Carnet de voyage (sud tunisien 4)

marlen-sauvage-DouzDouz, un festival, une ville…

(Petit aparté : je rectifie souvent le lendemain ce que j’ai écrit la veille, car mes notes sont dispersées… à bon lecteur😉…)

31 décembre 2017
Départ à 9h30 vers Douz et son festival. Notre premier rendez-vous est une exposition de peintures d’un peintre local, Salah, au chèche rouge et au sourire accueillant, au français impeccable aussi… Le monsieur a 74 ans, ceci explique cela… Il calligraphie sur des peaux de mouton, à l’encre brune, noire, rouge…, s’inspirant de la société tunisienne, de la place qu’y occupent les femmes, notamment [j’ai appris tout récemment que dans tous les arts, la calligraphie est souvent là par pure esthétique, et que chacun peut y lire ce qu’il souhaite y lire au temps T… Le petit service à thé marocain, héritage de mon père, parle d’amour, me dit A., enfin, c’est ce qu’il lit à l’instant où il lit, précisément…]

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Certains tableaux sont évidemment d’une abstraction absolue pour moi qui ne lis strictement aucune lettre arabe… [J’ai retrouvé quelques photos de tableaux sur toiles, ceux-là, dans des tons bleus et roses… je me souviens n’avoir ressenti aucune émotion devant cette peinture… mais j’ai apprécié la manière d’être de cet homme qui avec l’âge a décidé de ne faire que ce qui lui plaisait, et qui sait transmettre avec beaucoup de fantaisie, d’humour et de sagesse ce qu’il a érigé en principe de vie.)

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Dans les rues de Douz, beaucoup de monde, de bruit, de musique. Nous tentons d’aller écouter de la poésie mais la salle est bondée. Je repère un bâtiment de l’Etat annonçant gravé dans le marbre son « Projet de développement agropastoral et de promotion des initiatives locales du sud-est Prodesud-Douz). J’apprends que le village de Douz s’est construit autour des activités du festival (en 1910, et qu’il s’appelait alors le « Festival du chameau »), ce sud-tunisien étant plutôt traversé par des tribus alors nomades. J’ai envie d’en savoir davantage, un jour je creuserai (me dis-je, au milieu de tout ce que j’ai déjà envie de « creuser »). Achat de foutas et de jetés de canapé décorés de la main de Fatma, venus de Kairouan. Resto pizza loin du centre agité où l’on commence par une kamounia, plat en sauce épicée dans laquelle baignent quelques morceaux de foie.
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Nous avons rendez-vous sur la grand-place à 14 h afin de nous rendre à l’événement qui clôture le festival, une fantasia. Entretemps, mauvaise nouvelle : la voiture semble avoir rendu l’âme et A. doit trouver un garagiste… Je file avec le groupe d’Italiens, nous sommes placés dans un endroit d’où nous dégageons au bout d’une heure (rien n’a encore commencé) pour ne plus être devant des agités qui se lèvent à la moindre annonce d’un groupe de musique ou d’un défilé de dromadaires…

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Vers 15 h démarre enfin la fantasia tant annoncée avec force micros, en tunisien, en anglais et en français ! Nous suivons la reconstitution d’un épisode de l’histoire de la Tunisie auquel il est difficile de comprendre grand-chose, mais enfin mon imagination fait le reste…

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Tout le long du spectacle qui dure plusieurs heures, je regarderai passer cet objet volant en me demandant s’il va finir par se poser en pleine reconstitution historique !

Promenade à dos de dromadaire, histoire de simuler la mariée emmenée par son mari jusqu’à la tente dressée en plein désert. Je m’y colle à la demande de Stefano… La petite maison de la mariée installée sur le dos de la bête est tout juste suffisante pour retenir mes déséquilibres dus au déhanchement de l’animal…

Dîner chez le peintre rencontré ce matin et fête avec une grande partie des gens du quartier, des femmes intimidées, des enfants, que nous avons introduits dans une danse joyeuse, des hommes plus prompts à se mettre en scène… Ce fut gai et émouvant… d’une grande tendresse de la part de certaines femmes qui ne nous lâchaient pas les mains. Le repas déjà nous avait réjouis, A. traduisant avec humour les propos du peintre malicieux… Et de blague en blague, nous avons dégusté plats colorés et goûteux, dattes et gâteaux, dansé et joué en groupe, riant comme les grands enfants que nous sommes tous.

Balade en bus dans le Chott-el-Jerid que nous connaissons déjà pour une soirée improvisée par Stefano. Sous la lune lumineuse dans un halo d’argent, nous déambulons à la suite de notre guide dans la fraîcheur de la nuit. Au top, nous nous dispersons pour tourner sur nous-même les yeux vers le ciel, jusqu’à perdre l’équilibre et tomber. « Abbiamo fatto l’amore con il Cosmo » lance Stefano dans un grand éclat de rire. Retour sur nos pas jusqu’à un grand feu allumé là par quelques hommes du désert…  Et rendez-vous pris avec ceux qui le souhaitent l’année suivante au même endroit pour une fête très privée…

(à suivre)

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

Carnet de voyage (sud tunisien 3)

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30 décembre 2017
Le réveil n’a pas sonné ! Départ à 9h30 de Nefta et de l’hôtel Caravansérail qui porte bien son nom. Je n’ai pas fait de photo finalement de ce bel endroit conçu comme un petit village. Direction Douz. Discussion à bâtons rompus avec notre compagnon de route du moment, Federico. Nous mélangeons allègrement français et italien et j’apprends à force d’improvisation à m’exprimer dans cette belle langue.

Chott-el-Jerid… La plaine saline s’étend d’est en ouest sur une centaine de kilomètres, de Nefta, que nous venons de quitter, jusqu’au golfe de Gabès. [J’ai raconté le désert en quelques « Petits bonheurs » à partir d’ici] Chott-el-Jerid signifie « plage de palmiers » et la feuille du palmier se dit « jerida ». En arabe tunisien, le journal s’appelle d’ailleurs « jerida ». Je mémorise histoire et anecdotes que continue de raconter A. tout en conduisant plus vite qu’il ne faut ! La population du Jerid est connue comme ayant de l’humour ou comme étant stupide, préjugés du Nord… Plus au sud du Chott, une palmeraie a été plantée du temps de Bourguiba pour freiner l’avancée du désert. On y a fait travailler les opposants au régime… camp de travail pour les agitateurs, du temps de ce néanmoins grand homme…

[Voilà ce que je trouve à ce propos sur le net (extrait) : Ce projet a été créé par l’Office du développement de Rjim Maâtoug, un établissement public placé sous la tutelle du ministère de la défense nationale. Plusieurs étudiants tunisiens forcés à accomplir leur service militaire dans les années 80 et 90 par le régime en place, à ce moment là, ont contribué à sa réalisation, à travers la construction de paravents pour arrêter l’avancée du Sahara et la plantation d’arbres dans les régions de “El Matrouha 1” et “El Matrouha 2” ainsi que dans le village de Rjim Maâtoug, outre la construction des logements où habitent, actuellement, les exploitants des lotissements agricoles dans la région. https://africanmanager.com/51_le-projet-de-rjim-maatoug-contribue-a-immuniser-la-region/]

Les bus filent à vive allure (nous tentons de rester dans leur roue !), je capte comme je le peux les monticules de sel en pestant de n’avoir qu’une tablette pour « appareil photo ». [Ma meilleure photo est … mais j’évite de me répéter !] Enfin, à 11h, nous nous posons.

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De part et d’autre, une étendue quasi désertique, que surplombe une chaîne de montagnes au loin. Nous nous dispersons. La croûte du sol brille de toutes ses cristallisations et là où je craignais que les pieds ne s’enfoncent, ils semblent rebondir sur du caoutchouc. Pieds nus, la sensation est intense, râpeuse et bienfaisante… Nous méditons ensemble, loin du groupe.

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D’encore plus près, voilà ce que ça donne… Nos guides proposent un jeu aux plus vaillants… Exit les amochés du genou comme moi ! Mais je reste assise sur le sable, à suivre les mouvements dansants de mes camarades de virée, pleurant de rire à les voir se contorsionner pour attraper un tissu rouge avec la frénésie de l’enfance. Rien de tel pour souder un groupe que le jeu et les rires !

marlen-sauvage-jeu-desertJeu de la « pétèque » sur le sable…

Nous repartons sur le coup de 12h20 à travers le paysage rose, évitant de justesse le passage de chameaux. Au fil de la route, A. nous passionne toujours par ses commentaires…  je note que l’arrivée du marbre sur les minarets et dans les mosquées est la marque de l’influence de l’Arabie saoudite, wahhabite. Que dans le nord de la Tunisie, les minarets sont beaucoup plus petits et les mosquées plus sobres en tout cas celles des XVIIe et XVIIIe siècles.  Nous parvenons enfin à Douz où se déroule le festival international du Sahara. J’ai une pensée pour Claudine, passionnée du désert, de ses habitants, de Douz et de ce festival !

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Consignes données sur la place par Stefano et Zied ; nous arpentons la ville à la recherche d’un endroit où se restaurer. Ce sera une gargote sans intérêt, qui propose du foie grillé et des salades sans huile… La place s’est remplie de gens, de chameaux, de chevaux, nous errons dans les boutiques, discutons avec un magnifique vendeur tout de bleu vêtu, lui achetons un foulard qu’il nous enroule sur la tête avec dextérité, et rejoignons le groupe, un autre « chèche » se joint à nous, Federico, et en route pour le désert !

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A partir de 16 h, balade aux portes du désert où nous errons solitaires ou en petits groupes à travers les dunes roses et jaune pâle après avoir fait le tour d’un fort ensablé.

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Le vent dessine dans le sable des formes inattendues, des effondrements, des friselis, des vagues pétrifiées, des puits de lumière… Ma créativité n’arrive pas à la hauteur de la nature pour marquer l’endroit de la tendresse.

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Nous rejoignons le groupe vers 17 h, tous les visages reflètent le soleil couchant, tandis qu’un homme du désert pétrit un pain et s’active autour des braises…

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Nous dégusterons un morceau de cette galette des sables, chaude et croquante, dans la nuit tombée, écoutant avec attention A. nous raconter l’histoire des deux branches musulmanes… De retour à Douz, arrêt à l’office du tourisme dans les bureaux où s’organise le festival, avec un président quelque peu coincé, que dérident à peine les applaudissements soutenus du public italien. Dîner dans la maison d’un ami de Stefano. Four de cuisson des aliments dans des jarres en terre, à l’extérieur de la maison, dans la cour. Nous nous déchaussons avant d’entrer dans la pièce aux multiples tapis et coussins où nous nous tassons à trente avant de déguster le poulet cuit dans le tabouna. Riz au safran et petits légumes puis mandarines et dattes. Alberto se distingue en réclamant des dattes qui lui sont immédiatement subtilisées par les autres Italiens… Petit jeu entre amis. Chambre dans le bel hôtel Golden Jasmin.

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Texte et photos : Marlen Sauvage

 

 

 

 

 

 

Carnet de voyage (Sud tunisien 1)

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27 décembre 2017 – 4 janvier 2018
Le désert m’appelle, j’y serai bientôt. Pas de Facebook, pas de connexion, mais un fil tendu entre nous, et qui passe par les yeux… Je regarderai intensément, me dis-je.
Attente longue à l’aéroport de Tunis du groupe d’Italiens qui participent au voyage, A. est avec Sabrina pendant que je repose mon genou. Près d’une heure trente plus tard, les voici… deux ou trois m’abordent… en français… Mais bientôt je me retrouve avec S. et je me lance dans cette belle langue si peu parlée ces dernières années !
Soirée-repas et conférences à Sfax, chez un professeur de littérature française qui a ouvert un centre culturel dans sa maison. Club de lecture pour enfants, rencontres avec des étudiants de l’Afrique subsaharienne, événements divers… La bibliothèque est immense, son propriétaire veut la déplacer à la fac pour ouvrir ici un atelier d’art. Il nous raconte l’histoire de son père, dissident, partisan du Destour, anti-Bourguiba, que l’on a tenté en ce temps d’assassiner deux fois. Moment d’émotion quand il ouvre le cahier rouge où sont notés – pour chaque prénom donné à ses frères et sœurs – une prière et l’explication du nom de chacun…

Suivent deux interventions, l’une d’un étudiant prof de français en lycée qui préside une association culturelle éducative « qui concerne toutes les générations », puis un prof de génie mécanique qui en 2012, a créé un « rassemblement de têtes pour être utiles à la révolution »: la Ligue de La Défense de la Révolution… Ils développent des projets dans la région de l’Ayn, avec l’aide du PNUD, travaillent à la vulgarisation de la constitution tunisienne, s’engagent dans l’éducation durable et environnementale, et depuis 2014, tentent de prévenir radicalisation et migration en aidant les jeunes d’une région caractérisée par la violence et la délinquance, à se former à des métiers de bouche ou de service. Petit tour dans la bibliothèque. Nous faisons la connaissance de Raouf Karray, illustrateur-graphiste, ami du maître de maison, dont nous admirons quelques albums.

marlen-sauvage-raouf-karrayExtrait de l’album « Grandir » de Raouf Karray et Abderrazak Kammoun

La soirée se termine dans la danse et les chants aux sonorités langoureuses et enjouées, avec un groupe de musiciens. L’occasion de rire ensemble, de regards complices, d’écharpes échangées à s’enrouler autour des hanches, de youyous intempestifs… Et nous regagnons notre hôtel vers minuit… qui se trouve être le premier hôtel où j’ai dormi lors de mon tout premier séjour en Tunisie.

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28 décembre
Petit-déjeuner et départ quelque peu retardé… Nous attendons sous le soleil de Sfax dans une atmosphère déjà laborieuse. Ici, dans la deuxième ville tunisienne, poumon économique du pays, la circulation est pire encore que dans la capitale. Je donne un coup de main à Sabrina pour nettoyer les vitres arrière des minibus tandis quelle pose les affiches du prochain festival international du Sahara qui se tiendra à Douz du 28 au 31. Finalement nous démarrons avec 25 minutes de retard sur l’horaire prévu (une broutille au regard de nos « quarts d’heure » locaux) dans la musique de Cheb Mami. Direction l’oasis de Netfta, près de la frontière algérienne, au nord du Chott el Jerid, à la limite du Grand Sahara. Nous allons traverser le pays d’est en ouest en passant par Gafsa…

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Le Grand Sahara, frontière naturelle entre Afrique noire et Maghreb, pays des hommes bleus. Ici ce sont les hommes qui couvrent leur visage… « Les « Amazir » [et non les Berbères – barbares – nom donné par les Romains] sont un peuple sédentaire qui vit sur la côte nord de l’Afrique du nord, au contraire des Touaregs qui sont nomades. » Pour notre plus grand bonheur, A. déroule un pan de l’histoire du pays (2 Italiens nous ont rejoints), les mains sur le volant, tentant de rattraper les trois minibus devant nous. Nous apprenons tout de la cité de Tyr, de la fondation de Carthage, de la technique des Carthaginois pour protéger les navires, du conflit entre Carthage et Rome, des guerres puniques, de l’histoire d’Enée et de Didon… Pour A., Alyssa-Didon, préfigure la femme tunisienne, son intelligence et son charme enjôleur. Nous apprenons ainsi (moi en tout cas) que Carthage fut une république dotée de la première constitution écrite de l’Antiquité.

marlen-sauvage-route-de-NeftaSur la route de Gafsa

marlen-sauvage-olives-NeftaSur la route de Gafsa – Vendeurs d’olives

marlen-sauvage-petrole-NeftaSur la route de Gafsa – Barils de pétrole, à vendre !

Trafic entre Libye, Tunisie, Algérie… 40 % de l’économie est due au marché noir à travers le pays…

Le paysage change. Carrières de gypse (gesso) et phosphates, moins de vert, davantage de minéral. Depuis notre arrêt dans un village, nous arborons sur le pare-brise de la voiture l’affiche du festival, histoire d’être reconnus comme faisant partie du convoi. (Nous apprendrons plus tard que notre trajet a été remis aux autorités policières du pays.) Sur le bord de la route, des oliveraies dans la terre ocre. Des silhouettes voilées manipulent des filets verts… Des carrioles tirées par des ânes sillonnent la grand-route. Les troupeaux de moutons pâturent ici et là. Les figues de barbarie ponctuent le paysage, arête verte et rouge qui nous sépare de l’étendue aride.

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Arrêt technique au milieu de dattiers. Partage de gâteaux locaux. Photos. Sourires. Je ne connais pas encore tout le monde, mais je tente de mémoriser quelques visages et prénoms.

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Sur les coups de 13 h, nous arrivons en vue de bâtisses pour la visite d’un atelier de tissage, de fabrique de tapis (mergum, spécialité de Gafsa, mais aussi de kilim) dont Sabrina nous raconte l’histoire et les techniques, ainsi que les symboles. C’est là que nous déjeunerons.

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marlen-sauvage-borghoulBorghoul, au menu… Le plat s’appelle « berkoukich »

28 décembre (suite)
Après le repas, nous filons dans un quartier de Gafsa, aux poubelles à ciel ouvert, parmi des bâtiments de brique rouge pour la plupart en construction… Destination : un atelier de tissage de haute-lisse où travaillent exclusivement des femmes. Le lieu est minuscule, caché derrière une porte quelconque. Un grand tapis de 2 m sur 3 m coûte 750 dinars… à diviser par 3… pour obtenir le prix en euros. Quelques Italiens se laissent tenter.

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La végétation se raréfie. Petits buissons ras et au loin des djébels traversés par de grands sillons. Un arbre ici ou là, rare, sur le bord de la route. Un ciel immense et chaud encore à 16h30. Metloui, dans le bassin minier, bordé d’arbres chétifs et nombreux, d’eucalyptus poussiéreux… les échoppes se succèdent, les garages, les cafés où seuls boivent et discutent des hommes autour d’un verre de thé, des mobylettes traversent la route en dépit de tout code de la route, un grand resto Hôtel Helja, un homme et sa carriole tirée par un âne marron, un vendeur de merguez sur la rue principale, un pick-up plein d’oranges et de pommes de terre, un vendeur de deux-roues, une station Agil et la rue principale qui s’étend encore alors que nous rattrapons notre guide qui roule comme un fou depuis ce matin.

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Les montagnes sont de phosphate… découvert par les Français, me rappellent A. Là, plus de végétation, mais un paysage couleur de sable et le soleil qui se couche et réchauffe les ocres jaune, renforçant la vision d’un désert déjà.
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A Sabaa Abar, photo du soleil !

Nos guides ont prévu Nefta au programme du jour et nous repartons dare-dare dans cette direction. Mais alors que la nuit tombe, nous tombons nous-mêmes dans un embouteillage causé par un mariage !

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Sabrina descend de voiture, discute avec celle que je crois être la mère de la mariée, et nous nous retrouvons happés par la foule une fois descendus de nos véhicules respectifs, une trentaine de touristes au milieu de dizaines de Tunisiens qui dansent, font péter les fusils en pleine rue, chantent et nous sourient.

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Tout cela se termine dans une maison (pour les femmes au moins), assises par terre sur des coussins, entourées de jeunes femmes qui nous peignent des motifs au henné dans le creux des mains. Deux jeunes filles, deux sœurs, sont à mes genoux, se présentent, nous échangeons nos numéros de téléphone (elles aiment parler français, nous nous téléphonerons une ou deux fois dans les jours qui suivent), et elles m’entraînent ensuite sur le lieu du repas où l’une d’entre elles me glisse dans la bouche un morceau d’omelette épaisse et moelleuse ! Mais il faut repartir et tout le monde s’engouffre de nouveau dans les minibus pour atteindre notre hôtel du soir que nous atteignons à la nuit tombée… où la climatisation se déclenche toutes les trois minutes… mais elle est si belle avec ses arcades et ses moucharabiehs… Repas puis conférence sur le soufisme animée par A. (Car nous avons visité une zaouia, lieu de prière soufie, sur notre route du jour.)

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(à suivre)

Texte & photos : Marlen Sauvage