Paroles d’Yves Bonnefoy…

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Yves Bonnefoy (1923-2016)

Nous vivons dans un monde où nous sommes absents de nous-mêmes. La représentation que nous nous faisons de la réalité nous coupe de notre être en profondeur. Je considère cela comme l’opposition d’un moi, le gestionnaire de cette représentation du monde qui est notre lieu commun, et d’un je qui se souvient de sa finitude et qui retrouve les grandes fonctions simples, les grands besoins de l’existence. La poésie est la reconquête de l’expérience du je par opposition au moi narcissique, organisateur, celui que l’on voit à l’œuvre dans la littérature. Dans cette perspective, le poète fait des efforts pour briser les enchaînements du discours et pour retrouver ce je. Prenant appui sur le son du mot, qui est la réserve d’unité au sein d’un vocable dont la part notionnelle fragmente le réel, la poésie désagrège la représentation du monde pour retrouver le rapport immédiat que l’on veut avoir avec soi. « Je est un autre », dit Rimbaud, cette parole est fondamentale. Se chercher à travers le monde du moi c’est essayer d’établir un rapport de finitude à finitude avec cet autre être qui est moi-même. Plus on approche de l’expérience poétique dans sa spécificité, plus la présence de l’autre est importante ; elle est intérieure à soi-même. Dans le livre que j’ai intitulé La Longue Chaîne de l’ancre (2008), la première partie qui s’appelle « Le désordre » est le constat d’autres voix qui viennent de moi, de nous. En profondeur, la poésie se découvre très naturellement un théâtre, un théâtre sans scénario avec la coprésence de voix simples qui constituent la diversité de l’être humain. En écrivant je m’adresse à un « toi » qui est moi-même, tout en étant la tentative de constituer l’autre dans sa présence.

Yves Bonnefoy
in Ecritures croisées – Parcours raisonné dans les littératures du monde
Textes réunis par Annie Terrier, Guy Astic et Liliane Dutrait. Editeur Rouge Profond, 2011.

Photo DR. Site diacritik.com

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Vingt-cinq ans de Fête du Livre à Aix-en-Provence ont suscité ce recueil étonnant des voix de grands noms de poètes, de romanciers (Gao Xingjian, Toni Morrison, Kenzaburo Ôe, Mahmoud Darwich, Yves Bonnefoy, Octavio Paz, Günter Grass… j’en ai compté 56 !), accompagné d’un film.

Et si les tableaux parlaient ? [Femme au soleil du matin]

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© Caspar David Friedrich – Femme au soleil du matin (détail), 1818
Musée Folkwang, Essen

« Mon très cher frère, si je t’écris ce matin, c’est que je veux te faire partager le moment que je viens de connaître et l’émotion qui m’enserre encore la poitrine. Je me suis éveillée moins tardivement que de coutume et l’altération de ma santé m’a laissé un répit dont j’ai profité pour sortir de ma chambre et tenter quelques pas dans la campagne. Je ne saurais te dépeindre les couleurs du ciel dans les instants qui ont précédé l’apparition du soleil derrière notre Leichtberg. La journée sera venteuse je crois ; les nuages avançaient en rouleaux comme sur une mer céleste pour se perdre derrière les plis vaporeux de l’horizon. L’air même que je respirais avait les couleurs de l’or et du vermeil.

Et toi ? Ton voyage en Suisse, au pays des pics et des glaciers t’apporte-t-il les satisfactions que tu en attendais lors de ton départ, après les recommandations de nos parents et nos tendres embrassements ? Je sais que tu aimes à méditer devant les abîmes où le regard se perd et que ces paysages grandioses savent t’offrir les vertiges dont se nourrissent les imaginations fiévreuses et les aspirations des cœurs inquiets. Ah, Caspar, si le mal dont je souffre devait par malheur m’être fatal, sache que je me laisserais emporter par le flot lumineux de ces nuées d’un matin. J’ai la confiante pensée que ton regard aimant saurait m’y trouver.

Héloïsa »

Yves Jaffrennou – Les Toiles de Vénus, 2016.

(Avec l’aimable autorisation de l’auteur)

En réalité, dans ce livre publié à compte d’auteur, la question que se pose Yves Jaffrennou, est la suivante : « Et si on laissait parler les personnages des tableaux ? ».

Ici, des personnages féminins qui ont pris vie sous le pinceau des maîtres de la peinture occidentale depuis la Renaissance, disent leur chant intime, et, dans l’originalité de chacune d’entre elles, engagent à chaque fois entre les tableaux et nous la possibilité d’un dialogue, d’une émotion partagée.

Professeur agrégé de lettres modernes, Yves Jaffrennou, est l’auteur de plusieurs livres et poèmes (liste non exhaustive) :
O filles de Ieroushalaïm, 1990, éd. Clément.
La guerre de Titi, Mémoires, 2004, éd. Cheminements
Cévenol, une mémoire des Cévennes, 2005, éd. Cheminements
Les vélos indiscrets, 2007, éd. Cheminements
Simon et Louise, 2008, éd. Cheminements
Native, 2011, éd. LApart
Le Nombril d’Eve, 2012, éd. LApart
Les mots du jour, 2014, éd. LApart
Le loup et la petite fille, un conte illustré par Evelyne Mary, 2015, éd. Rue du monde.

Et si les tableaux parlaient ? [Judith décapitant Holopherne]

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© Artemisia Gentileschi – Judith décapitant Holopherne (détail) – 1612-14
Musée Capodimonte, Naples

Tiens sale porc, la voici ta nuit d’amour ! Ah tu voulais m’allonger sur ta couche et qu’à ta guise j’écarte les cuisses ! Tu te croyais maître du monde, toi le mâle, le puissant. Sans tes armées tu n’es rien : qu’un rustre, faible, vil et grossier.

Ah, canaille fangeuse, j’entends tes derniers râles. Ils n’ont pas l’air de plaisir, dis donc ! Non, le plaisir est pour moi et pour ma bonne servante. Sur mes seins, dans mon ventre, jusqu’au fond de mon vagin. Deux femmes à la fois ! Tu n’en espérais pas tant, breneuse créature, immonde pourriture, rebut de la nature !

Et si tu avais réussi ton forfait, je t’aurais aussi tranché les couilles et les aurais jetées au plus pouilleux des chiens.

Artemisia, ma sœur, je te venge par tes pinceaux. C’est toi qui tiens cette lame et fais justice de ton violeur. Grâces soient rendues aux Livres Saints ! Gloire au récit de mon histoire, si elle te vide de ta douleur !

Qu’hors de toi soit désormais ta rage ! Que la paix de Dieu et du Diable soient dans ton cœur !

Yves Jaffrennou – Les Toiles de Vénus, 2016.

(Avec l’aimable autorisation de l’auteur)

L’actualité de ce tableau est ici !

En réalité, dans ce livre publié à compte d’auteur, la question que se pose Yves Jaffrennou, est la suivante : « Et si on laissait parler les personnages des tableaux ? ».

Ici, des personnages féminins qui ont pris vie sous le pinceau des maîtres de la peinture occidentale depuis la Renaissance, disent leur chant intime, et, dans l’originalité de chacune d’entre elles, engagent à chaque fois entre les tableaux et nous la possibilité d’un dialogue, d’une émotion partagée.

Professeur agrégé de lettres modernes, Yves Jaffrennou, est l’auteur de plusieurs livres et poèmes (liste non exhaustive) :
O filles de Ieroushalaïm, 1990, éd. Clément.
La guerre de Titi, Mémoires, 2004, éd. Cheminements
Cévenol, une mémoire des Cévennes, 2005, éd. Cheminements
Les vélos indiscrets, 2007, éd. Cheminements
Simon et Louise, 2008, éd. Cheminements
Native, 2011, éd. LApart
Le Nombril d’Eve, 2012, éd. LApart
Les mots du jour, 2014, éd. LApart
Le loup et la petite fille, un conte illustré par Evelyne Mary, 2015, éd. Rue du monde.

 

Et si les tableaux parlaient ? [La femme qui pleure]

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©Pablo Picasso – La Femme qui pleure (détail) – 1937
Tate Modern, Londres.

 

Mes yeux crient et ma bouche pleure.

Mon deuil est maintenant à mes pieds.

Mes mains se tordent et tremblent de colère et de douleur.

Que m’importe la terre espagnole, drapeau jaune
d’épis saccagés et rouge du sang répandu.

Le bleuet des fêtes et de l’espoir déjà se fane, piétiné.

Plus d’herbes pour les troupeaux, les eaux boueuses
de mes cheveux fauchent le ciel en cataractes.

J’ai creusé mon front des tranchées de l’attente.

En vain mes prières au Dieu de miséricorde.
Etouffées. Le ciel ne sait dire que l’appel des armes.

J’étais autrefois dans l’harmonie du monde, mais le corps de la terre s’est désarticulé.

Ils ont fusillé mon homme de deux balles dans le dos.

 

Yves JaffrennouLes Toiles de Vénus, 2016.

 

En réalité, dans ce livre publié à compte d’auteur, la question que se pose Yves Jaffrennou, est la suivante : « Et si on laissait parler les personnages des tableaux ? ».
Ici, des personnages féminins qui ont pris vie sous le pinceau des maîtres de la peinture occidentale depuis la Renaissance, disent leur chant intime, et, dans l’originalité de chacune d’entre elles, engagent à chaque fois entre les tableaux et nous la possibilité d’un dialogue, d’une émotion partagée.

Professeur agrégé de lettres modernes, Yves Jaffrennou, est l’auteur de plusieurs livres et poèmes (liste non exhaustive) :
O filles de Ieroushalaïm, 1990 (éd. Clément).
La guerre de Titi, Mémoires, 2004 / Cévenol, une mémoire des Cévennes, 2005 / Les vélos indiscrets, 2007 / Simon et Louise, 2008 (éd. Cheminements).
Native, 2011 /  Le Nombril d’Eve, 2012 / Les mots du jour, 2014 (éd. LApart).
Le loup et la petite fille, un conte illustré par Evelyne Mary, 2015 (éd. Rue du monde).

 

Il est libre celui qui meurt libre (Zazie n. 38)

le portrait inconscient

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Il est libre celui qui meurt libre

Il est libre
celui qui s’adapte à demeurer seul
au milieu des autres,
celui qui sait choisir ses amis
ses compagnes, ses camarades,
celui qui sait garder un secret,
celui qui sait comment
en quelle mesure
se charger
de ses propres responsabilités
du chaos
de notre société
de ses équilibres défavorables
de la répression
qui serpente partout.

Il est libre
celui qui ne franchit pas
ses limites,
celui qui ne part pas,
qui ne songe pas
aux coups de théâtre
aux lettres qui tuent
aux chantages
aux vengeances
aux silences définitifs,
celui qui sait comment
parler à son corps,
celui qui apprend
au fur et à mesure
à se caler
dans la lutte
dans la découverte
de mondes nouveaux,
celui qui réussit à garder
son identité exquise
sans payer le prix
de liens visqueux
avec le monde.

Il est libre
celui qui vit

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Tristesse, par Anissa

marlen-sauvage-arbreTunis

Sur l’océan des âges j’ai vu
déferler mon âme hier et toujours sur la plage et de l’inquiétude,
et de la non béatitude et de la morosité.

Temps qui passe et dépasse
les choses et les êtres
tu sembles ne pas me voir dans
mon coin, seule, à bout de force,

Tu offres aux uns joie et gaieté,
aux autres amour et beauté.
Et tu t’en vas, tu passes
sans t’apercevoir, sans t’occuper

De cet être qui, au coin
seul, et à bout de force
las d’attendre une paix
promise et qui n’arrive jamais.

Sur l’océan des âges, mon coeur
battait encore pour cet inconnu
qui a perdu mes voies
et mon drapeau et mon parfum.

Et c’est ainsi que je me brisais
hiver et printemps automne et été
à coups répétés, à coups saccadés
sur les ombres passées, sur les villes quittées.

Texte © Anissa [dite Violette Rose]

Photo : M. Sauvage

Elles en chambre

Elles en chambre vient de paraître aux éditions de L’Attente.
Juliette Mezenc, l’une des auteurs, est une amie, mais ce n’est pas la raison pour laquelle je relaie l’information sur la sortie de ce livre. C’est que j’ai aimé le lien qu’elle fait avec cette vidéo (lien Publication ci-dessous) où se voit la joie d’un groupe d’hommes dansant sur un chemin de terre au milieu de nulle part. Cette joie, c’est la sienne nous dit-elle, et voilà, vous savez à peu près qui est Juliette. Son écriture lui ressemble.

Publication by GÖNÜL LİMANINDAN GÖNÜLDEN GELEN ŞARKILAR. DJ SEVİLAY.

Entre essai et poésie, une continuation, près d’un siècle plus tard, de la réflexion conduite par Virginia Woolf dans son essai « Une chambre à soi », sous la forme d’une visite guidée des chambres de femmes écrivains. Chambres d’écriture imaginées sous la surface, dans des régions dissimulées au regard, obscures, maintenues à part d’un quotidien souvent mené de front. Ou comment allier espace intime et contraintes matérielles d’une façon infiniment subtile pour ménager sa liberté intellectuelle.

Vous lirez l’annonce de son livre sur son site http://www.motmaquis.net

Rendez-vous sur le site des éditions de l’Attente . Vous trouverez ou pourrez commander facilement le livre chez votre libraire (peut-être privilégier les libraires partenaires de l’Attente) et bien sûr possibilité de commander en ligne directement à l’éditeur.

 

 

Passe Pierre, les ateliers de l’imaginaire

Je vais avoir la chance d’écrire en résidence avec un groupe de 18 enfants de 8 à 14 ans dès la semaine prochaine et jusqu’au samedi 4 mai. Le projet s’appelle Passe Pierre, il existe à l’initiative de la Fédération des foyers ruraux de Lozère depuis 14 ans. Chaque année, il couvre un territoire donné : pour nous, il s’agira de celui de FloracBédouès et Cocurès.

Créer collectivement un nouveau légendaire, c’est ce qui est demandé… Je n’ai pas encore d’idée précise de ce que j’initierai, en dehors du fait que j’aimerais que ce livre soit le reflet de l’écriture des enfants. Il s’agira davantage pour moi de faire écrire que d’écrire, donc…

Les enfants se partageront entre écriture et arts plastiques, dans des ateliers animés par une illustratrice locale, Dominique Fenice.

A chaque fin de résidence, un livre est publié dans la collection « On dirait que… »

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