Carnet des jours (28)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Samedi 18 novembre 2017
Retour en famille après ce séjour tunisien quelque peu écourté. Le futur me hante. Où vivre ? Maison ou appartement ? J’abandonne petit à petit l’idée de la maison à La Motte Chalancon. Trop froid l’hiver. Trop loin de tout. Splendide pourtant au milieu des montagnes… A ma taille, le village.

Lundi 20 novembre
Tour des agences de location. J’en retiens une. Rentrée avec des exigences… ressortie avec tout à la baisse.… ou à la hausse, selon le point de vue. Mais à Nyons, quand même, mon choix est fait.
Un petit mot de Sylvie pour me remercier des textes et photos publiés pour le projet Curious Eyes. Elle dont l’expo a rassemblé plus de 200 personnes par jour durant trois jours ! « Sois heureuse aussi dans ce que tu vis, le chemin nous apparaît mieux tracé à nos âges, il suffit peut-être simplement de le poursuivre avec légèreté. Et de continuer à écouter. » J’aime cette femme qui photographie des toiles d’araignée et des coquelicots… Et des poires, aussi…

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 ©Sylvie Chaudoreille

Du 21 au 24 novembre
Visites d’appartements. A l’extérieur de la ville, une résidence de petits immeubles bas, ocre rouge ; piscine… Des chaînes sur le parking. On domine tout. Champs d’oliviers. L’appartement est ridiculement petit. Tout est aménagé. Plus rien à y faire. Et tout est étroit, je ne bougerais pas un orteil ici. Une terrasse quand même… qui donne sur un parking et sur le bâtiment des activités estivales, moche comme tout… Ici, on promet aux propriétaires au moins 5 000 euros de revenus annuels s’ils confient la gestion de leur bien au syndic. Pfff ! Et ils n’ont droit qu’à une semaine en saison pour résider dans leur appartement. On peut déroger à cela me précise-t-on. Ailleurs, en haut de la ville, sur une route principale mais dans une résidence hyper sécurisée… un appartement, grand, ensoleillé, loggia… garage… place de parking… Mais une seule chambre. Ailleurs encore. Ah ! celui-ci avec deux chambres, des poutres au plafond, une cheminée… sur une placette loin de l’agitation relative de la ville. Entre une esthéticienne et… une cave à vins… Je fréquenterai plus l’une que l’autre, me dis-je instinctivement ! Coup de cœur. Pourtant une volée d’escaliers, pas de balcon… Oubliées mes exigences. Coup de foudre. On dit qu’une « maison » c’est comme un amour, la « rencontre » est imprévisible, on ne sait pas dire pourquoi on aime mais c’est là. Et bien c’est là. Comme j’écris ce journal à rebours, je ne me souviens plus de la date, pourtant j’aurais cet anniversaire à fêter, dans ma nouvelle vie.

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Samedi 25 novembre
En route pour les Cévennes pour tri, rangement, autres cartons… Les chats s’en sont donné à cœur joie et la maison doit faire restau pour les matous voisins… Brigitte m’accompagne. Efficacité garantie.

Dimanche 26
B. est repartie dans la matinée. J’alimente le poêle avant la nuit avec ce qu’il reste de bûches. La chatounette me tient chaud, les bouteilles d’eau aussi.

Du 27 au 29
Déjeuner avec Véro au soleil de la Combe ! Un comble ! Sa terrasse est encore envahie de fleurs en pot… les doigts verts de la dame, sans doute. José est parti à Paris pour plusieurs semaines.
J’erre dans ma grande maison, je ne peux même pas me promener avec ce genou de malheur. Je fais le tour des oiseaux le matin, de leurs chants dans les arbres, profite au maximum du soleil et de la terrasse. Christian m’héberge le temps de lire mes mails, de travailler au chaud à l’écriture de la préface pour le prochain recueil poétique de Rose-Marie et au collectif sur les animateurs d’ateliers d’écriture, de préparer mon prochain voyage pour La Réunion. Sa « thébaïde » domine la vallée. Je suis gâtée… à chaque visite, il me sert le thé et une tranche de son pain tout juste sorti du four. L’Arménie se pointe toujours dans nos discussions, et la présence de Solange est palpable dès que leur coup de fil quotidien se termine. Ils me manqueront aussi.

Vendredi 1er décembre 2017
Je reçois un appel de l’agence immobilière pour visiter la maison alors que nous avons récusé le mandat… Confusion… dans le doute, je laisse faire. (Je suis chez C…) J’apprends plus tard que personne ici n’a donné de contre-ordre… De toutes façons, nous avons trouvé acquéreur !

Samedi 2
Soirée repas avec les voisins/amis proches. Le glas d’une vie quand même. Nous parlons de nos successeurs, un couple d’archéologues qui devrait rassurer tout le monde en s’intégrant bien ici dans la vie de la vallée. Une maison qui retournera à sa première fonction, celle de maison de vacances… La vie est ailleurs.

(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (27)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mercredi 1er novembre 2017
Attaque de deux militaires devant la Chambre des députés au Bardo.

Samedi 4
Souk à Monastir en fin d’après-midi dans une ambiance animée ; familles et couples déambulent, parfois en mobylette, au milieu des coupes de légumes, des fanes de radis ou de fenouil, évitant ici et là les nids de poule dans le macadam ; un animateur au micro vante les prix dérisoires des articles. Verres à vin, torchons, tabliers de cuisine, légumes et fruits remplissent le couffin.
Ce soir, pour accueillir Hubert et John, gaspacho relevé au piment tunisien, bar grillé et purée de carottes, fenouil braisé et salade, dessert de crêpes Suzette.

Dimanche 5
Préparé l’atelier de mardi prochain après avoir subtilisé quelques livres dans la bibliothèque de A. Entamé la lecture de Villes, journal de 1920-1984, de Julien Green, auteur jamais lu.

Lundi 6
Le temps a tourné et la fraîcheur s’est installée en soirée. Promenade sur la corniche aux alentours de 17 h, quelques photos de la mer sous d’épais nuages dans une lumière sourde. Commencé aussi le défi photo de Karen Ward, avec le thème des couleurs. Pour moi, ce sera le bleu du portillon intérieur, mais j’avais aussi pensé à cette multitude de plats en plastique à la devanture d’un magasin sur le trottoir…

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Mardi 7
On parle des Paradise Papers partout, sur Internet et sur France Culture. Et de la tuerie dans une église américaine de plusieurs dizaines de fidèles par un fou furieux de vingt-six ans, violent avec les deux femmes qu’il a épousées, violent aussi avec son chien qu’il affamait et attachait. Des scandales et des faits divers… Je rêve d’une radio qui donnerait quelques bonnes nouvelles du monde. En existe-t-il quelque part ?
Je reste seule à Monastir, travaille pour H. sur la future production de la version tunisienne de la comédie musicale La Reine des neiges… Lu le conte original de Andersen, le plus long de ses contes, où j’ai pu constater à quel point le film d’animation et la comédie musicale en sont éloignés… Mon congé sabbatique prend une drôle de tournure…
Marché pendant une heure dans les rues de la ville, explorant un quartier encore inconnu jusque-là, où se trouve un établissement de bains maures. Joli dôme bleu et blanc, et crénelage du mur d’enceinte. Ce sera la forme choisie pour le défi du jour. Je déguste au retour un petit pain de maïs croquant, avec du chocolat et du miel de bruyère callune rapporté des Cévennes. Est-ce ce soir là, en sirotant un thé au gingembre que j’apprends l’offre des CL pour la maison ?

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Mercredi 8
Levée à 4 h 15, il fait encore nuit et le muezzin ne tarde pas à appeler à la prière, les chiens reprennent en chœur et le coq du voisin se sent obligé de s’y mettre. Tout cela est encore exotique pour moi. Je trie deux ans de mails. Participe au défi photo de Karen, « texture » pour aujourd’hui, et je prends la jolie porte rouillée qui ferme une maison voisine. Termine la lecture du premier volet envoyé par Amine de sa thèse sur le polar noir. Envie de lire Dominique Mattoti ! Partie en ville pendant une heure à la recherche de lampes de chevet, j’en trouve deux dans la médina, une rouge, une blanche, parce qu’il n’y en a pas deux semblables. Aucune indication sur les emballages ni sur les lampes d’un quelconque fabricant ni du lieu de fabrication. Arrivée à la maison, c’est une bleu ciel qui m’est échue, allez comprendre, en plus de la rouge. Enfin, ça marche et c’est super. Rapporté aussi un beau plateau en métal travaillé, avec un miroir dans le fond et acheté des petits pains de maïs à la boulangerie du coin de la rue.

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Jeudi 9
Réveillée à 4 h encore. J’écoute la rediffusion des Pieds sur terre. Une émission sur les CPE et c’est pas du gâteau ! Avec le témoignage émouvant d’un ancien élève à la scolarité difficile, devenu lui-même conseiller… Je m’endors sur le cours du Collège de France à propos de talent. A 8 h, grand soleil et mail de Solange. Mon cadeau du jour. J’écoute FIP et c’est une joie.
Acheté un tapis pour mes pieds le matin ! Pas d’étiquette de fabrication. Impression de m’être fait rouler dans la farine par le gentil vendeur, un peu prestidigitateur. Trouvé aussi un jean neuf dans la médina pour 39 DT (à diviser par 3 quasiment). La soirée est venteuse. Dîner avec Hubert et Paul qui évoquent leurs projets divers.

Vendredi 10
Réveillée  trop tôt encore, debout à 8 h, avec un mal de crâne dû au rosé de la veille, sans doute. Je le traînerai toute la sainte journée. Envoyé le dossier de presse. Poursuivi ma lecture des Bouddhas et rôdeurs sur la route de la soie et travaillé sur la thèse. Reçu des nouvelles et des conseils de Kiki, découvert sa jolie petite nièce-petite fille congolaise. Gâteau de semoule à l’essai, un peu trop mou. Je ne sors pas de la journée. Soirée tristounette à cogiter sur le futur et pleurer ma maison…

Samedi 11
Réveil à 4 h 15, après cinq heures de sommeil. Grandes cogitations, encore, devant une assiettée de semoule et un mug de café. Mon état du moment ressemble à une tour chahutée qui touche parfois le ciel et sa bonne étoile pour tant de fois où elle tangue… Se détacher du passé, absolument… C’est à 5 h 21 précises qu’appelle le muezzin ce matin et d’un seul élan, plusieurs voix lui répondent dans des modes plus ou moins aigus et chantants… un appel à la prière qui révèle le silence la précédant. D’un seul coup, tout le monde doit être debout ! Impression d’une grande activité soudaine. Et puis, à 5 h 25, s’éteint la dernière voix dans le souffle plus ardent du vent qui a hurlé toute la nuit.

Dimanche 12
A 9 h dans Monastir, direction Les Halles. J’ouvre les yeux tout le long du parcours à la recherche de ce qui sera le thème du jour « freestyle ». Je lorgne comme hier du côté du trottoir d’en face vers les paniers d’osier qui me tentent pour conserver les fruits.  Les gens déjà se pressent et je file chez « mon » poissonnier où je trouve de la petite bonite à 3,5 DT pièce ! A un autre étal, un léger coup sur l’épaule me fait me retourner, et un homme me tend en souriant mon porte-monnaie tombé de mon sac. Comme j’aime les gens d’ici, leur discrétion, leur gentillesse.
Je me laisse tenter par une côtelette de viande à un étal tenu par un monsieur au visage buriné. Croyant avoir acheté du mouton, je me retrouve devant une côte de veau, trop fraîche et trop dure à mâcher… Je vais renoncer définitivement à la viande.
Aucune nouvelle de H. et de sa proposition de m’amener à Tunis demain. Je me décide à tenter le louage au débotté. Je quitte la maison à 13 h, un sac sous le bras avec le minimum – je manque la photo du petit âne marron traînant une carriole, monté par un homme enveloppé dans un plaid – et vingt minutes plus tard, je suis dans le taxi ! J’avais envie depuis longtemps de tester ce mode de transport, l’un des moins chers, 10,5 DT l’aller pour Tunis. Nous sommes 9 dont le chauffeur, six hommes et trois femmes, je m’installe sur un mouvement de tête du chauffeur dans la rangée derrière lui, entre deux messieurs. Derrière moi, une jeune femme pleure toutes les larmes de son corps et me sourit tristement quand je tourne la tête vers elle pour l’encourager. Deux heures plus tard, me voilà à Tunis où je prends un taxi, jaune cette fois pour Manouba… 6,5 DT pour vingt minutes de trajet…

Lundi 13
Il y a deux ans survenait l’attentat du Bataclan.
Je vais traîner mes basques dans le quartier à la recherche de pain et du repas de midi. J’en découvre les larges rues, les petites épiceries sur le trottoir tous les vingt pas, j’apprends le mot « hob », accompagné du sourire des clientes de la boulangerie et de la boulangère qui me répète « baguette » en m’en tendant une ! A la supérette Jamel, le vendeur sans âge parle français mais s’amuse durant quelques minutes de mon arabe incertain. Nous rions beaucoup. Il choisit pour moi les œufs les plus gros, ici on les achète par quatre. Je prends aussi des éponges dont je n’ai pas besoin et des chips que je ne mange jamais en France. Pour le plaisir de parler avec lui.

Mardi 14
“La chanson de ce matin disait il n’y a que toi dans mon cœur« … Murmuré juste avant de partir à la fac et cela suffit à mon cœur d’artichaut. Une bonne heure de skype avec Brigitte pour échanger sur ses projets de voyage en avril prochain, les lacs italiens, pour parler de mon futur déménagement et trouver une solution : un garage quelque part, en attendant de trouver un appartement ou une maison à louer… Je m’entraîne à prononcer « poudre d’amandes », « sucre en poudre » et « cannelle », en vue des achats pour le dessert de ce soir.

Mercredi 15
Signature du bail et clés du nouvel appartement de A. Départ pour Monastir sous une pluie battante. Arrêt chez un marchand de meubles pour commander un salon style années 50 fabriqué par un artisan local. Repas de brick à l’œuf. Discussion qui dégénère un peu, la fatigue sans doute.

Vendredi 17
« Bavardage est écume sur l’eau, action est goutte d’or. » Les nouvelles de France m’obligent à rentrer précocement.

Samedi 18
Je pars légère, je reviendrai. Retour à Marseille en soirée. Toujours fidèles, Brigitte et Pascal sont là pour m’accueillir.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Des vœux pour l’an qui vient

Une pensée spéciale pour Lily, Patricia, Sylvie et Christine…

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je nous souhaite de croire en notre courage pour oser le courage
dans toutes les situations qui en demanderont, les graves mais aussi les anodines, ou qui paraissent telles, dès l’instant qu’elles touchent à la dignité d’autrui,
je nous souhaite de croire en notre bonté pour assumer toute bonté
issue de nous, venue des autres
je nous souhaite de croire en notre humanité pour la déployer quoi qu’il nous en coûte
je nous souhaite assez d’élan pour éloigner les empêcheurs de vivre et de vivre ensemble

je nous souhaite la joie au cœur pour entendre chanter le monde
et assez de ferveur pour y ajouter notre chant
je nous souhaite d’accueillir toute la tendresse

d’un regard, d’une parole
d’une main posée sur une épaule

d’une pensée amie
d’un silence complice

je nous souhaite de vivre cette année 2018 dans l’intensité de chaque instant

les yeux posés sur la rive juste en face
sans souci de la traversée car nous traverserons ensemble

Belle année à vous tous.

Marlen Sauvage
(Photo du 1er janvier 2016, la maison de Noé dans le jour naissant…)

 

Carnet des jours (26)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 7 octobre
Premier jour d’octobre avec la mort d’Edmond Maire, figure oubliée du syndicalisme et proche de Rocard… l’impression d’une gauche déjà enterrée depuis très longtemps… Mais première semaine de ce beau mois entamée sous le soleil cévenol et avec les feux de bois en soirée. La maison n’est toujours pas vendue ; je ne désespère pas, quelques visites, quelques curieux. Las Vegas pleure ses morts, un fou a tiré sur la foule venue assister à un concert de musique country et Trump se contente d’une minute de silence à la Maison Blanche. On vendra encore des armes à feu tant que les intérêts de tous bords s’y retrouveront. Sémaphore avec Juliette Binoche et Jeanne Balibar pour deux films qui ne marqueront pas les annales mais qui m’ont sortie de ma campagne, de mon ennui du moment et de mes petits soucis. Un beau soleil et Barbara.
Je découvre l’existence de Sherin Khankan, première femme « imame », au Danemark, qui revendique un islam progressiste, professe un message d’ouverture et de modernité, et entend remettre en cause les structures patriarcales des institutions religieuses… « Une femme ne peut pas être imame », dit une amie de la dame. La partie est loin d’être gagnée (mais au moins elle est engagée…).
Toujours les séances de kiné avec cette sympathique praticienne qui ne compte pas ses heures ; on ne voit guère cela que dans nos montagnes… Visites amies et longs coups de fil, je ne me sens pas seule. Je consacre mes matinées à de la paperasserie et pars à la recherche de mon numéro d’allocataire de la CAF en… 1979… Je crois cauchemarder. Je découvre qu’aucune de mes notes de droits d’auteur ne signale une quelconque cotisation vieillesse. Pas d’Agessa non plus pour y prétendre à l’époque parce que pas assez de revenus à ce titre. Le sort des boulots précaires et multiples pour s’en sortir sans rien demander à la société. Heureusement, les chevreuils s’ébrouent dans le pré en face. J’entreprends de vider une des deux caves. Cathy me sape le moral : elle me prédit au moins un an pour venir à bout du déménagement de la maison !

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Lundi 9 réveillée à 8 h par un appel Messenger de A. (debout en quatrième vitesse mais à 3h30 du matin je cogitais encore sur ce qui reste à faire dans la maison) qui me raconte ce qui fait la une des journaux tunisiens : la mort d’une crise cardiaque de leur ministre de la santé en pleine assemblée. Ici c’est le Picasso que Macron aimerait avoir à l’Elysée… Et une série de faits divers qui alimentent les journaux radiophoniques comme le reste et c’est pourquoi j’évite cette presse aussi. Mort de Jean Rochefort, l’élégance de la profession.
Week-end consacré à la déchetterie où j’ai emporté une partie de la cave ; à la peinture des éléments de la cuisine, à celle de portes… On dirait que mon matou sent mon départ approcher. Jamais il n’a été aussi présent et affectueux. Je me suis attachée à dépersonnaliser la maison puisqu’il faut semble-t-il cela pour mieux vendre. Enlevé tous les souvenirs et quelques tableaux. « Que les visiteurs puissent se projeter dans cet espace » me conseille Lily. Me rappeler le parfum des roses rouges ; ce matin il m’enchante et leur couleur me ravit. Ciré 30 m2 de parquet sur une jambe ou à plat ventre… En écoutant Nina Simone la gorge serrée.

« Je t’en prie, ne tape pas à la porte. Je suis à la fenêtre en train de contempler le pont. » Wadih Saadeh (Je vais calmement  vers le miroir).

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Le 23 octobre
Marseille-Tunis dans la même attente qu’à chaque fois, le même désir, les mêmes interrogations. Oublié mon téléphone dans un bac au contrôle, accompagnée quarante minutes plus tard par un jeune policier qui me regarde à cinq pas devant moi me débrouiller avec valise, ordinateur et sac pour descendre la volée d’escaliers avant de retrouver mon bien. (Juste un constat et d’ailleurs, le gars ignore que j’ai un genou en vrac.)

Le vol est à l’heure, l’arrivée applaudie, il n’y a guère qu’en Tunisie et au Québec que les passagers applaudissent l’atterrissage. A. sera là dans trois quarts d’heure, je lis l’entretien de Charles Juliet et Pierre Soulages. A l’appartement, bien sûr, je râle de n’avoir qu’une seule étagère dans l’armoire. J’en prends trois.

Mercredi 25
Après-midi colloque La Tunisie sous la plume des voyageurs à l’epoque moderne (1492-1789) au palais de l’Académie des Lettres, des Sciences et des Arts à Carthage. Intermède café. Le Boukornine me salue de sa large face bleutée. Les prestations sont inégales, certains chercheurs lisent leur publication tête baissée. A. est le plus convaincant (en toute objectivité) qui nous raconte l’histoire des chrétiens réduits à l’esclavage au pays de Barbarie telle qu’en témoigne le Révérend Père Dan dans je ne sais plus quel ouvrage.

Jeudi 26
A Monastir depuis hier soir. Accueillie par le bleu des portes intérieures.

Samedi 28
Repas chez H. avec John et Martine. Rentrée de nuit à Tunis.

Dimanche 29
Seule à l’appartement. A. est parti marcher aujourd’hui, je regarde de nouveau une partie de la série GOT.
RV en soirée chez K. et R. Repas coloré après avoir skypé avec I. et ses enfants amusants comme tout. Nous repartons avec une bouteille d’huile, j’aime ces cadeaux improvisés et spontanés, marque de la vraie générosité.

Lundi 30
A la fac de Manouba toute la matinée pour écouter Jean-Philippe Schreiber parler de religions et « comment de l’ère moderne à l’ère contemporaine l’histoire des religions s’est construite et a pu s’émanciper à l’égard des sciences religieuses ». Trois heures à évoquer la critique textuelle, la notion de vérité, les premiers dialogues interreligieux, l’orientalisme, le déisme philosophique, l’amorce du comparatisme et d’une conception évolutionniste de la religion… De quoi me donner encore envie de lire et de me cultiver. Je n’aurai pas assez de ma vie. Repas au restau des profs.

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Statue d’Ibn Khaldoun, avenue Bourguiba à Tunis.

Rendez-vous avec Anissa devant le théâtre municipal de Tunis. Je lui avais promis Le camp des autres, elle est émue et m’embrasse chaleureusement, nous ne nous sommes pas revues depuis le village francophone de Korba en mars 2015 ! Nous discutons de tout, la société tunisienne, le manque d’engagement des intellectuels (elle parle de lâcheté), de sa maladie, du regard des autres, de son séjour à Aix-en-Provence quand elle avait douze ans, de ses amours ratés, de poésie, des collégiens auxquels elle enseigne le français, de son mémoire de master de littérature, de Camus, de Sartre, de Juliet… En partageant tiramisu et cheese cake… Une femme intelligente et chaleureuse.

Mardi 31
Skype avec Julie. Son petit Barack est mort et je la trouve en pleurs. Sacha heureusement nous fait rire. Souleyman rentre de l’école en bus, un masque sur le visage. Comme sa voix est belle ! Rendez-vous au Bardo, au Bonzai café, avec Amal et Mehdi. Belles retrouvailles avec la jolie jeune femme rencontrée pendant les mois de création de ce fameux journal de l’éducation… Quelle histoire ! Cela nous vaut de bons fous rires. Quant à Mehdi, toujours la même discrétion, le même humour et la même gentillesse. Durant les 40 minutes où nous attendons un taxi dans le soir tombé, j’apprends une phrase célèbre de Ibn Kaldoun, que je n’écrirai pas sur ce blog pour ne pas me ridiculiser, mais qu’il a traduit par « Tout homme est naturellement civilisé ». (Le lendemain de cette belle rencontre a lieu un attentat au Bardo où deux militaires sont agressés, l’un égorgé, devant la chambre des députés.)

Texte et photos : Marlen Sauvage

Ateliers de campagne (9)

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Septembre rejoue sa rentrée chaque année pour elle aussi qui anime des ateliers d’écriture. Elle aime se présenter comme une « animatrice de campagne », comme il y avait dans son enfance des « médecins de campagne ». Elle a fouiné dans les magasins pour acheter des cahiers aux couleurs gaies. Elle en donnera un à chaque détenu qui participera à ses séances d’écriture. Le directeur de la maison d’arrêt a changé, il l’a écoutée avec attention. Elle ne veut pas « faire de l’occupationnel »… Il a entendu son credo, sa passion pour la parole des autres, il lui donne carte blanche. Il n’enverra personne assister aux ateliers en dehors des détenus. Elle ne livrera aucun texte.  A la porte d’entrée, elle doit se hisser sur la pointe des pieds pour atteindre l’interphone et décliner son identité. Elle recommence quelques minutes plus tard. On l’oublie. Non. Des gendarmes doivent sortir avec des prévenus, on lui demande de patienter encore. Enfin la porte s’ouvre, elle s’écarte, cinq jeunes hommes encadrés par des forces de l’ordre  passent devant elle les yeux baissés. Elle entre dans la cour entourée de hauts murs, grimpe l’escalier devant elle, enferme son sac à main dans une consigne extérieure, attend de nouveau l’ouverture de la porte, et passe sous le portique de détection. Le fonctionnaire lui sourit, il la connaît, elle vient depuis plusieurs mois. Elle récupère son sac à dos, laisse son passeport, et une troisième porte s’ouvre vers les bureaux administratifs. Chaque semaine elle fait le tour des agents, donne le bonjour au directeur et son adjoint, s’attarde parfois pour un petit café, prend la liste des participants au bureau du SPIP chez le greffier. Et c’est parti… Il y a foule ce matin. Deux « anciens » déjà là avant les vacances d’été, cinq nouveaux… Après les présentations où elle précise qu’elle ne veut rien savoir des raisons de leur enfermement, elle discute avec eux de leurs passions, la lecture souvent est mentionnée, l’écriture parfois.  Elle glisse la première proposition d’écriture comme une gourmandise à laquelle tout le monde a droit. Ça marche ! M’dame, je fais plein de fautes d’orthographe ! Et moi j’écris comme je parle, en phonétique… J’ai pas écrit d’puis l’école ! Tout va bien. Les rassurer. Sourire. L’un d’entre eux sort une cigarette et un briquet. Ah non ! C’est pas prévu au programme, En ouvrant la fenêtre, M’dame s’il vous plaît, je fumerai juste deux taffes, Non, ce sera la porte pour vous et moi, une heure et demie sans fumer, ça doit être possible, je suis certaine que c’est possible, Mais l’inspiration ne vient pas, C’est vrai, parfois qu’une cigarette ou un petit verre facilitent les choses, mais là malheureusement, nous sommes contraints de faire sans…  Il abdique, j’aurai essayé, ajoute-t-il en souriant.  A la lecture, certains trébuchent, des voix s’éteignent, elle décèle dans chaque fragment ce qui en fait l’unicité, et celui qui ne voulait pas lire lui tend son cahier. M’dame, vous êtes prof de français ? Eh non… Elle lit comme une déception dans leur regard interrogateur. La porte s’ouvre brutalement sur un surveillant grincheux qui fait remarquer que le temps est passé de cinq minutes. Elle s’excuse, salue chacun d’une poignée de main, et s’éloigne vers les portes de fer, cadenassées, qui se succèdent jusqu’à la sortie. Dehors, dès qu’elle a passé l’immense portail métallique, elle inspire profondément, regarde le ciel blanc, et chemine vers sa voiture garée dans la ruelle en contrebas. Tête vide, corps pressuré.

Je n’avais pas le souvenir de ce texte, retrouvé dans mes papiers. Ce devait être sans doute le premier de la série de mes Ateliers de campagne ! Il me fait dire que la prison et ses détenus m’ont happée plus que tout autre endroit ou public…

Texte et photo : Marlen Sauvage

(à suivre)
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Quand j’étais enfant il existait une série télévisée intitulée Médecin de campagne… Le médecin était une femme et la campagne alors ressemblait à celle où je vivais dans la Drôme. Depuis que je sillonne les Cévennes pour animer ici et là des ateliers d’écriture, je ressasse l’idée d’écrire une série de souvenirs « arrangés » (à ranger…) autour de ces allées et venues. Je précise que la temporalité n’est pas la bonne, c’est tout, et les prénoms bien sûr s’ils apparaissent, sont modifiés… Le contenu, lui, est mon vécu, il a seulement valeur de témoignage, rien d’autre. 

Marlen Sauvage

Carnet des jours (25)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le mardi 5 septembre, à rebours
Depuis notre arrivée à Guérande vendredi 1er, c’est la fête ! Anniversaire oblige… Jo nous régale et nous allons de restau en restau… Vendredi et samedi soir chez Oleg. Contente de découvrir l’antre du filleul, sa collection de bières, de whiskeys, de vins… (Les vins d’Oleg, une bonne place ! Un peu de pub pour les Guérandais !) Retrouvailles avec la famille locale et connaissance du petit dernier, Simon, un amour de bonhomme, bon, il n’a que deux mois, je crois ! Dimanche, Auberge de Breca où je choisis un blanc-manger de chou-fleur, son guacamole et tartare de haddock avec une mousse aérienne… harmonie de la cuisine traditionnelle et de la cuisine moléculaire… Délicieux. Pendant ce temps, la tablée mangeait un excellent foie gras. Suite plus traditionnelle mais réussie avec un dessert de crème citronnée et d’agrumes. Brasserie le dimanche soir avec Alain et Aimée arrivés vers 19 h, foie gras, cabillaud sur tagliatelles et île flottante, le dessert de mon enfance, je le préfère toujours à tous, et je me dis à chaque fois qu’il n’a pas le goût de celui de ma mère. Dernier soir, hier lundi, repas de galettes extra dans Guérande intramuros, au Logis. Toute cette débauche de menus me rappelle Pontormo et son autobiographie centrée sur ses repas et états du corps !

Retour en voiture avec P. et B. vers la Drôme. Je m’occupe à l’arrière à photographier un de mes pieds sur la vitre. Impression de marcher sur les nuages.

J’ai enfin compris le fonctionnement des cannes anglaises et de l’intérêt de s’appuyer sur la béquille opposée à la jambe malade. J’observe plus tard dans un film que l’acteur n’a pas été briefé et qu’il s’appuie du mauvais côté !

Depuis le 15, dans le désordre
Séances de kiné à la maison après avoir vu deux fois dans la Drôme le magicien de Brigitte qui travaille sur les énergies et qui m’a remise sur pieds, sans cannes, en deux séances de deux heures. Glace et repos tout de même mais entre les deux, je tiens debout.

Aucune inspiration pour la proposition n° 5 de François Bon… Tenté un récit puéril et rassis.

Je n’écoute plus la radio. Le ciel me suffit.

Les ouragans se succèdent ailleurs. On ne peut pas vibrer de frayeur à une telle menace tant qu’on n’a pas d’enfants vivant sur une île.

J’ai regardé 6 séries de Game Of Thrones puisque les circonstances s’y prêtaient. Surprise d’être accroc à cette saga, un peu trop gore à mon goût, mais je ferme les yeux les trois quarts du temps pour suivre les intrigues du pouvoir, les jeux d’alliance et tenter de faire des hypothèses dans cette masse de personnages et de lieux, depuis le temps que l’on m’en parlait. Stef n’a pas accroché ni K. Mon grand âge sans doute…

Vaccin antirabique pour les chats. Les emmènerai-je au final ?

Le 25 septembre
Atelier d’écriture en vidéo, tout se passe bien, sans coupure ; trois heures et quelques heureuses.

Le 28 septembre
Rodez pour le musée Soulages où m’emmènent Eva et Pascale. Le temps est de la partie. Bien calée à l’arrière de la voiture, je dialogue avec la gentille chienne assise derrière moi et qui me cajole de temps en temps, son long museau dans mes cheveux. Je retrouve les premières peintures de Soulages que j’apprécie bien plus qu’il y a quelques dizaines d’années… Découvre ses lithographies, et ses sérigraphies, et ses eaux-fortes ! En revanche, toujours captivée par son « outrenoir » que je capte doré avec la lumière du dehors ! Magique Soulages. Le long d’une immense toile, sans la quitter du regard et tout en sautillant, je m’émerveille de ce qui se passe sous mes yeux, une émotion venue de très loin me traverse et je refais le trajet en sens inverse pour le bonheur de la ressentir encore, c’est une étreinte qui me tire les larmes pourtant. (Les photos sont telles que je les ai prises, non retouchées.) Je lis dans un entretien qu’a mené Charles Juliet avec Pierre Soulages que ce dernier préfère les tableaux pris sur leur mur d’exposition : « Habituellement, la reproduction d’une toile est un rectangle impeccable sur le fond blanc du papier.  Ces reproductions m’ont toujours choqué : d’abord on ne voit jamais une peinture sur un fond blanc de cette nature-là. / Je crois moins trompeuse la photographie du mur où la toile est présentée. Cela évoque mieux qu’une reproduction banale, la qualité d’objet du tableau, son échelle, sa dimension. » *

Nous enchaînons sur l’expo temporaire avec Calder et ses sculptures, mobiles, tableaux dont j’aime toujours autant les couleurs et le côté ludique. Il y a pléthore d’enfants venus avec leur institutrice. Ils chuchotent devant les dessins, pointent leur crayon, prennent des mesures, se questionnent… Le musée miniature me fascine. Toutes ces trouvailles avec un fil de fer ou un bouchon ! Déjeuner chez Michel Bras. Pétales de fleurs, senteurs subtiles et craquant d’une tartine façonnée comme une feuille de…  carton. (Au passage, merci encore à toutes les deux, Eva et Pascale !)

« Un mobile est un poème qui danse avec l’allégresse de la vie et de ses surprises. » Alexander Calder

Et puis dans les rues de Rodez, une petite expo « Objets cachés » dans une ancienne menuiserie, où nous souhaitions voir la Collection particulière de Philippe Guitton, mais en raison d’une répétition de théâtre, nous sommes contentées de quelques dessins, carnets et toiles…

Le 30 septembre
J’allume la radio. Un élu du Modem est l’invité d’Inter, on parle de la ratification du CETA et je réalise que cela m’est étranger absolument, aucun intérêt ce matin et depuis si longtemps pour cette politique lointaine qui finit toujours par saper un peu de vie quelque part.

Texte et photos : Marlen Sauvage

*Entretien avec Pierre Soulages par Charles Juliet, L’échoppe, 1990.

 

 

Ateliers de campagne (8)

marlen-sauvage-Mende

Entre les murs le temps cliquète et claquent les voix.
Il suffirait d’une clé parfois pour que frémissent les rayons de la reconnaissance,
mais l’humanité se tient, déesse rigide, très haut dans l’air confiné de la prison.
La nuit s’écaille laissant les phrases inachevées des hommes se fondre dans le bruit mat des portes.
Inlassablement pour eux, l’horloge indiquera l’heure de la sortie toujours refoulée comme avec les vagues les morceaux de ferraille des rafiots engloutis.
Quand leur regard ne perçoit plus rien dehors au-delà des corbeaux, abrutis,
ils s’installent parmi la bousculade laissant la lumière bleuir le maquis lointain
sous les coups de l’hiver.
La blancheur moite étouffe toute blessure ; ne subsistent plus que les souvenirs ancrés dans les chapelles obscures où ils prient sans même le savoir.
Pourtant l’espoir se dresse où chaque barreau s’invite, et s’ouvre le portail du temps à ces loups orgueilleux dont les yeux réfléchissent toutes nos cicatrices.

Entre les murs le temps cliquète et claquent les voix.

Au milieu de l’infini, une porte s’est ouverte.
Aux nuits succèderont les nuits, heureusement peuplées de phrases surgies des livres.
Et la lecture pénètre la brèche où est éclose la fêlure pâle de l’évasion, celle de l’écriture où se faufile le tissu de leur vie rédigée avec peine, parfois avec effroi, mêlant à leurs désirs nouveaux des rêves de futur.

Ainsi fuient-ils l’ennui et sèchent-ils leurs larmes de papier.
Désormais, ils ne baisseront plus les paupières.

Texte et photo : Marlen Sauvage

J’avais publié ce texte sur mon blog en 2011, intitulé « Les voix de la prison », écrit à l’époque où j’animais des ateliers à la prison de Mende, une prison pour hommes. Trois ans dans ces murs, chaque mercredi matin pendant une heure et demie. Que des souvenirs forts de cette expérience.

Carnet des jours (24)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

15 août
A Vaison-La-Romaine, grand marché dans une chaleur accablante. « Flow » est le thème du jour pour le concours de photo lancé par Karen de Curiosity. J’erre dans la foire à la recherche d’une idée. Une camionnette remplie de tissus me plaît bien mais je ne la proposerai pas. Je repars dans l’après midi pour LMN.

marlen-sauvage-flow

16 août
Une touche pour la maison. Je croise les doigts. A. regrette de m’avoir dissuadée de venir en septembre. Je regarde le cinquième épisode de la série 1 de Game of thrones, dont j’ai tellement entendu parler. Garage pour plaquettes. Que de l’intéressant, comme dirait Brigitte Célérier

17 août
Le jour où je glisse dans le pré et me tord le genou après une visite à mes voisins. Il est huit heures du soir. Je rentre sur les fesses en me mordant les doigts. Rien à côté de ce qui se passe en Catalogne et que je découvre plus tard dans la soirée.

18 août
Toubib et un mois d’arrêt. Pas de Guérande à programmer. Une piqûre chaque jour pour éviter tout risque de phlébite. Je n’irai pas demain à Grignan voir Lorenzaccio avec Pietragalla et Mezguich.

19 août
Regardé Les Tudor sur Arte, une bonne série, écouté la proposition n° 5 de Francois Bon. Je laisse mûrir. En espérant ne pas faire comme les fois précédentes où je finis par oublier que j’ai écrit à un moment donné quelque chose quelque part.

Émue par le geste de soldats libanais qui hissent le drapeau espagnol sur une colline reprise à l’EI, en hommage aux victimes des attentats de Catalogne.

21 août
Levée à 4h 30 enfin, levée, je m’entends… Je prends mon mal en patience comme tous me le conseillent. Je lis Vivre et mentir à Téhéran de Ramita Navai, prêté par E. Une autre société schizophrène… Regarde un documentaire sur les Francs-Maçons et Under The skin de Jonathan Glazer sur Arte +7, étrange par son traitement si le thème n’est pas original ; heureusement qu’il y a cette chaîne. Jamais passé autant de temps devant un écran.

22 août
La Maif m’accorde une aide à domicile, 6 heures à raison de 2 heures par semaine durant 3 semaines.

23 août
IRM A Mende, départ vers 7 h. Crise de panique dans la nuit à l’idée de me retrouver encore une fois dans cette machine et dans ce raffut. Et puis l’opérateur me rassure : l’examen ne dure que 10 minutes et je n’entre dans l’engin que jusqu’à hauteur du pubis. Je regarde de nouveau le documentaire sur Gertrude Bell et son aventure irakienne au début du siècle dernier.

24 août
Préparation du sanglier qui marine depuis hier pour mes invités de ce soir. Écouté plusieurs émissions de Littératurcafé de Laurent Margantin et commandé 3 livres chez François Bon.

L’infirmière m’apprend comment me piquer toute seule. La sensation de l’enfoncement de l’aiguille si fine dans le gras du ventre est inattendue, j’ai vraiment l’impression d’être un morceau de viande.

25 août
Visite en début d’après midi chez le chirurgien (qui n’a pas les résultats de l’IRM) :  fissure du ménisque avec peut-être une déchirure ligamentaire qui nécessite de la kiné. Je peux arrêter les piqûres antiphlébite si je « marche », avec les cannes anglaises bien sûr, en posant un peu le pied par terre et retirer cette attelle raide comme la justice qui m’immobilise la jambe depuis la cheville jusqu’en haut de la cuisse. Bien contente de la porter la nuit quand même après m’être tordu la jambe dans un retournement intempestif. Rendez vous dans un mois ! Pffff.

26 août
Jour de jeûne. Une journée pas plus, histoire de reprendre mon petit rythme hebdomadaire. Reçu ce matin par chronopost les 2 livres Lovecraft de F. B.

Une heure de téléphone avec S. qui me conte son coup de cœur pour une jolie jeune artiste sortie des Beaux-Arts et à laquelle déjà il a avoué sa flamme… Nous discutons littérature et de sa frustration à ne pas trouver d’éditeur pour son livre crypté… Je lui suggère d’écrire quelque chose de plus  » accessible  » et lui redis mon engouement premier pour son Voyage à Wittgenstein à l’écriture superbe et à la sincérité captivante.

Visite de V. qui finit par donner un coup de balai dans la cuisine… Coup de fil en soirée de C. et S, « Bien sûr tu connais Le genou de Claire, » me demande C. en guise de bonsoir. Ils me proposent de venir chez eux quand je serai seule. Je me redis combien je suis entourée ici.

Refait mon grand lit sur une jambe… Bon, ce n’est pas la mort non plus. J’aimerais juste retrouver la sensation d’un genou qui se plie.

27 août
B. m’emmènera à Guérande avec l’accord du toubib et bien que les résultats de l’IRM aient plutôt détruit mes espoirs d’une guérison rapide. Rupture ligamentaire confirmée avec épanchement, œdème, fissure du ménisque. On me parle d’une arthroscopie à envisager pour nettoyer le cartilage qui engendre les douleurs et la gêne (pas le drame mais encore 45 jours à prévoir avant de pouvoir conduire). Ajoutons déjà une semaine au mois initialement prévu…
Il paraît que j’ai reçu une carte du Lot (arrivée chez mes voisins…) et je suis tellement heureuse de cette attention. Arrivée vers 19 h à Nyons, je relis le corrigé du concours de littérature que m’a confié F. en me disant in petto que sa confiance excède mes compétences, mais enfin.

Le 31 août
A Nyons. Visite chez un magicien qui fait circuler les énergies et parvient après deux heures de manipulation à me faire plier le genou ! Je l’embrasse ! Une heure plus tard, jambe raide, et douleurs le lendemain, mais enfin je suis optimiste même s’il faut attendre encore.

Photos : Marlen Sauvage

 

 

 

 

Carnet des jours (23)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

30 juillet – 6 août
Journées dans la torpeur de l’été, rafraîchies par la baignade quotidienne, une heure, pas davantage, en début de soirée ; dépasser les estivants agglutinés au bord de la plage, entrer dans la hauteur de l’eau, loin du rivage, près des massifs rocheux où la mer s’agite, discrets endroits perdus où se perchent les amoureux. Fins de soirées en famille et entre amis, à la nuit tombée, quand les places de Monastir se peuplent de touristes assis au sol à même l’herbe, pour profiter de la fraîcheur, enfin.

Lundi 7 août
Direction Mahdia par Khniss, ville côtière à cinq kilomètres au sud de Monastir, une extension, « le cinquième ribat (quartier) de Monastir » m’explique A. A notre gauche, la « mer Morte », telle que la population locale nomme cette lagune qui est encore une réserve de pêche bien que la biodiversité soit menacée par la pollution depuis des années. Pas de baignade ici, c’est pourquoi les gens de Khniss viennent se baigner à Monastir. Je prends la mouette sur la barque (enfin la barque et la mouette…) avec une pensée pour Chris.

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Près de Kniss (ou est-ce un quartier de la ville ?, je ne sais plus) se trouve Saklia dont le nom provient de « Sicile » et rappelle les échanges nombreux avec cette île voisine. Beaucoup de noms de familles tunisiennes portent la trace de familles siciliennes, affirme A. (Au début du XIe siècle, les Arabes expulsés de Sicile après la conquête par les Normands se sont réfugiés ici… me dit Wikipédia.)

Le paysage est d’oliviers plantés sur une terre ocre jaune, sèche, aride. La culture de l’olive est avec la pêche et le textile une des activités économiques de la ville. Je réalise que les plaids achetés dans une boutique de la médina de Monastir viennent de Kniss. C’est ici aussi que sont tissés avec la laine de mouton ou de chameau les burnous traditionnels et les kilim.

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Nous traversons Ksibet-el-Mediouni (du nom du saint fondateur de la ville), nous sommes toujours dans le gouvernorat de Monastir, puis Lamta où nous nous arrêtons.

A. me raconte tout de l’origine de la petite ville, dont le nom arabe provient du romain « Leptis Minor » ce qui la distingue de « Leptis Magna » qui se situait en Libye (ancienne Tripolitaine). Dans ce port ouvert aux échanges commerciaux et culturels, la religion chrétienne est mentionnée dès le IIIe siècle. Et cette ville, « sans doute l’un des plus hauts lieux de l’antiquité romaine », a révélé mosaïques et fresques parmi les plus belles de Tunisie. Son musée est internationalement connu. Pour l’heure il est fermé. Nous y retournerons.

L’économie s’appuie sur le maraîchage mais essentiellement sur les oliveraies (« deuxième production apres Sfax »). Ici on trouve de plus vieilles variétés d’olives et d’une meilleure qualité, m’assure encore mon amoureux. Dans une ruelle, un tapis de poivrons rouges sèche au soleil sur la terrasse d’une maison.

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Sayada. Sayad veut dire pêcheur. Dans le nom de Sayadi, très populaire à Monastir, le i indique la provenance. Un historien de Monastir (du nom de Sayadi d’ailleurs) affirme que Sayada vient de Saïda, ville côtière du Liban. La ville a probablement été créée par les Phéniciens venus fonder Carthage. Là où se tenaient des villages de pêcheurs, aujourd’hui des immeubles se dressent…

A Ksar Hellal, j’ai droit à un cours d’histoire, pour me rappeler si je l’avais oublié qu’A. est un fervent admirateur de Bourguiba… C’est ici que le 2 mars 1934, le futur dirigeant fonde le parti du Neo-Destour qui mènera la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Une statue à l’effigie de Bourguiba est toujours présente au centre de la ville pour commémorer cet événement. Mais j’ai droit aussi et surtout à une page érudite sur les origines de Ksar Hellal, de construction arabe, fondée au temps des Fatimides (j’espère ne pas me tromper, je n’ai rien noté de lisible et je ne retrouve aucune info là-dessus sur le net) et sur Banu Hilal une tribu arabe venue ravager le pays aux alentours du IXe siècle (???).

A partir de Moknine, nous entrons dans le gouvernorat de Mahdia par la GP1, la plus ancienne route de Tunisie qui allait sans doute de Carthage jusqu’à la frontière romaine (le limes). Avec cet homme, je ne peux rater une occasion de me cultiver, me dis-je en mon for intérieur…

Chiba, Edkila et enfin, Mahdia et sa prison civile dès l’entrée de la ville pour accueillir le visiteur ! Nous filons vers le port où se tiendra semble-t-il une « sardinade ».

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Quelques pêcheurs s’affairent autour de filets, de branches de palmiers dont ils se serviront pour pêcher la sardine. Les petits bateaux colorés se côtoient sagement, arborant des fanions plus ou moins défraîchis. Le « 427 MA » me salue. Je vois des signes partout !

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L’atelier de réparation du port est étonnamment silencieux, nous errons entre les immenses carènes, les engins, les hélices, aucune connexion ici alors que j’aurais volontiers tenté un « direct » sur FB pour une fois !

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9 août
L’essentiel de la journée qui vaut d’être retenu pour ne pas réitérer l’erreur : repas à L’Alhambra, à Monastir, avec H. Nous n’y retournerons pas…

10 août
Mon amour est reparti à Tunis. Je flemmarde, lis, écris…

11 août
Cimetière marin de Mahdia sur le blog et souvenir encore triste de la mort de Dominique. Je m’oblige à ne rien ressasser.

marlen-sauvage-Mahdia

Le soir, repas français Chez Marcel (le Pirate est complet) devant le petit ribat, où le patron s’appelle Laurent, il vient d’Avignon, tutoie le client et nous apprend que Marcel était le prénom de son beau-père… Très bonne cuisine servie dans une ambiance on ne peut plus calme, les clients se pressent ici le midi plus que le soir.

13 août
Retour. Tunis sous le soleil levant, des larmes sèches et une attente d’une heure pour passer le poste de police, de quoi râler suffisamment et avoir envie de rebrousser chemin…

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Texte et photos : Marlen Sauvage

 

 

 

 

 

Carnet des jours (22)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Aujourd’hui samedi 22 juillet et à rebours
Réveil à Monastir dans une chaleur raisonnable. Enfin une douce nuit de sommeil après trois jours à Tunis plombée de soleil, sans un souffle d’air.
Soirée chez Hubert et la petite troupe d’habitués. I. nous accompagne. Coup de sirocco sur le front de mer alors que nous nous rendons à Chott Meriem. Un pylône électrique s’est affaissé sur la chaussée, il faut passer sous l’angle le plus large, un homme au bord de la route s’efforce de guider les véhicules et c’est une progression lente pire qu’à l’accoutumée, dans les éléments déchaînés…

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Hier soir (21 juillet)
Rencontre avec I., le beau garçon intelligent et sensible de A. Beau comme on l’est à 15 ans mais enfin au-delà de la moyenne, objectivement. Et de si belles baskets bleues… Goûté l’air de la marina en sirotant un délicieux thé aux amandes en compagnie de Radhia et Kamel, d’une courtoisie qui s’est perdue sous d’autres cieux.
Une plongée dans la mer transparente au pied de la Marina, roches ocre jaune et friselis verts de l’eau ; de la nature rafraîchissante après une route étouffante et malgré un arrêt restauration-boisson dans une station sur l’autoroute.
À midi nous rencontrions Mounir Baatour du PLT à son cabinet d’avocat pour une heure de discussion et d’échange, un parti anti-islamiste (plutôt libre penseur) qui défend ses valeurs sans compromission (pour l’instant…), sans danger pour le pouvoir – qu’il ne revendique pas –, peu médiatisé : sauvegarde du régime républicain et Code du statut personnel, défense des droits de l’homme et des libertés individuelles, appel à la normalisation des relations avec Israël (qui vaut un procès à son dirigeant)… Sa devise : liberté, égalité, laïcité.

Mardi 18
Rencontre avec Mehdi au Bardo, café Bonsaï, sur le coup de 16 h. (A. est parti déjeuner avec R. pour lui rendre ses clés de voiture.) Une heure quinze de discussion à bâtons rompus avec cet ancien étudiant de village francophone, devenu professeur des écoles, attentionné et soucieux de transmettre de belles valeurs à ses élèves.

Mercredi 19
Je tente de retrouver l’essentiel de cette journée… Mais rien. Nous sommes restés finalement à Tunis alors que nous avions projeté de repartir à Monastir.

Jeudi 20
Journée tranquille passée à écrire la proposition de Francois, troisième de l’atelier d’été. Huit versions au moins entre la veille et le moment de l’envoi. A. est parti assurer une conférence et rentré vers 21 h. J’assiste à l’entrée dans la maison d’une mariée de tout son mobilier que se passaient les hommes à la sortie d’un camion, au son de la flûte et du tambour. Un raffut joyeux qui a duré une heure ! Un peu gênée de filmer…

 

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23 juillet
Monastir. Anniv de la grande sœur. Seul événement notable en cette journée archichaude encore. Fait un tour sur le marché de la ville, achalandé au-delà de toute mesure, difficile d’avancer dans le flot humain ! Le poisson est si beau, j’achète une bonite préparée par le poissonnier.
Dans l’après-midi, petit tour des plages du coin envahies par les touristes algériens. Je n’ose me baigner dans ce qui fut une plage réputée, près de l’ancien palais de Bourguiba, tant les regards me déstabilisent. Toutes les femmes sont voilées, habillées de pied en cap, sur les galets ou dans l’eau, les toutes jeunes filles portent des jupes par dessus leur maillot, quelques petites poupées de deux ans sont en caleçon long sous leur tenue claire, mais la couleur dominante est noire, je suis dans une robe bleu marine sans manche, relativement courte, au genou, et mon maillot de bain est d’une pièce (personne ne s’en doute !), mais les hommes en bermuda, torses nus, me suivent des yeux à tel point que je rebrousse chemin. Je n’ai pourtant rien d’une bimbo et la plupart d’entre eux pourraient être mes enfants. Mais je garde le souvenir de cette agression dans l’eau il y a trois ans par un jeune homme que j’avais fini par faire fuir en lui hurlant dessus. Retour dans un autre coin superbe ou A. me fait escalader des rochers et nager d’une pointe rocheuse à l’autre, la baignade de son enfance. Une heure dans les vagues hautes à ce moment de la journée. Soirée rêverie sur les plus hautes marches de la terrasse pendant que A. est avec un pote au café du coin.

24 juillet
Après-midi plage. J’en profite à fond ! Je pense à maman qui est à Guérande et en profite sûrement aussi. A ma tata Jo pour qui c’est moins vrai… Le temps a si vite passé… Allongée sur l’eau, la tête dans le ciel, je me demande qui viendrait me rendre visite si je m’installais ici durant quelques mois. Épisode mémorable de la tente impossible à plier avec une famille algérienne venue me demander de l’aide… Après vingt minutes de tentatives et un bon fou rire, nous la laisserons dans la cabine du gardien des lieux jusqu’au lendemain. Une méduse me pique au bras et à la cuisse à la deuxième baignade quand la mer est haute. Les familles aux femmes voilées et habillées se ruent sur la plage dès 16 heures.

25 juillet
Courses dans la médina sur le coup de 14 heures pour acheter chapeau et plaids. Nobody at home. Mais à la mer, oui ! Haute comme la veille. J’ai appris l’épisode des migrants refoulés par un Tunisien sur son bateau, les filmant pendant leur tentative d’échapper au zodiac et j’ai vu leur noyade annoncée sur FB. Il paraît que cela se passait sur les plages de Monastir. Laquelle ? Une mer de noyés, je me baigne dans une mer de noyés. Une angoisse me saisit, je vois des corps dans l’eau claire, ce sont des vivants, mais je quitte l’eau la gorge nouée.

Visite de Radhia et Kamel accompagnés de leur fille Imen et leurs petits-enfants (Kenza et Yacine), avant le mariage d’une autre Imen, nièce de A. Je passerai la soirée sur la terrasse la plus haute à écouter la musique et les chants jusqu’à une heure du matin. C’est la journée des femmes, ce jour de mariage, et A. me dit que hommes et femmes sont séparés durant cette fête. J’ai reçu des gouttelettes d’eau de fleur d’oranger ou de jasmin alors que je m’étais allongée sur le matelas là-haut, pourtant il semble qu’il n’y ait pas eu d’aspersion  de quoi que ce soit ! Mais qui sait d’en bas où se tenaient les hommes ce qui se passait en haut du côté des femmes ?

26 juillet
Grand ménage dans la maison (le carrelage m’en rappelle d’autres, dans de vieilles maisons de mon enfance…) pendant que A. répare le pneu crevé et avant qu’il file vers Tunis avec Kamel. Impossible d’arrêter ce que j’ai commencé aussi je poursuis les rangements et aménagements jusqu’à près de 20 heures. Complètement vannée. Petit whisky et dodo devant un film dont j’ai totalement oublié le titre et l’auteur…

marlen-sauvage-carrelage

27 juillet
Réveil trop tôt.. 4 h 30.. Je tarde jusqu’à 6 h 30 puis je craque pour un café. Grand soleil dehors mais une brise légère qui change tout. J’admire le travail de la veille.  Anniv de ma petite mother.

28 juillet
Cuisiné le marmitako de bonite. Visite au souk au moment de midi et rentrés avec des tonnes de légumes et de fruits ! A. est de mariage (signature du contrat ce jour, m’explique-t-il), j’en profite pour écrire et skyper avec ma Stef.

29 juillet
21h35 c’est le bal des mobylettes ! D’un côté et de l’autre elles traversent la rue Mohamed M’Hallah dans un bruit d’enfer, pétaradant à tout va. Les hommes sortent à cette heure-ci… sur leur mobylette. Parfois ils sont deux, un jeune conduisant un plus vieux, un autre parlant au téléphone tout en guidant son engin, un autre encore avec une jeune fille à l’arrière, qui l’enlace et lui chuchote quelques mots à l’oreille dans le vacarme du moteur. J’observe ce petit monde masculin du haut de la terrasse…

Cet après-midi, longue baignade d’une heure d’une plage à une pointe, puis dans le canal, et de là vers une autre plage… Le corps heureux de cet effort. Regarde les jeunes sauter, plonger de la falaise n°1 puis 2 puis 3… Hajr kebira, hajr sghira… Bhar Sidi Mansour où nous nous baignons, Bhar el turista ??? Bhar du jebana. J’ai tout oublié…

Matinée rangement et déménagement intérieur. La bibliothèque est devenue bureau. Nous sommes crevés mais fiers !

(à suivre)

Photos : Marlen Sauvage