Dans la série Je vous emmène (3)

J’ai poursuivi ma route et vu défiler ces paysages dans le silence.
« Le silence est comme une note suspendue qui permet de mieux entendre celle qui précède et celle qui suit. Il prépare la qualité de notre présence à l’autre et la profondeur de la rencontre. Le silence est une école du respect. Respect de la création. Respect de l’homme… »
Michel Hubaut, Les chemins du silence, DDB.

MS

Dans la série, je vous emmène (2)

En poursuivant ma route après Montbrun-les-Bains et un coup d’œil à la carte, je projette d’aller jusqu’au col de L’Homme mort (1211 m) qui relie la haute vallée du Toulourenc au plateau d’Albion. J’imagine qu’une légende entoure ce toponyme, comme en Hautes Cévennes le col du même nom

A Barret-de-Lioure, le paysage au loin est enneigé. Si Barret m’évoque forcément une barre montagneuse, j’ignore ce que signifie « Lioure » : plus tard, je trouve loira/loeria, loutre, en occitan.

C’est ici que la Méouge (près de 40 km de long) prend sa source pour traverser ensuite les Hautes-Alpes. Le village est perché. Il surplombe la vallée de l’Anary, et les montagnes au loin font partie de la chaîne du Géant de Provence, c’est ainsi qu’on appelle aussi le Ventoux. Au col de Macuègne (1068 m), je décide finalement de laisser sur ma droite la route du col de l’Homme mort, pourtant ouvert, pour filer vers Séderon et rejoindre Nyons par Buis-les-Baronnies.

Dans ces paysages de moyenne montagne, apaisants et lumineux sous le soleil froid, j’admire le graphisme des champs labourés et des vignes dénudées, toute la gamme des verts, des bruns et des roux. Je croise quelques fermes isolées, de grands prés, des champs de cailloux qui se confondent avec les troupeaux de moutons (pour moi qui suis décidément de plus en plus miro…), quelques vignes et vergers. Pas une voiture, pas de « gens »…

Une petite église perdue au milieu d’un champ retourné attire les regards, c’est celle de sainte Bernadette, lieu remarquable de la vallée de la Méouge…

Et dans la foulée, c’est ce mamelon qui retient mon attention. Je me demande s’il s’agit de safre… cette roche tendre, très friable, parfois grisâtre, que l’on trouve tout près de Nyons aussi. Est-ce du sable, de l’argile agglomérée ? Je n’ai pas de réponse précise sur le net et Le Robert 2019 ne m’aide pas, qui me propose seulement « verre bleu coloré à l’oxyde bleu de cobalt, imitant le saphir »… Si un géologue (même amateur) me lit, merci de m’éclairer.

Il est midi ce samedi 9 novembre (oui, je commente à rebours mes balades comme tous mes carnets…). Je termine ici pour cette fois. La route se poursuit, vous le voyez bien, et je soupire de joie en me disant que quand même, je vis dans une « bonne place » (petit clin d’œil à l’attention de José-des-Cévennes)…

Photos : Marlen Sauvage

Une histoire d’exils

Photo : Marlen Sauvage

C’est le temps des contes… Il fait frisquet, dans ce coin de Drôme, même si la neige n’est pas arrivée jusqu’à nous, et quand il fait froid ici comme ailleurs, depuis la nuit des temps, on se réunit pour se raconter des histoires. C’est le temps des Contes et Rencontres, la 32e édition du festival (je crois que les Contes et Rencontres sont nés ici). Et figurez-vous que là, tout de suite, au moment où je vous parle, je rentre d’une soirée avec Agnès Dauban, et un musicien – dont je n’ai pas retenu le nom, mais son surnom c’est Jojo – qui chante et accompagne Agnès pendant son dernier spectacle, Exils… Et c’est juste le cadeau de la journée.

Exils, qu’est-ce que ça raconte ? Devinez ! C’est tout ce qu’on entend, ce qu’on voit, ce qu’on vit, c’est à notre porte, ceux qui ont voyagé longtemps, ceux qui fuient, ceux qui errent, qui ont tout laissé derrière eux, qui ont traversé des mers et des montagnes, qui tentent de survivre, c’est eux, c’est tous ceux qui les accompagnent, c’est nous, c’est une histoire de gens, de liens, une histoire d’humanité, c’est tout ce qui est à côté de nous, et c’est « tout ce qui est en nous aussi » me dit Agnès Dauban, à la fin du spectacle. Car comme elle ne cesse de le répéter : « L’exil, c’est la rencontre ».

Elle a écrit ce texte, elle le joue avec talent, une présence étonnante ; elle nous emmène avec ses personnages, Lisa, Inuk, Moussa et les autres, et puis sa caravane de femmes, d’hommes et de bêtes qui finissent par les suivre. Et on rit et on pleure tout le temps du chemin.

Exils était donné pour la première fois ici à Nyons, à la médiathèque, ce samedi soir, dans une salle qui accueille une exposition de Bertrand Gaudillère (photographe) et Catherine Monnet (journaliste) intitulée Juste solidaires. « Les histoires et l’engagement de ces Français solidaires, devenus acteurs d’une des plus graves crises humanitaires et politiques du début du XXIe siècle. » Un très beau témoignage de solidarité, aussi.

Je ne connaissais pas Agnès Dauban, il paraît que d’habitude, elle fait plutôt rire, d’ailleurs sur le net je n’ai trouvé que cette vidéo ou celle-ci, plus ancienne. Si elle passe dans votre région, dans votre ville, allez l’écouter, ce sera cadeau aussi pour vous.

MS

Dans la série « Je vous emmène »

En route ce samedi lumineusement froid pour Montbrun-les-Bains, commune du Parc naturel régional des Baronnies provençales (qui ne fait donc pas l’unanimité !).

Pourquoi Montbrun ? parce qu’une carte du Parc justement le présentait comme un des plus beaux villages de France. Me voilà donc à 8 h du matin par 3° C, roulant sur une départementale qui traverse quelques jolis villages et un vignoble roux orangé, vendangé, où plus rien ne reste à grapiller (avec une pensée pour Agnès Varda – Les Glaneurs et la Glaneuse – grâce à laquelle j’ai confectionné confitures et gelées à moindre coût en Val d’Oise pendant des années).

L’herbe craque sous les pas, encore gelée, et de légers nuages de brume découvrent lentement le paysage, c’est beau à murmurer « c’est beau » (et je murmure)…

Je croise peu de monde sauf des animaux, tous plus accueillants les uns que les autres ! Des chevaux, des bœufs assez placides et quelques chèvres curieuses. Seul le bouc me fait m’écarter avec prudence quand je le vois gratter du sabot en me fixant… Je réalise qu’il est hors du pré, par-delà la clôture !

Je l’ai à peine vue, la petite jasse, noyée dans la végétation…

Et je finis par arriver vers 9h30 à Montbrun, après quelques égarements, compte tenu de ma distraction habituelle. Nous sommes au pied du Ventoux, à 600 m d’altitude, il fait 7° C. A voir : le beffroi, le château, l’église… Je commence par le petit marché du jour et quelques pommes bio, admirant en mon for intérieur les quelques forains courageux qui doivent battre le pavé depuis deux bonnes heures dans le froid.

Montbrun-les-Bains ainsi nommé en 1887, apparaît pour la première fois dans les chartes sous le nom de Montis Bruni (1274). Je retrouve ici encore la trace du fameux Baron des Adrets de mon enfance (si je peux dire !) en la personne de Charles Dupuy de Montbrun, « digne » successeur dudit baron, condamné à mort en 1575 par le Parlement du Dauphiné – cour souveraine de justice – pour toutes les exactions, pillages et cruautés qu’il a commis, en tant que chef des calvinistes. (Une famille dont il a déjà été question dans ce blog !)

Montbrun fait partie de ces villages perchés typiques en Provence. Les maisons en hauteur abritaient les étables au rez-de-chaussée, le logement sur un étage ou deux, et le grenier sous les combles. Elles datent pour la plupart du XVIe siècle, à l’époque où les guerres de religion imposaient une vie derrière les fortifications du village. La vie se développe plus tard hors des murs, dans la vallée. (merci Wikipédia)

L’église date du XIIe siècle, elle abrite un retable de Jacques Bernus (1650-1728) qui (en dehors de la décoration du chœur, du maître-autel, du tabernacle et d’une gloire en bois doré ainsi que du sanctuaire de la cathédrale Saint-Siffrein de Carpentras) a sculpté de nombreuses statues et mobilier pour les églises de la région provençale.

Le château de la famille Dupuy-Montbrun…

Textes et photos : Marlen Sauvage

Un monde perdu…

Mercredi 30 octobre. Je ne quitterai pas la Lozère sans réfléchir à l’organisation d’un stage d’écriture en mai prochain, ce que me rappelle gentiment mon hôtesse, pour faire suite à notre décision de l’an dernier.

Monique, qui a donc de la suite dans les idées, m’emmène à Saint-Laurent-de-Trèves visiter un lieu qui pourrait nous accueillir. Nous en profitons pour faire le tour du village, où nous croisons une petite dizaine d’habitants sur les 189 recensés en 2016. Le temple qui surplombe la vallée, arbore un joli clocher, tout est si paisible ici !

Ce n’est ni à ses maisons serrées ni à son clocher que Saint-Laurent doit sa renommée dans le coin, mais à la présence d’empreintes de dinosaures ! Nous grimpons donc sur le Castellas, un site naturel protégé (mais privé), aménagé par le Parc national des Cévennes il y a quelques années. La vue est magnifique ! N’est-ce pas que ce serait un endroit propice à la rêverie et à l’écriture ?

J’avoue que seule je n’aurais pas su lire les traces laissées par les mastodontes… La griffe bien sûr renseigne sur la direction de la marche ! Les empreintes sur ce site pourraient avoir été laissées par un dinosaure de 3 à 4 m de long. Elles courent le long de la pierre, érodées par le temps mais reconnaissables une fois qu’on a repéré « la fleur de lys » (n’est-ce pas, Monique ?) ! Il semble que quelques-uns de ces individus – apparus il y a 225 millions d’années, disparus il y a 65 millions d’années – se soient promenés dans le coin, selon mon guide qui ne tarit pas d’histoires d’empreintes découvertes ailleurs dans la vallée…

Photos : Marlen Sauvage

Ciels, mes Cévennes !

Départ pour la Lozère… je devrais dire les Cévennes lozériennes, au sud du département, vers Florac et Saint-Laurent-de-Trèves, pour rejoindre Monique qui m’accueille dans son beau moulin. Dès les premières crêtes schisteuses dentelées, plus ou moins érodées, qui dessinent d’étranges châteaux envahis par les pins sous un ciel bleu et quelques nuages voyageurs, dès les premières lauzes et les maisons de pierre, j’exulte, je respire les châtaigniers roux, les bouleaux, les hêtres. Ici l’herbe est d’un vert irlandais, mais il y a autant de verts que de bleus…, les murets de pierre sèche me parlent de courage et d’ingéniosité, les chemins m’invitent à la cueillette des champignons (je n’irai pas), les fougères rousses envahissent les fossés, les pentes réclament toujours de bons genoux…

Enfin, j’arrive au moulin de Grattegals près de sa rivière transparente. Le soleil a disparu derrière la barre rocheuse, le ciel est blanc, le temps d’un thé et des dernières confidences, il est bientôt temps de rejoindre le groupe à Florac pour l’atelier du soir.

Retrouvailles ! Huit personnes nous attendent, papotant joyeusement dans la maison de Mireille, embrassades, accolades, sourires des yeux, mains pressées, quel réconfort ! Et nous démarrons la lecture des textes issus d’une proposition de récit épistolaire, après avoir parlé de Jane Austen et de Lady Susan, et d’autres romans tels que Je vous écris, Hisashi Inoué ; Le fusil de chasse, Yasushi Inoué, 84, Charing Cross Road, de Helene Hanff ; Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, d’Annie Barrows ; Inconnu à cette adresse, de  Kathrine Kressmann Taylor), et j’en passe. Je reste époustouflée par l’imaginaire de ces dames, leurs talents d’écriture, et nous sommes captivées durant près de 4 heures par ce qui se raconte et que nous imaginons chacune pour soi derrière nos fronts penchés ou nos yeux rêveurs. J’attends les textes ! L’atelier se termine vers 23h30 après un repas partagé et la proposition donnée pour notre rencontre du mois suivant.

Le lendemain matin, surprise ! Les castors ont profité de la nuit pour dévorer quelques pieds d’arbustes le long de la rivière… C’est net et presque sans bavure… Nous tentons de repérer les traces de pattes et de queue sur le sable gris.

Nous partons à Saint-Laurent-de-Trèves visiter un lieu magnifique tenu par une jeune femme qui ne l’est pas moins, en vue d’un prochain stage. Arpentons le village où j’étais venue il y a près de vingt ans m’extasier devant les traces de pas de dinosaures… Une capacité que les années n’ont pas altérée. Et je reprends le chemin du retour avec quelques kilos de noix, un morceau de courge, des oignons doux et des châtaignes.

Le four à pain du moulin de Grattegals

Textes et photos : MS

Guggenheim & Thannhauser

Aix-en-Provence ce jour-là promettait la découverte enthousiasmante de dizaines de chefs-d’œuvre de la peinture impressionniste, post-impressionniste et de l’art moderne. Issues du Solomon R. Guggenheim Museum à New York, et pour la première fois exposées en Europe, des œuvres de Manet à Picasso en passant par Cézanne, Van Gogh, Picabia, Braque, Kandinsky, Paul Klee, Franz Marc, Matisse…, réunies à l’hôtel Caumont, donnaient l’occasion de revisiter l’histoire de la peinture à travers celle d’une collection et d’une vie, particulièrement tragique, celle de Justin Kurt Thannhauser. 

C’était en septembre, l’expo se terminait le 29… j’intercale ici quelques-unes des citations qui éclairaient la démarche des artistes. Car je lis toujours autant que je regarde… Et je puise aussi dans le catalogue les informations qui suivent.

Justin Kurt Thannhauser (1892-1976, ci-dessus) fait don en 1963 à la Fondation Solomon R. Guggenheim de 75 œuvres couvrant une petite centaine d’années. Sa famille, juive allemande, a subi les affres de la guerre, et le mécène a depuis perdu ses deux fils ainsi que sa femme.  Les raisons de cette donation, il les donne au New York Times : « Après avoir vécu cinq cents ans en Allemagne, ma famille est maintenant éteinte », « cette collection est  l’œuvre de toute une vie ». Avant lui, son père, Heinrich, avait déjà en 1909 à Munich marqué de son « audace artistique » une exposition de 200 œuvres parmi lesquelles 55 impressionnistes constituant alors « le panorama le plus complet du mouvement jusqu’alors présenté à Munich. » 

Bien incapable de photographier les tableaux, les ayant tous escamotés, et leurs couleurs étant loin d’être fidèles, je m’en tiens ici à quelques détails… Et à quelques œuvres, car j’ai tourné autour des toiles comme autour des visiteurs, pour mieux y revenir, sans pour autant améliorer mes prises de vue…

« Le motif est pour moi chose secondaire. Ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi. » Claude Monet

Monet, Le Palais ducal vu de Saint-Georges-Majeur, 1908

A propos du Palais ducal vu de Saint-Georges-Majeur, Monet assurait qu’il « n’était qu’une excuse pour peindre l’atmosphère (de Venise) ». Il avait été acheté 5 500 dollars par la Galerie Thannhauser en 1928. C’est le tableau je crois qui m’a le plus étonnée… Un panneau expliquait que « Cette œuvre est avant tout une étude de la lumière et de l’air, avec l’irisation scintillante du soleil qui se reflète dans l’eau et au loin la façade de marbre miroitant du palais. » C’est ça… et c’est magnifique.

« La couleur est la touche. L’œil est le marteau. L’âme est le piano aux cordes nombreuses. L’artiste est la main qui, par l’usage convenable de telle ou telle touche, met l’âme humaine en vibration. » Vassily Kandinsky

Seurat figurait aussi parmi les peintres exposés, et Matisse, Degas puis Maillol avec quelques sculptures superbes, j’en oublie.

Un petit tour par la boutique, des œufs aux oiseaux perchés, un cadran solaire, de la vaisselle anglaise… et j’offris à l’ami cher qui m’avait invitée ce jour-là le catalogue de la collection… que j’eus le plaisir de recevoir en cadeau à mon tour !

MS

Secrète Victoire

« Sortons pour étudier la belle nature, tâchons d’en dégager l’esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel. » Paul Cézanne

le frisson de l’air bleu et l’odeur bleue des pins que respirait Cézanne        un vœu à exaucer un vingt-cinq septembre        sous les arbres penchés        le chemin jusqu’au jardin        vers la Sainte Victoire        son chevalet posé ici puis là peut-être où une femme aujourd’hui délave les couleurs        dans l’horizon vibrant d’avant midi et les jeux d’ombre        la mauvaise heure        son œil encore quelque part        entre toi et la montagne        et cette vue recommencée de la majestueuse au grand pin si proche et si distante       massive Victoire épaulant  l’azur       cri incarné des entrailles de la terre         les yeux fouillent en quête du jaune du violet de l’ocre de l’orange brûlé qui manquent au paysage        les secrets regards du peintre        tout ce que tu ne mettras ni en couleurs ni en mots        sauf la voie vers le ciel        oblique        de la lame pétrifiée aspirant les nuages        et ton souffle court        et tes os transis dans la chaleur transparente de l’automne

MS

Boutikodon(s) à Mollans

Le titre sonne comme une invite, non ? Allons « boutikoder » à Mollans… Je vous y emmène ! J’y étais hier pour photographier ce village des Baronnies, à 20 km au sud de Nyons, et pour contribuer à l’initiative de Patricia, laquelle a ouvert il y a six ans la Boutikodon – qui comme son nom l’indique est une boutique où tout se donne… et se prend gratis. Que des choses en très bon état, car ainsi que le souligne la propriétaire, « le neuf peut se donner aussi » !

Vue du parking, un château (propriété privée) dont la construction remonte au XIIIe s, domine le village. Après avoir déposé mon tribut – 5 robes, une veste – et récolté 3 ou 4 pulls pour l’hiver, j’ai laissé sœurette et amie fouiner dans les bacs pour tirer le portrait du patelin. Le temps n’était pas de la partie, mais voilà…

Une petite chapelle semi-circulaire (Notre-Dame-de-Compassion,1851, ici à droite, dont on aperçoit les rondeurs sur la photo de gauche), marque l’entrée du village. En face, une tour médiévale et son beffroi (1720). Tout de suite, l’œil est attiré au-delà du pont par une fontaine publique (la fontaine au dauphin, 1713-1714) et un lavoir semi-circulaire. C’est pour eux que je voulais revenir !

Le dauphin rappelle ici l’appartenance du village au Dauphiné, jadis partie de l’ancienne Provence. C’était même un Etat (le Dauphiné de Viennois), sous l’autorité des comtes d’Albon, qui furent les premiers à porter le titre de dauphins. Titre qui revient au fils aîné du roi de France jusqu’à la Révolution de 1789. Ce n’est qu’ensuite que la région est divisée en 3 départements : Drôme, Hautes-Alpes et Isère (merci Wikipédia).

Le lavoir date de 1863, j’ai admiré ses arches et sa charpente…

Ci-dessus, un des quatre mascarons, très érodés, qui crachent l’eau de la fontaine. Il existe à Mollans un sentier balisé qui permet de découvrir une dizaine d’autres fontaines. L’église Saint-Marcel aussi est à voir… j’y retournerai par ciel bleu…

Petite balade en bas du pont pour découvrir de beaux espaces arborés, les vieilles pierres de ce village médiéval, les platanes typiques des villages du sud.

Et la vue sur l’Ouvèze, pauvre encore, affluent du Rhône (93,3 km) qui arrose Mollans et circule entre Drôme et Vaucluse.

Texte et photos : MS

LE jardin

« Une histoire ? Du solide, du tangible, comme un pot avec deux anses, fait pour être saisi, fait pour boire dedans ? »

Ma lecture du matin… celle de Christa Wolf (Aucun lieu nulle part et 9 autres récits (1965-1989), arrêtée en pleine vision, celle d’un jardin, « LE jardin », écrit l’auteur*.

…arrêtée par quelques coups à la porte, mon voisin de palier m’invitant à venir visiter les jardins familiaux dont une parcelle vient de nous être attribuée par la commune. Après le bonheur du jardinage en Cévennes durant quinze ans, j’avais abandonné l’idée de tout jardin, ce refuge de la pensée, dès mon arrivée dans la petite ville de Nyons.

Avant d’attraper mon appareil photo, je poursuivais ma lecture :

« Une vision peut-être, si toutefois vous comprenez ce que je veux dire. Depuis que nous le connaissons, cela ne fait d’ailleurs que trois ans, il n’a jamais pu montrer ce dont il est capable. Il apparaît aujourd’hui qu’il ne rêvait ni plus ni moins que d’être un jardin verdoyant, luxuriant, sauvage, exubérant. L’archétype du jardin. LE jardin. »

Drôle de coïncidence, la visite du jardin ce matin et ma lecture. Car j’en avais oublié la date et parce que je me suis procuré ce livre de Christa Wolf à la médiathèque il y a quelques jours.

A l’approche des cabanons, des parcelles, je ne tenais déjà plus en place. L’appel de la terre, l’appel du jardin ! Envolées mon apathie des dernières semaines et ma mélancolie ; des courges rondes orangées, des fleurs d’automne, des blettes, des sillons tout frais me rappelaient mes joies passées !

Avec la découverte de Christa Wolf (merci François Bon) et sa poétique du quotidien, je retourne à la vraie vie, les deux mains dans la terre, agréablement partagée entre rêve et réalité, entre réel et virtuel, puisque déjà je pensais à dire ici ma joie du jour.

Notre parcelle…

* Pour ma décision de ne plus féminiser les noms, vous pouvez vous référer à l’excellent article d’Audrey Jougla, dont je partage le point de vue à 100 %.