Liste, par Bluette

Sortir le sanglier du congélateur.
Aller cueillir des champignons.
Carottes : au jardin.
Persil et laurier : jusqu’ici, tout va bien.
Du vin blanc, il en reste.
Bardes de lard demi-sel… Bardes de lard demi-sel…
Aller au village chercher du lard demi-sel.
Ne pas oublier de le faire tremper… se rappeler la morue de la semaine dernière.
Vérifier, tout de même, s’il ne reste pas un bout de lard au saloir.
Annuler la descente au village s’il en reste.

Faire un brin de ménage dans la cuisine, la salle de bains, le salon, les chambres, non, pas les chambres. Il n’y a aucune raison qu’ils aillent dans les chambres !

Et les enfants ?
Penser aux enfants.
Vont-ils aimer le sanglier ?
Soupe de potimarron au cas où, pour les enfants, ça leur fera penser à Halloween. En même temps, du sanglier, ça peut leur rappeler Obélix, c’est quitte ou double. Ne prenons pas de risques ! Potimarron.
Le plat, c’est tout vu !
Pour le dessert et pour l’entrée, que du tout simple : petit mesclun du potager et sorbet de framboises tout frais, à faire turbiner pendant le souper.

M’y mettre dès le matin.

Cuisiner tout le jour, me tenir prête, quand ils arrivent, à entonner l’apéritif. Pas trop copieux, l’apéritif, ou ils ne mangeront plus rien. Il faut quand même les leur faire goûter, toutes ces mignardises amoureusement assemblées, ces petits témoins de nos occupations de l’année. Caviars divers et variés, aubergines séchées au soleil de l’été indien et confites à l’huile d’olives. Quelques chips, seulement ? Hors de question ! Du tout maison, du concocté, du créatif improvisé ! Quand même, c’est la première fois qu’ils viennent, c’est important, une première. Il faut que la rencontre ait lieu, qu’ils sachent à qui ils ont affaire, avec qui vit leur fils et leur grand frère.

Je voudrais que chaque plat leur conte une histoire, leur montre ce qui m’importe, avec quel délice je sens la rosée du matin se déposer sur notre jardin, qu’ils sentent combien mes papilles explosent au contact de certaines alchimies gustatives, qu’ils vivent le chemin du légume qu’ils croquent, du potager à leur assiette. Leur raconter nos gestes emplis d’amour qui soignent ce jardin. Retracer pour eux, à travers les étapes de la confection de ce repas, un aperçu de notre vie et des valeurs qui nous animent.

Les accueillir sur le champ d’un territoire en commun, leur ouvrir les portes de notre intimité de jeune couple au travers de ce partage des sens.

Sentiront-ils, comme nous, à quel point la tonalité du grain d’ail est juste, à cet endroit ? Si c’est le cas, pas d’inquiétude ! Nous démarrons sur de bonnes bases.

Si, au contraire, ils restent sourds à mes sollicitations sensuelles, il nous faudra nous retrancher sur des chemins plus périlleux. Passer par les mots, échanger des avis sur des questions sociales, politiques et peut-être faudra-t-il que je m’excuse de n’avoir pas mis de nappe… et pour les verres dépareillés.

Et, qui sait, peut-être aurons-nous droit, au prochain Noël, à un service à dessert au grand complet ?

Auteur : ©Bluette

(Ecrit en atelier d’écriture)

Ecrire en Cévennes, fin d’un stage…

Tout particulièrement pour Pierre, Liberta, Richard, Céline et Dominique…

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Une semaine d’écriture riche en émotions avec des stagiaires d’une exceptionnelle présence. La semaine avait commencé sous la pluie et les écrits avaient pour cadre la Maison de Noé et ses extérieurs gris vert jaune teintés du rose d’un vieux rosier, entre deux averses !

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Très vite avec le vent chasseur, les nuages désertaient l’endroit et le soleil bien installé nous poussait en vallée de Gabriac, au pied du moulin du Rivet, entre ombre et chaleur, dans un pré gentiment prêté par Nathalie et Alexandre. En contrebas, le ruisseau…

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Le lendemain, c’est à la tour du Canourgue que nous allions chercher l’inspiration, une de ces tours à signaux nombreuses en Cévennes, restaurée depuis les années 1990 par le Parc national des Cévennes. Avec à nos pieds, le paysage de la Vallée Française.

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Petite virée en soirée sur la Cam, tout en haut de la vallée, où nous avons ensemble respiré le vent… et regardé bruire la bruyère ! J’avais écrit un texte pour François Bon sur cet endroit, un été d’ateliers…

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Dernier jour, balade écriture autour de la maison, sur le sentier de la Royale, un chemin de schiste creusé à flanc de montagne par les dragons de Louis XIV au début du XVIIIe siècle.

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Stage d’écriture du 10 au 16 juillet. La Maison de Noé.

Photos : Marlen Sauvage

 

J’ai dormi…, par Izabo48forever

J’ai dormi dans ton amour, j’ai dormi dans ton essence, j’ai dormi dans nos parfums, j’ai dormi ma peau à ta peau, j’ai entendu la mer l’oreille à ton nombril, j’ai bu le sel de nos sueurs et nous étions marées, j’ai dormi dans tes creux, j’ai dormi dans nos passions, j’ai entendu nos souffles s’aimer, j’ai dormi partout où était ton amour, j’ai dormi pour, par, avec, contre, dans, comme ton amour…

J’ai dormi à côté de ton amour, j’ai dormi de mon côté, j’ai dormi dans mon confort, j’ai dormi sans ta main sur ma peau, j’ai dormi bien au chaud sans tes bras, j’ai dormi oui c’est vrai, en pyjama, j’ai dormi en rêvant à de folles étreintes, j’ai dormi sans penser à toi…

J’ai dormi dans l’absence, j’ai dormi dans ton côté, j’ai dormi dans ton odeur imaginée, j’ai dormi où tu étais, j’ai dormi sans toi, j’ai mal dormi sans toi, j’ai dormi dans le sel de mes yeux, j’ai dormi dans le vide, j’ai dormi en transparence de toi,

J’ai dormi sans toi, j’ai bien dormi sans toi, j’ai mieux dormi sans toi, j’ai mieux dormi sans l’amour, j’ai dormi dans tout l’espace, j’ai dormi dans tous mes rêves, j’ai dormi sans tendresse, j’ai dormi brutalement, j’ai dormi écorchée, j’ai dormi épuisée, j’ai dormi en paix, j’ai dormi, j’ai dormi…

Réveille-moi !

Texte : © Izabo48forever

Le jeu de l’oie du GEM de Mende !

Le GEM de Mende présentait hier à la chapelle Saint-Dominique un Jeu de l’oie superbe, réalisé par les adhérents du GEM, avec Sophie Tiers, artiste plasticienne. Quarante-cinq cases, monotypes sur bois, illustrant des thèmes propres au jeu de l’oie (le puits, la prison…) et d’autres, nés d’ateliers d’écriture (le souvenir, la destination…). Exposition-jeu du 29 septembre au 2 octobre pour le festival Art des Sens 2015.

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Pour jouer, bien sûr, il faut un dé ! Le voici. Et une règle du jeu (en fin de publication).

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Et une piste pour le lancer, le fameux dé ! C’est cette œuvre collective réalisée l’année précédente au cours de la résidence d’auteur-artiste que nous avions animée toutes deux à Saint-Rome-de-Dolan.

marlen-sauvage-GEM1Ce Jeu de l’oie vient concrétiser une idée née à la suite de cette résidence et qu’ont accueillie avec confiance les animatrices Stéphanie et Céline ainsi que les adhérents du GEM. Remerciements sincères. Voici quelques cases pour le plaisir des yeux.

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A l’occasion de cette exposition, le GEM met en vente  un jeu de 9 cartes postales pour le prix de 20 € (ou 2,50 € l’unité) ainsi que le livret Itinéraires réalisé dans la foulée de la résidence de Saint-Rome-de-Dolan.

Règle du jeu (élaborée par les adhérents du GEM)

Objectifs du jeu :
Traverser, observer, écouter, s’exprimer, partager.

Dans cette exposition, le spectateur devient joueur,
Il lance les dés et se déplace du nombre de cases correspondant.

Il se retrouve face à une case, deux possibilités s’offrent à lui : il peut soit dire, soit écrire ce que le dessin lui évoque. Une personne lui prêtera l’oreille ou un stylo.

Ensuite, la personne qui aura accueilli ses propos lira au joueur un des textes correspondant à l’image.

Le joueur bénéficie d’un temps d’écoute et d’observation au cœur de son itinéraire.

Le joueur relance les dés et renouvelle l’expérience tant qu’il le désire.

Lorsqu’il arrive au bout du parcours,le joueur peut visiter l’exposition et devenir simple spectateur. Un recueil de tous les textes associés aux cases du jeu lui sera proposé pour suivre les oeuvres et leurs écrits.

A la sortie, il peut partager ses impressions et questions avec les artistes, s’offrir une jolie carte ou même le livre « Itinéraires » et passer le mot aux personnes qu’il connaît en leur conseillant de venir voir l’exposition.

© GEM de Mende sur l’ensemble des œuvres présentées ici.

Texte et photo : M. Sauvage

C’est vraiment la rentrée !

marlen-sauvage-montagneLes ateliers d’écriture ont démarré au GEM (Groupe d’entraide mutuel) de Mende hier mercredi 16 septembre. Ils se dérouleront deux mercredis par mois de 14h30 à 16h. Le GEM de Mende accueille à cette occasion des adhérent(e)s du GEM de Marvejols. Bienvenue à tous.

Reprise aussi des ateliers bimensuels à la bibliothèque municipale Roger-Cibien de Florac, à partir du mardi 6 octobre (18h30-21h30) et tous les 15 jours… Merci à Eva Collin et à la municipalité de Florac de nous accueillir cette année encore !

Les ateliers de suivi de manuscrit (à distance) démarrent le 1er octobre avec l’association Terre de lecteurs pour laquelle j’ai eu le plaisir d’animer un stage cet été. Ce suivi de manuscrit succède à des ateliers menés durant une année par internet.

Pour toute information sur les stages à venir et les autres activités des Ateliers du déluge, merci de me contacter par mail à marlen.sauvage@orange.fr

http://ecrire-en-cevennes.com

Mer du Nord, Annette P.

 

                                   Je me souviens du bord de mer avec ses filles au teint si clair
                                  Elles avaient l’âme hospitalière c’était pas fait pour me déplaire
                                 Naïves autant qu’elles étaient belles on pouvait lire dans leurs prunelles
                             Qu’elles voulaient pratiquer le sport pour garder une belle ligne de corps
                        Et encore, et encore, z’auraient pu danser la java

                           Z’étaient chouettes les filles du bord de mer
                            Z’étaient chouettes pour qui savait y faire

 

Salvatore ADAMO

 

En Belgique, les filles sont moches. Vous l’aviez lu dans un hebdomadaire français lorsque vous aviez vingt ans. L’homme qui signait cette déclaration précisait que, même à la Porte Louise qui est le quartier nec plus ultra de Bruxelles, malgré tous les efforts qu’il avait déployés pour en trouver une, il n’avait jamais rencontré la moindre jolie fille. Bon. Si un journaliste français se permet de révéler une telle carence esthétique, c’est que celle-ci doit être vraie. Le Français est champion du monde en matière de femmes et de bon goût. Depuis lors, vous regrettez d’avoir ouvert ce magazine, vous regrettez d’avoir lu cet article. Mais c’est trop tard, le mal est fait ! Et chaque fois que vous vous regardez dans un miroir, vous y repensez. Forcément.

Les périodes de beau temps restent rares en Belgique. Trois jours de soleil consécutifs font les grands titres des journaux. Ainsi, si vous interrogez un Flamand ou un Wallon sur sa préférence en matière de villégiature rapprochée, il vous répondra toujours qu’il préfère la mer du Nord aux Ardennes. Pour la bonne et simple raison que le sable sèche plus vite que l’herbe. Cet argument se répète, imparable, de génération en génération.

De la frontière française à celle des Pays-Bas, sur une longueur de soixante-six kilomètres, la côte belge concentre seize stations balnéaires. Face aux falaises anglaises qui peuvent s’entre-apercevoir sous une certaine lumière, les plages y sont somptueuses, d’un grain à nul autre pareil.

Vous voici descendue sur la plage. Le vent vous fait frissonner. Vous cherchez à vous frayer un passage dans le labyrinthe des corps étalés. Vous reviennent alors en mémoire les mots que vous aviez entendus un soir à la radio : Le Belge a la peau rosée des buveurs de bière. Maintenant que le mal est fait, qu’il est trop tard pour revenir en arrière, chaque fois que vous regardez votre peau, vous y repensez. Forcément.

Finalement, la plage vous a concédé une place. L’éparpillement stratégique de vos biens dessine une limite précaire à votre territoire. Avec votre panier, une bouée et une serviette éponge, vous vous inventez un petit paravent derrière lequel vous allez pouvoir vous abriter. Vous avez beau vous faire plus plate qu’une limande, vous tremblez. Le ciel est gris. La mer est grise. Le soleil ne devrait plus tarder. Des rafales de sable se collent à votre inutile crème solaire. Aujourd’hui, l’office du tourisme affiche une mer à quinze degrés. Vandaag is de temperatuur van de zee vijftien graden. A mesure que la mer se retire, la plage prend de l’ampleur. Le sable reconquis est immédiatement envahi par de nouvelles cohortes rosées de l’espèce humaine.

Votre mère est déjà dans l’eau. Elle vous fait de grands signes en sautant sur place.

– Hou hou ! Annette ! Tu viens ? Qu’est-ce que tu attends ?

La voix de l’intrépide est contrecarrée par le cri des enfants. Vous n’êtes pas certaine d’avoir bien entendu. Mais celle-ci continue :

– Viens nager ! La mer est délicieuse ! C’est génial !

A force, vous vous levez. Vous confiez l’ensemble de vos biens à la vigilance de l’inconnu le plus proche et vous vous avancez vers votre premier supplice. Vous voici dans la mer, tétanisée par le froid, cherchant à oublier le pipi des baigneurs, les poissons crevés, les boulettes d’hydrocarbure et les noyés pensifs qui glissent vers vous le dos rond.

Il s’agissait bien là d’un premier supplice, car, sur les plages belges, les supplices sont au nombre de deux et le second n’est pas le moindre. Celui-ci commence au moment exact où vous sortez de l’eau. Vous avez les cheveux trempés, la chair de poule, les lèvres violettes, le nez rouge et de la morve que vous vous contraignez à retenir en reniflant. Votre maillot pendouille. La mer est si basse à présent que la distance entre vous et votre petit paravent s’est encore agrandie. Vous allez être à la parade ! Il va vous falloir parcourir une distance de cinq cents mètres au moins sous mille regards inquisiteurs qui vont observer chacun de vos bourrelets, reluquer le galbe de vos seins, jauger la fermeté de votre ventre, scruter la peau d’orange de votre culotte de cheval, considérer l’acné de votre visage, vérifier l’épilation de votre maillot et observer si vos jambes frottent ou ne frottent pas l’une contre l’autre quand vous marchez… Vous allez défaillir. Mais non. Courageuse, dans votre peau rosée et votre mocheté nationale, vous vous avancez vaille que vaille en regrettant toutefois de ne pas avoir choisi les Ardennes pour y passer le week-end. Forcément.

avril 2012

 

Lu le week-end dernier à Auge, en Creuse, à l’occasion de l’assemblée générale de Terre de lecteurs.

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Habibi [par Anissa, village francophone 2015, Korba ]

Comme l’a dit le grand poète :
A la fin tu es las de ce monde.
Un matin qui n’arrive jamais.
Un bateau qui ne connaît plus
Son port, une mer toujours houleuse

te berce pour te verser au fond
des tourbillons. Un cœur s’écœure
de n’avoir jamais su quand
sa voile ferait bon port…

Quand cesseront de saigner
ton corps et ton cœur ? Quand
cesseront tes yeux  de verser leurs
diamants ? Dis-moi, quand cesserai-je

de dire quand ? Que te faut-il
de plus ?! après un cœur écrasé ?
Une vie au goût amer et acerbe ?
Je n’ai plus de force, vois-tu

Alors pourquoi sans pitié me mènes-tu
à ma perte ? Tu es ce destin fatal
Qui s’acharne sur moi. Sous le masque
de l’amitié se dissimule toute la haine,
toute la rage, toute la férocité, toute la brutalité,
tout l’effroi, tout le noir, tout le désespoir
Et la mort

Tu veux tuer, massacrer sans entendre
ta proie gémir. Tu veux abattre sans voir
ta victime bouger. Tu veux faire taire en moi
la volonté, le désir du bonheur. Tu ne cesses
de me juger et de me condamner. Pauvre que je suis.

Le monde sous tes pieds ne cesse de t’applaudir
et ne cesse de me démentir et de me juger
et de me condamner. Sois heureux. Car
ta proie n’a plus de voix. Ta proie n’a plus
de cœur. N’a plus de vie

A la fin tu es heureux dans ton monde
Un monde où je ne suis plus
Sois heureux alors avec toute ta compagnie…

D. Anissa

 Licence Creative Commons

A toujours !

Hier j’étais atterrée, aujourd’hui je suis en colère.
Colère contre l’ignorance crasse qui engendre la haine.
Colère contre la haine qui engendre la mort.
Avant-hier je n’étais pas forcément Charlie, depuis hier je le suis.
Par dessus tout j’aimais que ces voix que ces hommes osent
Avec eux je m’interrogeais avec eux je réfléchissais
Par dessus tout j’aimais rire avec eux
A toujours Bernard, Charb, Tignous, à toujours Cabu et Wolinski
et tous les autres morts ce jour-là
A toujours !