Rien qu’une histoire de noms

Photo : Marlen Sauvage. Woody, sur le Causse Méjean, 2017.

Ponceau… des rubans ponceau… invariable, adjectif de couleur. Je n’en sais pas plus, je n’irai pas chercher. Ponceau appellerait bien un personnage égal à lui-même en toutes circonstances. Neutre. Qui ne voit rien, qui ne dit rien, qui ne s’avoue rien. Un tempérament de pierre arrondie aux angles. Inaccessible. Qui vous tombe des mains quand vous vous en saisissez. Lambault, le germanique, de land, pays et bald, audacieux. Lambault, lambeaux… j’aime sa graphie, ce « lt » à la fin, pourquoi ? Je n’en sais rien. Mais Lambault me parle d’un passé qui le tient, qui s’accroche, et je le verrais bien généalogiste, découvreur d’histoires derrière le nom des gens. Il se prénommerait Charles en hommage à Juliet. Et ce n’est pas un hasard finalement si je choisis Lambault. Chotard, aphérèse probable d’un hypocoristique de Michel… non, je n’aime pas cette sonorité finale, alors que Michel pourrait devenir Mihalis, Miguel… et pourtant je garderais Chotard. Peut-être même Michel Chotard. Une sorte de nom pléonastique… (Mihalis n’a rien à faire avec Chotard, Miguel, pas davantage.) Michel Chotard m’apprendra bien plus de choses sans doute que n’importe lequel dont la sonorité me plairait a priori. Un homme hors du clan, fidèle à ses seuls objectifs. Charmeur et colérique. Faussement discret, pourvu qu’on n’aille pas voir ce qu’il dissimule. Merre, un nom de lieu, altération de Maire. Forcément, je pense à tout ce qu’il engendrerait du lien souterrain à la matrice. Ce serait une femme et elle se prénommerait Lucile. Pour venir contrer par la clarté du prénom l’errance dans un milieu hostile que suggère la double consonne… Garric, pour le lien avec garrigue, et je constate qu’en effet le nom vient de « chêne » en Languedoc, qu’il est aussi un nom de localité, qu’il s’agit d’un espace couvert de ces arbres, spécialement de chênes kermès. Il y a du chien dans ce nom-là, mais je n’aime pas les chiens, seulement chez les autres. Il s’appellerait donc Garric. Il chercherait les truffes au pied des chênes dans le Lot-et-Garonne sans doute. Et il serait celui de Deloye, « de l’oie », qui se décline en Deloue, Delloue, Deloche, Deloison, Loison, pour le sobriquet, et ce serait le sien, et l’on ne dirait pas pourquoi… Deloye, c’est encore une idée de justice, de rigidité, de cadre, de norme. Je garderais Deloye. Septentrion… je n’oserais pas. Louis Calaferte et le coup de poing de cette lecture. Ou alors pour un personnage qui viendrait du grand Nord et ce serait un surnom. Cippe, que je découvre, la colonne funéraire, l’obélisque, la stèle, Cippe, un nom aérien pourtant, il vole, Cippe, il est ailleurs, au-dessus de tout, pas gisant, pas orant, pas priant, pas transi. Le contraire de ce qui est enfoui, de l’éternel, il est du côté de l’éphémère, Cippe, il a joui de la vie, il disparaît un jour et l’on ne saura jamais de quel côté du monde. Picquenard est un paysan avide de terres, ne me demandez pas pourquoi. Il a sans doute usé de malice pour s’approprier un lopin ici ou là, pour agrandir sans en avoir l’air la moindre de ses parcelles en rabiotant le long d’une haie, d’une clôture, en déplaçant une borne, en s’inventant un lointain aïeul propriétaire d’un terrain et la loi trentenaire aura eu raison de n’importe quel râleur. Et il aura gagné. Picquenard est un tenace. Hippolyte, son prénom. Barrachin a un petit air italien, barrachino, un vase, une sorte de récipient magique qui contient pléthore d’histoires vues et entendues. Baroudeur, curieux, à l’affût de tout, rien ne l’ennuie jamais, il danse plus qu’il ne marche, et je préfère la version italienne de son nom ; un peu fantasque, c’est le Mat du tarot, aussi fou que sage. D’ailleurs je le vois bien devenir ermite à la fin de sa vie, quelque part dans la montagne, un lieu nommé Reversade, exposé au soleil. Le seul qui aurait fini par croiser Cippe.

Marlen Sauvage

Ce texte répond à la 6e proposition du cycle d’ateliers proposé par François Bon cet été 2020. Son thème : « Outils du roman ». Tout est .

Pointe ou tire…

Photo : Marlen Sauvage. Merci à toi, Xavier !

1
Il a pris bien soin de respecter le cercle jeté au sol, plié les genoux, trouvé son centre de gravité, secoué quelques secondes la boule dans la main droite tandis que le bras gauche tient la deuxième serrée… Il pointe et se relève prestement un demi-sourire aux lèvres.

2
C’est un tireur ! La casquette vissée sur le crâne, les yeux aimantés par la boule à dégommer, il tire d’un violent coup de bras et c’est le carreau.

3
Il n’a pas la dégaine d’un joueur, il est là le temps d’une partie, entre deux visites aux copains du village. Instable dans ses baskets, les pieds bien trop collés l’un contre l’autre, il a la mine défaite de celui qui ratera son coup, le bras droit le long du corps, à peine replié, avec dans la main, sa propre boule comme adversaire…

4
Il s’est accroupi dans le cercle bleu, face au jeu, impeccablement aligné, la cigarette au bec… Et son bras droit s’élève négligemment tandis que la boule s’approche du cochonnet, presque sans effort.

5
Il a le regard qui tue ! La pétanque, c’est pas du chiquet. Il joue pour gagner ! Sa médaille en or sursaute au moment où il tire en direction de la boule à dégager, il rate son coup, tourne sur lui-même, furieux.

6
Torse nu, le corps athlétique de la jeunesse sportive, les cheveux retenus en arrière par sa paire de lunettes de soleil, il a mesuré du regard l’ensemble du jeu. Tandis qu’il s’assied sur ses talons, la pointe des pieds stable, le corps légèrement de profil, il jauge encore le terrain, fixe de son regard vert le point d’impact qu’il vise et l’atteint.

7
Après chaque lancer de boule, il reste le bras en l’air au-dessus de la tête, les doigts légèrement écartés, la bouche entrouverte, le visage encore pleinement concentré sur sa cible.

8
Les pieds joints, les fesses en arrière, le buste projeté en avant, le regard obstinément collé à son objectif, elle atteint la cible dans les hourrah de son équipe !

9
On dirait une figure de taï-chi… A demi-baissé, il a relevé la pointe du pied droit tandis que le gauche est ancré dans le sol, le corps en avant, la tête parfaitement alignée dans l’axe du torse, le bras gauche en arrière dans le prolongement de l’épaule et le bras droit, souple, qui balance la boule…

10
C’est un grand mince, bronzé, un mec sûr de lui sans ostentation, qui joue pour le plaisir de la gagne, debout, les pieds « tanqués » au sol, le visage relâché. Il tire comme il pointe, avec précision, en plombant la boule haut dans l’espace, ou en dégommant celle de l’équipe adverse d’un mouvement sec du bras droit.

Marlen Sauvage

Ce texte répond à la 5e proposition du cycle d’ateliers proposé par François Bon cet été 2020. Son thème : « Outils du roman ». Tout est .

Quel pataquès…

Photo : Marlen Sauvage

Je peux le prendre le pain, sur l’étagère, alors… ? La boulangère jette un œil au bonhomme fluet vêtu comme un sac, elle attrape une miche craquante qu’elle enveloppe lestement d’un papier kraft et ne fait aucun cas de celui qui vient d’entrer en trombe, s’agite et marche le long de la vitrine, dans un sens puis dans l’autre, jette un œil vers les pâtisseries, s’arrête à proximité des clientes devant la caisse puis rebrousse chemin. Je peux le prendre le pain, sur l’étagère… ? Personne ne daigne lui répondre, alors il s’adresse au commis venu remettre un lot de baguettes tout juste cuites à la stagiaire -– celles au chia que tu m’as demandées –- je pourrai le prendre le pain ? Il m’a dit que je pouvais… Mais le commis, un jeune gars en blouse grise qui s’est retourné sur le vieil homme, ne sait pas quoi lui répondre, il adresse un regard furtif à la patronne, ah ! près du fournil, mais non on ne rentre pas comme ça, c’est tout ce qu’il lui semble possible de dire, il n’est pas au courant en tout cas, il en parlera au patron, pas de problème, mais là, non, impossible, il est dans ses cuissons, il n’a pas le temps et puis on ne lui a rien dit à lui… La boulangère fait mine de rien tout en observant la scène. Elle revient à son service mais les deux clientes interrompent l’une son règlement, l’autre sa commande, pour observer l’homme contrarié qui pousse sa voix – je peux le prendre le pain, sur l’étagère… ? -– le volume sonore augmente d’un seul coup dans l’étroite boutique, la boulangère accompagne son mouvement de tête d’un froncement de sourcils vers la vendeuse qui voudrait interrompre le débit verbal du bonhomme, en vain, l’homme tempête, essaie d’accéder au fournil, le commis le repousse, et la boulangère, depuis sa caisse, tente de calmer l’homme en lui rappelant que le patron – son mari – ne reviendra que d’ici une heure (elle lance un regard appuyé au commis) ce qui plonge le monsieur dans une seconde d’interrogation muette, avant qu’il ne se dirige vers la sortie, quand le commis alors l’interpelle à distance pour confirmer que le pain sera prêt comme d’habitude, mais pas avant une heure et qu’il lui faut revenir. Une cliente murmure « quel pataquès ! », avec une moue désapprobatrice.

Marlen Sauvage

Ce texte est le deuxième du cycle d’ateliers proposé par François Bon cet été 2020. Son thème : « Outils du roman ». Tout est .

Un fragment de la vie du monde

Photo : Marlen Sauvage, Arles, 2012.

Les rues convergent vers le cloître, on dirait que tous les passants s’y dirigent, cherchant l’ombre sur leur trajet, sous les parasols verts ou jaunes des boutiques ; c’est un serpent humain qui déambule, zoom sur la rue des Arts où avance un homme roux, le visage baissé, un début de calvitie ne dira même pas son âge, il sait qu’il ne sera pas au rendez-vous demain, il a lâché l’affaire, trop de concessions à envisager, quelle allure incertaine pourtant, quel pas lent – à quel moment sait-on que l’on fait le bon choix, pour soi, pour l’autre – le bitume brûlant de midi n’apporte aucune réponse, l’homme les yeux au sol secoue la tête en signe de dénégation, un geste qu’impulse sa pensée, une sorte de confirmation à soi-même que sa décision est la bonne, qu’il est prêt à la défendre et là où il piétinait maintenant il file rapidement ; il y a comme un film opaque dans l’air, une brume de chaleur qui enveloppe tous les personnages engagés dans ce moment de leur vie sous un regard qui les rapproche, en unira certains, peut-être, dans une temporalité bousculée, errant autour des uns et des autres ; une femme au crâne rasé, bermuda mastic, s’échine à faire grimper la poussette sur le trottoir, le papa du gosse chapeauté d’un bob tourne négligemment la tête sans pour autant apporter son aide, appareil photo en bandoulière, lunettes noires sur le nez, il ne comprend pas l’entêtement de la maman à trimballer leur fils par cet été caniculaire – il lui proposera de rester à l’ombre des grands arbres au bord de la fontaine du cloître, pendant qu’il ira voir le travail de Marc Garanger sur les femmes algériennes, il est venu pour ça, retrouver trace d’un passé dans les yeux noirs des adolescentes au front buté tatoué de henné, aux cheveux nattés, aux chèches négligemment posés sur les crânes soumis, aux voiles transparents recouvrant les épaules, aux bijoux offerts au regard du photographe. Parmi la foule, seul un gamin a repéré le manège d’un pigeon qui voltige d’un toit voisin jusqu’au volet entrouvert de la maison d’en face, y revenant sans cesse comme pour l’obliger à s’ouvrir, heurtant son bec sur le bois ; on s’écarte autour de l’enfant planté au milieu de la chaussée, une voix appelle « Noé ! », mais le garçon reste perdu dans sa contemplation ; la petite foule ramassée dans la rue des Arts avance toujours attirée par l’exposition à moins que certains ne s’arrêtent boire un verre en chemin ou cherchent un restaurant à cette heure de la journée. Juste derrière l’enfant, un grand gars mince, large d’épaules, adolescent trentenaire au visage tourmenté, tape du pied dans une cannette de bière abandonnée, se repassant en boucle l’altercation d’hier soir avec sa jeune femme, lasse de sa vie de mère déjà, de son quotidien d’où il serait absent, lui qui se lève la nuit depuis la naissance de Lila, engoncé dans le manque de sommeil et ne livrant rien de lui-même, égal au profil du militaire tel qu’on l’attend dans l’armée de l’air aux commandes de son Fennec, lui qui mesure d’un seul mouvement de tête vers elle à quel point ils se sont éloignés, alors qu’il aime tant encore sa silhouette, la minceur de son corps, sa démarche de fée, suspendue, son regard éthéré, sa voix, et c’est alors qu’elle le fusille de ses yeux verts, il reçoit dans l’instant la charge de son exaspération, une vague hostile traverse le peu de distance qui les sépare, ça tremble en lui, ça frissonne, étrangement cela attise son désir pour elle, il refoule la pensée de l’enlacer, de l’étreindre, sous le soleil plombant sa frustration se confond avec la mélancolie, sa part d’ombre, celle qui le rattrape toujours dans les moments de doute extrême, du sentiment exacerbé de la perte imminente, il la guide d’un mouvement de tête vers la boutique d’antiquités où elle le suit d’un air maussade. A la traîne, derrière la foule, une femme aux cheveux cachés sous un tissu fleuri arpente la rue, rattrape le monde, se faufile entre les uns et les autres, croise un homme en tongs qu’elle bouscule et qui, en perdant l’une de ses savates, se retourne pour la récupérer tandis que la femme s’excuse, un bras sur l’épaule de l’homme, et lui sourit, son foulard repose sur un crâne rasé, qui le sait, la bandoulière de son sac s’affaisse sur un sein coupé, qui le voit, elle avance telle une amazone, éclairée par une grâce intérieure, elle cultive ses passions, elle se rend au cloître, elle trouvera ce qu’elle n’est pas allée y chercher.

Marlen Sauvage

Ce texte est le premier du cycle d’ateliers proposé par François Bon cet été 2020. Son thème : « Outils du roman ». Tout est .

Retrouvailles (Scène avec téléphone)

Photo : Marlen Sauvage

La sonnerie avait retenti longtemps, celle du fixe, personne ne l’appelait jamais sur celui-ci, elle avait cru à un énième appel venu lui vanter les mérites d’une isolation à un euro, aussi ne s’était-elle pas inquiétée, quand l’autre, le cellulaire, avait pris le relais, jouant « Paroles, paroles, paroles », elle se mit à chercher nerveusement l’engin toujours planqué quelque part dans l’appartement, soulevant un coussin, un livre – le son provenait de la table du salon – elle eut à peine le temps de lire le nom qui s’affichait, appuya précipitamment sur l’icône verte, pour l’entendre à l’autre bout du fil – depuis longtemps ils ne s’étaient pas parlé de vive voix, échangeant ici ou là un mail, une carte envoyée par la poste, quand cela se faisait encore de s’écrire, – et là, quelle heureuse surprise, après les textos où il parlait de retrouvailles, il la joignait enfin –, le ton était à la plaisanterie, il mettait de l’humour dans toutes ses réparties, c’était comme une seconde nature chez lui, sa marque de fabrique, une forme de séduction aussi, ils évoquèrent très vite les souvenirs anciens – datant d’une petite trentaine d’années – déjà dix-sept ans qu’ils ne s’étaient pas revus, leur amitié avait tenu bon malgré l’éloignement, quand la rédaction avait éclaté, les renvoyant à des boulots de pigiste, dans des revues qui finissaient toutes par mourir de leur belle mort, puis d’écrivain public pour lui en région parisienne, et de rédactrice dans la presse institutionnelle pour elle, en province, – la dernière fois, souviens-toi, c’était en montagne, dans cette grande maison entourée de silence –, il l’y avait rejointe à moto sur la route du midi, déjà leurs amours respectives avaient subi les aléas de la vie à deux, les ruptures s’enchaînant, il leur était devenu difficile de croire à la survie d’un couple au-delà de quelques années, ils s’accordaient l’un et l’autre sur l’aliénation sournoise qui finissait par briser la joie de vivre, et avec l’heure de la retraite, à la soixantaine bien tassée maintenant, le téléphone les rapprochait dans une complicité amusée, leur voix toujours identique ne trahissait rien du temps qui avait passé – la voix, ce chant si particulier à chacun, insaisissable une fois le corps emporté par la mort –, leurs rires s’entrechoquaient, ils parlaient en même temps, leur mémoire les ramenait à des détails oubliés qu’ils reconstruisaient à deux, tâtonnant quant aux articles, aux lieux, aux interlocuteurs rencontrés, elle se réjouissait de la prochaine rencontre qu’ils organisaient depuis quelques semaines, leur joie partagée la rassurait sur ce qu’ils étaient devenus, oui ils se reconnaîtraient, malgré les rides, l’embonpoint, la calvitie, elle l’attendait malgré les mesures annoncées en raison de la pandémie de COVID19, quand plus lucide qu’elle, il éteint d’un seul coup son enthousiasme, arguant qu’il était plus raisonnable de reporter leur rendez-vous, pour finalement briser le silence qui venait de la saisir : « croisons les doigts, on va y arriver ».

Marlen Sauvage

Atelier de François Bon, 7e proposition, « qui est plus d’exploration qu’une consigne formelle : partir en quête de souvenirs autobiographiques liés au téléphone, aux pics d’intensité liés à une conversation téléphonique, l’évolution des appareils, des usages… et depuis un de ces souvenirs précis, détourner le dispositif (un peu, très peu, le moins possible en fait) pour le produire comme fiction… »

Et finalement, j’ignore tout d’eux…

1 – Un sourire qui découvre quelques dents, un sourire que dessinent des lèvres fines à peine ourlées d’une carnation plus cuivrée que le teint du visage.

En son for intérieur : un gant de boxe écrase la figure figée d’une déesse aux yeux mornes et au visage blafard, sans que la silhouette imperturbable s’écarte de son trône doré, l’épée dans une main, la balance dans l’autre.

Après avoir eu la confirmation que la protection des hommes qui sortent était bien assurée, il a fait un tour par les cuisines pour vérifier la préparation du repas et le ravitaillement en eau, sa tournée habituelle avant la paperasse à enregistrer et à répondre.

…ce que j’aurai fait pour elle… entrer dans une église… quel abandon… le village entier déserté… pourquoi exactement… pourquoi je suis là… pour elle… prier… quoi dire… comment… elle m’a pas appris ça… mais je lui raconterai que j’y suis allé… la petite église de Yun Lai… pour la rassurer… prier… pour elle… ma petite mère du nord… pour que tout ce bordel cesse… m’agenouiller… oui… et ce Christ qui me regarde depuis sa croix… que dit-elle, elle ?… je n’ai pas les mots… aucun Pater, aucun Ave, j’ignore tout… ce que tu me demandes est au-dessus de mes forces… c’est le vide… je ne sens rien… je n’entends rien… pourquoi cette furie alors, si je dois te demander quelque chose… je n’entends rien… est-ce qu’il lui répond à elle… comment est-ce qu’elle a pu croire à ces foutaises… 

2 – Dans le visage allongé le menton se creuse en son milieu faisant écho à la courbure de la lèvre supérieure que vient surplomber un nez long et fort.

En son for intérieur : un sommeil de pluie de plumes s’étend sur la vallée, d’en haut, il la voit, endormie et sereine, la chevelure en feu.

C’est la fin de la répétition, il ferme les yeux un instant, éprouve encore dans son corps les sonorités de la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart, il replace méticuleusement l’alto dans son étui avant d’avancer lentement de son pas allongé vers la sortie.  

Et si le corps de ce noyé était le sien, je ne peux pas le croire, ne plus y penser, attendre les résultats, à aucun moment, je n’ai cru qu’il pourrait passer à l’acte, et si ce n’était pas ça, comment le dire à Y., à qui est-ce qu’elle reprochera la dernière discussion, le dernier conflit, sinon à moi ?

3 – On ne voit que ses yeux, immenses, dans l’ovale de son visage, des yeux noirs qui cisaillent le regard de l’autre quand elle est offensée.

En son for intérieur : une biche fuit à travers les bois, et la mène jusqu’à l’homme qu’elle n’a cessé d’apercevoir dans ses rêves.

Pour la énième fois, elle fait répéter aux enfants leurs leçons pour le lendemain, pour la énième fois, elle hurle sur l’aînée qui ne retient rien, et sur la deuxième qui a encore placé des invités au milieu de la rallonge de la table dans son devoir de géométrie. 

Si je lui dis pour le courrier, je suis obligée d’y aller, tandis que si je…, non c’est compliqué, il finira par le savoir, oui, je vais me présenter, et puis ce serait l’occasion pour moi de sortir d’ici, il faut absolument que je quitte cette maison, tant pis si ça bouscule notre vie et ça va la bousculer, c’est certain, ils parlent de gardes de nuit… je n’ai rien à perdre, je lui montre le courrier ce soir, je lui dirai ma décision, il sera forcément d’accord, on a besoin de cet argent…

Marlen Sauvage

Sixième proposition du cycle d’écriture de François Bon, intitulé « Vies, visages, situations, personnages ». Les textes des autres auteur.e.s sont .

La foule…

Photo : Marlen Sauvage

Guérande, place de la collégiale Saint-Aubin, sous le regard égaré des gargouilles et la voûte exagérément bleue pour un ciel de Bretagne, c’est une petite foule qui se presse devant les étals du marché hebdomadaire ; on dirait des pions baladeurs, traînant ici et là leurs pieds et leurs corps dans un dédale d’éventaires, disparaissant et réapparaissant au gré de leur déambulation sous les parasols multicolores ; l’horloge affiche dix heures ce 26 septembre ; la maraîchère la tête sous son banc réarrange les cagettes, évalue ses ventes, d’un geste elle dézippe son gilet matelassé qui lui tient chaud soudain, jette un œil par-dessus son ombrelle couleur mastic – estime peut-être que les clients viendront maintenant – et replonge le nez dans ses sacs plastique quand un homme s’approche un panier rouge rempli d’oranges et le lui tend dans un sourire, le temps d’échanger quelques mots sur la météo, premier sujet de conversation et que dire d’autre d’ailleurs ; de l’autre côté de l’allée, une jeune femme en blouson bleu roi croise une femme en blouson rose suivie d’un homme en blouson de cuir marron ; un passant en bras de chemise, les mains dans les poches, les pieds ancrés dans le sol, jambes écartées, suit des yeux le défilé des blousons ; on se hâte vers l’entrée des halles colorées de banderoles verticales – Boucard Bernard producteur maraîcher, laiterie du Menhir, Poisson marée distribution Nathalie et Christophe, Earl du Cormier… St-Molf ; ici on favorise les circuits courts, on achète aux producteurs locaux, les radis côtoient la rhubarbe, les tomates anciennes et la salade frisée, les carottes et les blettes, ça respire la fraîcheur et le rire d’une femme poussée dans une chaise roulante par son mari sans doute, à la moustache altière, joyeux dans son pull rouge ; on ne se bouscule pas dans l’allée, on se reconnaît, on s’interpelle parfois, et l’on traverse ainsi le marché couvert pour retrouver le dehors et le jour ensoleillé ; quelques clients sirotent un verre de vin ou une bière aux tables dressées à l’extérieur par la brasserie voisine ; ça sent la crêpe ou la galette, un petit gars aux joues roses lève les yeux vers sa mère, du caramel au coin des lèvres et un sourire ; un vendeur de parapluies regarde renfrogné un groupe de personnes tirant cabas à roulettes, portant paniers remplis de victuailles, deviser gaiement dans la chaleur matinale, déclarée maintenant, tandis que l’on s’écarte de la place pour s’acheminer vers une porte ouverte dans les remparts sur la ville au-delà du boulevard, et alors que les forains tentent sous leurs parasols jaunes ou bleus d’attirer le regard vers les nappes, les sacs à mains, les pas portent le long des maisons de granit, austères, aux volets blancs, quand résonne un air local – les bombardes sonnent derrière un grand portail, une fête se donne, et les invités continuent d’arriver, ils entament une danse petits doigts crochetés et en rythme dessinent des 6 d’avant en arrière et d’arrière en avant, les sourires éclairant les visages, on se déplace en sautillant à petits pas, une enfant blonde dans sa tenue vermillon s’est glissée entre deux adultes et suit le mouvement, elle a quatre ou cinq ans, Amazing Love inscrit sur le T-shirt, perturbe un instant la ronde qui s’exclame et l’admire, les sonneurs n’ont pas arrêté de sonner, les talons claquent sur le plancher marin, un homme d’une quarantaine d’années, lunettes de soleil sur le nez, photographie la scène en souriant, il doit s’agir du père de la gamine ; la maman, elle, a été nommée quand la petite a intégré le cercle de danseurs, c’est une fine dame en jupe de suédine marron glacé, bottines assorties, collants foncés sur des mollets galbés, près d’elle d’autres jambes fines aussi, enfermées dans un jean foncé, les pieds dans des baskets blanches, marquent aussi la cadence, tandis qu’un homme que l’on appelle Pascal, de loin, Pascal, Pascal, à la tienne !, abrité sous l’auvent sirote un pastis, accoudé à une table haute, ronde, métallique – le long du trottoir, après le portail et la fête, dans les rues plus tranquilles on déambule encore, mobile collé à l’oreille, tandis que les vitrines reflètent les passants, sous le regard éteint des lampadaires.

MS

Troisième proposition du cycle d’écriture de François Bon, intitulé « Vies, visages, situations, personnages ». Les textes des autres auteur.e.s sont

Celles qui…

Collection personnelle Marlen Sauvage

Celle qui n’est nommée que dans l’acte de mariage de son fils Louis ; celle qui, née en 1660 morte en 1736, porte le n° 1045 dans la généalogie familiale ; celle qui avait pour témoins de naissance son père jardinier et son oncle meunier ; celle qui s’appelait Marie, se faisait appeler Catherine, se marie enceinte en janvier 1813 et meurt en couches après avoir donné naissance à un garçon ; celle qui décède rue de la Bonnette en son domicile à deux heures du matin ; celle qui « fait la marque » – une croix – au bas de son acte de mariage ; celle qui était l’aînée d’une fratrie de treize, six filles et sept garçons ; celle qui, fille-mère, épouse un veuf de trente-cinq ans son aîné, père de quatre enfants, puis se remarie avec un homme deux fois veuf, père de six enfants ; celle qui n’est pas née à Lugny entre 1813 et 1822, ni à Nochize ; celle qui se fait assassiner dans son appartement de Lyon, laissant supposer une vie sulfureuse ; celle qui, née le 17 nivôse an XIII, fileuse dans le Nord, savait écrire ;  celle qui avait deux sœurs qui portaient le même prénom qu’elle ; celle qui, née avec la Terreur, grandit sous Napoléon, fête ses vingt ans au moment de son abdication, se marie après les Cent-Jours, vit sous Charles X et la Deuxième Restauration puis connaît la Révolution de 1830, avant la Seconde République ; celle qui, adolescente et solitaire, fuit la maison pour marcher au bord de la Belleuse qui traverse le village, alimentant les trois moulins à blé ; celle qui file le lin et le coton pour les marchands locaux de la région, entonnant de vieilles rengaines d’avant 1789, des airs traditionnels ou encore MalboroughAnnette à l’âge de quinze ans ; celle dont le cousin germain délaissé admirera durant des dizaines d’années – sous le regard exaspéré de sa femme – la photo qu’il avait conservée d’elle, accoudée à la margelle d’un puits ; celle qui aime la fantaisie et agrémente les robes d’une lavallière au corsage, le bas d’une jupe d’un galon ou d’une broderie discrète ; celle qui réalisa qu’elle avait épousé son beau-frère, le fils du deuxième mari de sa mère, quand cette dernière se remaria ; celle qui quitta la ferme parentale, à vingt ans, enceinte du commis, un beau garçon brun, orphelin, au visage lumineux.

MS

En réponse à la deuxième proposition du cycle d’écriture que propose François Bon cet hiver intitulé « Vies, visages, situations, personnages ». Pour rejoindre l’atelier, c’est par . Les textes des autres auteur.e.s ici.

Œil intérieur, mon silence

Devant elle les champs de thym et de lavande     terre aride où se courber     terre à cailloux semée de chênes verts     clocher toits orangés voie ferrée     et comme surgie d’une mer lointaine     la grande montagne pelée et les rêves d’ascension           y accrocher ses désirs     les secrets désirs de départ     désirs de vie intense     passionnée     fichés au plus haut du bleu du ciel     comme un fanion planté     le témoignage de sa décision     traverser les terres gravir la pente     à la sueur de tout son corps engagé    la montagne     sa vie déroulée devant elle     âpre     mais quelle gratitude au bout du compte     pour ce qu’elle en avait conquis          montagne barrière entre deux mondes     comme les deux temps de l’enfance et de la vie d’après     n’est-ce pas la ligne fine d’une ancienne draille là-bas ou ses yeux lui jouent-t-ils des tours     et sur le sentier escarpé elle entend le silence maintenant que plus une brebis ne grimpe     le silence porté par le mistral     et les échos de la vie d’en-bas     le silence de la fleur de l’arbre du caillou     tandis qu’à ses pieds sous son regard     glisse un lézard entre deux pierres     vif comme la pensée     dans le soleil ardent     et en elle la chaleur de la pierre chauffée

MS

Voilà, c’était la dernière proposition de l’atelier d’été 2019 de François Bon. Ceci n’est qu’une ébauche, j’ai voulu terminer dans les temps car le site ferme bientôt et rouvrira en janvier. Le support d’écriture : Meurtre, de Danielle Collobert. Où un œil extérieur qui regarde (et est condamné à le faire dans les limites de ses capacités) se confronte à un œil intérieur qui lui, interprète ce qu’il voit, s’évade, amplifie, bref a toute liberté pour j’allais dire « monologuer » ! Bon, c’est mon interprétation de la proposition de François !

Quelques notes en guise de dictionnaire

Julie D. ma grand-mère maternelle, le 22 avril 1920, jour de son mariage.

Le Ragabodot
Ainsi se nommait le lieu-dit… Existe-t-il encore sous ce même nom ? Le Rogabodot (mais dans la famille, le premier « o » se prononçait « a ») était une propriété constituée de terres et d’une ferme avec dépendances. A l’époque des faits (inventés, aussi bien mais n’est-on pas là pour raconter des histoires ?), une famille y vivait avec ses cinq filles, quarante veaux destinés à l’engraissement puis à la vente, quelques cochons, de nombreuses poules…

Le coq au vin de la grand-mère
Elle découpait le coq à grands coups de hachette, avec adresse… aucune esquille. Coupait le lard en petits lardons qu’elle faisait blondir dans la grande cocotte avec les oignons, puis retirait tout à l’écumoire. Ensuite, elle jetait les morceaux de coq dans la graisse, les faisait raidir et blondir sans hâte. Là, elle ajoutait une cuillère ou deux de farine (et un peu de beurre, éventuellement), un petit verre de cognac et flambait le tout. Puis ajoutait les échalotes, le bouquet garni, l’ail et les morilles trempées pendant une heure et égouttées. Elle couvrait. laissait mijoter à très petit feu pendant vingt minutes. Pendant ce temps, elle remettait les lardons dans une casserole, les faisait chauffer, mouillait avec trois-quarts de la bouteille de vin. Portait le tout à bouillir et versait ensuite sur le coq. Si le liquide n’affleurait pas les chairs, elle ajoutait du vin. Salait, poivrait, râpait une pointe de muscade, et ajoutait les oignons. Puis elle couvrait et laissait mijoter trente minutes à petit feu (ou davantage selon la fermeté de la viande). Mais le secret de la tendreté du plat était de laisser refroidir la viande à cœur, avant de la réchauffer au moment du repas…

Le téléphone et la voiture
Les D. étaient connus en ville comme une famille aisée, le père ayant bâti sa fortune grâce au maquignonnage. On lui vouait respect et gratitude pour sa morale, pour son travail et son amour des bêtes (il contredisait à lui seul toutes les définitions péjoratives liées au métier), sa générosité durant la Deuxième Guerre mondiale (il avait facilité le passage de résistants en zone libre et nourri ceux qui étaient dans le besoin sans contrepartie). On admirait son esprit novateur : il était le premier à avoir fait poser une ligne téléphonique à la ferme et à avoir une automobile qu’il utilisait sans ostentation.

La pêche à la grenouille
Une tradition familiale pour la génération née dans les années 30. Il fallait accrocher un morceau de chiffon rouge à un hameçon, jeter ça dans la mare, et attendre qu’une grenouille vienne y mordre. Le plus dur étant de sortir la grenouille de l’eau sans qu’elle se carapate. Ce qui était le plus souvent le cas. Et il fallait alors courir après, sauter plus exactement, d’après les témoignages recueillis. Quand les filles (de ma grand-mère) eurent compris que c’était ces cuisses-là qu’elles dégustaient, dorées dans le beurre, l’ail et le persil, la pêche devint une corvée plus qu’un jeu.

Le cheminot
La grand-mère avait épousé un employé des chemins de fer. Les familles s’étaient entendues pour donner la fille de l’une au garçon de l’autre, ayant monnayé la dot bien sûr. Le cœur de la jeune épouse battait pour un autre jeune homme pourtant… fils de patron d’entreprise locale et le statut d’employé de chemin de fer était une piètre compensation, mais enfin, elle n’avait pas le choix. Quel drame quand son époux, quelques mois après leur mariage, fut accidenté à tel point qu’il dût renoncer à son poste aux chemins de fer français… pour devenir paysan.

La Crêpière
Un autre lieu de mémoire, plus tardif toutefois que le Ragabodot ou la Gentone (dont il n’est pas question ici). Deux chênes centenaires dans la cour gravillonnée, une longère prolongée par une véranda qui ouvrait sur les prés, un jardin de rosiers et de lilas, quelques zinnias, des salades peut-être, mais plus rien d’un potager tel que celui de l’enfance. 

Les courriers interdits 
Après avoir délaissé les plus petits, elle avait, avec sa sœur aînée, entraîné Jean-Luc sous l’escalier extérieur, dans le réduit qui fermait à clé et qui contenait quelques mystérieuses cantines de l’armée. Entre autres, une cantine en métal bleu marine, rouillée aux quatre coins, bosselée. Au début, les trois enfants s’étaient contentés de s’asseoir sur la terre battue, après avoir pris soin de refermer le battant en bois aux lattes espacées qui servait de porte au cagibi. Elle avait particulièrement veillé à éviter les toiles d’araignée qu’elle avait en horreur. Ils avaient dû vouloir inventer un jeu et se concertaient sur ses règles quand ils réalisèrent que la malle devant eux n’était pas fermée à clé. Lequel des trois décida de l’ouvrir ? Elle se retrouva quelques instants plus tard, les mains plongées dans un trésor de lettres dont les enveloppes portaient toutes de magnifiques timbres inconnus. Du Maroc, d’Algérie, d’Allemagne… Années 1950. Ils se contentaient tous les trois de déchiffrer les flammes mais très vite, cela ne suffit plus. Elle était bien plus douée que les deux autres pour décrypter l’écriture adulte. Elle commença : « Ma chérie »… suivaient des descriptions de lieux, de gens, des anecdotes, puis des mots tendres et des pensées, qui c’était clair, ne les regardaient pas ! Elle en avait bien conscience et son premier réflexe fut de dire « on n’a pas le droit de lire ces lettres, c’est papa qui écrit à maman ». Mais sous prétexte d’admirer encore de beaux timbres, elle extirpa une lettre puis une autre, et le jeu devint très vite de compter les « chéri » « amour » et autres « tendres baisers » qui les faisaient pouffer de rire. Son cœur battait à tout rompre. Consciente de s’immiscer dans une vie passée, consciente de l’interdit. Sa raison lui intimait d’arrêter tout de suite mais ne serait-elle pas encore l’empêcheuse de tourner en rond, la raisonnable ? Elle s’abstint. Les premières craintes passées d’être découverts à fouiller ainsi dans la malle, elle en oublia même de quoi il s’agissait. Les deux autres s’étaient enhardis et dépiautaient les enveloppes pour aller plus vite. Fascinée par la longueur des lettes, elle n’en lisait même plus le contenu, tâchant de repérer les mots d’amour. Elle aimait le papier légèrement jauni qui crissait quand on le dépliait, elle imaginait des parfums d’ailleurs… mais rien d’autre qu’une odeur de secrets oubliés dans une malle. Personne ne devait savoir. Ils replacèrent tout à l’intérieur et elle rabattit le couvercle, un poids sur le cœur. Le lendemain soir, sa mère lui dit qu’elle avait tout appris. Jean-Luc avait parlé. Plus fort que le sentiment d’avoir commis une faute, elle ressentit le pincement de la trahison.

MS

Pour cette onzième et avant-dernière proposition du cycle d’été de François Bon, nous devions parvenir à créer des fragments non-fictionnels ou documentaires – sortes de notes de bas de page (ou de dictionnaire), pas nécessairement identifiées comme telles, c’est-à-dire non référencées au texte long qui s’est écrit durant les précédentes propositions – afin de créer « un soubassement à la fiction et devenant eux-mêmes partie souterraine de cette fiction »