En chemin

Marc-Guerra-DPDF-A

A – Ce que je vois, tu ne le vois pas, n’est-ce pas ?

B – Aucune angoisse ne se partage, aucun désordre. Nous allons notre route et si l’un emprunte un chemin de traverse, qu’y puis-je ?

A – Tu dis cela parce que tu diverges déjà…

B – Continuons d’avancer, l’avenir nous dira où nous en étions aujourd’hui.

A – Il y a tellement de beauté dans les fossés, pourquoi ne pas s’y attarder ? Pourquoi s’en remettre au futur ? L’horizon manque de lumière. Notre regard en est rempli.

B – Le chemin est là pour marcher. Tout ce qu’il offre nous attend. La vie fourmille de rencontres, ne t’attarde pas.

A – Le couteau planté dans mon corps m’empêche de faire un pas de plus.

B – Tu te blesses toujours. Je l’enlève et tu vas saigner.

A – C’est un orage qui se prépare. Il nettoiera bien mes blessures. Je les jetterai en chemin.

B – Pour que quelqu’un les ramasse et souffre comme tu me fais souffrir ?

A – Je ne vois pas de plaies ouvertes. Tu gardes les yeux en dedans. Vois-tu enfin ce que je vois ?

B – Je rêve et je ne t’entends pas.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠13

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

Echappée

Marc-Guerra-DPDF-B

Elle avait d’abord marché à pas rapides le nez au sol, traversé sans les voir les ruelles de son quartier et ses maisons à encorbellement enveloppées déjà dans l’ombre de l’après-midi. A peine le soleil avait-il quitté le zénith, elle avait descendu les escaliers érodés de la traverse du haha, sautillant de l’un à l’autre pour en éviter les pièges crevassés, longé les habitations aux tons ocres rouge et jaune sans rien voir des bougainvilliers partis à l’assaut des murs mêlant leurs feuillage vert et leurs fleurs rouges aux gouttières rouillées, dévalé encore une volée de marches jusqu’à la sente qui menait au port. La brise marine s’épaississait des cliquetis des mâts, des voix d’hommes s’interpellant, des coups portés sur une carène que l’on réparait. Elle ralentit devant l’ancienne corderie qui abritait aujourd’hui les bureaux du Cnrs et de la recherche océanographique, les cent soixante-deux mètres de bâtiments lui parurent interminables. Il fallait les contourner avant de fouler la plage pour leur échapper. Enfin.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠12

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.