Ne pas marcher, écrire

« A peine suis-je rejetée sur la rive, le soleil n’est pas encore visible, trempée, les yeux encore fermés à ce monde, le regard attaché comme des doigts à ma patrie qui s’en va, d’un stylo aveugle et maladroit je note à grands mots tremblants : je ne sais pas encore marcher dans ce monde, et je vais d’un pas qui chancelle. »

Hélène Cixous, Jours de l’an, « La nuit, ma vie étrangère », ed. Des femmes, 1990.

Une histoire de désir

« L’auteur écrit ce qui la traverse. Et dans un domaine aussi incertain que celui où se passent ces pages, à la limite, sur les décombres du mur, ce n’est pas elle, c’est le désir, c’est l’espérance, c’est l’enfance qui écrivent. Mais le désir est le commencement de la Vérité. »

Hélène Cixous, Jours de l’an, « Abattre le mur, un travail d’ange », ed. Des femmes, 1990.

Ouvrons, ouvrons…

« L’auteur a la passion des portes. Toutes les portes : portes du mystère. Depuis la première porte fermée, la porte vert amande de mémé la grand-mère, toujours fermée, porte du mystère des grands-mères, à laquelle il faut frapper, frapper. »

Hélène Cixous, Jours de l’an, « Abattre le mur, un travail d’ange », ed. Des femmes, 1990.

Rassemblés pour écrire

« Je prends les départs. Oui, c’est bien moi, c’est bien mon corps, qui, la plupart du temps, fait le premier pas. Mais pas toujours. C’est bien nous, cet ensemble puissant que nous constituons, lorsque mon sang, mon corps, mon écriture, mon but, nous sommes dûment rassemblés, et il ne manque rien à l’auteur que nous sommes, pas un souffle, pas un nerf, pas une pièce d’habillement et cela depuis les chaussettes. »

Hélène Cixous, Jours de l’an, « Penser n’est pas ce que nous pensons », ed. Des femmes, 1990