Arles, parmi ce que j’ai aimé #8 (Fin)

Spéciale dédicace pour mon père

Dans le Jardin des voyageurs, à Arles, cette année, peu de choses, et peu de choses intéressantes à mon goût, mais j’ai eu le regard accroché par cette série d’images de Girma Berta, intitulée Ombres mouvantes, où sur de grands aplats de couleur, l’artiste (graphiste, je crois, à l’origine) donne à voir sa ville, Adis Abeba, sous les traits de travailleurs qu’il met ainsi en scène, tout en leur rendant hommage. Le cartel disait « Nous sommes invités à les voir (ces travailleurs ordinaires) non pas comme les habitants anonymes d’une rue animée mais comme les personnages centraux de drames humains individuels. » Et c’est bien comme ça que je les ai vus.

Dans le même espace, Guillaume Bonn exposait quelques images d’un territoire ravagé par les guerres civiles : Mozambique, Tanzanie, Kenya, Somalie. Dans ce dernier pays, la photo de la femme en robe rouge qui monte les marches d’une cathédrale en ruines, à Mogadiscio, était incontournable. Voir la beauté là où il n’y a que désolation… La série est intitulée La côte du Moustique, le littoral de l’Afrique de l’Est, si j’ai bien compris.

Photos : © Marlen Sauvage et Carine Klingemann (1, 2 et 3).

Arles, en attendant encore…

Ce n’est pas que je parte trop loin, mais le temps de trier encore les photos (d’autant que j’en ai raté pas mal), de retrouver une ou deux réflexions à propos de l’une ou l’autre (notées quelque part, mais où ?), pour finir par être absorbée par autre chose… la lecture du dernier (vrai) courrier reçu sur son papier bleu, glissé dans son enveloppe bleue, la même couleur depuis quarante ans (et j’ai le vertige), ou le linge à étendre, ou l’idée (géniale) qui me traverse l’esprit pour le livre en cours concocté dans l’atelier de François Bon, ou la réponse au dernier audio reçu de Prèle (ce qui réclame bien une demi-heure), ce genre de choses qui font le quotidien, vous savez ce que c’est. Donc seulement une petite image d’un mur de la ville… A bientôt.

Arles, parmi ce que j’ai aimé (#7)

Une courte suite à l’expo Masculinités déjà relatée sur ce blog, qu’il faut aller voir (jusqu’à fin septembre) et dont je ne donne ici qu’un aperçu, c’est le moins qu’on puisse dire.

© Thomas Dworzak

Les photos découvertes par Dworzak et exposées lors de ces Rencontres sont absolument étonnantes ! Et d’ailleurs, je me questionne sur la pertinence du copyright attribué au photographe allemand ! Autre chose, il s’agit plus de photos colorisées que de photos couleur, non ? Plus je les regarde, plus cela me paraît évident… Les quelques gouttes de turquoise sur le turban de l’un, le contour des hommes, la couleur du bracelet-montre, bref. Pour le plaisir, j’en joins une autre !

© Thomas Dworzak

Je l’ai dit déjà, l’expo Masculinités est prolifique. Ci-dessous, un autre cartel explicatif, pour susciter la réflexion, sans photo associée…

J’en termine ici avec les Masculinités pour évoquer maintenant The New Black Vanguard, avec les photos qui suivent. C’était à La Chapelle Sainte-Anne (tous les lieux d’expo à Arles sont superbes), et je crois que c’est la toute première expo que nous avons admirée avec Carine K. Il s’agissait surtout de photographies de mode, où les artistes se questionnent sur la “représentation du corps noir et de la vie des Noirs en tant que sujet”. Je crois que là, j’ai tout aimé ! Malheureusement, je n’ai pas noté le nom de chaque photographe, quelle erreur…

© DR (mais la photo est de Carine Klingemann)
© Dana Scruggs, Nyadhour, Elevated, (source : site des Rencontres)
© DR (photo : Carine Klingemann)
© DR – photo : MS

(Arles nous réservait encore quelques surprises, à suivre donc

Arles, parmi ce que j’ai aimé #6 (Masculinités)

A la Mécanique générale, la très grande exposition consacrée aux Masculinités, La libération par la photographie, demandait une attention particulière, parce qu’étaient représentés un grand nombre d’artistes et que je la visitais en fin de journée… L’expo dure jusqu’au 26 septembre, un conseil donc : y aller le matin !

A droite, © Rotimi Fani-Kayode, Sans titre, 1985. 

Je reprends ici le texte exposé aux Rencontres qui dit toute l’intention de l’expo.

« Cette exposition majeure étudie la manière dont la masculinité a été codée, interprétée et construite socialement des années 1960 jusqu’à aujourd’hui, par le biais du cinéma et de la photographie. Elle examine les représentations de la masculinité, rassemblant plus de 50 artistes, photographes et réalisateurs internationaux, dont Laurie Anderson, Sunil Gupta, Rotimi Fani-Kayode, Isaac Julien et Catherine Opie. Dans le sillage de #MeToo, l’image de la masculinité a été mise en lumière, et les concepts de masculinité toxique et fragile se sont infiltrés dans notre société. Cette exposition retrace les représentations souvent complexes et parfois contradictoires des masculinités, et la façon dont elles se sont développées et ont évolué avec le temps. Elle aborde les thèmes du pouvoir, du patriarcat, de l’identité queer, des politiques raciales, de la perception des hommes par les femmes, des stéréotypes hypermasculins, de la tendresse et de la famille, et examine le rôle critique que la photographie et le cinéma ont joué dans la manière dont les masculinités sont imaginées et comprises dans la culture contemporaine. »

Quand je peux retrouver sur le net les photos qui m’ont particulièrement plu, je ne vous impose pas les miennes, ratées, avec un point lumineux insupportable… mais je mentionne les cartels, tant qu’ils restent lisibles…

© George Dureau – Lemonde.fr
© Adi Nes – awiderbridge.org
© Peter Hujar (photo MS, pardon !) – Homme orgasmique

Dans la première édition de cette page, j’avais confondu Herb Ritts et Peter Hujar ! Je n’ai pas retrouvé le cartel concernant ce dernier, mais il semble qu’il apparaît durant ces Rencontres 2021 aussi bien dans l’expo Masculinités, que dans celle intitulée The New Black Vanguard, dont je parlerai plus tard.

© Herb Ritts
© Fouad Elkoury, photo MS

Ma photo de la série d’images d’Annette Messager est particulièrement ratée. Mais comme le net n’en propose aucune concernant cette exposition datée de 1972, je la commets tout de même ici.

Photo : MS – Extrait de la série « Les Approches », d’Annette Messager – L’homme de 45 ans.

Et voici le texte sous chacune des photos de la série ci-dessus, intitulée « L’homme de 45 ans » :

1 – Elle en a assez de se taire

2 – Elle lui dirait qu’aujourd’hui il porte son pantalon à carreaux gris qu’elle préfère à celui d’hier, mais qu’elle aime bien aussi celui qu’il avait jeudi, 

3 – Qu’elle a d’ailleurs trouvé des échantillons de tissu correspondant, 

4 – Et qu’elle aime les regarder et les toucher quelquefois

5 – Sachant que peut-être elle pourrait le revoir (…) à la même heure, car il semble très pressé maintenant

Pour d’autres séries et notamment « L’homme aux manches retroussées », l’histoire commençait aussi par « Elle lui dirait… » mais se terminait par « Voilà exactement ce qu’elle lui aurait dit si elle lui avait parlé… ». Une idée à creuser pour un atelier d’écriture, pensai-je…

Les photographes des Masculinités

Bas Jan Ader (1945-1975), Laurie Anderson (1947), Kenneth Anger (1927), Knut Åsdam (1968), Richard Avedon (1923-2004), Aneta Bartos, Richard Billingham (1970), Cassils (1975), Sam Contis (1982), John Coplans (1920-2003), Rineke Dijkstra (1959), George Dureau (1930-2014), Thomas Dworzak (1972), Hans Eijkelboom (1949), Fouad Elkoury (1952), Rotimi Fani-Kayode (1955-1989), Hal Fischer (1950), Samuel Fosso (1962), Anna Fox (1961), Masahisa Fukase (1934-2012), Sunil Gupta (1953), Peter Hujar (1934-1987), Liz Johnson Artur (1964), Isaac Julien (1960), Kiluanji Kia Henda (1979), Karen Knorr (1954), Deana Lawson (1979), Hilary Lloyd (1964), Robert Mapplethorpe (1946-1989), Peter Marlow (1952-2016), Ana Mendieta (1948-1985), Annette Messager (1943), Duane Michals (1932), Tracey Moffatt (1960), Andrew Moisey (1979), Richard Mosse (1980), Adi Nes (1966), Catherine Opie (1961), Elle Pérez (1989), Herb Ritts (1952-2002), Kalen Na’il Roach (1992), Collier Schorr (1963), Paul Mpagi Sepuya (1982), Clare Strand (1973), Mikhael Subotzky (1981), Larry Sultan (1946-2009), Hank Willis Thomas (1976), Wolfgang Tillmans (1968), Piotr Uklański (1968), Karlheinz Weinberger (1921-2006), Marianne Wex (1937-2020), David Wojnarowicz (1954-1992), Akram Zaatari (1966).

A suivre…

Arles, parmi ce que j’ai aimé #5

From disaster to desire… ça sonne mieux en anglais qu’en français ! (sans jouer les snobinardes)… Du désastre au désir, donc, Vers une autre mythologie du spatial. Quand j’ai dit ça, je n’ai rien dit, vous ne comprenez rien, et c’est normal.

Je dois l’avouer, au début, je n’ai pas compris grand-chose à cette installation où des photos au format identique – mais magnifiques, les photos – côtoient des vidéos dans laquelle une femme (Anamanda Sîn) tient des propos incompréhensibles, des panneaux lumineux projettent des formes multicolores qui cachent un visage ou encore des stores verticaux scindent un paysage en autant de bandeaux qui recomposent l’image initiale, une sorte de vaisseau spatial trône au milieu de l’espace…. Mais j’ai été saisie d’emblée par l’atmosphère, comment dire, cosmique, du lieu ! Car il y a comme un envoûtement dans cet environnement brut où chaque objet vous appelle, vous invite à une connexion subtile… et vous ignorez bien laquelle ! L’explication vient bien sûr à la lecture des nombreux cartels.

Je vous parle de Désidération (Anamanda Sîn)… où de-sideris, signifie le regret de la perte des étoiles mais aussi le désir de leur retour… Ce que j’ai compris de cette histoire, c’est qu’ayant perdu notre lien au cosmos, le moyen de le retrouver passerait entre autres par la médiation avec les météorites, voire par « l’injection » sous la peau de ces objets extraterrestres . Nous sommes en plein délire bien sûr, et comme ça fait du bien !

SMITH, le plasticien, partage avec nous sa nostalgie du cosmos… dit ainsi, ça commence à faire sens. Egalement photographe, metteur en scène et chercheur, il « explore la pratique et la pensée de la métamorphose : transition de genre, d’ère et d’état, plasticité, mutations et travail du rêve, jalonnent ses propositions depuis dix ans. » Nous sommes donc en plein délire, certes, un délire poétique, et c’est cela qui m’a happée d’emblée. Pour ce projet élaboré dès 2017, Smith travaille avec un astrophysicien (Jean-Philippe Uzan), un écrivain (Lucien Raphmaj), un designer (Matthieu Prat), un compositeur et violoncelliste (Gaspar Claus), une performeuse (Nadège Piton), deux performeurs (François Chaignaud et Adrian Gebhart), une créatrice textile (Zélia Smith). Tout de suite, vous saisissez la tonalité, n’est-ce pas ?

Tout cela reflète si pauvrement l’atmosphère saisissante de cette exposition visuelle et sonore… C’est celle qui m’a le plus marquée, avec celle de Sabine Weiss, pour ces rencontres photographiques 2021.

Ci-dessous, un extrait trouvé sur le net qui raconte peut-être mieux encore ce que j’ai tenté de partager ici :

« Explorant la porosité des pratiques artistiques, scientifiques, de la philosophie et des narrations spéculatives, Désidération propose une autre mythologie du spatial, à travers la pensée d’une humanité interstellaire en quête de nouvelles alliances avec son cosmos originaire. Jouant sur le trouble de son étymologie, qui oscille entre le regret de la perte des étoiles (de-sideris) et le désir de leur retour, la désidération désigne à la fois une proposition de diagnostic et de remédiation au désastre contemporain, au capitalisme tardif, à l’anthropocène terrifiant. Notre civilisation semble avoir perdu quelque chose de fondamental dans son rapport quotidien avec le ciel étoilé. De ce fait discret, qui met en lumière les destructions matérielles et spirituelles de nos sociétés, doit procéder une nouvelle configuration de l’imaginaire, une zone à rêver où se forment de nouvelles mythologies peuplées de figures hybrides, pour inventer un nouveau pacte avec le cosmos. Ainsi, avec la figure terrestre d’Anamanda Sîn, on découvrira une nouvelle sensibilité, où les météorites constituent le lien entre le passé et l’avenir, la terre et le ciel, l’art et la science, le non-humain et l’humain, la mélancolie et le désir.
UN PROJET MENÉ PAR SMITH, DIPLOMATES ET LUCIEN RAPHMAJ. AVEC FRANÇOIS CHAIGNAUD, GASPAR CLAUS, NADÈGE PITON, ZÉLIA SMITH, ANNA MILONE, ADRIAN GEBHART, ETC.
PUBLICATION : DÉSIDÉRATION (ANAMANDA SÎN), SMITH ET LUCIEN RAPHMAJ, ÉDITIONS TEXTUEL, 2021. »

MS

Arles, parmi ce que j’ai aimé #3

Nicolas Havette présentait FORTUNES, une œuvre collective et participative « à la croisée de la performance, de la photographie et du dessin », réalisée lors de ses dernières résidences en France et à l’étranger. Les contributeurs : les habitants du lieu de la résidence ou autour de son atelier, toutes générations et tous milieux sociaux confondus. Je vous renvoie à la lecture du cartel pour savoir pourquoi Fortunes…

Photos : MS sauf la dernière, © Carine Klingemann.

Arles, parmi ce que j’ai aimé #2

Une autre découverte, celle de la revue NEUF, créée par Robert Delpire en 1950 (il a 24 ans !). Avec deux comparses, Pierre Faucheux et Michel Ragon, il publiera neuf numéros pendant trois ans, qui seront diffusés par la Maison de la médecine. On retrouve les noms d’Apollinaire, Cendrars, Cocteau, Breton, Sartre et Miller en signature des textes et pour les photos et illustrations, ceux de Brassaï, Doisneau, Cartier-Bresson, Raoul Dufy, etc. C’est la revue qui a donné naissance aux éditions Delpire. 

J’aurais aimé acheter la collection mais le prix était un peu rédhibitoire… 149 €.

Le numéro 8, de décembre 1952, était consacré à Robert Franck, un photographe étranger parti en reportage au Pérou auprès des Indiens des hauts plateaux. J’ai été bluffée par la Une et son aplat gris-bleu, ces photos superbes qui disent les conditions de vie de ce peuple. Si la vente à l’exemplaire avait existé, j’aurais choisi celui-ci, je pense.

Ne me demandez pas pourquoi je ne prends pas les photos de face et si mal quand de face…

Côté pub, je vous renvoie au cartel, et à une photo navrante prise par mes soins…

MS

Arles, parmi ce que j’ai aimé…

© Marlen Sauvage, Blue Skies, Anton Kusters

Cette installation sonore m’a bouleversée. Rien à ajouter au texte du cartel que je reprends ici.

Anton Kusters est un artiste belge né en 1974. « The Blue Skies project évoque avec ces ciels la représentation mentale d’un traumatisme et s’interroge sur la manière dont un souvenir peut être conservé avant de sombrer dans l’oubli. A mesure que les réminiscences et les expériences d’un traumatisme se fanent, les témoignages deviennent irrémédiablement associés aux données factuelles, photographies historiques, adaptations, documents contrefaits et informations mensongères emblématiques de notre époque numérique post-vérité, alimentant ainsi une mémoire archivistique collective. Exposer la fragilité de cette mémoire dans toute sa complexité transforme la quête consistant à appréhender un événement passé en acte de réflexion.

Six ans durant, Kusters a exploré l’ancien Troisième Reich, parcourant 177 828 km pour capter le ciel bleu surplombant chacun des 1 078 camps de concentration nazis répertoriés. A ce jour, de nombreux sites demeurent inconnus. Afin de localiser chacun d’eux et de s’assurer que le ciel au-dessus était bleu, Kusters consultait un GPS et des images satellite infrarouges en temps réel, gravant les coordonnées du camp et le nombre estimé de victimes sur ses images.

Pour mener ses recherches détaillées, Kusters s’est servi des sept volumes de l’Encyclopédie des comps et des ghettos 1933-1945 publiée par le musée mémorial de l’Holocauste des Etats-Unis. Le projet est chargé d’une grande quantité de données numériques et l’installation évoque la mémoire de chaque victime par le biais d’une œuvre audiovisuelle générée par ordinateur par Ruben Samama. D’une durée de presque treize ans – le temps qui s’est écoulé entre l’ouverture du premier camp et la fermeture du dernier –, l’œuvre entre en dialogue avec les Polaroïd exposés. L’œuvre de Samama génère une note par victime, avec une variation de ton selon le camp dans lequel cette dernière était enfermée. Les ciels bleus finiront par s’effacer, cependant leur nombre demeurera. Tenter de saisir un souvenir dans sa totalité ne permet pas forcément de le comprendre. L’installation ouvre un espace de réflexion autour du hiatus entre la spécificité circonstanciée du Polaroïd et sa trace abstraite, les ciels bleus au-dessus des camps. »