Ecrire, de Monique Fraissinet-Brun

Le texte d’une participante à mes ateliers, Florac, juillet 2017.

 

Ecrire pour laisser sortir l’épaisseur du noir et la lumière du bonheur ; écrire avec les yeux à l’intérieur et laisser la porte ouverte, juste devant le cœur ; écrire en se regardant comme un étranger ; laisser venir le filet d’eau des mots, légers, fluides ; accepter la cascade qui chute douloureusement puis s’apaise  en permettant à cette eau de glisser, de se faufiler autour de ma vie ; écrire pour se relire, s’aimer ou pas ; écrire dans ses pensées, juste pour jouir des mots, des émotions, des sensations ; écrire la nuit pour éclairer des images sombres, les accepter, les laisser revenir, les regarder posées sur la page ; écrire pour apprendre à voir l’éphémère d’un rai de lumière ; écrire pour apprendre à lire, savourer, se délecter ; écrire pour rattraper le temps, pour le ralentir, pour en laisser une trace ; écrire pour déchirer ; écrire les mots de mes petits-enfants ; écrire dehors en se laissant envelopper d’un silence rempli d’une multitude de bruits ; écrire devant un feu de bois pour la chaleur et le doux vacillement des flammes ; écrire à l’encre violette, reflet de mon enfance ; écrire pour laisser échapper la douleur et – ou – se rassasier de petits et grands bonheurs ; écrire des fragments à laisser dans un livre, au fil des pages de lecture.

Texte : Monique Fraissinet-Brun
Video : Marlen Sauvage

Ecrire, de M. Esse

Un texte écrit par une participante à mes ateliers, en juillet 2017, Florac.

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Ecrire une fleur douceur couleur la rouge du jardin la blanche dans ma tête

Ecrire le chat tigre qui se faufile en dandinant

Ecrire le ciel qui plombe les sapins qui pèse qui rougit qui s’envole qui envoie les nuages dessiner dans le bleu des gros des lourds des traînées des filaments des moutons des coussins

Ecrire les coussins les canapés où on s’enfonce on sommeille on se chamaille on s’embrasse

Ecrire les amours coup de foudre amour passion amour vache amour qui élève qui détruit qui fait chaud ou frissonner de froid qui remplit un manque une vie ou un instant

Ecrire les manques les ratés les j’aurais dû les regrets les souvenirs la mélancolie les il y avait une fois

Ecrire des histoires aux enfants faire des mots croisés mots mêlés mots inventés jouer avec les mots avec les lettres une phrase à l’endroit une phrase à l’envers composer décomposer recréer la langue la redécouvrir la savourer la déguster

Ecrire en marchant dans la tête des sons des poésies pas à pas le nez en l’air les mots viennent s’alignent riment rêvent

Ecrire à plat ventre dans le sable dans l’herbe sur des coussins appuyé sur les coudes le ventre bien en contact avec le sol ancré mais toujours tête levée humant l’air de la mer l’air du jardin l’air de la ville l’air du temps

Ecrire pour soi pour faire de jolies phrases qui font une douce mélodie

Ecrire pour exprimer des mots bruts des hachures des rayures ça fait mal et ça libère

Ecrire un plan un projet un journal une histoire une nouvelle un roman une lettre n’importe quoi mais écrire

Ecrire au crayon au stylo noir rouge bleu à l’encre à l’ordinateur si ordonné

Ecrire des lettres fines déliées courbées ou raides calligraphiées pour la beauté

Ecrire la nuit noire dans la nuit blanche le soleil dans les journées grises l’arc en ciel espoir et joie

Ecrire la vérité vraie inventer une autre sans mentir en déguisant inventer tout court lâcher les vannes se lâcher culbuter les mots hameçonner les faits refaire le monde

Ecrire sur un bloc steno un cahier grand format papier blanc  petits carreaux écran scintillant

Ecrire plaisir écrire désir écrire avenir

Texte : M. Esse
Photo : Marlen Sauvage

Ecrire, par Chrystel C.

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« Ecrire jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au bout du rouleau, jusqu’à plus soif, jusqu’à plus d’encre.
Ecrire pour graver dans le marbre, pour faire trace, ne jamais oublier.
Ecrire comme une nécessité, un besoin impérieux de poser les mots, là, sur le papier, qu’ils soient enfin lisibles et accessibles.
Ecrire pour partager, pour rassembler, pour dire, juste pour dire, tout dire.
Ecrire jusqu’à la blessure, jusqu’à user la peau des doigts.
Noircir la page résolument, revenir en arrière, barrer, gribouiller, reprendre, poursuivre.
De courbes en liaisons, d’arabesques en ruptures, écrire comme on jette sur la feuille, avec ardeur, le fruit de nos pensées.
Ecrire tout ce qu’on ne peut pas dire.
Ecrire pour dénoncer, témoigner, raconter.
Ecrire tout et n’importe quoi.
Ecrire comme ça vient, écrire comme on est, ce que l’on est et ce que l’on n’est pas.
Écrire, pourquoi ? Pour qui ? Pour rien, pour le plaisir.
Ecrire assis, en silence, le jour comme la nuit,
Ecrire partout où c’est possible,
Ecrire seule ou parmi vous, seule parmi vous,
Ecrire en confiance, écrire pour avoir confiance, se sentir exister,
Ecrire pour se retrouver, pour ne plus jamais se perdre,
Ecrire pour s’évader, pour fuir,
Ecrire pour lutter ou pour s’abandonner,
Écrire le ventre plein, pour se nourrir, sans jamais être rassasiée.
Écrire les gens, les lieux, l’histoire, décrire et se morfondre,
Se fondre dans les mots, se tordre dans les pages, écrire de douleur
Ecrire pour la douceur des mots, dans la fraîcheur du soir, la torpeur du moment.
Écrire dans sa tête en regardant au loin les lumières de la ville, la Lune rousse dans le ciel noir et deviner, tout au fond, la mer assoupie.
Écrire et ressentir, toucher la feuille, palper les mots, humer les phrases.
Ecrire en voyage, en colère, en avion,
Ecrire les autres puis écrire soi.
Ecrire comme on aime, passionnément, à la folie, à perdre haleine, sans tabou, sans limite, sans compter.”

Texte : Chrystel C., atelier d’écriture juillet 2017.
Photo : Marlen Sauvage [au moulin de Grattegals, juillet 2016]

 

 

Ecrire

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Écrire en tension attraper la pensée
qui fuit déjà la saisir
et la perdre
Le cap sur l’idée
et d’essais en tourments le perdre à son tour
égarer le sextant croire à la perte momentanée éphémère
Avancer feutré obstinément accroché
à ses sensations ses émotions enfouies
mais où
Contourner l’obstacle lâcher l’affaire
se lever boire un verre se noyer
en apnée voir le mot me narguer
Écrire dans l’éblouissement grâce d’un moment rare
Se relire des années plus tard
ne pas retrouver celle que l’on était alors
Écrire de joie à tue-tête dans l’ascension d’un causse
Et de frustration dans l’absence et la nuit
Dans la solitude perverse qui inquiète
et réclame
Écrire entre
Entre les tiges de Nigel de Damas
entre les branches torturées d’un cèdre
entre les pierres d’un mur non jointoyé
À rebours défier le temps la mémoire
l’âme noire
Oser le grand bond revenir en arrière
Croiser ses morts et les entendre

Texte et photo : Marlen Sauvage
(Photo 2013, balade écriture en Cévennes)

Ce système de correction autographique est insupportable, qui me propose « nivelle » (de Damas) !!!