Automne (To do list 1)

Après les Todolistes sur le blog Tentatives de Christine Jeanney (4 injonctions rédigées à partir de photos empruntées), après la version des « To do lists » de Marie-Christine Grimard, voici ma première tentative, testée en atelier d’écriture samedi 23 septembre, premier jour de l’automne, avec quelques participantes qui ne tarderont pas à m’envoyer leurs textes afin que je les publie ici.  Merci donc Christine Jeanney et Chris !

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  • Enlever les feuilles roussies de la vigne au chasselas triomphant en ce dernier automne ici.
  • Méditer le matin vers 10 h dans les rayons de soleil sur la pierre chauffée au son des mésanges et des rouge-queues.
  • Remiser les agrès du portique si peu utilisé désormais.
  • Noter dans l’agenda les anniversaires à souhaiter cette saison.
  • Déguster les figues charnues à même l’arbre.
  • Se balader dans la nature en quête de mûres sauvages qui garniront des tartes éphémères.
  • Ramasser le petit bois pour les premières flambées dans les soirées devenues fraîches.
  • Se remémorer la rentrée scolaire des enfants quand leur petite main s’agitait vers moi derrière le grillage.
  • Admirer les couleurs orangées de la nature, ses ors et ses roux, sa vigueur encore.
  • Lever la tête vers le ciel à la nuit noire et compter les étoiles.

Texte et photo : Marlen Sauvage

Carré

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Carrée son existence
bornée dans tous les angles
une injonction à vivre selon
se cogner sans rebondir
se heurter à l’arête des jours des nuits
repousser de l’épaule les murs de la pensée
s’y écorcher la peau
tourner en rond
caresser la folie
déposer dans les coins
les élans la tendresse les calices de fraises les émerveillements
marcher en diagonale croiser les pas de l’autre
rebrousser chemin
retrouver la trace de l’instant premier
la suivre jusqu’au bord de l’oubli
quand la douleur efface le plaisir
entendre poindre la peur de l’inconnu
dans les pulsations du cœur
s’évanouir
la main sur la paroi mince du silence
lécher la plaie à vif
se cloîtrer pour ne plus
désirer l’espace au-delà de la forme
la jouissance du présent échoué
broyer l’offrande noire

 

Texte & photo : Marlen Sauvage

Réminiscences

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Le Concerto pour piano n°5 de Beethoven tapi dans les microsillons grinçants de trop d’écoute comme une lame venue du large charriant une mémoire enfouie un désir de bataille une colère qui galvanisait ses quinze ans et brisait l’ancre de l’enfance ; les pieds nus sur la lauze dans le frais de septembre à l’heure où le chevreuil descend le pré, juste avant de méditer dans le calme de la clairière ; la décharge électrique dans le corps qui tombe à genoux et la plainte lancinante des ligaments déchirés ; l’étreinte amicale de celle qui a vécu tant d’autres écueils que la situation ne requiert aucun mot sauf la tendresse ; la sonorité du patois trouant son français impeccable vibrant d’un temps ancien qu’il n’évoquait que d’un mouvement d’épaule ; l’effroi dans le cri de la femme au bord du précipice quand la roue tombe dans le vide et que la voiture menace de s’y fracasser ; les cloches de l’église au village distant d’un kilomètre qui chargeaient le vent de leur écho funèbre le jour de l’enterrement de la bergère de seize ans ; la complicité des regards dans un battement de cils, les battements du cœur dans l’évidence joyeuse de la reconnaissance, la trace du passé dans le visage d’un nouveau-né, l’éclatante revanche de la jeunesse sur toutes les vieillesses vides, la fulgurance poétique de la vie dans le frémissement du corps saisi par l’intensité de l’instant.

Texte & photo : Marlen Sauvage