Carnet des jours (33)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Avril 2018

Première semaine. Après Valence et la gare TGV où nous déposons Rzouga, nous prenons la direction  de Guérande. Une journée de voiture nous attend et nous parvenons à destination à la nuit noire. Jacques Higelin est mort le 6 avril. La grève continue à la SNCF. On évacue les zadistes à Notre-Dame-des-Landes… La semaine s’écoulera entre les visites à maman et les balades avec elle ou non le long de la mer sur des chemins balisés, parfois ventés, toujours sous le soleil (dans ces paysages je me surprends à fredonner Sing me a song of a lass that is gone… pourtant, rien à voir avec l’Ecosse…), une ou deux virées au restau, les courses au supermarché du coin où je découvre la richesse des produits de la mer en me promettant de goûter aux couteaux… E. est debout, vaillant, heureux d’avoir surmonté un deuxième cancer. Nous ramenons maman dans le Sud avec nous !

Guérande – La porte Saint-Michel.

Deuxième semaine. Je vis toujours à Aubres, dans l’attente des papiers de l’avocate. Tout prend du temps, trop. Je suis à fleur de peau. Reprise des séances de kiné et de mon atelier d’écriture à distance. Le prince saoudien est en visite officielle en France… Un type accusé de complicité d’acte de torture.
Préparation de la fête de Pascal. Soixante ans… Nous sommes-nous vus vieillir ?

Troisième semaine. Tournée des caves pour Pat et Eve. Je redécouvre quelques bons vins à des prix très raisonnables. J’emmène Maman déjeuner à La cour intérieure, elle envoie promener la serveuse qui lui fait remarquer pour la deuxième fois qu’elle mange bien ! « Expliquez-moi, nous sommes là pour manger ou pour regarder vos plats ? »
Je poursuis sur mon blog la publication de petits bonheurs, une décision prise en janvier 2018 de rester positive cette année que je savais chargée en émotions [et je retrouve parmi mes mails un bonheur partagé proposé par Liliane : « S’imaginer là au soleil » avec cette jolie photo de banc…]

Photo ©Liliane Paffoni

Quatrième semaine. Kiné, atelier. Le recommandé me parvient le 28. Fête le lendemain avec plus de soixante personnes. Une journée pluvieuse mais chaleureuse. J’admire B. qui est capable de se démener pareillement… E. est retourné à l’hôpital, un troisième cancer s’étant déclaré. Consternation.

Mai 2018

Première semaine. Nous ramenons maman à Guérande. C’est l’abattement. Quelque chose d’inéluctable plane. J’essaie de réconforter M. en lui parlant du mari d’une amie qui a vécu la même chose. Mais E. n’a pas encore 64 ans… Il y a vingt ans la santé de papa nous tenait en alerte de la même manière. Cela avait duré deux ans. Je réalise à quel point il me manque. Et qu’il était jeune aussi, au regard de la durée de vie qui s’allonge… Soixante-treize ans. Il s’était étiolé doucement, trop vite pourtant, et son sourire et ses yeux prenaient toute la place dans son visage. Nous repartons le dimanche.

Une participante aux ateliers d’écriture envoie ce poème de Geneviève Rousseau (que son fils vient d’apprendre à l’école).

J’écris 

J’écris des mots bizarres
J’écris des longues histoires
J’écris juste pour rire
Des mots qui ne veulent rien dire.
Ecrire c’est jouer

J’écris le soleil
J’écris les étoiles
J’invente des merveilles
Et des bateaux à voile.
Ecrire c’est rêver

J’écris pour toi
J’écris pour moi
J’écris pour ceux qui liront
Et pour ceux qui ne liront pas.
Ecrire c’est aimer

J’écris pour ceux d’ici
Ou pour ceux qui sont loin
Pour les gens d’aujourd’hui
Et pour ceux de demain.
Ecrire c’est vivre.

Deuxième semaine. Entre kiné et atelier, la vie s’écoule. A l’occasion d’une virée ratée chez le vétérinaire de La Bégude, je redécouvre Portes-en-Valdaine où je fais un détour malgré les miaulements de la chatounette. Le village est minuscule, je ne sais si je reconnais à l’angle de deux rues l’ancienne épicerie de Madame Tardieu, celle où je venais acheter à six ou sept ans « du cervelas pour étendre le linge ». Je revois le sourire large de l’épicière et j’entends son petit gloussement retenu. Qu’avais-je rapporté au final ? Un rouleau de fil qui faisait toujours parler des années plus tard, car il y en avait un sacré métrage…
Coup de fil de Françoise qui me parle de son projet d’écriture théâtrale, de recueil de légendes contemporaines autour de la citoyenneté, dans le prolongement de son travail sur La chose publique. Nous devons nous rencontrer prochainement à Paris. J’ai le cœur en joie !

Troisième semaine. Je retourne en Cévennes mercredi 16. Une page de mon histoire se tourne en une heure, devant deux magistrats. Vingt ans de vie dont la fin est réglée en une douzaine de pages, paraphes ou signature au bas de chacune. Je ne réclame rien, que la paix. Heureusement nous avons échappé à la date anniversaire de papa, le lendemain.

Quatrième semaine. Douzième anniversaire de mon petit Justin. Je devrais dire mon grand, il s’approche du mètre soixante-dix…  A. est arrivé le lundi et nous repartons ensemble pour Paris le samedi d’où il rejoindra Tunis. Jo nous attend, toujours la même écoute attentive.  

©Stéphanie Heendrickxen – Justin, mon grand petit-fils en Luke Skywalker, avec son aimable autorisation !

Derniers jours de mai. Je consacre ces quelques jours parisiens aux flâneries dans les rues près du Jardin des Plantes, retrouvant avec émotion les couleurs de cette vie plus trépidante forcément que la cévenole ou la drômoise, le plaisir de l’anonymat, des cafés en terrasse, des fleuristes, des librairies… Je tourne et me perds avec bonheur. Rencontre chez F. pour un déjeuner-discussion qui s’éternise, et comme c’est bon cet échange créatif dans la confiance et la bienveillance… A la grande mosquée, retrouvailles autour d’un thé avec Cathy, Thierry et Luna… Je reçois en cadeau Miniaturiste de Jessie Burton que je lirai dans le train du retour.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Le cahier à carreaux (2)

La ligne de l’horizon, Monastir, Tunisie.

Parmi les carnets à relire, il y avait donc le cahier à carreaux que je viens de retrouver après un énième déménagement, au fond d’un carton oublié. C’était un cahier de citations issues de mes lectures ; un répertoire l’accompagnait qui recensait les thèmes par lettre initiale donc : absurde, alliance, amour, etc. [Le carnet rouge de l’adolescence est bel et bien perdu, lui.] Amour, ici

« Involontairement, inconsciemment, chacun des deux êtres qui s’aiment se façonne à cette idole qu’il contemple dans le cœur de l’autre. Quiconque aime vraiment renonce à la sincérité. » André Gide, Les faux-monnayeurs.

« Aimer, c’est vouloir aimer. » Alain, Propos sur le bonheur.

« Les grandes amours naissent sans raison et meurent pour une raison bien définie. » Elie Wiesel, Le Testament d’un poète juif assassiné.

Aimer quelqu’un ne relève pas seulement de la puissance du sentiment mais d’une décision, d’un jugement, d’une promesse. Si l’amour n’était que sentiment, la promesse de s’aimer pour toujours n’aurait aucun fondement. Un sentiment peut faire irruption comme il peut disparaître. Comment puis-je juger qu’il persistera si mon acte ne comporte ni jugement ni décision ? Erich Fromm, L’Art d’aimer.

« L’amour est sensibilité, l’amour est conscience. (…) L’amour entraîne la clarté de la perception, et l’objectivité. Rien n’est plus clairvoyant que l’amour. » Anthony de Mello, L’Eveil de la conscience.

Photo : Marlen Sauvage


Paysage d’enfance

A toi, Eric, parti trop tôt, hier après-midi.

Une balade dans le coin de mon enfance, dans ces paysages restés présents à ma mémoire malgré les années loin d’ici, et où je suis revenue vivre. Valaurie, le village accroché à la colline, qui était déjà un repaire d’artistes… Grignan et son château fort du 11e siècle, transformé à la Renaissance en « une prestigieuse demeure de plaisance par la famille des Adhémar ». Pour moi, c’était surtout le lieu de séjour de la marquise de Sévigné.  Et puis, Taulignan et sa malle-poste, aujourd’hui restaurant, son lavoir où résonnent encore les voix des lavandières, une rue joliment nommée « Pas de la dame » qui me rappelle ta remarque, mon A. – au temps de l’émerveillement (😉) – paraphrasant Paul Valéry, me disais-tu à propos des poèmes que je te dédiais : « Je compte les pas de ma déesse et je ne sais pas dire ce qui fait la beauté de sa démarche »… Enfin, dressé parmi les vignes rousses, le cyprès de Provence, à l’élégance sombre.

Le château de Grignan 

Texte et photo : Marlen Sauvage

Le cahier à carreaux

@marlen.sauvage Le pont roman, Nyons.

Retrouvé dans un carton lors de mon dernier déménagement un cahier à carreaux Lafontaine où, jeune femme, je notais les citations issues de mes lectures. (Le petit carnet rouge de mon adolescence, lui, je ne l’ai jamais récupéré.) Et tout près de ce cahier, un répertoire où je classais par thème lesdites citations… Ce qui nous construit…  ce qui nous distingue… à l’époque où l’ordinateur n’occupait pas encore la place qu’il occupe, où l’internet n’existait pas et où la lecture était mon unique distraction. 

Parmi les carnets à relire, il y avait donc le cahier à carreaux que je viens de retrouver après un énième déménagement, au fond d’un carton oublié. C’était le cahier de citations issues de mes lectures de jeune femme ; un répertoire l’accompagnait qui recensait les thèmes par lettre initiale donc : absurde, alliance, amour, etc. [Le carnet rouge de l’adolescence est bel et bien perdu, lui.] Absurde alors pour les premières citations notées…

« Toutes les absurdités qui font ressembler l’histoire à un long délire ont leur racine dans une absurdité essentielle, la nature du pouvoir. » Simone Weil in Simone Weil, par Huguette Bouchardeau.

« Et il comprenait que, dans ce sentiment de totale absurdité de tout ce qui, jusque-là, n’avait jamais été absurde, s’achevait le long chemin de sa crise.  » Alberto Moravia, La désobéissance.

« Les autres définissent mon devoir, et me libèrent du vertige de l’absurde : ils assignent à ma vie un sens. » France Quéré, Si je n’ai pas la charité.

L’olive en fête…

Hier matin, dans un froid hivernal, chapeautée et gantée, j’ai parcouru les rues de ma petite ville d’adoption jusqu’à la Maison de Pays, sur la promenade de la digue, où se tenait la 18e fête annuelle de l’olive piquée. Une préparation locale qui permet de goûter les premières olives noires à Noël. 

Une olive noire, la tanche, que l’on troue, que l’on pique (pour la faire « pleurer » et en extraire l’amertume) avec une machine dédiée ou même une fourchette, avant de la saler au sel fin, de la placer au frais puis de la déguster. 

Un banc d’olives non piquées, mais goûteuses à souhait, « extra », « nature », ou parfumées aux herbes de pays.

A onze heures, la foule tournait autour des bancs commerçants d’olives bien sûr, piquées ou non, de miel (de lavande, plus ou moins blanc mais toujours onctueux, celui de l’année est mordoré), de vin de producteurs locaux (délicieux, parfois onéreux, à connaître), d’amandes, de chocolat (à l’olive noire !), de navettes colorées et longues, d’escargots dans leurs « croquilles » (une pâte fine et croquante), de mandarines et d’oranges (d’Espagne !), d’huîtres (de Bretagne), de clairette de Die, de savons à la bave d’escargot et de produits cosmétiques…

Les fameux produits à la bave d’escargot !

Les  « pompes à huile », dorées, légèrement sucrées, badigeonnées d’huile d’olive, sont une spécialité que l’on retrouve sur la table de Noël parmi les treize desserts…

Avant midi, plus aucune pompe à huile !

Le clou de la fête est bien sûr l’intronisation de nouveaux chevaliers de l’olivier, par la Confrérie des chevaliers de l’olivier, en costume et en chapeau à plume avec leur grand ruban vert et la médaille… A la fin de la cérémonie, on remet au chevalier une branche d’olivier sous les applaudissements… Impression d’entrer parfois dans des tableaux anciens pour le détail d’une attitude ou d’un regard…

Plusieurs ateliers se déroulaient parmi lesquels celui de la cueillette dans l’oliveraie, où on apprend à piquer ses olives (on repart avec sa barquette), démonstration culinaire, etc. J’ai choisi l’atelier massage !!! Et suis allée écouter la recette de la poire de la Valloire pochée aux olives noires de Nyons par le chef du restaurant D’un goût à l’autre, Christophe Malet. Ci-dessous pour les gourmand.e.s.

La recette de la Poire de la Valloire pochée aux olives noires de Nyons AOP biscuit au grué de cacao et olives noires de Nyons AOP, par Christophe Malet, D’un goût à l’autre (Nyons)

Pour 6 personnes – Préparation 30 min. – Cuisson 12 à 15 min.
Ingrédients : 150 g de farine / 50 g de beurre demi-sel / 250 g de sucre / 5 g de poudre de fève de Tonka / 20 g de grué de cacao / 50 g d’olives noires de Nyons sans sel, dénoyautées / 5 g de poudre de myrte / 2 feuilles de cannelier / 6 poires type Martin sec

Préchauffer le four à 180° C (thermostat 6/7)
1/ Mettre la farine dans un saladier. Ajouter le beurre et malaxer du bout des doigts jusqu’à ce que la pâte ressemble à de grosses miettes. Ajouter 100 g de sucre, la poudre de fève de Tonka et le grué de cacao.  Etaler le crumble sur une plaque de four et le cuire environ 15 min jusqu’à ce qu’il dore.
2/ Eplucher les poires.
3/ Dans une casserole, préparer un sirop avec 1 l d’eau, 150 g de sucre, 50 g d’olives dénoyautées, les feuilles de cannelier et la myrte. Chauffer et laisser réduire le sirop de nappage.

Nota du chef : Variante : servir avec de la crème Chiboust ou une boule de glace aux olives.

Nota personnel ! Attention ce sont des olives au naturel, sans sel ! Et faites pocher les poires dans le sirop avant de laisser le tout refroidir… Tous les ingrédients s’achètent en épicerie fine ; pour les poires de la Valloire… il faudra venir dans le nord de la Drôme !

Texte et photos : Marlen Sauvage



A relire mes carnets

Ce texte a été publié en décembre 2013 sur le blog de Philippe Castelneau pour un vase communicant (explication tout en bas de l’article !) que nous avions partagé. Je le reprends ici parce que je viens de retrouver le carnet à carreaux, tout à droite… Un carnet de citations que j’ai eu envie de réouvrir pour les jours qui viennent… J’ai ouvert le tiroir profond de la table en carton vert sapin, rouge framboise. Je les ai détaillés longtemps dans le désordre de leurs couvertures colorées, leurs spirales, leurs textures, leurs épaisseurs, leurs tailles. A chacun une période de vie, un voyage, des états d’âme, des rencontres, des lectures, des amours, des peurs, des dérives, des écritures… Une quête. Encore aujourd’hui je cherche. A relire mes carnets, je tente de comprendre. Et s’il n’y avait rien là que la trace d’une vie ? La vie telle que je l’ai vécue ? L’irracontable est ailleurs. Et s’il n’y avait à résoudre aucune énigme ? Et s’il n’y avait que la réalité ? Mais la réalité n’est-elle pas l’endroit de tous les rêves, où se terrent l’imagination et notre propre mystère ? Ceux-là ont échappé au pire, au feu qui en a saisi d’autres, brûlés dans le poêle de l’hier. Un accident est si vite arrivé… Conscience de la vanité. Le feu ou l’eau. Une cave désertée, livrée au froid et à la pluie, à la dent des rats, et englouties les pages blanches, quadrillées, lignées, écrites à l’encre de couleur selon les affres, les envies, les stylos. Rongées. Rognées. Tachées. Toute une généalogie qui bascule dans la moisissure ; des générations de pensées, d’impressions, de sentiments, d’hypothèses, d’idées fixes, de projets, d’obsessions, de chimères. Et tous ces personnages. Nos corps déjà sont peu de choses. Le feu et l’eau, les bras du temps contre lesquels on ne s’aventure pas. Détruisant nos carnets, ils nous étreignent, et avec nous toutes nos réminiscences, nos amertumes, nos exaltations, nos arrière-goûts. Dois-je dire « Heureusement, les autres ont résisté » ? J’hésite. La matière pèse son poids de doutes. Ce qu’il faudrait de souffle pour tracer dans l’air l’euphorie des mots, ce qu’il faudrait de transes hors du troublant absolu charnel pour frôler l’éther. Ce qu’il faudrait de désir satisfait pour ne plus s’oublier dans ces carnets, témoins d’une quête perpétuelle… Marlen Sauvage (photo : Marc Guerra)

IPad, vol de nuit…

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Photo ©Stef Heendrickxen – Justin au Poisson Blanc.

Nuit difficile à ressasser tout ce que j’ai perdu après le vol de mon IPad. Je ne regarderai plus en boucle les vidéos de Sacha, trois ans, à qui sa maman expliquait la course du soleil dans le ciel de La Réunion. Lui, les bras en l’air, les sourcils interrogateurs, sa voix de petit bonhomme qui pensait avoir tout compris, son soupir quand il réalisait que non… Je n’écouterai plus le maloya sur lequel il dansait avec Souleyman, le grand frère musicien qui frappait sur son rouleur comme un grand de cinq ans… La nuit, dans un demi-sommeil, les voix et les musiques se mêlaient aux mots jetés sur la tablette à l’écoute des vidéos de l’atelier d’été, aux photos de la dernière randonnée à Aïn-Draham et Tabarka dans les pas de saint Augustin, aux virées plus lointaines dans le lac du Poisson-Blanc avec l’autre petite famille, québécoise, aux berges de l’Aygues et aux épices de Nans… La nuit, je me retrouvais dans le lieu du vol, tandis que la foule avait enfin quitté le wagon et que je discutais avec un jeune homme des similarités (il n’y en a guère, en dehors de l’afflux aux heures de pointe) entre le métro parisien et le métro tunisois et surgissait alors le visage d’un môme d’une douzaine d’années peut-être, accompagné de quelques autres, je revoyais sa mimique adressée à ses copains, à l’arrêt qui était le mien, j’entendais ce « madame », venu de l’obscurité, auquel je n’ai pas prêté attention, inquiète de ne pas retrouver mon chemin jusqu’à la résidence éloignée. Voulait-il me rendre ma tablette moyennant quelques dinars ? je ne sais. Cette image et cette voix, je ne la voyais, je ne l’entendais que parce que la nuit me la rendait visible, audible. Elles avaient existé. La nuit, tout prend une ampleur démesurée… quels codes avais-je inscrits là qui me vaudraient quelles surprises…? Quels noms et quelles adresses avais-je mentionnés ? Il fallait se réveiller pour remettre les choses à leur place : le code de la valise, certainement, et les autres tellement cryptés que, je l’espérais, nul ne pourrait les décrypter… Des noms de vétérinaire, de notaire, sans intérêt, d’écrivains, qui ne diraient rien au voleur ! Mais toutes ces notes de lecture, ces références, ces idées d’ateliers… et je décidai de revenir au petit carnet ligné ou non, Moleskine ou non, toujours à disposition dans le sac, qui rejoindrait finalement les dizaines d’autres que ce blog n’avait pas réussi à me faire abandonner quelles qu’étaient mes dispositions il y a une douzaine d’années…

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Tabarka. Photo : Marlen Sauvage