Le carnet jaune à spirale [2012, suite ≠3]

Atelier de la comédienne et réalisatrice Brigitte Sy, sur Inter, une rediffusion de l’émission où elle prépare la réalisation de L’Astragale, d’Albertine Sarrazin.

[Je ne transcrirai pas ici mes notes, le mieux, c’est encore d’aller écouter cette intéressante émission tant qu’elle est encore diffusée (jusqu’au 8 /1/2015) :
http://www.franceinter.fr/emission-l-atelier-l-atelier-de-la-comedienne-et-realisatrice-brigitte-sy

J’ai quand même noté ceci :

« Je veux que le livre parle de lui-même, qu’il fasse référence. Pas de mon passé », Albertine Sarrazin.

Pour ce film, Brigitte Sy procède à un découpage pour lequel elle se demande toujours « où est-ce qu’on assoit le spectateur ? ». Question cruciale du point de vue…

Chaque scène est très détaillée. Pendant la scène de la prostitution, les deux personnages seront de dos. Dans une arrière-boutique avec des rouleaux de tissu, on devine la passe. L’idée de la réalisatrice est juste de montrer qu’Albertine connaît déjà cette situation. Le gars est sympathique et pas mal, il l’aide à remettre sa jupe. (Albertine pose sa béquille).

J’aime tout ce que BS dit sur le scénario et sa façon de le construire, les références qu’elle utilise dans le monde du cinéma, la structure, la caractérisation des personnages, le récit d’intrigue…

Certains moments ne sont partageables avec personne. Bouts de vie qui n’appartiennent qu’à soi, dans cette maison inconnue de moi il y a deux jours… Besoin de ces pleins avec moi. Se trouver hors de chez soi ajoute au bonheur de la solitude.
(…)
Pourquoi est-ce que je n’ai toujours pas installé la portière de Caroline et le tapis et la table ? Où ai-je mis ma poupée de porcelaine ?

« L’affirmation incroyable « la démence n’existe pas », alors que la réalité offrait des garanties tangibles de sa présence, alors que le nombre de ceux qui en présentaient les signes augmentait, ne pouvait que prêter à sourire. Ce sourire lié à la folie du propos a déterminé la suite, il a balayé la dépression qui s’installait. Après s’être esclaffé de l’énormité de l’énoncé, chacun pouvait commencer à douter de ses certitudes. L’espoir subvertissait le savoir. » p. 93, Le Crépuscule de la raison, Jean Maisondieu.

« Le refus de l’insupportable laideur du visage flétri par la vieillesse, c’est peut-être cela la démence, une phobie du miroir poussée à l’extrême. Comment garder sa tête si on ne peut plus se voir, comment ne pas être désorienté s’il n’est plus possible de se reconnaître ? » Ibid, pp. 104-105.

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Le carnet jaune à spirale (Collioure ≠2)

Collioure, le 28 septembre 2011

Du musée (Riera i Aragò encore !), on grimpe jusqu’au moulin. Les escaliers traversent des terrasses plantées d’oliviers et de pins. La terre et les cailloux de schiste teintent d’ocre rose pâle le paysage doux à l’œil.
Le 11 février 1337 un seigneur de Majorque fit don du moulin à un certain Ermengald, pour moudre graines alentour. Laissé à l’abandon, il a été repris (racheté ?) par la ville, remis en état en 2001, et depuis participe à la trituration des oliviers et à l’élaboration de l’huile de Collioure.

Nous avons acheté le catalogue des expositions présentées aux musées d’art moderne de Céret, de Collioure, et du Havre (ed. Gallimard). Intitulé Le rêve du navigateur, il donne à voir toute la poésie de l’artiste dans chacune de ses pièces, qu’elles soient minuscules (quelques centimètres) ou monumentales (4,44 mètres pour Aviò-Céret). De cette pièce immense à l’hélice légèrement inclinée et orientée vers la terre plutôt que vers le ciel, dans l’attitude des christs en majesté des églises romanes, Joséphine Matamoros, alors conservatrice du musée de Céret, dit toute l’humilité qu’elle suggère et la paix qu’elle procure. J’ai aimé particulièrement un autre travail de l’artiste, son journal intime dessiné, à l’encre de Chine et gouache sur papier, qu’il a tenu du 7 mars 1982 au 6 mars 1983. Son Inventaire aussi est magnifique… Allez voir !

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Le carnet jaune à spirale (Céret surtout ≠1)

J’avais emporté mon carnet jaune à spirales au moment de la soutenance de leur mémoire par mes compagnes d’écriture (diplôme d’animateur d’ateliers d’écriture de l’université Paul Valéry, SUFCO, Montpellier III). Anne, Patricia et Réjane ont suscité 29 pages d’écriture serrée et… illisible ! Ce doit être la loi des carnets ? Les miens en tout cas. J’ai souvenir de beaux carnets et cahiers, journaux intimes, présentés par Philippe Lejeune lors d’une rencontre de l’APA au Vigan (30) en 2011, je crois, où tout était lisible, clair. Il y avait notamment les cahiers de Annie Ernaux et de Catherine Pozzi, remarquables…

« La plus haïssable des vérités, c’est celle qu’on découvre en s’arrêtant. » L’invité de Kathleen Evin sur Inter, le 13 septembre 2011. Je n’ai pas noté alors j’ai oublié qui était l’invité…

Le 26 septembre 2011, Cazenac
Une seule cloche oppose son bronze au soleil de Cazenac, dans la petite église entourée de son cimetière. L’autre moitié du clocher est vide et le vol des pigeons s’y inscrit dans une fulgurance à contre-jour. A 360 degrés alentour, la quiétude immobilise le temps. Ici, c’est la douceur qui l’emporte sur la fureur.

A Céret, Hôtel Vidal aux moulures colorées, à la girouette de 1736, dans un petit salon moelleux éclairé par deux grandes fenêtres, nous lisons. Et c’est déjà la vacance des corps.

Dans les rues de Céret, terrasse du café de France, la sirène des pompiers a retenti deux fois, saisissant un centième de seconde les esprits dans un même questionnement. Une nuée de jeunes s’est levée dans un même mouvement, rien à voir avec la sirène, mais sans doute avec l’heure de rentrée au lycée.
Ici les toilettes ne sont pas à l’étage. Le panneau indicateur est visible de loin, ornementé, joli, et quand on s’en approche, il nous dit que les toilettes ne sont pas à l’étage. Du coup, je pense à tout ce qu’on affiche, tout ce que l’on donne à voir qui, en fait est menteur. Racoleur, provocant et trompeur à la fois. A qui raccrocher cela dans le monde de la littérature ?

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