ils sont importables, je me demande si ceux qui les fabriquent les ont testés vraiment, et si l’on n’a pas encore dépensé des sommes folles à tort et à travers. Fin du chapitre. Confiture de tomates avec celles que j’ai fait macérer hier soir dans le sucre et le citron… J’ai décidé ce soir de ne plus fumer, après la toute dernière clope du jour…

Vendredi 21 août
Apéro chez les voisins. Je récupère les fruits de notre collaboration potagère. Soirée cuisine… Préparation des tomates pour la confiture de demain… Equeutage des haricots donnés par T., que je congèle aussitôt… Eau de badiane, en prévision des chaleurs encore à venir. Flans antillais à la noix de coco… 

Jeudi 20 août
Réveillée dans la nuit à cause du hurlement du chat qui a dû se blesser… qui ne mange ni ne boit encore. Heureusement, T. s’amuse à me changer les idées « Faut arrêter de tout interdire parce que je n’arrive plus à tout désobéir » dit une image signée Toto… Et soirée entre amis à Cornillon-sur-l’Oulle dans le petit resto local, où tout me ravit le palais…

Mercredi 19 août
Réveil à 8 h. J’emmène le chat chez le véto… Mon absence lui a encore valu de ne pas manger, il est totalement déshydraté, le toubib pense qu’il ne supporte pas que je parte, sa gingivite a envahi sa bouche, c’est une plaie sanguinolente. J’en ai mal au cœur. Sophrologie dans l’après-midi avec Prêle que je retrouve avec infiniment de plaisir. Nous discutons encore pendant une bonne heure et demie après les exercices.

Mardi 18 août
Le matou est vraiment mal en point. Rendez-vous demain chez le vétérinaire. Je récupère enfin mes lunettes de vue. Wouahhhh ! Le monde est clair, enfin, c’est l’idée qui me vient à l’esprit tout de suite, il y avait avant un nuage de brume permanent sur mon environnement. « Lavez-vous les mains, la télévision s’occupe de vous laver le cerveau », m’envoie Y. avec la photo d’une nana masquée, gel hydroalcoolique en main. Visite chez Brigitte en fin d’après-midi, nous colorions des mandalas, une activité qui me va parfaitement aujourd’hui.

Lundi 17 août
De retour de chez T. Un bonjour à Brigitte et Pascal en passant avant de rejoindre l’appartement en fin d’après-midi. Chat introuvable. Retrouvé finalement sur une terrasse d’où il ne peut s’extraire… La petite voisine grimpe sur les tuiles pour le récupérer, il chancelle, tout sali de sang. Je l’hydrate avec un gant, le nettoie, il se laisse faire comme un gentil matou qu’il est…

Dimanche 16 août – Mardi 11 août
Semaine de vacances au pays basque, où il n’y a rien d’autre à faire que se promener, rêver, jouer dans les vagues, visiter Biarritz et ses hauteurs, Saint-Jean-de-Luz, Bayonne… Le pont Eiffel… La foule d’estivants, les goélands ! Les sandwiches sur le sable, les sandwiches au sable, aussi. Les rues où se masquer est obligatoire, les marchés locaux, les bérets basques… Un resto sympa, La Cucaracha, où les chipirons sont juste délicieux et ont un goût de trop peu selon Y. Je termine l’écriture de la proposition n° 10 pour l’atelier de François Bon. Orage de grêle le samedi 15 juste en arrivant au resto. Je déguste l’aixoa et le lait caillé de brebis au miel dans une robe absolument trempée.

Lundi 10 août
Préparatifs pour la semaine de vacances à venir. Consignes à la petite voisine pour le chat. Et aller-retour à La Motte pour chercher T.

Texte et photos : Marlen Sauvage