Je vous écris, de Samuel Fish

Je vous observe. Vous écrivez. Les mots vous viennent. Les mots semblent vous venir. Non pas aisément mais enfin ils vous viennent. Vos mains soutiennent vos têtes. Pourtant, vos têtes semblent légères. Alors, ce n’est pas que vos mains soutiennent vos têtes, c’est autre chose. J’essaye moi-même, pour comprendre pourquoi vous posez vos mains sur vos têtes. J’ai mis ma paume sur mon front, puis mes doigts, les cinq extrémités de mes doigts sur mon front. Ou plutôt je suis venu poser mon front contre ma main, contre ma paume. C’est chaud. C’est d’abord la chaleur que je sens, que je ressens. Je reviens vers vous : je voudrais vous observer, m’observer à travers vous. Je vous regarde : vous écrivez, vous raturez, vous noircissez. Je vous regarde et je me souviens, soudain je me souviens de quelque chose. Ce souvenir ressemble à une main tendue que vous ne saisissez pas, du moins pas immédiatement, parce que vous ne pensez pas être celui qu’elle salue, vous pensez que c’est un autre que vous que cette main veut saluer. Mais non, c’est bien de vous qu’il s’agit, ce souvenir vous appartient – quelqu’un d’autre ici peut-il se souvenir? C’est dans un grand amphithéâtre. C’est un jour d’examen. Les étudiants sont nombreux. Les copies ont été distribuées. C’est peut-être un commentaire de texte ou une dissertation. L’épreuve dure quatre heures. Deux heures déjà ont passé. Tous écrivent, sauf vous. C’est comme un cauchemar. Vous regardez autour de vous et vous constatez que tous ont rempli des pages et des pages de brouillon, les mains sont posées sur les têtes, les joues sont rouges, les étudiants ressemblent par moments à des statues figées regardant dans le vide, puis comme des fous, comme des illuminés, comme si Dieu venait de leur parler, ils s’animent, et tels des prophètes, ils transcrivent, ils rapportent, ils se remettent à dire, à écrire, à noircir. Et vous pensez que tous vont réussir – sauf vous. Et vous posez votre stylo. Vous rangez vos affaires. Vous vous levez. Vous descendez les marches menant aux professeurs alignés derrière le grand bureau. Vous rendez votre copie, blanche, vierge, intacte. Vous n’y avez tracé que les lettres de vos nom et prénom. Vous faillez. Une fois de plus, vous avez failli. Vous déclarez forfait. Vous remontez les escaliers et vous quittez l’immense amphithéâtre. Nuls applaudissements ne se font entendre. Et voilà. Et voilà qu’aujourd’hui cela recommence. Je vous regarde. Vous ressemblez aux petits étudiants de mon rêve, de mon passé. Vous écrivez et moi je n’écris pas. Je vous regarde écrire et je me regarde ne pas écrire. La feuille blanche est devant moi et mon regard se perd, ou plutôt traverse cette blancheur étincelante comme de la neige, aussi vierge qu’elle, aussi intacte, et derrière se trouvent tous mes souvenirs, tout ce que je n’ai pas retenu, tout ce que j’ai appris puis oublié, et l’un après l’autre, d’abord Mireille, puis Liliane, puis Aline, puis Stéphane, puis Roger, puis Monika, puis Claudine, puis Chrystel bien sûr, puis – et enfin devrais-je dire – Monique, ils cessent d’écrire, se relisent, tranquillement, soupirant (et il me semble que ce sont des soupirs d’aise, de contentement, de satisfaction), les mains reposent sur les cuisses ou sur la table, ils se sont mis à manger et à boire, regardez-les bien, ne vont-ils pas maintenant se lever et remettre leurs copies au professeur, comme jadis ?

 

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Ecrit durant l’atelier de mardi 29 mars à Florac, par Samuel, tout juste débarqué dans ce groupe constitué déjà de 9 personnes. Une proposition d’écriture autour de la parole adressée. MS

Le mur de la peur est tombé !

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Une info que j’ai plaisir à relayer : Paroles de Tunisiennes, le mur de la peur est tombé !, de Marie-Pascale Vincent, vient de paraître aux éditions L’Harmattan. On peut le commander dans toute librairie, sur le site de l’éditeur, ou directement à Marie pour ceux et celles qui vivent en Cévennes ! Pour en savoir plus : http://journaliste-en-cevennes.com/livres/tunisie/

Market, Jean-Pierre Aupetit

Une enseigne avenante et lumineuse surplombe le bâtiment. Le parking est devant. Les portes automatiques s’ouvrent pour le chaland qui pousse un chariot métallique.

Par un pur hasard qui doit sans doute beaucoup au marketing, le visiteur est généralement confronté à un magnifique étalage de fruits et légumes. Savant mélange de couleurs qui évoquent fraîcheur et promesses gustatives, mais, curieusement, aucune odeur ne flotte dans l’air.

Plus loin l’œil est attiré par un parfait alignement de boites de conserves. Digne d’un musée d’art contemporain, cet impeccable rangement provoque une réelle émotion esthétique prolongée par une magnifique exposition de bouteilles d’eau.

Il est à noter que rien ne vient distraire notre attention, aucune ouverture vers l’extérieur, aucune baie vitrée. L’espace est clos et notre attention uniquement dirigée vers les produits disponibles. L’éclairage est électrique et uniforme.

Parfois, un faux cellier présente des vins, soulignant la noblesse du produit.

Mais où tout se complique, c’est au rayon boucherie. Souvent situé au fond du magasin, c’est le seul endroit où le consommateur parle à un vendeur. On ne touche pas à la viande. L’interlocuteur avisé emballe prestement côtelettes et rôtis. On ne doit pas faire le lien entre l’animal sacrifié et le produit fini. Nulle trace de sang ne doit être visible, mais pourtant on débite du boudin au mètre et il serait presque étrange de considérer qu’un steak provient de la chair d’une vache morte.

Le caddie plein, après un parcours étudié, le client dépose ses achats sur un tapis roulant pendant qu’un lecteur de code barre décrypte les prix.

On n’est pas obligé de parler à la caissière.

Immunisés ?

Imaginez l’année 2518 sur une Terre attaquée par un virus qui laisse des marques mauves sur le corps des malades. Imaginez la traque organisée et l’extermination qui s’ensuit pour épargner la population encore indemne. Imaginez qu’un adolescent atteint présente étrangement des marques vertes… La suite est dans le roman de Diane Devresse, une enfant de nos vallées. A 16 ans, elle publie « Immunisés », ce premier roman qu’elle a écrit pendant ses années de collège. N’hésitez pas à le lire, à le conseiller, à l’offrir !

Pour vous le procurer, merci de contacter les éditions Amalthée sur leur site http://www.editions-amalthee.com

Immunisés

NB : Les ateliers du déluge n’ont aucune action chez Amalthée !

Un premier prix pour Guillaume Baulès !

Avec le poème qui suit, Guillaume Baulès a gagné le premier prix 2013 du concours de poésie organisé par le département de la Lozère, dans la section « Collégiens ». Le thème était « avoir et être ». Pour ceux et celles qui ne le savent pas encore, Guillaume a 12 ans. Félicitations !

Une histoire de pouvoir

Etre un hêtre ne change qu’une lettre
Mais, quand avoir a du pouvoir,
Ca ne change plus une, mais trois lettres.
Mais avoir ne veut rien savoir,
Il veut rester maître de cette histoire.

Hêtre dit, moi je suis arbre,
Mais aussi un verbe important,
Avoir lui dit, je n’suis qu’un verbe,
Mais tout ce que je désire
Se réalise tout simplement.

Hêtre, vexé, cherche diverses excuses
Pour prouver sa valeur de muse,
Mais avoir ne veut rien savoir,
Il dit qu’il préfère choir
Que de continuer conversation
Avec cet hêtre un peu trop fanfaron.

Chaque être humain a son hêtre,
Chaque verbe avoir a son maître,
Il n’y a pas d’être sans avoir,
Il n’y a pas d’avoir sans être.

Guillaume Baulès – Janvier 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les poèmes de Guillaume, 12 ans

Guillaume nous adresse ses poésies régulièrement et nous les publions ici. Celles qui suivent ne sont pas particulièrement joyeuses, mais elles reflètent sans aucun doute quelques constats et interrogations pré-adolescentes…

Le mauvais jour des croque-morts

Le macchabée dans le tombeau est enfermé.
Les yeux fermés, le mort ne reviendra jamais
Sur cette terre pathétique, les cadavres sont partis.
Les croque-morts bientôt n’vivront que sur leurs os
Leurs vies ne seront comptées que par les paris.
Tandis qu’les pompes funèbres elles, finiront bientôt.

C’est l’mauvais jour pour les croque-morts.

Où sont passées les pompes funèbres pour accueillir tous les morts ?
Normalement, ils vont chercher deux ou trois morts sur le marché.
Ils avaient l’habitude dans l’métier,
D’enterrer des macchabées dans le cimetière juste à côté.

 

Qui a créé la terre ?

 

 

Qui a créé la terre ?

Les hommes pensent que c’est Dieu

 

Qui a créé la terre ?

 

Les bêtes pensent que c’est eux

 

 

Quelle est la différence entre les bêtes et les dieux ?

 

Peut-être aucune, peut-être une grande.

 

Celui qui sait est pt’être aux cieux

 

ou dans une magnifique lande !

 

 

Qui a créé la terre ?

 

Les hommes pensent que c’est Dieu

 

Qui a créé la terre ?

 

Les bêtes pensent que c’est eux

 

 

Pourquoi les bêtes inférieures

 

Et le dieu tout puissant ?
Pourquoi l’église en intérieur

 

Et les animaux dehors pleurant ?

 

 

Qui a créé la terre ?

 

Les hommes pensent que c’est Dieu

 

Qui a créé la terre ?

 

Les bêtes pensent que c’est eux

 

 

La vie est-elle donc éternelle ?

 

Dans la grande religion

 

Des animaux, nos confrères fraternels,

 

Car c’est avec eux que nous partageons

 

Nos querelles et nos opinions.

 

 

Qui a créé la terre ?

 

Les hommes pensent que c’est Dieu

 

Qui a créé la terre ?

 

Les bêtes pensent que c’est eux

 

 

Peut-être qu’un jour, les bêtes parleront

 

Mais jusqu’à ce jour, réfléchissons…..

 

Réfléchissons…..

 

Petits poèmes sensibles, Guillaume, 12 ans

Le ciel

C’est une grande étendue bleutée
Qu’on pourrait prendre pour l’océan
Mais c’est en réalité
Le ciel porteur de vent

Ses fidèles sujets sont les nuages nacrés
Et ses messagers, les orages passagers
Et c’est quand l’ouragan tombe
Que se déclenche une hécatombe

Sa fille, la pluie
Arrose la vie
Et son grand frère, le brouillard
Fait peur à tous les montagnards

Le ciel protège notre planète
Il la défend de toutes les comètes
Mais se met parfois à tuer
De ses éclairs sacrés

Et croyez vous donc le prophète
Quand il dit que le ciel vous tombera sur la tête

Le Ciel
Le ciel est une beauté
Qui nous tue ou qui nous protège
Mais il est doux comme la neige
Quand il vient me faire rêver.

La mort

La mort est un sommeil
Dont jamais on ne se réveille.

C’est ce repos sans chagrin
Qui fait s’arrêter le destin.

Nous nous retrouverons enfin
Dans un monde sans fin.

Et peut-être qu’au cimetière,
En te penchant sur ma tombe,
Tu verras écrit par terre :
« Ton doux cœur est comme une bombe
Qui éclatera un jour peut-être
Et tu verras tes ancêtres
Un par un qui vont renaître
Pour ne plus réapparaître.

Tout cela est une pensée
Qui s’est perdue dans les années.
A vous de la retrouver.

Pour cela recherchez
Dans vos rêves
du passé

Confidence d’une fleur

Une fleur m’a parlé
Mais comment cela se fait ?

Dans un pays tout enneigé
Comme peut l’être la Franche-Comté

On peut aussi la trouver
Dans les champs et dans les prés

C’est mon petit perce-neige
Aussi fragile qu’un bout de liège

Et chez nous les Français
On l’appelle goutte de lait

Dans ton cœur ensoleillé
Je ressens toute ta beauté

Tu es le courage des indiens
Et la sagesse entre mes mains

Ce poème n’est pas que pour moi,
Tout ce qui compte c’est que tu sois près de moi

Guillaume Baulès, 12 ans.

 

Silence, Sylvie Chaudoreille

Il suffisait simplement de gommer l’arbre/

D’attendre pour que l’évidence nous rejoigne/

Omettre le tout pour s’emparer du détail.

Le silence imbibait la folie des herbes/

Nimbée de l’éblouissement céleste/

Trouées bleutées permettant au regard de s’échapper.

Elle chemine et l’ombre la caresse/

Quand l’alignement sera là/

Elle reviendra par endroits.

Silence….