Gladwys et Emile

Marlen Sauvage – Collection personnelle

C’est grâce à Marie que je ne suis jamais allée travailler dans une ferme, tu vois. Marie qui était si timorée dans les premières années de son mariage a obtenu ce qu’elle voulait de mon père qui était fou d’elle et de ses beaux yeux ! C’est cet amour qui a révélé le vrai tempérament de Marie, elle savait ce qu’elle voulait, elle était tenace et savait jouer de ses atouts ! Sur cette photo, je pose en tenue d’écolière à côté d’Emile, le fils qu’elle a eu avec Germain, donc, mon père. A l’époque je l’ignorais, mais Marie était une cousine germaine de mon père… Sa mère était la sœur de Germain, on l’appelait Claudine. Je ne sais si c’était vraiment son prénom de baptême. En tout cas, Claudine a épousé un entrepreneur qui travaillait dans l’import-export, ce qui a fait d’elle une femme socialement plus respectable que mon père… Il n’a eu de cesse de s’enrichir pour obtenir le même statut ! Tout paysan qu’il était… Au fil du temps, il a acquis des terres, des maisons, des fermes… C’était un parvenu, personne ne s’y trompait. Il se donnait des airs… Mais je reviens à mes moutons ! Ce petit Emile était à la fois mon demi-frère et mon cousin, si tu vas par là ! Il y a eu quelques mariages comme cela dans la famille… Cette lointaine cousine mariée si jeune à un homme bien plus vieux qu’elle, je crois qu’ils avaient trente-cinq ans d’écart, te rends-tu compte ! Il était veuf, il est mort quelques années après son mariage avec cette jeune femme, qui a fini par épouser un de ses cousins… veuf lui aussi, mais beaucoup plus jeune et agréable à regarder ! Emile a failli s’appeler Germain figure-toi ! Mon père y tenait et pourtant c’est encore Marie qui a obtenu gain de cause. Elle a été une bonne mère pour Emile et pour moi. Je n’ai pas connu ma mère, Jeanne, qui est morte en couches… Je l’ai regrettée si longtemps. Je le regretterai toujours je pense. Aujourd’hui à quatre-vingt-six ans, encore je me demande qui était cette maman que je n’ai pas connue… En quelle année sommes-nous ici ? Laisse-moi réfléchir un peu… Probablement dans les années 1880-1881, je dirais… J’avais six ou sept ans, Emile un peu plus de cinq. Je ne fréquentais pas encore l’école, mais mon père avait tenu à ce qu’on immortalise ma future entrée à l’école puisque sa femme tenait à ce que j’y aille ! C’était un amoureux de la photo. A chaque fête ou cérémonie, il convoquait le photographe de la ville. C’est grâce à lui finalement que tu peux reconstituer l’histoire de la famille. Tu penses bien que je n’allais pas à l’école dans ces beaux atours… ça c’était pour la photo ; le chapeau, je le portais le dimanche, à la messe. Mais j’avais une jolie petite jupe plissée, ça oui. Ma tante Ernestine me l’avait cousue, j’en étais si fière. Ernestine ? Ce n’était pas vraiment ma tante, mais je l’appelais ainsi. C’était une grande amie de ma mère, elle avait été très affectée par sa mort. Elle m’a pour ainsi dire adoptée à ma naissance ! Je n’ai pas débuté ma vie dans l’amour paternel, c’est le moins que l’on puisse dire. Ernestine était là pour moi, au nom de son amitié avec Jeanne… Il lui arrivait de me garder dans sa mercerie qu’elle tenait sur le tour de ville à l’époque. Elle fabriquait des vêtements sur mesure pour adultes et enfants et j’étais son modèle favori, me disait-elle. J’ai adoré Ernestine… Elle n’a jamais eu d’enfant. Elle venait parfois me rechercher à l’école, je me souviens, l’école des sœurs, voisine de sa boutique. Emile n’y allait pas, en tout cas pas à cette époque, il avait une gouvernante anglaise, dont j’ai bénéficié moi aussi et qui m’a appris mes premier rudiments d’anglais. Rose… elle s’appelait Rose. Marie suivait les conseils de sa mère. Rose… une jeune femme enjouée qui adorait les enfants et… les roses ! Lui succéda un précepteur… Mais je parle, je parle… reprends donc un gâteau avec ton thé, ma chérie.

Marlen Sauvage

Chez la mère Joyeux

Photo : boutique.genealogie.com

Après la séance de photographie, Germain emmena Marie manger chez la mère Joyeux, sur le boulevard. Il y avait affluence, c’était jour de marché. Habitué des lieux, Germain avait sa table. La patronne elle-même leur servit un savoureux coq au vin auquel Marie pourtant ne fit pas honneur. Ils avaient laissé la petite Gladwys chez Ernestine, amie de feue Jeanne, dont la mercerie avait pignon sur rue. Nounou occasionnelle, la couturière s’amusait de la présence de cette petite fille encore à quatre pattes, s’enthousiasmant devant les coupons de tissu, les dentelles et les cordons. Marie, elle, s’éternisait devant son assiette, grapillant un champignon ici, un petit oignon là. « Vous ne buvez pas non plus… » Les regards appuyés de Germain la tétanisaient. Elle tourna la tête sur la droite, vers une tablée pleine de discussions et d’hommes en chapeau. Elle reconnut monsieur Desfeux, banquier, croisa son regard, ainsi que monsieur Cippe, mais s’attarda sur l’homme plus jeune qui les accompagnait. « Monsieur de Lamargelle, héritier d’une famille de vignerons depuis plusieurs générations, et… célibataire. Mais vous êtes mariée, ma chère. A moi. », lança-t-il avec un air à la fois de défi et de satisfaction. Marie se prit à rougir violemment, elle piqua du nez dans son assiette, troublée d’être surprise ainsi à regarder un homme, alors qu’elle cherchait seulement à échapper aux yeux de son mari. « Comment va mon fils ? », demanda Germain en pointant son doigt vers le ventre de son épouse. « Il bouge depuis ce matin, cette séance de photographie et puis ce repas… je crois que tout cela l’a fatigué… m’a fatiguée… et je suis confuse de ne pas être… enfin, je préfèrerais ne pas m’éterniser ici, si cela ne vous ennuie pas, bien sûr. » Elle termina sa remarque en hochant la tête, comme pour appuyer sa demande. Il s’amusait de sa confusion, se perdant dans la limpidité de ses yeux verts, ah ! décidément, cette cousine lui plaisait, il ne désespérait pas de lui plaire un jour. Elle fixait un point au-dessus de Germain, attendant sa réponse. « Je comprends, j’ai abusé de votre état sans aucun doute. Je vous raccompagne. J’ai à faire. Je vous retrouverai plus tard. » Elle poussa un soupir de soulagement discret, tandis qu’il s’était levé pour lui donner le bras. Et monta dans la voiture à cheval sans un regard pour lui.

Marlen Sauvage

Marie, deuxième épouse de Germain

Archive.reinhard-krause.de

J’ai la nausée, c’est que je suis si droite sur cette chaise raide. Mon Dieu, qu’on en finisse avec cette séance de photographie. Quelle idée ! Germain n’a bien que ça en tête, des frivolités ! Laisser son image à la postérité. Est-ce qu’on verra mon ventre rond de trois mois ? Non, personne ne le verra, ma jupe est ample, personne ne le remarquera. Est-ce que je ne suis pas trop maigre pour le bébé ? Pourvu que je le garde ou il recommencera. Pourvu que je ne meure pas en couches comme Jeanne. Faut plus que j’y pense. Mon Dieu faites que mon mari me laisse tranquille maintenant ! Qu’il cesse de m’importuner à toute heure du jour et de la nuit. Tout à l’heure encore… Avec ce bébé dans le ventre, il faut encore qu’il vienne nous déranger. Je hais sa peau velue, son bas-ventre qui se colle à mes cuisses. Dire que j’ai eu si peur de rester vieille fille, fiancée et veuve sans avoir connu un homme. Pauvre Léonard ! Mort ce jour de juin, déjà dix-huit mois ! Et sa bouche qui écrase la mienne et m’empêche de respirer. Je ne peux plus. Quand j’appelle maman, il entre dans une rage folle. Il dit que je l’insulte, mais non. A vingt-trois ans – il hurle – on n’appelle plus sa mère. Peut-être, et bien moi je l’appelle. C’est que j’ai tellement peur de lui. J’ai peur de ses yeux noirs qui me détaillent quand je passe près de lui, de sa main grasse qui s’abat sur le bas de mon dos et qui me tâte à travers les jupons. Il dit que ma croupe l’inspire, quelle honte, je ne suis pas une vache ou une jument. Dire que je le trouvais bel homme, le cousin. Je serais morte de honte s’il ne m’avait pas demandée en mariage pourtant. Mon Dieu, si tôt après la mort de Jeanne… Paix à son âme, quatre mois. Les gens compteront-ils ? Oui, ils compteront, on compte toujours dans les campagnes. Pourvu qu’il arrive à terme. Je le dirai venu avant l’heure. Qui le croira ? J’espère qu’il sera petit, fragile, tout petit. Est-ce que j’ai péché mon Dieu ? Il me tournait autour, comment je pouvais deviner qu’il profiterait de moi pendant son deuil ? Oh ! mon Dieu, pardonnez-moi si j’ai péché ! Comment résister à sa force ? Il m’a prise comme une bête, en grognant comme un porc. En me répétant qu’il me voulait pour femme, depuis la mort de Jeanne, qu’il n’avait eu d’yeux que pour moi depuis sa disparition. Il m’injuriait d’avoir encore des pensées pour Léonard. Et moi, confiante, qui lui ai raconté notre rencontre et qui ai tellement pleuré sous son regard. Je suis grosse de lui, mais au moins il m’a mariée. J’aimerais Gladwys comme ma fille, je l’aime déjà, j’aimerai aussi son enfant. Il n’y est pour rien. Mais lui, non, jamais, mon Dieu, pardonnez-moi.

Marlen Sauvage

Germain, veuf de Jeanne

J’aurais peut-être dû la porter la chemise à plastron, pour l’occasion… Enfin, j’y penserai la prochaine fois, pour la photo de baptême du petit. Ah ! sacrée Marie. Il se doute de rien l’autre abruti derrière son drap noir. Il t’en fait des minauderies avec son appareil photographique, j’espère que tu ne lui souris pas. Moi je sais que ton ventre est rond sous ta jupe. Il peut toujours te regarder. C’est un fils que tu me donneras, j’en suis certain. Il me ressemblera, fier comme moi. Il héritera de mes domaines, de mes terres, il sera PRO-PRI-E-TAIRE. Et la gamine, qu’est-ce que j’en ferai de la gamine ? Je la placerai dans une ferme comme sa sœur. Les Argand, tiens, il faudra que je leur en parle. Quel âge a leur fils, le Mathieu ? Une douzaine d’années ? C’est bien ça, pour Gladwys. Un bon parti, les Argand, 40 vaches, 40 hectares de terres, la petite, elle se fera la main chez eux. Elle apprendra à traire les bêtes, à nourrir les cochons, à fabriquer les fromages. Ça sera une bonne petite fermière. Elle mariera le Mathieu et lui fera une ribambelle de gosses. Ah ! Ah ! Et toi la Marie, tu m’en feras d’autres, hein ? Que tu le veuilles ou non ! Avec tes airs de pas y toucher, tu te laisseras bien encore engrosser hein ? T’apprendras à aimer comme dirait l’autre. En attendant, j’irai voir Léonore, elle crache pas d’ssus. Et puis la petite Claire avec ses grands yeux bleus et sa jolie bouche en cœur. Elle me les donnera ses seize ans ! Ma Clairette, tu fais partie de mon domaine, toi aussi, que tu le veuilles ou non, c’est moi le maître, je te prendrai quand je le déciderai, dans le foin si ça me chante, dans la grange là-haut, quand personne ne pourra nous entendre, et tu pourras gueuler toi aussi après ta mère, comme la Marie. Et toi ma femme, tu m’en feras un beau de p’tit gars, bien costaud. Et t’avise pas de faire comme la Jeanne, qui est morte en accouchant de cette fichue gamine.

Marlen Sauvage

Jeanne, épouse de Germain

Marlen Sauvage, collection personnelle [au dos : Atelier Chéri Rousseau, 12, rue Boissy d’Anglas, Paris. Téléphone Elysée 02-03]

Elle avait hérité de son arrière-grand-mère maternelle des albums photo de famille, entassés jusqu’à sa visite dans le grenier comme de vulgaires revues abandonnées à la poussière, au milieu des boîtes à chapeau, des réticules et des coupons de tissu. Un héritage lourd de secrets tant les non-dits auréolaient certains personnages. Gladwys, quatre-vingt-six ans, était la dernière d’une famille de douze enfants quasiment tous morts à cette heure, dont trois en bas âge, sauf Albert, quatre-vingt-douze ans qui vivait dans une maison de retraite en dehors de la ville et n’avait plus toute sa tête.
Elle avait fini par glaner tellement d’informations sur ses ancêtres, les lieux où ils avaient vécu, les amours tissés entre les uns et les autres, les déceptions, les enfants morts-nés, les veillées aux noix et les réunions de fermiers pendant les moissons, qu’elle avait consigné tout cela soigneusement et commencé d’établir une généalogie.
Un personnage l’attirait tout particulièrement, une femme prénommée Jeanne, née en 1850, épouse de Germain. N’était-ce pas elle sur cette photo, près de Germain, justement ? Une photo qui n’appartenait à aucun album, retrouvée dans une boîte en métal qui en contenait plusieurs, « déclassées », lui disait son intuition. Couleur sépia, sur un support cartonné, aux bords recourbés vers l’intérieur, comme si le temps voulait finir par en cacher les figurants. Ils étaient trois là, devant l’objectif. Lui, le torse bombé, la main droite légèrement posée sur le dossier du fauteuil sur lequel sa femme était assise. Le costume sombre, la veste ouverte sur une chemise blanche et un gilet d’où sortait la chaîne d’une montre à gousset. La main gauche, ou plutôt le poing collé à la hanche dans une attitude de propriétaire. Ses guêtres blanches rehaussaient le vernis des souliers ; il portait la moustache lisse aux pointes dressées vers le haut, un sourire à peine esquissé révélait sa fatuité. C’était bien Germain, elle le reconnaissait pour l’avoir vu souvent sur d’autres photos, plus tard, plus vieux, mais toujours aussi imbu de lui-même. Quel âge pouvait-il bien avoir alors ? La trentaine ? L’enfant debout près de sa mère n’avait guère que trois ans. Dressée de toute sa hauteur, bien d’aplomb dans ses bottines à lacets, la petite fille se tenait légèrement de profil, comme hésitant entre l’impérieuse nécessité de regarder devant elle et l’envie irrépressible de se cacher dans les bras de sa mère. Blondinette aux yeux foncés, elle était la note de tendresse de cette photo si évidemment posée. Elle ne souriait pas, la lèvre inférieure dépassant la lèvre supérieure en une moue qu’on nommait ici la « bob ». La petite faisait la bob… Et on devinait que juste après la photo, elle avait éclaté en sanglots. Sa robe à jupons froufroutait sur ses bottines, elle touchait de la main droite la ceinture de tissu satiné, dans une attitude faussement naturelle, abandonnant sa main gauche dans les mains de sa mère, une femme engoncée dans une robe stricte, sombre, longue, d’où dépassait juste la pointe de deux souliers luisants. Le corsage laissait deviner une poitrine menue, une chaîne ornait le jabot de dentelle en un double rang de maillons ajourés. Un collier de chien enserrait son cou gracile, ponctué d’un camée ovale. Ses cheveux relevés laissaient échapper des boucles soyeuses d’un côté du cou. Son visage paraissait translucide, elle ne souriait pas, les lèvres minces refermées sur une tristesse tout entière contenue là. Quelqu’un lui avait effacé les yeux.

Marlen Sauvage

Giulia

Photo : Marlen Sauvage

Giulia. Prononcer Djoulia. En France, tout le monde disait Julia, et elle avait fini par abandonner l’idée d’entendre prononcer son prénom correctement. A son arrivée à Paris, Giulia avait vingt ans, l’âge encore de toutes les espérances. Et le rêve de Giulia, c’était de tenir un café. Elle avait quitté son Italie natale, contrainte et forcée par sa mère, la Pia, qui n’avait aucune estime pour cette fille trapue, musclée, au visage fermé. La Pia avait ordonné à Giulia d’aller retrouver sa sœur aînée, Clara, à Paris, alors qu’elle venait d’accoucher de sa troisième fille. 

E mierda, encore une fille, pensait Giulia, quand elle avait appris la naissance. Instinctivement, elle préférait les garçons. Oh ! pas pour les “imbecillités”, non, pour ça, elle était plutôt du genre sainte nitouche. A vingt ans, le seul garçon qui l’avait jamais touchée s’appelait Domenico, et il était mort. Paix à son âme. Il avait déposé un baiser léger comme un battement d’ailes sur ses lèvres de gamine de quinze ans. Elle s’était essuyée dans son mouchoir immaculé arborant une mine de dégoût devant Domenico. Mais quand il lui avait tourné le dos, elle avait sorti le mouchoir, l’avait entrouvert et déposé un baiser à l’endroit où l’autre se cachait. Domenico avait dix-neuf ans, il venait de temps en temps à la ferme aider le frère de Giulia à chaque saison : il taillait les oliviers en hiver, la vigne à l’automne, aidait à la cueillette des abricots, des prunes, des pêches et vendangeait en août. Il déambulait sur sa moto Bugati, on l’entendait de loin et ce jour-là, ne trouvant pas Paolo, il avait entrepris de taquiner Giulia. Farouche, elle s’était soustraite à ses regards, mais il l’avait poursuivie dans les vignes, jusqu’à la rattraper. Elle tortillait son tablier dans ses doigts, soutenant son beau regard noir et c’est là qu’il avait brusquement avancé son cou, puis sa tête et sa bouche et recouvert ses lèvres d’un baiser furtif et léger. Comme lui. Il avait couru dans les vignes, enfourché sa moto et de loin, lui avait envoyé un autre baiser. En cette journée de mai 1948, Giulia se souvenait encore de Domenico. Depuis, aucun autre homme n’avait connu ses faveurs. Domenico était mort un jour de juin l’année suivant les vendanges de baisers, et Giulia avait versé autant de larmes que son corps en contenait, autant que toutes les sources d’un plateau battu par les pluies. Et puis un matin, tout s’était tari et Giulia gardait désormais les yeux secs en toute circonstance.

Ce 9 mai 1948, elle n’éprouvait aucune envie de pleurer. Elle était furieuse. Furieuse d’avoir quitté son beau village perché dans la montagne, entouré de vergers, de tuiles orange aux toits crevant l’air bleuté, pour aboutir dans cet enfer de voitures et d’immeubles. Sa mère lui avait affirmé que Clara habitait la campagne. Et bien pour la campagne, elle repasserait sa mère. Porco dio, ruminait-elle en jetant un œil à droite puis à gauche à la recherche de la stature de son beau-frère Claudio. Enfin, elle le vit, il cria de loin son prénom et elle eut honte, elle qui ne supportait pas de se faire remarquer, et lui parlait fort, avec les bras et les mains, tout en la rejoignant. Cramponnée derrière Claudio qui se faufilait en mobylette dans les rues de Paris, comprimant entre elle et lui sa petite valise en bois, elle eut tout le temps d’admirer les petits troquets avec leurs tables installées au soleil de mai. Trente kilomètres, lui avait dit Claudio, entre Paris et leur village. Elle pestait intérieurement contre sa mère qui avait anéanti son rêve d’enfant : reprendre le café des Locatelli à Lavis. Depuis qu’elle avait huit ans, elle y avait travaillé, ramassant les mégots, balayant, lavant les carreaux avant de rejoindre l’école. Elle était déjà méticuleuse, récurait dans les coins, mettait un point d’honneur à ce que tout brille. A l’âge de dix ans, elle s’était occupée des verres, à la demande de la patronne. Elle les essuyait minutieusement dans le torchon rêche, avant de les suspendre à l’envers dans les encoches de bois. Quand elle en avait terminé, elle admirait son travail, le nez en l’air, et Madame Locatelli la ramenait brutalement à la réalité. Il restait à laver par terre avant de filer à l’école. Elle avait tellement travaillé, pendant si longtemps, dix ans, qu’elle avait envisagé la suite des événements ainsi : les Locatelli vieilliraient, ils lui demanderaient un jour de tenir le café, elle leur laisserait leur logement et n’occuperait que la petite chambre à l’étage, sous les toits, elle leur remettrait le revenu du café et des extras, les petits repas qu’il fallait parfois confectionner pour les ouvriers le midi, et elle leur demanderait seulement de quoi se nourrir et s’habiller. Point final. Chaque mois, la mère Locatelli lui remettait une pièce pour ses services, elle la déposait dans une anfractuosité du muret le long du chemin du retour à la maison. De temps en temps, quand elle en avait le temps, elle tirait le petit sac de tissu qu’elle avait elle-même cousu dans deux vieux mouchoirs, et elle comptait son trésor. Un jour, il fallut enlever une pierre du mur pour cacher un deuxième sac de pièces. Elle puisait parfois dans son pécule pour s’acheter un magazine qu’elle planquait sous son matelas avant de le jeter dans le poêle. Puis sa mère l’avait surprise trifouillant dans sa cachette, elle avait subtilisé tout son argent et l’avait distribué le soir à table à ses frères pour qu’ils s’achètent du tabac. Giulia avait crié mais elle avait reçu une torgnole. A dix-huit ans, vous rendez-vous compte. Alors elle avait quitté la cuisine pour rejoindre la chambre qu’elle partageait avec deux autres sœurs et on ne l’avait plus revue aux repas. Sa mère se contrefichait qu’elle mange ou pas. Giulia mangeait les fruits du verger en été, les raisins de la vigne à l’automne, du pain qu’elle fauchait la nuit pendant que tout le monde dormait. Elle avait appris à dompter sa faim. A vingt ans, elle était mince comme un fil, et un peu plus agréable à regarder. Mais elle savait travailler, et de cela elle était fière au-delà de tout.

Quand sa sœur s’était mariée avec un gars du pays, elle l’avait enviée au début. Enfin une qui quittait la maison pour fonder son propre foyer. Mais quand Claudio avait parlé d’aller vivre en France ou en Belgique, Giulia avait décrété qu’elle n’épouserait personne s’il fallait ensuite dépendre de son mari comme elle de ses parents. Non merci.

(à suivre, peut-être)

Marlen Sauvage

Conversation

Photo : Marlen Sauvage

Dans le salon de thé, un couple et son enfant perchés sur de hauts tabourets de bois clair déjeunent en devisant. Le papa porte une kippa noire, posée de travers sur le haut du crâne. C’est un miracle pour moi qu’elle tienne ainsi posée. La petite fille a conservé son manteau bleu marine et son bonnet rouge, façon béret à hauts bords, et avale son chocolat les mains serrées autour de la tasse de porcelaine, en levant de temps en temps ses grands yeux marron vers son père. Le père de dos me cache la maman. L’un et l’autre s’adressent à l’enfant, d’une voix douce, gentiment. Conversation d’adultes d’où elle n’est pas exclue. Le salon de thé affiche une pancarte blanche et rouge, garantissant les produits casher, je lis « casherout » sans savoir bien si c’est un nom ou un adjectif. Ici on vend du bordeaux casher en boîte de bois, à 25 € les trois bouteilles. Et des gâteaux orientaux plus ou moins mielleux, plus ou moins orange ou jaune, à 1,50 € l’unité. Mais aussi des croissants, d’énormes pains au chocolat dont je me demande comment la jeune serveuse peut y résister. J’en déduis que la petite famille est une habituée des lieux. Y déjeunent-ils tous les dimanches ? La petite fille au béret rouge gardera-t-elle le souvenir de ces chocolats chauds avalés autour d’une petite table ronde, sous le regard protecteur de ses parents ? Il a de longues mains fines, presque osseuses, des mains de musicien, de violoniste peut-être, ou de pianiste. Elles volent un instant au-dessus de la table, accompagnent ses paroles, je n’entends pas ce qui se dit, un rire fuse, un rire qui teinte autrement la scène, celui de la maman, qui, s’écartant de la trajectoire, laisse seulement apparaître une chevelure brune bouclée. La fillette interroge son père du regard mais il baisse la tête et c’est un silence long qui s’installe. Il n’y a plus que le dos du père, large sous la parka, le cliquetis d’une fourchette sur une assiette, et les grands yeux de la gamine. Après le déjeuner ils marcheront dans le parc voisin, la petite les devancera, sautillant d’un pied sur l’autre, se retournant parfois pour vérifier qu’ils la suivent toujours, ils poursuivront leur conversation animée, s’écartant parfois l’un de l’autre, se questionnant d’un mouvement de tête, et se rapprocheront, lui l’enlaçant du bras gauche, brièvement pourtant, car elle se dégage de son étreinte enfonçant les mains dans les poches de son manteau, avant de courir vers la petite, de ramasser à terre une barrette qu’elle lui remet dans les cheveux, tandis qu’il n’imagine pas un autre enfant parmi eux, celui qu’elle lui réclame depuis des mois, que ses épaules d’un seul coup s’affaissent à l’idée de la perdre, elle, sa belle jeune épouse au front buté, à l’allure si déterminée.

Marlen Sauvage

Quatrième proposition du cycle d’écriture de François Bon, intitulé « Vies, visages, situations, personnages ». Les textes des autres auteur.e.s sont 

Carioca

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Qui l’eut cru ? En cette période de crise aiguë de paranoïa (pour lui), elle avait réussi l’impensable : amadouer ses peurs, profiter d’un moment de répit, d’une ouverture pour tenter un autre raisonnement : et s’il pouvait s’abstraire de ce terrible héritage psychologique ? Et s’il détenait en lui la force de lutter contre ce tempérament colérique ?

Alberto s’était enfermé dans un profond mutisme : le début de la réflexion.

Allongé sur le canapé, il sirotait maintenant un PCB, autre héritage du père, tangible celui-ci : picon-citron-vin blanc, que le rituel du samedi les amenait à boire parmi les forains et les visiteurs sur le marché de Marcigny. Elle lui avait collé dans les mains Aïe, mes aïeux !, d’Anne Ancelin Schützenberger, et il dévorait tout des liens transgénérationnels, des secrets de famille, du syndrome anniversaire et de tout ce qu’il fuyait jusqu’à présent comme la peste. Elle se félicitait. Il s’ensuivait de longues discussions entre eux sur la part de liberté qui est échue aux hommes (et aux femmes) de ce monde, de la nécessité d’affronter le plus douloureux en soi, et pour lui, de mettre des mots sur ce sentiment d’injustice qui empoisonnait sa vie depuis toujours. Elle approuvait.

Quand il conclut sa lecture par : « Et s’il n’y avait pas d’héritage, au fond ? », elle secoua la tête d’un air navré. Enfin, c’était une autre façon de voir les choses et si cela pouvait résoudre une partie de son problème… Elle rangea Anne Ancelin sur l’étagère pour ne plus y penser.

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Pour écrire ces microfictions, un procédé, toujours le même : un mot (ici, CARIOCA) que je décline en autant de mots qu’il comporte de lettres (crise, amadouer, réussir, impensable, ouverture, colérique, Alberto), le tout en quelques secondes. Mots jetés sur un carnet que je relis avant de démarrer une histoire… par quoi, comment ? Mystère. Ici, c’est la crise qui l’a emporté ! Cinq minutes pour écrire, c’est ma contrainte. Le mot initial n’apparaît pas forcément dans le texte.

Léonie

Léonie s’agenouille, frotte, gratte, pour effacer la tache sur le sol rouge, carrelage aux joints noirs qui charrient de la poussière accumulée. Parfois c’est au couteau qu’il faut y aller – encore heureux que je ne manque pas d’huile de coude – et cet évier qui jaunit – un peu de vinaigre Briochin, allez. Elle s’échine elle récure elle ne ménage pas sa peine, tout son corps tressaute pendant que debout devant l’évier elle le décape en tous sens. L’étagère aussi a droit à son coup d’éponge vinaigrée et puis c’est le tour des meubles qu’il faut dépoussiérer avant de les cirer à la cire, de la cire d’abeille bien dorée bien liquide dont elle mouille abondamment le chiffon vert en éponge, morceau récupéré d’une serviette de toilette usée, car rien ne doit se perdre. Elle marmonne en époussetant chaque aboli bibelot d’inanité sonore, elle murmure en glissant sur les cadres, les animaux en bois, les encriers, les roses des sables, les cendriers, les pots à crayon, les vide-poches, les tampons buvards ; elle soulève les livres de la bibliothèque, souffle sur les tranches parfois dorées, les pages parfois cornées, tourne autour de la table en laissant glisser l’éponge sur la toile cirée, recule au fond de la pièce pour admirer son œuvre.

Tout brille, tout resplendit, tout est lisse, propre, net, sauf sauf sauf … là sur la cheminée – cette toile d’araignée qui pendouille – et plus Léonie avance et plus elle la nargue, la toile, et pour s’en approcher, elle grimpe sur une chaise, enfin l’éponge au bout du bras elle va pour l’agripper, se dresse sur la pointe de ses petits pieds taille 36, heurte de la tête le jambon suspendu là qui se détache d’un coup l’animal alors qu’elle retombe sur ses talons dégringole de la chaise et les dix kilos de la bête la terrassent et elle git sans vie à terre sur le carrelage rouge propre net luisant du sang de Léonie.

Marlen Sauvage

Microfiction, 2012.

Dix petites fictions : 2 – le portail du temple

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JUSTE AU SUD D’OU LA ROUTE principale croise celle qui mène au centre de la bourgade, le temple protestant dresse son clocheton depuis les années 1820 disent certains, 1843 précisément, affirment d’autres. En l’occurrence, le temple héberge aujourd’hui un pasteur qui officie pour quelques protestants se rendant encore au culte : une fois par trimestre ici, et dans l’intervalle dans les six villages voisins, parmi les huit de la paroisse, qui conservent un temple en activité.

Durant plus d’un siècle, alors qu’ils ne disposaient pas de lieu de culte, ou pourchassés par les autorités en raison de leur confession, les protestants avaient pour habitude de se retrouver dans des lieux d’assemblée « au Désert ». Des lieux discrets dont la mémoire se transmet seulement dans les familles qui en étaient propriétaires. C’était une petite clairière dans une châtaigneraie, une carrière dans un lieu encaissé, isolée des regards et des voix, ou au contraire une parcelle située sur un plateau dans un terrain très ouvert, d’où l’on pouvait poster des guetteurs et voir arriver les agresseurs. Ici et là, quelques rochers ou murets servant de sièges aux participants ou de chaire au prédicant témoignent encore de ces réunions de prière.

Ce que les gens nouvellement installés dans ce coin de Cévennes ignorent, c’est que le portail qui ferme le chemin du temple conserve sur lui une trace de cette période où les huguenots furent persécutés. Qui le sait encore à vrai dire…

« Ce que je vous raconte là, je le tiens de mon grand-père, Emile – issu d’une famille catholique par sa branche maternelle, ayant toujours prêté main forte à une famille amie, calviniste dès la première heure (sa branche paternelle) et dont la ferme avait été détruite à la fin de l’année 1703 lors du brûlement de trente-deux communes ordonné par le gouverneur du Languedoc, Lamoignon de Basville, et le maréchal de Montrevel. Emile se souvenait encore de sa grand-mère Marguerite l’exhortant à se comporter dans la vie loyalement et courageusement, prenant exemple sur ces deux familles amies depuis des générations.

Mon histoire débute là dans les années 1700. Dans cette famille huguenote comptant outre les parents deux filles et quatre garçons, il n’était pas question d’abjurer sa foi et de se convertir à la religion du roi. Plutôt mourir ! Les deux filles très tôt mariées prirent un jour le chemin de l’Angleterre, et l’on n’entendit plus jamais parler d’elles ni de leurs compagnons. Parmi les quatre frères, les deux aînés étaient agriculteurs, le troisième, menuisier, le dernier, Pierre, dix-huit ans, était forgeron. L’aîné et le troisième s’en allèrent en Hollande et ne remirent plus jamais les pieds en France. De loin en loin, un « pays » revenu de ces terres lointaines en donnait des nouvelles ; l’on sut ainsi qu’ils se marièrent, prêchèrent leur religion et vécurent dans une relative sécurité.

Le cadet qui était aussi prédicant avait très tôt pris les armes contre les dragons du roi, et un soir de représailles avait trouvé la mort dans une embuscade. Pierre, le benjamin qui était aussi le plus trapu, le plus musclé, était le plus austère, le plus déterminé, le plus rebelle sans doute. Il tenait à sa terre autant qu’à sa religion et loin de lui l’idée ou l’envie de quitter l’une ou l’autre.

En ce début d’année 1703, une riche famille catholique d’une bourgade voisine lui ayant commandé un portail pour marquer l’entrée de leur petit château, il s’était mis en devoir de le réaliser, plein d’amour pour son métier, et plein de bonne volonté à l’égard des habitants quelle que soit leur confession. Car entre eux, protestants et catholiques faisaient bon ménage ; il avait fallu l’autorité d’un roi et de quelques petits seigneurs pour détruire la belle harmonie de ces vallées.

Pierre avait un matin de printemps rendu visite à la famille catholique, parti tôt une besace sur l’épaule, il avait emprunté les sentiers de chèvre jusqu’à la crête, traversé les hameaux et les fermes, marché durant des heures à travers les bois de l’autre côté de la vallée, jusqu’à dominer le petit castel et admirer ses tours rondes, avant d’atteindre l’orée du village où l’attendait le propriétaire. Ils avaient fait affaire à l’extérieur de la bâtisse, mais Pierre avait surpris une jeune fille rentrant des prés, un chien de berger sur les talons, dénouant son foulard tout en les saluant de loin. « Marie ! » l’appela son père, « va soigner ton grand-père, il t’attend près de la cheminée. » Le regard de Marie croisa celui de Pierre et ce fut le début de leur amour.

Quelques mois plus tard, le portail terminé, entreposé dans la grange qui faisait office de forge, attendait d’être livré quand les dragons du roi entamèrent leurs visites aux fermes isolées. Prévenus de leur venue, les habitants cachèrent leurs menus trésors, divers objets, linge et vêtements dans des caches, près des ruisseaux, et démontèrent le toit de leurs maisons, limitant ainsi les futurs dégâts. Puis ils se réfugièrent sur quelque hauteur, à l’abri des regards, observant impuissants les dragons incendier leur lieu d’habitation.

On était en novembre par un après-midi ensoleillé, et c’était encore plus triste que par un jour de pluie de voir brûler ainsi sa ferme, les mûriers noueux, quelques châtaigniers en contrebas et leur clède. Les habitants de certains hameaux furent débusqués et déportés vers le village où se tenait la garnison. Pierre descendit la rage aux dents retrouver les restes fumants de la ferme familiale. Ses pauvres parents avaient durant des heures réussi à le retenir de quelque éclat contre les soldats du roi, il ne leur restait que ce fils et l’opiniâtreté de poursuivre leur existence ici bien qu’il leur en coutât.

Dans la grange brûlée, le portail se dressait à peine rougi par les flammes, et Pierre ignorant les gravats et les cendres, s’en approcha les larmes aux yeux. Les deux alliances gravées sur chacun des montants luisaient malgré la nuit tombante ; discrètes, il les avait ajoutées aux motifs réclamés par la famille pour dire secrètement son amour pour Marie. Emile se souvient que sa grand-mère racontait l’histoire de sa propre grand-mère, avec passion et émotion. Un jour pourtant le portail marqua l’entrée de la propriété des parents de Marie. Puis vinrent d’autres escarmouches, d’autres combats, d’autres déportations, Marie et Pierre s’enfuirent, loin des Cévennes et Pierre ne partit que pour l’amour de Marie. Quand ils revinrent en 1715, le château de la famille avait brûlé, ses pierres avaient été dispersées, ses fenêtres à meneaux récupérées ici et là par des habitants ; ne restaient que des ruines et la végétation envahissante. Le père de Marie et son grand-père étaient morts ; son frère, sa grand-mère et sa mère avaient survécu, réfugiés dans une cachette huguenote par le père de Pierre et désormais installés ici dans leur ferme.

Pierre et Marie bâtirent leur propre ferme au milieu d’une châtaigneraie et travaillèrent d’arrache-pied, élaguant les ronces et les genêts, élevant des murets, construisant la soue à cochon, la chèvrerie, le poulailler, des terrasses où cultiver l’oignon, le seigle et la lentille, la clède où sécher les châtaignes et l’aire à battre, élevant leurs cinq enfants dans la tolérance et le respect des convictions de chacun. »

Aujourd’hui un gros bracelet de fer muni d’une chaînette permet de refermer le portail du temple. Les vacanciers rient de cette boîte de conserve, étrange moyen de rapprocher les deux montants. Mais aucun ne voit ni ne regarde de près le détail gravé sur l’un et l’autre, se faisant face, les alliances, celles de Pierre et de Marie.

Témoignage recueilli en 1930 par Emilien, 50 ans, auprès de Emile, son grand-père, lui-même arrière-arrière-petit-fils de Pierre, et conservé dans les archives familiales.

Emilien, né en 1880, fils de Jean, né en 1841, fils de Emile, né en 1815, fils de Jacques-Marie, né en 1780, fils de Jean-Marie, né en 1755, fils de Numa, né en 1724, dernier fils de Pierre et de Marie.

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Dix petites fictions avec pour premiers mots ceux empruntés à Ambrose Bierce dans Histoires de fantômes, traduit et publié par François Bon & Tiers Livre éditeur.
Pour Le portail du temple, « Juste au sud d’où la route… » tiré au hasard du livre dans « Ce qui s’est passé à Nolan ».