Carnet des jours (43)

A rebours septembre 2020
Mercredi 30
L’atelier d’écriture aura bien lieu en octobre, à Saint-Laurent-de-Trèves, dans une salle suffisamment grande pour accueillir les participantes et respecter les mesures sanitaires. Je me réjouis de cette reprise d’activité avec un groupe que je connais bien depuis le temps que nous travaillons ensemble. Certaines ont répondu à la proposition d’été du Club de Mediapart et je dois encore relayer leurs textes sur ce blog. Prochainement donc.
J’écris pour l’atelier de François Bon, cette 14e proposition où nous devons faire parler un mort… J’ai trouvé la voix… Mais le texte se défile, la voix s’égare, les mots m’entraînent loin de mon propos de départ et de ce qu’a vécu le personnage (enfin, de ce que j’imagine qu’il a vécu, car nous sommes bien dans une fiction). Les contrariétés engendrées par une réponse impulsive et lapidaire – de ma part – à un post d’une amie sur Facebook concernant le port du masque – où je voulais insister sur l’idée de ne pas se laisser diviser par l’objet – viennent perturber mon écriture. Je ne sais ce que je garderai au final. Bien qu’anti-masque, j’ai précisé que je le portais [facile de comprendre pourquoi avec mes activités], mais « on » s’est arrêté à la première partie de ma phrase (pas BC, mais d’autres dans leurs commentaires) et ce fut une succession de « leçons », et de ce que j’ai pris pour des insultes déguisées [je ne serais pas « responsable », ni « respectueuse des autres », l’histoire des maladies de peau engendrées par le masque ne serait que « futilités » et tout cela pour finir une histoire ramenée à ma propre personne, qui pour un peu, serais responsable de la pandémie, rien que ça… On ne peut donc pour certains et certaines, être anti-masque et pourtant respecter les consignes de sécurité… bref. Heureusement, je m’appuie sur celles et ceux qui me connaissent « en vrai »]. Mais tout cela m’a affectée. Le masque divise, ma chère, mets ton idéal dans ta poche et à l’avenir, ferme-la.

Mardi 29
Après plusieurs tentatives depuis le mois de juin pour changer les billets d’avion pour Montréal, [annulation du voyage pour cause de Covid], j’ai enfin obtenu gain de cause. Départ prévu en mai prochain. Pourvu que rien ne vienne troubler ce projet. Ma grande fille me manque, et Justin, et K.
Je viens de trouver le livre qui m’attendait à la librairie de l’Olivier, Le grand livre des pierres et des cristaux, de Mily Robin. Je cherche ce qui pourra atténuer le deuil de Julie… Un livre dont 10 € me sont défalqués grâce à une carte « pass » offerte par la Région (je suis surprise d’être parmi la centaine de personnes à expérimenter le projet), destinée à favoriser les sorties culturelles… des seniors. Ben oui, ma vieille.
Soirée cinéma : La femme des steppes, le flic et l’œuf. Lent et poétique. Cru et magnifique. Je ne connaissais rien de ce film, ni du cinéaste (Wang Quan An), j’y suis allée au feeling, j’ai adoré. « Tu connais le secret pour éviter la disparition des dinosaures ? » « Non » « L’amour véritable ». Là, j’ai pleuré… Les steppes mongoles sont splendides, filmées à merveille, le portrait de cette jeune bergère malicieuse qui vit seule sous sa yourte, entourée de son troupeau de bêtes, m’a beaucoup émue.

Vendredi 25
Sophro avec Prêle… Encore un grand voyage. Depuis le confinement et les séances hebdomadaires, j’ai testé tous les niveaux et bénéficié de protocoles tous plus étonnants les uns que les autres. Et mon genou droit ne me fait plus souffrir ! Nous terminons par une discussion comme toujours, à distance, mais presque comme si elle était dans mon salon, avec Zoom… « Chaque fois que tu parles de François Bon, je pense à son nom… quelle chance pour un écrivain de porter un nom comme celui-ci », me dit-elle. « Bon, de bonté ? Vraiment ? » Les noms… et tout ce qu’ils engendrent… mais oui, elle a raison, Prêle.
Visio avec Stef et Justin dont le masque engendre une maladie de peau par-dessus son acné… Décidément, je plains les petits jeunes d’aujourd’hui.

Jeudi 24
Soirée entre femmes… Elles sont chouettes mes deux amies, S. et C. Et le lien entre elles est immédiat. Tout ce que j’aime et qui me rassure quant à la différence d’âge, de culture, d’origine, de centres d’intérêt, quand il s’agit juste d’apprécier l’autre dans ce qu’il est…

Mardi 22
Chiens, chats, poulettes… Tout le monde m’attendait chez Brigitte et Pascal. Ramassé 5 œufs tout frais, deux kilos de tomates que j’ai transformés en confiture. L’orage a tonné après mon départ et j’ai goûté ce plaisir-là au fond du canapé.

Bambino…

Lundi 21
Stretching comme tous les lundis depuis septembre. L’occasion de tester des muscles dont je ne soupçonnais pas l’existence… Gel hydroalcoolique à l’entrée, masques que l’on est autorisé à enlever durant la séance, nous sommes éloignés de deux mètres en tous sens, la salle est immense heureusement, et les deux portes grandes ouvertes sur l’extérieur – il fait encore très bon – nous sommes 15 ! Patrick nous lit les consignes de sécurité à chaque séance !

Samedi 19
Un petit tour à La Bégude pour l’injection de Titi… La nature est toujours aussi magnifique sur la route qui mène au cabinet vétérinaire. Je roule en douceur, je connais chaque virage, chaque arbre sur le chemin, je les vois changer de couleur et accueillir l’automne.

Mercredi 16

Supervision du psychologue avec le groupe d’accompagnants en soins palliatifs. Deux heures de partage dans une bienveillance qui réchauffe le cœur.

Lundi 14
Grande tablée le soir au Fauve, à Rémuzat, pour le plaisir de se retrouver entre potes, jeunes et moins jeunes, avant la fin de la saison.

Les jours d’avant…
A Marseille avec Brigitte, chez Lolo que nous trouvons dans son salon au milieu de cartons de vaisselle… A bientôt 90 ans, elle vient de déménager son immense maison de Langogne… a voyagé dans le camion de déménagement… et ne tarde pas à diriger les opérations après nous avoir accueillies avec un verre de sirop. Nous repartons avec divers objets – pendule, soupière, bonbonnière, coupe à fruits, soliflores et autres plats – à sa grande joie et à notre grand désarroi… pour ma part, je n’ai aucune place pour toute vaisselle supplémentaire…

La coupe à fruits…

Dimanche 6
Dans un jardin qu’on dirait éternel… de Tatsushi Omori. Mon plaisir du jour, seule dans une salle comble quasiment, compte tenu des vides à respecter entre chaque spectateur. Comment l’apprentissage de l’art du thé révèle à une jeune femme sa propre identité. La délicatesse du cinéma japonais me renvoie à une littérature et une poésie admirées. Kawabata n’est pas très loin… en tout cas, le rituel ancestral du thé me rappelle sa Nuée d’oiseaux blancs et tout de suite, j’ai envie de le relire.

Samedi 5
Concert Vivaldi ce soir à La Courroie, avec Alain, seulement, pour finir. Nous nous réjouissons d’une soupe et d’un gâteau à l’extérieur de la bâtisse, dans les rayons du soleil couchant. Le bonheur de goûter les concertos du maître magistralement interprétés par 9 musiciens qui suscitent un enthousiasme à peine dissimulé par les masques de rigueur.

Vendredi 4
Résultats de la sérologie Covid2, négatifs… Le commentaire explique qu’ils peuvent avoir été positifs mais qu’avec le temps (depuis avril…), devenir négatifs. Soit.

Jeudi 1er
Marche avec Cathy sur la route du plateau des Cailles, trois heures de confidences dans une nature qui me rappelle pourquoi j’ai choisi de vivre ici.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Par le bois des lumières

Un petit tour sur les hauteurs de Nyons, une marche de deux heures environ où je traîne davantage, à l’écoute des bruits de la nature et dans le parfum des haies fleuries, saisissant une répartie au voisinage d’un gîte ou les confidences échangées sur une véranda en bord de route. A l’affût aussi des toponymes qui m’amusent ou me font rêver. Où je cogite sur les prochains ateliers en Cévennes et sur les propositions de l’atelier de François Bon.

Des oliviers derrière leur clôture électrique. Aucun trafic de sangliers par ici, contrairement à ce qui se passe sous le pied de « mon » tilleul (ci-dessous, à droite), aussi traversé par les câbles…

Après le chemin du Belvédère et la route des Guards, puis le joli lieu nommé Erfouette… la vue, toujours polluée par les poteaux et les fils électriques. Au loin, on aperçoit le plateau d’Angèle sur la droite. Au tournant, vers St-Rimbert, un panneau invite à faire attention aux poules sur la route… Pas de volaille par ici, mais trois en redescendant à proximité de la ville, autour d’un olivier où elles grattaient allègrement le sol.

La surprise des chemins vient souvent de la lumière. Sur celui du Rocher de l’Aiguille, elle joue avec les racines et les troncs des chênes verts, ouvre un porche sur la vallée avec une belle oliveraie et un bassin où ne coule plus aucune source.

La balade est rythmée par les champs d’oliviers parés de leurs filets verts en vue de la récolte, quelques vignes oubliées où je grapille des raisins pour la descente.

Et, partie vers 17 h, j’arrive à 19 h 20 sur le pont de l’Europe, face au pont roman jeté sur une Eygues asséchée.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (42)

A rebours… et nous sommes le 23 août…
C’est encore un jour de grande chaleur. J’émerge de mon lit, trop tard en ce dimanche, après une nuit de sommeil saucissonné. Je trouve l’énergie de répondre aux courriers en retard, ces vrais courriers sur papier que l’on glisse dans une enveloppe… De la même manière que j’ai poussé un cri de joie en voyant l’écriture de Chrystel, j’imagine le sien en retour. Et puis d’heure en heure, l’enthousiasme revient, j’imagine tout ce que je pourrais faire écrire pendant la prochaine année d’ateliers… Etonnement à constater que je n’ai jamais ouvert un exemplaire de Vinaigrette, le n° 2, arrivé pendant le confinement alors que je me battais contre le virus ! Silence en Emilie, de Piergiorgio Casotti, traduit de l’italien par Danièle Faugeras. C’est cela, je lis 16 avril 2020 sur l’enveloppe. La photo qui accompagne le texte est d’un calme réparateur. Et dans le même temps, à l’intérieur de mon classeur-mémoire, le livret de Yan Kouton, Volutes, jamais ouvert, jamais lu non plus, dont je découvre les superbes images, et le texte que je lis à voix haute, bien sûr, qui me plonge dans le vide et m’en extrait aussi vite pour m’entourer de brumes qui ne se dissipent pas. Je referme le recueil, j’aime son format, le grain du papier, cette fenêtre qui s’ouvre sur des branches comme des mains qui s’appellent.
Ce soir, soupe au pistou chez B. et P. pendant que d’autres regarderont la finale de la Ligue des Champions – PSG-Bayern – autour des pizzas de David…

Vinaigrette n° 4 – Avec un texte d’Olivia Lavergne, « En un éclat de rire », une ode à l’altérité, et cette photo superbe.

Samedi 22 août
Encore une nuit sans sommeil. Merdum. 3 h 45 au total… Un peu court. Longue vidéo avec Stef, ma grande fille québécoise… on se chamaille un peu à propos des conséquences de la pandémie… C’est vrai qu’en France on est sans doute plus rebelle qu’au Québec… Pour elle qui s’inquiète davantage de l’avenir de la planète, nos rébellions sont autant de caprices…  Bref. Je persiste à penser que limiter les réunions de groupe à moins de dix personnes dans les lieux publics élimine toute velléité de manifestation… que livrer des masques à la population, certes c’est bien, mais lorsqu’ils sont importables, je me demande si ceux qui les fabriquent les ont testés vraiment, et si l’on n’a pas encore dépensé des sommes folles à tort et à travers. Fin du chapitre. Confiture de tomates avec celles que j’ai fait macérer hier soir dans le sucre et le citron… J’ai décidé ce soir de ne plus fumer, après la toute dernière clope du jour…

Vendredi 21 août
Apéro chez les voisins. Je récupère les fruits de notre collaboration potagère. Soirée cuisine… Préparation des tomates pour la confiture de demain… Equeutage des haricots donnés par T., que je congèle aussitôt… Eau de badiane, en prévision des chaleurs encore à venir. Flans antillais à la noix de coco… 

Jeudi 20 août
Réveillée dans la nuit à cause du hurlement du chat qui a dû se blesser… qui ne mange ni ne boit encore. Heureusement, T. s’amuse à me changer les idées « Faut arrêter de tout interdire parce que je n’arrive plus à tout désobéir » dit une image signée Toto… Et soirée entre amis à Cornillon-sur-l’Oulle dans le petit resto local, où tout me ravit le palais…

Mercredi 19 août
Réveil à 8 h. J’emmène le chat chez le véto… Mon absence lui a encore valu de ne pas manger, il est totalement déshydraté, le toubib pense qu’il ne supporte pas que je parte, sa gingivite a envahi sa bouche, c’est une plaie sanguinolente. J’en ai mal au cœur. Sophrologie dans l’après-midi avec Prêle que je retrouve avec infiniment de plaisir. Nous discutons encore pendant une bonne heure et demie après les exercices.

Mardi 18 août
Le matou est vraiment mal en point. Rendez-vous demain chez le vétérinaire. Je récupère enfin mes lunettes de vue. Wouahhhh ! Le monde est clair, enfin, c’est l’idée qui me vient à l’esprit tout de suite, il y avait avant un nuage de brume permanent sur mon environnement. « Lavez-vous les mains, la télévision s’occupe de vous laver le cerveau », m’envoie Y. avec la photo d’une nana masquée, gel hydroalcoolique en main. Visite chez Brigitte en fin d’après-midi, nous colorions des mandalas, une activité qui me va parfaitement aujourd’hui.

Lundi 17 août
De retour de chez T. Un bonjour à Brigitte et Pascal en passant avant de rejoindre l’appartement en fin d’après-midi. Chat introuvable. Retrouvé finalement sur une terrasse d’où il ne peut s’extraire… La petite voisine grimpe sur les tuiles pour le récupérer, il chancelle, tout sali de sang. Je l’hydrate avec un gant, le nettoie, il se laisse faire comme un gentil matou qu’il est…

Dimanche 16 août – Mardi 11 août
Semaine de vacances au pays basque, où il n’y a rien d’autre à faire que se promener, rêver, jouer dans les vagues, visiter Biarritz et ses hauteurs, Saint-Jean-de-Luz, Bayonne… Le pont Eiffel… La foule d’estivants, les goélands ! Les sandwiches sur le sable, les sandwiches au sable, aussi. Les rues où se masquer est obligatoire, les marchés locaux, les bérets basques… Un resto sympa, La Cucaracha, où les chipirons sont juste délicieux et ont un goût de trop peu selon Y. Je termine l’écriture de la proposition n° 10 pour l’atelier de François Bon. Orage de grêle le samedi 15 juste en arrivant au resto. Je déguste l’aixoa et le lait caillé de brebis au miel dans une robe absolument trempée.

Lundi 10 août
Préparatifs pour la semaine de vacances à venir. Consignes à la petite voisine pour le chat. Et aller-retour à La Motte pour chercher T.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (41)

Mercredi – jour de notre rencontre hebdomadaire de bricolage avec la sœurette –, rendez-vous chez elle en fin d’après-midi pour échapper à la canicule, où B. m’annonce dès mon arrivée avoir la charge de distribuer le journal municipal. Tout chaud sorti de l’imprimante il n’attend que notre bonne volonté pour être lu. Qu’à cela ne tienne, nous le distribuerons ensemble. Nous voilà parties, liste en main, 63 noms, 63 « feux » à trouver dans trois quartiers différents. Dans le plus proche, nous déambulons à pied sous une chaleur assommante, bien décidées à nous activer pour profiter de notre petite après-midi. Tout n’est pourtant pas évident, des numéros se cachent derrière les murs ou les boîtes à lettres, mais une courte question ici ou là et le tour est finalement joué. Pour les autres quartiers, il faudra prendre la voiture et c’est en haut du vieux village que nous nous dirigeons, non sans repérer les foyers concernés par le petit journal, le long de la route. Beaucoup de maisons secondaires, des touristes… 

L’une conduit, l’autre lit la liste, repère les numéros, descend déposer la revue dans la boîte et remonte tandis que la première raye consciencieusement un nom après l’autre. La chaleur sévit toujours, une quarantaine de degrés dans l’habitacle, nous n’avons pas pris d’eau. Mais nous retrouvons un morceau d’enfance à arpenter ainsi cette nature accablée de soleil, nos errances dans la campagne, à pied, par les étés blancs de chaleur, pour rejoindre un village ou un autre, marcher dans la garrigue, nous inventer des rôles et des noms… Aucune évocation de cela entre nous, mais nos fous rires à toute occasion racontent quelque chose de cette complicité enfantine. Les descentes et les remontées ont raison de mes hanches, heureusement, c’est un bonheur de laisser la voiture sur un coin d’herbe pour chercher à pied dans le village les demeures des uns et des autres. La rue de l’ermite nous donnera du fil à retordre, on nous a parlé d’un rocher et d’un fil électrique comme éléments de repérage de l’adresse à trouver, nous ne la trouverons jamais. En revanche, un joli potager médiéval, au prunier chargé de fruits, aux herbes agencées dans un espace enclos, face à la vallée… des escaliers de pierre, des fenêtres ouvrant sur le vide, une ancienne fenière encombrée aujourd’hui d’outils divers, des arches, des portes cachées sous des voûtes, des poulies perchées, sous un ciel magnifiquement bleu. La vue sur la vallée est un cadeau pour les yeux. Je pense à Abbas Kiarostami et Au travers des oliviers en surprenant la balade de trois promeneurs le long d’une oliveraie. Il nous aura fallu trois heures et demie pour finalement distribuer la totalité des journaux, sauf deux, caresser un chien ici, discuter avec un monsieur charmant à l’accent outre-atlantique, affronter quelques abeilles réfugiées dans une boîte à lettres, embarquer à l’arrière de la voiture deux marcheurs lourdement chargés, paumés dans la montagne du Flachet – notre dernier quartier –, avant de s’attabler aux alentours de 21 h devant une salade de tomates du jardin, complètement épuisées par notre sortie imprévue…

Marlen Sauvage

Un été à La Motte (2)

Un petit tour dans les environs de La Motte, pour apercevoir les Trois Becs alignés (photo de gauche), ces sommets – le Veyou (1 589 m), le Signal (1 559 m) et Roche Courbe (1 545 m) – qui trônent dans le massif de Saoû. Long de douze kilomètres et large de deux kilomètres, ce massif est le plus grand synclinal d’Europe : un pli d’une couche géologique de forme concave, en forme de cuvette. Ici, on trouve une flore et une faune exceptionnelles – sangliers, loups, bouquetins, cerfs, chevreuils et chamois…
J’avais entendu parler des Trois Becs dans un film très émouvant, Et je choisis de vivre, de Nans Thomassey et Damien Boyer. Il raconte le parcours d’une jeune femme qui vient de perdre son enfant d’un an, et qui découvre cette région de la Drôme où elle rencontre durant son ascension diverses personnes venues partager leur expérience du deuil. C’est à la suite de ce film que j’ai décidé de concrétiser le projet très ancien de me former à l’accompagnement en soins palliatifs. Et depuis ces images superbes, je souhaitais voir « en vrai » les paysages du film. Je n’ai tout vu que de loin, mes photos sont ratées, prises un après-midi caniculaire. J’en publie quand même deux, j’ajoute celle d’un photographe, qui donnera une idée du paysage. Et je ne désespère pas de marcher à l’automne dans cette montagne…

La photo du pro ! @photorandovercors.fr

Les orages à La Motte ne font souvent que passer, on entend tonner derrière les sommets alentour, espérant quelques gouttes, mais le ciel est avare en cet été 2020… Ce soir-là, il nous a tout de même gratifié d’un double arc-en-ciel et d’un lumineux embrasement avant la chute du soleil derrière les montagnes.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un été à La Motte…

Le village de La Motte Chalancon, je l’avais adopté à ma première balade… Y avais visité quatre maisons, décidée à m’installer là après les Cévennes, parce que les montagnes, les sentiers de randonnée, le lac… Et puis le stupide accident de parcours, les genoux en vrac après une mauvaise glissade, et j’avais abandonné l’idée d’une vie dans un patelin éloigné de tout ou presque. Trois ans plus tard, j’y reviens à cause d’une rencontre – c’est à quarante minutes de Nyons – et je ne me lasse pas des paysages et de cette ruralité apaisante. Là, je me sens en accord avec moi-même, revenue à ce qui me paraît essentiel.

Après une virée dans des gorges étroites où les arbres poussent à même la falaise, perpendiculaires à la roche, où l’on peut admirer le vol des vautours, arrêt dans le jardin de T. Je n’y fais rien, assise sur une chaise qu’il a placée à l’ombre, je l’observe prendre soin des tomates, arroser ; je me contente d’admirer la nature autour de moi, les sauterelles sautillantes, les carottes sauvages qui s’agitent sous la légère brise de l’après-midi, les nuages immaculés et la trace des avions. C’est le repos de l’esprit, l’intime sensation de faire corps avec les arbres, les herbes, le ciel, et d’avoir croisé un chemin qui mène à la sérénité.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Jardin sauce vinaigrette

6 h 45, je file au jardin pour un semis de haricots nains. Le soleil sur les cabanes patine le bois brut d’une douceur dorée. Ici, c’est la campagne à la ville, on est un peu en dehors de la vie, malgré le garage en face des parcelles ; en dehors dès l’instant que l’on a les mains dans la terre. Je n’avais pas prévu de retourner une fois de plus le bout de jardin non semé, mais c’est une terre à cailloux et à glaise, il faut casser les mottes et désherber encore avant de tracer les sillons et y jeter les graines.

Un coup d’œil derrière moi pour saisir ces tournesols orangés et l’intrus au milieu !
Deux heures après mon arrivée, il est temps de plier bagage, le soleil chauffe déjà, les promeneurs arrivent sur la digue, les élagueurs élaguent, et je traîne la patte jusqu’à l’appart… Oublié le massage ayurvédique d’hier…

Un petit café réparateur en arrivant, devant le bouquet de zinnias et le miel tout frais sorti de la ruche, cadeaux reçus hier lors d’une visite à des amis paysans. Et je déguste pour la énième fois la Vinaigrette n°3 – revue moléculaire de photo/poésie – qu’édite Sandrine Cnudde, avec un texte de Bérengère Cournut, qui donne envie d’en lire davantage de cette femme qui entend chanter les falaises.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet de famille – Une histoire de sœurs

Dans la vidéo qui suit, les peintures sont de Stéphanie Heendrickxen et la voix qui les porte est celle de Julie Heendrickxen, sa jeune sœur… mes filles. A l’époque de cette voix, Julie avait 18 ou 19 ans, elle répétait pour un concert donné par l’association du Grenier de la Rémarde, à Saint-Arnoult-en-Yvelines. Didier Sauvage l’accompagne à la guitare. Le Grenier, c’est un peu une histoire de famille, nous étions tombés dedans à notre arrivée dans le village, pour y faire du théâtre, fin des années 80 ; finalement nous étions mieux dans la musique et le chant, et nous proposions des soirées « cabaret », sans prétention, pour le plaisir. Julie y a trouvé sa place quelques années plus tard. Souvent, les spectacles étaient dédiés à des résidents de maison de retraite, au bénéfice des Restos du Cœur, etc. Quant aux images de Stéphanie, bien qu’elle ait depuis une petite vingtaine d’années élaboré une œuvre singulière autour des animaux ou des humains et de leur part animale, elles disent quelque chose d’elle enfant, lorsqu’elle imitait les cris des animaux à l’âge de deux ans déjà, qu’elle était à l’affût de la moindre petite bête, et que spontanément elle allait vers toutes, petites et grosses, sans crainte. A six ans, comme elle dessinait très bien, il était clair pour moi qu’elle s’acheminerait vers une carrière liée au dessin, ce qu’elle fit à 17 ans, en intégrant l’école d’arts visuels d’Orléans, juste après son bac. Son dada, alors, c’était la gravure… Je pense que cette touche est encore visible dans ses travaux actuels. Tout ce que je retiens de ces images et de cette voix, c’est une belle humanité, une grande tendresse pour la vie. Avec les années (20 ans !), il me semble que cela éclate encore davantage aujourd’hui !

Vidéo : Didier Sauvage

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Lavandes

Pour toi, Olivier D. !

Je sais bien, titrer sur Lavandes et envoyer une photo de tournesols, c’est pas très logique, mais voilà, c’est la dernière image de mon petit tour dans la Drôme, du côté de Clansayes où je cherchais des lavandes tôt ce matin… Clansayes, le village où je me promenais enfant – Montségur est à deux pas – la marche alors ne s’embarrassait pas de maux de hanche ou de genou ! J’ai retrouvé avec le même bonheur les paysages du passé. Un beau chêne vert posé sur la pierre. Et blés, herbes folles et foins.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Une escapade au Ventoux

Photo : Pierre Gernez

Une balade de quelques heures jusqu’au Ventoux, en voiture, par temps mitigé et grand vent, au sommet tout au moins. Partis de Bédoin, nous n’avons pu redescendre le Grand Géant sur son autre versant jusqu’à Malaucène, la route étant coupée. Tu prenais les photos, Pierre, et nous parlions peu ; la nature s’accommode si bien du silence…

Photo : Pierre Gernez
Photo : Pierre Gernez

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