Ecrire

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Écrire en tension attraper la pensée
qui fuit déjà la saisir
et la perdre
Le cap sur l’idée
et d’essais en tourments le perdre à son tour
égarer le sextant croire à la perte momentanée éphémère
Avancer feutré obstinément accroché
à ses sensations ses émotions enfouies
mais où
Contourner l’obstacle lâcher l’affaire
se lever boire un verre se noyer
en apnée voir le mot me narguer
Écrire dans l’éblouissement grâce d’un moment rare
Se relire des années plus tard
ne pas retrouver celle que l’on était alors
Écrire de joie à tue-tête dans l’ascension d’un causse
Et de frustration dans l’absence et la nuit
Dans la solitude perverse qui inquiète
et réclame
Écrire entre
Entre les tiges de Nigel de Damas
entre les branches torturées d’un cèdre
entre les pierres d’un mur non jointoyé
À rebours défier le temps la mémoire
l’âme noire
Oser le grand bond revenir en arrière
Croiser ses morts et les entendre

Texte et photo : Marlen Sauvage
(Photo 2013, balade écriture en Cévennes)

Ce système de correction autographique est insupportable, qui me propose « nivelle » (de Damas) !!!

Canicule

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12 juillet – nuit

Particules de poussière brûlée
dans la nuit caniculaire

Loin du sommeil traverser les heures

Plusieurs fois sous la douche froide
goûter l’eau sur le crâne et le corps
le répit dure si peu

Dans le vacarme du ventilateur
la chaleur s’empare des filets de fraîcheur

Cette odeur encore
comme si un grand feu brûlait le dehors
tandis que résonne le chant du coq

Cinq heures
heure des moustiques

Dans le jour qui se lève
une meute de chiens aboie

Texte et photo : Marlen Sauvage

Le vent, le vide…

marlen-sauvage-

Dans le portrait que je dressais pour le site des Cosaques des frontières d’un aïeul nommé Zéphir, je disais mon attirance lointaine, du temps de l’enfance pour cet homme – un arrière-grand-père-paternel – dont mon père parlait surtout de la bonté constitutive… Mais sensible aux mots déjà, j’aimais surtout la sonorité de ce prénom, et découvrant Zéphyr dans la mythologie grecque à l’âge de dix ans, j’associais alors mon arrière-grand-père que je n’ai jamais connu, à quelqu’un de discret, de subtil, de léger… Dans mon imaginaire, je le voyais chevauchant Pégase… car j’avais appris que cet homme était cocher. Dans son livret militaire, en 1893, les noms des chevaux dont il a la garde se succèdent : Fuseau, Forgeron, Saine, Fandango, Agrippine et Safran.

Dans la mythologie, Zéphyr est père de deux chevaux – Xanthos et Balios – issus de son union avec l’une des Harpies qui avait pris la forme d’une jument. Cela, je le découvre ou le redécouvre aujourd’hui, et cela vient conforter le lien de « mon » Zéphir avec l’espèce chevaline.

Mais là où je veux en venir vraiment, c’est que l’origine du mot Zéphir écrit avec un « i » comme c’est le cas pour cet aïeul, vient de l’arabe « sifr, vide, repris en latin médiéval sous la forme zephirum, puis repris en italien, zefiro, contracté ensuite en zero… » * Ainsi Zéphir pourrait avoir signifié ce vide, ce rien… Bien inconsciemment sans nul doute. Car l’histoire veut que cet enfant fut abandonné à la naissance par sa mère qui ne daigna pas le reconnaître (et abandonna le père par la même occasion). Bon, ce sont peut-être des élucubrations de scribouillarde…

*Nos ancêtres les Arabes Ce que notre langue leur doit, Jean Pruvost, JC Lattès, 2017.

Marlen Sauvage

Carnet des jours (17)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mardi 2 mai
Réunion avec Eva à Barre. Mise au point de ce qu’elle attend de moi durant le festival du livre, interviews des auteurs/éditeurs et table ronde. A Saint-Etienne où je me rends pour une séance d’ostéopathie, J.-M. reporte le rendez-vous. Urgence familiale. Photos des sculptures de Bonnal dans son cabinet, pour les assurances, je me rends chez lui pour celle de la « femme gynéco », comme il dit. Atelier en soirée à Florac.

Mercredi 3 mai
Je file à Mende retrouver 11 participants des GEM. Cueilli des fleurs de montagne pour ce gentil groupe, un plaisir simple pour moi accepté simplement par eux. Courses à l’hyper du coin et ailleurs où je distribue les programmes du festival. Débat Macron-Le Pen. Pourvu que cette bouffonne ne passe pas. Ce serait la honte de la France. J’irais vivre ailleurs !

Jeudi 4 mai
Coup de fil de C. L. pour la brochure des SCL. Je négocie la date limite au 6 juillet. Après, je voudrais tenir ma décision de prendre une année sabbatique (quelques mois au moins…) pour décider de mon futur sans aucune pression. D’ailleurs, dès le lendemain je serai partie d’ici… Balade d’une heure sur la route de la Combe. Méditation avec les oiseaux mais les pensées disruptives me dissuadent de poursuivre après deux tentatives. Ce mental trop présent… Je brasse tous les choix qui s’offrent à moi pour l’avenir. Tout vendre, tout quitter, la dernière option qui me tente. Arrêt à la cabane en bois dans la châtaigneraie. Je grimpe la pente qui y mène. Les propriétaires ont créé un jardin suspendu où ils ont planté tomates et tagètes. Le jardinet en fascines de châtaignier ressemble à une barque et des bambous se dressent où viendront s’agripper les pieds de tomates. C’est joli et ce sera efficace. Ils ont dû renoncer au jardin en contrebas en raison des chevreuils et des sangliers… Préparé l’atelier de samedi sur les peurs, pour Saint-Chély. Appris un tas de choses pendant mes recherches. Lu les Rats taupiers de Christophe Sanchez au coin du poêle car la soirée était fraîche encore dans la maison malgré le soleil tout le jour. Touchée par cette écriture sur le père manquant… Et parlé à X. qui m’amuse et m’attendrit. Mais j’ai dû lui rappeler que je suis une fille de la campagne, lui qui me conseille de choisir un pied-à-terre parisien ou banlieusard, montpelliérain ou marseillais… Bref. Je choisirai mon coin lui ai-je dit, à la campagne, dans la nature dont j’ai besoin.

Samedi 6
Le clash. A 2 h du matin, réglé en 8 minutes chrono. Soupirs, soupirs… soulagement ou contrariété ? Ce qui s’écrit mentalement : « Goulot d’étranglement/Nos colères s’y engouffrent/ », et puis j’ai oublié la suite. Sans importance. Alors que je viens de passer une nuit blanche et que je pense à tout cela, me dis que l’aveugle, c’est moi sans doute. Tout ce qu’on ne veut pas voir… de soi, de ses propres peurs, de ses fuites… De nous deux, il est le sage. Et puis je me dis que j’ai quelques excuses en ces temps mouvementés. Refait le point de nos différences. Bon. Stop. Au bout de la nuit, je finissais par me trouver toutes les raisons de culpabiliser…

Dimanche 7 mai
Et voilà. Un petit mot d’excuse pour mes mots horribles et ta réponse, contre toute attente, qui me bouleverse. Tu ne crois qu’à ce qui nous distingue. Et c’est bien toi qui as raison.
Aujourd’hui jour d’élection, deuxième tour.
Hier samedi premier atelier à St-Chély, 6 personnes dont une qui n’écrira qu’à la toute dernière proposition.

Lundi 8 mai
Visite à la Combe pour récupérer mon courrier. Une heure trente chez Véro à papoter jardin et élections. Vidéo avec X. qui me dit tout ce qu’il pense de moi (je bois du petit lait). Rien ne me traverse de ce que pense cet homme, tout m’imprègne, tout se pose pour longtemps en moi, et je ressens toujours la sérénité des premiers moments quand nous parlons à cœur ouvert. Qu’il nous voie vieillir côte à côte en nous tenant la main me remue les tripes. Et puis j’aime les hommes qui savent pleurer. Ouvre les yeux, me dis-je, et ton cœur, femme blessée !
C’est ma fête aujourd’hui, au Canada, en tout cas, et je reçois les vœux de ma Stéphanie.

Mercredi 10 mai
Longue après-midi à St-Chély. Quatre heures de route pour trois heures d’atelier. Groupe amical de 7 personnes. De bons fous rires, une ambiance cordiale, un peu de chocolat en guise de carburant (je pensais accueillir des enfants en ce mercredi !) et le temps a filé. Je me disais au retour que le nord de la Lozère avait toujours été accueillant pour mes ateliers… Quel dommage qu’il y fasse si froid l’hiver. De retour à la maison vers 19 h non sans avoir stoppé quelques minutes sur la route pour admirer un jeune chevreuil, intéressé lui aussi (par la voiture), en arrêt au bord de la forêt, à me regarder, avant de se décider à tourner le dos et à bondir dans la futaie alors que je sortais mon appareil photo. Hier mardi journée dédiée à la finalisation des interviews et table ronde du festival. Ce soir appel de A., il ira finalement à Venise du 16 au 18 juin pour un festival des arts. Lu la lettre de recommandation d’un sociologue pour le poste qu’il brigue à l’université McGill de Montréal. Punaise ! quel élogieux courrier ! S’il n’a pas le poste, je n’y comprends rien.

Dimanche 14 mai
Festival du livre à Florac ce week-end. Tout est . Rencontre avec Sandrine Cnudde, André Bucher, Catherine Poulain. Acheté des livres, trop. Envie de renouer avec le journalisme culturel.

Mardi 16 mai, tard
Atelier ce soir au moulin de Grattegals en comité restreint. J’ai écrit pour changer un peu et… me rendre compte de la difficulté de mes propositions ! Le silence, à partir d’une interview avec Bram Van Velde, et les plis du temps… Au retour, aperçu trois chevreuils sur la Cam, deux jeunes et un adulte, et encore un sur la route en lacets qui descend la vallée, puis deux yeux brillants parmi les herbes hautes. J’ai croisé le regard de l’un des faons, et c’est toujours la même émotion.
Vidéo avec R. qui me manque beaucoup. Tristesse quand j’ai appris son retour en région parisienne pour 8 jours. Etre si près et ne pas se voir…

Texte et photo : Marlen Sauvage

 

 

Carnet des jours (16)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Lundi 17 avril
Je taille la route dès 9 h pour être vers midi à la maison et préparer le repas pour la venue de S. Woody le précède ! Déjeuner au soleil et discussion autour de son livre quasiment terminé maintenant. Lecture de quelques passages. La contrainte qu’il s’est imposé l’oblige à retravailler son texte dès qu’il s’avise de modifier quoi que ce soit… Mais il a ainsi contourné l’obstacle qui se dressait entre lui et la satisfaction du résultat. Il tient son histoire à distance dans l’épaisseur des mots, des expressions saugrenues qui émergent au hasard de vieux dictionnaires, et tout cela reste compréhensible pour qui veut bien s’en donner la peine !  Balade sur la Royale. A notre retour, Uma a le droit de brouter l’herbe en notre compagnie, chacun lit et écrit de son côté en attendant le soir.

Mardi 18 avril
Poulet fermier sous le soleil. Je ne lui prêterai pas Laurent Gaudé. Mais je suis d’accord avec S. quant à la luminosité de l’écriture de Cohen. J’en prends pour mon grade au passage. Mais il n’y a que les amis pour vous secouer ainsi.
L’atelier du soir à Florac nous a toutes réunies, sauf A. et c’est encore un temps de partage essentiel pour moi, avec ces femmes si différentes, aux écritures-univers que j’explore avec elles dans les retours sur leurs textes. Durant le trajet, je cogite sur les remarques des unes et des autres.

Mercredi 19 avril
Atelier GEM dans les locaux de l’ancien Secours populaire. Nous poursuivons notre déambulation dans les mois de l’année. Quelques fous rires encore dus à la désinvolte approche des propositions par E. le chansonnier. Beaucoup d’émotion (pour moi en tout cas) à la lecture par R. de ses deux ou trois phrases toujours teintées d’une poésie décalée… Les deux C. m’épatent, à la fois par leur présence assidue et bienveillante, et par leurs écritures débridées et joyeuses, stimulantes. D’ailleurs la tendance est à la confiance et au relâchement. Ce qui me rassure finalement un peu ! J’ai acheté des fleurs de Bach !

Jeudi 20 avril
Journée de tri et de rangement. Je regarde la Terre éphémère, ce drame bouleversant d’un vieil homme et de sa petite-fille aux confins de l’Abkhasie et de la Géorgie, qui travaillent une terre née de la crue du fleuve. Un film de George Ovashvili dont j’ai envie de connaître la filmographie. Plus qu’un drame triste, une métaphore de la vie avec ses cycles auxquels il est inutile de tenter d’échapper, et les espoirs que permet justement l’engloutissement de l’ancien, du passé.

Vendredi 21 avril
Atelier Caravane, le dernier avec le groupe, visite de M.-N. Esnault qui a initié le projet. Discussion fructueuse avec elle et les autres intervenants et repas partagé sur la terrasse du GEM. Atelier d’arts plastiques l’après-midi pour finaliser la carte de nos territoires de mots.

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Dessin : Marlen Sauvage

Nous programmons une visite à l’atelier de Sophie puis je file au château du PnC pour l’agencement des stands éditeurs/auteurs du festival du livre avec Eva. Enfin, direction le mas de la Donzelenche, chez une autre Eva, pour assister à la représentation du Cas du Dr Jekyll et Mr Hyde, par Claude Enuset. Je retrouve là à ma grande surprise, Séverine et Josiane. Belle soirée ! Bluffée par la présence sur scène de Claude. Quelle performance ! Je fais la connaissance de M. toute en discrétion, qui assure la mise en scène, ainsi que celle « en vrai » de cet « ami Facebook » avec lequel nous parlons de Stevenson et de sa pièce avant que je reparte dans la nuit pour 1h30 de route, tout à fait revigorée par cette rencontre. Impression de renouer avec ma part belge, familiale, une gentillesse qui précède tout, et une sincérité rassurante.

Samedi 22 avril
Bref appel vidéo ce matin de R. qui va présider une « journée doctorante »… Une dizaine de thèses dont chaque thème sera présenté par son auteur. Marouane est l’un deux, avec ses « Petits traités de… (? j’ai oublié) à Pascal Quignard »… (Brillant, me dit R. plus tard. Comment en douter ?) Aujourd’hui, Sacha fête ses 2 ans, Pascal ses 59 ! Je calcule que nous nous connaissons… depuis 40 ans ! J’ai trouvé le temps de lire L’épervier de Maheux, de marcher une quarantaine de minutes, de fabriquer deux maquettes de livres objets, de téléphoner (à J.), de discuter avec M. pas très en forme ce soir. Je lui donne le flacon de Star of Bethléem, Espoir et courage ! Pas eu le courage, justement, de regarder Cléo de 5 à 7… Demain matin, élections, et virée à Nîmes pour retrouver S.

Dimanche 23 avril
Je vote puis file à Nîmes pour A voix haute au Sémaphore avec S. Optimiste et lumineux (le mot du moment !). Au retour, pris en stop une jeune Italienne de 16 ans, prénommée Aria, quel beau prénom !, avec laquelle nous parlons de musique, de A voix haute, d’élections… Soirée entre voisins chez P. et E. Dans notre village sur 67 votants, 40 Mélenchon, 9 Hamon (j’en suis), 4 Le Pen, 4 Fillon, 1 Lasalle (!!!). A voir, il en manque 9… Le duel Macron-Le Pen nous attriste. Un vinho verde « Présidente » accompagne 11 natas comme les 11 prétendants et chacun veille à dire qu’il ne mange pas MLP ! Alors qu’il faudrait l’engloutir une bonne fois pour toutes. Bref. Nous buvons sans modération mais pas assez toutefois pour tout oublier.

Lundi 24 avril
Petit message de Juliette, triste des résultats. Nous « messengerisons », elle s’interroge sur la raison de la place de MLP, 2e derrière Mélenchon, à La Réunion. Ses convictions la poussent – aujourd’hui précise-t-elle – à ne pas voter Macron qui ne fera qu’aggraver la situation et qui n’empêchera pas dans cinq ans le retour de MLP. « Plutôt la merde tout de suite que ce cauchemar à répétition. » J’adhère à tous ses arguments, hésitant aussi à glisser au 2e tour un bulletin blanc dans l’urne (avec un gros « poutou » dessus ? une idée qui circule dans la vallée !) ou à voter Macron. Coup de fil de J. pour son anniversaire à G. que nous fixons finalement à la première semaine de septembre. Coup de fil à Maman qui me parle longuement d’un tas de choses mais de ses ennuis d’arthrose et de tension, ce qu’elle fait si rarement, tout en les relativisant d’ailleurs…
Petite vidéo brève avec F. ce matin, qui s’amuse de ma fidélité à Hamon, mais la salue en même temps (ouf) ; je prévois des vacances à M. Je continue la lecture de L’épervier… Déprimant. Je ne sais pas si j’irai jusqu’au bout.

Mardi 25 avril
Visite planifiée en France de R. Paris, Senlis au programme.

Mercredi 26 avril
Posté ce matin mon petit livre pour F. en allant à Alès faire la radio de ma cheville. Déjeuné au Gambrinus d’un tartare salade kfé. Me suis rattrapée ce soir avec fraises et banane et tranches de saucisson. Qu’est-ce que j’ai décidé déjà ce matin ? Posté le 3e récit d’ateliers de campagne pour demain. Reste à écrire le portrait pour Jan.

Samedi 29
Pierre est là depuis hier soir (on parle écriture, atelier du lendemain – enfin de ce jour, et de son rapport aux ateliers en général. Pas vraiment d’accord avec lui sur la « fonction » de l’atelier si tant est qu’il en ait une, pas ok non plus sur ses enjeux. Pour lui, un atelier doit permettre d’écrire quelque chose de « fini », avec une introduction, un développement et une conclusion. Ah ! l’école…) Lever vers 7 h, je n’ai rien dormi de la nuit tant la perspective de devoir me lever « pour » quelqu’un me tétanise toujours. Journée d’atelier en ce samedi, à la Rouvière finalement, car M. est malade (mais présente). Accueil chaleureux comme à son habitude par A. qui est heureuse de voir vivre sa maison. Ecoute attentive de Pierre et des raisons qui l’ont amené à mettre au point une méthodologie pour retrouver ses souvenirs même très anciens, qu’il a baptisée « auto-explicitation ». La mise en pratique de sa théorie par 2 exercices au cours de la journée porte ses fruits. Je pense, j’espère, que tout le monde est satisfait de cette rencontre et de ce que nous y avons appris.
Repas pantagruélique pris face à l’Aigoual, discussions à bâtons rompus, détente, joie d’être là parmi ces gens vrais.
Retour par grand soleil et vent jusqu’en vallée de Trabassac et discussion encore avec Pierre près du poêle, à propos de ce que son intervention suscite encore chez moi.

Dimanche 30
Pluie diluvienne. Au marché du village pour des produits locaux, quelques fromages et du bon pain. Départ en début d’après-midi de P.

Texte : M. Sauvage
(Je rebaptise ma série Carnet des jours. Plus pertinent me semble-t-il qu’un singulier…)

 

 

Après le festival

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Florac, la source du Pêcher.

[Pour Sophie et Eva]

« Il y a de la crevette dans le pâté », ce sera notre expression fétiche pour dire qu’un grain de sable vient de se coller dans l’engrenage.
Il y a cette paella dans une immense poêle posée à même le sol où nous grapillons crevettes roses et calamars, moules et poulet, du bout des doigts. La ronde des autres, autour, leurs rires, leurs voix. Un petit verre de vin rosé, blanc, rouge, pas loin.
Il y a ces livres partagés, ces questions posées, ces réponses que l’on n’attendait pas, qui viennent crever notre univers de pensée, et que pourtant l’on espérait ; tout ce qui nous parle d’humanité, de terre à arpenter, d’arbres à planter.
Il y a tant d’émotion que les regards s’embrument. Dans ce temps de l’après, quand le monde a quitté le festival et que chemine au creux du ventre le sentiment de la fin, un peu comme une perte, une dépossession.

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Sandrine Cnudde et son éditrice, Danièle Faugeras, deux voix pour Patience des fauves.

Il y a Sandrine et Danièle, André, Catherine, Eva, Pascale, Sophie et Raphaëlle, les fous rires enthousiastes du premier matin, la fougasse et le café, les confidences partagées, Liliane, Monika, Stéphane, les tableaux blancs à effacer, Monique, Marité, les pastilles de couleur à distribuer, Johan et son sourire, la pelouse sous le soleil, la cigarette roulée, le grand chien de Catherine affalé sous une chaise, le repas de midi dans le parc du château, les discussions à bâtons rompus, la foule qui se presse dans la salle aux chaises rouges, le frôlement des corps entre les stands des éditeurs, au-dehors les danseurs, baluchons sur le dos, le micro qu’on abandonne mais les mains qui se lèvent et soudain les questions fusent quand l’heure a déjà trop tourné, le souhait de se revoir, les chaises à ranger, les sanglots de l’une, les tissus à rouler, les kakémonos à décrocher, au coin d’une fenêtre, Balthasar joue en cognant deux boules l’une contre l’autre, les Figues que l’on se promet d’organiser à l’automne, le public qui remercie, les hésitations de l’auteur, la voix courte, la sincérité, l’autre voix puissante qui s’élève, la barbe blanche et rousse, les grandes mains de paysan, le souffle de la marcheuse, ses craintes dans la nuit des loups, cette Lozère qui nous rassemble, les larmes imprévues de la pompe à essence, les pas de la petite fille dans le tribunal de Justice durant le concert de musique, les souvenirs des uns qui se mêlent aux souvenirs des autres, Eliane et la route de la Baume Haute ignorée, Eliane et son envie de se perdre, jusqu’aux Bondons, mais se perdre…

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André Bucher, ci-dessus, pendant une lecture au château du Parc national des Cévennes.

Voilà. C’était le festival du livre à Florac les 13 et 14 mai derniers. Des moments intenses avant, pendant, après. Lignes de partage a réuni des centaines de visiteurs autour des trois auteurs « vedettes » du festival : Catherine Poulain (éd. de L’Olivier), Sandrine Cnudde (éd. Po&Psy) André Bucher (éd. Le Mot et le Reste), et de quelques auteurs locaux (Marie-Pascale Vincent, Christophe Blangero, François Capelier, Marc Lemonnier et bien sûr Patrick Cabanel qui était le parrain du festival). Autour de petites maisons d’édition indépendantes, aussi, qui nous ont enchantés comme toujours par la qualité de leur production et leur engagement (Winioux, Cambourakis, le Diplodocus, Alcide, le Bousquet-la barthe, les éditions du Gévaudan, Encre et Lumière, autour d’auteurs-illustrateurs (Sophie Tiers, Xavier Boulot), de bricoleurs étonnants (Les Mondes en papiers), de danseurs, de musiciens (nous avons eu droit à un anti-concert généreux et plein d’humour donné par Irène Mayaffre et Louise White en hommage à Jacques Bonnal, sculpteur), de comédiens, d’associations (Terre de Lecteurs, Foyer rural de Florac, etc.), d’un plasticien génial et sympathique (oui, nous avons notre Peter Weir en Lozère) et j’en oublie sans doute…

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Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet du jour (15)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 4 avril, mardi. Retour de congés… Trajet sous le soleil du matin, arrivée vers 9 h. Goûté dans l’herbe le vent et le chant des oiseaux. En mon absence, le clivia de Julie a mis toutes ses fleurs. Une beauté. Moustique ne me lâche pas d’une semelle. Reprise du quotidien. Courriers. Devis. Paperasserie. Heureusement, atelier ce soir. Mes pensées dépassent les frontières.
Florac, atelier en soirée où je réfère beaucoup à François Bon. Gratitude !

Mercredi 5, Gem de Mende. Toujours le même bonheur de partager avec ce groupe et ces animatrices. Mais c’est déjà une longue histoire entre nous, ce qui change les choses… Téléphoné à L. pour les renseignements sur ma grand-mère Julie.

Jeudi 6. Ecriture du portrait de Julie et préparation (pour une fois !) de mon plan d’écriture de la série Ateliers de campagne.

Vendredi 7. Journée Caravane, peu de monde, mais nous avançons. Ce sera un beau projet révélateur de l’imaginaire de chacun/e, même si les contraintes nous ont valu quelques déboires, et aussi la pratique inexistante d’ateliers d’écriture avec ces deux groupes, le peu de temps pour s’apprivoiser, cette plongée abrupte dans un univers à construire quand nous ne savons rien les uns des autres. Je quitte avant l’intervention de Sophie pour un rendez-vous chez M.

Samedi 8, jardinage, le compost déborde. Virée à pied avec Eve jusqu’à la Combe pour nourrir les chats, ramasser des asperges, dégustées le soir-même, un régal, et… admirer le paysage, l’azalée éblouissante en fleurs, de la taille d’un arbre, les cognassiers, l’arbre de Judée, et toutes les fleurettes de la saison écloses ici et là. Lu ce matin et écrit.

Dimanche 9, repiquage de quelques salades, et corrections. Skype avec Julie, Souleyman et Sacha. Willy est rentré de sa tournée avec Zanmari Baré et Daniel Hoareau, je ne l’ai même pas aperçu…

Lundi 10 avril. Il pleut à verse. Le temps a tourné d’un coup, comme souvent ici. Méditation matinale dans le soleil, concentrée sur les fragrances de lilas et de glycine. J’ai enlevé une épaisseur, seulement en pensant au dicton, déjeuné dehors d’une salade en compagnie des chats et de Uma que j’avais sortie de son enclos (il reste des pissenlits !), et le temps de la ramener au bercail, l’orage s’est annoncé. Vite débranché la box et revenue guider la brebis vers la clède alors qu’elle broutait tranquillement le rosier pleureur… Travaillé aujourd’hui à la relecture du livre de R. comme hier dimanche, exclusivement. Les encombrants sont passés ce matin à ma grande satisfaction, toujours, de me séparer de vieilleries et de meubles inutiles.

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Mardi 11 avril. Essentiellement corrigé le livre de R. Trois points de vue sur la violence dans les religions monothéistes. Sa partie sur l’islam est édifiante et fascinante. Sa connaissance de la vie du prophète et l’analyse fine de ses propos témoignent de son investissement dans cette religion durant des années et de son impact dans sa vie personnelle.
L’incendie du camp de Grande-Synthe va alimenter la polémique autour des migrants. J’avais suivi cette construction d’un camp en dur, avec des petites maisons en bois, en me réjouissant de l’exemple que donnait ce maire. Quelle tristesse. Il y a quand même une bonne nouvelle dans l’actualité : le catamaran Race for Water qui part en croisade contre le plastique jusqu’en 2022…
J’ai vu le toubib ce matin pour cette entorse récalcitrante. La séance d’ostéo a été douloureuse et… bruyante. Rarement dégusté autant à cause de trois os « coincés », j’en avais mal jusque dans l’arcade sourcilière gauche ! Suis repartie guillerette ou presque mais le mal m’a rattrapée dans la soirée, normal me dit-il. J’y retournerai dans 3 semaines.  Je n’irai pas à Guérande à Pentecôte. Personne n’y sera…
M. me demande de l’accompagner à Avignon pour voir ce local qu’il aimerait acheter pour son projet de stages.

Mercredi 12 avril. Encore une journée de soleil et de ciel bleu, sans vent et sans nuage. Je transcris les textes de la Caravane pour l’atelier de vendredi. Notre monde existe, il possède ses contours, ses peuples et ses vents, ses mers, ses îles. Ce sera donc le Monde des Canulars, un vrai monde, quoi ! Tout droit sorti de l’imaginaire d’une dizaine d’individus.

Jeudi 13 avril. Journée alésienne, journée off, une journée pour moi. Rentrée à la maison, je tente un selfie avec ce carré un peu court et comme à chaque fois la sensation étrange de voir quelqu’un d’autre dans la glace. Rendez-vous ce soir avec Thierry Crouzet et sa petite famille chez un ami qui vient d’acheter la maison de Françoise. Les moutons de Gardies peuplent le silence de la montagne. Pot sur la terrasse plein sud. Nous discutons de la Caravane, de journalisme, de ses manques, de ses travers. Gilles sait que nous vendons. Ici, les choses se savent avant que le principal intéressé en ait vraiment pris conscience. Je réalise donc que la maison est en vente puisqu’on me le dit ! J’attends les amis B. pour le repas, un imprévu comme il y en a aussi ici, et c’est le charme de cette vie, dans un bel endroit.

 

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Vendredi 14 avril. La caravane est passée, elle m’a écrasée ! Le groupe s’est effondré. Trois survivants ! (hormis les animatrices…) Je vis comme un échec cette fonte des participants alors que je pense identifier les failles assez objectivement. Mais voilà, la déprime me rattrape vite en ces temps d’incertitude, un rien me déstabilise et je me laisse submerger par mes émotions. J’aurai passé ma journée à battre ma coulpe quand tant de personnes ne se remettent pas en question. Je me ficherais des claques. J’avais apporté des propositions en dehors de ce projet pour « terminer » l’aventure en goûtant à quelques jeux d’écriture, je repars avec mes propositions sous le bras et la sensation d’incarner le ridicule et le ratage. Il fera jour demain comme me dit A. ce soir.

Samedi 15 avril. Partis pour Avignon ce matin et la visite en question. Rencontre avec J.-F. Cholley, un caractère, une personnalité… une belle personne ! Durant tout le temps où M. échafaude des plans d’aménagement, nous discutons de ces vieux procédés de reproduction – Van Dycke, albumine, gomme bichromatée, cyanotype, collodion, argentique… – qu’il expérimente en atelier et à partir desquels il travaille depuis des décennies. Ses images sont noires, bouleversantes, elles vont à l’os. Le petit café pris dans l’appartement  qui donne sur les toits a le goût du bonheur perdu. L’appartement est vendu. J’en reprends un (de café !) et vers 16 h je quitte les lieux pour Aubres où je retrouve finalement B. et P. Et me voilà ce soir tard, il est plus de minuit, dans le lit douillet qui m’attend toujours, après avoir pris en chemin un stoppeur qui regagnait ses pénates après l’ascension du Ventoux, à pied (grande discussion sur la randonnée, St-Jacques, la vie au vert), admiré les Dentelles de Montmirail et retrouvé un morceau de vie dans leurs déchirures ; discuté de l’avenir avec B.

Dimanche 16 avril, Pâques ! Aucun œuf à cacher, aucune cloche pour m’annoncer une quelconque bonne nouvelle. Un bref SMS de Sam m’amène à reporter mon départ à demain matin. Je passerai ce dimanche en famille. Nans et Julie sont radieux, Julien tourne, émaille, crée pour la saison qui commence, secret et taiseux durant ces journées de création et de production. Je ne parviens pas à sortir de ma sieste pour aller déguster en ville le chichi traditionnel du Corso de Pâques. J’ai vu les chars défiler ce matin à la sortie de la boulangerie, nous étions coincés par cette procession de tableaux tirés par des tracteurs rutilants, habillés de crépon de couleur, tous plus évocateurs les uns que les autres. Ce soir ce sera feu d’artifice sur le pont roman, avec les amis retrouvés à la Rose, quelques réparties et franches rigolades qui réconcilient avec la vie.

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

 

 

 

 

Dans la médina d’Hammamet

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Près de l’autoroute qui mène à Hammamet, à une soixantaine de kilomètres au sud de Tunis, une vache broute à l’ombre d’un eucalyptus décharné…

marlen-sauvage-hammamet-plageContrastes de blanc et de bleu, de sable et de collines, d’eau et de ciel… Au pied du rempart de la kasbah, à l’ouest de la ville, les barques siestent au soleil déjà trop haut pour de belles photos.

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Kasbah d’Hammamet, IXe siècle… Un bout de rempart mord le ciel.

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Le minaret hors du temps de la prière, qui écrase la médina du poids de son silence.

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Peut-être Flaubert, Maupassant, Cocteau se sont-ils perdus dans les ruelles pour se retrouver sur cette placette…

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Des ruelles esseulées, à l’heure où la vie se terre derrière les murs…

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Et où seuls des poissons nous accueillent à chaque entrée de maison.

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Le musée Dar Khadija qui, d’après ce que j’ai lu car n’y suis pas rentrée, retrace les  origines de la ville jusqu’à nos jours, des invasions turques et maltaises, jusqu’au protectorat français et à l’Indépendance en passant par la visite de Paul Klee, la pêche et la broderie, avec le point « de Hammamet ».

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Construit en 1881 par Désiré Bordier, le cimetière chrétien côtoie le cimetière musulman.  L’homme est un ancien militaire qui a servi en Algérie, il débarque cette année-là à Hammamet avec les premières troupes d’occupation. Douze soldats français meurent et c’est pour eux qu’il fait construire ce cimetière, dit-on. Il devient contrôleur civil, prend finalement sa retraite dans la ville et y fait des découvertes archéologiques…

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Fin de l’excursion autour du fort, le long de la mer, superbe à cette heure-ci.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet du jour (14)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

21 mars
On m’attend à Rome. Stazione Termini, les décibels déchirent mon mal de crâne. L’hôtel est situé dans une de ces petites rues près du centre, toujours en travaux ici ou là. On s’interpelle et ces voix débarquent dans mon sommeil de fin d’après-midi. Flânerie dans les rues de la ville, je retourne à la Fontaine Trevi pour écrire. Mais il pleuviote et je n’ai pas de parapluie. Je longe les boutiques pour me protéger jusqu’au lieu de mon rendez-vous. Dans mon cou, les gouttes se mêlent à la moiteur de ma peau. Conférence. J’ai fini par arriver en retard à force de virer dans les rues et les places ! F. m’a aperçue et je note un léger suspens dans son discours puis un sourire. Je ne comprends pas tout, mais il faudra bien que je m’y mette. Il me présente à quelques personnes, sourires, poignées de main, pizzeria bien arrosée dans leur QG. Je ne sais plus me repérer, je suis le mouvement, je prendrai un taxi. Mais F. me raccompagne, nous ne sommes pas si loin de mon hôtel et il repart sous la pluie. Je voudrais retourner dans ces petits hôtels particuliers transformés en musées, y passer la journée, manger un sandwich sur un banc en admirant les nuages et les couleurs du ciel. Je n’irai pas sur la place du figuier. En piétinant, je me suis foulé la cheville ! Je lis le livre de Gaudé que je traîne dans mon sac depuis mon départ et que je n’avais pas encore eu le temps de poursuivre. Fin du rêve.

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22 mars
Journée de déplacement, de voiture, de bus, de train, de navette.

23 mars
Arrivée à Tunis à une heure de l’après-midi sous le soleil. Rien avalé de la journée mais aucune faim. Je découvre l’appartement de R., un cocon lumineux dans un quartier populaire de la ville. Beaucoup de femmes voilées, Ennahda est implanté dans ces quartiers. Et je retrouve les ordures, les déchetteries à ciel ouvert… Les élections municipales n’auront lieu qu’en novembre…

24 mars
Vacances scolaires. Nous partons déjeuner sur l’avenue Bourguiba. Profusion d’entrées, bon poisson, ambiance joyeuse. Après-midi cinéma. Le ciné-club de l’Institut français passe Les mariés de l’an II, une occasion de revoir Bébel et de discuter de la Révolution française avec les spectateurs, après le film. La séance se prolonge avec la venue de Sébastien Marnier et son film Irréprochable, un thriller autour d’un beau portrait de femme plutôt borderline… Débat avec le cinéaste, c’est son premier long métrage. Il est modeste, un peu embarrassé de parler de lui. Tout ce qu’il raconte est ancré dans la réalité d’un gars confronté à la réalisation d’un rêve. Il est généreux, parle de sa rencontre avec Marina Foïs, de leurs échanges, pas faciles au début ; de la difficulté à réaliser un film en trois semaines compte tenu du financement, de sa vie de gosse de banlieue…

25 mars
Rendez-vous avec Marie à La Goulette. Petit resto sympa au chef exubérant. Nous planifions notre semaine et décidons d’une visite sur le site de Bulla Regia mercredi.

26 mars
Festival du livre de Tunis au Kram. Retrouvailles avec Françoise et La chose publique. Chœur de lecteurs avec Majd Mastoura, Yosra et les deux Mohamed. Rencontre avec Monia Masmoudi et Sud Editions. Pot dans Tunis avec les 3 étudiants + Mehdi venu nous rejoindre en fin de journée et qui nous quitte avant le repas.

27 mars
Visite à Nabeul, ses ateliers de poterie, ses magasins immenses pour cars de touristes ! Problème de cheville… Nous dînons sur le port dans une ambiance surchauffée ! Des hommes, des hommes, rien que des hommes… devant des bouteilles de bière. Ils font tellement de raffut qu’il est impossible de se parler. Mais le soleil se couche sur la mer.

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29 mars
Pas de site archéologique finalement. Petit tour dans la médina de Tunis, où je regarde un dinandier travailler pendant un bon quart d’heure. Au moment de la prière, il poursuit son martelage en murmurant. Nous discutons. Je m’accroupis près de lui. Sans que je le remarque, un homme m’apporte une chaise et je m’assois dans la ruelle. Je suis toujours surprise de ces attentions… Le dinandier a réalisé les décors et les bijoux de Star Wars, tourné à Tozeur. Il a des origines italiennes. Il me dit très bien gagner sa vie, prendre de grandes vacances, aimer toujours le métier de son père (il a repris son échoppe ici) qu’il pratique depuis l’âge de 14 ans. Il en a 59. Je lui achète une petite corbeille à fruits en cuivre blanc. Quand je repars, je fais tomber le coussin de la chaise en bois. De nouveau l’homme est là pour le ramasser.

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30 mars
Départ pour le sud. En route, visite de la médina de Hammamet, pot dans un café sur le port, photos. Arrivée dans la ville natale de R. Dîner d’un délicieux et pantagruélique repas de poisson dans un beau décor. Ici tout le monde fait des selfies en mangeant ! Jeunes couples, vieux couples, familles, femmes voilées, non voilées…

31 mars
Jour anniversaire. Je range la bibliothèque et manipule environ 3000 livres… Il en reste autant à ranger. Je dévore Philippe Jaccottet et son hommage à Ungaretti dans ? j’ai oublié le titre du bouquin.

1er avril
Méditation sous le soleil de la terrasse en écoutant les bruits de la ville. Je bouquine Gaudé en mangeant quelques fèves bouillies, jette un œil à mon travail de la veille et range encore quelques livres. Départ pour Tunis. Arrêt dans la ville au mausolée de Bourguiba. Retour sous une chaleur écrasante. Heureusement, Sousse et la Casa del Gelato… Rendez-vous à Carthage pour le film canadien Iqaluit avec Marie et quelques autres. Très bon film plein d’humanité. Dîner Au bon vieux temps. Délicieux. Discussion animée sur les indiens du Québec… Passage chez M. pour un petit rhum vite avalé.

2 avril
Réveil tardif, journée tranquille à l’appartement, travail et préparation de la valise. Le centre commercial est ouvert ! R. achète une table de salon en remplacement du guéridon qui a valu tant de casse ! Elle est jaune, on la croyait blanche ! Les surprises des achats tunisiens… Je réalise d’ailleurs que le four ne ferme pas correctement, il est neuf pourtant !

Lundi 3
Retour. Je manque le dernier bus à Nîmes…

Texte et photos : Marlen Sauvage