Carnet de voyage (sud tunisien 3)

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30 décembre 2017
Le réveil n’a pas sonné ! Départ à 9h30 de Nefta et de l’hôtel Caravansérail qui porte bien son nom. Je n’ai pas fait de photo finalement de ce bel endroit conçu comme un petit village. Direction Douz. Discussion à bâtons rompus avec notre compagnon de route du moment, Federico. Nous mélangeons allègrement français et italien et j’apprends à force d’improvisation à m’exprimer dans cette belle langue.

Chott-el-Jerid… La plaine saline s’étend d’est en ouest sur une centaine de kilomètres, de Nefta, que nous venons de quitter, jusqu’au golfe de Gabès. [J’ai raconté le désert en quelques « Petits bonheurs » à partir d’ici] Chott-el-Jerid signifie « plage de palmiers » et la feuille du palmier se dit « jerida ». En arabe tunisien, le journal s’appelle d’ailleurs « jerida ». Je mémorise histoire et anecdotes que continue de raconter A. tout en conduisant plus vite qu’il ne faut ! La population du Jerid est connue comme ayant de l’humour ou comme étant stupide, préjugés du Nord… Plus au sud du Chott, une palmeraie a été plantée du temps de Bourguiba pour freiner l’avancée du désert. On y a fait travailler les opposants au régime… camp de travail pour les agitateurs, du temps de ce néanmoins grand homme…

[Voilà ce que je trouve à ce propos sur le net (extrait) : Ce projet a été créé par l’Office du développement de Rjim Maâtoug, un établissement public placé sous la tutelle du ministère de la défense nationale. Plusieurs étudiants tunisiens forcés à accomplir leur service militaire dans les années 80 et 90 par le régime en place, à ce moment là, ont contribué à sa réalisation, à travers la construction de paravents pour arrêter l’avancée du Sahara et la plantation d’arbres dans les régions de “El Matrouha 1” et “El Matrouha 2” ainsi que dans le village de Rjim Maâtoug, outre la construction des logements où habitent, actuellement, les exploitants des lotissements agricoles dans la région. https://africanmanager.com/51_le-projet-de-rjim-maatoug-contribue-a-immuniser-la-region/]

Les bus filent à vive allure (nous tentons de rester dans leur roue !), je capte comme je le peux les monticules de sel en pestant de n’avoir qu’une tablette pour « appareil photo ». [Ma meilleure photo est … mais j’évite de me répéter !] Enfin, à 11h, nous nous posons.

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De part et d’autre, une étendue quasi désertique, que surplombe une chaîne de montagnes au loin. Nous nous dispersons. La croûte du sol brille de toutes ses cristallisations et là où je craignais que les pieds ne s’enfoncent, ils semblent rebondir sur du caoutchouc. Pieds nus, la sensation est intense, râpeuse et bienfaisante… Nous méditons ensemble, loin du groupe.

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D’encore plus près, voilà ce que ça donne… Nos guides proposent un jeu aux plus vaillants… Exit les amochés du genou comme moi ! Mais je reste assise sur le sable, à suivre les mouvements dansants de mes camarades de virée, pleurant de rire à les voir se contorsionner pour attraper un tissu rouge avec la frénésie de l’enfance. Rien de tel pour souder un groupe que le jeu et les rires !

marlen-sauvage-jeu-desertJeu de la « pétèque » sur le sable…

Nous repartons sur le coup de 12h20 à travers le paysage rose, évitant de justesse le passage de chameaux. Au fil de la route, A. nous passionne toujours par ses commentaires…  je note que l’arrivée du marbre sur les minarets et dans les mosquées est la marque de l’influence de l’Arabie saoudite, wahhabite. Que dans le nord de la Tunisie, les minarets sont beaucoup plus petits et les mosquées plus sobres en tout cas celles des XVIIe et XVIIIe siècles.  Nous parvenons enfin à Douz où se déroule le festival international du Sahara. J’ai une pensée pour Claudine, passionnée du désert, de ses habitants, de Douz et de ce festival !

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Consignes données sur la place par Stefano et Zied ; nous arpentons la ville à la recherche d’un endroit où se restaurer. Ce sera une gargote sans intérêt, qui propose du foie grillé et des salades sans huile… La place s’est remplie de gens, de chameaux, de chevaux, nous errons dans les boutiques, discutons avec un magnifique vendeur tout de bleu vêtu, lui achetons un foulard qu’il nous enroule sur la tête avec dextérité, et rejoignons le groupe, un autre « chèche » se joint à nous, Federico, et en route pour le désert !

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A partir de 16 h, balade aux portes du désert où nous errons solitaires ou en petits groupes à travers les dunes roses et jaune pâle après avoir fait le tour d’un fort ensablé.

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Le vent dessine dans le sable des formes inattendues, des effondrements, des friselis, des vagues pétrifiées, des puits de lumière… Ma créativité n’arrive pas à la hauteur de la nature pour marquer l’endroit de la tendresse.

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Nous rejoignons le groupe vers 17 h, tous les visages reflètent le soleil couchant, tandis qu’un homme du désert pétrit un pain et s’active autour des braises…

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Nous dégusterons un morceau de cette galette des sables, chaude et croquante, dans la nuit tombée, écoutant avec attention A. nous raconter l’histoire des deux branches musulmanes… De retour à Douz, arrêt à l’office du tourisme dans les bureaux où s’organise le festival, avec un président quelque peu coincé, que dérident à peine les applaudissements soutenus du public italien. Dîner dans la maison d’un ami de Stefano. Four de cuisson des aliments dans des jarres en terre, à l’extérieur de la maison, dans la cour. Nous nous déchaussons avant d’entrer dans la pièce aux multiples tapis et coussins où nous nous tassons à trente avant de déguster le poulet cuit dans le tabouna. Riz au safran et petits légumes puis mandarines et dattes. Alberto se distingue en réclamant des dattes qui lui sont immédiatement subtilisées par les autres Italiens… Petit jeu entre amis. Chambre dans le bel hôtel Golden Jasmin.

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Texte et photos : Marlen Sauvage

 

 

 

 

 

 

En amont de l’histoire. Tempête du Désert.

par Anne Vernhet.

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US Air Force  – Avions de l’US Air Force de la 4ème escadre de chasse (F-16, F15) volant au-dessus de puits de pétrole koweïtiens en feu, incendiés par les forces irakiennes lors de leur retraite pendant l’opération Tempête du désert en 1991. (Extrait de Wikipédia)

Janvier 1991

20h : Journal télévisé : un journaliste, sur fond de désert, annonce que l’opération Tempête du Désert est déclarée, la guerre du golfe commence.

Tu n’es plus enfant, ni même une adolescente. Ta vie de jeune adulte s’installe. La fac la semaine. Ton ami, ton grand amour plutôt le week-end. Ta famille juste assez loin, mais pas trop.

Tu crois avoir compris la vie, la politique, le cours des choses. Tu sais bien que tout n’est pas simple  mais quand même. La guerre froide s’est achevée presque dans l’allégresse. Le monde s’est ouvert, les frontières s’estompent. La politique ancienne doit disparaître. Pour toi, aujourd’hui, le seul combat est écologique. Plus de rouge, de rose ou de bleu. L’avenir sera vert.

Et voilà qu’un mot de l’ancien monde refait surface, lancinant : la guerre.

Tu n’y crois pas.

Tu regardes atterrée les gens autour de toi. La grand-mère Augustine qui appelle sans cesse pour qu’on renouvelle ses stocks de sucre et de farine. Tes voisins, si raisonnables et si sensés, qui dévalisent les rayons des magasins. On ne sait jamais, disent-ils.

Tu vois bien que le quotidien n’est pas modifié d’une virgule. Le train du vendredi quitte toujours la gare de Matabiau à 11h45.

Tu veux expliquer, faire comprendre qu’il ne faut pas se laisser manipuler. Tu as confiance dans l’intelligence de notre monde, celui que nous disons libre et que nous prétendons étendre à la planète entière. Nos dirigeants ne prendront pas un tel prétexte, l’invasion du Koweit par l’Irak, pour renvoyer nos pays dans les atrocités d’une guerre. La guerre est d’un autre âge.

Et pourtant c’est ce qui arrive.

Un soir, à 20 h, au journal télévisé, un journaliste, sur fond de désert, annonce que l’opération tempête du désert a débuté.

La population entière s’agglutine devant les écrans pour regarder cette guerre. Guerre en direct. Guerre chirurgicale. Guerre spectacle.  Que voit-on ? Des images vides. Des commentaires vides. A perte de temps.

Tu ne t’aperçois pas que des larmes coulent sur tes joues.

Tu éteins la télé.

Pour longtemps.

Texte : Anne Vernhet

Un texte écrit en atelier à partir d’une proposition inspirée de l’Écran de nuit : retour autobiographique sur mai 68 en 5 épisodes de François Bon, que j’ai intitulée « En amont de l’histoire »… Marlen Sauvage

Un Zap book jaune [≠ 31]

J’entends « ventre effort » pour « vent très fort ».

[Quand les oreilles s’y mettent…]

Samedi 27 août 2011
Marignane aéroport. C’est le départ de J. et W. pour La Réunion. Le vrai départ, cette fois, après les aléas du lundi précédent. Arles est prévu à notre programme en même temps que la visite à un concessionnaire X…

Le 29 août
Dernière journée à Arles. L’art ne doit pas commenter mais provoquer le commentaire. Je ne regarde pas les 101 photos de X morts, accidents, catastrophes.
Mark Ruwedel évoque la présence et l’absence avec la série « Crépuscule », des photos de maisons abandonnées dans des régions désertiques à l’ouest de Los Angeles.

Tropismes, à rapprocher du travail photographique de Lynne Cohen (née en 44 aux US). Photos d’intérieur sans présence humaine. Un détail qui dérange ou ambiance inquiétante.
[J’imagine que je parle des tropismes en écriture, à la façon de Nathalie Sarraute…]

And the winner is Mickael Subotsky. Voir aussi l’Italien qui photographie des paysages.
[Giacomelli naturalmente]

[Et en bleu sur une seule page, cette phrase énigmatique]
On ne le prendra QUE si la Poste refuse.

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