Lumière fugace

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C’est peu de chose, cette lumière sur les lauzes de la clède à l’arrière de la maison, au pied de châtaigniers et merisiers, quand le soleil sort de la montagne. Dans l’ombre quelques coings tombés ces derniers jours avec la pluie et qu’il faudra ramasser, bien que Uma et Vega, les brebis, les aient sans doute déjà croqués…

C’est peu de chose, cette lumière, l’instant d’après la photo, elle avait disparu. Mais voilà, Jean-Paul, elle contribue au bonheur du jour. Rien que du quotidien donc. Rien qu’un petit bonheur.

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Texte et photo : M. Sauvage

Un petit tour à Utique ?

En route pour Bizerte un matin de juillet, arrêt sur le site archéologique d’Utique, cité portuaire créée par les Phéniciens. Le nom latin Utica, signifie « ville ancienne » en langue punique – une variété du phénicien, parlée à l’origine au Liban – contrairement à Carthage, « ville nouvelle ».
Le site est l’un des plus beaux que j’ai visités jusqu’à présent, l’un des mieux conservés, le plus propre aussi (ce qui n’est pas rien aujourd’hui en Tunisie !)
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La Méditerranée alors léchait les ruines actuelles… Je rêve d’eau. Près des cyprès peut-être, d’autres arbres, un peu d’ombre ?

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Que nenni ! Sous un soleil de plomb, je pense ce jour-là que nous aurions dû faire un petit effort pour partir plus tôt. Heureusement, les vieilles pierres nous appellent et nous arpentons l’allée principale (romaine) de la ville ancienne, fondée en 1101 avant J.C., trois siècles avant Carthage.

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Présence colorée des roses trémières que rien n’agite, elles qui frissonnent à la moindre brise. A un endroit du site, la pierre, que je n’ai pas photographiée, atteste de l’identité changeante de la ville au cours des siècles, laquelle de punique, deviendra carthaginoise puis romaine. J’aurai droit à l’histoire des trois guerres puniques, passionnante, et je regretterai un court instant d’avoir abandonné trop tôt les cours de latin… [un court instant seulement car j’étais avec l’homme qui connaît tout cela sur le bout des doigts.]

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Sous les pavés… Le site est aujourd’hui à une dizaine de kilomètres du rivage…

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Pour nous, le guide ressuscite la vivacité des poissons en arrosant la fontaine gardée à l’ombre de planches de bois. [Je réalise que je n’ai jamais mangé autant de daurades et de bars qu’en Tunisie.]

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Avec un peu d’imagination, nous nous retrouvons au temps des Romains ! Tout témoigne de leur présence :  citernes, aqueducs, thermes, forum, temples, habitations, mosaïques, etc.

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Utique est le plus grand site archéologique du gouvernorat de Bizerte. [Un gouvernorat est l’équivalent d’un de nos départements. Il y en a 24 en Tunisie.]

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La trace des attaches où l’on gardait les bêtes, sur le bord des mangeoires creusées dans la pierre.
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La nécropole punique abrite plusieurs types de tombeaux parmi lesquels des sarcophages d’un seul bloc à la taille impressionnante, fermés par un couvercle taillé dans la même pierre…

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Notre guide prétend que les habitants de l’époque étaient de grande taille… hum… hum…

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L’entrée du musée national d’Utique était en face de nous, mais au guichet j’ai préféré cette vue sur la droite, cachée parmi les arbres, des locaux qui abritent de belles pièces datant de l’époque punique et de l’époque romaine…

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…parmi lesquelles cette petite licorne, clin d’œil à mes deux filles…

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Et l’au revoir touchant de ce couple uni dans la pierre.

[Il faut aller lire l’article Wikipédia, très bien documenté sur ce site.]

Pour A.

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Texte et photo : M. Sauvage

Italie, la région des lacs (Fin)

[Suite et fin du carnet retrouvé, de la marque Wood & Safety Project…]

Grana : parmesan doux, frais, rugueux, dé-li-ci-eux !

Adieu la mamma d’Arcumeggia qui se déplace pour regarder ses clients dans les yeux avant de les accepter ou non.

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[Ce n’est pas la Mamma, c’est la nana ! Croquée sur un coin de table par son chevalier servant. Je ne dirais pas que c’est franchement ressemblant mais enfin il y a quelque chose dans la casquette fleurie sur le côté…]

Des routes qui serpentent de vallée en vallée, ils déjeunèrent face au lac Lugano et arrivèrent à Menaggio sur le lac de Côme aux alentours de 14 h. Hôtel sans l’aide du Routard, pour 3 notti finalement. Visite de la Villa Carlotta, 1 h 30 enchanteresse dans les jardins.

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Belli. Le nom d’une pastecceria où nous achetâmes du nougat morbido et une excellente tartella au chocolat et aux poires. Près de Côme, sur les rives du lac.

Mais avant, à Laglio, plus exactement à la Posta de Laglio, où les pas de M. le guidèrent irrésistiblement pour acheter 25 francobolli, [à l’époque nous écrivions des dizaines de cartes postales…] nous avons rencontré Maria C., sposata à un gars du Frioul dont le nom de la famille maternelle est celui de M. [De fil en aiguille nous nous étions rendu compte que les deux familles qui portent donc le même nom vivaient dans le même petit village du Frioul.] Coup de foudre pour Maria qui le rend bien à M. qu’elle affirme être de la même famiglia que son marito.

[Je me souviens de cette belle postière italienne, sicilienne nous apprit-elle plus tard, brune aux yeux verts, plantureuse et joviale. Nous étions seuls avec elle dans le petit local. Comme nous commandions des timbres pour la France, elle nous avait raconté sa vie, son mariage, son voyage de noces en France, à Reims (!). Je me souviens de sa discussion au téléphone avec son mari, qu’elle avait appelé sous nos yeux ébahis, disant « Tu ne veux pas descendre à la poste ? On pourrait manger ensemble ! Je suis sûre que vous êtes de la même famille. Il te ressemble, il est beau comme toi », et s’avisant que je comprenais l’italien, ajoutant « Elle aussi, elle est belle », et j’avais éclaté de rire.]

Et voilà comment on repart avec une adresse et l’émotion d’appartenir plus qu’on ne croyait à l’Italie. Et moi, avec le sentiment plus fort encore de me promener avec un bel Italiano du Friolino.

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Emotion du jour… Dongo [hantée encore par la fin de Mussolini, en tout cas, c’est le souvenir que j’en garde, et ce serait la raison de cette « émotion du jour »]. Une robe en lin jaune offerte par M. [A moins que ce cadeau ?…] et une ballade dans la montagne où les gens semblent authentiques. [Quelle drôle de remarque ! Etayée par rien, je n’en comprends plus le sens.] Les chèvres accompagnent la rêverie et la douceur de l’après-déjeuner (…). On ramasse des cailloux et des morceaux de vie cassés sur le chemin du retour. Le dernier jour aura le goût de la bière italienne puis du vin blanc pétillant sucré et du Barbera, rosso frisante, qu’on dégustera en écrivant les dernières cartes postales. Le soir, un concert brandebourgeois clôturera le séjour, avec le lac en contrepoint et encore du Barbera, pour oublier peut-être.

Le jour du départ… 25 mai 1997

Un pot à Cima puis un autre avec café et pastecceria parce qu’on n’avait plus que 2700 liras. A S. Mamete, la barmaid sympa, a rallongé notre café. Addio Italia!

[Fin]

Cahiers et carnets – Des voyages – CIT≠ 3

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Italie, la région des lacs (≠2)

[Suite du carnet retrouvé, de la marque Wood & Safety Project…]

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DEPENSES

(ticket de 1.790 lire)
Pour les petits pains que nous avons eu du mal à trouver, dans un supermarket fermé (et où on est entré quand même). Alors on a mangé : du bœuf fumé, de l’asiago, de la mozzarella de deux sortes, de vrais petits pains, des petits pains genre suédois + une bière allemande de l’hôtel.

Le soir du 20 mai

Repas dans la chambre de l’Alberga La Perla. Pendant que la cloche de l’église sonne 10 h du soir, l’orage tonne sur le lac Maggiore, et le loulou lit la carte pour la balade du lendemain. Il paraît que « C’est bien, ça va laver le ciel tout ça » (…) pendant que la lumière clignote à cause de l’orage.

Tarego, sur le lac Majeur, mais en hauteur, joli petit village avec église et jardins, grand hôtel (Miramont ?) abandonné, décor de fin du monde (photo) et auberge La Perla pour se reposer des longues balades (chambre n°5).

[Là je regrette la photo de cet hôtel en totale décrépitude. Un décor de roman. Comme ces champs de pneus, ça n’a rien à voir, mais ma mémoire m’impose ces champs de pneus, dans la campagne beaujolaise, il y a des années aussi, et j’avais pensé de la même façon que ce serait un décor pour un monde finissant.]

Le 22 mai

Le ciel était bien nettoyé après l’orage de la page précédente.

Les bruits, les couleurs, les parfums en quittant Tarego étaient ceux de 6 h du matin au lieu de 7 h. Une facétie de M.

[Une facétie dont a ri mon copilote pendant des jours… Car je conduisais pendant qu’il prenait des photos, c’était le but de la plaisanterie : me réveiller une heure plus tôt pour saisir la belle lumière du matin.]

Comme ça, on est allé à Santa Agata alors que le soleil donnait son meilleur, puis on est retourné à Cadenabbia pour un café et des brioches, comme ils disent ici. Face au lac. Un peu touristique, mais sans touristes sauf nous, donc grandiose.

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Petite virée autour du lac Maggiore par Locarno. La Suisse telle qu’en elle-même. De la rigueur partout. Finie la fantaisie italienne et les petites fleurs ou les bosquets multicolores. Des toits gris et le minimum de géraniums. Juste avant la frontière on avise que les Suisses aussi ont des « monstres ». De qualité. Meubles et lits. Et plus loin, un drôle de panier d’osier avec des bouteilles en métal kaki, que l’on s’empresse de mettre dans la voiture sous le regard surpris de deux autochtones, un peu plus loin. Passage de la douane italienne… et dépôt du panier d’osier un peu après dans une poubelle. [Nous étions jeunes et bêtes…] Une propriété éphémère et proportionnellement jouissive.

Le repas de jambon cru, de fromage et de vin du Trentino se déroule à Arcumeggia, la ville des peintres, aux alentours de 14 h 30. Du plaisir à l’état pur et comme on a le coup de foudre pour le patelin aux fresques peintes sur les murs, on reste.

Albergo dei pittore, ça s’appelle, et avec ça l’accueil nous incite à rester. [Au 25 septembre 2013, l’auberge était fermée, selon le VareseNews !]

De l’Italie comme on l’aime, de la douceur, de la simplicité, de la nature où poussent les carottes sauvages, avec vue sur un lac dont on ne sait plus s’il est le Majeur ou le Lugano mais qu’importe. Ici, on s’aime alors on se le dit.

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[à suivre…]

Cahiers et carnets – Des voyages – CIT≠ 2

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Italie, la région des lacs (≠1)

Un carnet retrouvé, de la marque Wood & Safety Project, intitulé Eco-pad S, sur la bande rouge qui coupe verticalement la couverture, et qui démarre ainsi :

20 mai 1997 – 11 h 15

Isola Madre, des parfums, des couleurs, des cris de paon, des faisans blancs et noirs, des salons de pierre, des roses parme, orange, blanches, des marguerites jaunes dans des vasques romaines, des Allemands en famille, un taxodium de Floride, énorme, devant des massifs encore non identifiés, le Pré du Bossu, pour écrire sur un banc à l’ombre, entourée de chants d’oiseaux, de racines phalliques dressées sur la pelouse, le paradis au milieu de l’eau.

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[J’avais oublié ces tentatives de dessiner le détail des fleurs… Oublié aussi d’ailleurs l’année de ce séjour dans la région des lacs. Mais dès que j’ai tourné les pages du carnet, j’ai retrouvé vivant mon émerveillement devant les villages accrochés sur les hauteurs au-dessus du lac Majeur, l’eau bleue de ce lac dans la présence majestueuse des Alpes italiennes, la couleur des façades sous le soleil du soir, et la volubilité des Italiens, le niveau sonore de leurs conversations…]

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En attendant le bateau qui nous mènera à Isola Bella…
Après un repas dans un restau typique où le vin acidulé ne tourne pas la tête,
où les chats se disputent les têtes de poissons,
où les petites filles italiennes se prénomment Elena,
où « le café est un véritable dessert », dixit le bel Italien à ma gauche
où l’artiste locale nous raconte le « raku », procédé japonais de poterie réservée à la cérémonie du thé, précise-t-elle.

« Sur l’île belle, je dis à ma belle que la vie est belle », voilà le refrain que suggère Isola Bella à l’artiste majeur sur le lac du même nom…
Isola Bella. Sur la proue du navire, ils se posent au soleil, face à l’Ile du pêcheur [Isola dei pescatori, donc l’Ile des pêcheurs, en réalité], pour mieux l’admirer. Photo. Une craie orange transforme M. en affreux gamin des banlieues qui tague les pierres pour écrire mon prénom. Photo.

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(Jusqu’à présent je souriais en voyant mes dessins, là, je pouffe. Bien sûr, tout ce que je notais dans l’espoir de m’en servir a dormi pendant toutes ces années dans un tiroir…)

Isola Bella. Isola délire.

Ici les paons blancs ne font la roue qu’une fois. Les propriétaires du palais étaient plus fous les uns que les autres. Des grottes aux coquillages immenses, aux tortues nageantes, aux sirènes aux seins nus [euh… oui… jamais vu de sirènes habillées non plus]. Des tapisseries à la Licorne, emblème des Borromée, et des fauteuils recouverts de Gobelins. Un lustre immense en cristal de Bohême.


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(A l’époque, je brodais avec du vrai fil de soie sur de vrais tissus de lin… Où trouvais-je le temps de le faire, je n’en sais rien, mais enfin, je brodais… Sans doute tous ces motifs étaient-ils destinés à se retrouver quelque part sur un bout de tissu.)

Al caffè Torino, cappuccino et birra. On est reparti d’Isola Bella en se promettant :

• de planter des rosiers odorants rouges si possible à grosses fleurs mais aussi roses, jaunes, blancs…
• de planter des œillets blancs pour le parfum,
• de conseiller aux parents de venir faire une balade dans les îles Borromée l’année prochaine.

 [J’ai attendu de vivre en Cévennes, cinq ans plus tard, pour planter des rosiers odorants. Un beau rosier à fleurs rouges nous attendait ici d’ailleurs ainsi que trois rosiers jaunes. Pas d’œillets blancs… Quant au conseil, il a été emporté par la vie et la mort.]

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(La statue était impressionnante, je me souviens…)

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[à suivre…]

Cahiers et carnets – Des voyages – CIT≠ 1

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Carnets d’Irlande [2000, ≠ 7]

Le lendemain 29 mai, bon petit-déj’ à l’hôtel et départ pour quelques photos du livre.
A Slane, nous nous promenons le long de la Boyne par un beau soleil pour trouver l’arrière du château, mais nous n’arrivons pas à avoir le même point de vue que les M & M.
Après tours et détours, nous allons sur la colline de Slane où nous découvrons un des sites des M & M, le cimetière, où nous arrivons à prendre quasiment les mêmes pictures. L’endroit est magnifique, nous sommes seuls, la campagne est superbe, nous surplombons la vallée. Su-bli-me ! Bon, c’est l’inverse, on a d’abord commencé par la colline.

[Ci-dessous donc, la ruine de l’église près du château de Boyne et de son cimetière, identifiée sur le livre comme l’endroit où le roi Guillaume traversa la rivière Boyne. La photo est identique à celle des demoiselles. Sous cette photo, pour déroger à la règle qui voulait que je ne publie ici que les images similaires à celles prises par les demoiselles M & M, une photo du site tel que nous l’avons trouvé.]

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[Entre notre photo et celle des demoiselles Mignon et Mespoulet, il n’y a que les tombes vieilles pourtant, érigées après leur passage. Nous sommes donc sur une colline d’où, disait-on, on apercevait le pays hanté par les Tuatha De Danan (les dieux locaux). Les étudiantes parlent du sommet de Tara, au loin, alors sur que leur cliché ne figure aucune proéminence. Il paraît que c’est là que se réfugièrent les dieux une fois chassés de l’Irlande. Elles évoquent aussi les tumulus de Knowth (prononcer Cnauout), de Newgrange et de Dowth.]

[Ci-dessous, le site non photographié par les demoiselles.]

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Ensuite, à Newgrange, nous découvrons un complexe touristique qui aurait épaté M & M. Très bien conçu, enfoui sous la végétation, légèrement en creux. De là, des bus partent, emmenant les touristes (3 000 la journée de la veille) vers les deux sites de Knowth puis de Newgrange. A 12 h 15, nous « visitons » le tumulus de Knowth sous le soleil tapant, lieu magique mais avec trente personnes, c’est dur de méditer un peu…

[Ci-dessous le tumulus de Knowth, que nous avons photographié de plus près que les demoiselles. En 1913, d’après ce que racontent M & M, ce tumulus était le seul parmi les trois à ne pas avoir été exploré. Le seul aussi à avoir conservé sa forme antique et à ne pas avoir été envahi par les arbres.]

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Puis à 14 h 15, nous sommes devant la pierre gravée [de Newgrange], merveilleux travail artistique tel que l’ont vu nos demoiselles. Nous entrons dans le tumulus, découvrons d’autres entrelacs, losanges et spirales ainsi qu’une basin stone et notre guide nous fait le coup du solstice d’hiver ! Impressionnant et pour une fois, dans le noir, nous pouvons croire à un moment de recueillement partagé par les 25 personnes qui peuvent tenir dans cette tombe…

[Ci-dessous la pierre druidique devant l’entrée du tumulus de Newgrange. La photo est identique à celle des demoiselles, sauf que sur la leur on aperçoit une grille à droite derrière la pierre, qui pouvait se refermer sur l’entrée. A notre passage, il y avait une énorme porte de pierre ainsi qu’on peut la voir sur la photo. Le tumulus de Newgrange était un lieu de sépulture des chefs de l’époque de Bronze, disent les jeunes étudiantes.
Sur notre image, les sculptures sont très lisibles, ce qui n’est pas le cas sur le cliché
des M & M.]

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[Les deux photos précédentes, dans le livre intitulé Irlande 1913, apparaissent 2 fois, en couleur et en petit format dans un paragraphe intitulé « L’ère préhistorique. Les temps légendaires ». Elles font aussi partie de l’ensemble des 29 clichés reproduits en noir et blanc à la fin de l’ouvrage. Là, elles sont complétées par une autre image, prise sur le même site, de 3 pierres verticales que nous avons retrouvées (ci-dessous). Il semble qu’à l’origine il y avait davantage de pierres formant un cercle pour marquer le tumulus de Newgrange et que celles-ci étaient les 3 dernières.]

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Ensuite, ravis de nos photos et de nos découvertes, nous partons vers Mellifont pour visiter les restes de l’abbaye puis photographier le baptistère qu’avaient beaucoup aimé
les M & M.

[Cette photo de l’abbaye est absolument identique à celle des M & M, hormis quelques bouquets d’arbres à droite à l’arrière-plan.]

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[Ci-dessous, le baptistère entre-temps restauré car sur notre image, au premier plan se dresse le morceau de mur à 5 arches. Le reste est identique à l’original.]

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Puis c’est Monasterboice avec quelques touristes. Les croix sont sublimes, la grande me surprend par sa taille.

[Voilà, c’est celle-ci, la croix du Xe siècle, si surprenante. Au moment du séjour des M & M, elle était entourée d’une grille rouge, ce que les demoiselles avaient regretté. Elle est répertoriée dans le livre, à une autre page et en petit format couleur, comme « la Croix Ouest de Monasterboice ».]

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Nous tapons la route sous un orage battant jusqu’à Killebrid où nous trouvons enfin un B&B parce que celui indiqué par le routard est « vide ». Il est 20 h. Notre hôtesse est à moitié souriante, mais la chambre est immense, jaune et bleue, et nous allons y passer une bonne nuit bien méritée.

A Glendalough, la tombe dont parlent M & M se trouve devant la cathédrale à gauche quand on est de dos à la porte d’entrée. Elle a une jolie forme, plus ciselée que les autres tombes, en effet. Elle reads :

IHS

Here lieth the Body of Andrew Byme of Geenane Budge

1789 Aged 42 y

Also his ………… Jane Mary

and pray for us

Daughter Anne dep July

1798 Aged 13 years

[La voilà, je suis devant elle. Sur l’image des M & M, elle est prise en gros plan.]

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Elle s’incline vers la gauche, elle a à sa suite une tombe, croix celtique, avec un Christ au milieu, érigée pour Maria Jones Ballindoyle.

 

Magie de la lumière. La tour de gauche à 9 h du soir capte encore celle du soleil et flamboie comme les collines rousses.

« They bury you and then you go back to Heaven », dit une petite fille de 5/6 ans à sa petite sœur (entendu au graveyard de Glendaloch le 30 mai 2000).

« On t’enterre et ensuite tu retournes au Ciel »…

Cahiers et carnets – Des voyages – CI≠ 7

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Carnets d’Irlande [2000, ≠ 6]

[Galway] Le 27 mai, au petit-déjeuner, nous montrons les photos des demoiselles Mignon et Mespoulet (M & M) à notre hôtesse qui affiche dans son salon une photo de William Street, datant des années 1950. [Je crois me souvenir que c’est grâce à cette photo que nous retrouvons la rue de Galway photographiée par les M & M lors d’une foire de bétail, p. 37 du livre qui leur est consacré.] Puis nous allons dans Galway à la recherche des sites photographiés par M & M.

Première étape : le fish market que nous retrouvons sans peine, déjà repéré la veille.

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[Sur le cliché original, à droite de la photo, un groupe d’une huitaine de personnes dont seules 3 n’ont pas bougé ! Les demoiselles précisent que ce sont les femmes, « moins patientes » qui sont la cause du flou… Une femme toute de noir vêtue, la tête recouverte d’un grand châle, deux hommes chapeautés, l’un porte sous le bras gauche ce qui pourrait être du poisson enveloppé dans un papier journal. Plus loin 3 hommes discutent. Les maisons à l’arrière-plan, très grises sous un ciel de pluie, ont changé, mais elles restent reconnaissables. Celle de gauche aujourd’hui à la porte et à la vitrine rouges affichait une cheminée sur son pignon, c’était le lieu d’une boutique qui mentionnait un nom « M. CONNOLLY ». Nous n’avons pas pris autant de recul que les demoiselles pour photographier le lieu. Il nous manque 2 maisons à droite…]

Puis, plus difficile, la rue de la vente du bétail (2 photos prises par les M & M).

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[Sur la photo originale, une vache au premier plan et de jeunes garçons arborant casquettes, vestons, chaussures et guêtres. Ils ont bougé, l’instantané est flou. Une foule se presse derrière eux, on distingue quelques chevaux parmi d’autres bêtes à cornes. Contrairement à cette image, la nôtre a été prise par temps clair et ensoleillé.]

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[C’est cette rue qu’il nous était difficile d’identifier sans l’aide de notre hôtesse du B&B de Galway. Le cliché pris par les demoiselles a été reproduit en noir et blanc, dans un petit format, comme 28 autres clichés que l’on trouve à la fin du livre, dès la page 123. Leur photo représente la même perspective que la nôtre, les bâtiments de gauche sont aisément reconnaissables, ceux de droite ont quelque peu changé. On y voit seulement les bâtisses du premier plan, avec les grandes fenêtres, tandis qu’au rez-de-chaussée on distingue des porches. Au premier plan à gauche et à droite, quelques vaches noires dont les M & M expliquent qu’il s’agit d’une race typique de l’ouest de l’Irlande.]

Nous retrouvons sans peine aussi la porte, près du square Kennedy. Les indices qui nous aident à repérer les lieux ne sont pas ceux que l’on croit… [notations sibyllines impossibles à décoder 14 ans plus tard…]

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[Sur le cliché original en noir et blanc, la porte avait encore son énorme portail en bois, et une grille en fer forgé de part et d’autre de la structure. Elément d’architecture du XVIIe siècle, cette porte symbolise la prospérité de Galway à l’époque du commerce entre Espagne et Irlande.]

A l’intérieur du pub Murphy dans William Street, nous discutons avec deux messieurs âgés de 65 ans ou davantage, qui sont intéressés par notre livre.
Le barman aussi en redemande ! Les questions fusent, nous racontons notre projet. Ils nous parlent du Claddagh [C’était à l’époque un petit village de pêcheurs qui a été entièrement détruit pour cause d’insalubrité. Les travaux avaient commencé lors de la visite des M & M.], ils essaient de reconnaître des endroits, s’agitent beaucoup et nous conseillent d’aller en face montrer notre livre chez Kennys (bookshop). Ce que nous faisons. Mme Kenny mère est sûre d’avoir vendu ce livre il y a quelques années, en français. Elle nous renvoie vers son fils qui tient la Art Gallery dans la même boutique. Elle nous dit qu’elle sera très intéressée d’avoir un exemplaire de notre livre quand il sera sorti… [Encore un vœu pieu… unfortunately! Nous nous étions pourtant donné le temps de l’écrire… 13 ans, pour fêter le centenaire du séjour des M & M en Irlande…]

Son fils, Tom, est très helpful. Notre histoire l’intéresse d’autant plus qu’il l’a suivie il y a plus de vingt ans quand il y a eu l’exposition de photos des M & M à travers l’Irlande [donc bien avant la publication du livre par le conseil général des Hauts-de-Seine]. Lui-même possède de nombreux slides et connaît les noms des gens qui apparaissent sur les photos. [Nous avons fait l’erreur de ne pas les lui demander !] Il nous conseille de lire Down by the Claddagh, de Peadar O’Dowd et nous assure qu’à Spiddle, nous pourrions peut-être retrouver l’une des chaumières du livre des M & M. Après renseignements pris auprès d’une de ses employées, il nous donne des indications : aller voir Jimmy Keady, un fermier qui vit à Shanagurraun, près de Spiddle et qui nous renseignera. Ce que nous faisons l’après-midi après avoir déjeuné au King’s Head, conseillé par les piliers de bar rencontrés le matin chez Murphy’s : très bon, très jeune, très sympa.

Jimmy Keady s’avère également très sympathique, après avoir mis quelque temps à comprendre qui était Tom Kenny ! Il nous fait visiter une ancienne chaumière, au toit en tôle ondulée maintenant. Il nous dit que celle-ci a deux cents ans environ, comme celle un peu plus loin sur la route, à la forme très bizarre, en trèfle à quatre feuilles quasiment. Il nous apprend que les plus vieilles chaumières (il précise « de plus de deux cents ans ») sont les rondes, ce qui nous renvoie au bouquin de M & M qui disent la même chose, en ayant photographié une dans le Claddagh (mais à vérifier quand même). [J’ai beau chercher, je ne vois pas de maison ronde dans ce livre ! Juste une petite chaumière, qui était alors la plus petite du Claddagh, que les M & M appellent « maison ruche » pour le mode de construction, en « pierres non cimentées ».]

Le 28 mai, le temps s’annonce sunny. Delia confirme que for a change, nous devrions avoir beau temps aujourd’hui et dix minutes plus tard, c’est une averse de grêle qui s’abat sur la ville ! On trouve la petite maison de chaume qui reste dans la rue St Domenicks, transformée en groceries. Puis on prend une photo du Claddagh actuel, en s’appuyant sur une photo trouvée dans un des deux bouquins achetés chez Kennys. [Non retrouvée dans ma sélection.]

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[Je me souviens comme nous avons sauté de joie en trouvant cette petite chaumière oubliée au milieu de constructions modernes. Nous avons voulu y voir une trace de ces petites maisons du Claddagh…]

(…)

A Clonmacnoise, belles ruines de cathédrale (Xe s avec porte photographiée du XVe) selon un guide qui faisait les commentaires.

Nous traversons le cimetière le plus récent pour marcher à travers la campagne pendant dix minutes et nous admirons la porte de la nun’s church, superbe au milieu des prés. Seul le seuil a quelque peu changé.

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Puis nous fuyons les touristes pour repartir en direction de Glendalough. Nous avons notre petite idée pour dormir ce soir. A Athlone, nous nous arrêtons le temps justement de passer un coup de fil au B&B en question, mais ça ne répond pas. Nous profitons de cet après-midi de dimanche où tout le monde s’est retrouvé dans ce restau, pour manger des pastries. Nous repartons et nous nous arrêtons à Trim pour trouver le fameux B&B. Il est déjà aux alentours de 19 h et le B&B n’existe plus, il faut se rendre à l’évidence… M. a avisé l’hôtel du coin, allez, on pousse jusque-là. Génial, la chambre est à sixteen, on fait répéter… et l’on a droit à une magnifique chambre immense avec lit king size, divan et deux fauteuils, coiffeuse, desserte pour la TV, etc. La chambre est à sixty évidemment. Il y a de beaux cadres notamment un au-dessus du lit intitulé The morning of the wedding qui représente une jeune mariée en train de se préparer avec l’aide de deux femmes, sous le regard intéressé d’une petite fille à gauche du tableau.

Visite et balade au château de Trim où fut apparemment tourné Braveheart. Arrêt dans un des nombreux pubs de la ville et nous pouvons observer qu’en ce dimanche soir, amis, familles avec enfants, se retrouvent autour d’une bière ou d’un soda. L’ambiance est bon enfant. Nous nous installons confortablement, des musiciens se pointent vers 9 h p.m. mais ils ne commencent pas à jouer avant 10 h, tant ils rapportent d’instruments ! Pendant ce temps, le pub se vide puis se remplit à une allure surprenante. Tout le monde est là : ceux du village et des environs ! Des jeunes, des moins jeunes, des vieux. Nous observons le manège du « je-te-paie-un-verre-et-tu-m’en-paies-un-en-échange » entre un homme et une femme, sans qu’un mot entre eux ne soit prononcé ! Puis les musiciens jouent, bien, à notre surprise, plus tard les gens se relaient, surtout des femmes, pour chanter et danser ; on parle avec nos voisins qui nous invitent chez eux pour des vacances à Westport ! Eileen et Tony G. Elle est Irlandaise, 45 ans, il est Anglais (environ 60 ans). Ils ont une petite fille, Renée. Il ne touche pas à la Guinness qu’il a commandée ni au verre d’alcool. Elle a bu trois ou quatre verres d’alcool. Elle hurle dans mon oreille qu’elle adore son pays, qu’il la fait pleurer, qu’il faut que nous promettions de leur rendre visite. Nous parlons avec un autre couple, lui est cordial, elle un peu moins, cela s’arrange au fil du temps. A plus de minuit, nous plions bagage avec 2,5 litres de bière dans le gosier à peu près… Mais la Guinness est très bonne et ne saoûle pas, pas plus que la Smithicks de M.

 

Sur les traces de Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet, agrégées, boursières d’Albert Kahn, membres titulaires de la Société autour du Monde, qui partirent en Irlande en 1913 et réalisèrent 73 clichés en couleur « pour Monsieur Kahn ».
(Titre du carnet de voyage écrit pour la circonstance du 17 mai au 2 juin 2000)

Cahiers et carnets – Des voyages – CI≠ 6

 

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Ce(tte) œuvre (textes) est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

 

Carnets d’Irlande [2000, ≠ 5]

[Cette année-là, en 2000, nous marchions sur les traces de 2 jeunes étudiantes qui en 1913 avaient parcouru l’Irlande dans le but de photographier le tournant du siècle pour le compte de Albert Kahn, fondateur des Archives de la planète. Notre but étant de reprendre à l’identique les clichés pris par Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet, ici nommées M & M, dont nous ne pouvons reproduire la copie.]

Au monastère de Claregalway.

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Nous escaladons le mur qui sépare la route N18 du monastère et traversons le pré où paissent les vaches. M & M ont pris la photo quasiment au pied du bâtiment. Maintenant, il y a un cimetière devant. A l’époque, il ne devait y avoir que quelques tombes puisque nous en avons trouvé une qui datait de 1906. Le cimetière était à droite sur la photo, donc à l’Est. [Aujourd’hui, je me méfie de mes déductions intempestives, étant donné mes compétences en matière d’orientation…] On a aussi dû escalader le mur du cimetière pour entrer dans l’abbaye parce que tout était fermé. Quant au château, il ne vit plus une vieillesse paisible, mais sonore, parce que la nationale passe maintenant entre lui et l’abbaye. La petite maison à droite est toujours là, cachée par les arbres. Nous n’avons pas pu grimper en haut du mur pour aller le prendre de plus près.

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[Cette deuxième photo du château fortifié de Claregalway est proche de celle prise par M & M. Sur la prise de vue des demoiselles, une maison au toit à 2 pentes est attenante au château, sur la droite ; ici elle est cachée par la végétation. A l’arrière du château se trouvaient des bâtiments qui avaient disparu au moment de notre séjour.]

Sur la route de Headford à Claregalway, il nous semble reconnaître une chaumière [reproduite dans le livre des deux étudiantes] dans le village de Curendalla (??).

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[Sur l’original, on aperçoit le muret de pierre sèche, je me souviens de tous les repérages que nous avions faits pour nous persuader qu’il s’agissait bien de « l’endroit ». Il n’y a que la foi qui sauve… La chaumière fait partie d’un petit hameau de deux ou trois maisons, on aperçoit une femme et deux petits enfants dans l’herbe, deux vaches nous tournent le dos. Le reste du hameau est en ruine.]

Mais après discussion avec une habitante, nous restons perplexes. La dame nous renvoie vers Brother Connal qui s’intéresse à l’histoire locale et que nous rencontrerons à 15 h, à la sortie des classes, à l’école du village. Ce monsieur charmant est très intéressé par notre bouquin et notre projet, malheureusement il ne reconnaît pas non plus la maison, la topographie des lieux est différente. Mais il prend une photocopie de la photo pour interroger son entourage. Au passage, il nous fait part de ses propres recherches sur l’histoire locale, il a écrit un leaflet et contribué à d’autres (nous lui achetons). Il nous apprend que les villages dans le coin et à l’époque de M & M étaient plutôt des towns lands, maisons dispersées dans la lande ; il nous montre des photocopies de lettres manuscrites d’une Irlandaise émigrée en Australie, son propre album de timbres d’Europe et sa collection de photos « regarding wild flowers ».
Cet homme est surprenant ! Nous échangeons nos adresses, nous lui enverrons des timbres…

Nous filons sur Galway (ah ! le Brother nous a aussi dit qu’il y avait 240 enfants dans la Primary school du village, que les parents étaient pour ainsi dire une fois sur deux des gens qui travaillent à Galway, que certains encore sont fermiers mais ont une occupation à côté pour joindre les deux bouts). Bref, nous filons sur Galway et trouvons après bien des tours et un refus, un B&B kitsch mais sympa.

Le 26 mai, toujours, balade dans la ville qui nous effraie un peu et bières puis repas dans un pub/restaurant plein de coins, de recoins et d’étages, où s’enterre une vie de jeune fille et se rencontrent tous les gens des environs (de plus de 21 ans !).

 

Sur les traces de Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet, agrégées, boursières d’Albert Kahn, membres titulaires de la Société autour du Monde, qui partirent en Irlande en 1913 et réalisèrent 73 clichés en couleur « pour Monsieur Kahn ».
(Titre du carnet de voyage écrit pour la circonstance du 17 mai au 2 juin 2000)

Cahiers et carnets – Des voyages – CI ≠ 5

 

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Carnets d’Irlande [2000, ≠ 4]

Le 25 mai

Après un full Irish breakfast, ils reprennent la route sous un soleil ardent. Le vent souffle.

Déjeuner sur un pier et sieste.

Rencontre avec l’homme de la tourbe. Né en 1922, il parle le gaélique, difficile à comprendre. Il a une ferme et ce champ dont il extrait la tourbe. [Dans le livre consacré à Mesdemoiselles Mespoulet et Mignon, une page et une photo sont consacrées à un homme au milieu d’un champ de tourbe. Le texte est intitulé « La mine de l’Irlande et son mineur ». Bien sûr nous n’avons pas pris de photo du monsieur en question, mais de champs de tourbe, oui, enfin, des diapositives…] Il montre la sorte de pelle qu’il a fabriquée pour cela, avec un angle, il dit qu’il est heureux, que lorsqu’on a une terre, une maison et des mains pour travailler, on est heureux. Il dit que seul Dieu séchera la tourbe s’Il le veut (The Man above). Il crie contre les machines, contre les gens qui s’installent ici, qui achètent des maisons, qui ont des bateaux et qui ne travaillent plus la terre.

« The memory of the Just is blessed » Lu dans une église ? un cimetière ?

[Je rappelle ici que notre projet était de prendre en photo les sites et monuments photographiés en 1913 par Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet, et de les reproduire à l’identique dans la mesure du possible.]

Abbaye de Ross à Headford

Le 26 mai 2000

A moins de 300 mètres, sur la gauche d’un chemin qui mène à l’abbaye de Ross, se dresse une petite maison de pierre, inhabitée. Elle a quatre ouvertures, une porte d’entrée, surmontée à droite et à gauche de deux fenêtres ; celle de gauche a été agrandie, elle a maintenant le double de la taille de celle de droite qui est refermée par un volet de bois noirci par le temps. Attenante à la maison, une petite construction qui devait être une étable ou un poulailler, enfin quelque abri pour les animaux. La dernière ouverture, minuscule, est à droite de la porte d’entrée, obstruée aujourd’hui par des moellons. Cette petite maison a plus de cent ans. Mesdemoiselles M & M l’ont vue, s’y sont peut-être rendues, peut-être y ont-elles été accueillies car à l’époque, il n’y avait guère d’autres maisons dans les parages. [Elles ont voyagé en train de Dublin à la côte Ouest, mais j’ai aimé les imaginer se déplaçant ensuite en voiture à cheval et demandant le gîte au hasard de leurs pérégrinations… Mesdemoiselles M & M sont parties de Galway. Ross est au nord-est, c’est leur 3e étape après The Claddagh, ce quartier sur lequel je reviendrai plus tard.]

Nous avons retrouvé le muret de la photo, il est aujourd’hui envahi par les arbustes et les buissons, voire les arbres. [Et nous avons donc pris une photo, tirée ensuite sur papier ! Elle est quasiment identique à celle prise par Mesdemoiselles M & M, sauf 2 ou 3 moutons au premier plan, un muret de pierres qui s’est construit sur la droite… et la forme des nuages… La voici.]

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L’horizon n’est plus aussi bas, des maisons se sont construites, des arbres ont poussé, relevant son niveau. Il y a toujours des moutons, il y a aussi des vaches. On devine que ce paysage leur a paru mélancolique. Nous avons retrouvé le petit chemin entre deux murets que M & M ont dû emprunter pour accéder au pré afin de prendre une photo.

Fondée en 1351, Ross Errilly s’agrandit considérablement en 1498, devenant l’une des plus grandes fondations franciscaines en Irlande. Aujourd’hui, c’est la mieux préservée. Cloître pour méditer, église pour prier, bâtiments domestiques pour cuisiner, manger et dormir.

On est accueilli aujourd’hui par le bruit étrange du vent dans les portails de tube métallique, le croassement des corneilles.

Les frères abandonnèrent the friary en 1753.

Face nord de l’abbaye [ci-dessous], seul l’arbre à droite de la photo originale a disparu, ainsi que la grille remplacée par un muret. Le jaune des lichens est sans doute plus flagrant qu’au temps de M & M, mais la couleur du soir y était peut-être pour beaucoup. Ici, nous sommes le matin, 11 h, et le soleil perce mais n’enflamme pas les pierres.

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Sur les tombes, les dates débutent en 1526 ; la plus récente date du 5 mars 1999. [Sur le livre, la légende indique que les inscriptions courent « de 1526 à 1870 environ ».)

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Les plus vieilles pierres tombales sont à gauche en entrant par le petit portail (2e photo N&B ci-dessous). Elles sont illisibles. 1690 côtoie 1927.

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Un blason date de 1646. Il représente un voilier surmonté d’une main à droite ; d’un livre et d’un visage à gauche, une croix au centre, un poisson sous le bateau. Une licorne tout en haut est perchée sur un heaume. C’est ce que j’ai trouvé de plus vieux qui soit lisible [photo ci-dessous, rien ne se devine, je me souviens avoir détaillé le blason pour cette raison.)

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Sur les traces de Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet, agrégées, boursières d’Albert Kahn, membres titulaires de la Société autour du Monde, qui partirent en Irlande en 1913 et réalisèrent 73 clichés en couleur « pour Monsieur Kahn ».
(Titre du carnet de voyage écrit pour la circonstance du 17 mai au 2 juin 2000)

Cahiers et carnets – Des voyages – CI ≠ 4

 

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Carnets d’Irlande [2000, ≠ 3]

Le 21 mai, ils partirent pour Dingle sous une pluie battante, manquèrent la Healy Pass, se régalèrent de la vue sur le lac (Lady’s view) au milieu des montagnes parmi les plus hautes d’Irlande, déjeunèrent sur une hauteur en regardant se retourner les kayaks, et arrivèrent finalement au port de Dingle où ils dégotèrent un B&B (trouvé dans aucun guide), le O’Neils, chambre 7, ce qu’ils voulaient.

Ils dînèrent chez Fenton du bœuf tendre à souhait, well done pour lui, medium pour elle, accompagné de légumes craquants, et comme ils avaient auparavant bu chacun un litre et demi de bière (1 l chez Flaherty et l au restaurant), ils estimèrent qu’il était temps d’aller se coucher.

Le 22 mai

L’Irlande se cache en hauteur, derrière les éperons de la côte où se pressent les touristes. L’Irlande est en pierres sèches et en murets gris, elle est pauvre et ses cahutes de pierres plates abritent des carrioles rouillées, de larges dalles disloquées dessinent des cours à l’arrière des maisons, les écuelles rondes y attendent, renversées, le grain pour les poules. L’Irlande abrite des ruisseaux sonores, mais invisibles, qui courent sur les pentes des prés où broutent les moutons à tête noire. L’Irlande ne se montre pas, ou si peu, mais elle ose toujours un signe de la main au passant qu’elle croise.

Ils laissèrent Dingle pour faire le tour de la péninsule, visitèrent des « bories » vieilles de 500 B.C. et habités jusqu’en 1200 AD, burent du whisky dans l’herbe irlandaise en admirant les vagues se jeter sur les falaises et les mouettes danser en rond au-dessus, puis ils se mêlèrent aux touristes ardéchois descendus d’un car en un groupe compact pour visiter un oratoire du Xe s ou quelque chose comme ça. Après re-Dingle et le Supervale pour des courses, puis Tralee, puis Trabact (?) où ils prirent le ferry, ils accostèrent enfin sur la presqu’île de Burren, sous une pluie quasi battante. Là, les Cliffs of Moher les attendaient, immuables, noires. En route pour Doollin, ils avisèrent une farm house où ils dînèrent puis se rendirent dans les bars où il est indispensable d’aller quand on visite un patelin : O’Connors et Mc Cans (dans le désordre). A minuit, leur voiture refusa de démarrer et ils se dirent que demain serait un autre jour…

Grand soleil le 23 mai malgré le vent ou plutôt à cause du vent… Les aléas du voyage dus notamment à l’âge considérable du véhicule entamèrent quelque peu la journée. Heureusement en Irlande comme ailleurs, les garagistes sont efficaces et celui-ci répara la tête de delco en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Le Burren se révèle surprenant de cailloux, de roches, de falaises, d’herbe rare, de murs élevés au milieu de la pierraille, puis de vaches, de prés verts, d’arbres feuillus, le tout le long d’une côte tout simplement superbe.

Le soir de cette journée, ils choisirent un bout du monde pour passer la nuit et ce fut un B&B au sud du Connemara, à quelques kilomètres d’Oughterard. La personne qui les salua d’un « How are you doing ? » sonore, accompagné d’un grand sourire, leur suggéra intuitivement que c’était là qu’on les attendait. La maison vieillotte est abritée par une végétation luxuriante ; de la chambre qu’ils occupent, ils ont vue sur le lac Corrib, poissonneux (truites et saumons surtout). Dans la campagne environnante, on vend une ferme de 40 ha. Elle appartient à un Allemand installé ici depuis 25 ans, il vend aussi sa maison (« an old fabulous house », dixit Betty) 400 000 FF, ainsi que son business de purification d’eau.

Ils se promenèrent dans les environs, à pied, s’extasièrent sur les moutons, les rives du lac, les îles (on dit ici qu’il s’en crée une par jour).

Le lendemain, ils décident de partir pour une marche à travers le marécage. Leur hôtesse est justement guide, elle leur prête des cartes, leur propose des sandwiches (qu’ils refusent) et ils partent sous un temps changeant. Après trois heures et demie de marche, ils atteignent un sentier et c’est là que la pluie mêlée de grêle les surprend, les mouillant de part en part. Heureusement, le Kean’s Pub les attend. Ils y dégustent une Guinness, tirée en deux fois, succulente, et des sandwiches chauds. Le patron est sympa, les prend pour des Hollandais, à cause de l’accent, leur dit-il, c’est un ancien ami de jeunesse du beau-père de Betty lequel est aujourd’hui un peu sénile. Betty vient les rechercher au pub, toujours souriante ; elle leur assure qu’ils s’ennuieraient s’ils venaient vivre dans le Connemara. A la maison, c’est Mary, la propriétaire des lieux qui leur offre un café et s’intéresse à leur projet de suivre les pas de Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet.

 

Sur les traces de Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet, agrégées, boursières d’Albert Kahn, membres titulaires de la Société autour du Monde, qui partirent en Irlande en 1913 et réalisèrent 73 clichés en couleur « pour Monsieur Kahn ».
(Titre du carnet de voyage écrit pour la circonstance du 17 mai au 2 juin 2000)

Cahiers et carnets – Des voyages – CI ≠ 3

 

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