Petite sirène

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J’avais trouvé la photo étrange déjà quand mon grand-père me l’avait montrée, il y a des années de cela. Le plus étrange n’était pas la photo en soi, mais la raison de la photo. Quelle perversité pouvait conduire un homme à juxtaposer une enfant et des poissons ? Mais il était fier du résultat, d’avoir non seulement pris la photo mais de l’avoir développée lui-même.

Je viens de la retrouver dans la malle en bois peinte qu’il emportait partout avec lui, sur son bateau, avec l’appareil photo pour seul compagnon. La gamine sur la photo, c’est moi. De retour d’une journée où il m’avait emmenée pêcher, j’avais « fait la sérénade » comme il disait, pour aller nager malgré la température de l’eau. Comme je me débattais j’avais fini par tomber dans la mer et il avait dû venir m’y rechercher.

Ma punition, ç’avait été de poser toute mouillée, toute tremblante, près des poissons agglutinés dans les cageots. La proximité de cette mort en masse me tétanisait. Ce n’était pas l’odeur des poissons, mais c’était ces yeux morts, ces bouches entrouvertes…

Comme je me plaignais d’avoir froid alors qu’il me tournait autour son appareil photo à la main, il me répétait c’est ta punition ma chérie, tu m’as promis, et je l’avais entendu murmurer un poisson faite femme, une petite sirène. C’est ainsi qu’il m’appela à partir de là. J’avais tellement envie d’être une sirène ! Une sirène ça adore l’eau n’est-ce pas grand-père ? Oh ! oui, et si ce n’était que l’eau… Il m’avait raconté l’épisode d’Ulysse et des sirènes dans l’Odyssée, je n’avais retenu que l’anecdote fascinante de cet homme qui se lie au mât d’un bateau pour ne pas céder au chant des belles femmes-poissons.

J’avais demandé à mon grand-père s’il avait rencontré beaucoup de sirènes au cours de ses nombreux voyages, oui, bien sûr, mais une seule… et il n’avait pas terminé sa phrase.

J’ai pratiqué la natation sportive durant des années et le chant choral simultanément. Plus je regarde cette photo, plus j’en comprends la raison. Je suis une femme-poisson. J’attends l’homme qui ne se réjouira que de la volupté de mon chant.

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Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

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Impressions partagées

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C’est toujours au moment où l’on s’y attend le moins que ça arrive…

le potiron d’Etampes, rouge vif, épanoui sur un plant de pommes de terre, caché dans les brassées de capucines naines, les écrasant de son poids alors qu’il est temps de déterrer les tubercules

le talon de la chaussure explosé devant la porte de l’employeur où l’on se présente pour le poste convoité

la parole coincée dans la gorge au moment du départ des amis

la vitre arrière de la voiture fracturée, le mémoire envolé avec l’ordinateur, le jour de la soutenance

la certitude dans tout son corps du désamour alors que l’on flâne ensemble amoureusement dans le quartier Saint-Antoine à Paris un jour de février clair et blanc

le petit agneau que l’on croyait sauvé retrouvé tout froid au petit matin au milieu de la paille

le trouble et la défaillance à la vue d’un inconnu quand on vient de s’engager et signer au bas d’un parchemin

la convocation à un rendez-vous d’embauche alors que l’on se trouve en vacances dans un état reculé de l’Asie

le passage de la taupe, trois petits monticules de terre souple et fine, au milieu de l’allée de haricots tout juste sortis de terre

la mort du père aimé quand on arrange des fleurs, à peine rentrés d’un merveilleux week-end où l’on n’a cessé de penser à lui

le premier cheveu blanc alors que l’on se félicitait de sa jeunesse devant le miroir

les cinq petits chatons déposés à vos pieds au moment où vous partez pour l’aéroport

le message enjoué sur le répondeur de celle avec laquelle on doit rompre alors que l’on sort des bras de l’adorée

le petit mot de l’artothèque qui accepte quatre toiles quand on se réjouissait déjà de deux…

Nota : Cette fois-ci, nous avons travaillé différemment : j’ai proposé le texte, Marc a réalisé l’image.

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Maquereaux et crinolines

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Tout de suite, j’ai pensé à Proust (que je relis en ce moment, ceci expliquant sans doute cela, car rien dans cette image en réalité ne me le rappelle après réflexion, d’autant que ce n’est pas le poisson qu’il aimait déguster, d’ailleurs me demandais-je illico, mangeait-on du maquereau au début du siècle dernier dans la classe sociale qui était celle de l’écrivain ? j’en doute) m’étonnant de l’importance de la nourriture dans La Recherche quand on sait ce que Marcel ingurgitait chaque jour dans les dernières années de sa vie selon les dires de sa gouvernante 1 : un croissant ou deux, un café ou deux, parfois un verre de lait, une sole ou un peu de poulet de temps à autre, une bière glacée à n’importe quelle heure de la nuit…

Je rejoignais la réflexion de Jean-Pierre Richard dans Proust et l’objet alimentaire – dont je recommande la lecture sur le site persee.fr – pour lequel le paradoxe incarné par Léonie, la tante qui dans cette débauche d’agapes s’abstient de manger, pouvait s’interpréter par la propre situation d’écrivain de Proust « face à un monde sensible et délectable. Car l’écrivain ne possède ou ne recrée verbalement ce monde qu’à la condition de s’en écarter, d’accepter de le perdre, c’est-à-dire de le transformer en signes, en écriture. » Pour bien parler de nourriture, s’abstenir de tout plaisir de la table alors ?

Un bœuf à la casserole m’aurait autrement inspirée, mais ici nous ne parlons que de poissons et de femmes, et mon objet alimentaire du jour serait un maquereau, cru de surcroît, installé sur une dame en crinoline… elle-même coincée au fond d’une assiette. Comment unir la sensualité du sexe et de la nutrition devant une telle image ? Le maquereau, la crinoline… Je cherche encore…

1 – Monsieur Proust, par Céleste Albaret, souvenirs recueillis par Georges Belmont,
Robert Laffont, «Documento».

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Exocet

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Paris-Montréal. Départ à l’aube, arrivée prévue à 11 h du matin. Vous serez là à m’attendre, je suppose. Je l’espère. A ma dernière visite, j’avais erré, valise à la main – j’ai horreur des roulettes – dans la salle où chacun retrouvait ses proches, son amour, ses amis. Mes pas claquaient sur le sol, je vous cherchais des yeux sous mes paupières fatiguées, j’avais commandé au bar du coin un café serré et c’est à ce moment que vous aviez surgi du tourniquet. Deux humains à tête d’animaux, un zèbre, une girafe qui se tenaient la main, doigts enlacés. Le décalage horaire me joue toujours de ces tours. Retrouvailles, embrassades, nouvelles des uns et des autres, échangées dans le brouhaha des annonces et le bruit des roulettes – vous avez horreur de porter les valises – et puis vous m’aviez conduite jusque chez vous et je m’étais endormie la joue contre la vitre de l’auto. Je me souviens de ce rêve étrange où une jeune femme aux cheveux noués dans un foulard blanc lève les yeux vers le ciel traversé par un drôle d’exocet mi-poisson mi-avion alors qu’une voix tonne dans son dos : « Après les voyages à dos de mulet, à cheval, en charrette, en galère, le bateau à vapeur nous [paraît] quelque chose de miraculeux (…) »* Et la jeune femme répondait :  » Le miracle est partout, monsieur Gautier. Mais là sans vouloir insister, ce vol Paris-Montréal me paraît compromis. »

*Th. Gautier, Voyage en Espagne.

Avec un grand merci à Stéphanie Heendrickxen !

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Bons baisers…

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Ce vendredi d’août, le 15

Cher M.,

J’ai attendu votre image la semaine dernière jusqu’au jour fatidique du vendredi… Et j’ai appris que vous étiez couché avec une vilaine fièvre. Nous pourrons désormais dire que vous m’avez le premier « posé un poisson ». Je ne vous en tiendrai pas rigueur, mais que ce soit la dernière fois !

J’espère que tout est rentré dans l’ordre pour vous depuis, que la migraine a déserté votre beau front qu’agitent les rêves durant le sommeil. Il ne me manque que de vous regarder dormir…

Je suis partie la mort dans l’âme dans cette île où nous devions nous retrouver, mais très vite, vous me connaissez, la joie de vivre l’a emporté sur le dépit. Cette petite carte vous donnera une idée de ce à quoi je passe mes journées. Ici les poissons mangent dans la main des hommes (et des femmes), leurs écailles chatoient dans la lumière du soir. Vous adoreriez les peindre, leurs couleurs défient toutes les palettes aussi je vous laisse le soin de colorier celui-ci. On raconte qu’il suffit de confier ses rêves  à l’un d’entre eux : si on l’aperçoit voler au-dessus des flots émeraude, alors ils seront réalisés. Vous connaissez mon rêve.

Je serai de retour très bientôt, nous écouterons ensemble bourdonner les insectes dans la glycine (elle était encore en fleur à mon départ), nous reparlerons de cette magnifique fête où, je le réalise maintenant, vous ne vous êtes pas essayé à ce jeu amusant du palet breton.

Enfin je vous conterai la douceur de ces moments de solitude et ce sera comme si ces vacances avaient été les vôtres aussi.

Votre « essentielle »,

M

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CQFD

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La sardine doit son nom à la Sardaigne. On en pêche 38 kilos chaque minute en France.

Une femme se jette à l’eau : combien de minutes faudra-t-il pour… ?

Les populations de sardines sont très fluctuantes. Leur durée de vie est assez brève : moins de dix ans.

Les femmes, elles, battent les records. Au 1er janvier 2014, en France métropolitaine, elles devancent toujours les hommes (30 991 282) avec 32 937 326 représentantes. En 2010, leur espérance de vie augmente de quatre ans en un an : elles tiennent le devant de la scène jusqu’à 84,8 ans.

Les larves des sardines sont très sensibles aux conditions climatiques. De ce fait, les quantités capturées peuvent parfois baisser brutalement, ce qui provoque régulièrement des crises dans le monde de la pêche.

En 2009, moins de quatre nouveaux-nés sur mille (3,7) sont décédés avant leur premier anniversaire. En 2013, en France, le taux de fécondité est de 1,99 enfant par femme contre 2,03 en 2010, année où les naissances avaient atteint un pic. Le recul s’explique par une baisse du nombre de femmes en âge de procréer. On accouche à 30,1 ans (âge moyen). En deçà, on ne pense pas à procréer, voire on s’en défend mordicus (c’est moi qui souligne). 

Le nombre d’individus n’est pas le seul critère à prendre en compte pour une population de poissons, la taille importe, et la diminution de ce paramètre en Méditerranée inquiète pêcheurs comme scientifiques. Le réchauffement climatique est en cause. Or, parmi les poissons pélagiques, la sardine (l’anchois aussi) voit sa taille et son poids diminuer considérablement. Sa taille marchande est de 11 cm (9 cm pour l’anchois).

Chez les femmes, la taille augmente, personne n’a de raison de s’inquiéter sauf les moins de 1,64 m, peut-être, qui est la taille moyenne des femmes en France. D’autant qu’il faut savoir que la taille, de même que la corpulence, joue un rôle important dans le développement de la personnalité des individus. Je parle des femmes, pas des sardines. Trop au-dessus, trop au-dessous de la moyenne, on peut souffrir d’un complexe psychologique.

Il paraît qu’en raison de la baisse de la masse de sardines (pas du nombre) les pêcheurs se reportent sur le merlu, déjà en mauvaise passe.

Constat inverse chez les femmes, la corpulence moyenne augmente quel que soit l’âge et d’autant plus fortement que les générations sont jeunes ! A part les pêcheurs qui se tournent vers le merlu et les hommes qui aiment les rondes, ceux qui continuent à préférer les maigres pourront alors se contenter de sardines, CQFD.

Article réalisé par Pélagie, présente dans l’image.

PS : Pélagie doit son nom à son arrière-grand-père, ardent défenseur de la sardine, marin au long cours.

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Migration

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Baie-Saint-Paul. Hôtel de la Belle Plage où dort un chalutier rouge, L’Accalmie. Tout me fait signe ici. J’admire ce soir le vol des oies blanches sur le Saint-Laurent. D’abord elles ont envahi une petite bande de terre, groupées, elles cacardent si fort que leur discours m’étourdit. Comme une mise en garde, un conseil, une promesse. Une pensée frémissante dans l’air qui nous sépare. Puis elles s’élancent superbes d’un vol gracieux. Kaname Akamatsu. Vieux souvenir d’économie que je répète comme un mantra. Mais le trouble n’est pas là, ni la menace, ni le vertige. Il loge ailleurs, dans ce que je fixe des yeux depuis des minutes entières et qui reste insaisissable, coincé quelque part entre le cri des oies et leur envol. Surtout ne pas baisser le regard, déployer tous mes sens, capter l’onde qui traverse le ciel jusqu’à moi. Partir. Tout laisser là. S’envoler avec les oies. Superposer mes ailes aux leurs et me laisser porter. Effacer ma vie d’un coup, comme un point qui disparaît, introuvable, inatteignable, évanoui. Profiter de la pensée si transparente pour lui emboîter le pas et surfer sur d’autres rencontres, d’autres vies, d’autres… Quelque chose me dit qu’aujourd’hui les sirènes ont migré des eaux denses aux ciels lumineux.

 

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠30

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Et un saumon

Marc-Guerra-DPDF29

 

Avec la hardiesse des petites valises

elle part conquérir le monde, les rues, les écoles, les villes

légère

les îles les presqu’îles les chambres ne l’effraient pas

elle y entre et s’installe elle parle à la place

le mollet fuselé la jambe longue

elle arpente les mots qu’elle puise aux rencontres

tout sourire les yeux

ce qu’elle découvre – et de bien belles – elle le jette

dans son décor l’assoit le triture le déshabille

sujets sensibles s’abstenir

elle bouscule tiraille creuse délivre

tout fait écho dans son village elle écoute la mer parfois

aux coquillages et traque l’âme de la brise

dans le ressac

c’est ailleurs qu’elle vit perchée sur son Mezenc

elle porte le volcan l’emporte le dévore

depuis qu’elle a six ans dix ans peut-être

alors le voyage avec un saumon

vous pensez bien

une broutille

à contre-courant comme elle

 

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠29

Un grand merci à Juliette Mezenc !

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Jeune femme au poisson orange

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les camélias sont désertés de leurs pétales
éparpillés au sol en une corolle rouge
vous ne verrez aucun reflet de mes pensées dans mon regard
je sais qu’en ce moment la terrasse s’endort avant le réveil des pivoines blanches
et qu’au-dessus la chambre garde les rideaux baissés
un œil parfois ou une main glisse derrière la vitre
que le temps s’étire longtemps encore
sans que le déchire la douleur
je reviendrai écouter le cri des geais fuser dans le matin
et regarder les couples se poursuivre et voler d’arbre en arbre
peut-être les surprendrons-nous ensemble
près de son lit la lampe luit dans le clair-obscur qu’il réclame
surtout que personne ne l’éteigne je reviendrai à temps
nourrir les poissons d’argent
dans l’immobilité qui l’enveloppe il m’attend les yeux ouverts
et son regard reste accroché au mien
je garderai la bouche close sur mon chagrin

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠28

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Parade

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Pour un instant accepter la métamorphose et déambuler verticale dans une mer chaude habitée d’éponges, d’algues, de coraux. Vivre en moi l’étrange.
Incliner la tête, et l’inconcevable le vouloir aussi, en eaux peu profondes me mouvoir tranquille et m’enrouler tendre à d’autres couleurs. Déployer ma danse, m’étirer,
me tordre, courber mon corps nu sans perdre mon âme. Errer sans entraves, onduler fragile, aux limbes laisser angoisses térébrantes et rêves obscurs.

 [Avec encore un grand merci à Carine !]

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠27

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