Carré

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Carrée son existence
bornée dans tous les angles
une injonction à vivre selon
se cogner sans rebondir
se heurter à l’arête des jours des nuits
repousser de l’épaule les murs de la pensée
s’y écorcher la peau
tourner en rond
caresser la folie
déposer dans les coins
les élans la tendresse les calices de fraises les émerveillements
marcher en diagonale croiser les pas de l’autre
rebrousser chemin
retrouver la trace de l’instant premier
la suivre jusqu’au bord de l’oubli
quand la douleur efface le plaisir
entendre poindre la peur de l’inconnu
dans les pulsations du cœur
s’évanouir
la main sur la paroi mince du silence
lécher la plaie à vif
se cloîtrer pour ne plus
désirer l’espace au-delà de la forme
la jouissance du présent échoué
broyer l’offrande noire

 

Texte & photo : Marlen Sauvage

Réminiscences

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Le Concerto pour piano n°5 de Beethoven tapi dans les microsillons grinçants de trop d’écoute comme une lame venue du large charriant une mémoire enfouie un désir de bataille une colère qui galvanisait ses quinze ans et brisait l’ancre de l’enfance ; les pieds nus sur la lauze dans le frais de septembre à l’heure où le chevreuil descend le pré, juste avant de méditer dans le calme de la clairière ; la décharge électrique dans le corps qui tombe à genoux et la plainte lancinante des ligaments déchirés ; l’étreinte amicale de celle qui a vécu tant d’autres écueils que la situation ne requiert aucun mot sauf la tendresse ; la sonorité du patois trouant son français impeccable vibrant d’un temps ancien qu’il n’évoquait que d’un mouvement d’épaule ; l’effroi dans le cri de la femme au bord du précipice quand la roue tombe dans le vide et que la voiture menace de s’y fracasser ; les cloches de l’église au village distant d’un kilomètre qui chargeaient le vent de leur écho funèbre le jour de l’enterrement de la bergère de seize ans ; la complicité des regards dans un battement de cils, les battements du cœur dans l’évidence joyeuse de la reconnaissance, la trace du passé dans le visage d’un nouveau-né, l’éclatante revanche de la jeunesse sur toutes les vieillesses vides, la fulgurance poétique de la vie dans le frémissement du corps saisi par l’intensité de l’instant.

Texte & photo : Marlen Sauvage

 

Vous y pensez, vous ?

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Quel beau souvenir que celui attaché à ce livre collectif né d’une proposition d’écriture de François Bon durant un atelier d’écriture en ligne ! Il rassemble 89 textes (certains auteurs ont contribué plusieurs fois !) sur le thème des… escaliers, lieu propice aux rencontres avec d’autres escaliers, des carrefours, des odeurs, des personnages, des frayeurs, des voix, des humeurs… Un vertige de textes que l’on traverse posément ou en courant – il y a des paliers parfois, avec un christ en croix, un espace où souffler, des paliers qui ouvrent sur des pièces ou des paliers sans porte –  et l’on grimpe ou dévale, on se faufile dans des bâtisses, ou dehors en pleine nature, dans l’univers des unes et des autres, une main sur la rampe, le cœur battant. Il suffit de s’y risquer…

Marlen Sauvage
(Ma contribution est ici)
On ne pense pas assez aux escaliers
@2017, Tiers Livre Editeur

 

Ateliers de campagne (7)

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Potage au potiron dans un bol carré blanc.
Plus rien ne m’est interdit, j’écris en mangeant, plutôt que regarder la chaise en face de moi. J’ai pris le potage pour la couleur, dans un univers de fantômes scellés dans leur absence. Hôtel de l’Europe, Marvejols, salle du restaurant, un soir de novembre.
Et j’ai vu la plante verte sur le mur noir. Noir, c’est toute ma couleur ce soir. De la tête aux pieds, de l’extérieur à l’intérieur. Il n’y a plus de blanc dans lequel me vautrer. Plus de vide à épouser. Plus d’oubli.
Ce soir est soir de cogitations.
Dans le restaurant de l’hôtel de l’Europe, les couteaux toujours retournent leurs dents vers le ciel. Un truc de designer. Je voudrais marcher sur le dos, et ricaner à dents déployées.
A la table devant moi, de profil, un homme seul observe le petit pot de fleurs où fleurit une orchidée jaune à pois couleur de sang. Il l’approche de son visage, le tourne, le repose, le regarde encore, puis il joint les mains, coudes sur la table, et ferme les yeux. J’ai touché la fleur, j’ai la même devant moi, j’ai caressé le pot. Tout est faux.
Ici, les hommes de plus de cinquante ans ont tous de la bedaine. Je me demande s’ils sont plus gentils que ceux du même âge qui ont le ventre plat.
Cet après-midi, j’intervenais à l’université de Mende, antenne de Perpignan. Les étudiants en face de moi viennent tous de Chine, de la province du Guizhou. Souriants, jeunes, bruns. Deux garçons pour neuf filles. Je n’ai pas eu le temps de déjeuner pour arriver à quatorze heures. Une heure vingt de trajet, avec les déviations, les travaux de réfection des routes après les violents orages, les épisodes cévenols, comme disent les météorologistes. Et mon cours parlait de restaurant, de gastronomie. J’ai bu deux cafés à la machine du rez-de-chaussée.
Quatre heures plus tard, la nuit était tombée et je reprenais la route pour Marvejols, hôtel de l’Europe.

Texte et photo (juillet 2012) : Marlen Sauvage

(à suivre)
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Quand j’étais enfant il existait une série télévisée intitulée Médecin de campagne… Le médecin était une femme et la campagne alors ressemblait à celle où je vivais dans la Drôme. Depuis que je sillonne les Cévennes pour animer ici et là des ateliers d’écriture, je ressasse l’idée d’écrire une série de souvenirs arrangés autour de ces allées et venues.

Les chaussettes, de M. Esse

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Une paire de chaussettes, la chaussette orpheline n’étant pas très utile pour habiller mes deux pieds. Donc, deux chaussettes, posées l’une sur l’autre, à plat. Douces, d’une blancheur encore neigeuse, aucunement abîmées par des lavages fréquents et savonneux. Toutes neuves, posées là, entourées d’un ruban rouge. En laine moelleuse, qui réchauffe le cœur avant de chauffer les pieds. Les mailles sont bien dessinées, on suit parfaitement le travail de la tricoteuse qui s’est aventurée jusqu’à créer des motifs, des tresses, des côtes, des rangées en mousse, mousseuse comme la laine blanche.

Je les mets le soir quand les nuits sont fraîches dans la vallée et que mes pieds ont du mal à réchauffer le lit. Je les enfile doucement, presque amoureusement, l’une après l’autre, sur des pieds lavés dans un bain à bulles, crémés, massés, satinés, elles entourent la peau comme une caresse, elles la réveillent, la tiédissent, lui apprennent le confort et peut-être bien la volupté. Quel bonheur d’avoir les pieds au chaud, de remuer les orteils dans la douceur de ces mailles ajourées, souples, d’un gonflant inimitable. Dans une matière naturelle qu’un mouton a porté un jour sur son dos, gambadant au milieu d’un troupeau  face à l’horizon immense du Causse. Toison blanche ou noire, hirsute ou bouclée, sentant le suif au thym et au genièvre, tondue, ramassée, filée, mise en pelote, en attente des aiguilles et du savoir-faire.

Jersey à l’endroit, point mousse, point de riz, diminution au talon pour la courbure, augmentation pour la plante du pied, diminution  pour la pointe et les orteils. Ce n’est pas un travail pour des gougnafiers, il faut du soin et de l’attention, du calme et de la sérénité. Que les belliqueuses s’abstiennent ! Il nous faut des philosophes pour tricoter rang par rang des chaussettes larges qui épanouissent les pieds, qui laissent vivre les chevilles, qui montent haut pour chauffer les mollets sans serrer. Une vraie œuvre d’art qui procure de la joie de vivre pour tout l’hiver.

Texte : M. Esse
Photo : Marlen Sauvage

Vache et violon, de M. Esse

Un texte d’une participante à mes ateliers d’écriture à Florac, en 2017, à partir d’un tableau de Malevitch.

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Vache et violon 

Mais comment suis-je arrivée sur cette contrebasse ? On n’est pas sur le pré, je ne suis pas un archet, je ne sais pas pincer les cordes, je ne suis qu’une vache qui fait meuh et qui s’accroche comme elle peut avec ses sabots. Je fais très attention, je ne bouge pas d’une oreille, ni d’une corne, je ne bouge pas la queue, même s’il y a des mouches partout au dessus de moi. Mais je vous appelle au secours, faites-moi descendre vite fait, et sans casser la contrebasse avec son ventre blond, avec ses cordes blanches et ses boutons noirs, je voudrais repartir sur le pré et entendre à nouveau la musique de l’herbe qui pousse.

M. Esse

Ecrire, de Monique Fraissinet-Brun

Le texte d’une participante à mes ateliers, Florac, juillet 2017.

 

Ecrire pour laisser sortir l’épaisseur du noir et la lumière du bonheur ; écrire avec les yeux à l’intérieur et laisser la porte ouverte, juste devant le cœur ; écrire en se regardant comme un étranger ; laisser venir le filet d’eau des mots, légers, fluides ; accepter la cascade qui chute douloureusement puis s’apaise  en permettant à cette eau de glisser, de se faufiler autour de ma vie ; écrire pour se relire, s’aimer ou pas ; écrire dans ses pensées, juste pour jouir des mots, des émotions, des sensations ; écrire la nuit pour éclairer des images sombres, les accepter, les laisser revenir, les regarder posées sur la page ; écrire pour apprendre à voir l’éphémère d’un rai de lumière ; écrire pour apprendre à lire, savourer, se délecter ; écrire pour rattraper le temps, pour le ralentir, pour en laisser une trace ; écrire pour déchirer ; écrire les mots de mes petits-enfants ; écrire dehors en se laissant envelopper d’un silence rempli d’une multitude de bruits ; écrire devant un feu de bois pour la chaleur et le doux vacillement des flammes ; écrire à l’encre violette, reflet de mon enfance ; écrire pour laisser échapper la douleur et – ou – se rassasier de petits et grands bonheurs ; écrire des fragments à laisser dans un livre, au fil des pages de lecture.

Texte : Monique Fraissinet-Brun
Video : Marlen Sauvage

La place, de M. Esse

Un texte d’une participante à mes ateliers d’écriture, Florac, 2017.

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Au milieu de la cité, une cathédrale gothique au portail en voûte occupe la place. Une tour en flèche monte haut dans le ciel. Ce matin de la Fête-Dieu, les cloches sonnent à la volée.

En bas sur la place pavée, les gens tracent des chemins singuliers, sinueux, se déplacent comme des pions dans un jeu.

Un groupe d’Italiens se serre autour d’une guide brandissant un parapluie arc-en-ciel, marque de reconnaissance et de retrouvailles.

Des Japonais sillonnent la foule, un pas devant l’autre comme des funambules, et regardent le monde à travers leur mini-camera fixée sur une tige en métal.

Habillés en Mozart, perruque blanche, redingote rouge et or, chaussettes blanches et chaussures noires à bride,  de jeunes gens vendent des billets pour un concert dans le château impérial.

Des imitations de rickshaws jaunes et rouges, carrosses du pauvre à deux places, traversent en klaxonnant, tirées par un cycliste fatigué.

Au bout de la place, derrière la cathédrale, s’allonge une file de fiacres, tirés par deux chevaux blancs aux œillères noires ; au-dessus, tenant les rênes, trône le cocher coiffé d’un melon noir. Ils attendent les clients pour un tour dans la vieille cité et font la joie des enfants..

Une terrasse de café mord sur la place, surmontées par des parasols blancs défraîchis par le temps. Devant les barrières, un marchand de journaux vend  les magazines étalés par terre. Des étudiants portant une canette de coca, casquettes à l’envers, sacs à dos bariolés, traînent à côté. Une femme assez âgée, chapeau noir en cloche, manteau en velours bleu, sandales blanches, s’appuie contre la barrière du café. Un mime couvert de peinture dorée, planté au beau milieu de ce remue-ménage, se meut au rythme d’une valse de Strauss.

Les touristes font leurs achats, magasin de chocolats célèbres, glacier réputé, pâtisserie étalant ses gâteaux crémeux et chocolatés, cartes postales et souvenirs, avenue commerciale invitant à la flânerie. Au bout, une grande bouche noire où des escalators conduisent les passants vers le souterrain du métro local.

Le  portail de la cathédrale est encore fermé . On attend le retour de la procession des fidèles.

Les cloches sonnent toujours. Les spectateurs tournent sur la place, impatients. D’en haut, le ballet devient un puzzle étrange dont les pièces cherchent à se caser. Une toile d’araignée tissée de fils d’Ariane qui se croisent, s’entortillent, se séparent, s’éloignent, fils invisibles, marionnettes de l’espace et du temps.

Texte : M. Esse
Photo : Marlen Sauvage [Marseille]

Autour du goût, écrire…


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Trois textes de Monique Fraissinet, écrit en atelier d’écriture, à Florac en 2017

J’ai mis le chemin sous mes pieds et je suis partie sous le soleil brûlant de l’été.  J’ai longé le bord de la corniche qui surplombe la mer. Après une heure de marche, un pin parasol m’a offert son ombre. J’ai tiré de mon sac la salade de fruits juteux que j’avais pris soin de mettre dans la glacière. Le goût sucré, aigrelet des morceaux d’abricots s’était fondu avec celui du melon et de la pastèque. Au fond du saladier, ils avaient rendu un jus frais et désaltérant. Je m’en suis délectée et j’ai poursuivi ma balade.

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C’était un rituel. Le dimanche, les grands-parents recevaient leurs enfants et petits-enfants. Le samedi, grand-père partait le matin de la maison, un couteau dans une main, un bol et un plat, toujours le même plat bleu émaillé, dans l’autre main. Je savais qu’il allait saigner un lapin. La mort du lapin aurait pu m’attrister, alors je restais près de ma grand-mère, elle ne voulait pas que j’aille voir ça. Grand-père revenait, rapportait le bol de sang et il avait déposé le lapin nu dans le plat émaillé. Voilà, il allait rester là, allongé de tout le long sous un torchon jusqu’au dimanche. On allait faire le sanquet.

Grand-mère avait au préalable, pendant que le pauvre lapin passait de vie à trépas, fait revenir dans la poèle, les oignons, les épinards, des morceaux de pain rassis coupés menus, le persil et l’ail. Sitôt, le sang prélevé était versé sur cette préparation qui mitonnait. Ça, c’était le samedi, fallait pas attendre. Le sanquet ça se prépare sans tarder. On le mangerait froid, découpé en tranches, en entrée au repas du lendemain.

Le lapin, lui, c’est le dimanche matin qu’on le découpait en morceaux. La viande est meilleure un peu rassie disait grand-mère.

Elle a préparé des morceaux de lard qu’elle a fait fondre dans cette même poèle noire. L’odeur du lard se répandait dans la cuisine. Puis, un à un, elle déposait les morceaux de lapin dans la poèle  chaude. J’entends encore ce léger crépitement. Ensuite elle déplaçait la poèle sur le côté, la posait sur la pierre à côté de l’âtre, et là, encore, un à un, précautionneusement elle tournait les morceaux pour les faire rissoler et la poèle reprenait sa place jusqu’à une parfaite cuisson du lapin sauté. Elle étalait les braises pour diminuer la chaleur du feu et laissait cuire tout doucement en surveillant du coin de l’oeil la coloration du plat. Elle dosait avec précision le sel et le poivre qu’elle ajoutait.

A chaque lapin tué, c’était le même rituel.

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A chaque fois, je déclinais l’invitation. Une vraie-fausse excuse. Cette fois-ci c’en était trop, je ne pouvais plus inventer quoique ce soit.

Le jour J, en entrant chez eux, au rez-de-chaussée, l’odeur du civet de cerf envahi mes narines et sitôt, par quelque influx que mon cerveau envoya à mon nez et mes papilles, mon estomac se retourna. Une nausée m’envahit ; cette odeur fétide est partout, aussi à l’étage ;  des hauts le coeur !

D’abord l’apéro, puis l’entrée, sentir toujours et encore, si au moins on pouvait ouvrir la fenêtre !

Ils bavardaient, s’étalaient en palabres sur cette partie de chasse qui nous régalera de ce ….bon gibier !

Le plat sur la table, je vise le plus petit morceau, je dois absolument tout faire pour me servir en premier. Voilà, c’est fait ! Ouf ! Heureusement qu’il y a, à côté, le plat de gratin de courgettes. Là, je ne lésine pas, j’adore les courgettes. Je me sers très, très copieusement. Un petit morceau de cerf, une grosse cuillerée de gratin, un peu de cerf, beaucoup de gratin, et encore et encore. J’aurai bientôt fini d’avaler ce gibier immonde. J’avais presque terminé quand mon ami me sert encore une grande et belle tranche de viande. Tu n’en manges pas chez toi, profites-en chez nous !

Texte : Monique Fraissinet-Brun
Photo : Marc Guerra

Ecrire, de M. Esse

Un texte écrit par une participante à mes ateliers, en juillet 2017, Florac.

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Ecrire une fleur douceur couleur la rouge du jardin la blanche dans ma tête

Ecrire le chat tigre qui se faufile en dandinant

Ecrire le ciel qui plombe les sapins qui pèse qui rougit qui s’envole qui envoie les nuages dessiner dans le bleu des gros des lourds des traînées des filaments des moutons des coussins

Ecrire les coussins les canapés où on s’enfonce on sommeille on se chamaille on s’embrasse

Ecrire les amours coup de foudre amour passion amour vache amour qui élève qui détruit qui fait chaud ou frissonner de froid qui remplit un manque une vie ou un instant

Ecrire les manques les ratés les j’aurais dû les regrets les souvenirs la mélancolie les il y avait une fois

Ecrire des histoires aux enfants faire des mots croisés mots mêlés mots inventés jouer avec les mots avec les lettres une phrase à l’endroit une phrase à l’envers composer décomposer recréer la langue la redécouvrir la savourer la déguster

Ecrire en marchant dans la tête des sons des poésies pas à pas le nez en l’air les mots viennent s’alignent riment rêvent

Ecrire à plat ventre dans le sable dans l’herbe sur des coussins appuyé sur les coudes le ventre bien en contact avec le sol ancré mais toujours tête levée humant l’air de la mer l’air du jardin l’air de la ville l’air du temps

Ecrire pour soi pour faire de jolies phrases qui font une douce mélodie

Ecrire pour exprimer des mots bruts des hachures des rayures ça fait mal et ça libère

Ecrire un plan un projet un journal une histoire une nouvelle un roman une lettre n’importe quoi mais écrire

Ecrire au crayon au stylo noir rouge bleu à l’encre à l’ordinateur si ordonné

Ecrire des lettres fines déliées courbées ou raides calligraphiées pour la beauté

Ecrire la nuit noire dans la nuit blanche le soleil dans les journées grises l’arc en ciel espoir et joie

Ecrire la vérité vraie inventer une autre sans mentir en déguisant inventer tout court lâcher les vannes se lâcher culbuter les mots hameçonner les faits refaire le monde

Ecrire sur un bloc steno un cahier grand format papier blanc  petits carreaux écran scintillant

Ecrire plaisir écrire désir écrire avenir

Texte : M. Esse
Photo : Marlen Sauvage