Carnet des jours (35)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Lundi 2 juillet 2018
Enfin le matelas – à mémoire de forme (s ?)… – est livré dans son carton vertical sur le pas de la porte. Il sort de ses entraves comme un ressort bondissant. Je peux recevoir les amis.

Mardi 3 juillet
Atelier à distance avec les « Dames des Cévennes ». Obligée de me replier à Aubres. Pas de connexion ici… Bon groupe encore et belle complicité.

Mercredi 4 juillet
Le cercle de Guernesey avec Brigitte. N’avais pas lu le livre, pas emballée par le style et là, bien aimé cette histoire sur fond de Deuxième Guerre mondiale. 

Jeudi 5 juillet
Pas de téléphone, plus de sonnerie en bas, Marie finit par frapper comme une dingue sur le heurtoir ! Belle soirée à  se raconter nos derniers mois, elle et le journal où l’ambiance est de plus en plus médiocre. Moi et mes allers-retours entre Tunisie et France, la valise chez l’un ou l’autre durant un semestre. Et nos projets ! En début d’après-midi livraison d’un superbe bouquet de fleurs – violet crème vert – toutes les nuances… Julie…

Vendredi 6 juillet
Départ de Marie. Au petit-déjeuner elle me raconte son trip au Maroc avec ses deux grandes ados et le plus jeune. Une super maman…

Le 9 juillet
Cartons. Rangement. J’écris dans la foulée des souvenirs que tout cela remue.
FC m’a donné les grandes lignes du projet d’écriture. Je suis impatiente de mette des mots sur les rencontres qui se profilent.

Le 10 juillet
Anniversaire de la Billie. Crevettes et bière fraîche. C’est le temps de France-Belgique. Un très beau match courtois. Je suis incapable de me concentrer sur ce qui se passe. Le plus souvent mon esprit s’évade avant de revenir au fait ! Je mets en place des personnages issus du passé, pas tout à fait les vrais, un peu de ce que le passé me restitue. Je continue d’écrire.

Le 11 juillet
Toujours l’impression que les arbres vont entrer par la fenêtre, poussés par le pontias. Bonne odeur d’huile de lin dans les escaliers, mon tour de ménage, deux copropriétaires, la vie facile. Apéro dînatoire chez B et P. Retrouvé la famille. Soirée à la fraîche. J’écris toujours pour Francois Bon, tentant de tenir un rythme d’écriture tous les deux jours…

Le 12 juillet
Brigitte à  dîner. Avant, une balade au fil de l’Eygues. Trop chaud. Encore avant, grand ménage dans l’appartement enfin quasiment rangé. J’ai pu installer mon bureau. L’imprimante fonctionne. Réuni les papiers pour les changements qui s’annoncent : listes électorales, nouvelle identité. Le Buena Vista Social club local s’est invité encore sur la placette. Une nouvelle chanson au répertoire. Un classique. Oublié lequel. Le gentil livreur qui venait pour mes voisins s’est excusé de m’avoir peut-être réveillée pendant l’heure de la sieste ! Skype avec J., fatiguée, W. en tournée, S. toujours aussi difficile à  élever. Dans les larmes elle m’explique son impatience parfois, se plaint de la difficulté d’éduquer les enfants… et voilà comment des petits loulous peuvent transformer un trésor  de patience en maman surmenée…

Le 13 juillet
Aujourd’hui vendredi, RV Pôle Emploi. Mais aucun revenu de ce côté-là, puisque pas de cotisation en tant qu’auto-entrepreneur depuis ces dernières années (la belle appellation bidon mais comment faire quand on ne trouve plus quiconque pour se faire employer ?), normal. Donc aucune chance de récupérer quelques trimestres non plus… Déclaration de cessation d’activité pour l’Urssaf. Un vendredi 13, quoi.

14 juillet
Villedieu pour un repas sous les platanes au milieu d’une foule raisonnable et un spectacle tellement raté que nous retournons à  Nyons. Ambiance rock nettement plus professionnelle.

16 juillet
Aujourd’hui j’apprends par Tunisair que pas de chats en soute… Je ne pourrai donc emmener que l’un des deux en cabine… A Valréas, Espace Niel, avec Brigitte Les Fantômes de la rue Papillon, sur la fraternité avec Eddy Moniot et Michel Jonasz. Judith Magre prête son visage et sa voix à  la sœur du vieux juif. Un parallèle entre deux époques et le constat triste que l’humanité ne change guère… Racisme, intolérance, manque d’intérêt pour l’autre et incompréhension. Le concert qui suit est tonique : deux musiciens de La Nouvelle Orléans jouent des charlestons et du jazz new Orléans, de quoi réveiller les endormis. Léonard Blair saxophoniste, et x le pianiste. Cauchemar. « Elle » est dans mon lit ; lui, je le harcèle, il me ridiculise. « Elle » a un accident, je ne sais plus lequel, on la plaint, je suis encore la  méchante ! Jusqu’où (jusqu’à quand) le passé nous obsède-t-il ?

17 juillet
Heureusement, R. arrive !

20 juillet
Après-midi au lac voisin. Et farniente familial.

21 juillet
Virée dans les pas du passé pour la énième proposition d’été de F. Bon. Retour à Montségur, tant de choses ont changé, presque tout est découverte dans ce village où l’école est transformée en médiathèque, l’ancienne mairie en un lieu culturel, je pense… remplacée par un bâtiment ocre à la sortie du village. Dans les chemins de traverse où je me gare ça sent bon la lavande, mon enfance.


L’église… tous ces souvenirs de messe encore en latin, de curé en soutane, et B. qui gardait les sous de la quête pour acheter des bonbons qu’elle mangeait derrière le bâtiment !

Juillet encore
Petite virée solitaire à Courthézon [ne suis plus sûre du nom du village], avec le massif des Dentelles de Montmirail au loin… Découverte des tableaux d’un peintre aixois avec lequel je discute pendant une bonne demi-heure. Délicieuse glace à la lavande dégustée dans les rues pavées.

Et je me dis que suis vraiment bien, ici…

Texte et images : Marlen Sauvage









Carnet de voyage (Sud tunisien 2)

(suite)

29 décembre 2017
Réveil dans le grand soleil chaud de Nefta, où je découvre l’hôtel du jour (que nous avons atteint à la nuit…).

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Chaque porte de la ville est surmontée d’un vers du poète national Abu El Kacem Chebbi, que me traduit A. Ici « Si un jour le peuple décide de vivre, alors le destin ne peut que se soumettre. » Cette parole a enflammé le désir d’indépendance du peuple tunisien (l’hymne national le cite), est devenue la phrase fétiche du monde arabe inspirant un désir de liberté. Mais peut-on vouloir se prendre en main sans Dieu ? La phrase a été jugée blasphématoire par la mosquée de la Zeitouna… Le poète renié revient mourir à Tozeur.

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Balade dans les rues de la ville, visite du marché aux fruits de saison, des ruelles aux bâtisses de pierre claire et aux portes ouvragées posées entre deux murs de béton, de l’oasis victime d’un manque de civisme navrant avec le dépôt incompréhensible de déchets en tous genres… Comment est-il possible de laisser ainsi se côtoyer les plus belles inscriptions poétiques et la puanteur d’une déchetterie à ciel ouvert ?

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Loin du groupe, nous nous installons pour boire un thé avant de déjeuner dans une gargote au mobilier bleu Majorelle, d’un poisson grillé sous nos yeux et… sur la rue ! Des cars déversent leurs touristes dans la ville, Ibn Khaldoun observe tout cela de sa hauteur quasi céleste, perché sur un piètement de mosaïque bleue que supporte une double colonne de pierre grise.

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Bientôt il faut rejoindre les autres pour filer en direction d’un site à visiter (oublié le nom du site…), où je me contenterai de l’oasis voisine et des ruelles du village, faute de pouvoir supporter le dénivelé du canyon… Zied me tient compagnie.

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J’erre alentour… des voix m’attirent et je m’approche d’un homme qui trie des dattes à même un tapis posé dans l’herbe fleurie tandis qu’un jeune homme, grimpé sur un palmier dattier, sectionne les régimes avant de les faire glisser sur un fil tendu entre l’arbre et le sol. Nous échangeons quelques mots. Je m’étonne de la couleur orangée des branches. Alors que je me suis écartée pour lire, le monsieur vient déposer près de moi un régime de dattes jaunes et juteuses. Aïchek. Sourires.

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Dans le village écrasé par la torpeur, un vendeur de pierres et de fossiles m’explique l’origine des coquillages, huîtres calcifiées, coquilles saint-Jacques, bigorneaux, bois pétrifié, calcédoine bleue, micaschiste, et bien sûr roses des sables qui s’amoncellent sur ses étals. Quelques ruelles plus loin, je découvre à quel point la terre en regorge car au bout du village, le sol en est jonché. La vue magnifique ouvre sur un défilé ocre où coulait jadis une rivière large, le canyon est profond, la montagne au loin ondule comme une mer pétrifiée.
Zied me raconte sa manière de faire découvrir la Tunisie aux touristes de l’association « Ritmi e danze dal mondo ». La Tunisie sous toutes ses facettes, plus ou moins photogéniques, authentique en tout cas.

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Le groupe d’amis italiens réapparaît à quelques mètres au-dessous de nous, leurs voix les ont précédés. Comme nos guides – Stefano, Sabrina et Zied – ont décidé de nous en mettre plein les yeux (et les jambes), nous repartons à tout berzingue en direction de Tamerza. il est près de 16 heures, le soleil est encore haut… d’un seul coup, fatiguée, je trouve que la journée est longue !

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Je choisis une fois de plus de rester avec un petit groupe aux jambes lourdes pour éviter une longue balade. Courte déambulation au milieu de petites cascades qui formaient il y a peu de temps encore un petit lagon. Rien d’extraordinaire cependant jusqu’à ce que le soleil tombe en jetant son badigeon ocre sur le paysage.

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Après un bref passage à notre hôtel, nous repartons vers la Dar Houidi dans les ruelles de Nefta, une maison qui appartient depuis huit générations à la même famille, et que tient un monsieur charmant, malade du cœur, enfoui dans un burnous marron (la tenue des hommes ici). On nous sert brick et chorba avant un couscous puis du poulet grillé et des fruits dont les fameuses poires locales que je ne goûte pas d’ailleurs, ayant déjà la panse fort remplie. Musique traditionnelle et danses, transes et marche sur les braises, finissent de nous transporter…

(à suivre)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

Carnet des jours (29)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 4 décembre 2017

Mort de Jean D’Ormesson… Rien lu de lui. Cet homme « cultivé, courtois, affable, plein d’humour dont le regard bleu inspirait confiance » a rendu les armes à 92 ans. Un bel âge pour mourir. Je suis étonnée de sa popularité en France !
Terminé la lecture de Chimères, de Naguib Mahfouz. Roman lent et subtil, qui révèle les codes de la société égyptienne, et de tant d’autres sans doute.
Le 5 décembre
On enterre Papy aujourd’hui à Hossegor… Le grand bonhomme au tempérament d’acier pour certains, au caractère odieux pour d’autres, a rendu l’âme à 92 ans. Il rejoint au cimetière sa femme et son fils. C’est tout mon passé qui a resurgi à cette nouvelle il y a deux jours. J’ai aimé ces deux hommes si différents. A la mort de Dominique, son père a eu ces mots touchants : « nous avons perdu un fils mais nous avons gagné une fille ». Comment l’oublier ? J’ai toujours eu de l’affection pour lui.

Le 6 décembre
De coup de fil en coup de fil avec le réseau revenu, je manque la nouvelle du jour : la mort de Johnny ! Ne l’apprends qu’à 13 h, et verse une larme encore sur le passé avant de retourner à mes occupations du jour.
Deux heures chez P. et E. pour pouvoir envoyer à Jan le dernier texte pour les Cosaques, commander un billet pour La Réunion, lire mes mails… Seule dans la nuit, j’ai écouté France Inter et l’émission sur Halliday, les invités tous émus (Miossec, Bono (U2), Camille…), retrouvé les grands tubes du chanteur qui a décidément occupé un bout d’espace dans nos vies durant soixante ans, repensé à mon père qui nous interdisait de chanter Que je t’aime, nous avions dix ou douze ans, lui qui ne jurait que par Retiens la nuit, appris que Charles Aznavour avait écrit cette chanson et je comprends qu’il devait y avoir un lien de cause à effet…
Une douleur lancinante dans le bras gauche me pousse à écrire un petit mot tout bête sans date ni signature pour conjurer le sort…
Terminé ce soir la lecture de Ouatann de Azza Filali. Une image de la Tunisie anté-révolution dont je me demande en quoi elle a vraiment changé après 2011…

Le 7 décembre
J’ai occulté hier la nouvelle politique du jour : la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël… De quoi attiser la colère et le ressentiment d’un peuple et de nombreux pays.
Le 13 décembre
Il a neigé sur le Vercors. Cruas crache au ciel sa vapeur blanche et casse la ligne orangée de l’horizon. Nous rentrons de Valence où se tenait le marché de Noël et où Nans et Julien proposaient « Les thés en hiver », du thé bio et des poteries… Ils font un tabac, si je peux dire.
Le 17 décembre
Aéroport Marseille Marignane. Les agents de contrôle sont fous, nous poussent à grande vitesse pour que nous passions nos bagages. Pas le temps de vider mes petits produits ! Mon tube d’argile acheté le matin pour soigner ma cheville passe illico presto à la poubelle. C’est vrai que j’ai l’air d’une poseuse de bombe. Le bonhomme de service me répète que c’est pourtant clairement expliqué. Je lui fais remarquer que je ne suis pas une machine et lui demande s’il lui arrive de se tromper. Mon sac est mis de côté. Fouillé par un gars encore plus débile qui cherche la contenance de mon parfum alors que le flacon est quasiment vide. Je lui dis qu’il est une caricature du zèle, il me regarde en ricanant, et poursuit sa fouille nonchalamment. Voilà, une équipe merdique qui a décidé d’enquiquiner les voyageurs, on ne sait pas pourquoi, mais de toute évidence il s’agit de cela car nous sommes très peu, on ne se bouscule encore pas au portillon. Bref.
Coup de fil tendu hier avec M. J’en ai perdu mes cordes vocales mais j’ai résisté à l’envie de lui envoyer un mail pour atténuer ma requête.
Le soleil de Marseille me réconcilie avec la vie. Je me souhaite un bon voyage et un bon séjour en Tunisie. Envie de réussir cette vie-là.
20h50 Terminé mon sandwich au thon façon Panini et bien entamé mon deuxième direct demandé très chaud. Servi brûlant avec le sourire. Tunisie que j’aime, exubérante, bruyante, fougueuse. Nous avons attendu plus d’une heure avec Donai, une jeune tunisienne rencontrée dans l’avion,  dans une triple file où chacun jouait des coudes au contrôle de police.
Installée au Cappuccino « café et restaurant ». Face à Avis, j’attends. Je suis celle qui attend. Je ne me plains pas. C’est pour moi le temps de l’acclimatation au pays – rapide je dois reconnaître –, de la réflexion, de l’attention aux sensations qui m’envahissent quand je pense le revoir, lui qui reste une surprise pour moi.
Mardi 19 décembre
A la recherche de la pièce manquante, cassée, du chauffe-eau. Garée le long d’une voie express, j’attends l’homme et la pièce.
Hier lundi journée d’achats et de règlement d’échéance. Le salon sera livré le lendemain, la cuisinière arrivera mercredi.
J’apprends ce matin que les élections municipales ont été décrétées pour le 6 mai 2018. J’ai éclaté de rire. Mais un décret est un décret. Sept ans après la révolution, la Tunisie sera enfin administrée localement. Le spectre d’Ennahda flotte droit devant. Toujours à l’arrêt dans une zone de commerces divers, j’observe huit femmes prenant le soleil devant Roche-Bobois, certaines en blouse de travail, un moment de pause peut-être, d’autres en manteaux, des clientes ? Toutes sont voilées. La recrudescence du voile m’a sauté aux yeux il y a un an déjà, je ne sais ce qu’il cache pour ces femmes confrontées à la schizophrénie de leur société.
[Entre le 19 et le 31, voyage dans le sud tunisien.]
Le 31 décembre 2017
Fête à Douz avec le groupe d’Italiens emmenés par Stefano, Zied et Sabrina. Nous visitons le matin la maison de l’artiste Salah, peintre sur peau de mouton, qui parle un excellent français comme les gens de son âge (74 ans). Ses tableaux sont inspirés de la calligraphie et de la société tunisienne, de la place des femmes. Salah insiste sur le geste calligraphique (il parle de « gestuelle ») davantage que sur la calligraphie et c’est vrai que cela donne un élan particulier à ses tableaux. (Mais je n’ai aucune photo de ceux-ci…)
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(à suivre…)

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (26)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 7 octobre
Premier jour d’octobre avec la mort d’Edmond Maire, figure oubliée du syndicalisme et proche de Rocard… l’impression d’une gauche déjà enterrée depuis très longtemps… Mais première semaine de ce beau mois entamée sous le soleil cévenol et avec les feux de bois en soirée. La maison n’est toujours pas vendue ; je ne désespère pas, quelques visites, quelques curieux. Las Vegas pleure ses morts, un fou a tiré sur la foule venue assister à un concert de musique country et Trump se contente d’une minute de silence à la Maison Blanche. On vendra encore des armes à feu tant que les intérêts de tous bords s’y retrouveront. Sémaphore avec Juliette Binoche et Jeanne Balibar pour deux films qui ne marqueront pas les annales mais qui m’ont sortie de ma campagne, de mon ennui du moment et de mes petits soucis. Un beau soleil et Barbara.
Je découvre l’existence de Sherin Khankan, première femme « imame », au Danemark, qui revendique un islam progressiste, professe un message d’ouverture et de modernité, et entend remettre en cause les structures patriarcales des institutions religieuses… « Une femme ne peut pas être imame », dit une amie de la dame. La partie est loin d’être gagnée (mais au moins elle est engagée…).
Toujours les séances de kiné avec cette sympathique praticienne qui ne compte pas ses heures ; on ne voit guère cela que dans nos montagnes… Visites amies et longs coups de fil, je ne me sens pas seule. Je consacre mes matinées à de la paperasserie et pars à la recherche de mon numéro d’allocataire de la CAF en… 1979… Je crois cauchemarder. Je découvre qu’aucune de mes notes de droits d’auteur ne signale une quelconque cotisation vieillesse. Pas d’Agessa non plus pour y prétendre à l’époque parce que pas assez de revenus à ce titre. Le sort des boulots précaires et multiples pour s’en sortir sans rien demander à la société. Heureusement, les chevreuils s’ébrouent dans le pré en face. J’entreprends de vider une des deux caves. Cathy me sape le moral : elle me prédit au moins un an pour venir à bout du déménagement de la maison !

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Lundi 9 réveillée à 8 h par un appel Messenger de A. (debout en quatrième vitesse mais à 3h30 du matin je cogitais encore sur ce qui reste à faire dans la maison) qui me raconte ce qui fait la une des journaux tunisiens : la mort d’une crise cardiaque de leur ministre de la santé en pleine assemblée. Ici c’est le Picasso que Macron aimerait avoir à l’Elysée… Et une série de faits divers qui alimentent les journaux radiophoniques comme le reste et c’est pourquoi j’évite cette presse aussi. Mort de Jean Rochefort, l’élégance de la profession.
Week-end consacré à la déchetterie où j’ai emporté une partie de la cave ; à la peinture des éléments de la cuisine, à celle de portes… On dirait que mon matou sent mon départ approcher. Jamais il n’a été aussi présent et affectueux. Je me suis attachée à dépersonnaliser la maison puisqu’il faut semble-t-il cela pour mieux vendre. Enlevé tous les souvenirs et quelques tableaux. « Que les visiteurs puissent se projeter dans cet espace » me conseille Lily. Me rappeler le parfum des roses rouges ; ce matin il m’enchante et leur couleur me ravit. Ciré 30 m2 de parquet sur une jambe ou à plat ventre… En écoutant Nina Simone la gorge serrée.

« Je t’en prie, ne tape pas à la porte. Je suis à la fenêtre en train de contempler le pont. » Wadih Saadeh (Je vais calmement  vers le miroir).

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Le 23 octobre
Marseille-Tunis dans la même attente qu’à chaque fois, le même désir, les mêmes interrogations. Oublié mon téléphone dans un bac au contrôle, accompagnée quarante minutes plus tard par un jeune policier qui me regarde à cinq pas devant moi me débrouiller avec valise, ordinateur et sac pour descendre la volée d’escaliers avant de retrouver mon bien. (Juste un constat et d’ailleurs, le gars ignore que j’ai un genou en vrac.)

Le vol est à l’heure, l’arrivée applaudie, il n’y a guère qu’en Tunisie et au Québec que les passagers applaudissent l’atterrissage. A. sera là dans trois quarts d’heure, je lis l’entretien de Charles Juliet et Pierre Soulages. A l’appartement, bien sûr, je râle de n’avoir qu’une seule étagère dans l’armoire. J’en prends trois.

Mercredi 25
Après-midi colloque La Tunisie sous la plume des voyageurs à l’epoque moderne (1492-1789) au palais de l’Académie des Lettres, des Sciences et des Arts à Carthage. Intermède café. Le Boukornine me salue de sa large face bleutée. Les prestations sont inégales, certains chercheurs lisent leur publication tête baissée. A. est le plus convaincant (en toute objectivité) qui nous raconte l’histoire des chrétiens réduits à l’esclavage au pays de Barbarie telle qu’en témoigne le Révérend Père Dan dans je ne sais plus quel ouvrage.

Jeudi 26
A Monastir depuis hier soir. Accueillie par le bleu des portes intérieures.

Samedi 28
Repas chez H. avec John et Martine. Rentrée de nuit à Tunis.

Dimanche 29
Seule à l’appartement. A. est parti marcher aujourd’hui, je regarde de nouveau une partie de la série GOT.
RV en soirée chez K. et R. Repas coloré après avoir skypé avec I. et ses enfants amusants comme tout. Nous repartons avec une bouteille d’huile, j’aime ces cadeaux improvisés et spontanés, marque de la vraie générosité.

Lundi 30
A la fac de Manouba toute la matinée pour écouter Jean-Philippe Schreiber parler de religions et « comment de l’ère moderne à l’ère contemporaine l’histoire des religions s’est construite et a pu s’émanciper à l’égard des sciences religieuses ». Trois heures à évoquer la critique textuelle, la notion de vérité, les premiers dialogues interreligieux, l’orientalisme, le déisme philosophique, l’amorce du comparatisme et d’une conception évolutionniste de la religion… De quoi me donner encore envie de lire et de me cultiver. Je n’aurai pas assez de ma vie. Repas au restau des profs.

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Statue d’Ibn Khaldoun, avenue Bourguiba à Tunis.

Rendez-vous avec Anissa devant le théâtre municipal de Tunis. Je lui avais promis Le camp des autres, elle est émue et m’embrasse chaleureusement, nous ne nous sommes pas revues depuis le village francophone de Korba en mars 2015 ! Nous discutons de tout, la société tunisienne, le manque d’engagement des intellectuels (elle parle de lâcheté), de sa maladie, du regard des autres, de son séjour à Aix-en-Provence quand elle avait douze ans, de ses amours ratés, de poésie, des collégiens auxquels elle enseigne le français, de son mémoire de master de littérature, de Camus, de Sartre, de Juliet… En partageant tiramisu et cheese cake… Une femme intelligente et chaleureuse.

Mardi 31
Skype avec Julie. Son petit Barack est mort et je la trouve en pleurs. Sacha heureusement nous fait rire. Souleyman rentre de l’école en bus, un masque sur le visage. Comme sa voix est belle ! Rendez-vous au Bardo, au Bonzai café, avec Amal et Mehdi. Belles retrouvailles avec la jolie jeune femme rencontrée pendant les mois de création de ce fameux journal de l’éducation… Quelle histoire ! Cela nous vaut de bons fous rires. Quant à Mehdi, toujours la même discrétion, le même humour et la même gentillesse. Durant les 40 minutes où nous attendons un taxi dans le soir tombé, j’apprends une phrase célèbre de Ibn Kaldoun, que je n’écrirai pas sur ce blog pour ne pas me ridiculiser, mais qu’il a traduit par « Tout homme est naturellement civilisé ». (Le lendemain de cette belle rencontre a lieu un attentat au Bardo où deux militaires sont agressés, l’un égorgé, devant la chambre des députés.)

Texte et photos : Marlen Sauvage

Carnet des jours (25)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le mardi 5 septembre, à rebours
Depuis notre arrivée à Guérande vendredi 1er, c’est la fête ! Anniversaire oblige… Jo nous régale et nous allons de restau en restau… Vendredi et samedi soir chez Oleg. Contente de découvrir l’antre du filleul, sa collection de bières, de whiskeys, de vins… (Les vins d’Oleg, une bonne place ! Un peu de pub pour les Guérandais !) Retrouvailles avec la famille locale et connaissance du petit dernier, Simon, un amour de bonhomme, bon, il n’a que deux mois, je crois ! Dimanche, Auberge de Breca où je choisis un blanc-manger de chou-fleur, son guacamole et tartare de haddock avec une mousse aérienne… harmonie de la cuisine traditionnelle et de la cuisine moléculaire… Délicieux. Pendant ce temps, la tablée mangeait un excellent foie gras. Suite plus traditionnelle mais réussie avec un dessert de crème citronnée et d’agrumes. Brasserie le dimanche soir avec Alain et Aimée arrivés vers 19 h, foie gras, cabillaud sur tagliatelles et île flottante, le dessert de mon enfance, je le préfère toujours à tous, et je me dis à chaque fois qu’il n’a pas le goût de celui de ma mère. Dernier soir, hier lundi, repas de galettes extra dans Guérande intramuros, au Logis. Toute cette débauche de menus me rappelle Pontormo et son autobiographie centrée sur ses repas et états du corps !

Retour en voiture avec P. et B. vers la Drôme. Je m’occupe à l’arrière à photographier un de mes pieds sur la vitre. Impression de marcher sur les nuages.

J’ai enfin compris le fonctionnement des cannes anglaises et de l’intérêt de s’appuyer sur la béquille opposée à la jambe malade. J’observe plus tard dans un film que l’acteur n’a pas été briefé et qu’il s’appuie du mauvais côté !

Depuis le 15, dans le désordre
Séances de kiné à la maison après avoir vu deux fois dans la Drôme le magicien de Brigitte qui travaille sur les énergies et qui m’a remise sur pieds, sans cannes, en deux séances de deux heures. Glace et repos tout de même mais entre les deux, je tiens debout.

Aucune inspiration pour la proposition n° 5 de François Bon… Tenté un récit puéril et rassis.

Je n’écoute plus la radio. Le ciel me suffit.

Les ouragans se succèdent ailleurs. On ne peut pas vibrer de frayeur à une telle menace tant qu’on n’a pas d’enfants vivant sur une île.

J’ai regardé 6 séries de Game Of Thrones puisque les circonstances s’y prêtaient. Surprise d’être accroc à cette saga, un peu trop gore à mon goût, mais je ferme les yeux les trois quarts du temps pour suivre les intrigues du pouvoir, les jeux d’alliance et tenter de faire des hypothèses dans cette masse de personnages et de lieux, depuis le temps que l’on m’en parlait. Stef n’a pas accroché ni K. Mon grand âge sans doute…

Vaccin antirabique pour les chats. Les emmènerai-je au final ?

Le 25 septembre
Atelier d’écriture en vidéo, tout se passe bien, sans coupure ; trois heures et quelques heureuses.

Le 28 septembre
Rodez pour le musée Soulages où m’emmènent Eva et Pascale. Le temps est de la partie. Bien calée à l’arrière de la voiture, je dialogue avec la gentille chienne assise derrière moi et qui me cajole de temps en temps, son long museau dans mes cheveux. Je retrouve les premières peintures de Soulages que j’apprécie bien plus qu’il y a quelques dizaines d’années… Découvre ses lithographies, et ses sérigraphies, et ses eaux-fortes ! En revanche, toujours captivée par son « outrenoir » que je capte doré avec la lumière du dehors ! Magique Soulages. Le long d’une immense toile, sans la quitter du regard et tout en sautillant, je m’émerveille de ce qui se passe sous mes yeux, une émotion venue de très loin me traverse et je refais le trajet en sens inverse pour le bonheur de la ressentir encore, c’est une étreinte qui me tire les larmes pourtant. (Les photos sont telles que je les ai prises, non retouchées.) Je lis dans un entretien qu’a mené Charles Juliet avec Pierre Soulages que ce dernier préfère les tableaux pris sur leur mur d’exposition : « Habituellement, la reproduction d’une toile est un rectangle impeccable sur le fond blanc du papier.  Ces reproductions m’ont toujours choqué : d’abord on ne voit jamais une peinture sur un fond blanc de cette nature-là. / Je crois moins trompeuse la photographie du mur où la toile est présentée. Cela évoque mieux qu’une reproduction banale, la qualité d’objet du tableau, son échelle, sa dimension. » *

Nous enchaînons sur l’expo temporaire avec Calder et ses sculptures, mobiles, tableaux dont j’aime toujours autant les couleurs et le côté ludique. Il y a pléthore d’enfants venus avec leur institutrice. Ils chuchotent devant les dessins, pointent leur crayon, prennent des mesures, se questionnent… Le musée miniature me fascine. Toutes ces trouvailles avec un fil de fer ou un bouchon ! Déjeuner chez Michel Bras. Pétales de fleurs, senteurs subtiles et craquant d’une tartine façonnée comme une feuille de…  carton. (Au passage, merci encore à toutes les deux, Eva et Pascale !)

« Un mobile est un poème qui danse avec l’allégresse de la vie et de ses surprises. » Alexander Calder

Et puis dans les rues de Rodez, une petite expo « Objets cachés » dans une ancienne menuiserie, où nous souhaitions voir la Collection particulière de Philippe Guitton, mais en raison d’une répétition de théâtre, nous sommes contentées de quelques dessins, carnets et toiles…

Le 30 septembre
J’allume la radio. Un élu du Modem est l’invité d’Inter, on parle de la ratification du CETA et je réalise que cela m’est étranger absolument, aucun intérêt ce matin et depuis si longtemps pour cette politique lointaine qui finit toujours par saper un peu de vie quelque part.

Texte et photos : Marlen Sauvage

*Entretien avec Pierre Soulages par Charles Juliet, L’échoppe, 1990.

 

 

Carnet du jour (11)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mercredi 8 février
De retour d’un long week-end à Aubres et Avignon. Et toujours pas repartie à Rome… Les oliviers des Baronnies valent ceux de partout ailleurs. Week-end sans repos puisqu’en formation mais pour le plaisir et la connaissance des autres. J’ai laissé filer la semaine dernière, chargée d’ateliers, et de ce beau projet de Caravane avec Quoi de 9 et le Gem de Florac. Retrouvé Sophie pour cette aventure collective. Aujourd’hui sera journée d’écriture, une maison attend de connaître son secret. Le soir sur Youtube, écouté Ricœur et Bachelard.
« Le même souvenir sort de toutes les fontaines », disait ce dernier, justement.
Long coup de fil de P., bonheur d’échanger sur l’actualité (dont je ne me repais pas pourtant, c’est le moins que l’on puisse dire), sur son métier de professeur, elle si engagée, si intelligente, si audacieuse dans ses propositions… et courageuse finalement.

Ce soir du 9 février, je me réjouis ! De quoi donc ? Je ne sais mais j’ai le cœur en joie. Peut-être parce que je viens de terminer de préparer l’atelier de demain… 1h30 de transcription de textes et autant ce matin pour imaginer des propositions qui pourront coller aussi avec le projet plastique. Rangé mon bureau, autre occasion de me réjouir. [Des petits bonheurs qui ne me coûtent que l’effort du rangement… un bonheur qui coûte, il va falloir que je réfléchisse à ça ! me dis-je en transcrivant ce journal] Réunioné trois heures durant pour la préparation du prochain festival [du livre]. Signé le nouveau contrat de mission et envoyé mes colis à S. Papoté avec A. ce matin, répondu aux mails, tweets, messages FB. Comme l’impression qu’il n’y a que l’activité qui me convienne en ce moment.

Dimanche 12 février. Aujourd’hui anniversaire de C. Hier c’était celui de ma fille chérie. Je ne peux me faire à l’âge de ces deux-là… Repensé à la discussion avec K. hier et à ses mises en garde. Dormi l’après-midi, pour noyer ma fatigue et ma lassitude.

Mardi 14 février. Moral en bas mais aujourd’hui est un jour faste. Versé quelques larmes en contrecoup au merveilleux film de Beineix, 37,2 °C le matin, que je n’avais jamais vu et dont l’héroïne m’a bouleversée (jamais lu le buquin de Djian non plus). Superbe Béatrice Dalle qui en avait dans les tripes… Quelle beauté, quel jeu. Sa folie me parle et j’ai pensé qu’avec les années tout de même je m’étais calmée. Bon, je ne me suis jamais non plus arraché un œil… Mais quelle sensibilité à fleur de peau, quelle écorchée vive, et je prends conscience qu’un homme a imaginé cette fille-là ! Il a dû la connaître, impossible autrement !
Comme un baume sur mes états d’âme, un cœur percé par Cupidon… Il ne tient qu’à soi d’accepter les cadeaux pour ce qu’ils sont. Aujourd’hui aussi, vu 4 épisodes de Belphégor, après avoir écouté Gréco sur le net. Je ne connaîtrai sans doute jamais la fin, ça a trop vieilli. Quand je pense que nous nous étions pris une rouste pour avoir tenté d’écouter le feuilleton derrière la porte ! Nous devions avoir 6 ou 7 ans ! Avant-hier et hier, c’est Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli qui m’avait bouleversée. J’ai pensé fort à S. qui ressemble tellement, je trouve, à ce Christ. Robert Powell… S. ne serait sans doute pas d’accord, d’ailleurs il n’en a pas les yeux. Les siens sont mordorés, bien aussi troublants d’ailleurs.

Le 18 février, samedi d’atelier autobio, avec 8 participants, des larmes et de belles discussions, dans ce lieu magique face à l’Aigoual, à la Rouvière, chez A. Fait la connaissance de A. sculpteur, randonneur, peintre, amoureux de la Nature. Quel bel homme à pleurer… que pleure A. toujours… Cet après-midi rangement, nettoyage par le vide. Hier vendredi belle journée ensoleillée, la première depuis plusieurs jours après pluie et froid, et brouillard, où j’en ai profité pour une balade jusqu’à Gardies, accompagnée par les chiens de N., méditation face aux montagnes, au sud, face au soleil. Grand bonheur et sérénité. Visite à E. qui a ses petites-filles craquantes près d’elle. Invitation à dîner avec T. et T. (quel merveilleux jeune homme que ce garçon de 12 ans, quelques mois de moins que Justin. Un amour aussi, mais brun aux yeux marron…) J’ai terminé de lire Thriller de je ne sais plus quel auteur anglo-saxon. Des fous rires souvent. Ecrit et finalisé le secret de la septième maison. J’ai terminé par la Crêpière… Proposer autre chose à Jan maintenant…

21 février. Rentrée ce soir de l’atelier du mardi soir sous une avalanche d’étoiles plantées dans un ciel pur. C’est cela aussi que j’étais venue chercher ici. 
Atelier d’un dynamisme rarement égalé… et d’une joie de vivre ! Avons-nous jamais autant ri ? Une enfant malicieuse dans chacune de ces femmes et de bons fous rires à pleurer. Quel bonheur ! Me souvenir plus tard combien cet atelier m’a réconciliée avec le quotidien, quand je sais tout ce qu’abritent ces vies derrière leurs visages joyeux.
Déjeuner sous le soleil du début d’après-midi chaud et doux. Passé ce matin au village pour déposer des bricoles. Commencé Montedidio prêté par C. et T. Superbe écriture de De Luca comme toujours. Je cherche une idée de structure pour la bio de P. et cette option fragmentaire me plaît tellement… Le talent de Erri de Luca tout de même… A. me dit ce matin que sa journée serait belle et ensoleillée comme moi. Quelle chance j’ai !

22 février. Journée ensoleillée et jardinage intense, taille des rosiers, de la vigne, la passiflore, nettoyage des parterres, sorti les plantes en pot. Depuis 2 ou 3 jours, je déjeune dehors, médite à l’écoute des oiseaux, leurs chants sont si différents, et depuis que je sais comment ils les apprennent, mon écoute est remplie d’émotion. Ce soir un couple de mésanges charbonnières faisait la navette entre le mirabellier et la glycine. J’avais l’impression qu’ils lorgnaient le pigeonnier, se demandant s’ils ne pourraient pas le squatter ! 
Nouvel aller-retour à SC. En raison des travaux, j’y ai laissé les baguettes de protection de la portière droite… et la pierre a rayé tout le bas de caisse… Rangement de la paperasserie, tri des dizaines de cahiers sur les rayonnages, et des ateliers « volants » qui ont retrouvé leurs classeurs. Ereintée et dans mon lit avant l’heure après une douche salvatrice. Décidé de lire Montedidio au calme, demain il fera jour.

Carnet du jour (10)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le 26 janvier
Nous sommes mercredi ou jeudi ? Jeudi. Qu’ai-je fait depuis le 20 que je n’ai pas noté ici ? Samedi 21, atelier d’écriture autobiographique à Barre. Mardi, premier atelier Caravane des 10 mots à la bibliothèque de Florac avec un groupe hétérogène mais attentif. Heureusement, Sophie est là pour me rassurer sur mon intervention.Quinze ans de pratique et toujours le trac avant une aventure comme celle de faire écrire… Aujourd’hui jeudi, descente à la Combe pour sortir Whisky. Tout était blanc de neige, 23 cm au final ! Suis partie à la rencontre de V. en début de soirée, qui avait dû laisser sa voiture au pont des Terrades. Papoté sur skype, blogué à propos de ma petite virée dans la neige. Tricot pour S. Je vis au jour le jour dans cette conscience-là…

Le 27 janvier
Skype avec Stef qui s’inquiète de voir son chum se consacrer à son travail au détriment de sa santé [mais l’équipe « son » a remporté le 26 février l’Oscar du meilleur montage sonore pour le film Arrival de Denis Villeneuve 😀 ) Parlé des soucis des autres, qui la touchent, et  je lis le désarroi dans son grand cœur. Encore des petites choses en carton… La pluie a fait fondre toute la beauté du dehors. Téléphoné à L.  ce soir encore à l’hosto, qui vend sa maison, me parle de communauté de vie, de biens…

Le 28 janvier
Généalogisé toute la journée, un peu en vain, à fouiller la lignée de Jeanne T. Ménage à fond et un seau d’eau sur tout le corps en faisant un faux mouvement… Rincée, fou rire, joie. Terminé la deuxième jambière pour S. à l’écoute de F. Culture. Réécouté l’émission de Matthieu Conquet avec cette flûtiste franco-syrienne Naïssam Jalal, et cet Américain génial, qui ne s’est pas trompé sur Trump et dit les choses avec une violence froide et blanche (pas noté son nom).

Le 29 janvier
Terminé ce dimanche Les Suprêmes, de Edward Kelsey Moore, plein d’humour et d’humanité. Qui a bien pu m’offrir ce livre ? Passé ma journée sous le signe du repos, le mot du jour, surgi pendant ma méditation matinale. Descendue au village déposer jouets, laine et chaussures au Pétassou, mais trop tôt… Revenue avec du pain et retournée deux heures plus tard, contente de m’être encore obligée… En guise de repos, tricoté un bonnet assorti aux jambières, en ai cousu un autre pour moi, retrouvé parmi des pelotes de laine, non terminé, lavé le tout et voilà ! Cuisiné ris de veau et blettes pour mon repas de midi. Préparé une sauce tomate avec les kilos congelés. Résultat : 10 pots qui ont stérilisé pendant que j’écoutais F. Culture.

Photo MS  (Si, si, je tricote…)

Carnet du jour (5)

imageNon, ce ne sera décidément pas un journal, ni la transcription de celui que je tiens dans ce carnet bleu « de Rome ». Ou alors un journal en différé. Écrirai-je jamais sur Rome ?, me demandai-je un 23 novembre 2016. « Le temps a passé depuis le 26 octobre 2013, comme à reculons, vers un désastre annoncé. (Quelle drôle d’idée… Sans doute pensais-je le désastre derrière moi, ou plutôt l’avais-je pressenti, aussi j’y retournais fatalement.) Je reprends le carnet bleu, il sent la moisissure d’avoir croupi ces trois années dans le tiroir d’une commode, dans une pièce non chauffée. Mais cette odeur me dit son attente, son désir de moi, de mes mots, et je fais le vœu de ne pas le lâcher, de me cramponner à ses pages blanches, puis ocre jaune, et de les noircir pour accomplir leur destin. Au dehors la tempête s’est levée dans la nuit, après le déluge de la pluie ces derniers jours qui a réveillé toutes les cascades au flanc des routes, gonflé les gardons, abreuvé les champs. La tempête s’est levée et, étrangement, le calme m’a envahie, installant avec lui la confiance en l’avenir quel qu’il soit.

(…)

Le 6 décembre 2016 – Il me sera impossible de transcrire ce qui précède dans ce carnet bleu, sur le blog. Trop intime et puis, qui cela intéresserait-il ? Je parlerai donc de Rome, uniquement de Rome, ville fantasmée plus qu’arpentée. En ce jour de migraine, alors que le temps est au beau, dehors dans le ciel placidement bleu les cimes des châtaigniers ne bronchent pas d’une branche, je construis dans ma tête le texte destiné à l’atelier de François Bon. Un lieu point virgule un lieu. Pour moi ce sera ça.

le 10 décembre – Trente ans de Ballet Bross’ ce soir à la Genette. Beaucoup d’énergie dans ces spectacles de danse. Les plus anciens ont ma préférence, serait-ce que je vieillis ? Ecriture minimaliste dans le travail des plus jeunes, voire pas d’écriture du tout. Revu avec bonheur quelques ami(e)s. Terminé la correction de la thèse sur le polar noir, de Amin. Mais c’était hier. Donc, je vieillis. D’ailleurs demain jour anniversaire. Le sanglier marine et je n’ai aucun humour pour aucun jeu de mots.

Le 13 décembre – Réveillée pour le haïku ! En flânant sur FB, traversée par les images d’un long rêve où de jeunes femmes dansaient en short noir (réminiscence du spectacle de Ballet Bross’ sans doute) et puis cette soirée où je me rendais avec une amie (impossible de la reconnaître pourtant), à pied, parce que je n’avais pas compris qu’il fallait prendre la voiture. Une histoire aussi de gâteau ou de confit que je n’avais pas goûté en raison d’un malentendu. Bref c’était le rêve du malentendu et de l’incompréhension qui n’engendrait aucun conflit, seulement la sensation de passer à côté de la plaque, à côté de l’essentiel. »

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Carnet du jour (3)

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23 octobre 2013, suite. Ce serait donc le carnet de Rome. La ville de la perte et du malentendu.

Le malentendu trouve son origine  dans l’évidence entretenue… pour l’une, que l’autre saura son désir de marcher en direction du Colisée, de la Piazza Navona, de la Villa Borghese, de la place du Peuple… pour l’autre, qu’elle saura son désir de rester sur place, Fontaine Trevi, pour photographier à leur insu les touristes venus se prendre eux-mêmes en photo, lançant une pièce dans ladite fontaine, saisis le bras en l’air la pièce dans la main droite – car le mouvement à respecter est celui-ci, de droite à gauche en passant par dessus l’épaule – et ainsi persuadé qu’elle aura deviné cet incommensurable désir de s’imprégner du « sujet », de « shooter » une heure durant malgré la pluie légère d’abord puis drue, des colonies de japonaises, il ne comprendra pas que l’autre, qui n’a évidemment rien envisagé de tel, tourne, vire, arpente et finisse par se perdre, agacée de ne pas même avoir admiré les façades ocres, les porches des demeures qui abritent des musées particuliers, les galeries d’art, les boutiques de papier, de peinture, d’encre, les librairies, les bouquinistes, les marchands de bondieuseries, les cavistes et les pâtisseries.

(Quand ils se retrouvent l’un devant l’autre sous une pluie battante, au milieu d’une foule désordonnée fuyant se réfugier sous les arcades proches, seuls enfin à se toucher, je ne sais plus s’ils pleurent ou si c’est qu’il pleut tellement. Il se tient devant elle comme ce jeune père venu porter des chaussons bleus à la maman qui venait d’accoucher d’un enfant mort. Elle est désemparée, lui enlève ses lunettes pour les essuyer, car il pleure vraiment. Mais ça, c’est dans un film. La première soirée à Rome est une soirée ratée.)

(À suivre)