Des mouches dans le bénitier, Liliane P.

La porte a claqué et s’est refermée derrière elle.

Elle est debout, bras ballants, derrière un pilier. A sa droite, le bénitier est rempli d’eau croupie ; des mouches noyées flottent à la surface. On ne lui avait jamais dit qu’on pouvait mourir dans une eau sacrée. Elle baisse la tête, voit ses pieds nus posés sur des grandes dalles de pierre. Dans une petite rigole, éclairée par un rai de lumière, elle aperçoit une petite araignée qui avance, vite, trop vite. Elle file, elle a déjà traversé trois dalles rectangulaires et se dirige vers le pilier. Elle la suit des yeux mais l’araignée est rapide, elle s’élève, elle grimpe, elle escalade le pilier et disparaît, tout là-haut. Elle serre ses bras autour d’elle, sa peau est granuleuse, elle serre plus fort, encore, serre les dents, serre les bras, encore plus fort. Puis, les bras retombent, flasques. Elle cherche l’araignée, si têtue, si obstinée mais elle est là-haut. Sa tête tourne. Les flammes des bougies, devant l’autel, montent, descendent, se croisent, ce sont des taches jaunes qui ont commencé une danse folle. Elle ferme les yeux, serre ses poings sur ses paupières, fort, encore plus fort. Elle ouvre les yeux. Les flammes se sont calmées, elles brillent bien droites et éclairent le visage d’une madone. Elle lève les yeux vers le sommet du pilier et cherche l’araignée. Mais elle est loin, trop loin. Elle a un haut le cœur. L’odeur obsédante de l’encens pénètre dans ses narines et l’envahit toute entière. Elle se pince le nez, serre, fort, très fort. Pendant quelques minutes, elle ne respire plus. Elle relâche enfin la pression et reprend peu à peu sa respiration. Elle tourne la tête et regarde les mouches qui flottent dans l’eau du bénitier. Mais pourquoi ne lui a-t-on jamais dit que l’on pouvait mourir dans une eau sacrée ?

(Ecrit en atelier, Florac, 2014)

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Ecrit de la mer, Sylvie Chaudoreille

Il neige

En flocons d’arêtes sèches
le silence blanc
s’agglutine ou frappe
selon les fenêtres.
Lui l’oiseau prend pitance

La terre ensevelie
imagine sous sa gangue
chaque pousse à renaître
chaque graine à bercer.
Une heure sans jardinier

Pudeur de l’abondance
Fî de l’été englouti, décliné,
toute disparition appelle le repli,
le repos du coeur des choses
que la patience redorera
quand le peu reviendra

Plus haut les couleurs qui lugent
en combinaisons de plumes
un tableau naïf
au son des canons

Le chat tout de noir
par l’autre ouverture
demande le paysage.
Tout s’efface
y compris le temps
reste le présent
glissé sous les draps

Et un livre ouvert
à la page bleue
une autre fenêtre
que des doigts déchiffrent
pour trouver le ciel.

© Sylvie Chaudoreille

Un temps pour écrire, écrire le temps [Textes]

Les textes ci-dessous ont été écrits lors du stage d’écriture qui réunissait quelques membres du groupe Terre de lecteurs, en octobre, à la maison de Noé.

Dans l’entrebâillement d’une porte

J’attends. L’avion a atterri. Depuis combien de temps ? 1/2h, je crois. Je regarde ma montre. Je ne sais pas. Par où doit-il arriver ? Suis-je à la bonne porte ? Quelle heure est-il ?
Un homme, deux hommes, un petit groupe de personnes avance dans le couloir. Je les vois plus distinctement quand ils passent à hauteur d’une fenêtre. Il n’est pas parmi eux. Quelle heure est-il ? Un homme, des femmes, puis un flot ininterrompu de personnes défilent derrière la fenêtre. Le reconnaîtrai-je ? La fenêtre est loin. Il y a beaucoup de monde. Tous les hommes se ressemblent. Non, le voici. Il est seul, pensif. Je ne le vois qu’un instant. Il est enfin là. Il est enfin revenu. Encore quelques minutes , je pourrai l’embrasser, le serrer dans mes bras, lui dire que je l’aime, qu’il m’a manqué, que je suis heureuse qu’il soit là, que j’ai eu peur, peur de ne plus le revoir, peur qu’il reste prisonnier dans ce pays lointain où je ne pouvais pas aller le chercher, le sauver de la drogue, de l’alcool et des faux-amis.
Mais il est là et je ne lui dis rien.

Aline

Sortie en mer

Notre grand-père campé dans sa barque à fond plat glissait de pieu en pieu sur la vase récoltant des grappes de moules les entassant à ses pieds.
J’avais dix ans, mon frère un de plus. Nous observions notre grand-père depuis la pinasse amarrée au bouchot. Il nous fallait attendre. Que faire ? La plage arrière de la pinasse est bien étroite pour y jouer à deux…
Le temps s’écoulait lentement… trop lentement.
Le bateau se mit à rouler d’un bord sur l’autre. La mer s’agitait avec la marée montante. La porte de la cabine habituellement fermée se mit à battre sous l’effet du roulis.
Il nous était tout à fait interdit de pénétrer dans cet antre où seul grand-père officiait. Une vague ouvrait la porte et la suivante la refermait nous laissant deviner mille trésors de marin. On apercevait à chaque entrebâillement un compas, des boutes, un drapeau et même une corne de brume. Plus tard notre grand père piqua une colère terrible dont nous nous rappelons encore. Nous avions fini par bloquer la porte ouverte et fait l’inventaire de la cabine, étalant tout sur la plage arrière. La curiosité l’avait emporté.

Daniel

Visage

La porte de la chambre s’entrebâille. L’enfant est aux devoirs. Attentif il apprend sa leçon. La lampe éclaire le livre. La pièce est dans une pénombre propice à l’étude. L’enfant n’entend pas la porte s’ouvrir. Seule la tête parait dans l’entrebâillement. L’enfant se tourne, ses yeux rencontrent le visage inconnu. La peur le fige sur place. La lumière blafarde du bureau projette sur cette face un éclairage en contre-plongée. Les traits marqués, hideux sont soulignés par un rictus qui découvre des dents jaunies.
Le père appuie sur l’interrupteur du plafonnier et dit : « On passe à table, tu as fini » ?

Josiane

Elle parle fort. Même de dos sa colère est palpable. Quelques mots grossiers nous parviennent. Le correspondant inconnu en prend pour son grade. Tourné le coin de la maison, la violence s’estompe.
Elle aura le dernier mot, comme toujours et pourra relater cette nième victoire avec force détail sur son habileté. Elle saura nous décrire le connard, le vieux con qui ne l’aura pas eue.
Elle sortira grandie de ce nouveau duel et je rêverai, encore, qu’un jour elle déménage et enfin revienne le calme au coin de la ruelle.

Kat

Bibliothèques du souvenir

Je sèche
Sèche-cheveux électrique, le cordon s’entortille.
Un savon de Marseille
Une bassine en émail.
Un savon de Marseille pour les mains, un pour la vaisselle. Elle ne supporte pas les produits d’entretien, ne tolère que le jus de citron qui détache, l’extrait de lavande qui désinfecte, l’essence de sapin qui parfume.
Des copeaux de savon de Marseille pour le linge. La lessive sent le propre, il faut sentir le propre, le pire serait de sentir comme l’Adrienne, le pipi, le feu de bois et l’écurie. Nous on change de culotte tous les jours et sur le fil à linge, vu le nombre de femmes à la maison on dirait une guirlande de culottes, des drapeaux de prière, des culottes qui sentent bon le savon de Marseille. Pendant que mes copines s’échangent en douce les premiers déodorants, je me récure au savon de Marseille.
Au-dessus de l’étagère, hors de portée des enfants, des boîtes en fer blanc. Une boîte ronde contient du charbon, une cuillère pour la digestion. On rigole en découvrant nos dents noires on crache dans la bassine en émail.
J’adore les petits granulés de l’autre boîte ils sont un peu sucrés, je ne suis pas malade, c’est pour les vers. Enfin, disons, pour les combattre, les tuer, leur tordre le cou. Chez nous, est venu un jour un pauvre garçon qui avait les vers, il pleurait à longueur de temps et mangeait la terre. Il est resté trois mois. Quand il est parti, j’étais bien débarrassée.
Le miel c’était un peu comme le savon, indispensable à la vie, indispensable à la cuisine, à la santé, à la croissance des enfants. Le miel dans le lait, sur les crêpes et le fromage blanc et même sur les genoux quand on avait trop fait les fous et qu’on s’était blessés. « Le miel ça cicatrise »
De toute façon pour le miel on a les abeilles et les abeilles c’est autre chose que les vers.

Babeth

Passé présent

Petit Marseillais, Rouge midi, Humanité clandestine, Jeunes patriotes.
Tracts, coupures de presse, communiqués, appels, plaquettes, manuscrits, lettres, tapuscrits, photos, portraits, photos de presse, films historiques, documentaires, brochures…
Inventorier les vieux documents, les classer, les relire, les montrer aux plus jeunes, les prêter.
Constituer des recueils de pages volantes, de coupures de presse avec l’idée que « ça au moins c’est fait », qu’on peut clore cette histoire, fermer ce pan, passer à autre chose.
Mais non.
Grand-père, oncle, tante, fuite, traque, réseau, prison, torture, résistance.
Grand-mère, courage, souffrance, isolement, retirement, admiration, devoir.
Urgence : les écouter tant qu’il est encore temps. Avant que leur histoire ne devienne fragments immatériels.
Témoignage, devoir de mémoire, vérité, gloire, patriotisme, héro, martyr, idéal, fidélité, liberté.
Tu dis ressassement ? Pire devoir imposé.
Tu crois être libre, tu ne l’es pas.
Estampillé, marqué à jamais. Faut faire honneur. Bien se tenir. Ne pas déraper. Tu es la fille de… la nièce de… la petite fille de…
Votre nom ? Ah ! Comme la rue…
Tu dis répétition ? Pire commémoration.
Musique, discours, drapeaux, vieux médaillés, gerbes… quatre générations présentes… un clan, une tribu.
Bruler les papiers, les journaux, les lettres ?
Supprimer les traces matérielles, nier l’accumulation des preuves, soulager la charge.
Ecrire librement le passé, enfin !

Josiane

Lui : Trousse de cuir fauve des ciseaux à bois minutieusement affûtés
Elle : Ecrin des couverts en argent qu’on exhibait pour les fêtes majeures du calendrier, les grandes occasions
Lui : Valisette vert sombre aux multiples cases gainées assurant l’intégrité du tranchant des gouges
Elle : Bloc compact des couteaux spécialisés ou polyvalents
Lui : Panoplie de compas, réglettes, rapporteurs, équerres, manufacturés ou bricolés par l’homme de l’art
Elle : Dés, coupe fil, mètres-rubans, craies de tailleur avec lesquels « on ne joue pas »
Lui : Innombrables gabarits complexes devant lesquels s’extasiaient ou bâillaient les apprentis
Elle : Moules et cocottes en grès, argile, verre, métal, bois, pour donner forme et cuire les recettes du cahier bleu, calligraphiées ou découpées dans la gazette ou le magazine qu’apportait le facteur
Lui : Tablier d’épaisse toile bleu marine, blouse grise aux grandes poches remplies de crayons, de gommes, de baguettes de toile émeri, salopette dite bleu-de-chauffe
Elle : Tablier de coton à carreaux pour la vaisselle et la cuisine, en dentelle et à volant pour servir les invités
Lui : Boîte de pâte Arma à l’étrange odeur et à l’aspect de crème caramel, gros savon de Marseille, ponces et petites brosses
Elle : Eau de Cologne, savonnettes Donge ou Bébé Cadum qui sentaient le propre, paquet de lessive Azur ou Bonus
Lui : Poste de radio, perché sur une étagère de l’atelier, fidèle compagnon des rendez-vous quotidiens avec les éditorialistes, les chroniqueurs, les humoristes et autres critiques de l’actualité politique et culturelle
Elle : Tourne-disque assurant un confort sonore distrayant lors des fastidieuses séances de repassage et de raccommodage, passeur de mémoire
Lui, Elle, Elle, Lui : Insondable duo au mystérieux dialogue inscrit dans l’espace-temps de l’enfance

Maryvonne

La réalité d’un instant (écrire à partir d’une photo)

– Non arrête ! Ne la jette pas dans les flammes, je vais la ranger avec les papiers de la maison.
– Mais tu plaisantes ou quoi ? Ces gens on ne les connaît même pas, c’est notre maison, depuis le rendez-vous chez le notaire. Les souvenirs, les sourires, les pleurs, les grimaces des autres je m’en contrefiche.
– Désolé, mais je ne peux ni la déchirer, ni la brûler cette photo. C’est idiot mais ce serait un peu comme profaner une tombe. Regarde les tous les trois, ils m’attendrissent. La grande au garde à vous, elle a sept ou huit ans, elle est déjà consciente d’être l’aînée, elle est fière de poser devant l’objectif elle est sérieuse, admirative. C’est sans doute son père qui tient l’appareil. La seconde, tu vois, c’est autre chose, on devine la place délicate qu’elle occupe. C’est difficile d’être au milieu, tantôt tiraillé entre l’un et l’autre, toujours à devoir prouver quelque chose à se hisser sur la pointe des pieds, à rivaliser avec l’un à régresser pour rejoindre l’autre. Regarde, elle a du mal à trouver la bonne posture, elle penche la tête à gauche, voudrait bien avoir la taille de sa sœur, mériter l’exclusivité du regard. Sa robe est un peu trop courte, sa sœur l’a portée avant elle, tout en voulant être plus grande, elle s’accroche à son frère, le petit, le poupon, bien planté dans ses souliers, déjà haut et costaud. Lui il est confiant, un gamin bien portant, bien nourri, les joues remplies, les cuisses replètes, le cheveu lisse. Tu vois ces trois-là, je ne peux pas me résigner à les voir se consumer. Ils ne me sont rien mais je vais tout de même les ranger dans la boîte, entre l’acte de vente et la photo de l’agence. Ils se tiendront la main encore longtemps, ils regarderont dans notre direction. Trois regards qui nous fixent, six gambettes qui ne fléchissent pas, trois bouches muettes qui pourtant nous diront : nous étions heureux ce jour-là, le repas était terminé, nous avions joué avec les cousins, devant le muret papa nous a dit : ne bougez plus. Et le petit oiseau est sorti.

Babeth

Nous n’irons plus au bois, le guignol est fermé.
Ne voguent sur le bassin que nos ombres penchées.
Résonnent à mes oreilles le son du limonaire qui donnait mal au cœur à force de tourner.

Kat

Autobiographies

Longtemps, je me suis demandé ce qui m’avait amené là et qui m’y ramènerait tout au long de ma vie.
Multiples motivations naissant tout à tour dans l’évènement, la rencontre.
Des nuits entières à débattre du monde et de sa marche. Tu m’as appris à l’aborder dans une vision globale. On dit aussi holistique. Monde physique, monde métaphysique. Energie et pensée.
Changer la société ? Evidemment mais grâce à l’Homme, grandi, libéré.
Et je suis là au volant d’une Peugeot bâchée un jeune me guidant vers le dispensaire. Une très jeune fille enceinte en travail depuis trois jours étendue sur le plateau arrière entourée des autres femmes de son mari.
Plaisir d’aider, plaisir de conduire, fierté de faire ça.
Peur de l’accident, peur de la mort du bébé, de cette fille trop jeune pour être mère.
Ne pas revivre cette évacuation où l’enfant est mort sur les genoux du père digne et sans larmes à côté de moi. Puis les cris et les pleurs des femmes.
Les phares font apparaître des trous plus profonds qu’ils ne sont. J’y avance avec mille prudences mais aussi mille impatiences. Arriver ! Qu’elle n’accouche pas en route !
Cette fille encore enfant, mariée loin de sa famille, violence de cette société machiste, femme soumise, femme souriante.

Que de débat en ce fameux Mai partageant l’espoir des féministes.
Les chaos, les chocs sur la piste font souffrir atrocement. J’entends les plaintes et l’angoisse me prend.
Comment aurais-je pu imaginer cette situation, moi le brave boy scout faisant sa B.A de l’autre côté du Sahara ?
Combien de fois ai-je rêvé de rejoindre ses deux rives par la route, je l’ai pourtant franchis des dizaines de fois depuis ce premier séjour mais toujours en vol.
Rêve récurrent : pouvoir voler. Mais pas dans un avion. Non ! Libre. Ne plus ressentir la pesanteur qui nous colle au sol, qui nous amarre au sol.
Et je me suis ancré puisque j’ai pris une ferme.
Longtemps, je me suis demandé…
Misère souriante ou plutôt pauvreté souriante presque heureuse. On dirait « sobriété heureuse » maintenant. N’est-ce pas Pierre ?
Etait-ce de la sobriété ce manque de tout vu par nos yeux ? Pourtant les fêtes, les palabres, joie et dignité et ces funérailles qui fêtent l’ancien. La vie, la mort, tellement acceptées, pas la fatalité, non : l’acceptation.
Longtemps, je me suis demandé…
Moments heureux où l’on ne se demande plus. Où l’on est là parce que l’on doit, parce qu’il le faut, où l’on s’oublie, pas dans la mort, non, mais dans l’être.
Longtemps, je me suis demandé…

Daniel

« Un idiot à vélo » ou « Un idiot à vélo… », je ne sais pas. C’est le commentaire que j’avais écrit dans mon album photos, sous une photo de mon frère, de mon frère « à vélo ». Mais « à vélo » ne posait pas problème.
Maman n’avait pas aimé le commentaire. Elle me l’avait dit. Je crois qu’elle ne m’avait jamais fait de remarques sur ce que j’écrivais dans cet album, je crois qu’elle ne m’en a plus jamais fait.

Une photo de vacances, un après-midi dans un parc où enfants et adultes pouvaient essayer toutes sortes de vélo : des tricycles, des monocycles – plus sportifs –, des tandems… Mon frère avait choisi un vélo-dromadaire : à chaque tour de pédales, la selle montait et descendait ; il avançait par vague.
Je ne sais pas quelle monture j’avais choisie. Mes parents avaient-ils eux aussi testé ces drôles d’engins ? Je ne me rappelle pas non plus. Mais je me souviens du vélo de mon frère, peut-être – non, sûrement – à cause de la photo. Les roues étaient petites, petites par rapport à la taille de mon frère.

« Un idiot à vélo » ou « Un idiot à vélo… » : oui, il me semble que les points de suspension faisaient partie du commentaire. Mais ce n’est pas sur les points de suspension que portait la remarque de maman.

A cette époque… Au fait, en quelle année était-ce ? J’aurais pu le noter. Mon frère semble avoir une douzaine d’années. Il a tout du préadolescent : des jambes, des bras trop longs pour son visage poupin. Même en photo, il a l’air maladroit !
Maladresse et idiotie, faut pas confondre.
Etre et avoir l’air d’être, faut pas confondre non plus.

Maman voulait-elle attirer mon attention sur le pouvoir des mots ? « Au commencement était le verbe… » On connaît la suite… Nommer, c’est créer. Aurais-je rendu mon frère idiot avec ce terrible commentaire : « Un idiot à vélo… » ? Je ne me connaissais pas ce pouvoir-là. En ce temps-là, je ne connaissais rien du pouvoir des mots.
Je ne me souviens pas des mots de maman, je ne me souviens que de leur gravité.

Mon frère a toujours fait des choses qui m’ont paru idiotes et je ne me suis pas gênée pour le lui dire. Mais je ne l’ai jamais traité d’idiot. Je ne l’ai écrit qu’une fois : « Un idiot à vélo… » Je ne l’ai jamais pensé.

« Un idiot à vélo… » Ce commentaire m’amusait. Il ne faisait rire que moi. Il me tourmente aujourd’hui.
Idiot, mon frère ? Lui qui est capable de déduire de connaissances théoriques, des applications pratiques, lui qui lit Lacan, Zizek et tant d’autres penseurs éminents qui me laissent de marbre.
S’il est idiot, que suis-je ? Débile profond ?

Les mots dépassent souvent la pensée. Difficiles à rattraper quand ils sont dits. Sur mon album photos, j’ai passé des heures à effacer « Un idiot » et les points de suspension. Ne reste plus que « à vélo ». Certes commentaire et photo sont redondants mais c’est un moindre mal.
Le commentaire était écrit avec de la peinture blanche. J’ai d’abord essayé d’enlever les mots fâcheux – pour le moins, fâcheux – avec de l’eau mais cela n’a pas suffi. Je vois encore les traces de la lame de rasoir qui a fini par les extirper complètement.

Aujourd’hui mes albums photos sont numériques et en quelques clics, je change les commentaires. Je perds la trace de mes erreurs. Comment pourrai-je vraiment les corriger ?

Il y a plus de cinquante ans que j’ai effacé « Un idiot » et les points de suspension. Je les vois comme au premier jour. Je suis la seule à lire les différentes couches du palimpseste.
Etranges traces du passé !

Et les points de suspension, que voulais-je dire alors ? Les points de suspension ne mettent pas en doute « Un idiot » ; ils ouvrent la voie à des qualificatifs plus dépréciatifs encore. Ils laissent supposer le pire.

J’adore mon frère. Nous nous sommes si souvent engueulés que nous n’avons plus de vrais conflits en réserve. Nous savons maintenant que sur l’essentiel, nous chantons à l’unisson. Confrontés ensemble ou séparément, à la mort d’êtres chers, à la séparation subie, nous avons fait face ensemble, nous nous sommes soutenus l’un l’autre, dans l’économie des mots.

« Un idiot à vélo… » Aujourd’hui, j’évite « les bons mots », sur le dos des autres. Je ne m’autorise que l’autodérision, et encore à dose homéopathique.
« Un idiot à vélo… » Il m’a fallu du temps pour comprendre que je n’avais pas à juger les autres. Même les juges n’y sont pas autorisés. Juger les actes, les actes seulement. Même s’il est difficile d’en rester là. Le glissement est si spontané, si « naturel ».
J’espère être sur le chemin qui permet de passer du monde en noir et blanc de l’enfance (le bien / le mal, les gentils / les méchants, le beau / le laid…) à l’arc en ciel qui représenterait la complexité de l’âme humaine !

« Un idiot à vélo… » : Quelle idiote j’étais !

Aline

Après le Festival Nature et les balades écriture…

Suite des textes des participants aux ateliers de l’été… Ceux de Marie-Pierre Bourret, que je remercie ici, écrits au cours de la balade intitulée « Les tisserands de la mémoire » où il était question de murs, de savoir-faire, de fuite…

Les stylos grattent. Je sèche. La touffeur. La touffeur dans ces lieux où vous vous penchez au-dessus du papier. Tu te mords les lèvres, l’encre gicle sur ta feuille, forme la ribambelle de ton écriture. Je sèche. Tu enroules autour de ton doigt une mèche de tes cheveux, en même temps que ton regard vogue au loin, tu souris et ta main s’élance et balance son ruban bleu. Je sèche. Je regarde cette eau sombre emplir peu à peu ta page, ressac sans recul, la vague avance, à petits pas serrés. Je sèche. Cette eau vive qui coule de ta main, soudain bruit. D’où vient-elle? Je l’entends tout près. J’ai moins chaud. J’ai posé mon stylo, repoussé ma feuille, étendu mes jambes, soupiré, fermé les yeux. J’écoute le froufrou de ta mine humide sur le papier. J’ai moins soif. Tu écris sans relâche. J’entrouvre les yeux sur le papier bleui où la marée est haute. Un vent léger caresse mon visage…

Son pantalon était tenu par un bout de ficelle noué à la ceinture, à l’oreille, un crayon de menuisier, un peu aplati. Sur l’épaule un long rouleau de balatum, qu’il retenait d’une main. De son pas allant, mon grand-père quittait la maison en disant : « Je vais au Verbe Incarné ». Ce nom sonnait, pour la petite fille que j’étais, comme celui d’une place-forte : le « Verbun carné », c’était du sérieux. Quelquefois, je l’accompagnais. Dans une grande salle vide (les salles étaient toujours spacieuses, mon grand-père travaillait dans les couvents), il laissait choir le grand rouleau dans un bruit sourd. De son pied, il déroulait la surface de plastique qui aussitôt exhalait son arôme : l’odeur du neuf embaumait alors l’espace. Mon grand-père, toujours en tenue de jardinier dans sa maison poussiéreuse et sombre, maître en son jardin sauvage où les iris côtoyaient quelques meubles délabrés, quelques animaux mal nourris, savait, d’un geste lent du pied, faire apparaître un univers coloré et odorant : sol blanc immaculé, marbre veiné, parquet en chevron, ciel, brume. Sur tous ces sols je pouvais glisser mes pieds nus quelques minutes, tandis qu’il ajustait les angles et les coins avec une énorme paire de ciseaux argentés dont le lourd cliquetis me laissait percevoir le poids.
De temps à autre, il dégageait le long crayon de son oreille, dépliait son mètre aux axes bien huilés, traçait quelques signes ou traits, coupait encore, repliait d’un bruit sec et précis chaque segment du mètre jaune et zigzaguant. Puis, des nones silencieuses apparaissaient sur le seuil de la porte, n’osant en franchir l’entrée, échangeant quelques mots gracieux avec mon grand-père qui souriait d’avance du bon mot qu’il s’apprêtait à faire tinter au moment de l’au revoir. Cela se terminait toujours de cette manière légère, enjouée, joyeuse.

Il y aura le tilleul. Tu entreras chez moi à ses premières effluves, à l’heure des fleurs. Une paire de bottes en caoutchouc fraîchement ôtées. De la boue humide à leur talon. Tu ne pousseras pas la lourde porte, elle est déjà ouverte. Une seule pièce. Du bois, du tissu, de la pierre. Au sol de la laine là, au pied du lit. Ce sera l’heure qu’on dit du thé. Tu auras faim. Tu entendras l’eau bouillir et la tarte sur la table, déjà entamée, quelques fruits cuits épars sur le plat, te diront que j’ai eu faim aussi. C’est l’heure où le jour décline, où tout prend cette teinte mordorée. Tu aimeras cet instant d’autant plus joyeusement qu’il se déplace avec toi, qu’il se terminera rondement. Roulera jusqu’au jour suivant. Tu auras cette confiance.

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Après le Festival Nature et les balades écriture…

Je commence à recevoir les textes des participants à mes ateliers, stages et balades. Voici déjà ceux de Bertrand Bahuet.

Sur le thème des murs, avec pour support les réflexions d’un architecte des bâtiments de France, Michel Verrot dans Pierre sur Pierre, publié par le Parc national des Cévennes ; un ouvrage de Claude Quetel Murs. Une autre histoire des hommes ; Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs, de Marshall Rosenberg, La vie à deux, de Dorothy Parker, Le mur invisible, de Marlen Haushofer.

Ce matin, en descendant le chemin qui nous menait à la voiture, trois hommes creusaient les fondations d’un mur de soutènement dudit chemin, effondré.
Ils répondirent à notre salut, et parlaient entre eux semble-t-il, une langue étrange.
C’était quasiment dans le jardin de la maison du curé, fermée en contrebas. Le curé ne vient plus, je ne le connais pas, et ne le connaîtrai probablement jamais. Il appartient aux mots des gens du hameau, à leur souvenir, ils en parlent et je le vois, et l’imagine. Il a disparu, il est mort et vit peut-être au-delà des collines, dans une ville où déambulent des gens automatiques, le regard fixe, le souffle inexistant.
Mais cette image me fait froid dans le dos, je préfère l’imaginer cueillant des framboises, figé dans son geste, photo vieillissante dans un album emprunté. Le mur s’est effondré et les pierres ont été recueillies une à une, pour être entreposées dans un lieu où elles n’encombrent pas. Avant de redevenir des fondations. Des pierres domestiques, obéissantes et utiles, réassemblées par une logique humaine, détournées de leur chemin naturel. Tout comme le curé à l’image vieillissante, détourné de son absence, dérouté de sa vraie vie par mon imagination avide.

Tu es pierre et sur toi tout s’effondre, la route, le chemin, le curé, les framboises, et je bâtirai sur toi la ruine, l’absence, l’étranger, l’oubli qui peu à peu envahit ton âme et la pensée d’une pierre, minérale, figée fixe et vivante, de cette vie muette qui étreint tes molécules vides, vibrantes, inexistantes, présentes par certitude puisque le hasard est étrange, étranger invité par l’implacable réalité, dure comme la pierre pleine de vie, source minérale aux racines imaginées par de grands singes réfléchissants.

Tisser la mémoire, à partir de Lamentations des ténèbres, de Jean-Paul Goux

Que fallait-il faire dans cette église en ruine pour que tout le monde soit content ? Redresser les autels qui semblaient un effondrement de sable au milieu d’une grotte couverte de mousses vertes et noires, sonder les murs qui sonnaient creux, vidés de leur matière forte délavés par les pluies torrentielles d’un siècle de vent, de soleil, de moiteur et d’oubli, la trace humaine effacée, évanouie, le sens premier qui avait motivé des hommes au point de vouloir ouvrir une porte sur un paradis, réduit à néant. Le paradis des pauvres comme l’apparence du marbre, les formes courbées pour épouser le regard du petit être qui par misère était courbé devant tous, devant tout, et ici, enfin honoré par un pastiche de rêve.
Mensonge, mépris, duperie des puissants qui captent et manipulent la foule des égarés, des écrasés.
Alors sous les ors et les pigments, la chaux aérienne et le sable de Loire, importé à grand prix loin de son lit, les fentes se réduisaient, les poches se remplissaient de poudre volcanique pour faire prise sans oxygène. Les modénatures* réinventées se recouvraient de faux marbres et la question était, pour qui, pour quoi faire, enrichir des vanités, conforter des clans politiques, gagner de l’argent ?
Dans ce lieu magnifique, en cet instant enrichi de convoitises, de motivations serviles, le sens premier vomi, le paradis des pauvres anéanti, j’ai nettoyé mes outils, donné mon échelle au maçon, et je suis parti abandonnant tout, la gloire, l’argent et les honneurs pour rejoindre le paradis des pauvres, et l’oubli.

*Profil des moulures.

Et enfin, sur une dernière proposition d’écriture, à propos de la fuite, de la tangente, de l’échappée belle (en correspondance avec un « héros » local, Alfred Roux, insoumis, qui refusa de partir à la guerre de 14 et se cacha dans nos vallées jusqu’en 1917. Avec pour référence Du paysage et des temps, de Pierre Laurence (publication du PnC) ; Roux le bandit, de André Chamson ; L’emploi du temps (film), de Laurent Cantet ; L’adversaire, de Emmanuel Carrère, Si par une nuit d’hiver, de Italo Calvino ; Un homme qui dort, de Perec et La modification, de Butor.

Qui respire ? J’entends le souffle de l’air qui chuinte à côté de moi, tu dors ? respireur solitaire ? non il n’y a rien, personne, qui fait ce bruit de vie, à côté de moi ?
Il marche, j’entends ses pas qui claquent sur le chemin de terre, et de pierraille. Mais je ne le vois pas, son ombre peut-être ? c’est la mienne, je bouge un bras, elle bouge aussi.
Qui es-tu voisin qui fais comme moi, et ne me déranges pas ? Je n’ai pas peur, je pourrais t’en vouloir, c’est agaçant, intime, c’est ma vie et c’est toi qui marche, qui me marche et respire, me respire et je t’entends. Demain dans mes rêves, tu seras dans mes rêves celui qui m’entend et m’écoute, et me dis : à tout à l’heure, je t’attends, il faudrait démonter la machine, n’oublie pas les clous et la dentelle, le temps presse. Mais non, je dors, pourquoi encore me dire des choses bêtes moi qui ai si besoin de systèmes pratiques ouvre-moi ton rêve et reviens, je dois trouver une quête et aller quelque part, mais tu erres et ne me proposes que des choses folles qui rendent heureux et léger, et je veux du lourd, du pesant, du présent comestible et indigeste, car je dois souffrir pour me détacher de toi, et penser pour t’oublier et fuir pour t’égarer, mais rien, voilà ta réponse, tu respires et puis rien, léger et incoupable, incapable d’avoir mal et de me fuir du bonheur.
Car je pense que les autres sont une part insaisissable de moi, et m’apportent une réponse que je n’entends pas.

——————————————————————————————————————-
Voilà. Je redis ici combien je suis riche de toutes ces rencontres en atelier, de l’écriture des autres, de la découverte de leur univers. N’hésitez pas à « aimer »(bouton J’aime) ces textes, ou d’autres, j’envisage de publier dans un recueil ceux qui dans ce blog auront été plébiscités (+ ceux que j’aime de toutes façons !). Merci. Marlen

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Ecrivain public, écrivains d’un jour à Florac

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FNVM4C’était jour de fête hier dimanche à Florac (48) autour des métiers d’hier et d’aujourd’hui. Les artisans se pressaient dans la cour du château* et à l’intérieur pour une belle exposition sur l’histoire des bergers et de la transhumance. C’est là que je tenais boutique, celle d’un écrivain public, et l’affluence a été telle que j’ai passé la journée à transcrire, entre deux discussions, les 21 lettres écrites par les écrivains d’un jour ! Les voici dans l’ordre de leur écriture. Merci encore à tous (et à Brigitte Mathieu en particulier, grande prêtresse de la fête).

On tirait au sort dans une cruche un papier plié avec la proposition de lettre à écrire.

1- La lettre que vous aimeriez recevoir aujourd’hui, ici et maintenant.

Chère Madame,

Je vous écris personnellement pour vous informer que nos bureaux ont commis une erreur très grave. En effet, vous avez dû recevoir il y a un an environ une correspondance vous informant que malheureusement, vous ne pourriez pas toucher votre retraite avant l’âge de 64 ans et trois mois. J’ai le grand plaisir de vous informer que ce courrier est une erreur et que vous pourrez prendre votre retraite en juillet 2014.
Nous vous demandons d’excuser cette erreur grave qui a sans aucun doute dû vous procurer un énorme stress.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes sentiments respectueux.

Monsieur Con, le ministre de l’Education britannique
Claudine

2- Lettre à l’inconnu ( e ) que vous avez croisé ( e ) dans un café, à la rivière, au resto du coin, dans la cohue de Florac un jour de fête et dont vous ne savez pas si il ou elle vous a remarqué ( e )…

Toi l’inconnu d’un soir,
J’étais assise à ce café et j’attendais un ami. Il était en retard. J’observais les gens autour de moi et c’est là que je t’ai vu. Toi, seul, les cheveux ébourrifés par le vent, un verre de vin rouge à la main et une cigarette posée devant toi qui se consumait seule. Tu semblais perdu dans tes pensées.
Mon regard a croisé le tien mais tu ne sembles pas m’avoir remarquée. Moi je ne voyais plus que toi. Oublié cet ami que j’attendais , oublié le temps, il n’y avait plus de café, plus de village. Florac s’est tout à coup effacé sous l’effet de ton regard.
Mes yeux se sont ensuite posés sur tes lèvres et je me sui plu à m’imaginer les embrasser.
Tout à coup, une jeune femme est arrivée, magnifique, avec de longs cheveux longs et bruns qui lui tombaient jusqu’en bas du dos. Elle t’a parlé, tu t’es levé et vous êtes partis ensemble.
Qui était-elle ? Ton amie ? Ta sœur ? Une connaissance ? Je t’ai regardé partir jusqu’à ne voir que ton ombre. J’ai cru te voir te retourner. Ai-je rêvé ?
J’aimerais tant te revoir. Je t’ai cherché dans les rues de Florac, espérant te recroiser. Tu as disparu… Reviendras-tu ?
L’inconnue au chapeau bleu
(Aurore)

3 – La lettre au Père Noël d’un enfant des années 40 et la lettre d’un enfant d’aujourd’hui…

Cher Père Noël,

Ce que je souhaite ne s’achète pas je voudrais que la guerre s’arrête et que la paix revienne sur terre le seul truc que je veux c’est de retrouver mon père qui est parti pour la guerre.
Timmy, 1940, France

Cher Père Noël,
Je voudrais :
IPAD 4
iPhone 5
iPod Touch 4e génération
Un ordinateur
Un camion de pompier
Et je voudrais être président.
2013, France
Yanis Belkacemi, 11 ans

4 – La lettre d’une mère à sa fille pour lui expliquer les tourments de la vie.

Ma fille bien-aimée,
Par cette belle journée d’été, j’ai une délicate mission à accomplir et je te prie de croire que je ne le fais pas de gaieté de cœur. J’ai pour tâche de t’expliquer les tourments de la vie.
Que te dire ?
Que les amis te quittent et te trahissent quand tu t’y attends le moins ?
Ce n’est pas vrai.
Que les amours ne durent pas, que les hommes nous trahissent, nous les femmes, nous abandonnent et nous laissent sur le bord du chemin ?
Ce n’est pas vrai.
Que la violence et la haine règnent partout et durcissent le cœur des hommes ?
Ce n’est pas vrai.
Que l’accouchement déchire ton corps et parfois ton cœur ?
Ce n’est pas vrai.
Que « petits enfants, petits soucis, grands enfants, grands soucis ? »
Ce n’est pas vrai.
Que les distances séparent ceux qui s’aiment ?
Ce n’est pas vrai.
Que le froid de l’hiver durcit le cœur, que le soleil brûlant de l’été assèche la terre ?
Ce n’est pas vrai.
Que la mort est un grand chemin de lumière ?
Ce n’est pas vrai.
Voilà. Ma chère fille, j’espère que je me suis acquittée, humblement de ma mission.
Bien à toi,
Maman (Liliane)

5 – Lettre à l’inconnu ( e ) que vous avez croisé ( e ) dans un café, à la rivière, au resto du coin, dans la cohue de Florac un jour de fête et dont vous ne savez pas si il ou elle vous a remarqué ( e )…

Jour de fête à Florac, je déambule dans les rues, me laissant aller au gé de la musique, des stands où se mêle l’odeur du fromage de chèvre, des saucissons de montagne, des viennoiseries.
Je me laisse tenter à picorer dans les assiettes, et là ma main frôle la tienne. Des doigts longs, le contact est doux. Je lève les yeux et t’aperçois.
Beau brun, yeux verts gris, la barbe d’un jour te donne un charme fou. Nos regards se croisent, une esquisse de sourire et tu t’évapores dans la foule.
Je vais te perdre, te recroiser et là mon cœur va battre la chamade, et je n’aurais de cesse de te chercher dans la foule qui se fait plus nombreuse, écrasante, faut jouer des coudes pour avancer. Je t’aperçois, je te perds, suis du regard et continue à jouer des coudes pour te rejoindre, mais quand je crois enfin te rejoindre tu as à nouveau disparu.
Je voulais juste te dire combien je t’ai trouvé beau, tu as été mon soleil de ce matin, tu as accroché une étoile dans mes yeux.
Je garderai un merveilleux souvenir de cette journée d’été.
Cependant, si par hasard, le regard furtif que tu as posé sur moi te poursuivait dans le souvenir, je te donne rendez-vous tous les dimanches matin au café « Le rendez-vous des curieux », au centre du village.
Je t’attendrai.
Esther

6 – Lettre aux organisateurs de Florilège (proposition libre !)

Mesdames et Messieurs,

C’était une très bonne idée d’organiser cette journée qui permet de découvrir des métiers oubliés. Tous les exposants sont très aimables et vraiment désireux de parler de leurs métiers. Et puis on peut découvrir la salle d’exposition et s’informer sur cette belle région.
Une belle fin d’été à toute l’équipe du Parc des Cévennes et aux bénévoles des diverses associations.
Marie-Françoise du Loir-et-Cher

7 – Imaginez un personnage derrière les barreaux… Voir Paroles de détenus… Qu’écrirait-il, à qui ?

Prison de Florac le 11 août 2013
Chère mère,
Je suis désolée pour tout.
Je ne sais pas ce qui ma pris. Je regrette, pardon.
Au revoir.
A bientôt, j’espère.
Sohane, 9 ans.

8 – Lettre qu’un personnage laisse comme un testament caché dans une enveloppe quelque part chez lui…

Chère famille,
Je lègue à mon fils Ronan mon épée, mon château de campagne et mon étalon le plus rapide. A ma femme, le château de Versailles et la moitié de mon or. Et à mon fils Henri je lègue ma couronne et l’autre moitié de mon or.
Louis XIV (Gwenaël, 12 ans ½)

9 – Lettre d’amour d’un jeune troubadour à sa dame.

Le 11 août 2013
Mon amour,
Je vous trouve très jolie. Vous avez une bien belle voix. Je voudrais vous demander en mariage ma très chère. Je vous aime. Et à chaque fois que je fais spectacle, je le fais pour vous ma très chère.

Hugo Troubadour (Orléane, 10 ans)

10 – Lettre qu’un personnage laisse comme un testament caché dans une enveloppe quelque part chez lui

Le 3 mai 1889
Bonjour,
Je ne te connais pas mais j’aimerais te confier un secret qui a comme but ou plutôt comme cause que j’ai caché un trésor au fin fond de ma cave, mais j’ai un trou de mémoire et je ne sais plus où il est caché dans ma cave, j’ai déjà cherché au moins sur 50 m2 mais ma cave mesure au moins le double… J’aimerais que tu viennes m’aider mais je ne veux que personne d’autre ne le sache.
Inconnue (viens demain à 4 h00 à la rue du Soleil…)
Emeline (11 ans ½)

11 – La lettre au Père Noël d’un enfant des années 40 et la lettre d’un enfant d’aujourd’hui…

1er décembre 1940
Bonjour Père Noël
J’aimerais une toupie en bois et une orange.
Naomie
1er décembre 2013

Bonjour Père Noël
J’aimerais une barbie.
Naomie, 8 ans

12 – Lettre d’insultes à votre banquier qui vient de vous refuser un prêt.

Florac, le 11/08/2013
Monsieur, le soi-disant banquier,
Suite à votre refus concernant mon prêt, je tiens à vous faire part de mon agacement ! Je suis supris de votre incapacité à compter !
A quoi vous servent ces années d’étude, si vous n’êtes toujours pas capable de tenir compte de mes rentrées d’argent.
Si vous persistez dans votre refus je viendrai personnellement vous rosser !
Avec l’expression de mes sentiments les plus haineux !
Je ne vous salue pas !
Simon, 13 ans.

13 – La lettre à sa mère d’un jeune homme qui vient de partir pour un tour du monde comme mousse sur un bateau…

Le Triangle des Bermudes
31 décembre 3500
Chère Maman,
Tout va bien sur le bateau, à part quelques matelots qui se sont noyés car un kraken nous a attrapés. Ne t’inquiète pas, tout va bien, il me manque juste la jambe droite !
Bisous, bye
Cédric, 12 ans

14 – De quelle proposition s’agit-il ? Mystère…

Dimanche 11 août 2013
Chère Orane,
Je sais que tu le désires depuis si longtemps, alors je vais t’en faire la proposition : mon collègue de travail aurait aimé s’occuper d’une stagiaire pendant quelques temps afin de léguer mon savoir ! Il m’a donc demandé si je connaissais quelques personnes qui pourraient être interessées par le métier d’éthologiste qui, ici, concernerait les loups.
J’ai tout de suite pensé à toi, et me voici donc en train de t’écrire ! Tu pourras loger chez moi, nous serions ravis de t’accueillir ! Mon collègue en question m’a prévenu que vous feriez un voyage dans les Pyrénées afin d’en apercevoir ! Je pense que tu accepteras cette chance avec enthousiasme !
Tonton Frantz

15 – Imaginez un personnage derrière les barreaux… Voir Paroles de détenus… Qu’écrirait-il, à qui ?

Dimanche 11 août 2013
Papa,
Je ne saurais si je dois t’envoyer des baisers joyeux comme je le faisais depuis la montagne ou si je devrais plutôt t’envoyer de tristes baisers comme le font toutes les filles d’ici… Je ne suis plus fatiguée et les entraînements quotidiens m’ont redonné de la force afin d’affronter la rage d’autres détenus. Je partage ma cellule avec Lili, elle est ici depuis septembre… elle ne parle presque pas, tant mieux, je préfère réfléchir aussi… L’ambiance ici est très tendue… nous partageons chacune notre haine parfois réaliste parfois irréelle… certaines camarades, emplies par tant de désolation deviennent folles, ou presque… Chaque jour, j’assiste à de farouches bagarres qui finissent parfois très mal. Mais notre haine qui ne fait que grandir remplace lentement la chaleur que l’on avait réussi à garder en nos cœurs… alors chaque soir on entend les cris lamentables de chaque femme qui emplissent les dortoirs d’échos larmoyants et une soudaine envie me prend de me mêler à ce choeur féminin. C’et en prison que je me suis senti le plus animale, on ne fait plus attention à ma tenue… à mon visage… en prison, nous sommes tous pareils, seule la différence de notre passé et de nos actes nous séparent… J’espère que tu me répondras vite, je t’aime !
Ta fille, Orane (14 ans)

16 – La jeune femme qui m’a laissé cette lettre dans une enveloppe est partie très vite en me disant tout sourire « Lisez-la quand vous serez seule, vous allez beaucoup rire ! ». Elle avait un petit accent… Evidemment, je n’ai rien compris à la lettre, rédigée en russe si j’en crois son auteur…

Une lettre à sa mère, en russe !

17 –Lettre qu’un personnage laisse comme un testament caché dans une enveloppe quelque part chez lui

Si vous trouvez cette lettre c’est que je ne suis plus là pour garder la cachette…
Si vous avez découvert la cachette c’est que vous cherchiez quelque chose.
Que désirez-vous trouver ?
Un trésor sans doute… Sera-t-il à la hauteur de vos espérances ?
Quel est votre désir le plus cher ?
Puissiez-vous trouver la réponse au plus profond de vous-même avec comme guide l’amour de vos proches.
Voilà, tel est le trésor que je vous laisse : la recherche de soi, guidée par l’Amour… A vivre jour après jour jusqu’au dernier souffle.
Nathalie

18 – Sur le modèle de Michéa Jacobi et de son Piéton chronique, écrivez une lettre aux habitants de votre ville ou de votre village pour leur parler d’un lieu que vous aimez en particulier.

11 août 2013
Tous à Blajoux,
Ici les rayons du soleil viennent vous effleurer et vous dire qu’il est temps de vous lever. Encore les yeux brouillés par le sommeil et la tête pleine de rêves, vous prenez votre thé brûlant et vos biscottes croustillantes en allant vous installer sur une table dehors qui vous attend pour le petit-déjeûner. Devant ces merveilleuses montagnes couvertes de calcaire et de végétation, se trouvent deux mondes que l’on distingue parfaitement. Deux rochers forment un sablier et vous rappellent que le temps passe, qu’il passe trop vite et que les vacances sont faites pour en profiter pleinement. Vous décidez alors de vous rafraîchir les idées et d’aller plonger dans les gorges du Tarn ou resteront vos souvenirs. Donc allez, allez vous revitaliser à Blajoux ou dans tous ces pays du Sud qui vous font oublier les soucis et la pluie de la Picardie.
Bises
Anne, 15 ans

19 – Une lettre à qui vous voulez où un personnage raconte sa recette préférée et pourquoi elle lui plaît autant…

11 août 2013
Chère grand-mère
Mélanger le jus de 4 citrons avec le zeste d’un citron non
traité, râpé, 3 c à soupe de
sucre roux, 2 branches de
verveine grossièrement hachées,
30 g de gingembre pelé en
fines rondelles, 2 bulbes de
citronnelle émincés et 75 cl
d’eau pétillante.
Laissez infuser 4 h au frigo, déguster filtré.
Cette recette tu me la faisais quand le temps était agréable, pour mon goûter ou quand j’avais un coup de cafard.
Pendant cette cuisine, tu chantonnais des chansons occitanes
tu me racontais des histoires et des légendes.
Je m’en souviens de ce goût si rafraîchissant, ces citrons que tu prenais de ton jardin.
Cette boisson c’est mon enfance.
Je la transmettrai à mes enfants qui eux aussi la feront.
Au revoir grand-mère
Maëlle, 14 ans.

20 – Proposition libre…

Moi, l’Argentin de Buenos Aires jusqu’à il n’y a pas si longtemps amoureux fou de son pays et ayant pour idée fixe le retour au pays, j’ai enfin trouvé mon endroit sur cette planète. Et cet endroit c’est les Cévennes. Je suis tombé amoureux de ces paysages mais aussi de son histoire et de ses gens. Et c’est donc ici en Cévennes qu’on a décidé de poser nos valises. C’est ici dans les Cévennes qu’on voudrait aussi fonder une famille. Au bout de 20 ans en France, je me suis rendu compte, après une parenthèse nécessaire en Argentine, pour pouvoir fermer un chapitre de ma vie, que la France est mon pays d’adoption. Et que les Cévennes ce sera notre terre d’accueil. Pourquoi les Cévennes ? Je ne saurais l’expliquer avec des mots, mais c’est comme ça que je le ressens dans mes tripes. Peut-être ce pays m’aidera à être vraiment heureux. C’est le seul but que je poursuis dans ma vie, le bonheur. Celui des choses simples, celui d’une fleur, du chant d’un oiseau, des balades enforêt. Ce bonheur-là.
Rodrigo Maiz Cacerres
11- 8-13
17h01

21 – Lettre qu’un personnage écrit à sa mère/ grand-mère, à son père/grand-père/ autre ? en réponse au secret de famille que l’on vient de lui apprendre.

Mirabelle
Nemours-sur-Cielan, le 11 août 1985
Chère mémé,
La semaine dernière je suis retournée à l’endroit où nous allions le dimanche lorsque j’étais petite. Te souviens-tu de ce lieu aux abords de la forêt ? On y pique-niquait si souvent. C’est là qu’un jour je m’étais blessée en tombant d’un arbre… je me souviens que j’avais si mal… je me souviens que j’ai beaucoup pleuré… je me souviens que tu m’as prise dans tes bras… si fort, si tendrement aussi… J’en garde un souvenir si puissant que mes poils se hérissent sur mon corps lorsque j’y pense…
Sais-tu, ma chère grand-mère que je t’aime et que je t’ai toujours aimée… Il faut que je te dise aujourd’hui, que ce jour-là, j’ai su, j’ai senti que tout ne m’avait pas été dit… je ne peux l’expliquer davantage… mais j’ai su et j’ai grandi, et je me suis construite avec ce sentiment. Il ne m’a jamais quittée…
Si je te raconte tout cela, c’est qu’il y a un mois, je suis allée à l’hôpital, embrasser pour la dernière fois mon oncle Gédéon. Et, avant de fermer les yeux définitivement, il a voulu tout me raconter… Tout ce qui m’a été tu, tout ce qui ne m’a pas été dit sur la disparition de ma mère. Aujourd’hui je sais… j’ai mal et je ne peux dire le contraire… Mais je me sens bien, oui malgré la blessure, la peine et surotut le déchirement que la révélation de ce secret suscite en moi depuis plusieurs semaines maintenant, j’ai le sentiment d’enfin comprendre qui je suis.
Je t’écris cette lettre, chère Mémé pour te dire que maintenant je sais, mais je ne t’en veux aucunement. Toi et les autres avez fait je pense ce que vous pensiez le meilleur pour moi.
Je viendrai te rendre visite, dans un mois, deux peut-être, oui, laisse-moi un peu de temps (car qu’est-ce que le temps ?)
Nous traversons le temps, comme le temps nous a trouvés… D’ici là, n’oublie pas que je t’aime et que je vais bien.
Embrasse pépé de ma part,
Ta Mimi

Si certaines propositions ont été tirées deux fois, d’autres ne l’ont pas été du tout :

• A la façon de Jean-Luc Lagarce dans Juste la fin du monde, quelle lettre votre personnage pourrait laisser à ses proches, qui parlerait de lui, alors qu’il saurait ne plus les revoir jamais ?

• Lettre ouverte, à paraître dans le quotidien qu’il vous plaira, au Président de la République ou à un membre du gouvernement pour dénoncer un scandale ou ce qui à vos yeux est scandaleux dans la société d’aujourd’hui…

• Une lettre à soi où un personnage s’exhorte à faire (ou à ne plus faire) quelque chose…

• Lettre d’une marraine de guerre à l’un de ses « filleuls » soldat sur le front.

• La lettre d’un père à son fils pour lui dire le minimum à savoir avant de se lancer dans la vie…

• Dans les années 30, la lettre d’un jeune homme à sa fiancée alors qu’il sait que les parents de la jeune femme vont enquêter sur lui avant le mariage.

Deux enveloppes ont été réalisées au cours de cet atelier…
EnveloppeFNVM

Enveloppes-FNVM2
*siège du Parc national des Cévennes organisateur de la journée.

Mémoires, Roger East

Roger est un habitué de mes ateliers bimensuels… J’aime beaucoup son écriture… Sa langue maternelle est l’anglais et sa maîtrise du français me laisse toujours ébahie…

Le rythme de nos pieds dans la rue nocturne chaque fois que nous quittions le cercle de lumière jaunâtre d’un réverbère pour tenter l’aventure d’en atteindre le suivant

L’odeur féconde des feuilles mortes sous mon dos, cette nuit d’automne quand les étoiles filantes tombaient d’un ciel qui n’en manquait pas

Le reflet de la lune qui s’est échappée d’un rideau de nuages au moment précis de notre arrivée au menhir

Les gouttes d’eau phosphorescentes qui coulaient de tes bras lorsque nous nous sommes échappés de la colonie de vacances à minuit pour nous baigner seuls ensemble

ateliers-du-deluge-Roger

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C’était le jeu du soir…

Souvenez-vous, nous jouions à ce petit jeu d’écriture où suite à une proposition de MOT, vous décidiez d’autres mots issus des lettres dudit mot – MAUDIT, ORDINAIRE, TUTOIEMENT –, par exemple. Est-ce clair ? Les textes ci-dessous sont des (re)trouvailles des uns et des autres, car le net ne jette rien, et tout cela était enfoui dans les pages du blog. Pas oubliées, la preuve.

Les textes n’ont pas tous retrouvé leurs auteurs et les auteurs sont dans le désordre, peut-être, Leila, Véronaise, Brigitte, Marion, Chrystel C, Marion Soleil.

FAIM : Fourmi Artisan Initiale Musée
Pour ce premier rendez-vous des fêlés de la louche,nous devions nous retrouver devant le musée de la fourmi.
Chacun de nous devait avoir un chapeau noir avec son initiale brodée. N’ayant pas le moindre don pour cet art, j’avais confié à un artisan es fil d’or le soin de me concocter le magnifique W de Wanda.
Ainsi je serais reconnue au premier coup d’œil.

TENUE : Tiens Encore Nuée Unique Ebahie
« Tiens ! Encore une nuée d’éléphants voletant gaiement au-dessus de nous. »  « Unique en cette saison », dit ma voisine, ébahie.

CARIOCA : Colossal  Admirable  Ravissant  Illusion  Original Casse-cou  Accouchement
« Colossal ! », chuchota l’amiral
« Admirable »,  murmura le cardinal
« Ravissant », soupira le damoiseau
« Illusion », souffla l’illusionniste
« Original », dit monsieur Loyal qui grignotait de l’emmenthal
« Casse-cou », bafouilla le cul-de-jatte en se grattant le genou
« Accouchement en plein vol déconseillé », pensa le gynécologue.

PUNIR : Pauvre Unissons Nasillarde Imbécile  Ricana
« Pauvres de nous !! Unissons-nous !!! », cria d’une voix nasillarde le casse-pied de service. « Imbécile », ricana son voisin le manchot.(Leila)

REGIME : Rien Elégant Garanti Inter Magnifique Extraordinaire
« Ne vois-tu pas que rien n’est plus beau, plus élégant que ce ballet magique. Il nous garantit une intersaison magnifique, je dirais même extraordinaire !!! »

THEME : Toutes Hypothèses Emporter  Muros  Ecologiques
« De plus, toutes les hypothèses étant hypothétiques et que ne sachant pas ce que nous réservait l’avenir, j’ai entendu à la T.S.F. que la maison « Jungle » informait tous les habitants de Bourg en Pluidru de ne pas oublier d’emporter,  pour toutes sorties intra-muros, le fameux Paraphant, bradé jusqu’à ce soir pour 3 francs 6 sous. Certes il est énorme par sa taille mais offre toutes les garanties écologiques nécessaires pour toutes chutes d’OIMEL (Objet Identifié Mais Extrêmement Lourd).(Leila)

SEULE : Sieste Energie Utopie Lierre Erreur
Il n’y a pas d’erreur !
La sieste donne autant d’énergie qu’un lierre en met à s’agripper aux murs.
L’utopie… c’est de vouloir l’en décrocher ! (Chrystel)

PARTIR : Premier Artichaut Renoir Tulipe Il Roulade
Ce petit garçon, au cœur d’artichaut, faisait des roulades dans un champ de tulipes, lorsqu’il tomba nez à nez avec la petite voisine qui devint alors l’objet de son premier baiser. Renoir, le grand-père, guettait du coin de l’œil. » (Brigitte)

DEPRESSION : Demain Ecriture Page Rencontre Signe Soleil Intention Ouverture Nature
A l’ouverture de ses volets ce matin, le soleil l’invite à une balade, cette nature si belle lui impose presque l’écriture, c’est vital pour elle, remplir des pages blanches. Elle aime aller jusqu’a la rivière, elle le croise, la rencontre est furtive, elle ne met aucune intention dans son regard ; lui, surpris lui fait un signe de la tête. Demain elle reviendra…

TARD : Trop Assuré Rude Délire
Trop ardu, têtu, turlututu, rude journée, délire de l’esprit assuré.
(Marion)

Seul, Jean-Pierre Aupetit

Tout petit j’avais pour habitude de sucer les boulons de chemin de fer, ce qui m’a laissé les dents en pas de vis. J’ai commencé comme petite main dans une usine de joints de culasse, mais la promiscuité que créait ce lieu confiné m’indisposait. Je devins ensuite représentant en enclumes. Mon bras droit se souvient encore du poids de la valise contenant les échantillons. Maintenant, je n’ai plus d’activité professionnelle, je peux me concentrer sur le rien, mon absence à moi-même. J’étais en train de m’éclater la bite à coups de marteau quand on sonna à la porte avec insistance. J’ouvris, mon outil sanglant à la main. Une dame et un monsieur bien mis, un paquet de brochures à bout de bras, me regardèrent éberlués et tournèrent les talons pour toquer à la porte d’à côté. Des témoins de Jéhovah sans doute, je n’eus pas à leur dire que j’étais bouddhiste et que leurs histoires n’étaient que foutaises. Je refermais mon huis. Et c’est alors que je la vis qui me regardait, tapie au fond de sa toile. Il y en avait partout, surtout dans les coins. Et les coins sont nombreux dans une maison, souvent à angle droit, à la différence du coin de la rue qui est plus loin, là-bas. Je ne sors plus que la nuit, quand les autres (qui sont beaucoup et partout) sont rentrés chez eux. Mon absence au monde ne semble gêner personne et, c’est très bien ainsi. Peut-être que l’année prochaine j’allumerai la télé.

Paroles captives, extraits

Derrière les barreaux, ils écrivent… des salades de vers, des moments immobiles, des rêves qui traversent leur pensée cloîtrée, leur vie de détenu, quoi. Ce qui suit est publié avec l’accord des détenus rencontrés ces trois dernières années. Les signatures sont fictives. 

Je vous parle de la pêche car je suis un fils de pêcheur et que j’ai du sel qui coule dans les veines.
Le pêcheur

Le galet
Je suis à Menton, sur la plage aux chiens. Il y a longtemps que je suis là, des milliers d’années. D’ailleurs, je suis tout arrondi. Je n’ai pas dit tout rond. Car je ne suis pas rond, vous ai-je dit déjà que je n’aime pas la perfection ? C. est venu me voir, me toucher de ses pieds. C’est normal, il habite boulevard du Garavan, je crois. Garavan, c’est le nom de ce quartier près d’un poste frontière qu’on a vu dans Le Corniaud, avec Bourvil et de Funès. Je me sens bien là où je suis. Je suis existence. Existence, non pas action. Je suis paresseux. Un paresseux c’est quelqu’un qui activement ne fait rien. Enfin dans mon cas je contemple, comme Diogène dans son tonneau qui disait « ôte-toi de mon soleil que je puisse contempler ! ». C’est un boulot de contempler ! Mais non, je suis, tout simplement. Il paraît que c’est le printemps, les badauds reviennent fouler la plage. Je ne le ressens pas beaucoup le printemps, moi je suis minéral. Oui, c’est ça, minéral. La plus inerte des créations. Evidemment tous ces touristes excités me bousculent. Et il faut me bousculer pour que je bouge un peu. Tiens, voilà le chien de Lily Moore qui vient faire pipi. Me rafraîchir un peu.
Gary

J’ai dans le regard la rue Michelet, un paysage grandiose caché par un grand mur ovale…
Guy


Géographie
Alès. Avec mes deux chats dont un qui s’est fait croquer par un chien. Le deuxième, son frère, que l’on m’a volé à Mende, au bord du Lot.
Uzes, pour les aides alimentaires. Un psychiatre.
L’Hérault, Montpellier pour les chantiers en construction.
Nîmes pour les chantiers et les travaux publics.
Villeneuve-les-Maguelonne pour le foot au stade de la maison d’arrêt.
Aiguillon Lot et Garonne, industrie de la conserve et les bonnes relations avec les copains.
Matignas pour les sauts en parachute.
Charente Maritime pour la manche, le bon cœur des habitants et la soupe populaire.
Lambersart, Lille.
Fabien

dans la maison
assis sur le tapis
je regarde les saisons
qui passent
toute l’éternité ne les fera pas changer
Nordine

Hommage
Tu vas avoir 82 ans, ce mois-ci, quel bel âge, grand-mère. Tant de jours passés comme de pages tournées, de joies, de pleurs, de connaissances et de naissances, de fêtes et de défaites, tout un parcours de bonheur, de peurs, de terreurs, sous l’emprise du Fuhrer, de larmes d’amour pour ta famille que tu as faite pour ne pas tourner la dernière page de ton livre. A ma grand-mère F.
Pedro

L’histoire que j’aurais voulu poursuivre
Tandis que nous traînions au bord de l’eau, comme font les marins oisifs à terre, nous avions des kilomètres de plage déserte pour nous évader. Nous enlevâmes nos chaussures et nos chaussettes, je remontai mon jean, elle releva un peu sa robe pour aller se tremper les pieds dans l’océan refroidi par l’orage du matin, c’était la mi-septembre et l’air était agréable. Les touristes étaient repartis vers d’autres cieux. Nous avions décidé de pique-niquer sur la dune pour avoir une vue d’ensemble. Dans le salon devant le canapé, il y avait une table de nuit en bois avec un tiroir sculpté…
Bernard

Tant de temps perdu
Tant de chemin parcouru
Tant de peines vécues
Tant de portes fermées
Tant de repas détestés
Tant que je tiens debout

Ce qui ne va plus
Ce qui ne marche plus
Ce qui nous tombe dessus
Ceux qui nous écrivent
Ceux qui nous ignorent
Ceux qui nous inspirent
Ceux qui nous montrent du doigt
Ce qui nous dépasse
Y a-t-il une porte de sortie ?
Nordine

J’ai oublié le son de sa voix et son visage depuis que je l’ai quittée une nuit d’orage pour un long voyage, mais le jour de mon retour, j’espère la retrouver aussi belle que je l’ai laissée.
Sim

Sur le cahier tombé sur le sol, son avenir était écrit. Il pleura.
Sim

Mes souvenirs de sommeil
Enfant, dans une caravane, il pleuvait, c’était génial.
Adolescent, dans une cave, j’étais saoul… Mauvaise nuit.
Au commissariat, garde à vue mouvementée, car j’ai mis le feu. Panique, intoxication. Monoxyde de carbone.
Le meilleur… Nuit d’amour avec ma femme aux Saintes Maries de la mer dans un camion aménagé… (Super)
Avec mon petit-fils de six mois endormi sur moi. Le régal de sentir l’odeur de bébé contre soi.
Une chambre d’hôpital, dix jours de coma. Aucun souvenir.
Le plus mauvais souvenir : première nuit en prison. Angoisse, stress, panique, cauchemar.
BD

La porte. Toutes pareilles. La grande pièce. La chambre des filles. La place des garçons et la chambre des parents. Le jardin me paraissait très grand, l’arbre avec les caisses, le cabanon où il y avait le charbon la balançoire les colombes le bac pour la lessive – et le bain les voisins, poulette – et la mère menthe – l’école des garçons plus loin que celle des filles – à dix ou onze ans déménagement le HLM – tout change eau chaude –  salle de bains – quatre chambres – le bonheur – les copains, les mêmes qu’à la cité d’urgence le bois, les collines. Le fort – même école – le long trajet – la cantine pas un bruit – la cour de récré et cet arbre – les murs en pierre saillantes le tobbogan qui nous était interdit puis changement – école mixte
Sergio

Souvenir
Les graines de piposol qu’on achetait à la boulangerie ce petit sachet de très peu de graines et ce goût de salé – une vraie arnaque il y en avait plus après qu’avant
Sergio

Profondément dans mes yeux
J’ai dans le regard les chevaux de Camargue, la mer, les étangs, ainsi que les moustiques qui piquent
J’ai dans le regard la fête des Gitans du 24 mai, célébration et chant religieux et flamenco. Un regard exceptionnel.
J’ai dans le regard les oiseaux et les bateaux, la mer que j’ai survolée en avion pour Ibiza. Magnifique.
J’ai dans le regard mon pauvre père travaillant le fer, avec son camion et sa grue, chargeant des carcasses de voiture pour gagner notre pain.
BD

Fiction

Sa tristesse, c’est un état permanent. On peut peut-être appeler cela “mélancolie”. Je veux dire qu’il n’y a pas de cause récente à son état de morosité. Elle est triste, un point c’est tout, comme elle mesure un mètre soixante, un autre point, c’est encore tout.

On ne voit pas cela bien sûr quand on vient lui demander une boîte de sardines, ou une salade, ou un kilo de pommes de terre. Là, elle est “normale”, fait sinon bonne figure, du moins figure commerciale. Elle laisse glisser son échelle le long des rangements et va chercher la boîte de sardines piquantes, je précise, j’aime bien.

Gourmandise
C’est de la confiture de marron. Je la ramenai de chez moi le dimanche soir, quand je rentrais à la pension, au collège de G. Elle avait un goût particulier, pas de confiture. Non, un autre plus épais, un goût plus rude.

Je croyais cela facile
Séduire Cécile !
Quel imbécile !
C’est qu’elle n’est pas docile, Cécile
Je suis là, j’oscille, je vacille…
Bref, ce fut difficile.
Christophe

Liberté
Dans cette cage parquée entre quatre murs, rythmée par le bruit des clefs que les porte-clefs frottent sur la ferraille ou clefs qui entrent dans les pênes des portes qui claquent sur le mur en s’ouvrant, dans cet endroit de privation où l’homme est déshumanisé, il garde un espace vital dans sa tête que personne ne pourra annihiler, l’esprit libre : la liberté de penser qui franchit les murs et les barreaux et les barbelés.

Chacun doit être à sa place, comme des draps rangés dans une armoire.
Ricky

Il y a un seul truc que j’ai gardé par truc, je veux dire cadeau, offert par mes parents, c’est le rubix cube dans sa boîte en plastique avec les faces complètes de la même couleur. Je n’avais pas envie d’y toucher pour ne pas casser les couleurs.
BC