Carnet du jour (11)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mercredi 8 février
De retour d’un long week-end à Aubres et Avignon. Et toujours pas repartie à Rome… Les oliviers des Baronnies valent ceux de partout ailleurs. Week-end sans repos puisqu’en formation mais pour le plaisir et la connaissance des autres. J’ai laissé filer la semaine dernière, chargée d’ateliers, et de ce beau projet de Caravane avec Quoi de 9 et le Gem de Florac. Retrouvé Sophie pour cette aventure collective. Aujourd’hui sera journée d’écriture, une maison attend de connaître son secret. Le soir sur Youtube, écouté Ricœur et Bachelard.
« Le même souvenir sort de toutes les fontaines », disait ce dernier, justement.
Long coup de fil de P., bonheur d’échanger sur l’actualité (dont je ne me repais pas pourtant, c’est le moins que l’on puisse dire), sur son métier de professeur, elle si engagée, si intelligente, si audacieuse dans ses propositions… et courageuse finalement.

Ce soir du 9 février, je me réjouis ! De quoi donc ? Je ne sais mais j’ai le cœur en joie. Peut-être parce que je viens de terminer de préparer l’atelier de demain… 1h30 de transcription de textes et autant ce matin pour imaginer des propositions qui pourront coller aussi avec le projet plastique. Rangé mon bureau, autre occasion de me réjouir. [Des petits bonheurs qui ne me coûtent que l’effort du rangement… un bonheur qui coûte, il va falloir que je réfléchisse à ça ! me dis-je en transcrivant ce journal] Réunioné trois heures durant pour la préparation du prochain festival [du livre]. Signé le nouveau contrat de mission et envoyé mes colis à S. Papoté avec A. ce matin, répondu aux mails, tweets, messages FB. Comme l’impression qu’il n’y a que l’activité qui me convienne en ce moment.

Dimanche 12 février. Aujourd’hui anniversaire de C. Hier c’était celui de ma fille chérie. Je ne peux me faire à l’âge de ces deux-là… Repensé à la discussion avec K. hier et à ses mises en garde. Dormi l’après-midi, pour noyer ma fatigue et ma lassitude.

Mardi 14 février. Moral en bas mais aujourd’hui est un jour faste. Versé quelques larmes en contrecoup au merveilleux film de Beineix, 37,2 °C le matin, que je n’avais jamais vu et dont l’héroïne m’a bouleversée (jamais lu le buquin de Djian non plus). Superbe Béatrice Dalle qui en avait dans les tripes… Quelle beauté, quel jeu. Sa folie me parle et j’ai pensé qu’avec les années tout de même je m’étais calmée. Bon, je ne me suis jamais non plus arraché un œil… Mais quelle sensibilité à fleur de peau, quelle écorchée vive, et je prends conscience qu’un homme a imaginé cette fille-là ! Il a dû la connaître, impossible autrement !
Comme un baume sur mes états d’âme, un cœur percé par Cupidon… Il ne tient qu’à soi d’accepter les cadeaux pour ce qu’ils sont. Aujourd’hui aussi, vu 4 épisodes de Belphégor, après avoir écouté Gréco sur le net. Je ne connaîtrai sans doute jamais la fin, ça a trop vieilli. Quand je pense que nous nous étions pris une rouste pour avoir tenté d’écouter le feuilleton derrière la porte ! Nous devions avoir 6 ou 7 ans ! Avant-hier et hier, c’est Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli qui m’avait bouleversée. J’ai pensé fort à S. qui ressemble tellement, je trouve, à ce Christ. Robert Powell… S. ne serait sans doute pas d’accord, d’ailleurs il n’en a pas les yeux. Les siens sont mordorés, bien aussi troublants d’ailleurs.

Le 18 février, samedi d’atelier autobio, avec 8 participants, des larmes et de belles discussions, dans ce lieu magique face à l’Aigoual, à la Rouvière, chez A. Fait la connaissance de A. sculpteur, randonneur, peintre, amoureux de la Nature. Quel bel homme à pleurer… que pleure A. toujours… Cet après-midi rangement, nettoyage par le vide. Hier vendredi belle journée ensoleillée, la première depuis plusieurs jours après pluie et froid, et brouillard, où j’en ai profité pour une balade jusqu’à Gardies, accompagnée par les chiens de N., méditation face aux montagnes, au sud, face au soleil. Grand bonheur et sérénité. Visite à E. qui a ses petites-filles craquantes près d’elle. Invitation à dîner avec T. et T. (quel merveilleux jeune homme que ce garçon de 12 ans, quelques mois de moins que Justin. Un amour aussi, mais brun aux yeux marron…) J’ai terminé de lire Thriller de je ne sais plus quel auteur anglo-saxon. Des fous rires souvent. Ecrit et finalisé le secret de la septième maison. J’ai terminé par la Crêpière… Proposer autre chose à Jan maintenant…

21 février. Rentrée ce soir de l’atelier du mardi soir sous une avalanche d’étoiles plantées dans un ciel pur. C’est cela aussi que j’étais venue chercher ici. 
Atelier d’un dynamisme rarement égalé… et d’une joie de vivre ! Avons-nous jamais autant ri ? Une enfant malicieuse dans chacune de ces femmes et de bons fous rires à pleurer. Quel bonheur ! Me souvenir plus tard combien cet atelier m’a réconciliée avec le quotidien, quand je sais tout ce qu’abritent ces vies derrière leurs visages joyeux.
Déjeuner sous le soleil du début d’après-midi chaud et doux. Passé ce matin au village pour déposer des bricoles. Commencé Montedidio prêté par C. et T. Superbe écriture de De Luca comme toujours. Je cherche une idée de structure pour la bio de P. et cette option fragmentaire me plaît tellement… Le talent de Erri de Luca tout de même… A. me dit ce matin que sa journée serait belle et ensoleillée comme moi. Quelle chance j’ai !

22 février. Journée ensoleillée et jardinage intense, taille des rosiers, de la vigne, la passiflore, nettoyage des parterres, sorti les plantes en pot. Depuis 2 ou 3 jours, je déjeune dehors, médite à l’écoute des oiseaux, leurs chants sont si différents, et depuis que je sais comment ils les apprennent, mon écoute est remplie d’émotion. Ce soir un couple de mésanges charbonnières faisait la navette entre le mirabellier et la glycine. J’avais l’impression qu’ils lorgnaient le pigeonnier, se demandant s’ils ne pourraient pas le squatter ! 
Nouvel aller-retour à SC. En raison des travaux, j’y ai laissé les baguettes de protection de la portière droite… et la pierre a rayé tout le bas de caisse… Rangement de la paperasserie, tri des dizaines de cahiers sur les rayonnages, et des ateliers « volants » qui ont retrouvé leurs classeurs. Ereintée et dans mon lit avant l’heure après une douche salvatrice. Décidé de lire Montedidio au calme, demain il fera jour.

Carnet du jour (10)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 26 janvier
Nous sommes mercredi ou jeudi ? Jeudi. Qu’ai-je fait depuis le 20 que je n’ai pas noté ici ? Samedi 21, atelier d’écriture autobiographique à Barre. Mardi, premier atelier Caravane des 10 mots à la bibliothèque de Florac avec un groupe hétérogène mais attentif. Heureusement, Sophie est là pour me rassurer sur mon intervention.Quinze ans de pratique et toujours le trac avant une aventure comme celle de faire écrire… Aujourd’hui jeudi, descente à la Combe pour sortir Whisky. Tout était blanc de neige, 23 cm au final ! Suis partie à la rencontre de V. en début de soirée, qui avait dû laisser sa voiture au pont des Terrades. Papoté sur skype, blogué à propos de ma petite virée dans la neige. Tricot pour S. Je vis au jour le jour dans cette conscience-là…

Le 27 janvier
Skype avec Stef qui s’inquiète de voir son chum se consacrer à son travail au détriment de sa santé [mais l’équipe « son » a remporté le 26 février l’Oscar du meilleur montage sonore pour le film Arrival de Denis Villeneuve 😀 ) Parlé des soucis des autres, qui la touchent, et  je lis le désarroi dans son grand cœur. Encore des petites choses en carton… La pluie a fait fondre toute la beauté du dehors. Téléphoné à L.  ce soir encore à l’hosto, qui vend sa maison, me parle de communauté de vie, de biens…

Le 28 janvier
Généalogisé toute la journée, un peu en vain, à fouiller la lignée de Jeanne T. Ménage à fond et un seau d’eau sur tout le corps en faisant un faux mouvement… Rincée, fou rire, joie. Terminé la deuxième jambière pour S. à l’écoute de F. Culture. Réécouté l’émission de Matthieu Conquet avec cette flûtiste franco-syrienne Naïssam Jalal, et cet Américain génial, qui ne s’est pas trompé sur Trump et dit les choses avec une violence froide et blanche (pas noté son nom).

Le 29 janvier
Terminé ce dimanche Les Suprêmes, de Edward Kelsey Moore, plein d’humour et d’humanité. Qui a bien pu m’offrir ce livre ? Passé ma journée sous le signe du repos, le mot du jour, surgi pendant ma méditation matinale. Descendue au village déposer jouets, laine et chaussures au Pétassou, mais trop tôt… Revenue avec du pain et retournée deux heures plus tard, contente de m’être encore obligée… En guise de repos, tricoté un bonnet assorti aux jambières, en ai cousu un autre pour moi, retrouvé parmi des pelotes de laine, non terminé, lavé le tout et voilà ! Cuisiné ris de veau et blettes pour mon repas de midi. Préparé une sauce tomate avec les kilos congelés. Résultat : 10 pots qui ont stérilisé pendant que j’écoutais F. Culture.

Photo MS  (Si, si, je tricote…)

Et brûle la montagne…

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En regagnant mon coin de Cévennes hier après-midi par la route du Pompidou (le village sur la photo), la montagne brûlait ici et là, et j’alternais les regards vers le bleu puis vers le plus sombre, jusqu’à la Cam de l’Hospitalet, où le paysage était superbe, crépitant de brûlis. Quelques images et un peu de vent…

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Texte & photo : Marlen Sauvage

Carnet du jour (9)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mardi 10 janvier
Jour anniversaire (1976). Mais alors c’était un samedi. Je suis retournée place Montparnasse  où l’année précédente tu m’avais emmenée, et de retour à l’hôtel pour une sieste après ce repas arrosé, nous nous étions réveillés trop tard pour que j’attrape mon train vers la Drôme. Emancipée grâce à toi. J’ai revu la tour avec les yeux de mes dix-huit ans. Photographié une fontaine Wallace pour Stef à qui j’en parlais au Spa Mathers, près de Montréal, où une copie trône dans le restaurant du lieu. J’ai passé deux heures à La Marine (Je me répète que Montparnasse est le quartier des Bretons, et j’arrive à supporter ce nom de bar aujourd’hui) où nous étions allés avec les C. après avoir vu Emmanuelle au cinéma du coin ; j’ai commandé une Leffe puis une autre, et comme c’était la happy hour, j’ai eu droit à la double ration sans avoir rien demandé… A notre santé !

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Mercredi 11 janvier
Changer de regard… La solution à  cette « leçon » qui me rappelle que j’échoue systématiquement dans « le juste et l’harmonie » ?

Jeudi 12 janvier
Je me pose toujours les mêmes questions quant à la vanité d’écrire… Et ce qui nourrit l’envie… la vie, les rencontres, les échanges, les frôlements de regards, d’âme à âme, la tonalité d’une voix et même la présence de tombes protestantes sur le chemin de mes ballades, le souvenir du goût de la cerise, du temps accordé au temps, de cette grâce à méditer devant un océan, de l’étonnante mémoire du corps à l’évocation d’un moment de tendre sauvagerie… Est-ce que se tiendrait là le lieu de l’écriture ? Je me nourris de tout. Je me disperse. Je suis de nulle part. Je n’ai pas d’archipel sauf celui de l’enfance et les lieux éphémères où elle m’a portée. Alors, oui, le souffle peut-être vient-il de là, de cette absence de racines, de ce non lieu. Je dois porter en moi le souffle d’un non lieu.

Dimanche 15 janvier
Je dors environnée de petites poupées de porcelaine. L’amitié console de tout.

Lundi 16 janvier
Elena Ferrante et Les jours de mon abandon en gare de Nîmes. La banalité du thème me vaut quelques sourires. Dans le train du retour, j’ai manqué la photo de cet avion, énorme, qui en pleine descente, volait entre le haut de la vitre du train et un fil électrique au premier plan. Regretté mon manque de réactivité. J’ai contemplé, c’est tout. (Je devrais dire, c’est bien.)

Vendredi 20 janvier
Me laisser tomber dans la situation, comme le préconise François Roustang, psychanalyste et philosophe.

Carnet du jour (8)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

2017 – Le 3 janvier
Anniversaire triste de la mort de Sylvia. Et toujours là sa page FB…
Visite surprise de B., je l’emmène à l’atelier. Belle soirée. Dormi tard dans l’après-midi, toujours sous le coup du décalage québécois. Et à une heure du mat’, en pleine forme… Pas d’inquiétude majeure quant à l’avenir proche qui se dessinera comme bon lui semblera. Je suis dans une attente sereine. Me détache doucement de mon affection pour cette maison. Peut-être même j’en souligne à dessein les défauts… On a les boucliers qu’on peut.

Le 4 janvier
Atelier au GEM ce mercredi. Je pensais en roulant à ce projet de transcription de mes « ateliers de campagne », à dire la nature dépouillée de cet hiver entamé dans un froid tout relatif (je suis rentrée de Montréal où la température a frôlé les -25 °C), les châtaigniers décharnés et gris dans le bleu pur du ciel, la route du causse traversé et retraversé durant 15 ans maintenant et dont je ne sais pour combien de temps encore. Je voudrais cette année positive, engranger de beaux et bons souvenirs. Pour aujourd’hui, ce serait l’appel de A. et la demande de S. de publier dans son journal d’atelier mes haïku sur les nuages !

Le 5 janvier
Je lutte contre moi-même pour ne pas céder à la tristesse. Au catalogue des réalisations du jour, plein de choses parmi lesquelles la balade sur le chemin de la Combe dans le froid de l’après-midi qui m’a revigorée ; les jambières terminées pour Stef, le grand ménage en bas et la préparation de ma valise pour ma virée à Paris. Je n’ai cessé de chasser mes mauvaises pensées, quand l’une revenait, je me rappelais à l’ordre. Prendre soin de soi c’est aussi se garder la tête « propre ». Au chapitre des objectifs atteints, le vase communicant enfin posté sur le blog dans l’attente de sa publication demain matin.

Le 6 janvier
Je renonce ce soir à écrire le 3e atelier de François Bon. Mon idée de cour du Gem de Mende ne conviendra pas, je ne peux y retourner avant 15 jours et j’ai déjà perdu suffisamment de temps entre la grippe et les soucis d’ordinateur. Dans la série « soyons positive », je retiens de ma journée cette balade à l’invitation d’E. sous le soleil et dans le froid vif de l’hiver, mon mal de tête du matin a persisté malgré ce grand bol d’air pour se maintenir jusqu’à ce soir. Séquelle de grippe ? Dès demain je m’adonne au nettoyage de la cave. Et comme Sam ne viendra finalement pas me rendre visite, je commencerai mes publications pour reprendre un rythme de croisière…

Le 7 janvier
Après la petite voix qui m’invite à me fier à mon inspiration et mon intuition pour prendre mes décisions, je pense à cette autre voix (celle de B.) qui a l’art de parler sans se tromper sur un certain nombre de choses… Il fait très froid ce matin et je n’ai pas le courage de trier la cave… Je ne serai pas là samedi prochain et je vais commencer à perdre du temps ! Allez, j’écris pour FB et je m’y mets avant la fermeture de la déchetterie.

Le 9 janvier
Aspirer au meilleur pour le voir advenir. Le genre de pensée qui me convient.
Placé la journée sous le signe de l’harmonie dès  8 h ce matin et la méditation guidée par Minnie. Quelle ouverture du corps (et de l’esprit je l’espère !) en retour… Depuis tout a été harmonieux dès le café jusqu’à la finalisation de la valise et mon rendez-vous avec M., notre discussion malgré ma maladresse, puis la route et enfin la gare où j’attends mon train… Journée harmonieuse parce que décidée telle. Une question de regard, comme me le disait Robert Misrahi il y a si longtemps.

Des pas sur le causse

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Chemin entrouvert
Un but à notre balade
~ La beauté du causse

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Dans la magie blanche
Nos pas foulent le silence
~ Le regard suffit

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Pures stalactites
Que tu décroches, vainqueur ~
Epée dans le ciel

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Les murets de pierre
témoignent du temps qui passe ~
Immobilité

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Peu de vie ici
Derrière tous les volets ~
L’été attendra

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Pour Sam, janvier 2017

Texte et photos : Marlen Sauvage

Blanc comme neige

chez-moi
Ce matin, réveil dans un étrange silence, bien différent du silence habituel, et je n’avais rien vu venir alors que deux jours auparavant j’avais cru déceler dans le ciel le poids de la neige. Elle était là derrière le rideau, enveloppant le paysage devant la maison, et à l’arrière, occultant la vue sur la montagne plus loin et l’autre versant de la vallée.

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Je devais ce matin aller jusqu’à la Combe del Salze pour sortir Whisky, le chien de mes voisins et c’est ce qui me tira vraiment du lit. Pourtant je dus attendre qu’il cesse de neiger avant de partir à pied. Je voulais prendre quelques photos et ne pas me mouiller inutilement bien que le trajet par la route n’excède pas deux kilomètres. Un pic martelait un tronc de toute sa vigueur.

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J’admirais en passant devant lui ce vieux châtaignier qui avait résisté à toutes les tentatives de détrônement par son propriétaire, mais c’était bien lui le roi de ce pré.

chataignier

descenteLe crissement de la neige sous mes pas m’entraîna dans une méditation en mode alpha dont je ne sortis qu’après quelques centaines de mètres et je me réveillais sous la voûte des châtaigniers enneigés dont les branches parfois ployaient jusqu’à terre au milieu de la route. A La Baume, je décidai de photographier la première maison surplombant les prés avant de bifurquer vers la Combe…

la-baume

valleeJ’admirais cette blancheur qui embellissait encore ces petites montagnes. Je voyais dans cette beauté l’appel du pays pour que j’y reste… Ou le cadeau de la nature avant un prochain départ…

A la Combe, c’est un paysage de chênes verts plus que de châtaigniers. Avec la neige, je remarquais le toit de la clède qui se fondait habituellement dans les couleurs de la nature.

terrasse

Je retrouvai en contrebas la terrasse qui donne sur la vallée, tous les pots de fleurs recouverts d’une couche de neige épaisse, et plus tard j’admirais un lys jaune en pot, me disant qu’il n’y avait que Véro pour garder d’aussi jolies fleurs en cette saison. 

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Sur la route du retour après les manifestations de joie de Whisky et les gâteaux en récompense, je m’exhortais à sortir de ma zone de confort, à imaginer une suite  à cette vie cévenole. J’avais rangé mon IPad et mal m’en prit car un renard apparut soudainement sur la route et s’enfuit à mon approche. J’observais ses traces dans la neige et l’escarpement d’où il était sorti.

renard

Plus loin ce furent les pas d’un chevreuil qui avait descendu le pré et traversé la petite route qui mène à la maison. 

chevreuil

Je décidais d’aller enfermer Uma dans la clède ce qui me valut des bêlements de dénégation une fois la porte refermée sur elle… Et pendant que la neige continuait de tomber, je retournais près du poêle, face au paysage blanc.

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Texte et photos M. Sauvage

Carnet du jour (7)

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Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi… De l’art de cultiver le leurre, disons…

2017 – Le 2 janvier
Levée tôt – 4h45 – parce que le sommeil m’avait fui depuis une petite heure et que me trottait dans la tête ce vase communicant prévu pour… le 6 ! La rencontre (et le silence) seraient mes thèmes, je les ai proposés hier à Huê. J’ai alors remis la main sur Les chemins du silence, de Michel Hubaut, que je lis pour la troisième fois au moins. Une redécouverte, la confirmation de ce que la vie m’a appris encore récemment, je devrais dire « resservi » avec sa patience légendaire. De deuils en ruptures, je comprendrai enfin…
Je tiendrai peut-être ici ou ailleurs les résolutions de l’an 17. A imaginer, à écrire, d’abord. Avec un chiffre pareil, l’année ne devrait qu’être merveilleuse. Y croire avant tout. En occultant les horreurs du monde. Quand je ne peux plus écouter la radio et que lâchement je les évite… Reste mes engagements que je tiens un crayon à la main et la main pour « cliquer »… Quel engagement… pfff.
Avec la conscience de ma petitesse, dans mon carnet de résolutions, il y aura celle d’écrire à la demande de Sylvie une pensée positive chaque semaine. Je pourrais commencer là : dans le silence, partir à la recherche de soi, à sa propre rencontre plutôt, et cette attention à soi, cette tendresse, savoir qu’on la partagera d’autant mieux ensuite. Enfin, ce serait l’idée du jour…
Poursuivre la biographie de mon père. Quelle contrainte pourrais-je bien m’imposer pour y travailler régulièrement ? Je repense à l’enthousiasme de Michaël, rencontré à Montréal, et à son intérêt pour cet homme qui n’avait rien fait de spécial de sa vie (lui ai-je précisé)… Mais j’ai l’enthousiasme communicatif il faut croire. Dans ce que me réserve cette année – et je sais ce qu’il en est pour l’essentiel – trouverai-je le temps ? Oui. Il suffit de le vouloir (me dit ma petite voix).
Et tiendrai-je enfin ce journal de mes ateliers, plus ou moins fictif, enfin, reconstitué, tel que je l’ai imaginé il y a trois ans déjà ? Je continuerai à prendre des notes, au moins, pour le publier plus tard… Il y a aussi l’atelier d’écriture de François Bon, mais cela, je m’y tiendrai. Ma respiration. Marcher avec Eve tous les dix jours, et j’ai intérêt à m’y mettre davantage si je ne veux pas totalement rouiller. Ne pas trop me charger cette année qui sera rude. Les ateliers et ma contribution à diverses choses rempliront mon espace déjà. Vivement que je retrouve mon ordinateur ! Un mois déjà sans cette extension de ma main et de mon cerveau, c’est difficile ! Comme j’aimerais reprendre les enregistrements, les lectures vidéo… Allez, j’arrête de me disperser.

 

Carnet du jour (6)

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Toujours décalée dans la transcription de ce qui devait être un journal, après avoir dû être le carnet de Rome… Mais revenons-en à ce 17 décembre, où arrivée à Montréal pour une quinzaine de jours, je restai sagement au chalet d’Oka, sur les bords du lac, entorse oblige, et ce sera l’occasion de quelques photos encore de ce séjour familial.

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Au chalet d’Oka, donc, tandis que la neige poursuit son entreprise de revêtement. Le lac est invisible. Quelques skieurs de fond s’élancent, ils ont déjà filé. Derrière moi plusieurs hommes étudient une carte et commentent leur future randonnée, j’aime l’accent d’ici. Mais l’un d’eux est français, probablement, il ne chante pas comme les autres, il parle plat. Ici, certains ne vivent que pour l’hiver et ses activités. D’autres s’enferment et pestent contre le froid.

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Je cherche la contrainte à m’imposer pour écrire cette année, et repense à ces idées d’écriture égrenées dans mes carnets. Il ne me reste plus que 13 jours de haïku à publier. Cette discipline d’un haïku par jour depuis le 1er janvier dernier m’aura convaincue que le plus petit objectif peut aider à tenir jour après jour. Mais terminer déjà ce qui est commencé : les petites fictions à partir de la phrase introductive d’une histoire de Ambrose Bierce, traduite par François Bon (Histoires de fantômes, éditées au Tiers Livre) ; ces secrets de maison publiées sur le site des Cosaques et poursuivre mes productions élémentaires, – comme Valéry je crois nommait les natures mortes –, ou cette biographie commencée il y a deux ans…

Le 19 décembre
Ce troisième jour, visite au Spa Mathers. Un jour, je raconterai l’histoire de cet homme mégalomane et de son corbillard en vitrine… J’y découvre le massage hawaïen Lomi Lomi, pratiqué avec les avant-bras et les poignets dans une ambiance monoï et musique ad hoc, offert par mes filles pour ce énième anniversaire… J’en ressors complètement essorée, après un passage en cabine de neige à -8°C et un jacuzzi à l’air libre par -25°C…

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Le 22 décembre
A la fenêtre de ma chambre, Félix vient me parler. J’admire ce grand chat noir sur la neige tombée cette nuit. Il observe ses traces en rond sur le sol, il me rappelle ce chien de l’enfance, Milou, devenu fou à tournoyer autour de sa queue…

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Le 24 décembre
L’épisode Lomi Lomi suivi d’ablutions par températures négatives, très négatives, s’est évidemment soldé par une grippe déjà sournoisement installée…
Le Père Noël passe encore par ici, même sous les sapins de carton et j’ai retrouvé la joie de  décorer ce petit arbre complaisant avec Justin, quand depuis près de dix ans, aucun Noël ne nous avait réunis…

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Le 28 décembre
Visite à l’atelier de Stef, à Saint-Eustache, dans la même rue que le magasin général de la photo… Nous agençons les tableaux, le chevalet de peintre, l’outillage, dans ce salon de coiffure-peinture (il n’y a qu’ici que l’on voit ça, non ?) que se partageront trois artistes dont une peintre-coiffeuse amie…

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Entre deux tasses de thé, toujours vacillante avec maux de tête et toux persistante, je pars me balader à Deux-Montagnes, près de cet autre lac, si beau en cette saison. Les mouettes se chamaillent au milieu de l’eau gelée, on aurait envie de s’aventurer dans ces nuances de bleu. Un grand-père et sa petite-fille se racontent des histoires sur un banc face au lac. Je ne perçois que le son de leurs voix et le rire de l’enfant.

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Le 29 décembre
La veille de mon départ et de la rencontre avec Eduard, le paysage était toujours aussi enneigé. A chaque course, pelletage et déneigement de la voiture… Je me suis essayé à briser la glace prise sous la neige, avec l’outil adéquat, ce qui n’a pas manqué de m’achever.

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Le 31 décembre
Partie le 30 au soir, je suis arrivée aujourd’hui 31 à 10 h 30 à l’aéroport Charles-de-Gaulle à Paris, où j’erre dans les couloirs, complètement étrangère aux mouvements alentour, fatiguée par le vol. Il y a foule, bruit, tout ce que je déteste. Je finis par sommeiller sur une chaise de bois à la porte annoncée. Après avoir attendu deux heures de plus que prévu, c’est ailleurs qu’il faut embarquer, sans en avoir été avisés… Il est 17h30. Nous quittons Paris…

Carnet du jour (5)

imageNon, ce ne sera décidément pas un journal, ni la transcription de celui que je tiens dans ce carnet bleu « de Rome ». Ou alors un journal en différé. Écrirai-je jamais sur Rome ?, me demandai-je un 23 novembre 2016. « Le temps a passé depuis le 26 octobre 2013, comme à reculons, vers un désastre annoncé. (Quelle drôle d’idée… Sans doute pensais-je le désastre derrière moi, ou plutôt l’avais-je pressenti, aussi j’y retournais fatalement.) Je reprends le carnet bleu, il sent la moisissure d’avoir croupi ces trois années dans le tiroir d’une commode, dans une pièce non chauffée. Mais cette odeur me dit son attente, son désir de moi, de mes mots, et je fais le vœu de ne pas le lâcher, de me cramponner à ses pages blanches, puis ocre jaune, et de les noircir pour accomplir leur destin. Au dehors la tempête s’est levée dans la nuit, après le déluge de la pluie ces derniers jours qui a réveillé toutes les cascades au flanc des routes, gonflé les gardons, abreuvé les champs. La tempête s’est levée et, étrangement, le calme m’a envahie, installant avec lui la confiance en l’avenir quel qu’il soit.

(…)

Le 6 décembre 2016 – Il me sera impossible de transcrire ce qui précède dans ce carnet bleu, sur le blog. Trop intime et puis, qui cela intéresserait-il ? Je parlerai donc de Rome, uniquement de Rome, ville fantasmée plus qu’arpentée. En ce jour de migraine, alors que le temps est au beau, dehors dans le ciel placidement bleu les cimes des châtaigniers ne bronchent pas d’une branche, je construis dans ma tête le texte destiné à l’atelier de François Bon. Un lieu point virgule un lieu. Pour moi ce sera ça.

le 10 décembre – Trente ans de Ballet Bross’ ce soir à la Genette. Beaucoup d’énergie dans ces spectacles de danse. Les plus anciens ont ma préférence, serait-ce que je vieillis ? Ecriture minimaliste dans le travail des plus jeunes, voire pas d’écriture du tout. Revu avec bonheur quelques ami(e)s. Terminé la correction de la thèse sur le polar noir, de Amin. Mais c’était hier. Donc, je vieillis. D’ailleurs demain jour anniversaire. Le sanglier marine et je n’ai aucun humour pour aucun jeu de mots.

Le 13 décembre – Réveillée pour le haïku ! En flânant sur FB, traversée par les images d’un long rêve où de jeunes femmes dansaient en short noir (réminiscence du spectacle de Ballet Bross’ sans doute) et puis cette soirée où je me rendais avec une amie (impossible de la reconnaître pourtant), à pied, parce que je n’avais pas compris qu’il fallait prendre la voiture. Une histoire aussi de gâteau ou de confit que je n’avais pas goûté en raison d’un malentendu. Bref c’était le rêve du malentendu et de l’incompréhension qui n’engendrait aucun conflit, seulement la sensation de passer à côté de la plaque, à côté de l’essentiel. »

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