Faut-il couper les roses fanées ?


Un texte de Mireille Del Bianco, écrit en atelier d’écriture, à Florac, en 2018.

Photo © Marlen Sauvage, les roses rouges de la maison de Noé.

Aujourd’hui mon rosier foisonne de fleurs, mais elles se terniront, les pétales tomberont, il ne restera que le fruit : « Il faut couper les roses dès qu’elles fanent pour que refleurisse le rosier très rapidement, sinon les fruits vont épuiser l’arbuste et l’année prochaine tu n’auras pas de fleurs », me disent mes amies. Moi j’ai du mal à les couper, je préfère les laisser vivre leur vie jusqu’au bout, tout ce qui m’entoure a une vie et l’on ne peut ni répudier ni mettre au rebut ni supprimer, de quel droit peut-on savoir ce qui est bien pour la rose ? Le petit prince le savait-il vraiment ? Ne serait-ce pas ce qui nous convient qui fait que nous décidons de couper la rose ? Ne serait-ce pas que nous voulons voir la beauté de la rose et non sa déchéance, comme la belle fille de magazine svelte, de longues jambes, mince à souhait, aucun bourrelet, qui ne devrait pas enfanter, pas grossir, garder sa peau fraîche et rose, aucune ride à l’horizon. La rose avec ses feuilles flétries, jaunies, puis noircies au matin pousse ses derniers efforts sous la rosée pour protéger le fruit qui va venir après elle et qui plus tard tombera, finira par germer pour reproduire une autre vie Après les grossesses, les varices, les yeux bouffis par le manque de sommeil, les cheveux blancs, et malgré le sport pour garder les muscles fermes, les seins finissent par tomber comme des pétales flétris… Doit-on cacher les vieux ? Doit-on s’en débarrasser ? Doit-on mettre en place une IVV (interruption volontaire de vieillesse) ?

Texte : Mireille Del Bianco
Photo : Marlen Sauvage


Histoire de famille, Anne Vernhet

Photo : ©Marlen Sauvage

Tu te réjouissais depuis longtemps de cette période de fête. Tu avais tout préparé avec ton énergie et ton efficacité habituelles. Pendant deux jours, la famille serait réunie. Tes deux sœurs, leurs maris, ton vieux père, et les enfants aussi. Tu avais réussi à les convaincre, tous. Sans toi, cette famille n’existerait plus, tu le savais, et tu étais décidée à faire tout ton possible pour que ce merveilleux lien survive. Bien sûr, c’était toi qui recevais. Tu avais préparé un lit pour chacun, certains seraient un peu serrés mais néanmoins, assez confortablement installés pour une seule nuit. Tu avais prévu les repas (celui du soir, le petit-déjeuner, celui du lendemain midi), fait les courses et c’est toi qui cuisinerais. Marie, ta plus jeune sœur te proposerait probablement de l’aide mais sa maladresse t’agaçait, tu ne lui dirais pas mais tu te débrouillerais pour qu’elle ne te dérange pas trop. Au niveau finances, il y avait peu de chance que l’un d’entre eux propose de participer aux frais. Cela n’avait pas d’importance, tu avais les moyens et tu étais généreuse. Encore une de tes qualités. Le repas du soir fut joyeux et bruyant. L’alcool aidant, les conversations allaient bon train. Aldo, ton beau-frère, le mari d’Hélène, ton autre sœur, t’a encore taquinée sur ton célibat qui s’éternisait après le départ, ou plutôt la fuite, de Sébastien ton ex-mari. Tu as réussi à sourire, c’est vrai, tu sais plaisanter. A la fin de la soirée, tu as pris Hélène en aparté. Tu as pris ton air grave qui annonce les mauvaises nouvelles. Tu lui as montré les photos d’Aldo avec la jeune employée du pressing. Tu ne lui as pas dit que tu les avais retouchées pour qu’il n’y ait pas de doutes sur la nature de leur  relation. Ce n’était pas tricher, tu l’avais vu dans ses yeux que cet homme était un menteur, il faut savoir ajuster la réalité à ta vérité. Ensuite, tu as pris Hélène dans tes bras et tu l’as consolée, tu lui as assuré que tu serais toujours là pour elle. Aldo a dû faire ses valises. Quand tu as croisé ton père le lendemain matin à la table du petit-déjeuner, il te regardait d’un air bizarre. Cela t’a remis en mémoire le jour où tu l’avais supplié de rester avec toi pendant que Marguerite, sa nouvelle femme, allait à la pharmacie te chercher un traitement contre cet étrange malaise. Marguerite n’est jamais revenue. L’accident qu’elle a eu ce jour là, suite à la défaillance des freins de sa voiture, lui fut fatal. Dans ce regard, tu as compris qu’il savait. Il savait que la famille, c’était toi.

Anne Vernhet

Un texte écrit en atelier d’écriture avec le groupe de Florac, 2018.


Visage de voleuse, Aline Leaunes

Un ciel bleu, des fleurs plein les jardins, une journée de printemps où la joie de vivre est offerte. Elle chante, elle danse, elle déclame la dernière récitation apprise à l’école. Elle voit bien l’agitation inhabituelle au bout de l’impasse. Antonio vocifère comme un fou, sa femme Margarita sur ses talons se lamente en levant les bras au ciel et Maria la grand-mère, interpelle, interroge, menace tous ceux qui passent à portée de main. Louise, elle toujours danse et chante,  éclaboussée de joie, de bonheur d’être en vacances, regarde tout ce charivari  avec le sourire. Soudain, comme une explosion, comme une tornade, sa mère s’abat sur elle, l’invective, s’égosille, s’époumone, l’interroge  : c’est toi dis c’est toi qui a volé l’argent d’Antonio ? Le souffle coupé, la voix qui tremble, elle répond : non c’est pas moi ! Un c’est pas moi fragile que sa mère n’entend pas. Oui c’est toi je le vois sur ton visage, c’est toi la voleuse, donne-moi cet argent, je dirai que je l’ai trouvé sur le banc du parc. Louise dans son coin se rapetisse, se recroqueville, pleure en silence, elle a peur, elle ne comprend pas. Plus tard… beaucoup plus tard elle aura honte… honte d’avoir été accusée par sa mère, mais pourquoi ? elle était juste heureuse, elle chantait, elle dansait c’était les vacances. Pourquoi sa mère, sa mère chérie avait-elle pensé un seul instant qu’elle, Louise, sa fille, avait volé l’argent d’Antonio, et que cela se voyait sur son visage ? Les voleurs ont ils le visage du bonheur et de la joie ? Longtemps longtemps la blessure de cette accusation l’a poursuivie, une blessure dont la cicatrice est encore parfois visible.

Texte : Aline Leaunes (extrait d’un atelier d’écriture à Florac, 2018)
Photo : Marlen Sauvage














Souvenirs ténus, par M. Fraissinet

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Ils étaient debout devant le bassin, il m’a pris par la main puis m’a soulevée dans ses bras feignant de me jeter dans l’eau, j’entendais et hop et hop ; mes cris dans la nuit, ma mère se lève, je vois une tête d’homme nager dans une bassine de sang, nuit de peurs et de cauchemars ; un fauteuil que le coiffeur manipule. ses ciseaux derrière mes oreilles, les lames qui claquent, mes mains prisonnières du tablier qui me recouvre ; odeur du bois, tous les outils de sabotier, les sabots qui naissent de ce bois, le froid de l’atelier ; ma mère, une casserole de lait bouillant, mon beau tablier tâché, le dos cuisant de douleur ; trois hommes en costume noir, une traction noire, mon épaule contre la portière, ma sœur sur la route, cris de peur et de panique ; un beuglement de vache, pas de vache, un trou béant ; l’inspecteur dans la salle de classe, un homme grand, qui regarde mon cahier, le temps est long ; elle me parle de Dieu et de Jésus, elle me dit qu’il viendra sur terre pour nous juger, il doit être si vieux, l’enfant que je suis devant l’irréel ; un bruit de klaxon pendant la sieste, un bruit de porte qui s’ouvre, puis celle d’un placard, le bruit d’un moteur qui démarre, à quatre heures nous aurons des croissants ; l’odeur du levain, les manches retroussées du tablier de la grand-mère, les pâtons, le bois dans le four ; mon père, chemise déchirée, poitrine rougie, le moulin, tout arrêter, première approche du danger et de l’accident ; l’observatoire de l’Aigoual, au loin la ligne argentée de la mer, voir au-delà des montagnes, sortir de l’espace réduit.

Texte : Monique Fraissinet (extrait d’un atelier d’écriture à Florac)
Photo : M. Guerra

Carnet des jours (32)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mars 2018
Première semaine. LE déménagement en vue. Le dos qui tiraille, les nuits sans sommeil, pour le jour J, après avoir mobilisé la famille A., me retrouver handicapée par un lumbago. Qu’à cela ne tienne, les camions sont loués, en route à 6 h du mat’ pour les Cévennes où j’assiste au déplacement des cartons, des meubles, des plantes, allongée dans une couverture, shootée à je ne sais plus quel médicament… et la matinée passe ainsi entre deux états. Quitter une vie pour on ne sait trop laquelle, dans le coma.

Deuxième semaine. Report de la signature de la vente. L’angoisse jusqu’au bout de ne pas vendre quand je me suis engagée ailleurs. Ne pas avoir été capable de tout larguer, de me départir des livres, des meubles, de la vaisselle, puisque j’emporte si peu. Une vie dans 20 ou 30 m3… Ne te plains pas, d’autres n’ont rien. Mais justement. Un sac à dos, j’en rêvais. L’occasion ratée. Six mois au Québec. Six mois à La Réunion. Pas le cran. Je me déteste. Et puis je me rassure. Besoin de murs autour de moi. Je vieillis.

Troisième semaine. Je dois y retourner. Nous signerons le 24 pour finir. Nettoyer la maison, emporter les derniers cartons, décrocher une barre de rideaux, un cadre… Fourrer un bric-à-brac encore énorme dans le coffre de la voiture. Heureusement E. et P. m’ont accueillie dans leur maison chaleureuse qui surplombe celle-ci. Le matin de la signature, je filme leur jardin, la châtaigneraie, le vol des oiseaux, la toiture de la maison de Noé, le temps est clair. Finissons-en.

Dernière semaine. Toujours les séances de kiné pour les séquelles de l’accident d’août dernier. Une bonne âme m’instruisait encore du pourquoi de cet accident de genou, « je » « nous »… Un autre l’explique par mon prénom, Gérard Athias est passé par là… Heureusement, un atelier un mardi sur deux. Mon oxygène. J’apprends par A.  la mort de Lucie le 30, 92 ans, à peine avait-elle quitté son havre monastirien pour Marseille. J’ai son écriture dans mon agenda où j’ai indiqué entre parenthèses (sœur libanaise rencontrée le 25/12/2017 à Monastir). Je me souviens de cette rencontre, de ses au revoir répétés, quand à la troisième fois, en m’embrassant, elle me disait ses prothèses de hanches et de genoux, « je n’ai plus rien en haut » en montrant sa poitrine absente et « j’ai un cancer de l’œil droit, mais debout grâce au Seigneur. » J’avais admiré cette foi. Comme il faut fêter la vie, nous allons dîner à la Charrette Bleue pour l’anniversaire de A., avec B. et P. après une montée vers le saint Laurent et les vautours.

NB : Notes de mémoire. Et aucune photo. Tout était dans l’iPad volé.

L’œil d’Artaud

marlen-sauvage-@Ernest Pignon-Ernest

« L’œil d’Artaud, ce n’est pas un regard curieux ou serein, comme on peut en voir sur les portraits, genre classique de histoire de la peinture : la minutie de Corneille de Lyon, le rayonnement des tronches rubicondes de Frans Hals ou les autoportraits anxieux et curieux du vieillissement de Rembrandt.
Est-ce un portrait que nous livre ici Ernest Pignon-Ernest ?
L’idée n’est pas de reproduire au plus près le visage tourmenté d’Artaud. Il s’agit d’une évocation des tourbillons de l’âme. Comment peindre l’âme ?
Ernest Pignon-Ernest  y parvient grâce à ce mouvement des lignes, mélanges de gris et de blanc, de noir et de gris, qui tournoient tout autour des traits dévastés du modèle, saisi dans un moment de folie et qui nous ramène invariablement vers le vrai propos du peintre ; l’œil d’Artaud.
Ernest Pignon-Ernest a ceci de caractéristique qu’il s’inscrit à la fois dans la grande tradition du dessin par la précision des traits, la qualité du détail, le mouvement de l’expression de ses modèles, dans l’instant d’une situation qu’il choisit avec soin. Ses œuvres, jetées à même le mur, dans des lieux de passage, jaillissent à la figure des passants, comme d’insolites provocations : rue de Naples, cabines téléphoniques, townships sud-africaines, Ernest Pignon-Ernest ne cherche pas seulement à reproduire une réalité, il interpelle en permanence le promeneur par un sujet en mouvement dont il saisit l’essentiel du moment de sa vie.
Ici, c’est l’œil d’Artaud, tourmenté, inquiet, perçant comme une pointe d’acier qui nous dit à la fois son angoisse et l’expose. Le portrait d’Artaud, c’est l’évocation d’un homme près de la mort, décharné et réduit par sa déchéance physique à ce qui reste quand tout est parti, le regard, seule parcelle de vie intacte, subsistant dans une face détruite par la folie.
Les dessins d’Ernest Pignon-Ernest ne sont pas beaux, bien faits, ou intéressants. Ils nous ramènent à ce propos majeur de l’existence de chacun, la misère, la mystique, la folie. Instant saisi au vol par un peintre d’abord engagé dans son époque, préoccupé d’exprimer les tourments de l’Homme, les drames de son temps.
L’œil d’Artaud nous dit tout cela, à la fois : le dessin de ce grand artiste et l’incapacité du monde à lui assigner une place dans la société. La mort est proche, parfois rappelée par la forme d’un crâne posé près du regard, dans la grande tradition des vanités, trait à peine esquissé, tant l’œil d’Artaud suffit à nous dire l’essentiel. »

Jérôme Clément, in Face aux murs, Ernest Pignon-Ernest
©Delpire Editeur, 2010. Nouvelle édition revue et augmentée ©Libella, Paris, 2018.

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Photos : M. Sauvage

 

Tempête dans une vie

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Pour toi, Eric

« La radiothérapie s’est étalée sur quatre semaines, en juillet. J’avais eu un mois et demi pour me remettre de l’opération. Mon cou était toujours prisonnier de sa minerve. Les nuits étaient difficiles. Mais les douleurs s’estompaient peu à peu et j’étais plus mobile. Je profitais du calme de la maison pour graver sur le papier de nouvelles histoires. J’étais un survivant. Mille projets explosaient dans ma tête. J’avais plusieurs romans à écrire, deux recueils de nouvelles à terminer et un disque de chansons à enregistrer. Je ne voulais plus les remettre à plus tard. Je voulais les réaliser rapidement. Le temps était mon ennemi.

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort, paraît-il. Je n’en suis pas persuadé. Cette épreuve ne m’a pas amélioré. Elle ne m’a pas rendu plus fort.

Ce qui ne m’a pas tué m’a seulement rendu plus pressé. »

©Olivier Martinelli, L’Homme de miel, ©Christophe Lucquin Editeur, 2017

 

Photo : Marlen Sauvage

Le désir d’une vie sauvage

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« La cosmose, se fondre dans la nature, est une expérience de fusion du soi dans le monde des éléments et de communauté des êtres de nature : le moi ne résiste plus à la pénétration du monde en lui. La perméabilité de la peau rejoint la porosité du monde. Le corps devient le monde comme dans le bronzage, le plein air, l’hivernage, l’enfouissement, la spéléologie… Autant de techniques de cosmose pour décider de la limite du corps vécu face aux épreuves traversées par le corps vivant. L’abandon dans l’autre, dans l’élément, dans le monde, est une passivité mondaine du corps dans laquelle le monde m’éprouve. Le monde est une épreuve de l’autre en soi, moins selon un rapport de force supposé que comme acceptation du cosmos en tant qu’une part de moi-même, une cosmos-pathie. L’abandon dans le silence de la nature comme renonciation à soi dans l’embrassement du monde. Après trois années d’enfermement forcé au Liban comme otage, Jean-Paul Kauffmann concède avoir aujourd’hui besoin d’être confronté à l’immensité de la nature, besoin de la démesure de ce paysage, ponctué par des vides au milieu des pinèdes mais jamais borné. »

Bernard Andrieu, philosophe, professeur à l’université Paris-Descartes – Le désir d’une vie sauvage : vers la cosmose
Extrait d’un article publié dans 303 arts recherches, créations « Sauvage », n° 153.

Construire une ville… – livres enfuis

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Tout me racontait un univers désiré, côtoyé peut-être en rêve, à moins que ce ne fut dans l’enfance, ce que l’on perçoit d’un pays, d’une ville, d’une maison qui resurgissait à la lecture, écho réveillé de sons disparus, d’une atmosphère languide, de noms étrangers aux sonorités caressantes, d’espaces couleur de sable où l’immobilité n’était qu’un leurre, d’où le chaos pouvait jaillir sournoisement ; de ciels bouleversés par un regard, une réminiscence ; de ruelles vides hantées par une présence, une énigme qu’on ne résoudra pas ; du dépaysement, du désarroi du personnage dont je partageais l’ambition, la curiosité, les élans passionnés, la mélancolie ; des individus au langage ambigu qui refaisaient surface, portés par les mots d’un auteur aimé mais inconnu, et dont les visages s’effaçaient à l’instant qu’on croyait les revoir ; ces situations  glauques où s’insinuait le pire quand on croyait à l’instant même vivre le meilleur ; tout m’attachait aux rêves d’un autre comme si vivre véritablement c’était cela, vivre par procuration. 

Un territoire d’affinités, un village, des champs et des églises, les images que déroulent les mots d’un autre, une histoire dont on ne saura pas à quoi elle appartient, au rêve ou à la fiction, et où l’on déambule troué de questions sans réponse comme l’épouvantail d’un jardin soumis aux jets de pierres incessants des enfants, car c’est l’enfance encore qui vient hanter la route, qui  houspille les souvenirs, qui trimballe ses odeurs, ses peurs et ses merveilles. Cette étrange impression que nos routes mènent au même endroit du passé, que cette histoire est la nôtre au bout du compte, et les rues, et la route circonscrivent une ville intérieure, ancrée quelque part, et des maisons sans adresse, peuplées de fantômes, que l’on regarde s’écrire sur l’écran d’un ordinateur.

Au hasard de maisons et de villes enracinées dans le rêve et la réalité, s’attachent des réminiscences encapsulées dans des façades, des ruelles, des porches, des cimetières, des paysages. La pensée vagabonde à travers l’épaisseur du temps, de l’enfance ou de l’avant-enfance jusqu’à aujourd’hui, une route, longue, chemine de la première adresse à la dernière – la dernière ? –, d’un pays à un autre, d’une sereine solitude carrée à une ville-vie, mouvante, aux trottoirs délabrés. Dans cette succession de maisons-villes traversées où l’on n’a pas suffisamment vécu, pas assez longtemps pour ouvrir sa mémoire et croire à ce qu’elle nous raconte, émerge la frustration de ne pas être, de ne pas exister, de ne pas « habiter », de ne garder aucune empreinte vraie d’un lieu, d’être dans un entre-deux toujours. 

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

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