Le carnet rouge à spirale [≠ 11]

[Séjour parisien, mars 2011, suite]

On peut appeler analogisme cette façon d’additionner les discontinuités morales et les discontinuités physiques.
=> s’efforcer de trouver dans un monde enchevêtré, entre cette foule de singularités, des rapports de correspondance permettant d’ordonner.
=> voir symboles et mémoire collective en atelier d’écriture.

« Le totémisme met en avant des continuités morales et des continuités physiques entre humains et non humains. Cf. aborigènes australiens que certains humains, animaux, plantes, partagent la même essence, les mêmes existences et les mêmes dispositions issues d’un totem original. »
Cf. Bruce Chatwin.

Le naturalisme articule la discontinuité morale avec les continuités physiques. Un monde objectif venu du fait qu’en Occident on distingue les hommes du reste des entités du monde, car ils seraient les seuls à avoir une intériorité, un esprit, une conscience. Mais on les voit aussi comme des êtres de nature de par les caractéristiques physiques qu’ils partagent avec tous les non humains, y compris les objets inanimés. L’idée de nature joue donc ici un rôle central.
Atelier : ce qui fait de nous des êtres de nature dans cette optique d’articuler discontinuité morale et continuités physiques => métamorphoses.

L’animisme combine la continuité morale et les discontinuités physiques (voir le masque mentionné au début, aigle et intériorité). Dans certaines régions du monde, on voit animaux et plantes avec une intériorité semblable à celle des humains. Ce sont des personnages comme nous, mais leurs actions sont limitées par la forme de leur corps. Animisme : identité des intériorités et différences des corps.
Rapproche ça de notre façon en Occident de nous en prendre à notre ordinateur qui tombe en panne et qui nous coupe de notre intériorité !

Dans le mythe esquimau, le corbeau est source de vie.

Et pour finir avec une petite synthèse
totémisme ≠ analogisme
cont. morales & phys. discont. morales & phys.

animisme ≠ naturalisme
cont. morales & discont. morales
discontinuités phys. et continuités physiques

A propos d’un masque de chamane où une tête humaine grossière est entourée d’animaux : l’animisme rappelle que pour garder de bonnes relations de personne à personne entre humain et non humain, il faut pouvoir garder constamment à l’esprit l’existence de ces animaux et les relations qu’on entretient avec eux.

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Le carnet rouge à spirale [≠ 10]

Toujours le séjour parisien, 2011, mars.

« La peinture est chose mentale », Léonard de Vinci.
Tableau L’instruction pastorale peint par le maître de la rue de sainte Gudule

[Au musée des arts premiers]

A propos d’un poteau de véranda yoruba (Nigéria), représentant un prêtre devin herboriste à cheval et entouré de ses assistants et compagnons « En régime analogiste, certains personnages incarnent des réseaux ; ils ne peuvent donc être figurés complètement que munis de tous les emblèmes de leur office et environnés de toutes les entités grâce auxquelles ils peuvent remplir au mieux leur mission. »

Devant le masque à transformation nuxalk (prononcer nouchalk). L’extérieur figure un aigle, l’intérieur une face humaine entourée d’une corolle représentant une baleine stylisée. Les masques à volets mobiles des Indiens de la côte nord d’Amérique du Nord sont révélateurs du monde animiste : ils montrent l’intériorité d’un esprit, d’un animal, ou d’un être mythique en dévoilant un visage humain sous l’apparence extérieure d’un non humain.
Voir en atelier d’écriture comment pourrait se révéler l’âme des choses, des végétaux (arbre) dans un déploiement qui donnerait à voir une intériorité projetée par nous-même.

Pour les fenêtres (en atelier toujours !) penser au tableau de sainte Madeleine lisant. 2e quart du XIVe siècle. La pécheresse repentie devenue modèle de vie contemplative, thème exploité dès la Renaissance dans la peinture européenne. Met en évidence ici les deux aspects principaux : figuration dans le monde « naturaliste » : l’intériorité distinctive de chaque sujet humain et le représentation physique du monde physique et des êtres qu’il contient. A gauche en haut du tableau, la fenêtre ouvre sur ce monde-là.

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