Le cahier à carreaux

@marlen.sauvage Le pont roman, Nyons.

Retrouvé dans un carton lors de mon dernier déménagement un cahier à carreaux Lafontaine où, jeune femme, je notais les citations issues de mes lectures. (Le petit carnet rouge de mon adolescence, lui, je ne l’ai jamais récupéré.) Et tout près de ce cahier, un répertoire où je classais par thème lesdites citations… Ce qui nous construit…  ce qui nous distingue… à l’époque où l’ordinateur n’occupait pas encore la place qu’il occupe, où l’internet n’existait pas et où la lecture était mon unique distraction. 

Parmi les carnets à relire, il y avait donc le cahier à carreaux que je viens de retrouver après un énième déménagement, au fond d’un carton oublié. C’était le cahier de citations issues de mes lectures de jeune femme ; un répertoire l’accompagnait qui recensait les thèmes par lettre initiale donc : absurde, alliance, amour, etc. [Le carnet rouge de l’adolescence est bel et bien perdu, lui.] Absurde alors pour les premières citations notées…

« Toutes les absurdités qui font ressembler l’histoire à un long délire ont leur racine dans une absurdité essentielle, la nature du pouvoir. » Simone Weil in Simone Weil, par Huguette Bouchardeau.

« Et il comprenait que, dans ce sentiment de totale absurdité de tout ce qui, jusque-là, n’avait jamais été absurde, s’achevait le long chemin de sa crise.  » Alberto Moravia, La désobéissance.

« Les autres définissent mon devoir, et me libèrent du vertige de l’absurde : ils assignent à ma vie un sens. » France Quéré, Si je n’ai pas la charité.

L’olive en fête…

Hier matin, dans un froid hivernal, chapeautée et gantée, j’ai parcouru les rues de ma petite ville d’adoption jusqu’à la Maison de Pays, sur la promenade de la digue, où se tenait la 18e fête annuelle de l’olive piquée. Une préparation locale qui permet de goûter les premières olives noires à Noël. 

Une olive noire, la tanche, que l’on troue, que l’on pique (pour la faire « pleurer » et en extraire l’amertume) avec une machine dédiée ou même une fourchette, avant de la saler au sel fin, de la placer au frais puis de la déguster. 

Un banc d’olives non piquées, mais goûteuses à souhait, « extra », « nature », ou parfumées aux herbes de pays.

A onze heures, la foule tournait autour des bancs commerçants d’olives bien sûr, piquées ou non, de miel (de lavande, plus ou moins blanc mais toujours onctueux, celui de l’année est mordoré), de vin de producteurs locaux (délicieux, parfois onéreux, à connaître), d’amandes, de chocolat (à l’olive noire !), de navettes colorées et longues, d’escargots dans leurs « croquilles » (une pâte fine et croquante), de mandarines et d’oranges (d’Espagne !), d’huîtres (de Bretagne), de clairette de Die, de savons à la bave d’escargot et de produits cosmétiques…

Les fameux produits à la bave d’escargot !

Les  « pompes à huile », dorées, légèrement sucrées, badigeonnées d’huile d’olive, sont une spécialité que l’on retrouve sur la table de Noël parmi les treize desserts…

Avant midi, plus aucune pompe à huile !

Le clou de la fête est bien sûr l’intronisation de nouveaux chevaliers de l’olivier, par la Confrérie des chevaliers de l’olivier, en costume et en chapeau à plume avec leur grand ruban vert et la médaille… A la fin de la cérémonie, on remet au chevalier une branche d’olivier sous les applaudissements… Impression d’entrer parfois dans des tableaux anciens pour le détail d’une attitude ou d’un regard…

Plusieurs ateliers se déroulaient parmi lesquels celui de la cueillette dans l’oliveraie, où on apprend à piquer ses olives (on repart avec sa barquette), démonstration culinaire, etc. J’ai choisi l’atelier massage !!! Et suis allée écouter la recette de la poire de la Valloire pochée aux olives noires de Nyons par le chef du restaurant D’un goût à l’autre, Christophe Malet. Ci-dessous pour les gourmand.e.s.

La recette de la Poire de la Valloire pochée aux olives noires de Nyons AOP biscuit au grué de cacao et olives noires de Nyons AOP, par Christophe Malet, D’un goût à l’autre (Nyons)

Pour 6 personnes – Préparation 30 min. – Cuisson 12 à 15 min.
Ingrédients : 150 g de farine / 50 g de beurre demi-sel / 250 g de sucre / 5 g de poudre de fève de Tonka / 20 g de grué de cacao / 50 g d’olives noires de Nyons sans sel, dénoyautées / 5 g de poudre de myrte / 2 feuilles de cannelier / 6 poires type Martin sec

Préchauffer le four à 180° C (thermostat 6/7)
1/ Mettre la farine dans un saladier. Ajouter le beurre et malaxer du bout des doigts jusqu’à ce que la pâte ressemble à de grosses miettes. Ajouter 100 g de sucre, la poudre de fève de Tonka et le grué de cacao.  Etaler le crumble sur une plaque de four et le cuire environ 15 min jusqu’à ce qu’il dore.
2/ Eplucher les poires.
3/ Dans une casserole, préparer un sirop avec 1 l d’eau, 150 g de sucre, 50 g d’olives dénoyautées, les feuilles de cannelier et la myrte. Chauffer et laisser réduire le sirop de nappage.

Nota du chef : Variante : servir avec de la crème Chiboust ou une boule de glace aux olives.

Nota personnel ! Attention ce sont des olives au naturel, sans sel ! Et faites pocher les poires dans le sirop avant de laisser le tout refroidir… Tous les ingrédients s’achètent en épicerie fine ; pour les poires de la Valloire… il faudra venir dans le nord de la Drôme !

Texte et photos : Marlen Sauvage



A relire mes carnets

Ce texte a été publié en décembre 2013 sur le blog de Philippe Castelneau pour un vase communicant (explication tout en bas de l’article !) que nous avions partagé. Je le reprends ici parce que je viens de retrouver le carnet à carreaux, tout à droite… Un carnet de citations que j’ai eu envie de réouvrir pour les jours qui viennent… J’ai ouvert le tiroir profond de la table en carton vert sapin, rouge framboise. Je les ai détaillés longtemps dans le désordre de leurs couvertures colorées, leurs spirales, leurs textures, leurs épaisseurs, leurs tailles. A chacun une période de vie, un voyage, des états d’âme, des rencontres, des lectures, des amours, des peurs, des dérives, des écritures… Une quête. Encore aujourd’hui je cherche. A relire mes carnets, je tente de comprendre. Et s’il n’y avait rien là que la trace d’une vie ? La vie telle que je l’ai vécue ? L’irracontable est ailleurs. Et s’il n’y avait à résoudre aucune énigme ? Et s’il n’y avait que la réalité ? Mais la réalité n’est-elle pas l’endroit de tous les rêves, où se terrent l’imagination et notre propre mystère ? Ceux-là ont échappé au pire, au feu qui en a saisi d’autres, brûlés dans le poêle de l’hier. Un accident est si vite arrivé… Conscience de la vanité. Le feu ou l’eau. Une cave désertée, livrée au froid et à la pluie, à la dent des rats, et englouties les pages blanches, quadrillées, lignées, écrites à l’encre de couleur selon les affres, les envies, les stylos. Rongées. Rognées. Tachées. Toute une généalogie qui bascule dans la moisissure ; des générations de pensées, d’impressions, de sentiments, d’hypothèses, d’idées fixes, de projets, d’obsessions, de chimères. Et tous ces personnages. Nos corps déjà sont peu de choses. Le feu et l’eau, les bras du temps contre lesquels on ne s’aventure pas. Détruisant nos carnets, ils nous étreignent, et avec nous toutes nos réminiscences, nos amertumes, nos exaltations, nos arrière-goûts. Dois-je dire « Heureusement, les autres ont résisté » ? J’hésite. La matière pèse son poids de doutes. Ce qu’il faudrait de souffle pour tracer dans l’air l’euphorie des mots, ce qu’il faudrait de transes hors du troublant absolu charnel pour frôler l’éther. Ce qu’il faudrait de désir satisfait pour ne plus s’oublier dans ces carnets, témoins d’une quête perpétuelle… Marlen Sauvage (photo : Marc Guerra)

Eyes wide shut…

les porcelaines

J’ai lu hier Les yeux brodés, de Pauline Sauveur, à la faveur d’une soirée de solitude et de répit. Je connaissais d’elle 3 nouvelles (de) maisons (beaucoup aimé aussi). Ici, une écriture tout actuelle pour raconter des choses simples de la vie, l’enfance et ses blessures, ce qui les ravive, ce qui effraie, ce qui rend heureux, ce qui encombre, ce qui s’en va parfois avec l’eau du bain, à tort ou à raison, autour de la question, toujours au cœur, de l’existence. Une écriture libre, joueuse, qui nous parle à l’oreille, qui m’a touchée au ventre, sans doute parce que si tout n’est pas limpide (enfin, pour moi, et c’est la première qualité d’un livre et d’un récit tel que celui-ci, en tout cas, je crois !), je m’y suis retrouvée souvent, saisissant l’essentiel derrière les images, les mots décousus, ou brodés comme les yeux avec lesquels la mère du récit observe le monde pour mieux le voir, pour mieux s’en échapper peut-être aussi. Et d’ailleurs elle y parvient, elle décolle et nous abandonne dans un jardin d’amour où il ne nous reste qu’à pousser la vieille grille pour découvrir ce qui s’y cache.
Comme ma commande comptait parmi les 30 premières, j’ai eu droit en plus, à un tirage de la photo de couverture, superbe…

Extraits

« Le vent dans les arbres, leurs grands bras aux gestes lents, leur bruit d’océan. Assise, encore, j’évite un temps les mouvements. Je reste sans voir, j’attends, j’attends sans bouger le temps de m’habiter de m’habituer de calmer les remous. On ne peut pas tout changer comme ça il paraît, que c’est normal et que c’est tant mieux, il paraît. On ne peut pas évoluer trop vite, n’est pas en pâte à modeler qui veut, instinct de survie, faut du temps pour se faire les dents.

Côté jardin, je reste à réorganiser.
J’entends l’herbe pousser les nuages avancer.
Ma place pour rien au monde.
Je regarde le sang s’affairer sans moi je nage dans mes pensées éloignées.
Pourtant, je me rappelle avant je savais. »

« Les vaillants amants se faisaient face délaissaient l’affaire s’accordaient tout leur temps. Ils se reconnaissaient, comme depuis longtemps, avec bonheur. Leurs souvenirs entremêlés les accompagnaient, frémissant sous la peau. Elle goûtait chaque morceau du corps donné. Il dégustait ses caresses appuyées et ses baisers. Un baiser délicat s’envola né au creux du cou, cette étendue de peau fragile, croisée de tous les chemins menant à Rome.
La vieille grille voyait grandir le désir vriller sans limites puis s’épancher doucement à ses pieds. Les corps se retrouvaient, couvés d’un regard partagé, le moelleux avec le moelleux les lèvres avec la peau les os entre eux s’en frottaient les mains.
Ça ressemblait aux deux tartines bien grillées de ce matin sur la table sous la treille un peu plus loin. Chaud pareil. »

Pauline Sauveur, Les yeux brodés, ©Jacques Flament Editions, 2018.

 

IPad, vol de nuit…

marlen-sauvage-Justin-©StefHeen

Photo ©Stef Heendrickxen – Justin au Poisson Blanc.

Nuit difficile à ressasser tout ce que j’ai perdu après le vol de mon IPad. Je ne regarderai plus en boucle les vidéos de Sacha, trois ans, à qui sa maman expliquait la course du soleil dans le ciel de La Réunion. Lui, les bras en l’air, les sourcils interrogateurs, sa voix de petit bonhomme qui pensait avoir tout compris, son soupir quand il réalisait que non… Je n’écouterai plus le maloya sur lequel il dansait avec Souleyman, le grand frère musicien qui frappait sur son rouleur comme un grand de cinq ans… La nuit, dans un demi-sommeil, les voix et les musiques se mêlaient aux mots jetés sur la tablette à l’écoute des vidéos de l’atelier d’été, aux photos de la dernière randonnée à Aïn-Draham et Tabarka dans les pas de saint Augustin, aux virées plus lointaines dans le lac du Poisson-Blanc avec l’autre petite famille, québécoise, aux berges de l’Aygues et aux épices de Nans… La nuit, je me retrouvais dans le lieu du vol, tandis que la foule avait enfin quitté le wagon et que je discutais avec un jeune homme des similarités (il n’y en a guère, en dehors de l’afflux aux heures de pointe) entre le métro parisien et le métro tunisois et surgissait alors le visage d’un môme d’une douzaine d’années peut-être, accompagné de quelques autres, je revoyais sa mimique adressée à ses copains, à l’arrêt qui était le mien, j’entendais ce « madame », venu de l’obscurité, auquel je n’ai pas prêté attention, inquiète de ne pas retrouver mon chemin jusqu’à la résidence éloignée. Voulait-il me rendre ma tablette moyennant quelques dinars ? je ne sais. Cette image et cette voix, je ne la voyais, je ne l’entendais que parce que la nuit me la rendait visible, audible. Elles avaient existé. La nuit, tout prend une ampleur démesurée… quels codes avais-je inscrits là qui me vaudraient quelles surprises…? Quels noms et quelles adresses avais-je mentionnés ? Il fallait se réveiller pour remettre les choses à leur place : le code de la valise, certainement, et les autres tellement cryptés que, je l’espérais, nul ne pourrait les décrypter… Des noms de vétérinaire, de notaire, sans intérêt, d’écrivains, qui ne diraient rien au voleur ! Mais toutes ces notes de lecture, ces références, ces idées d’ateliers… et je décidai de revenir au petit carnet ligné ou non, Moleskine ou non, toujours à disposition dans le sac, qui rejoindrait finalement les dizaines d’autres que ce blog n’avait pas réussi à me faire abandonner quelles qu’étaient mes dispositions il y a une douzaine d’années…

marlen-sauvage-Tabarka

Tabarka. Photo : Marlen Sauvage

 

L’œil d’Artaud

marlen-sauvage-@Ernest Pignon-Ernest

« L’œil d’Artaud, ce n’est pas un regard curieux ou serein, comme on peut en voir sur les portraits, genre classique de histoire de la peinture : la minutie de Corneille de Lyon, le rayonnement des tronches rubicondes de Frans Hals ou les autoportraits anxieux et curieux du vieillissement de Rembrandt.
Est-ce un portrait que nous livre ici Ernest Pignon-Ernest ?
L’idée n’est pas de reproduire au plus près le visage tourmenté d’Artaud. Il s’agit d’une évocation des tourbillons de l’âme. Comment peindre l’âme ?
Ernest Pignon-Ernest  y parvient grâce à ce mouvement des lignes, mélanges de gris et de blanc, de noir et de gris, qui tournoient tout autour des traits dévastés du modèle, saisi dans un moment de folie et qui nous ramène invariablement vers le vrai propos du peintre ; l’œil d’Artaud.
Ernest Pignon-Ernest a ceci de caractéristique qu’il s’inscrit à la fois dans la grande tradition du dessin par la précision des traits, la qualité du détail, le mouvement de l’expression de ses modèles, dans l’instant d’une situation qu’il choisit avec soin. Ses œuvres, jetées à même le mur, dans des lieux de passage, jaillissent à la figure des passants, comme d’insolites provocations : rue de Naples, cabines téléphoniques, townships sud-africaines, Ernest Pignon-Ernest ne cherche pas seulement à reproduire une réalité, il interpelle en permanence le promeneur par un sujet en mouvement dont il saisit l’essentiel du moment de sa vie.
Ici, c’est l’œil d’Artaud, tourmenté, inquiet, perçant comme une pointe d’acier qui nous dit à la fois son angoisse et l’expose. Le portrait d’Artaud, c’est l’évocation d’un homme près de la mort, décharné et réduit par sa déchéance physique à ce qui reste quand tout est parti, le regard, seule parcelle de vie intacte, subsistant dans une face détruite par la folie.
Les dessins d’Ernest Pignon-Ernest ne sont pas beaux, bien faits, ou intéressants. Ils nous ramènent à ce propos majeur de l’existence de chacun, la misère, la mystique, la folie. Instant saisi au vol par un peintre d’abord engagé dans son époque, préoccupé d’exprimer les tourments de l’Homme, les drames de son temps.
L’œil d’Artaud nous dit tout cela, à la fois : le dessin de ce grand artiste et l’incapacité du monde à lui assigner une place dans la société. La mort est proche, parfois rappelée par la forme d’un crâne posé près du regard, dans la grande tradition des vanités, trait à peine esquissé, tant l’œil d’Artaud suffit à nous dire l’essentiel. »

Jérôme Clément, in Face aux murs, Ernest Pignon-Ernest
©Delpire Editeur, 2010. Nouvelle édition revue et augmentée ©Libella, Paris, 2018.

marlen-sauvage-@Delpire

Photos : M. Sauvage

 

Tempête dans une vie

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Pour toi, Eric

« La radiothérapie s’est étalée sur quatre semaines, en juillet. J’avais eu un mois et demi pour me remettre de l’opération. Mon cou était toujours prisonnier de sa minerve. Les nuits étaient difficiles. Mais les douleurs s’estompaient peu à peu et j’étais plus mobile. Je profitais du calme de la maison pour graver sur le papier de nouvelles histoires. J’étais un survivant. Mille projets explosaient dans ma tête. J’avais plusieurs romans à écrire, deux recueils de nouvelles à terminer et un disque de chansons à enregistrer. Je ne voulais plus les remettre à plus tard. Je voulais les réaliser rapidement. Le temps était mon ennemi.

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort, paraît-il. Je n’en suis pas persuadé. Cette épreuve ne m’a pas amélioré. Elle ne m’a pas rendu plus fort.

Ce qui ne m’a pas tué m’a seulement rendu plus pressé. »

©Olivier Martinelli, L’Homme de miel, ©Christophe Lucquin Editeur, 2017

 

Photo : Marlen Sauvage

Le désir d’une vie sauvage

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« La cosmose, se fondre dans la nature, est une expérience de fusion du soi dans le monde des éléments et de communauté des êtres de nature : le moi ne résiste plus à la pénétration du monde en lui. La perméabilité de la peau rejoint la porosité du monde. Le corps devient le monde comme dans le bronzage, le plein air, l’hivernage, l’enfouissement, la spéléologie… Autant de techniques de cosmose pour décider de la limite du corps vécu face aux épreuves traversées par le corps vivant. L’abandon dans l’autre, dans l’élément, dans le monde, est une passivité mondaine du corps dans laquelle le monde m’éprouve. Le monde est une épreuve de l’autre en soi, moins selon un rapport de force supposé que comme acceptation du cosmos en tant qu’une part de moi-même, une cosmos-pathie. L’abandon dans le silence de la nature comme renonciation à soi dans l’embrassement du monde. Après trois années d’enfermement forcé au Liban comme otage, Jean-Paul Kauffmann concède avoir aujourd’hui besoin d’être confronté à l’immensité de la nature, besoin de la démesure de ce paysage, ponctué par des vides au milieu des pinèdes mais jamais borné. »

Bernard Andrieu, philosophe, professeur à l’université Paris-Descartes – Le désir d’une vie sauvage : vers la cosmose
Extrait d’un article publié dans 303 arts recherches, créations « Sauvage », n° 153.