Vases communicants de janvier

 

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Plage et lac d’Oka sous la neige de décembre

 

C’est avec grand plaisir que j’accueille ici Huê Lanlan dans cet échange de formes brèves sur le thème de la rencontre.
J’ai croisé Huê sur le net il y a plusieurs mois, découvert son écriture à travers le site des Cosaques des frontières d’abord, puis sur le sien propre http://rencontresimprobables.blogspot.fr/ où, me dit-elle, « c’est la proximité d’avec la vie de l’inconscient qui (la) fait écrire ».
Il s’agit donc d’une rencontre d’écriture, fictive, – certains diront « seulement » – pourtant l’authenticité d’une rencontre ne réside-t-elle pas aussi dans cette proximité qu’engendrent les mots, un texte, qui nous bouleverse tant il exprime notre plus intime ?

Merci à toi, Huê, d’avoir accepté cet échange quelques jours avant la date ultime de ces vases, et d’avoir choisi une de mes photos rapportées du Canada tout récemment.

H bien sûr est Huê, M est Marlen !

H : Chemin flocons
Oiseau alerte
Aimerais tes ailes

M : Vers le ciel regarde ! ~
Parmi les larmes de glace
Tu voles déjà

H : Entre calme et silence
Sillons dans la neige
Où vas-tu donc ?

M : Le sait-on jamais ? ~
A ta rencontre sans doute
Tous mes os me portent

H : Arbres si lourds
Silence si blanc
Attentif au vent

M : Le chant de l’hiver
Dans les branches cabriole ~
Murmure ton nom

H : Froidure brisure
De mots cristal
Au bout du chemin peut-être…

Huê Lanlan et Marlen Sauvage

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants: le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…
Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.“

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand, vous retrouverez la liste des échanges de ce mois.

Vase communicant juin/Ancrages

Je suis très heureuse de vous proposer pour ce « vase » de juin un échange épistolaire avec Françoise Gérard, écrivaine et pastelliste. Notre thème est le Nord de notre enfance, dont j’ai découvert en me promenant sur son blog que nous en étions toutes deux originaires. Je vous invite à aller admirer « chez elle » ses nombreux tableaux et à lire ses récits. Françoise publie aux éditions Qazaq (Les Cosaques des frontières) et j’en profite pour indiquer ici l’adresse du blog de Jan Doets, éditeur. Un grand merci sincère encore à vous, Françoise, pour avoir accepté ma proposition de partager ce moment d’écriture et pour votre idée vivifiante de correspondance.

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Le Cateau-Cambresis

Le Cateau-Cambrésis et son beffroi (archive familiale)

Mes souvenirs les plus lointains du Nord paternel me ramènent là, à la « petite maison jaune », ainsi l’appelais-je enfant, celle de ma grand-mère et qui, de jaune, n’avait que le papier peint de la cuisine et le mobilier en formica… A cette table jaune je restais assise devant mon assiette, mâchant le morceau de viande ou de poisson que je ne parvenais jamais à terminer. Et c’est une voix bien timbrée qui encore traverse le temps pour m’inciter à manger ce qu’alors j’avais tant de difficulté à avaler. Chaque fois que le crémier passait dans la rue, klaxonnant pour prévenir de sa venue, ma grand-mère préparait pour moi « un petit bossu » dont je me régalais, une cuillerée de beurre jaune d’or déposée sur un morceau de pain. Et de ses mains aux veines bosselées sous la peau fine, elle pétrissait la pâte de la tarte au sucre, chaque dimanche ; les mêmes mains remontaient de la cave deux fois par jour le seau à charbon destiné à la cuisinière. La voix claire de ma grand-mère aux yeux bleus… Elle et son accent chantant, son sourire doux qu’accompagnait, paupières baissées, un léger haussement d’épaules. Mon père, unique garçon de la fratrie de quatre, l’appelait « ma Mère du Nord », et c’est avec une grande émotion que j’ai découvert récemment le livre ainsi intitulé de Jean-Louis Fournier. Elle fut ma confidente. A huit ans, quand mes seins pointaient et que je m’en inquiétais ; à quinze, quand rebelle à tout, j’envisageais de partir en mission en Afrique ou ailleurs ; à dix-huit ans, quand je lui avouais mon premier grand amour… Ma figure du Nord, mon ancre familiale dans ce coin de pays, c’est elle, Eugénie, ma grand-mère catésienne.

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Vue sur la plaine flamande depuis le mont Cassel

Il paraît que mon enfance s’est déroulée dans les Hauts de France… mes souvenirs en seraient-ils rehaussés ?… Mon Nord n’était ni haut ni grand, je n’ai pas grandi dans le grand Nord, simplement dans le Nord. Mon or était noirci par les fumées d’usine et la poussière de charbon. Les gens ne faisaient pas de tralalas, mais dans la simplicité de leur quotidien, ils avaient plutôt fière allure. C’était d’ailleurs la devise de la ville où je suis
née : Pauvre mais fière…

La seule montagne un peu haute vue de mes yeux vue dès l’âge de six ans parce que ma grand-mère maternelle y habitait, était le mont Cassel. Il domine la plaine flamande à cent mètres d’altitude. Sinon, le pays était plat. Je l’arpentais à pied de long en large au cours de mes trajets pour aller à l’école ou faire les courses, mes observations étaient toutes concordantes.

L’été, nous passions une journée à la mer, il fallait se lever très tôt le matin pour rejoindre un point de ralliement où attendait un autocar spécialement affrété pour des familles comme la nôtre. Le car puait le gasoil, les enfants avaient envie de vomir. Mon père nous emmenait aussi parfois à la pêche à dix ou quinze kilomètres de la maison, il nous faisait monter dans un bus normal qui nous déposait en pleine campagne, puis nous parcourions à pied les derniers kilomètres en portant son attirail. Plus tard, en participant à des colonies de vacances, j’ai découvert la Bretagne, la Normandie et le massif Central. Comme les marins, je faisais l’expérience de la nostalgie, j’avais hâte de retrouver mon port d’attache… Je pouvais voyager sans le quitter, à l’école, en me laissant guider par les cartes de géographie étalées sur les murs de la classe, mais nous n’avions pas le droit de désigner les lieux par leur position haute ou basse, il fallait dire Nord ou Sud, j’aimais bien dire Nord…

Le plat pays se reflétait dans l’immensité du ciel, la liberté du regard était sans limites, mes pensées s’étiraient au-delà de ce qu’il était possible d’imaginer, j’avais l’air un peu dans la lune, je ne collais pas bien avec ce que l’on attendait de moi sur la Terre, le Nord me donnait des ailes…

J’étais à peine sortie de l’enfance, ce jour-là, il n’était pas écrit que je ne reviendrais jamais, la porte que j’ai refermée pour la dernière fois ne se doutait de rien, j’ai perdu le Nord sans m’en rendre compte… Des forces centrifuges ont fait de moi une transfuge involontaire, des tourbillons cycloniques m’ont précipitée dans un exil définitif, la nostalgie expérimentée pendant mes séjours en colonies de vacances n’était rien à côté de mes futures souffrances… La vie est animée de vents violents qui balayent tout sur leur passage… faut-il qu’il m’en souvienne ?… Le deuil de l’enfance est impossible… Comment accepter d’anticiper la mort, de mourir à ses rêves, de renoncer aux grands horizons, de ne plus regarder le ciel ?…

L’or de mon enfance est là-haut, dans le Nord, au milieu des nuages….

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Dérive des rêves, pastel de ©Françoise Gérard

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Aucun souvenir quotidien pour moi du Nord et de sa géographie, sauf quelques paysages, quelques balades dans le bocage de l’Avesnois, au Quesnoy ; dans le parc de la ville de Matisse qui était celle de ma grand-mère ; le long de la Selle, la rivière affluent de l’Escaut, et l’impasse du même nom où vit encore une tante paternelle. Du Nord, de « mon » Nord, ce Hainaut qui serait un Sud pour les habitants de Dunkerque, rien d’autre que des personnes, un accent, une atmosphère, une idée de la famille. Une émotion liée à la gentillesse, la convivialité, la simplicité de celles et ceux qui vivaient si loin de nous, les exilés du sud de la France. Une ville au ciel bas souvent, des cités aux maisons en brique rouge, et j’aurai dit le lieu commun. Mais une filature aussi, celle de Auguste et Charles Seydoux qui au Cateau-Cambrésis dès le milieu du dix-neuvième siècle, embauchait les ouvriers des environs, et parmi eux ces fileuses ou dévideuses, ces tisserands qui se succèdent dans ma généalogie. Une église et son beffroi Renaissance, dont le carillon résonna si longtemps dans ma mémoire de gamine, et la gare avec ses trains à vapeur dont les roues crissaient et perçaient les tympans. Je me souviens bien sûr des étendues plates à perte de vue, à l’horizon heurté parfois par un terril, lors de nos virées estivales dans la voiture familiale. J’entends encore mon père dire son amour pour toute cette planéité, et la chanson de Brel forcément émouvante venait me convaincre de la force d’un tel paysage. Je préférais pourtant les montagnes du Sud et le Ventoux visible de ma chambre, mais je me taisais.

Caudry, Cambrai, Valenciennes, Landrecies, Le Pommereuil, Denain, Bohain-en-Vermandois… les noms des villes dont résonne mon enfance. Associées souvent à un prénom, à une histoire, un drame peut-être, comme celui de l’été 1967 où une tornade dévasta le Pommereuil, sinistré à cent pour cent… Ou celui de la tante Alphonsine, veuve trop tôt de Maurice – l’oncle à jamais inconnu – et qui toujours nous offrait des guimauves enrobées de chocolat au lait, au goût un peu métallique de la boîte en fer qui les contenait. D’autres noms depuis des années chantent mon Nord familier, qui loin de se limiter à ce département, descend vers l’Aisne, court à l’est vers Froid-Chapelle où s’étend encore la province de Hainaut, cette part devenue belge en 1830, puis Mons où nous nous promenions certains dimanches de vacances, alors que passer la frontière restait encore un événement.

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Le parc Matisse, au Cateau-Cambrésis (archive familiale)

 J’ai vécu dans le Nord de l’âge de trois à six ans, au Cateau chez ma grand-mère, puis à Lille, avec mes parents cette fois. Mes plus anciens souvenirs datent de cette toute première vie d’enfant, alors que nos parents nous avaient confiées durant un an, ma sœur aînée et moi, à ma grand-mère et à sa plus jeune fille. C’est ce Nord et son climat rude, son patois de la rue (car ma grand-mère ne le parlait pas), son accent rugueux, ce Nord où à trois ans je découvrais pour la première fois la neige, m’exclamant que le sucre tombait du ciel, c’est ce Nord-là qui contient toute ma nostalgie.

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Le train en gare d’Armentières

Avant de les jeter, de les donner ou de les disperser, d’autres que moi avaient trié les objets de la maison où j’avais passé mon enfance… d’autres que moi avaient eu le pouvoir de maintenir ou d’annihiler l’existence matérielle d’une partie de mes souvenirs… pendant un court instant, sans le savoir, d’autres que moi avaient tenu entre leurs mains la possibilité de ma mémoire… Or, dans le tiroir d’une grosse armoire vermoulue, au grenier, il me semblait bien avoir un jour entreposé deux ou trois albums et autant de livres que j’avais particulièrement aimés. Bien après la césure entre ma vie d’avant et celle d’après les événements douloureux qui m’avaient privée de tout ancrage familial, le désir m’a saisie, devenu impossible à satisfaire, de les palper, de m’abîmer dans la contemplation de leur couverture, de les ouvrir enfin et de les relire dans l’espoir, sans doute, de retrouver les sensations que j’avais éprouvées en les feuilletant pour la première fois… Il s’agissait de mes premières lectures, des histoires enfantines, des contes… En l’absence de support matériel, ma mémoire ne peut que rassembler ses seules forces pour essayer de ramener à l’air libre les sentiments qui m’animaient alors en tournant les pages ! Les émotions refoulées pendant si longtemps semblent étrangement se bousculer dans une sorte de sas qui serait comme un préambule à leur expression ?… Mon tout premier livre d’enfant fut un cadeau inestimable, inespéré… Il était composé de grandes illustrations qui montraient des personnages d’une incroyable beauté dans de somptueux châteaux où, malheureusement, dans le tréfonds des salles obscures, se cachaient des gens malfaisants qui fomentaient la perte des princes… Mon regard faisait la navette entre les images colorées et le petit texte austère qui en donnait la clé. La lecture des mots était un dévoilement, le monde sensible venait à moi en m’offrant les armes de sa compréhension, que l’apprentissage des lettres et de leurs combinaisons avait commencé de me rendre accessible !… L’émerveillement ressenti était complexe. Le monde était surprenant, mais son décodage n’était pas moins admirable. S’y mêlaient des sentiments de gratitude pour la personne qui m’avait offert ce premier livre (je ne sais plus qui ni à quelle occasion)… J’ignorais les mystères de ma naissance, je crois que mes premières lectures en étaient l’équivalent. Je garde au fond de moi l’impression indélébile d’avoir vu le jour en déchiffrant les mots que je lisais pour la première fois. Mon ancrage est un encrage. Et la rage de lire puis d’écrire m’a finalement procuré la force de vivre…

Il y a si longtemps… Aujourd’hui, 27 mai 2016, j’apprends par la radio que le publicitaire Jean-Claude Decaux vient de mourir et, grâce à son hagiographie diffusée sur les ondes, qu’il a révolutionné l’art de l’affichage… Me reviennent en mémoire les inscriptions peintes en lettres immenses sur le mur d’une maison située en face de celle où habitait ma grand-mère paternelle, morte quand j’avais six ans… DU BO DU BON DUBONNET!… Ces mots sont parmi les tout premiers que j’ai déchiffrés. A leur côté était dessinée une bouteille de vin gigantesque… avait-elle les vertus de la dive bouteille ?…

La maison de ma grand-mère se trouvait dans le quartier Saint-Roch, tout près de la gare d’Armentières, devant les lignes du chemin de fer, cible de bombardements pendant les deux guerres mondiales. L’église de ce quartier, détruite puis reconstruite à deux reprises, n’existe plus, elle a été rasée récemment parce que sa rénovation aurait été inutile (il n’y a plus de fidèles) et trop onéreuse. Que reste-t-il de nos souvenirs ?… Quelques images, des mots, une couleur ?… Quand il ne reste plus rien, au milieu des feuilles mortes, que le souffle du vent qui les emporte, se fait parfois entendre un petit air résistant et moqueur, qui réveille la sensation bien vivante, quand on a eu cette chance, d’avoir et/ou d’avoir été aimé… illumination soudaine dans la nuit des souvenirs, petite flamme vacillante qui maintient en vie, aimantation d’une boussole orientée vers le Nord…

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Odalisque à la culotte rouge (détail), Matisse, 1923

Comme pour vous, Françoise, mes premières expériences de lecture appartiennent au Nord… A ces lointains souvenirs et cette école du Cateau – 22, rue Auguste Seydoux – où déjà ma plus jeune tante, Josiane, gardienne de mes mots, de mes pleurs et de mes joies, avait découvert les livres. Le temps aura passé pour que je réalise que Matisse dont j’aimais très tôt les couleurs, les peintures, les collages, était originaire de cette ville aimée, qu’un lien secret me liait à lui, car c’était ce même Matisse qui avait demandé à peindre le portrait de Josiane, l’adolescente farouche aux yeux noirs, ma seconde maman. « J’ai les yeux bleus comme toi » lui affirmais-je à trois ans. Elle ne démentait pas. Dans ses yeux, ne voyais-je pas le ciel abandonné au-delà de la Méditerranée, sous lequel j’avais vécu jusqu’ici ? Et dans les peintures de Matisse, ne retrouvais-je pas le soleil et les couleurs perdues de la Méditerranée, « le plus bleu des bleus » que le peintre évoquait ? J’aimais la chaleur de ses tons orange et ce fut une évidence pour moi, au moment de l’adolescence et loin de toute analyse, que la terre [était] bleue comme ce fruit.

Mon Nord se pare de ces couleurs, de ces bleus profonds, de ces aplats ensoleillés. De sa fenêtre je vois la mer, les odalisques, les femmes alanguies et les autres, Algériennes toutes de bleu vêtues… Je suis une fille du Sud, mais mon cœur est au nord. Jamais ne l’ai abandonné. Malgré les détours de la vie, mes pensées filent droit vers lui. En moi se réconcilient les deux pôles.

Sans doute l’amour reçu, donné, alors que nous étions enfants, dans notre Nord à chacune, explique-t-il cet attachement à une région plutôt qu’une autre… Quand le vide creusé par l’absence d’une mère laissait toute sa place au froid, nos petites âmes se réfugiaient dans la douceur affectueuse d’une grand-mère. Quand la nuit s’avançait pour délivrer ses cauchemars, le bonbon de sucre rose qu’Eugénie avait déposé sur le chevet compensait les paroles rassurantes que l’on espérait en vain. Pour moi, l’aiguille toujours pointe vers le Nord quand l’enfance se réveille.

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Tiers Livre (www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages,
les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…
Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Marie-Noëlle Bertrand coordonne les échanges et inscrit les publications sur le blog le rendez-vous des vases. Merci à elle !

Un thé à Kyūshū

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Photo ©Marie-Christine Grimard

Feuilles de thé que l’on froisse entre les doigts… Montagnes de Chine – Zhejiang, Fujian, Yunnan, Jiangxi, Sichuan – Inde, Népal, Sri Lanka, Himalaya. Feuilles de thé vert, noir, blanc, jaune, bleu, fumé, couleur de bronze ou d’humus, qui s’effritent ou roulent dans la paume de la main. Un voyage.

Japon, île de Kyūshū… Feuilles au jus parfumé, brûlant, que l’on boit du bout de la langue, le matin au réveil, ou l’après-midi devant une fenêtre en regardant la pluie tomber furieusement, et la boisson est si délicate que la mélancolie affleure les gouttes d’eau. Cérémonie du thé.

Thé sans cérémonie. Assise sur les nattes dans l’ambiance feutrée des lampes allumées, je le regarde entourer de ses mains finement veinées de bleu le bol de grès émaillé de blanc, sa couleur préférée. Ses longs doigts raffinés entourent le cylindre et le maintiennent serré près de sa bouche aux lèvres minces, deux traits presque violets.

Il y a quelque chose dans l’air de la sérénité de cet homme auquel je ne parviens pas à donner d’âge, une transparence de plume d’ange, évanescente ; évoquée, elle a fui… Ses pommettes hautes creusent par contraste son visage anguleux, triangulaire et mat. Je voudrais puiser la sagesse dans ses yeux sombres aux cils longs et recourbés mais il garde la tête baissée, le regard clos sur l’instant.

Il n’a pas prononcé un mot depuis longtemps. Je n’ose rien, seulement humer en silence le parfum du thé, m’en imprégner les lèvres pour ne pas déglutir et briser la douce ouate du présent.

Il a posé près de lui son long bâton de promeneur, il marche depuis toujours, traversant l’île du nord au sud, de Fukuoka – quand la plage de Momochihama n’existait pas encore dans la capitale du Kyūshū – jusqu’à Kagoshima, quand on pouvait encore escalader les flancs du Sakurajima tout au bout de l’île.

Je le crois âgé de mille ans, peut-être davantage.

Quand il redresse la tête, troublée, je lui souris. Il plonge ses yeux dans les miens mais ne cille pas. Nous avons partagé beaucoup déjà.

Il me défend de l’accompagner. Il a laissé dans une coupelle des fleurs de cerisier et du sable noir d’Ibusuki.

Marlen Sauvage

Pour ceux qui ne l’ont pas lu, j’ai partagé ce texte le 6 mai dernier sur le blog de Marie-Christine Grimard pour un épisode des Vases communicants. Vous avez pu lire la belle histoire de boîte de Chris ici même (rubrique Connivences).

Effilochée

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Absence de dispositif de retenue, indiquait le panneau sur le bord de la route. Elle répétait en boucle, absence-de-dispositif-de-retenue. On lui avait rabâché qu’il suffisait de patienter, de laisser le temps s’écouler, de lui faire confiance. Elle avait traversé la vie sur le dos d’un souvenir puis d’un autre, sensible aux sons d’avant, une clé dans la porte, avec au bout des doigts la peau vivante et nue de celui qui l’avait quittée depuis longtemps. Etre devenue si vieille quand il était resté si jeune. Elle avait enfilé des gants, cogné son regard au miroir sur pied, tiré la porte sur elle. Eloigné d’elle le présent. Elle divaguait dans les rues aux vitrines colorées, reflet maigre et noir sans une main amie. Ne plus laisser trace d’elle, se tenir hors de la vue des autres, vagabonder. Absence de dispositif de retenue. Elle surgissait de sa léthargie et se méfiait du parfum du temps. Vieillir encore ? Ses pas la ramenaient chez elle. Indifférente, elle brûlait une chandelle, un papier d’Arménie, écrivait comme on prie peut-être, sans le savoir ni à qui l’on s’adresse. Elle s’étourdissait de la débandade des nuages, de leur course effilochée, elle écoutait le tam-tam de la vie des autres, percevait encore le souffle estompé de son cœur, laissait de la place au vide plutôt qu’à la pensée, appelait le silence, levait les yeux au ciel, et ne savait plus dans l’instant ce qu’elle fabriquait là, devant la fenêtre.
Marlen Sauvage
Texte partagé le 4 avril 2014 sur le blog de Brigitte Célérier pour un épisode des Vases communicants.

A relire mes carnets…

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J’ai ouvert le tiroir profond de la table en carton vert sapin, rouge framboise. Je les ai détaillés longtemps dans le désordre de leurs couvertures colorées, leurs spirales, leurs textures, leurs épaisseurs, leurs tailles. A chacun une période de vie, un voyage, des états d’âme, des rencontres, des lectures, des amours, des peurs, des dérives, des écritures… Une quête.

Encore aujourd’hui je cherche.

A relire mes carnets, je tente de comprendre.

Et s’il n’y avait rien là que la trace d’une vie ? La vie telle que je l’ai vécue ? L’irracontable est ailleurs.

Et s’il n’y avait à résoudre aucune énigme ?

Et s’il n’y avait que la réalité ? Mais la réalité n’est-elle pas l’endroit de tous les rêves, où se terrent l’imagination et notre propre mystère ?

Ceux-là ont échappé au pire, au feu qui en a saisi d’autres, brûlés dans le poêle de l’hier. Un accident est si vite arrivé… Conscience de la vanité. Le feu ou l’eau. Une cave désertée, livrée au froid et à la pluie, à la dent des rats, et englouties les pages blanches, quadrillées, lignées, écrites à l’encre de couleur selon les affres, les envies, les stylos. Rongées. Rognées. Tachées. Toute une généalogie qui bascule dans la moisissure ; des générations de pensées, d’impressions, de sentiments, d’hypothèses, d’idées fixes, de projets, d’obsessions, de chimères. Et tous ces personnages. Nos corps déjà sont peu de choses. Le feu et l’eau, les bras du temps contre lesquels on ne s’aventure pas. Détruisant nos carnets, ils nous étreignent, et avec nous toutes nos réminiscences, nos amertumes, nos exaltations, nos arrière-goûts. Dois-je dire « Heureusement, les autres ont résisté » ? J’hésite. La matière pèse son poids de doutes.

Ce qu’il faudrait de souffle pour tracer dans l’air l’euphorie des mots, ce qu’il faudrait de transes hors du troublant absolu charnel pour frôler l’éther. Ce qu’il faudrait de désir satisfait pour ne plus s’oublier dans ces carnets, témoins d’une quête perpétuelle…

 

(photo : Marc Guerra)

Souvenirs, souvenirs… Vase communicant de décembre 2013, en partage avec Philippe Castelneau. Les vases se déroulent chaque premier vendredi du mois.Sur mon blog, le texte de Philippe est ici.

Vases communicants : haïkus-dialogue

Vases communicants : haïkus-dialogue

Je reçois avec une grande joie sur cette page Marie-Christine Grimard – auteur du blog Promenades en Ailleurs – à laquelle j’ai proposé de partager nos mots, nos affinités, le temps d’un Vase communicant. J’aime chez elle l’attention à ce que la vie nous offre de plus ténu, de plus quotidien, et que l’on occulte dès que l’habitude s’empare des sens ; tout ce que Marie-Christine, justement s’évertue à louer avec simplicité et émotion.

Nous avons choisi de parler de Nature sous la forme de haïkus. Marie-Christine écrit à partir d’une photo inspiratrice, c’est par conséquent l’une de ses photos qui suit ainsi que son texte.

Je lui ai demandé pour ma part de bien vouloir illustrer mes textes. Les images que j’ai choisies sont donc les siennes publiées dans son univers où elle me fait le plaisir de m’accueillir. Le lien est ici

 

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Vole vent fripon !

Toute surprise, l’Automne

Perdit son jupon.

***

Plus aucune feuille

Sur les branches endormies,

Plus le moindre bruit.

***

Je marque le pas

Quand dans la forêt rouillée

Arrive le froid.

***

Pourtant elle est belle,

Nue, sous le ciel irisé

De nuées bleutées.

***

Sous son soleil pâle

La lumière a une mine

Epouvantable !

***

L’oiseau égaré

Chante sa dernière plainte

Triste mélopée

***

Figée sous les branches

Les yeux rivés sur sa voix

J’écoute en silence.

***

Il chante l’automne,

La saison d’abandonner

Pour ne pas mourir.

***

Un peu de patience,

Une nouvelle espérance

Reviendra demain.

***

Je repars avec

Un sourire et son espoir

De voir le printemps

 

Texte et Photo : M. Christine Grimard

 

« Tiers Livre (www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages,
les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…
Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Il y avait donc quarante ans (échange avec Brigitte Celerier)

On ne s’explique pas l’émotion qui surgit à la lecture d’un texte. Et c’est souvent quand
on ne se méfie pas que les mots nous bousculent. J’ai été bousculée par ceux de Brigitte Celerier, dans le texte qu’elle m’a confié pour ce vase communicant d’avril. On y parle
de temps, le thème que nous nous sommes choisi. Merci encore à toi, Brigitte.
Mon texte, Effilochée, est hébergé sur son blog, Paumée.

 

4 4 pour vase 1
Il revenait.
Dans le train il n’avait pas d’âge.
Il était heureux, oui assez heureux, de renouer…
Il y avait quarante ans que les avait quittés…. le savait. Il n’y pensait pas.
Il revenait.
Il n’y avait plus de voix, ailée ou non, annonçant son train, sous la verrière…
Mais il a reconnu la gare, les différences étaient de détails, de propreté, d’un peu de clinquant surajouté, comme partout… Il ne les a pas vues.
Mais il a vu l’homme qui lui faisait signe, qui avançait, et il a cru que le temps avait fait volte-face… il a eu, un instant, dix-huit ans.
Et puis non, il revenait… l’homme a pris sa valise en l’appelant oncle.
Il l’a suivi.
Les immeubles du front de mer avaient vieilli, avaient été rénovés, les peintures des volets se dégradaient lentement à nouveau.
La voiture est passée le long du stade, a tourné vers le quartier des villas, il regardait… comme partout le trou entre la ville et cette banlieue résidentielle avait disparu, les terrains vagues étaient traversés d’immeubles en épi.
Il regardait, indifférent, ce nouvel aspect du vide neutre.

4 4 pour vase avril 2
Ils ont retrouvé la mer. Il a senti qu’un sourire lui venait, visible ou non.
Après le petit port, après le fort, après la première bande de sable naissante, la plage s’élargissait sous la rue, ou le boulevard comme on l’appelait, devenait terre-plein, espace, avec quelques palmiers, de petites constructions, des jeux, du sable, de vraies plages, de fausses criques séparées par des petites jetées avançant dans l’eau.
Il regardait avec une approbation un peu distraite, une curiosité. Il était prévenu.
Il savait qu’il ne reconnaîtrait rien.
Il s’est étonné, plutôt, de reconnaître, justement, les courbes, les virages que suivait la voiture, ou du moins il le lui semblait, et des villas, encore, beaucoup des villas qu’il avait connues… et il cherchait les noms de leurs habitants.
Le neveu l’a regardé, lui a demandé s’il avait suffisamment salué la mer, a tourné brusquement, au coin de la maison framboise passée – juste le temps que sa mémoire murmure un nom – pour grimper vers le ciel au-dessus des pins.
Il s’est redressé, les immeubles blancs étaient toujours là, les dominant.
Il rentrait.

4 4 pour vase avril 3
Et puis, sur le plat, la voiture a continué, au-delà de son ancien monde, est entrée dans un quartier de villas, petits immeubles, lauriers roses, avenues sinuant entre portails, et déjà certaines peintures écaillées parlaient de vétusté… là où étaient, derrière un grillage, un terrain vague, une garrigue, épineux, fleurs d’ail, terre éboulée, poussière, le petit blockhaus où ils avaient eu tant de chance le jour où un des petits avait voulu jouer avec une grenade, le saut de loup qui séparait des chambres d’enfants, et d’adolescentes surprises en jupons, ce grand terrain de jeux interdits et tolérés…
et il a senti que les ans se ruaient sur lui, l’attaquaient, le ravinaient, l’usaient, jusqu’à le dissoudre.

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Les Vases communicants, réseau d’échanges littéraires, se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis juillet 2009, à l’initiative de François Bon et Jérôme Denis.
Brigitte Celerier (un grand merci à elle) coordonne les publications et inscrit les futurs échanges sur le blog associé, Le rendez-vous des vases.

 

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Ce(tte) œuvre (textes) est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

 

Carnets de l’intime, par Philippe Castelneau

Mon premier Vase communicant !

A lire les récits de voyage de Philippe Castelneau, à démarrer chaque journée par la surprise d’une de ses photos, j’ai eu envie d’expérimenter avec lui les Vases communicants… [Aux blogueurs de définir un thème, d’associer images ou son à leur texte et d’écrire sur le blog de l’autre.] Philippe m’a proposé le thème des carnets puisque de carnets il était question aussi dans mon blog. Alors que je tentais de comprendre mes intentions à noircir autant de pages depuis autant d’années, j’ai imaginé que Philippe peut-être pourrait se questionner de la même façon. Partager les mêmes doutes. Je suis heureuse de l’accueillir dans les Ateliers du déluge et de partager avec vous mon coup de cœur pour cet auteur photographe. Et sincèrement enthousiaste que soit publié « A relire mes carnets » sur son blog dont le titre dit toute la modestie, Rien que du bruit

©Ph. Castelneau
©Ph. Castelneau

Cahiers lignés, petits carreaux, échappés de l’enfance qu’ils semblent prolonger. Recueils de songes, souvenirs à venir, écriture sage et appliquée, encre bleue à la plume, idées, projets de chansons, haïkus, poèmes appris par cœur et jamais oubliés.
Écriture déchirée, mot syncopé, phrases raturées, le noir succède au bleu, le bleu revient plus sombre, les taches d’encre sur le buvard comme un test de Rorschach : carnets de l’intime plutôt que journal intime. Ici, pas de mots clés ni de hashtags pour faciliter les recherches futures, des pages et des pages de mots écrits, jetés, voués à l’oubli.

12 janvier 199.. : 20 h 15 boulevard Saint-Michel. Date confuse pour un rendez-vous oublié. Plus loin, sans aucune date : Tout a commencé vraiment le jour où est mort ton chat, un dimanche froid et sec de novembre.
1991 à 1993. J’ai 24 ans. Citations, fragments de cours, emplois du temps : culture générale et pratique de l’écriture, dialogue des arts, littérature roumaine, anglais, philo, linguistique et stylistique. Horaires de bus, listes en tous genres : livres lus, disques achetés : Spector, Springsteen, Cowboy Junkies ; Television, David Sylvian ; Huysmans, Cioran, Bataille ; Morand, Bulteau, Calaferte ; Nabokov, Gracq, Apollinaire — les goûts changent, s’organisent et font sens derrière une apparente contradiction. Et aussi : articles de presse, photos d’auteurs — Kerouac, Montherlant — cartes postales — Picasso, Matisse.
16 septembre 1992 : 23 h 10, à Saint-Michel, dans le train qui part pour Juvisy. Tim m’a appelé à 18 h 30 au travail. Il est venu me chercher à 19 h pour qu’on aille manger ensemble. Après, nous avons fait des photomatons, et Tim a appelé deux fois son amie à New York. Nous nous sommes promenés vers la tour Saint-Jacques. 26 septembre : visité hier avec K. la serre tropicale du jardin des plantes. Longue marche depuis Austerlitz jusqu’à Notre-Dame. Sur les quais, j’ai acheté un numéro du Magazine littéraire consacré à Gracq (n ° 179, déc. 1981). 21 octobre, je commence la lecture de Benoit Misère, de Ferré.
Très vite, des notes pour de futurs livres qui n’aboutiront pas : Sortons, dit-elle, sortons vite ! (…) Pierre s’endort dans le square Viviani (…) Il y a le fou qui dit je ne veux pas devenir fou, qui dit vous vous moquez, vous n’écoutez pas, qui dit les enfants tombent aussi (…)

23 octobre 1994 : un mot d’elle et tout s’écroule… Après, plus rien, le carnet s’arrête là. Il y en aura d’autres.

Un autre, voilà, pris au hasard. 2007, une citation de Montaigne : Si la vie n’est qu’un passage, dans ce passage au moins semons des fleurs. J’ai 40 ans. Dimanche 13 mai : arrivée à Tokyo à 18 h. Lundi 14 : matin, visite du quartier d’Akihabara. Après-midi, Asakusa. 19 h, dîner au restaurant Tsukiji, dans le quartier Ginza. Mercredi 16, 8 h, visite guidée du marché aux poissons. 18 h, départ de l’hôtel pour la résidence de l’ambassade de France. 22 h : soirée à Shinjuku.
2009, adresse de notaire, numéro d’avocat, date du rendez-vous pour la première audience. Croquis rapides, plans maladroits, nouveau chez-soi.
2010. 31 octobre : Le chat sur la couverture, endormi. Le thé chaud, dehors, la pluie. Le jour qui commence. 24 Novembre : Londres. Rough Trade records, Portobello et son mur de vinyles, Abbey Road, les fish & chips, le pub à deux pas de notre hôtel.
12 janvier 2011 : Sognoles. Promenade dans la campagne. J’arrive au cimetière où repose mon frère. 6 février : raconter l’enfance, raconter Paris. Raconter le parc Monceau, le jardin des plantes. Les serres, le labyrinthe, les miroirs déformants, les rails du petit train, les sorties du dimanche matin au bois de Boulogne pour faire courir le chien. Raconter Jacques allongé sur mon lit lorsque l’on rentre, l’odeur d’éther, la seringue remplie de sang sur les draps blancs, la porte que je referme, ma mère qui me demande si j’ai vu mon frère et moi qui réponds non. Qui dis : je ne sais pas où il est, je ne l’ai pas vu. Je n’ai rien voulu voir. J’aurais préféré ne rien voir. J’ai tout vu. J’ai onze ans et mon frère dort d’un rêve opiacé sur mon lit. J’ai 44 ans, et je peux enfin l’écrire. Écrire mon frère, mort en 2001.
28 janvier 2012 : Tu dis que c’est dommage que l’on ne se soit pas connu plus tôt, que tes plus belles années sont passées, mais moi, avec toi, dans tes bras, je me sens un homme pour la première fois. Mes plus belles années, ce sont celles-là. 29 avril : mon petit chat est mort hier matin… Il me manque… 12 août : nous sommes arrivés sans encombre à JFK, puis les douanes, les bagages et une bonne heure de métro, et nous voilà enfin, à 21 h à l’hôtel Belleclaire. 17 août. Hier, escapade à Brooklyn pour la journée. 18 août, ballade dans Central Park avant de rejoindre le MET.
25 mai 2013 : Nous sommes arrivés à 13 h à Barcelone, et avons pris le métro jusqu’à notre hôtel. 27 mai : Journée sous le signe de Gaudi. 12 septembre : banderole de papier trouvée dans un fortune cookie : « You will be on top of the world soon ». 12 octobre 2013. Il est 19 h à Paris, 10 h du matin à San Francisco, la température extérieure est de -46° et nous survolons les Greenlands à 10 058 mètres d’altitude. Nous sommes à 6 h 31 de notre destination et nous volons à 898 km/h. L. dort à mes côtés. 6 h 30, le mercredi 16 octobre : non pas une nuit blanche, mais un sommeil agité, et beaucoup d’idées qui se bousculent dans ma tête. Écrire reste ma principale obsession et j’espère que je retirerai quelque chose de ce carnet, de ce voyage.

J’ai oublié de dire qu’avec Philippe, nous avons tout cet été participé à l’atelier virtuel organisé par François Bon, Un été pour écrire. Prochainement dans ce blog le résultat de cette expérience…

Les Vases communicants, réseau d’échanges littéraires, se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis juillet 2009, à l’initiative de François Bon et Jérôme Denis.

Brigitte Celerier coordonne les publications et inscrit les futurs échanges sur le blog associé, <a href=" » target= »_blank »>Le rendez-vous des vases.