C’est fini !

Fin du festival Contes et rencontres hier, dimanche 11, avec la montée des moutons à l’hivernage que 300 personnes environ ont accompagnés. Le rendez-vous était à Saint-May, et après une petite heure de marche tranquille, le vin chaud nous était servi par le maire du village. Repas tiré du sac, partagé autour de grandes tablées, contes improvisés par des conteurs professionnels ou non dans « la grange à Nini », bal folk avec encore une trentaine de personnes restées sous le soleil froid ! C’était chouette comme un jour anniversaire, fêté avec une pompe à huile maison, avec au retour, le bonheur de découvrir le bouquet de fleurs colorées et les bises réunionnaises !

MS

Carnet des jours (51)

© Marlen Sauvage 2016

Novembre 2021
Semaine 1
Dans les limbes il fuit/le haïku imaginé –/Pris par le sommeil, c’était un de mes « haïku du jour », il y a 5 ans. J’ai délaissé cette écriture pour tanka et goyoshi, sans parvenir jamais à exprimer l’essentiel avec sensibilité. Je relis Sei Shônagon depuis 1999…
C’est une suite de questions que je me pose durant la balade dans les vignes ce matin de dimanche. Jusqu’où parler de soi, de l’autre, dans un journal extime… Si pour moi la vie se tient, autre, dans les mots, et si j’ai vite fait de la lire telle une scène de fiction, je réalise qu’il en va tout autrement pour celles et ceux que je mentionne. Mes carnets, aide-mémoire au départ, sont devenus un prétexte à écrire, à réécrire la vie sans doute, puisque je laisse parfois le temps passer avant de me remémorer mes journées. Je garde le souvenir d’instants fugaces, d’émotions, de pincements, de frictions, que je note brièvement, et que je revisite parfois des jours plus tard… Qu’en est-il alors de ma mémoire du moment ? Qui suis-je quand j’écris ? Plus la même que celle qui a vécu ce que je raconte. Et ici, je lis Thomas Vinau qui me rassure…  https://www.cairn.info/revue-tumultes-2011-1-page-35.htm « Écrire reviendrait à rêver dans tous les sens du terme ;  réorganiser sa mémoire et son rapport au réel, vivre sans les maîtriser des aventures imaginaires absurdes belles et effrayantes, divaguer… »


Préparatifs pour mon départ à La Réunion dans un mois. Si le ciel ne me tombe pas sur la tête d’ici là.
Plus que 4 h de décalage avec la Guyane. Suivi le protocole homéopathique après la 1ère injection, envoyé par Prèle.
Théâtre des 2 mondes, Vaison-la-Romaine. Partagée entre deux maisons. Balade à Grignan dans les bois, par grand vent glacial, et nous renonçons au pique-nique prévu.

© Marlen Sauvage 2021, Le Poët Celard, Drôme.

Semaine 2
Réunion d’organisation du festival Contes et Rencontres. Escapade dans le nord de la Drôme.
A Montélimar, dans le public pour écouter Les Gaillards d’avant et leur Flibuste, je suis bluffée par ce chœur d’hommes.
Ouverture du festival aux Pilles, sous chapiteau, avec Paule Latorre et sa jolie version contée du Secret de Peter Pan, suivie de Alberto Garcia Sanchez avec Elle et mon genre, un spectacle sur la condition féminine, qui nous renvoie à nos stéréotypes, nos préjugés, pour en démonter les ressorts… Et Virginie Komaniecki et son Rouge mémère, un conte bâti à partir de souvenirs d’enfance auprès d’une grand-mère ukrainienne : « ça lui collait de drôles de mots dans la bouche » (et je pense à Valère Novarina)… Un spectacle généreux et tendre.

Semaine 3
Toujours dans la préparation de mon voyage… L’impression de ne pas avancer. Et je dors mal par-dessus le marché.
Vin sur Vin, à Vinsobres, avec deux conteurs de petites histoires plus que de contes, un spectacle adapté au lieu et au public, semble-t-il. Dégustation de vin blanc et rouge, avant et… après. Mais c’est avant les verres de vin que j’ai chuté et cassé mon appareil photo… Repas avec les conteurs chez G. autour d’une belle tablée, paella et discussions enjouées.
Nous accueillons à l’appartement en fin de semaine une conteuse en occitan, Esther Lucada, dont le grand-père était conteur et écrivain occitan, et la maman, conteuse et enseignante itou de cette belle langue. Une rencontre…

© Marlen Sauvage 2021, Pepito Matéo, Festival Contes et Rencontres, à Nyons.

Semaine 4
Cervicobrachialgie qui ne me laisse aucun répit et c’est la nuit que je déguste. Deuxième injection du vaccin, et deux jours de maux de tête et fièvre. Je manque oublier l’anniversaire de Prèle…
Dernier spectacle pour moi, avec Pepito Matéo, toujours aussi génial, juste après une splendide expo de tableaux peints par un groupe de jeunes migrants, à Lyon. Une belle ambiance troublée par l’annonce de la chute de Maman et son accueil aux urgences…

Marlen Sauvage 2021 – Aliou, conteur guinéen de 18 ans, devant les tableaux relatant son conte, peints par lui et d’autres jeunes.

MS

Après le festival

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Florac, la source du Pêcher.

[Pour Sophie et Eva]

« Il y a de la crevette dans le pâté », ce sera notre expression fétiche pour dire qu’un grain de sable vient de se coller dans l’engrenage.
Il y a cette paella dans une immense poêle posée à même le sol où nous grapillons crevettes roses et calamars, moules et poulet, du bout des doigts. La ronde des autres, autour, leurs rires, leurs voix. Un petit verre de vin rosé, blanc, rouge, pas loin.
Il y a ces livres partagés, ces questions posées, ces réponses que l’on n’attendait pas, qui viennent crever notre univers de pensée, et que pourtant l’on espérait ; tout ce qui nous parle d’humanité, de terre à arpenter, d’arbres à planter.
Il y a tant d’émotion que les regards s’embrument. Dans ce temps de l’après, quand le monde a quitté le festival et que chemine au creux du ventre le sentiment de la fin, un peu comme une perte, une dépossession.

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Sandrine Cnudde et son éditrice, Danièle Faugeras, deux voix pour Patience des fauves.

Il y a Sandrine et Danièle, André, Catherine, Eva, Pascale, Sophie et Raphaëlle, les fous rires enthousiastes du premier matin, la fougasse et le café, les confidences partagées, Liliane, Monika, Stéphane, les tableaux blancs à effacer, Monique, Marité, les pastilles de couleur à distribuer, Johan et son sourire, la pelouse sous le soleil, la cigarette roulée, le grand chien de Catherine affalé sous une chaise, le repas de midi dans le parc du château, les discussions à bâtons rompus, la foule qui se presse dans la salle aux chaises rouges, le frôlement des corps entre les stands des éditeurs, au-dehors les danseurs, baluchons sur le dos, le micro qu’on abandonne mais les mains qui se lèvent et soudain les questions fusent quand l’heure a déjà trop tourné, le souhait de se revoir, les chaises à ranger, les sanglots de l’une, les tissus à rouler, les kakémonos à décrocher, au coin d’une fenêtre, Balthasar joue en cognant deux boules l’une contre l’autre, les Figues que l’on se promet d’organiser à l’automne, le public qui remercie, les hésitations de l’auteur, la voix courte, la sincérité, l’autre voix puissante qui s’élève, la barbe blanche et rousse, les grandes mains de paysan, le souffle de la marcheuse, ses craintes dans la nuit des loups, cette Lozère qui nous rassemble, les larmes imprévues de la pompe à essence, les pas de la petite fille dans le tribunal de Justice durant le concert de musique, les souvenirs des uns qui se mêlent aux souvenirs des autres, Eliane et la route de la Baume Haute ignorée, Eliane et son envie de se perdre, jusqu’aux Bondons, mais se perdre…

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André Bucher, ci-dessus, pendant une lecture au château du Parc national des Cévennes.

Voilà. C’était le festival du livre à Florac les 13 et 14 mai derniers. Des moments intenses avant, pendant, après. Lignes de partage a réuni des centaines de visiteurs autour des trois auteurs « vedettes » du festival : Catherine Poulain (éd. de L’Olivier), Sandrine Cnudde (éd. Po&Psy) André Bucher (éd. Le Mot et le Reste), et de quelques auteurs locaux (Marie-Pascale Vincent, Christophe Blangero, François Capelier, Marc Lemonnier et bien sûr Patrick Cabanel qui était le parrain du festival). Autour de petites maisons d’édition indépendantes, aussi, qui nous ont enchantés comme toujours par la qualité de leur production et leur engagement (Winioux, Cambourakis, le Diplodocus, Alcide, le Bousquet-la barthe, les éditions du Gévaudan, Encre et Lumière, autour d’auteurs-illustrateurs (Sophie Tiers, Xavier Boulot), de bricoleurs étonnants (Les Mondes en papiers), de danseurs, de musiciens (nous avons eu droit à un anti-concert généreux et plein d’humour donné par Irène Mayaffre et Louise White en hommage à Jacques Bonnal, sculpteur), de comédiens, d’associations (Terre de Lecteurs, Foyer rural de Florac, etc.), d’un plasticien génial et sympathique (oui, nous avons notre Peter Weir en Lozère) et j’en oublie sans doute…

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Texte et photos : Marlen Sauvage