Journal du confinement J-4

Photo : Marlen Sauvage

J-7 – Il y a trois jours, mon cadeau du matin, merci Pascal ! Un petit film sur les lavandes du Ventoux et du pays de Sault… Un peu de nature en boîte avant d’aller la déguster sur place dans quelques jours.
Il est 10 h 42. J’écoute Idir depuis plus d’une heure.
Appel de Sam, nous parlons de son prochain livre ; je chercherai pour lui mon texte déposé à l’APA que j’avais intitulé C’était l’été. En dépeçant les cartons qui emballaient les meubles reçus il y a quelques jours, je me suis bien sûr tailladé deux doigts. Mais j’en suis venue à bout.
J-6 – Grasse matinée jusqu’à 8 h 30 ! Je suis privée de mes nouvelles… ma boîte mail a été supprimée sans que je sois prévenue… J’en ai changé, tiens pour celles et ceux que cela intéresse et que je ne pourrai prévenir : marlen.sauvage@free.fr
La voix de Prêle dans le micro est inaudible… pas de bonjour guyanais ; pas non plus de bonjour pantinois… mais je démarre la journée dans le soleil intérieur et extérieur ! Vivement le 11 que l’on puisse sortir sans ausweiss ! Mais pour finir, maudite journée de fatigue, tant tout est fragile.
J-5 Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. L’effet Covid, me dit-on. Superbe journée remplie de bonheur, d’énergie, de rires ! Du nettoyage par le vide, qui remplit de joie. Le soleil a brillé toute la journée, pourtant je ne suis pas sortie encore ce jour.
J-4 Ce jeudi, un texte de Mireille sur le tajine, écrit durant le dernier atelier, que je découvre seulement maintenant !
Et enfin, la voix d’Anh Mat dans cette vidéo-lecture qui me transporte ce matin…  « Je choisis l’errance la transe ambulatoire du corps… » Instantané #1 Celui que je fus

MS
Les liens ne s’affichent plus… WordPress, version Premium, ce n’est plus ce que c’était…

Lavandes vivantes : https://www.youtube.com/watch?v=PhNlCdLMae4&feature=youtu.be
Un murmure d’oasis, de Mireille Rouvière : https://les-ateliers-du-deluge.com/2020/05/07/un-murmure-doasis-par-mireille-rouviere/
Anh Mat, Instantané #1 : https://www.youtube.com/watch?v=t_BU9ZUtr88

Journal du confinement – J-10

Photo : Rose-Marie Fort

J’écoute JJ Cale et Eric Clapton, il est 7 h 30, ce sera une belle journée. Vous savez, une de ces journées où après une nuit sereine, les idées se sont mises en ordre d’elles-mêmes et les choix apparaissent dans toute leur évidence.
En ce 1er mai, jour gris, le muguet a fleuri dans mon téléphone cellulaire et dans la boîte mail et ce fut une abondance de bouquets reçus des un.e.s et des autres. Dans le jardin d’avant, je le cueillais sous la première marche des escaliers de schiste, il sortait ses clochettes quelques jours avant le jour J., j’en ramassais deux brins que j’expédiais par la poste à chacune de mes filles, et quelques brins pour la table où ils embaumaient subtilement l’atmosphère.
Pas de fragrance aujourd’hui, mais j’ai une très bonne mémoire olfactive. Il me suffit de fermer les yeux.

Ces jours derniers, mes lectures et mes envies m’ont emmenée sur de beaux chemins imaginaires, parmi lesquels Simon et L, de Gwen Denieul, dont j’extrais cette phrase qui ne parle que d’amour : « Je suis passé d’une drogue dure à une autre… ». Sur le site des Cosaques des Frontières, j’ai découvert Sandrine Davin, et tellement d’autres.

Une chaîne poétique à laquelle j’ai participé tout récemment m’a rappelé d’anciennes amours avec Miguel Hernández chanté par Paco Ibanez et ces Andaluces de Jaen pour lesquelles je pleure toujours d’émotion. Merci à toi, Claude P. !

Et pour rire, parce que c’est salutaire, je suis retournée écouter Les Deschiens bien sûr !

Marlen S

Et j’ajoute ici ce poème d’Aragon, le choix de Claude, parce que ç’aurait pu être un des miens… Poème écrit en hommage à Federico Garcia Lorca, assassiné en 1936 par les franquistes, et que l’on pourrait dédier à tous ceux qui par le monde – poètes, journalistes, écrivains, chanteurs – le sont encore en raison de leur voix.

Un jour, un jour

Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au-dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Ente eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait laguerre la querelle
Des manières des rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Louis Aragon, Le Fou d’Elsa.

Jour du confinement J-13

Photo : MS. Du monde sur la place aujourd’hui…

Mardi 28 avril. Un jour sans.
Téléphoné hier à mon médecin pour savoir si je pouvais sortir sans dommage pour les autres, si j’étais contagieuse encore, sa réponse : non, puisque la fièvre est tombée… vous porterez un masque et ce sera bien.
La raison de ma sortie : l’injection mensuelle que j’administre à mon chat malade. Et le vétérinaire qui me délivre la préparation en question se trouve à 40 bonnes minutes d’ici. Hier j’allais très bien, mais mon rendez-vous n’a été fixé que ce matin 11h15. Une belle sortie sous la pluie, dans la beauté verte de ce printemps, jusqu’à La Bégude, croisé deux voitures dont une de police, et c’est tout. Petit arrêt pour des légumes dans la petite surface locale et rentrée chez moi vers midi. Une seule envie : dormir ! Ce que j’ai fait durant trois heures… Les suites du Covid, j’imagine, alors qu’un flash à la radio prévenait que la maladie demandait quelques jours de repos, et basta. La belle info… Bref.
Hier comme j’avais la pêche, j’ai entrepris le grand rangement des livres qui s’imposait. En suis arrivée à bout, après avoir écarté un bon nombre d’entre eux que je donnerai dès que possible.
Mes lectures sur le net m’ont emmenée vers le site Diacritik dont j’aime le ton, pour un article signé d’un  collectif de profs de lycée, contre la réforme Blanquer. C’est carré, argumenté, efficace et c’est ici. Puis vers le site de Françoise Gérard dont je suis le thriller aux ressorts nourris par l’actualité.

Et pour rejoindre une déclaration que je faisais récemment à un vieil ami, cette jolie chanson de Louis Chedid, chantée ici par un collectif familial, très touchant, entendue sur les Carnets de Marseille, et dans la version familiale par les Chedid eux-mêmes…

MS

Journal du confinement J-15

Photo : Pato.

Dimanche 26 avril
Je refais surface VRAIMENT après quinze jours d’abrutissement quasi total dû au virus. Sans toux, sans fièvre, sans mal de tête, sans brûlure dans les articulations. Seule j’étais, mais entourée, merci à vous qui étiez présent.e.s, par vos petits mots, vos mails, vos photos, vos vidéos, vos appels, vos suggestions de musique… Libérée enfin de maux divers sans la certitude d’être immunisée, si j’en crois certaines informations, et j’ignore combien de temps encore je serai contagieuse. Pour m’accueillir ce matin, un petit vocal sur WhatsApp de ma nièce guyanaise qui après un « T’es une guerrière ma Marlen » me jette dans le bain du jour avec une diatribe contre le gouvernement, rejoignant encore dans ses coups de gueule et ses analyses ce qu’exprime Thierry Crouzet dans son billet. Oui, il y a de quoi hurler contre la bêtise crasse et les incohérences de ceux qui nous gouvernent. Et contre le pire qu’exacerbe la situation… la délation, à laquelle je ne voulais pas croire, par exemple, et dont on me raconte un épisode vécu. Froid dans le dos.
Mais je ne m’en tiendrai pas à ce qui démoralise. J’ai renoué avec mes habitudes quotidiennes, allant grapiller les mots des autres et leurs photos chez Marie-Christine Grimard, Brigitte Célérier, Dominique Hasselmann, Leyla, Adam Isler, et écouter les contributions chantées sur le site des Carnets de Marseille… Découvert aussi cette animation poétique envoyée par ma grande nénette québécoise. J’ai tenu compte des conseils de prudence des un.e.s et des autres, en ai fait le moins possible aujourd’hui, goûtant juste le plaisir de bouger sans douleur. Et rêvant d’herbe tendre, me suis contentée de la voix de Michel Simon et de Serge Gainsbourg.


MS

Journal du confinement J-18

Photo : Marlen Sauvage

Réveil à 5 h. Dans le silence du quartier. Je guette le bruit de la voiture municipale à brosses et à balais. Et je réalise qu’elle ne passe pas, plus, depuis le début du confinement, et puis je n’en sais plus rien finalement. A cette heure-ci ma tête n’est pas prise dans un étau. Je m’étais avancée hier matin, trop heureuse de cette sensation de fraîcheur après plusieurs jours de mal de crâne intense, clouée dans un lit. La douleur avait réapparu vers midi pour ne plus me quitter jusqu’à la venue de la nuit. Un ami énergéticien a travaillé pour moi, je ne m’aventure pas trop, mais sans doute il m’aura fait du bien. J’aime le croire. Fantasmer, imaginer, intellectualiser, théoriser, idéer, projeter, espérer, désirer… à chercher des synonymes de rêver, deux heures ont passé, traversées par la pensée de tenter le dernier exercice de sophrologie envoyé par P., de ce que j’aimerais pouvoir faire aujourd’hui – trier toutes les photos dispersées dans des boîtes en carton déplacées dans le salon un jour où j’allais mieux –, lire un peu, écouter de la musique… Jacqueline Du Pré – Jacqueline’s Tears – m’a accompagnée quelques soirs et hier comme la douleur s’était estompée, j’ai découvert quelques titres des années 50, et un chanteur oublié, Perry Como, à la belle voix de crooner, qui valait bien celle de Sinatra (c’est un peu guimauve, mais j’aime bien). Ecouté une dizaine de minutes François Bon dans sa lecture de Bartleby, le copiste, un de mes livres de chevet pendant des années, puis Gwen Denieul encore avec ce texte que Michaux avait écrit pour sa femme disparue accidentellement, qui m’émeut cruellement, Nous deux encore, et pour finir Un tout petit cheval de et par Henri Michaux…
Long coup de fil de S. cet après-midi depuis l’île de Groix, qui me parle de son prochain livre. Joie de l’entendre. Trente cas sur l’île depuis le début du confinement (>2200 habitants), mais rien du confinement tel que nous le connaissons, même si les sentiers côtiers restent interdits. Heureusement nous avons d’autres sujets de conversation qui nous retiennent une heure jusqu’à épuisement de la batterie de son téléphone. A côté de ça, malgré la migraine revenue, j’ai quand même fait quelque chose de ma journée, rangé, classé, ce qui veut dire aussi replongé dans de vieux souvenirs, comme il m’est toujours impossible de trier les courriers sans les relire…
Et pendant que ces derniers jours se déroulaient entre deux mondes, Luis Sepulveda est mort, j’en ai pleuré. Je ne sais plus où j’ai lu ceci « Mais loin d’être un peintre naïf, jouant habilement sur la corde des émotions, comme on a pu le lui reprocher, Luis Sepulveda, mort le 16 avril, à Oviedo, en Espagne, à l’âge de 70 ans, était d’abord un militant de gauche à l’engagement chevillé au corps et à la plume. « Raconter, c’est résister », se plaisait-il à dire, en reprenant la devise de l’écrivain brésilien Joao Guimaraes Rosa. »

MS

Journal du confinement J-19

Photo : Marlen Sauvage

Je ne parviendrai pas à intégrer cette vidéo de Luis Armstrong chantant What a wonderful world, ce que je fredonnais ce matin au réveil, après 9 jours de maux divers et grande lassitude… Allez là si vous voulez le voir et l’écouter. « I see friends shaking hands/Saying How do you do ?/They’re really saying I love you ». Je ne vous en dirai pas beaucoup plus mais je revis et c’est bon ! Merci à vous toutes et tous qui m’avez soutenue, pour vos paroles encourageantes et vos petits mots doux, je vous enlace et vous embrasse… de loin !
Une plante de La Réunion pour illustrer ce jour qui est aussi celui de l’anniversaire de mon petit Sacha, 5 ans.

MS

What A Wonderful World (Quel Monde Merveilleux)

I see trees of green
Red roses too
I see them bloom
For me and you
And I think to myself
What a wonderful world

I see skies of blue
And clouds of white
The bright blessed day
The dark sacred night
And I think to myself
What a wonderful world

The colours of the rainbow
So pretty in the sky
Are also on the faces
Of people going by
I see friends shaking hands
Saying « How do you do ? »
They’re really saying « I love you »

I hear babies cry
I watch them grow
They’ll learn much more
Than I’ll ever know
And I think to myself
What a wonderful world

Journal du confinement J-25

Jeudi 16 avril
L’impression d’être sur quelque chose qui tangue, une fois en haut, une fois en bas, et confinée de chez confinés jusqu’au 26 avril inclus… Je profite d’une petite fenêtre de calme. Mon médecin ne me dit pas que c’est le Covid-19 mais quand je lui demande combien de personnes il a reçues dans son cabinet qui en étaient atteintes, la réponse est « Avec vous, cela fait quatre ». Je souris intérieurement. « Mais aucune n’est morte. » Merci ! Je n’ai jamais eu cette crainte. Habituée à la grippe annuelle suivie de laryngite ou pharyngite qui durent un bon mois, ça va, ce n’est pas pire, c’est que j’expérimente quelque chose de neuf quand même ! Les poussées de fièvre le soir, la toux qui fait son apparition le troisième jour, le rhume des foins qui se pointe aussi en cours de route… Comme j’ai eu droit à un sirop contre la toux à prendre le soir (et qui assomme un peu apparemment), j’ai très bien dormi et me suis réveillée ce matin toute fraîche à 6 h. Le souci est que ça n’a pas duré… J’ai envie de dire ce que disait toujours mon père – ce qui agaçait ma mère et me faisait rire – : « ça passera avec la bête ». Je ris encore.
Parmi les bonnes nouvelles, les petits mots de celles et ceux « du réseau »… Merci à vous mes chères et chers.
Reçu de mes dames-de-Florac une photo d’elles autour d’une table, souriant vers moi, avec des mots pleins d’amitié. Et une proposition de recevoir l’énergie de M. qui pratique le reiki. Et des mails, et des pensées, et des coups de fil auxquels je ne peux pas répondre, à cause de la toux ! Je suis bluffée par tant d’amour. Re-Merci.
Vous savez dans ce genre de situation on se demande comment on a pu attraper « la chose », on regarde son agenda, ses sorties… Comme j’ai toujours fait attention à qui je croisais, et que dans les 14 jours à considérer je suis allée deux fois faire des achats, j’ai fini par comprendre aujourd’hui ce que je ne faisais pas : attendre plusieurs heures avant de ranger mes courses. Se laver les mains avant et après, oui, je l’ai toujours fait et ça ne suffit pas, mettre mes vêtements à la machine en rentrant, oui, et ça ne suffit pas non plus… J’ai entendu pour la première fois le spot à la radio en rentrant de chez le toubib, et je me dis que voilà le revers de la médaille, à ne pas écouter les infos et les pubs et tout le bazar.
Bon hier, je n’étais bonne à rien, après ma virée en voiture jusque chez le médecin, à une vingtaine de kilomètres d’ici. Aujourd’hui, une heure avec la musique de La Pianiste pour ranger la cuisine, faire la vaisselle, javelliser, etc., lentement comme je pouvais me l’autoriser. Et je suis contente du résultat !

MS
(la photo est complètement ratée, je l’ai prise sur le coup de 11 h du matin en revenant du toubib… et traficotée parce qu’elle était vraiment surex, ce que je ne fais JAMAIS.) Et puis à bien la regarder, j’ai l’impression qu’elle est floue en plus… Tant pis, j’ai froid de nouveau.

Journal du confinement J-27

Mardi 14 avril
Avez-vous dit « je t’aime » aujourd’hui ?
Couchée depuis dimanche soir avec fièvre et tremblements, maux de tête, nausées, vomissements, oreilles dans le coton, articulations douloureuses… une grippe ? Elle me tombe dessus chaque année mais plus tôt, habituellement, en janvier ou février. Sur les conseils de P., j’appelle le 15 où le médecin ne parie pas forcément sur un COVID-19 ; il n’en sait rien, me dit-il, me demandant de me reposer et de surveiller ma température. Et de consulter si elle ne baisse pas. Je verrai donc demain. Je vais mieux… sinon je ne serais pas là [il est 19h30]. Comme je n’étais qu’une chose pâle comme la mort et incapable de bouger, j’ai quand même fait appel à mes voisins dans la matinée. Ils venaient de m’écrire que notre jardin partagé était accessible les jours pairs, de 16 h à 18 h ! Ce n’est que partie remise donc. La réflexion du confinement. Avec les oranges demandées et les citrons, ils m’apportent de la bonne soupe de légumes, des œufs en chocolat et des cookies ! Tout ça me tire un grand sourire ! Ils sont tellement gentils… Je me régalerai plus tard, mais rien que l’intention me fait un bien immense. Et j’ai droit de la part de mes plus proches à des « je t’aime » répétés qui me réchauffent le cœur, comme d’habitude. On ne doit jamais attendre de dire je t’aime.
Ecouté monsieur Macron hier soir, en fermant les yeux, car le décalage entre le son, l’image et le texte me donnait la nausée, et suis vite repartie dans mon lit après avoir entendu la date du 11 mai, sans y croire tout à fait. Avec une pensée pour les plus âgés qui devront encore rester confinés davantage si je comprends bien.

MS

Journal du confinement #26 & 27

Photo : Marlen Sauvage

Samedi 11 avril
Levée à 5 h 30… Je lis ce matin l’entretien qu’Edgar Morin a accordé ces jours-ci au Journal du CNRS. Avec le résumé de sa philosophie, « Attends-toi à l’inattendu », je retiens ceci :
« C’est vrai que pour beaucoup d’entre nous qui vivons une grande partie de notre vie hors de chez nous, ce brusque confinement peut représenter une gêne terrible. Je pense que ça peut être l’occasion de réfléchir, de se demander ce qui, dans notre vie, relève du frivole ou de l’inutile. Je ne dis pas que la sagesse, c’est de rester toute sa vie dans sa chambre, mais ne serait-ce que sur notre mode de consommation ou d’alimentation, c’est peut-être le moment de se défaire de toute cette culture industrielle dont on connaît les vices, le moment de s’en désintoxiquer. C’est aussi l’occasion de prendre durablement conscience de ces vérités humaines que nous connaissons tous, mais qui sont refoulées dans notre subconscient : que l’amour, l’amitié, la communion, la solidarité sont ce qui font la qualité de la vie. » 
Entre les publications des autres, des vidéos, quelques infos révoltantes, des coups de fil, une série policière, Peter May et La trilogie écossaise, une sieste solidaire d’une heure trente… une journée confinée de plus se passe. 

Photo : Marlen Sauvage

Dimanche 12 avril
Quelle dose de vérité est-on capable de supporter ? Ma question au réveil, à 6 h 30. Le jour a filtré à travers la fenêtre sans volet, j’ai cru qu’il était beaucoup plus tard ; le chat sur les talons, un café dans la main, retour sous la couette. C’est Pâques. Les pires mensonges, ceux à soi-même. Je ne sais si j’ai rêvé mais je commence la journée avec des pensées pour celui qui cachait sous sa peau tatouée, dans les arabesques et les lances acérées, toutes les figures du Mal ; mais quelles frayeurs issues de quelles brumes le tenaillaient donc, quelles langues corrompues avaient enfoncé dans sa gorge une telle méfiance qu’aucune parole ne répondait aux miennes, que taisait-il dans ses silences et son allure désinvolte, dans son regard absent d’un visage tanné, qu’aurait-il fallu comprendre de ses peurs qu’il avouait enfin quand tout se délitait, juste avant de mettre les voiles, de disparaître dans une vie morne, sans accroc, sans assaut, sans fêlure, des jours comme des nuits tous volets clos, comme des mots trop anciens plus jamais mis en bouche, comme un parfum capiteux jadis, éventé aujourd’hui ; que cachait-il, que se cachait-il ? Enigme. Tous les portraits devant moi cachent une énigme – ou la révèlent. Quelle belle opportunité de se connaître à travers l’autre, non ? Mes pensées du matin. Et puis, je laisse tout filer, ce que je n’attraperai pas là me rattrapera bien.

Photo : Marlen Sauvage

Envie de pain et je n’en ai pas. L’occasion de sortir du placard la machine tellement utilisée en Cévennes, oubliée depuis mon arrivée ici, où tout est à portée de pieds. Bien sûr, une fois tous les ingrédients versés dans le bol, la machine ne fonctionne pas. C’est parti pour le pétrissage et quelques heures de patience… On sonne à la porte, j’avais oublié la promesse de S. de m’apporter un bouquet de tulipes cueillies dans son jardin avec des feuillages et des genêts ! Je ne peux pas l’embrasser, elle repart dans la fraîcheur du matin. Et là, presque aussitôt, deuxième surprise, un appel en vidéo de Julie depuis son île et je peux voir la petite famille en entier. Mon cadeau de Pâques ! Les enfants ne cherchent pas d’œufs dans le jardin, pas cette année. Mais ils arrivent chacun avec leur œuf dessiné et colorié qu’ils brandissent devant la caméra. Mes petits loups ! Nous évoquons l’impossibilité pour moi de me rendre dans le jardin puisqu’il n’est pas attenant à la maison, LA condition pour avoir le droit de s’y rendre, paraît-il. Je prends en direct un cours de cuisine : un carry boucané accompagné de patole, un légume lontan (ancien) – une sorte de courge longue à la chair fine et délicate, d’une texture proche de celle de la blette… Je vois frissonner dans la casserole les épices, l’oignon, l’ail mélangés à la poitrine fumée, avant les tomates et le patole. Tout en cuisinant, Julie me raconte comment elle a expliqué aux enfants que l’on pouvait, en dehors des anniversaires, fêter aussi les prénoms. Après l’histoire du prénom de Souleymane-Salomon, « celui qui a le cœur pur », Souleymane, 7 ans, fait la grimace, mais il est carrément dépité quand elle donne la signification de Sacha-Alexandre « le guerrier, le fort » (Sacha, 5 ans bientôt, est depuis sa naissance un format mini, alors que Souleymane est un grand costaud…) « Ah ! mais pourquoi j’ai toujours des trucs nuls ? » C’est bien, les mômes, on a quand même des chances de se payer quelques fous rires dans la journée. Nous terminons notre discussion avec la fin de la cuisson du plat !
En Guyane, la tradition culinaire de Pâques est celle d’un bouillon d’awara, et j’apprends que ce qu’on nomme « bouillon » est en réalité un plat très consistant à base de légumes, de viandes, de poissons et de crustacés. Celui qui en mange revient toujours au pays, dit-on, ce que me confirme Prêle. Sieste solidaire et nous passons l’après-midi à discuter via WhatsApp.
Et ce fut notre vingt-septième jour de confinement.

MS

Journal du confinement #25

Photo : Marlen Sauvage

Vendredi 10 avril
Super bien dormi. Levée comme j’aime, aux alentours de 7 h. Avant 8 h je trouve sur FB, dans le fil d’actualité, Song for Karen, d’Olivier Martinelli, une reprise de About you de The Jesus and Mary Chain, qui est la BO de son bouquin Une Légende, lequel date déjà de 2014. Avec un petit mot rien que pour moi, de quoi vous réconcilier avec le confinement tout de suite ! Je sais que j’ai un grand sourire sur la « face » comme disent les Québécois, j’adore la voix d’Olivier qui le sait depuis quelques années déjà. Ecoutez-le, c’est doux, et abonnez-vous à sa chaîne ! Lisez ses livres, aussi, ce sont de beaux romans, vraiment.
C’est parti pour une belle journée, le pontias souffle ce matin, il veut nous débarrasser de ce virus qui nous tient confinés, j’ai envie de croire que le cosmos va finir par convaincre cette petite chose vivante de s’autodétruire. Et à 8 h 10 une pensée pour toi qui dois prendre ton café-sucre-pain-beurre quelque part sur cette terre. A 9 h j’ai écouté une douzaine de fois le titre d’Olivier… mon chat n’en peut plus, après m’avoir tourné ostensiblement le dos, il baisse les oreilles et me fait la tête ! Et puis une idée me traverse l’esprit, après la douche, d’enregistrer la chanson d’Olivier que je chante non-stop depuis deux heures. Et hop, sur Facebook (enfin, ce fut long pour moi de compresser le fichier et surtout de le téléverser)… Je me dis que j’ai du culot, ma voix sur celle du chanteur mais c’est sans doute pour prouver à celles et ceux qui craignent pour moi que je ne manque pas d’air !
Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec la marchande de volailles dans un bled voisin. A partir de 15 h 30, je me promène dans la campagne environnante, je respire à pleins poumons toutes vitres baissées et tant pis pour le virus voyageur, les montagnes au loin sont superbes, tous les arbres sont en fleurs, je trouve tout magnifique, mais tout est magnifique. J’ai juste oublié de prendre mon appareil photo… Je reviendrai. Un peu de mal à trouver la ferme, je questionne sur ma route une dame en train de jardiner : c’est sa nièce, la fermière ! Une petite route où l’on ne peut se croiser, des virages au milieu des vignes et puis c’est là. Je me masque, dans la boutique on est masqué aussi, normal, et j’achète tranquillement mes volailles et mes fromages de chèvre d’Ardèche, quand je sors, impossible de me dégager du rideau de porte qui m’encercle ! Obligée de me faire aider par la jeune femme qui éclate de rire après moi et tout près de moi ! Nous sommes masquées, je vous dis ! Puisque le masque interdit les sourires, qu’au moins les rires se fassent entendre.
Je devais acheter des cartes de Pâques pour mes 3 petits loups et je réalise que Pâques, c’est ce dimanche. Pfff ! Ordinairement déjà j’ai du mal avec le calendrier, et depuis si longtemps que cela ne sera pas un marqueur d’Alzheimer pour moi, mais là je suis totalement hors du coup.
Un coup d’œil au Huffington Post et une nouvelle plutôt intelligente sur l’accord des 27 de débloquer plus de 500 milliards d’euros pour soutenir l’économie européenne. Je me demande régulièrement où est passée l’Europe, elle survit semble-t-il.
Et parmi mes petits bonheurs du jour, le blog de Dominique Hasselmann Métronomiques, où l’esprit critique le dispute à l’humour, et c’est très très sain tout cela. 

MS