Petits bonheurs (133)

Un texte de Mireille Rouvière

Assise dans mon fauteuil, de la fenêtre je peux l’observer se balancer au gré du vent. Elle se tient bien droite. J’ai peur, elle paraît si fragile sur sa longue tige grêle. Le vent, ce matin, risquerait de la plier en deux, toute son énergie vitale bloquée par la cassure de ses fines fibres la ferait s’éteindre pour l’éternité. Elle est si jolie à regarder. Sa couleur est unique, elle a mélangé de l’alizarine cramoisi souligné d’une pointe d’auréoline. Elle connaît la peinture à l’aquarelle : elle a ajouté la quantité d’eau nécessaire aux pigments pour obtenir ce rose qui approche la couleur fuchsia. Elle aime se mettre en valeur, elle sait que la couleur verte est la complémentaire du rouge, elle en profite en plaçant son feuillage en arrière-plan et semble vouloir nous faire croire qu’elle se rapproche. Elle a une forme originale, des trompettes couleur de lait translucide satiné couronnées de pétales d’un rose intense. Elle est délicate dans son bercement. Elle paraît irréelle, magique, insaisissable. Un rayon de soleil vient auréoler sa robe féerique. Elle s’épanouit abritée du grand noyer, on dit que sommeiller dans l’ombre de son houppier est dangereux, elle, elle ne le craint pas. J’irai me promener dans le jardin et je la regarderai vivre et osciller dans la brise légère. J’aimerais lui parler de sa beauté et du plaisir qu’elle me donne. Les vibrations et l’intonation de ma voix pourront-elles l’atteindre ? Aurai-je une réponse ?

 Texte et photo : Mireille Rouvière

Petits bonheurs (130)

Photo : Cécile Camatte

Dans quasi toutes les maisons où j’ai vécu, seule ou non, le hasard a voulu qu’il y ait un lilas. Enfant, je faisais des colliers éphémères avec ces petites fleurs, ma mère me laissait toujours une branche pour faire la belle. Plus tard, à Marseille, dans ma maison au jardin, j’ai appris à m’occuper de l’arbre. J’aimais couper les pousses inopportunes et puis les inflorescences après la floraison : important pour qu’il fleurisse plus et mieux l’année suivante. Le lilas fut un des arbres que j’ai eu fierté à voir ainsi redevenir gaillard sur ce terrain où j’ai vécu quelques années. Ici, là où je vis, j’ai plaisir à retrouver ce bonheur, ainsi que celui de pouvoir me faire un bouquet. « Il faut bien écraser les tiges avec un marteau, c’est ainsi que le bouquet peut perdurer ». Savoir acquis auprès d’une passionnée de fleurs, belle dame aux yeux bleus magnifiques et à la superbe chevelure blanche qui aimait me donner un bouquet de leur merveilleux lilas blanc, après un passionnant cours de chant, pris en bord de mer. Le lilas, pour moi, c’est beaucoup de petits bonheurs.

Cécile Camatte

Petits bonheurs (129)

Photo : Cathy Heendrickxen

J’ai l’autorisation de vous faire rêver encore avec les photos prises par Cathy H. en Antarctique en février/mars dernier. Ici un manchot papou adulte de 48 cm… J’aime son plumage orange, on dirait que ses pattes y reflètent leur couleur… comme ces marguerites qu’enfants on se plaçait sous le menton pour y voir apparaître celle du beurre ! MS

Petits bonheurs (126)

Photo : M. Fraissinet – Le vieil homme, le chat et les oiseaux, vus sur la 5e Avenue de New York en mai 2019.

Couleurs, quiétude et sieste. Un homme dort sous son chapeau de feutre noir dans le brouhaha et la chaleur étouffante de la 5e avenue à New York.  Une fois de plus, les animaux ont beaucoup à nous apprendre et n’ont rien à faire de la circulation intense et bruyante.
Monique Fraissinet

Merci, Monique, pour ce petit bonheur que tu me dédies… J’ai encore à peu près l’énergie du chat… MS

Petits bonheurs (125)

Photo : Jacques de Turenne

Il y a c’est certain
le ciel
l’eau
la paisible étreinte du miel

un lieu pour l’ivresse profonde
des yeux

un lieu où se tenir

un lieu pour vivre mieux.

Jacques de Turenne

Merci, Jacques, pour tes vœux de rétablissement, j’aime décidément tout ce que tu écris… et ce phare et ce texte me touchent infiniment. Marlen