Traces

Ecrire et travailler la langue à partir d’un souvenir ténu de l’enfance. « Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère », disait Proust en 1910. Phrases courtes, incisives, sans ponctuation ni verbe. Travail sur les sensations. « Pour écrire, peut-être faut-il que la langue maternelle soit odieuse, mais de telle façon qu’une création syntaxique y trace une sorte de langue étrangère. », écrivait aussi Deleuze… en 1993.

« Ma mère, grande et moi, petite, à ses côtés.
Main dans sa main.
Un samedi après-midi calme.
En haut de l’escalier extérieur.
La maison se tient là, sombre, triste, derrière nous.
Après les cris, les larmes.
Dans la rue, calme à nouveau, la voiture démarre.
Sous nos yeux, il s’en va.
A ses côtés, une autre femme, venue pour lui.
Venue tout déranger.
La sieste finie, il est parti.
Ma mère pleure.
En silence.
Je l’accompagne.
En haut de l’escalier gris.
Malheureuses, ensemble.
Et seules, ensemble. »