Des blancs dans le Ragabodot

sous la tonnelle      l’ombre des feuillages dessine des arabesques      on s’y raconte des histoires mirobolantes      à mi-voix      un refuge loin des adultes      images esseulées égarées      images  indélébiles    le banc devant la porte      où s’asseyaient les grands-parents      avant la grande décrépitude      et les secrets inavoués      jaillis bien plus tard      des larmes d’une vieille dame          déposant ses souvenirs d’enfance          quand ils seraient déjà dans la tombe           ses regrets de n’avoir pu dénouer la parole avant la nuit qui la prendrait elle aussi      un peu du Ragabodot      enfoui dans la mémoire      avec le potager          les chèvres que l’on essayait en vain de traire les toilettes en bois derrière la maison      tapissées de journaux      les prés et les bosquets où l’on cherchait les nids de pie      les carpes farcies de la grand-mère      les tessons de céramique colorés le long du chemin      les pièces de cuivre du père Dargaud offertes à ses petits visiteurs pour les remercier      et le retour vers la ferme      les sabots devant la porte      la grande pièce à la cuisinière à bois      le carillon qui réveillait les nuits les plus silencieuses le téléphone de Bakélite blanc sur le mur jaune le caquetage du poulailler       la brouette où nous promenait le grand-père       sa voix le matin schnell schnell pour nous tirer du lit avant de déguster le petit fromage blanc aux herbes préparé par ses soins      les grandes tranches de pain      le petit verre de blanc qu’il dégustait avant de repartir aux champs      le chien de chasse à ses basques      sa démarche claudicante séquelle d’un accident sur une voie ferrée      son regard noir acéré sur le paysage et le ciel      la table ronde de la salle à manger cossue où trônait le civet de lièvre ou le coq au vin du dimanche      les récitations et les chansons      avec nos voix d’enfant      le buffet Henri II à l’odeur de cire      les visages encadrés de chacune des filles blondes et brunes à leurs dix-huit ans      les fromages dans leur faisselle émaillée       les paniers remplis d’œufs       les pièces en enfilade les parquets à patins les édredons de plume d’oie les tissus de satin rouge et jaune et les dentelles      la poupée de porcelaine      la grande salle de bains lumineuse qui donnait sur le pré à vaches      les armoires au linge blanc repassé empesé empilé       les promenades vers l’étang aux grenouilles attrapées avec un chiffon rouge      les pas de danse sur le carrelage et la musique ruisselant du phonographe      une autre enfance          racontée           imaginée        souvenir à facettes        le Ragabodot                

Texte et photo : Marlen Sauvage
Pour cette proposition n°5 de son atelier d’été, François Bon nous demande de « se saisir de cette forme d’une prose continue, mais où la ponctuation consiste en espaces blancs, mettant à plat l’ensemble des syntagmes, quel que soit le grossissement, quel que soit l’écart (personnage, souvenir, objet…) pour capter, autobiographiquement ou pas, une sorte de bulle de réel, éloigné ou proche, mais que cette forme d’écriture va rendre de la façon la plus exhaustive possible. » Les autres textes sont ici.

Le lampadaire de la place

La nuit tombée, le ciel appelle un noir intense au-dessus des arbres, de ceux qui débordent le regard intérieur quand on ferme les yeux avec force pour se couper du monde ; très haut par-dessus les toits de tuiles romanes et la tour Randonne, bien au-dessus de la montagne de Vaux, on distingue les étoiles, mais ici sur la place le lampadaire chasse la nuit ; il dénonce les silhouettes, les déplacements, l’origine des murmures ; il repousse les inquiétudes du passant prêt à traverser trois cents mètres carrés entre la rue de la Résistance et celle de la Juiverie, serrée et silencieuse, qui l’emmènera vers le pont roman et l’ancienne route de Gap ; il souligne de ses éclats de lumière le dégradé bleu récent du badigeon à la chaux qui recouvre son mur de soutien ; malgré ses quatre vitres sales qui protègent l’ampoule, il brille d’un blanc cru dans son environnement immédiat avant de déverser un halo jaune dans un rayon de cinq ou six mètres.

Le jour, nul ne le remarque. Attaché au mur par une patte en fer forgé peinte en noir, d’une quarantaine de centimètres, décorée d’une arabesque simple, il n’est rien d’autre qu’un lumignon vieillot perché à une hauteur telle qu’il n’entre pas dans le champ de vision d’un marcheur.

Chaque nuit, il éclaire le même volet sur la façade de la maison à ma gauche, volet entrouvert pour laisser circuler l’air, chaud encore à minuit, mais qui se rafraîchira sur le coup de quatre heures du matin, quand le pontias tournera dans la place, dans les ruelles alentour, dans la ville, ce vent qu’aucune légende ne vient enjoliver ; chaque nuit, le lampadaire jette son dessin carré sur les pavés, esquissant une croix dont les axes – qui correspondent aux tiges de métal sous le cul de son enveloppe de verre – se perdent dans un autre carré plus petit, décentré ; il illumine le rebord bétonné souillé de moisissures noirâtres qui surplombe l’appartement du rez-de-chaussée, longe l’arête du mur, hachure le sol d’une fine ombre portée ; il lèche d’orangé le coin de la place à cette heure de la nuit, cerne la courbe des pavés, la différence de leurs teintes, leurs imperfections, les taches ici et là laissées par l’huile des voitures qui se garent parfois, les feuilles anciennes tombées du platane imposant, jaunes avant l’heure ou délogées de l’entrelacs de branches qui les retenait à l’arbre depuis l’automne dernier, la grille d’un regard, quelques pousses d’herbe verte le jour, noire dans la nuit, et celle-ci coincée entre le mur et le pavage, plus étoffée, aux larges feuilles fusain.

Le jour, il s’accommode de la présence d’une boîte de dérivation à son côté, affublée d’un gros bouton bleu roi. Un câble électrique noir fuit jusque sous les trois rangées de corbeaux. Personne en bas ne le remarque. Il faut le surplomber, de face ou de côté, pour en connaître les détails intimes.

Il souligne encore le petit air italien de la place – dont la nuit pourtant éteint l’ocre des façades, rouge mat, orangé pâle, jaune ou rose clair, les volets verts, bleu turquoise fané, marron – et sa tonalité festive avec les vitrines joyeuses de tissus, de vaisselle, de petit mobilier ; il vide l’endroit de ses bruits diurnes, de ses rires, des pas des touristes, de leurs vagabondages, de l’agitation des marchés, il impose le silence ; dans son halo, on se tait, on marche tête baissée, sans souvenirs du jour, on ne voit plus que ce qu’il nous montre, le clair-obscur, l’envers du décor et ses modelés, il nous épargne nos peurs nocturnes, mais il ne peut rien contre les odeurs étouffées, ramassées, d’une foule de vacanciers mêlée à celles de la savonnerie du coin de la rue ou aux effluves de la distillerie derrière le pâté de maisons, qui s’épanouissent sur la place dans la paix de la nuit.

Texte et photo : Marlen Sauvage

Dans cette proposition n°4 (vidéo) de son atelier d’été, François Bon nous invite à nous saisir d’un élément urbain pour en tenter la description dans l’esprit de Gertrude Stein in Acquaintance with description… Autrement dit, un drôle de défi…

Verre de communion, mon œillet

Une troisième proposition de François Bon pour cet atelier d’été intitulé « Pousser la langue »… À la manière de Francis Ponge, choisir un objet du quotidien sur lequel on écrit un texte, à dérouler en cinq versions successives sur cinq jours. Les propositions sont ici. Les réponses des auteurs .

15 juillet

Posé sur une étagère de la bibliothèque, il m’accompagne dans mes déménagements et, comme toujours après le dernier, a retrouvé sa place ici. Il brille dans la lumière matinale, c’est un verre vert, décoré d’un personnage blanc. Héritage d’une grand-mère. En avait-elle une série, un service ? S’en servait-elle vraiment à table ? Sa couleur ne devait autoriser d’autre contenu que l’eau fraîche et limpide… Aucun souvenir d’avoir bu là-dedans. Aujourd’hui, seul témoin du passé, en compagnie de livres, il contient de menus objets : poissons, tortues, étoile de mer, hippocampe, coquillage, dauphin de verre poli couleur turquoise et bleu gitane, offerts à je ne sais plus quelle occasion et dont je ne parviens pas à me défaire, deux tortues en pâte FIMO fabriquées il y a des années par l’aînée de mes filles, une douille longiligne en fer blanc avec sur le cul, gravé en capitales : R P 7 x 64. Et collé au fond du verre, à la poussière, un trombone.

18 juillet

Je me suis demandé si ce verre opaque de couleur verte pouvait être un objet de collection. J’apprends au passage que celui qui collectionne les verres à moutarde illustrés est un bédévitrophiliste tandis que celui qui s’intéresse aux verres de communion est un vitrocommuniphile. Une visite sur le net apparente mon gobelet en verre vert à des Mary Gregory Vert émaillés blanc. Je trouve trace de deux verres décorés l’un d’un garçon l’autre d’une fille de la période victorienne Bohême du XIXe siècle qui lui ressemblent étrangement. Le mien représente une fillette qui brandit une fleur, elle est en émail blanc, seul le visage est coloré. Cela m’a tout l’air, à bien le regarder, d’un verre de communion. Le verre de communion de la grand-mère ? Née en 1899 (la même année que Ponge)… Ce qui peut laisser entendre que le verre daterait du début du vingtième siècle. Il faudra que j’enquête. Ce n’était pas ce que je prévoyais en choisissant de parler de ce verre… Le verre vert me rappelle la colle à laquelle mon père nous demandait de répondre (niant le dicton qui veut que l’orthographe soit la science des ânes… il estimait qu’orthographier correctement les mots était honorer sa langue maternelle et nous renvoyait volontiers à l’étymologie pour en comprendre la graphie) concernant l’homme qui, portant un verre dans une main, un ver dans l’autre, laisse échapper les deux ver.re.s… Aujourd’hui c’est simple on peut s’en tirer en l’écrivant ainsi… Observons le verre… Du latin vitrum. Le verre [qui] paraît être la véritable terre élémentaire, disait Buffon. Verre clair. Verre mince. Verre épais, ici. Verres colorés ou verres de couleur, verres teints par de très petites quantités d’oxydes métalliques qui sont fondus dans la pâte. Je poursuis ma lecture de la définition du verre dans le Nouveau dictionnaire universel, par Maurice Lachâtre, qui date des années 1850. Je cherche ce qui concerne le verre de communion. On y viendra peut-être ? Le verre serait le fruit d’un accident : « des voyageurs phéniciens, qui, s’étant servis de natron pour construire un foyer sur le sable, produisirent par hasard du verre par la fusion du sable mêlé au natron », d’après Pline. Les Anglais empruntèrent l’art de la verrerie aux Français vers le VIIe siècle ; Venise se distingua par ses verreries, reléguées en 1291 dans la presqu’île de Murano, et c’est aussi « au Moyen Age que la fabrication du verre s’introduisit en Bohême, et y acquit (…) une supériorité et une réputation qui se sont maintenues jusqu’à nos jours. » Plus loin, on parle du « cristal ordinaire et [du] verre à gobelèterie de Bohême, dit aussi cristal de Bohême, destinés aux vases à boire, flacons, vases d’ornement, qu’on fait avec les mêmes matières, mais en employant du carbonate de potasse, au lieu de carbonate de soude (…) » Petit verre, verre de cristal, verre taillé, verre à pied, verre à champagne, verre à liqueurs. Et comme je ne trouve rien qui finalement m’intéresse, je m’en vais chercher à communion… et m’avise que le premier tome de ces trois dictionnaires est resté quelque part dans la maison d’avant, ou qu’il a été emporté. Les verres de communion s’offrent encore, je ne rêve pas. Aucune date, aucune mention sur ce gobelet de verre vert qui m’est échu il ya maintenant trente-trois ans. Et pendant trente-trois ans, jamais je ne me suis souciée de ce verre, seul témoin chez moi d’une maison oubliée depuis des années, vendue, on l’appelait le Ragabodot, la ferme des grands-parents bourguignons, chargée pourtant de souvenirs.

19 juillet

Il faut caresser le gobelet de verre vert pour s’apercevoir que l’intérieur comporte des facettes tandis que l’extérieur est lisse au doigt (saurai-je parler encore du verre, autrement ?) Et pour le réaliser, le vider d’abord de son contenu de babioles (ce qui me renvoie à la réécriture chez Ponge… des méandres de la pensée… Pourquoi ce qu’il faut que j’enlève me ramène au brouillon de La Cruche, mystère. Lui qui ajoutait au moins autant qu’il enlevait… Et l’idée de ratures m’évoque Jean-Yves Fick, tout ce que les ratures contiennent et déplacent dans le texte, ce qu’elles suscitent à la lecture quand on choisit de les garder, et ce qu’elles gomment une fois posées sur les mots). Le déplacer (le verre). Le poser dans la lumière, l’éclairer de son propre regard, car le verre, lui, ne demande rien (il n’y a que moi qui réclame, ici, quelque chose du côté de l’écriture, quelque chose qui se trouverait là, dans la pulpe des doigts, sur le clavier, derrière les touches, que je ne pourrais contenir et qui se dévoilerait sans moi). La petite fille émaillée de blanc marche si légèrement sur un nuage blanc lui aussi semé de fins branchages… Quels mots pour dire le verre encore ? Sonore, mais d’un son étouffé, ce n’est pas du cristal, je tambourine de mes ongles sur la surface, clair en haut, éteint vers le bas. Le rebord, épais, a dû être doré, il en reste des traces. Mais ce qui m’intéresse, ce sont les mains qui l’ont tenu, celle à qui était destiné le verre. La fillette de onze douze ans en aube blanche sans nul doute (ce serait une histoire, portée par des mots, et déjà ce serait pas mal).

21 juillet

A vrai dire, je le transportai à chaque déménagement sans me poser la question de m’en débarrasser (comme ce fut le cas pour bien d’autres objets) ; ce verre opaque, vert bouteille, décoré d’un personnage émaillé blanc (une fillette offrant une fleur, le pas léger posé sur un sol nuageux), verre à gobelèterie de Bohême, dit aussi cristal de Bohême, n’est qu’un verre de communion tel qu’on les offre encoredatant du début du XXe siècle, qui avait appartenu à ma grand-mère maternelle (née en 1899, comme Ponge) ; il faisait partie de mon décor simplement parce qu’il témoignait du passage sur la terre de cette femme admirée. Aucun souvenir d’avoir bu dans ce verre, et à plonger dans le passé, aucun non plus de l’avoir vu quelque part dans la ferme cossue des grands-parents. Il me suit depuis trente-trois ans, et pendant trente-trois ans, jamais je ne me suis souciée de ce seul témoin chez moi d’une maison oubliée, vendue, on l’appelait le Ragabodot, la ferme des grands-parents bourguignons, chargée pourtant de souvenirs.

22 juillet

Ce qu’on transporte, ce qu’on charrie, un verre de communiante, vert émaillé de blanc, cristal de Bohême, trente-trois ans sans jamais se questionner, témoin du Ragabodot, la ferme oubliée.

Texte et photo : Marlen Sauvage

Interstice, une vision en 3D

PATIO

C’est une fuite en contrebas des tuiles comme une plongée blonde vers un sol invisible mais l’œil arrêté à l’horizontale se fiche dans le mur happé par la niche aux fougères pleureuses ; impossible de ne pas s’élever vers le rectangle bleu où se chamaillent des oiseaux de passage, et c’est pour retomber d’étage en étage sur la ligne de tuiles comme des vagues, une houle orangée qui ramènerait ici le regard.

CAGE

Toujours on l’imagine d’en haut quelqu’un se penche appelle crie peut-être tombe dans le vide par maladresse ou par désespoir qu’importe mais vue d’en bas la cage d’escalier vous invite vous oblige vous aspire et c’est la grimpette essoufflée la main à peine posée sur la rambarde de bois lisse arrêtée à chaque étage par les sphères qui marquent la montée et l’on finit par pousser des épaules les murs pour que cesse l’oppression d’une ascension interminable.

PLACE AUX HERBES

Les notes s’élèvent jusqu’au premier étage de l’immeuble de la place, ancre hebdomadaire d’un groupe de musiciens, guitares d’abord, violoncelle et enfin la voix projetée d’une façade à l’autre, d’une vitrine à l’autre, et le rythme s’installe, il embarque avec lui les mains des spectateurs et la foule tourne danse piétine s’arrête applaudit tandis que le tourbillon des chants et des bruits se cogne aux platanes immobiles.

PLACE AUX HERBES (la nuit, l’été)

Un air frais louvoie sur la place, balance les feuilles de platanes et d’oliviers qui chuintent en sourdine, s’engouffre à travers les quelques fenêtres ouvertes des petits immeubles à trois étages, emporte les voix d’un couple assis sur un banc de pierre, éclairé par un réverbère jaune planté près d’une façade, il tourbillonne un peu et s’enfuit par le haut, vers le ciel noir comme un aplat à l’encre de Chine.

CRANE

S’il protège des coups, rien ne se devine de la tempête intérieure des maux de tête, du supplice des grincements assourdissants, des pensées cotonneuses cherchant à s’évader sinueusement de cette boîte endolorie que la voix importune ; enfer, enfermement, on voudrait que le cerveau qu’il protège s’évade dans les pieds pour le fouler le malaxer l’assujettir… 

La proposition…

Un pas de côté dans cet atelier d’été, où François Bon ouvre un « interstice« , une proposition qui nous demande sur cinq paragraphes de ne pas développer une phrase selon les principes de la perspective, « mais selon ces schémas dont nous disposons pour la représentation 3D, qu’on soit habitué ou non aux casques de représentation virtuelle ». J’avoue n’avoir pas tout compris mais j’ai fait de mon mieux comme tant d’autres !

Traces pour Ailleurs, ou parpaing

Un titre peu explicite, certes mais voilà. La deuxième proposition de l’atelier d’été de François Bon nous demandait d’emmener un mot obsessionnel (tel « parpaing ») dans un bloc de phrases sans ponctuation. J’ai choisi Traces… et elles m’ont emportée Ailleurs…

bleu fané jaune sale bleu blanc rouge par avion noire comme l’encre de ses lettres TRACES des chiffres sur des enveloppes quelques mots au dos d’une photo noir et blanc un visage inconnu TRACES toutes ces images de convois d’hommes le pont d’un bateau un horizon de sable et d’eau j’ai dit la Méditerranée « Sur le Ville d’Oran le 20 mars 47 » et puis d’eaux mortes comme le temps « Hanoï le 21 juillet 1952 » TRACES amas de poussière brûlante qui écorche les yeux bleus sans repère sans mémoire TRACES que la parole des autres les mots les silences à décrypter les évidences fausses TRACES murmures en grappes insaisissables quand le ravin vomit des peurs TRACES ciel blanc caniculaire de l’enfance suspendue cherche ailleurs à chaque faux pas la confrontation TRACES désillusion ruines que la mémoire des autres ou bien l’oubli volontaire TRACES et cette odeur de passé humide encore reprendre du début recommencer à partir de TRACES les visages les sourires sur les images dentelées comme des balises encore TRACES l’âme des objets retrouvés à caresser des yeux des doigts à respirer et peu importe les murs toujours les mêmes l’absence de sens TRACES recommence recolle écoute revois invente TRACES vers un autre horizon de sable dans les mots fuir le huis clos des pensées suivre les TRACES et courir loin de l’enfermement du carcan imposé fuir en mouvements désordonnés et peu importe inconscience folie passion dérèglements hors norme loin des moules et des cases AILLEURS où les souvenirs emportent AILLEURS mais n’est-ce pas vers les mêmes murs la même morale AILLEURS un leurre ce qui colle à la peau vous rattrape AILLEURS nulle part où aller pour changer la donne AILLEURS ce serait en soi au-delà de soi en deçà du monde des hommes là-bas AILLEURS mais pas au bout du monde AILLEURS en soi relégué au dedans de soi introuvable AILLEURS ou peut-être devant sans y prendre garde loin de ses habitudes AILLEURS pour s’apercevoir qu’on a toujours été côte à côte quand tout était sens dessus dessous AILLEURS et qu’il fallait traverser le pire jeter un œil alentour pour tenter de raccommoder les TRACES AILLEURS

Texte et image : Marlen Sauvage

Une histoire de sols

L’atelier d’été 2019 de François Bon a démarré… et sa première proposition nous emmène vers des souvenirs de sols…


Sols souvenirs, 1

Ce devait être une terrasse en béton poudrée de sable orange que l’on venait d’asperger d’eau (et ça faisait comme des cloques dures par endroits, précédées d’auréoles colorées et puis ces petits amas de poussière à percer), dans une atmosphère léthargique, les bruits de l’habitude parvenant assourdis depuis le port, sous le ciel bleu si lumineux qu’il obligeait à cligner des yeux (elle se sait la tête penchée vers une épaule légèrement relevée, elle a vu les photos, car l’enfance se perd dans d’autres souvenirs, et ces détails du corps se figent l’instant de la prise de vue pour authentifier peut-être une mémoire) ; absorbée par son jeu sur la terrasse, indifférente à cet instant suspendu qui avait saisi le quotidien comme pour en retenir le souffle (comme ce moment qui précède une éclipse de lune, quand la nature entière s’absente, car même les feuilles du grenadier voisin avaient durant quelques secondes certainement cessé de bruire), à peine sensible à l’agitation extérieure qui pourtant avait dû claquer quelques talons, remuer quelques chaises, refermer les volets, assourdir les voix, étouffer les cris des femmes (les maisons au toit plat que partageaient plusieurs familles dominaient le quartier, plongeant sur d’autres terrasses, sur les rues et le ravin tout proche, une position que favorisait l’alerte), et quand ce fut d’un coup l’hésitation puis le désordre et la fuite des espadrilles ainsi que des pieds élégants dans les chaussures ouvertes, le passage dans sa surface de jeu de petites sandales en tissu, à bouts ronds et à brides, les mêmes que celles qu’elle avait ôtées parce qu’elle préférait marcher pieds nus, les pieds des enfants battant l’air, dans un léger nuage de poussière, quand elle resta seule dans les tirs et le choc des balles, les cris gutturaux, le froissement des sarouels, les deux pieds encore cloués au sol, accrochés au béton, tétanisés, elle cria un long cri désespéré jusqu’au retour des ballerines de sa mère, avant que disparaissent  aussi ses pieds nus, emportés vers le ciel maintenant engoncé dans la haine et la violence, elle pouvait reconstituer le souvenir, mais en était-ce un vraiment ?, quel serait son statut dans le tribut de la mémoire au regard de tant d’autres tels que celui-ci du corps recroquevillé à même le sol de la chambre, cherchant des doigts le jouet, ouvrant et refermant la main dans le vide (mais elle ne sait ce qu’il cherche vraiment à saisir – le jouet ou le vide – sa main brasse l’air, c’est tout ce dont elle est certaine), la bouche déformée dans un sourire extatique souligné déjà par une moustache naissante (cette disposition à sourire l’a toujours questionnée : à quoi, à qui, ce jeune garçon perdu quelques mois après sa naissance dans un monde inaccessible, à qui donc pouvait-il sourire ?), dans un visage aux joues creusées (sa maigreur et sa blancheur effraient), la salive coulant en filet aux commissures des lèvres et il lui fallait combattre son dégoût pour se décider à changer de perspective, se laisser aller dans son monde renversé, et avoir pour horizon les barreaux de chaise et de table où il s’accroche parfois pour tenter de se relever et chuter toujours sur la moquette verte, dans cet enfermement où elle tente de l’atteindre, allongée près de lui, le dos raide sur ce plancher molletonné, cramponnée à ses doigts tordus qui la serrent en retour, le visage tourné vers lui (ses traits aussi sont déformés par la position au sol, elle pense cela, le pense-t-elle aujourd’hui ou était-ce alors ?), elle prend sa tête à deux mains, force son regard à traverser le sien, ses yeux verts, sonde le vide infini de son iris piqué de points mordorés, y cherche un indice, une réponse (mais à quoi ?), puis lui parle doucement de sa maman absente, et son visage s’éclaire à ce mot de maman qu’il répète à sa manière, et c’est le choc de son sourire, qui la secoue, à l’horizontale, l’épaule écrasée, le dos courbatu par la posture, percutée par la surprise de leur rencontre, ou encore le souvenir de ces soixante mètres carrés de tomettes rouge sang, usées, repeintes par endroits (on pouvait gratter de l’ongle la pelure sombre et retrouver ainsi l’orangé originel), posées à la va-comme-je-te-pousse, aux joints irréguliers ; gercées par le frottement des pieds de bancs, de chaises et de tables, marquées de l’empreinte des sillons anciens de murs, de portes (il y avait eu au moins trois pièces dans cette superficie, des décennies auparavant), noircies près de la cheminée (une de ces cheminées où l’on pouvait rôtir un bœuf, surplombée d’un four à pain dont le dôme pointait dans la pièce suivante, et d’un large cendrier creusé dans le mur), poreuses, chargées de toutes les discussions, des paroles murmurées dans cette pièce, des larmes versées, de l’odeur des cierges (on y avait veillé les morts), de la chaleur ancienne des chèvres qui suintait de la chèvrerie jadis située au-dessous, des cris des enfants, des remontrances, du crissement des petites voitures lancées à fond de caisse, des armées de soldats de plomb, des lectures à voix haute (en ces terres protestantes, on avait dû y feuilleter le Livre, psalmodier les prières au moment des repas), des confidences (les amours, les trahisons, tout étant question de regard et d’affinités avec les protagonistes de ces histoires banales), des reproches, des bris de vaisselle, du pas feutré des chats, de leurs batailles, des traces indélébiles dues aux inondations de septembre quand l’eau dévale des montagnes et menace de faire exploser les murets, gorgeant le terrain et s’évadant comme elle le peut à travers les failles des murs, montant lentement des profondeurs jusqu’au-dessus des tomettes, étalant équitablement sur la surface carrelée un jus laiteux,  et, dans un interstice, près du mur de façade, un tuyau sorti de terre, du cuivre taché de vert-de-gris, pincé à son extrémité comme deux dents qui se chevauchent, une toile d’araignée dans l’angle de la porte et du mur, les mouches emberlificotées dans du fil de soie, le seuil écaillé de la porte-fenêtre, jonché de feuilles de lantana jaunies, les ronces du dehors qui tentent un chemin sous l’huisserie et lancent déjà une pousse verte pour rappeler que sous les tomettes rouges la vie somnole et n’attend que le départ des vieux, le pas de porte où se croisent de petites fourmis au ventre rond (celles que dégustait Poussy, prétendant qu’elles avaient un goût de citron) transitant jusqu’au bosquet de lavande papillon, se renseignant à coup d’antennes sur les dernières provisions à rentrer, cette pierre de kersantite qui avait fini par se plier au pas des visiteurs, recueillant à peine l’eau de pluie, à peine rougie par les vents de sable qui traversent la Méditerranée, la pierre où je me tenais les yeux vers la voie lactée, appuyée au chambranle, sereine alors…

Construire une ville… – livres enfuis

marlen-sauvage-souvenir

Tout me racontait un univers désiré, côtoyé peut-être en rêve, à moins que ce ne fut dans l’enfance, ce que l’on perçoit d’un pays, d’une ville, d’une maison qui resurgissait à la lecture, écho réveillé de sons disparus, d’une atmosphère languide, de noms étrangers aux sonorités caressantes, d’espaces couleur de sable où l’immobilité n’était qu’un leurre, d’où le chaos pouvait jaillir sournoisement ; de ciels bouleversés par un regard, une réminiscence ; de ruelles vides hantées par une présence, une énigme qu’on ne résoudra pas ; du dépaysement, du désarroi du personnage dont je partageais l’ambition, la curiosité, les élans passionnés, la mélancolie ; des individus au langage ambigu qui refaisaient surface, portés par les mots d’un auteur aimé mais inconnu, et dont les visages s’effaçaient à l’instant qu’on croyait les revoir ; ces situations  glauques où s’insinuait le pire quand on croyait à l’instant même vivre le meilleur ; tout m’attachait aux rêves d’un autre comme si vivre véritablement c’était cela, vivre par procuration. 

Un territoire d’affinités, un village, des champs et des églises, les images que déroulent les mots d’un autre, une histoire dont on ne saura pas à quoi elle appartient, au rêve ou à la fiction, et où l’on déambule troué de questions sans réponse comme l’épouvantail d’un jardin soumis aux jets de pierres incessants des enfants, car c’est l’enfance encore qui vient hanter la route, qui  houspille les souvenirs, qui trimballe ses odeurs, ses peurs et ses merveilles. Cette étrange impression que nos routes mènent au même endroit du passé, que cette histoire est la nôtre au bout du compte, et les rues, et la route circonscrivent une ville intérieure, ancrée quelque part, et des maisons sans adresse, peuplées de fantômes, que l’on regarde s’écrire sur l’écran d’un ordinateur.

Au hasard de maisons et de villes enracinées dans le rêve et la réalité, s’attachent des réminiscences encapsulées dans des façades, des ruelles, des porches, des cimetières, des paysages. La pensée vagabonde à travers l’épaisseur du temps, de l’enfance ou de l’avant-enfance jusqu’à aujourd’hui, une route, longue, chemine de la première adresse à la dernière – la dernière ? –, d’un pays à un autre, d’une sereine solitude carrée à une ville-vie, mouvante, aux trottoirs délabrés. Dans cette succession de maisons-villes traversées où l’on n’a pas suffisamment vécu, pas assez longtemps pour ouvrir sa mémoire et croire à ce qu’elle nous raconte, émerge la frustration de ne pas être, de ne pas exister, de ne pas « habiter », de ne garder aucune empreinte vraie d’un lieu, d’être dans un entre-deux toujours. 

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

marlen-sauvage-maison-coquelicot

Construire une ville… – Limite

marlen-sauvage-limite

Trois taxis jaunes dans un mouchoir de poche, à quelques mètres de distance les uns des autres, deux foncent dans l’avenue, le troisième attend son client sous un eucalyptus à l’angle d’une rue ; le client court, il a surgi de l’immeuble grand standing d’en face, à la façade d’un blanc pétant, aux baies vitrées fumées renvoyant l’image immobile d’un ciel bleu dur sans nuage. Instantané mouvant dans cette chaleur muette qui estampille les paysages d’ici d’une empreinte d’éternité. Aux abords de la ville, avant la longue artère plantée de palmiers, des trottoirs délabrés hébergent des échoppes indéfinissables où la ferraille rouillée côtoie des bidons de plastique, des containers verts pour les poubelles domestiques, des abris de fortune, bâches fixées sur des piquets branlants… On a quitté il y a peu les bords de route ensablés où pointent de petits monticules de sel, loin pourtant après les salines de Sahline… Face à l’immeuble blanc, un autre en construction, même hauteur mais de briques orange, les trois étages supérieurs ne comportent encore aucune cloison, le ciel bleu passe à travers, c’est comme un pochoir dans le paysage, on aurait plaqués là les étages sans cloison et on aurait coulé de la peinture bleue dans les vides. On construit et pourtant il y a si longtemps que tout s’est arrêté. Il faut une bonne dose d’optimisme pour ne pas laisser libre cours au délabrement de la pensée. La terre est maussade au pied des palmiers, brume jaune pulvérulente, semée de bouquets d’herbes rases, anémiques, qui se pressent au bas des troncs, à l’ombre des branches quand le soleil le veut bien. Sur le trottoir, un homme assis sur un pneu examine le bas de caisse de la voiture devant lui, surélevée sur un cric. Il a le regard fixe. Mauvais présage. Il a laissé sa chaise déglinguée adossée contre le mur du garage derrière lui ; par habitude, l’auvent de tôle ondulée ne le protège pas du soleil de treize heures ni de la pesanteur de l’air.

marlen-sauvage-limite1

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

Construire une ville… – Chantier

Monastir_1956

Monastir, 1956 – DR

Cimetière marin Sidi El Mezri, à l’ouest de la Grande Mosquée. Des sépultures à perte de vue, les plus basses délimitées par les herbes sèches fatiguées de les protéger de la canicule ou de les retenir à fleur de terre, certaines immaculées sous le plomb du ciel, d’autres calligraphiées de rouge, noir, vert ; dalles s’irisant au couchant de veines orangées, aux coupelles d’eau reflétant un morceau de nuage – on dit que les oiseaux viennent s’y désaltérer et les anges aussi – ; tombes érodées par le sel et le temps, tournées vers la qibla et la mer, surplombant à peine les allées sablonneuses, blondes ; cachées par le Ribat majestueux, les remparts de la médina, l’alignement verdoyant des arbres le long de la plage avant l’anse elliptique de la baie que ne referme pas encore sur sa gauche l’île El Ghedamsi, ; dernières demeures caressées par le vent et l’air marin, que souillent parfois les goélands railleurs, rincées par les pluies, effleurées par les doigts errants des vieux Monastiriens venus saluer les leurs. Années 50. Les morts dorment tranquilles. Jusqu’à ce que débarquent les pelleteuses, les grues, les camions-bennes, que s’entassent des tonnes de gravats, que l’on déplace à quelques mètres de leur ancestral ancrage les tombes encastrées dans le sol depuis des dizaines d’années ; sépultures secouées ou finalement abandonnées sous six mille mètres carrés de ce qui sera l’allée principale menant au mausolée du Combattant suprême. Devant les yeux émerveillés des touristes, une esplanade de deux cents mètres sur trente mètres d’arabesques blanches et roses guide leurs pas jusqu’à l’édifice somptueux au dôme doré, encadré de deux minarets qui s’élancent vers le ciel.

Texte et photo (ci-dessous) : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

 

marlen-sauvage-mausolee-Monastir

 

Construire une ville… – Jamais dire jamais

marlen-sauvage-zaouia

(la proposition de François Bon : en adieu à Cendrars, depuis son texte programmatique “le roman que je n’ai jamais écrit”, 10 à 15 titres ou résumés en 2 lignes de livres possibles (ou pas) sur la ville dont vous parlez.

Le fantôme du Baron des Adrets (recueil de micro-fictions)
La maison de l’enfance dont il est question ici appartint, dit la légende, au baron des Adrets (XVIe siècle) qui y prenait ses quartiers après ses razzias dans la région. Chaque micro-fiction revisite la légende à travers ses prolongements dans l’imaginaire de la narratrice pour construire celle même de la maison.

La Gentone, une maison, une ville (récit)

La ferme de Marguerite (nouvelle)

L’étoile du sud (fragments poétiques)
Une déambulation nostalgique et poétique dans les villes d’une vie, d’Arzew à Monastir, en passant par Marburg, Coblence, Marrakech, Ouarzazate, Saïgon, Hanoï…

Peur dans la ville (nouvelle)

Monastir, les brisants (fragments poétiques)
Autour du promontoire de la Kahlia, dans le grondement des vagues, on croise le regard d’Isabelle Eberhardt à Monastir qu’elle ne fit que traverser. Quid aujourd’hui de la vieille ville et du port « moderne » de ses Notes de route ? 

Les yeux dans la toile (nouvelle)
Quand l’histoire commence, le peintre vient de disparaître sous les yeux de son public. Après l’effarement, force est de constater que le tableau raconte cette fin.

D’autres clichés d’Irlande pour Monsieur Kahn (récit)

Le masque du requin (roman)

La lecture ou la vie (roman)
Dans une benne à ordures, un étudiant trouve un lot de livres en français parmi lesquels les Confessions de saint Augustin et Les Essais de Montaigne… Il tente de retrouver le propriétaire de ces livres dans un quartier noyauté par les fondamentalistes.

L’oreille de la zaouia (roman)
Dans une zaouia délabrée mais encore habitée, un marabout, mort depuis plus d’un siècle, interpelle les vivants quant à leur existence dépravée. La seule à l’entendre est une petite fille de sept ans, qui vit ici avec sa famille.

Zoufris (fiction)
Un lanceur d’alerte dénonce la corruption dans un pays qui se réclame de la démocratie.  Parcours d’un idéaliste confronté à un système pernicieux et voyou. « Zoufri » qui vient du mot français « ouvrier », signifie aussi « brigand, voyou »…

La mobylette de Nabil (roman)
Les pérégrinations d’une mobylette volée, de Tunis à Gafsa jusqu’aux îles Kerkenna ou un voyage dans l’épaisseur d’un pays et de sa société cosmopolite. Abandonnée là par son dernier « propriétaire », Nabil, parti pour Lampedusa…

La datte et le figuier (roman)
Souvenirs d’une enfance condamnée au nomadisme, parce qu’un père militaire et une mère voyageuse… Et comment on ne se défait pas de cette façon de vivre.

Une valise à la main (anticipation)
Regards croisés de cinq femmes qui furent indépendantes, coachs, cheffe d’entreprise,  étudiantes libres, avant l’islamisation de la Tunisie. 

Un retour en questions (roman)
Rentré dans son pays après cinq ans à l’étranger, un homme ne reconnaît plus rien de son quartier. Le livre est une suite des questions qu’il se pose en partant à la recherche de la librairie, du salon de thé, de la salle de sports, etc. qu’il avait connus avant son départ.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

marlen-sauvage-maison-coquelicot