Après le Festival Nature et les balades écriture…

Suite des textes des participants aux ateliers de l’été… Ceux de Marie-Pierre Bourret, que je remercie ici, écrits au cours de la balade intitulée « Les tisserands de la mémoire » où il était question de murs, de savoir-faire, de fuite…

Les stylos grattent. Je sèche. La touffeur. La touffeur dans ces lieux où vous vous penchez au-dessus du papier. Tu te mords les lèvres, l’encre gicle sur ta feuille, forme la ribambelle de ton écriture. Je sèche. Tu enroules autour de ton doigt une mèche de tes cheveux, en même temps que ton regard vogue au loin, tu souris et ta main s’élance et balance son ruban bleu. Je sèche. Je regarde cette eau sombre emplir peu à peu ta page, ressac sans recul, la vague avance, à petits pas serrés. Je sèche. Cette eau vive qui coule de ta main, soudain bruit. D’où vient-elle? Je l’entends tout près. J’ai moins chaud. J’ai posé mon stylo, repoussé ma feuille, étendu mes jambes, soupiré, fermé les yeux. J’écoute le froufrou de ta mine humide sur le papier. J’ai moins soif. Tu écris sans relâche. J’entrouvre les yeux sur le papier bleui où la marée est haute. Un vent léger caresse mon visage…

Son pantalon était tenu par un bout de ficelle noué à la ceinture, à l’oreille, un crayon de menuisier, un peu aplati. Sur l’épaule un long rouleau de balatum, qu’il retenait d’une main. De son pas allant, mon grand-père quittait la maison en disant : « Je vais au Verbe Incarné ». Ce nom sonnait, pour la petite fille que j’étais, comme celui d’une place-forte : le « Verbun carné », c’était du sérieux. Quelquefois, je l’accompagnais. Dans une grande salle vide (les salles étaient toujours spacieuses, mon grand-père travaillait dans les couvents), il laissait choir le grand rouleau dans un bruit sourd. De son pied, il déroulait la surface de plastique qui aussitôt exhalait son arôme : l’odeur du neuf embaumait alors l’espace. Mon grand-père, toujours en tenue de jardinier dans sa maison poussiéreuse et sombre, maître en son jardin sauvage où les iris côtoyaient quelques meubles délabrés, quelques animaux mal nourris, savait, d’un geste lent du pied, faire apparaître un univers coloré et odorant : sol blanc immaculé, marbre veiné, parquet en chevron, ciel, brume. Sur tous ces sols je pouvais glisser mes pieds nus quelques minutes, tandis qu’il ajustait les angles et les coins avec une énorme paire de ciseaux argentés dont le lourd cliquetis me laissait percevoir le poids.
De temps à autre, il dégageait le long crayon de son oreille, dépliait son mètre aux axes bien huilés, traçait quelques signes ou traits, coupait encore, repliait d’un bruit sec et précis chaque segment du mètre jaune et zigzaguant. Puis, des nones silencieuses apparaissaient sur le seuil de la porte, n’osant en franchir l’entrée, échangeant quelques mots gracieux avec mon grand-père qui souriait d’avance du bon mot qu’il s’apprêtait à faire tinter au moment de l’au revoir. Cela se terminait toujours de cette manière légère, enjouée, joyeuse.

Il y aura le tilleul. Tu entreras chez moi à ses premières effluves, à l’heure des fleurs. Une paire de bottes en caoutchouc fraîchement ôtées. De la boue humide à leur talon. Tu ne pousseras pas la lourde porte, elle est déjà ouverte. Une seule pièce. Du bois, du tissu, de la pierre. Au sol de la laine là, au pied du lit. Ce sera l’heure qu’on dit du thé. Tu auras faim. Tu entendras l’eau bouillir et la tarte sur la table, déjà entamée, quelques fruits cuits épars sur le plat, te diront que j’ai eu faim aussi. C’est l’heure où le jour décline, où tout prend cette teinte mordorée. Tu aimeras cet instant d’autant plus joyeusement qu’il se déplace avec toi, qu’il se terminera rondement. Roulera jusqu’au jour suivant. Tu auras cette confiance.

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Parenthèse, « Tisserands de la mémoire »

MétierTisserand

Tisserand

AtelierTisserand

BaladeTissserand

Boissonade

DétailTisserand

Ce devait être une balade écriture ensoleillée sur le chemin de la baume du Rossignol, en passant par les ruines de L’Ancize et retour par le Serre, en Vallée Française… Ce fut un atelier très sage, réfugiés dans le temple de la Boissonnade, heureusement ouvert au public la journée, durant le temps de l’orage, et l’orage fut long !

Juste à côté, l’atelier de Jacques Bernard, artisan licier, nous épargnait des humeurs du temps et ce fut une longue discussion autour des magnifiques tapisseries déroulées pour nous ce jour-là.

Merci à Denis, Marie-Pierre, Bertrand, Christine, Marion et Jacques bien sûr.

Les souvenirs tombent des arbres

Une balade écriture pour fêter l’arrivée de l’automne, ça vous dit ?

Je vous propose de nous retrouver le 22 septembre, dans le joli village de St-Etienne Vallée Française, à 9 h…

Nous ferons trois pauses écriture :  au château de Cambiaire, chez Bernard et Mireille ; dans une petite guinguette sur un promontoire face à un magnifique panorama, et nous terminerons notre déambulation près d’une cascade chantante.

Si vous souhaitez participer (tout est gratuit, sauf votre pique-nique), pour s’inscrire, tout est là :

Le Causse, le Tarn, impressions et mots collés, Pascale Filliau


©photo : M. Sauvage
Maisonnettes de contes de fée où les voûtes abondent. On les imagine sous la neige ou embaumées d’origan, cachant les mensonges qui risquent de naître en une longue montée. La roche affleure à mille points du hameau, couverte de lichen. Oserai-je me mêler de cette histoire trouble et claire ? Oserai-je la raconter ?
En ces temps là, penchée au bord de l’abîme, la famille regardait toute la hauteur qui la séparait du fond de la vallée. Sortant de sous les fanes flétries, elle allait être emportée par le courant. L’eau de la rivière scintillait au loin, siège de la civilisation contre la barbarie. Leur dernier nid avait été une grotte plongeant sous le plateau. Ce n’était que minéralité, et pourtant loin d’être un désastre végétal, des cardabelles poussaient dans les creux. On avait la nostalgie et le désir de ces grottes habitées.
Comme au temps de la préhistoire avant l’édification des bergeries, un décor de colonnes de rochers comme des oriflammes, une harde de cerfs dans la lumière du soir.
Au milieu du désert après avoir serpenté de virage en virage on ne trouve que solitude paisible parmi les ombres gigantesques. Au-dessus des buissons de genévriers le vent se lève, l’orage gronde, les éclairs lacèrent le ciel, c’est l’escalade. Dans un décor cubiste persiste un vent sec et pointu.
Dans la chaleur des ocres recuits de soleil, des roches blanches comme des ossements, au plus chaud de l’été, aboiement des corbeaux, un vautour plane.
Peyre, un village de pierres, creusé, bâti à flanc de falaises ; qui en avait eu le premier la vision, comme une exurgence reflétant les lointains tremblés du soleil sur le plateau ?

Ici, ailleurs…, Liliane Paffoni

Il avait quitté la pièce tout doucement et avant de refermer la porte, il avait dit : « Je t’attendrai à la maison ». De quelle maison parlait-il ? Je n’avais pas eu le temps de lui demander. Était-ce la maison que nous étions en train de bâtir ensemble dans notre tête, au seuil de notre notre nouvelle vie qui avait commencé quelques semaines plus tôt ? Cette maison qui allait abriter notre vie et tous nos souvenirs ? Ou bien cette maison que l’on venait de quitter, où nous avions vécu, où les enfants avaient grandi, où l’on avait tout construit, contre vents et marées, où l’on avait été si heureux mais qui se trouvait dans cette banlieue bruyante, grise et inhumaine ? Ou bien était-ce cette maison de Lozère qui ne connaissait que nos rires de l’été, nos éclats de voix joyeux, nos fous rires, la maison des vacances, de la détente, des retrouvailles, des repas sur la terrasse où la glycine partait à l’assaut des vieilles pierres ? Ou bien était-ce cette maison perdue là-bas sur le Causse dont il rêvait secrètement sans oser me dire que c’était là qu’il voulait vivre désormais, plus près du silence et de ces grands oiseaux blancs qui lui apportaient tant de bonheur et de sérénité ?

Ma maison est ailleurs – là-bas, sur ma terre natale – dans un paysage de prairies et de collines aux lignes douces, de mirabelliers tordus mais dont les fruits d’or embaument l’air du matin, près des groseilliers de ma grand-mère, près du jardin de mon père, près des fleurs et du lilas de ma mère…Causse Méjean, 30 juillet 2009, balade écriture « Mémoires de pierres ».
Photos M. Sauvage

2009/La dernière balade !

 

Comme elles l’avaient aimée, certaines n’ont pas hésité à gravir de nouveau le sentier de Biasses,
ce 20 août, pour la dernière balade écriture de l’été 2009, intitulée « Mémoires de pierres et de soie ».

De la tour du Canourgue à la magnanerie de la Roque, les abécédaires en dirent long sur l’univers de chacune, et les réponses des unes aux questions des autres engendrèrent bien des « oh ! », des « ah ! » et des rires fous. Florilège, après les photos.


Faut-il ni plus ni moins s’élancer de la falaise avant l’orage ?
Il ne faut pas écouter les rumeurs des soies fantômes sous les mûriers.

La mandragore qui pousse sur le muret a-t-elle le pouvoir de repousser le feu ?
Le fou qui sent sa tête vide s’écroule.

Comment une sorcière toute de velours vêtue va-t-elle enjamber ce vallon infranchissable ?
Tous les chemins bordés de genêt mènent à une hutte.

Du haut en bas de l’univers, y a-t-il la nature ?
Après les grandes tempêtes, une douce lumière baigne la vallée.

Peux-tu suivre dans la bruyère, comme ça, au radar, une éclipse de lune ?
Les jours de pleine lune, les vestiges de pierre retrouvent leurs formes d’antan.

Y a-t-il une clepsydre en haut de la tour de la Baie des Anges ?
Dans une immense paix, la jeune fille contemple la beauté de la montagne.

As-tu zigzagué dans cet abri qui n’a ni queue ni tête ?
Lave toujours tes draps, de nuit, au ruisseau de la tour.

Qui a dépossédé la magnanarelle de son pouvoir sur les vers à soie ?
Le zéphir cévenol a vidé le cocon de son ver.

Allons-nous résister dans cet univers sans foi ni loi ?
Roumègue donc pas, t’as qu’à regarder ce site divin.

Enfin, sachez que « Quand on aperçoit un circaète d’une fenêtre, il est temps de ramoner la cheminée ».

Un grand merci à Jacques Bernard pour toutes les informations recueillies pendant la visite de la magnanerie de la Roque.

Allez, au prochain été, aux prochaines vacances, au prochain Festival !
Balade du 20 août 2009, Mémoires de pierres et de soie.
Photos M. Sauvage

2009/Les phrases surprises de Luna

Photo : Cathy Vagnon

Des mots à croiser, une suggestion d’écriture où l’on saute à pieds joints dans l’absurde, ce qu’a fait Luna, 13 ans, avec beaucoup de poésie lors de la balade écriture du 9 août.

L’homme à travers les nuages réapparaît comme un oiseau devant la tour.

Le roi dans un rêve perd son chemin comme un escargot derrière un arbre.

Le chat dans un voyage met son chapeau avec la pluie au-dessus des nuages.

Le grand bonhomme au milieu de la ville danse comme un ange avant la mort.

2009/Et que dire lorsque la pluie tambourine…

Pluie et brumes matinales pour cette balade sur le sentier de Biasses, de l’église de Molezon
à la tour du Canourgue, puis à la magnanerie de la Roque. Cela n’empêcha personne d’écrire. Retour sous l’orage, dans les éclats de rire. Heureusement, les voitures n’étaient plus très loin…

Balade du 9 août 2009, Mémoires de pierres et de soie.

2009/Sur le chemin des charrettes, souvenirs…


Belle balade sous un ciel chaleureux. Au moulin du Rivet, Laetitia nous accueillait avec un jus de pommes maison, accompagnée de Figolu et Granola, les poulettes.Premier arrêt dans une prairie du Rivet. Personne n’est tombé dans les pommes, ce n’est pourtant pas l’envie qui manquait. Il faudrait revenir en septembre…

Merci à Hélène, Eliza, Jeanne, Gisèle, Pascale et Claude.

Photos M. Guerra & E. Granier