Explorer les formes 5 (atelier)

par Monika S.

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Le rond est lune

le rond est plein

le rond est saoul

a-t-il trop bu, le rond ?

 

L’ellipse cousine du rond

s’allonge, prend ses aises

flotte en ruban ovale,

en fuite l’ellipse s’éclipse ?

 

Triangle trois angles

trois côtés droits comme un i

court, long, plus long encore

est-ce qu’à la fin les angles sont morts ?

 

Losange, angelot,

mosaïque, carreaux

habit d’arlequin

aride dessin

décor joyeux

losange es-tu facétieux ?

Texte : Monika S.
Photo : Marlen Sauvage

Atelier d’écriture librement inspiré de la question quotidienne de Claude Enuset.
Marlen Sauvage

Explorer les formes 4 (atelier)

par Anne Vernhet

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Le carré, en se multipliant par lui même, peut-il nous élever jusqu’à l’infini ?

Le cercle, si rond, si régulier, si accessible est-il bien celui que nous croyons, ne peut-il pas sans que nous n’y prenions garde, nous rouler hors de nous même ?

Le rectangle, carré raté, parallélépipède trop réussi, surreprésenté dans nos vies, de l’écran au stade de foot, a t’il définitivement conquis le monde ?

Le passé est triangle, le présent est rectangle, comment sera l’avenir ? …ovale j’espère !

L’ovale n’est il qu’un rond aplati ou est ce une ruse pour mieux rebondir ?

 

Un triangle,

deux triangles,

Une étoile,

Trois triangles,

Quatre triangles,

Deux étoiles,

Mille triangles,

Un ciel étoilé.

 

Pourquoi réduire le triangle à une quelconque forme géométrique alors qu’il suffit d’en avoir deux pour faire surgir une étoile ?

Texte : Anne Vernhet

Atelier d’écriture librement inspiré de la question quotidienne de Claude Enuset.
Marlen Sauvage

Explorer les formes 3 (atelier)

Par Chrystel C.

marlen-sauvage-Calder

Cinq questions de forme à ma femme

Pourquoi

le

cercle

de

tes

yeux

ne

vacille-t-il

jamais

quoi

qu’il

arrive ?

 

L’

ovale

de

ta

face

n’a-t-il

d’autre

place

que

posé

là,

sur

ce

cou

maigre

et

blanc ?

 

Comment

se

fait-il,

ma

chérie,

que

le

triangle

de

ton

nez

n’en

finisse

pas

d’épaissir

au

fil

des

années ?

 

Se

peut-il

qu’un

jour

cette

affreuse

coupe

au

carré

cesse

de

dissimuler

ton

visage

acéré ?

 

Enfin,

pourquoi,

dis-moi,

ce

merveilleux

losange

qui

te

sert

de

bouche

fuit-il

mon

corps

si

ardemment

depuis

bien

trop

longtemps ?

Texte : Chrystel C.
Photo : Marlen Sauvage (Calder, Exposition temporaire du musée Soulages de Rodez, 2017)

Atelier d’écriture librement inspiré de la question quotidienne de Claude Enuset.
Marlen Sauvage

Explorer les formes 2 (atelier)

par Liliane Paffoni

marlen-sauvage-formesL

Quand

le

cercle

et

le

carré

cesseront-ils

de

faire

les malins

avec

la

quadrature

du

cercle

?

 

Pourquoi

le

triangle

a-t-il

refusé

de

vivre

seul

?

 

Quand

comment

pourquoi

le

losange

a-t-il

renié

son

ami

le

parallélogramme

?

 

Pourquoi

les

enfants

disent-ils

qu’il

existe

des

rectangles

à

l’envers

?

Texte : Liliane Paffoni
Photo : Marlen Sauvage

Atelier d’écriture librement inspiré de la question quotidienne de Claude Enuset.
Marlen Sauvage

Explorer les formes 1 (atelier)

par Stéphanie RIEU

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TRAPEZE

Mais par quel doux miracle, le vent peut-il flatter

les angles d’un trapèze et juste après flirter

avec l’équilibriste sans la faire s’envoler ?

CERCLE

Est-ce vice ou vertu ?

Ne serais-je pas déjà passée par ici ?

OVALE

D’où te vient cette force

qui coule dans tes doigts,

pour que d’un geste sûr

tu maintiennes captif

l’ovale de tes joues

dans mon regard troublé ?

CARRE

Le carré est-il triste

de devoir s’aligner

à tant d’autres pareils

au fond de la piscine ?

RECTANGLE 

Comment pourrais-je y voir clair à travers le seul rectangle que voudrait être cette fenêtre ?

Texte : Stéphanie Rieu

Atelier d’écriture librement inspiré de la question quotidienne de Claude Enuset.
Marlen Sauvage

Petits bonheurs (44)

 

marlen-sauvage-pattern

Un fruit étrange, au motif qui suggère tant d’autres mondes…

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Parmi les petits bonheurs de l’année, ce défi photo auquel je participe pour la troisième fois, organisé par Karen Ward, intitulé #mycuriouseyes. A chaque jour son thème et sa/son (in)citation…

Day 3 #pattern #mycuriouseyes
« When patterns are broken, new worlds can emerge. » Tuli Kupferberg

Texte et photo : Marlen Sauvage

Comment j’ai fait #03

marlen-sauvage-collage

C’était comme un morceau de vie à avaler qui m’empêchait d’être depuis des années, ça traversait le temps et le quotidien, collé à moi toujours, invisible mais omniprésent, ça se cachait dans les moments les plus insipides ou les plus mouvementés, ces creux et ces bosses de toute vie, dans ce qui s’installe et qui pourrait ronronner, dans l’aspiration à être intensément soi à travers un métier, des amours, des passions, ça se tenait dans mon regard porté sur les autres, ça me tirait en arrière parfois, jamais ça ne me donnait des ailes, c’était comme s’il avait fallu que je lui accorde toute mon attention et je ne le faisais pas donc ça se tenait dans l’ombre, prêt à se manifester, c’était lié à la parole, à une reconnaissance par la parole, de moi à moi, ça obstruait ma vie, et pour avancer il aurait fallu raconter ce qu’il y avait eu là, me le raconter à moi, oser le prendre de face et le regarder. Le disséquer. L’écrire. J’avais posé des mots sur cet instant éclair où quatre vies basculent, au hasard de carnets, de bouts de papier, en espérant peut-être que cela suffirait, qu’un jour tout serait dit, par bribes, comme un puzzle qui se reconnaîtrait lui-même, comme si une instance au-dessus de moi accepterait ces morceaux de confidences, mais ma vie ne suivait pas le mouvement non plus, j’errais de vie en vie, de ville en ville, je croyais construire et je détruisais au fur et à mesure, sans parvenir à m’arrêter sur moi, sur qui j’étais cet été-là, pouvais-je regarder cette jeune femme enfin, peut-être, sans trembler, sans culpabilité non plus ? Pouvais-je plonger dans le passé ? J’avais toujours répondu non à la question qui se pressait dans mon cerveau, et il avait fallu cet égarement dans la douleur, une fois encore parce que la vie vous ressert les plus mauvais plats, pour que ça se découpe clairement sur le plafond où je perdais mon regard, ça s’est écrit en moi – la fin des vacances, le départ pour la maison familiale, l’achat d’un matelas pour le lit du bébé, le volant dans mes mains, les pleurs de la plus jeune, la route ensoleillée, la dispute des jours d’avant – ça a pulsé de quelque part et j’ai dû prendre un crayon pour l’écrire, pour écrire autre chose que tout cela, avec une rapidité extraordinaire, sans rature, d’un jet de huit pages, et je l’ai intitulé C’était l’été, et quand j’ai mis un point final, j’ai pu le relire, le relire encore, le corriger parce que j’avais occulté encore des éléments autour de cet instant de malheur, de cet été 80, le mien.

Texte et collage : Marlen Sauvage

Ecrit pour l’atelier Hiver 2017 de François Bon. Présentation et sommaire du cycle Vers un écrire-film ici

J’ai trois souvenirs de films, #02

marlen-sauvage-cinemaFB

#Montségur #1965
La petite femme pleure et je pleure avec elle. Ce jeudi, je pleure dans la grande salle carrelée, aux rideaux fermés, où dans notre village le « patronage » conduit les enfants chaque jour de repos hebdomadaire. La petite femme ressemble à un clown triste sur le grand écran blanc. Elle suit sur une route poussiéreuse cet homme étrange, briseur de chaînes, qui m’effraie tant. Et la musique du film, cet air que chante la petite femme, est si triste… Autour de moi, les enfants balancent leurs jambes, nous sommes tous perchés sur les tables en Formica blanc. Derrière nous, la caméra fait assez de bruit pour couvrir mes reniflements. La Vache qui Rit que l’on nous sert au goûter ne me fait pas rire aujourd’hui, je tourne la tête autour de moi et ne vois aucun regard rougi par les larmes. J’ai honte. Je retiens le prénom de la petite femme, Gelsomina, et je fredonne sa chanson pour moi, mais j’ai déjà oublié le titre du film.


#Paris #1966
Paris, un jour de fête pour moi. J’accompagne mon oncle au cinéma. Il s’y rend trois fois par semaine, il dit que c’est son hobby, je répète ce mot, hobby, cette fois-ci, il m’emmène, j’ai neuf ans. Nous prenons le métro jusqu’à la capitale, je n’ai jamais pris le métro, avec sa femme, ils habitent Villeneuve-saint-Georges. Le trajet me paraît interminable. Mais c’est la fête. Je vais au cinéma. Il y a foule dans les rues, ce doit être un samedi. Quel cinéma ? Je ne sais plus. L’ai-je jamais su ? Mais le film, oui, c’est Le voleur de bicyclette. La salle est immense, toute en gradins, en fauteuils rouges, impressionnante. Le film en noir et blanc m’ennuie un peu. Je n’en retiens que l’enthousiasme de mon oncle et la dernière image du petit garçon, la main dans la main de son père.

#Valréas #1968
Un film de guerre drôle. Un air que l’on siffle, à onze ans, quand les petites filles ne doivent pas siffler. Tea for two. Et des rires fous dans le pensionnat en se remémorant quelques scènes du film – De Funès piquant sa perruque et sursautant à chaque fois – et des répliques. « De moi vous osez vous fouter ? » « Bouvet à l’appareil. Il ment, c’est pas moi ! » « I risque on the deux tableaux. » De la salle de cinéma, aucun souvenir. Une salle de petite ville de province. Juste une impression d’images trop proches, je devais être près de l’écran, de couleurs successivement vertes, rouges, bleues, et d’avions qui m’avaient fait craindre un film de guerre violent. Mais on m’avait promis le rire. Mes premiers rires au cinéma.

Texte et photo : Marlen Sauvage

Ecrit pour l’atelier Hiver 2017 de François Bon. Présentation et sommaire du cycle Vers un écrire-film ici