Construire une ville… – Calvino et les morts

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Elle se souvient de l’Irlande, de Glendalough, où elle était partie à la recherche de la tombe d’Anne Byme, fille d’Andrew et de Jane Mary, morte en 1798 à l’âge de treize ans. « They bury you and then you go back to Heaven » disait à côté d’elle une gamine à sa petite sœur. Une évidence dans la bouche de la fillette, une suite logique, on t’enterre et tu retournes au ciel. Tout le cimetière était en herbe, on marchait sur une mousse verte épaisse qui amortissait les pas, encourageait le murmure, la proximité avec les habitants du lieu. Toutes les stèles celtiques ici penchaient un peu du même côté, comme si le terrain d’un grand coup d’épaule avait voulu réveiller ses morts. De tous les cimetières, ceux d’Irlande et d’Angleterre avaient sa préférence. Ils réconciliaient avec la mort, la simplicité retrouvée, – très peu de hautes constructions, de tombeaux, de caveaux, tout le monde ici était logé à même enseigne – ils encourageaient la rencontre, la connivence, – on aimait un nom, un prénom, une ville en rappelait une autre, on avait envie de rester devant une tombe en particulier sans pouvoir dire vraiment pourquoi –, ils réconciliaient enfin avec l’idée que la mort fait partie de la vie, elle s’était assise dans l’herbe près d’une dalle usée pour se rafraîchir et méditer. De cela elle se souvient alors qu’elle déambule à travers les tombes blanches, étroites, parallélépipèdes rectangle dallés de marbre, aux inscriptions rouges et noires, simples cubes de pierres pour d’autres, serrés sur le sol sablonneux de la ville, dans un désordre factice car tous s’y retrouvent, sauf elle bien sûr, mais dans un désordre tout de même pour elle qui ne peut s’appuyer sur aucun repère, aucun arbre, aucun nom puisqu’elle ne lit pas l’arabe et que toutes les pierres lui semblent ancrées là sans logique aucune. Une fois hors de l’allée centrale carrelée, il faut enjamber de petits tombeaux d’enfants, éviter les coupelles entre deux tertres, zigzaguer en prenant garde aux accidents du terrain, et tenter de ne pas écraser les plantes rabougries qui s’évertuent à fleurir au milieu de toute cette aridité. Et s’impose l’idée que toutes ces tombes sont rassemblées ici parce qu’un mégalomane a souhaité tout à côté un parvis démesurément spacieux devant son propre mausolée, s’impose l’image de tous ces morts exhumés, ces familles dispersées peut-être, ces demeures déplacées, remplacées par d’immenses dalles et que l’on foule une immense sépulture sinon des corps décharnés.

Texte et photos : Marlen Sauvage

 

marlen-sauvage-maison-coquelicotUn texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

Carnets d’Irlande [L’album photos, ≠ 9]

Ce texte ainsi que les précédents intitulés Carnets d’Irlande, mais sans les infos [entre ces parenthèses], a été déposé à l’APA en 2012, réf. APA 2937. Il explique la raison des photos manquantes à notre carnet de bord et récapitule des informations non mentionnées au cours de notre voyage. Je l’avais écrit quelques semaines après notre retour. Pour cette version « blog »,  je publie en miniature ou en taille moyenne les photos déjà parues dans les carnets, et en taille originale, celles qui n’ont pas déjà été insérées.

L’album photos

Les « clichés photographiques en couleurs pris en Irlande pour Monsieur Kahn », par Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet étaient au nombre de 73.

Nous revînmes avec 40 photos. Pourquoi ?

Les deux premiers clichés de Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet sont des vues du Claddagh, ce petit village de pêcheurs aux portes de Galway, rayé de la vie irlandaise pour des raisons sanitaires. La dernière chaumière disparut en 1938. Ils témoignent de « la misère et de la saleté de ses habitants »… Les notes des Demoiselles indiquent que « Petit à petit, les directeurs du Congested District Board achètent les terrains et font construire des maisons plus grandes et plus saines. Le village est donc appelé à disparaître un jour ou l’autre. »

L’autre jour était arrivé depuis longtemps, donc, quand nous suivîmes les pas de Mesdemoiselles M & M.

• Notre album débute avec une petite chaumière aux murs rouges coincée entre des immeubles modernes. Cette maison nous a été présentée comme l’une des survivantes du quartier du Claddagh, et notre scepticisme le disputa à l’envie farouche d’y croire ! C’est notre photo n°1/22 (22, car elle correspond à la page 22 du livre qui relate le séjour de Mesdemoiselles M & M).

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Suivent six clichés de femmes vêtues de l’habit traditionnel du Claddagh, jupe claire retroussée sur un jupon rouge, châle rouge à capuche. Elles vont les pieds nus…
Puis un cliché de deux vendeuses de poisson habillées du châle à franges qui a supplanté le costume traditionnel.

• Notre photo n°2/34 (ci-dessous) est une vue de l’entrée de Galway. Le cliché des Demoiselles est intitulé « Hommes et femmes achetant et vendant le poisson à l’entrée de Galway ». Point de poissons pour ce qui nous concerne, une rue bordée de trottoirs mène à un ensemble de maisons reconnaissables sur le cliché des Demoiselles.

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• Notre photo n°3/36 (ci-dessus) montre une rue commerçante de Galway, nous n’avons pas noté son nom ! Le cliché des Demoiselles annonce un « Instantané de la foire de Galway, la grande foire de bétail ». La perspective est la même, je crois que notre hôtesse du moment nous avait indiqué cette rue après avoir regardé avec nous le cliché du livre.

Suivent quatre clichés : « Une femme qui fait des franges de châles », « Une maison dans la tourbière en fleur », « La mine de l’Irlande et son mineur »,
et « The outside car » qui montre une carriole, « la voiture nationale de l’Irlande » tirée par un cheval, acheté d’Angleterre. Nous avons rencontré un mineur de l’Irlande,
un « découpeur » de tourbe, au fort accent gaélique, et qui ne jurait que par Dieu.

• Notre photo n°4/46 est celle du château fortifié de Claregalway, l’intitulé même mentionné dans le livre des Demoiselles. A notre passage, il ne reste que la tour principale, la petite maison attenante à droite a disparu [je ne dis pas cela dans mes carnets… et je préfère m’en tenir à cette version écrite « à chaud »], et je ne me souviens pas de la construction qui apparaît à gauche. Nous avons aussi tiré une photo avec la route.

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• Les ruines de la célèbre abbaye de Ross près de Headford (XIVe siècle) bâtie pour l’ordre des franciscains figurent sur notre photo n°5/48 (ci-dessous, à gauche). Elle est quasiment identique au cliché des Demoiselles. Mais au lieu de moutons, nous avions des vaches…

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• Nous nous sommes approchés de l’abbaye de Ross pour prendre une vue là encore quasi identique à celle de 1913. C’est notre photo n°6/50, (ci-dessus, à droite).

• Dans l’album de Mesdemoiselles M & M, le cliché suivant est une vue de la campagne, avec une chaumière, deux vaches, les ruines d’une ancienne grange ou habitation. [On y aperçoit aussi une femme et ses deux petits enfants assis dans l’herbe.] Il est intitulé
« Le problème de la dépopulation et les villages d’Irlande ». Le texte qui l’accompagne rappelle combien le phénomène avait aussi atteint la France. Nous sommes en 1913… Le pire est à venir. « Le problème de la dépopulation est aussi grave pour l’Irlande que pour la France ; les jeunes hommes partent pour l’Amérique du Nord, les jeunes filles aussi, et quand les vieux sont morts la maison est abandonnée et tombe en ruines. »

Nous avons couru la campagne pour tenter de retrouver ces ruines, cette chaumière, ou tout au moins son emplacement. C’est non loin de là, à l’école du village, que nous avons rencontré Frère Connal. Nous avons fait le choix d’immortaliser un coin de campagne, photo n°7/52, parce qu’il y avait une petite maison basse orientée comme la chaumière du cliché des Demoiselles, et un petit muret qui aurait pu marquer l’enceinte de la propriété…

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Ce sont ensuite quatre clichés intitulés « Le pauvre Connemara » – une vue très minérale, une petite chaumière perdue dans un océan de murets, sur une terre verte et sous un ciel blanc – ; « Comment on transporte le combustible dans l’ouest », qui montre un ânier et son âne portant un panier rempli de tourbe ; « Une fileuse et son rouet primitif » ; « Deux vieux marins et un jeune garçon de la côte ».

• La première porte de l’église de la Nonne à Clonmacnoise n’a pas changé.
Notre photo n°8/62 en témoigne (ci-dessous).

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• Une des plus célèbres parmi les anciennes croix irlandaises (Clonmacnoise). Nos photos sont identiques aux clichés des Demoiselles. Mais il faut dire que ce que montre notre photo n°9/64 (ci-dessous) est une copie de la croix que virent les jeunes filles de 1913. La vraie est désormais gardée à l’intérieur d’un musée voisin. Nous en avons dans nos archives une photo.


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• Même chose pour la photo suivante n°10/66 (ci-dessus), intitulée dans le livre des Demoiselles « Une autre croix (Clonmacnoise) ». [Sur les photos originales, ces croix sont entourées de nombreuses tombes plus ou moins inclinées. Les jeunes M & M précisent que ce sont celles d’anciens moines et nobles. L’une est ornée  de personnages, l’autre  présente des entrelacs et des motifs celtiques.]

• Nous n’avons pu retrouver « Une des petites barques primitives des tourbières du centre de l’Irlande », mais nous avons photographié n°11/68 un petit bateau moderne, qui a supplanté lesdites barques. Il tire une petite barque verte…

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Suivent dans l’ouvrage des Demoiselles « Un pêcheur d’anguilles du lac Ree, au nord d’Athlone, comté de Westmeath » qui ne nous avait pas attendus… Puis « Le grand lac Ree où l’on pêche », « Une maison au cœur même de l’île d’Emeraude », et « Le cœur de Glendalough ». Pas de vue identique à ce dernier cliché, l’urbanisme étant passé par là.

• Mais nous avons pu photographier « La belle tour ronde de Glendalough » n°12/78 (ci-dessous, à gauche) avec ses tombes et ses buissons. Seul l’if près de la tour est mort depuis longtemps, remplacé par des arbres plus bas. Le plus étrange est que les tombes n’ont pas changé, le cliché des Demoiselles montre aussi cette série de trois stèles au deuxième plan avec cette quatrième penchée et comme appuyée sur la troisième. Seules les inscriptions sont plus lisibles sur leur cliché.

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Nous avons manqué l’église de Saint-Reefert à Glendalough dans le comté de Wiclow,
p.80. [Tiens, c’est étrange, 15 ans plus tard, j’étais certaine de l’avoir photographiée ! Le temps est menteur…]

• Nous avons en revanche photographié « L’intérieur du monastère de Saint-Sauveur », la photo est identique, c’est la n°13/82 (ci-dessus, à droite).

• « A Mellifont, dans le comté de Lough », le plus vieux monastère de Cisterciens en Irlande. Même prise de vue, n°14/84 (ci-dessous), mêmes restes de piliers, même herbe verte aux teintes saturées.

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• Et « Le baptistère » qui nous émut moins que les Demoiselles, mais fort élégant en effet, notre photo n°15/86 (ci-dessous), quasi semblable au cliché de 1913, les arbres en plus sur le nôtre.

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• Notre photo n°16/88 (ci-dessous) est celle d’une « des deux admirables croix de Monasterboice – comté de Louth ». La croix en question n’est plus entourée de ce grillage rouillé qui en défigure le pied. Il semble que les travaux de nettoyage entrepris ici aient fait sortir de terre l’ensemble des stèles !

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Ah ! les curraghs ! Ces petites barques primitives faites d’une carcasse de branches de noisetiers recouverte de peau de vache nous auront fait marcher et poser des questions à toutes sortes de gens. Aucune n’était plus visible lors de notre passage, à moins que nous ne soyons pas allés dans le musée qui forcément en abrite une…  Elles font l’objet des quatre clichés qui terminent la première partie du livre publié par le département des Hauts-de-Seine.

41 clichés, 16 photos…

La deuxième partie du livre présente 43 clichés N&B, et couleur, petit format parmi lesquels certains sont des reprises des grands clichés couleur.

Parmi les 29 clichés originaux, nous avons pu en photographier 24  :

• les trois pierres levées de Newgrange, n°17/110 (ci-dessous), la pierre gravée de Newgrange n°40/132N, et le tumulus de Knowth, n°39/132 (page suivante), présentées pages 110 et 132 du livre, une fois en couleur, une fois en N&B.

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• la « Holed stone » verticale (n°25/124) et la cuisine Saint-Kevin à Glendalough
(n°35/129), (ci-dessous).

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• la pierre tombale du XVIIIe siècle à Glendalough, n°18/114, (ci-dessous)

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• la tour écclésiastique ou « cloitech » de Roscam, près d’Oranmore, n°19/115,
(ci-dessus).

• le cloître de l’abbaye de Ross, n°20/119, (ci-dessous) et le monastère de Claregalway, n°21/120 (à sa suite). [Sur la photo des demoiselles, aucune tombe, juste de l’herbe…]

 

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• la porte Saint Laurent à Drogheda, n°22/121, (ci-dessous).

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• l’ancienne porte de maison à Galway, n°23/123 (à gauche), et la rue aux bestiaux,
n°24/123 (ci-dessus).

• la pierre plate à trous du cimetière de Roscam près d’Oranmore, n° 25/124,
(ci-dessous)

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• l’intérieur de l’abbaye de Ross et les pierres tombales, nos photos n°27/125
(ci-dessus), 28/125 et 41/125 (ci-dessous).

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• A Clonmacnoise, une porte dans les ruines, n°29/126, (ci-dessous) et la porte du temple de Saint-Finghin avec le beffroi rond qui lui est attaché à Clonmacnoise,
n°30/127 (à la suite).

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• un autre coin du cimetière de Clonmacnoise, n° 31/127 (ci-dessous), et le beffroi octogonal de l’église principale à Clonmacnoise, n°32/127 , (à la suite).

 

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• le mur fortifié du château du Roi Jean à Athlone, n°33/128, (ci-dessous), et la façade et la porte principale de l’église de Notre-Dame à Glendalough, n°34/128, (à la suite).

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• la grande croix de Monasterboice, n°37/130, (ci-dessous).

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• Et l’endroit où « le roi Guillaume a traversé la rivière Boyne », dixit les Demoiselles,
n°38/131 (ci-dessus).

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Les photos que nous n’avons pas faites :
–       un charron de village et les instruments de labour qu’il répare, p.129,
–       la porte de la famine, comté de Louth, p.129,
–       une  humble tombe récente , p.130,
–       le sommet de la colline de Slane, p.131,
–       l’autre côté du château de Slane, p.131.

[Nous voilà arrivés à la fin du voyage…]

Cahiers et carnets – Des voyages – CI ≠ 9

Photos ©M.Guerra

Toutes les citations sont issues du livre intitulé Irlande 1913, Clichés en couleur pris pour Monsieur Kahn… publié par le département des Hauts-de-Seine, Collections Albert Kahn, musée départemental, en 1988.

Licence Creative Commons

Ce(tte) œuvre (textes) et photos est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

Carnets d’Irlande [2000, ≠ 8]

A Glendalough, le matin du 30 mai, il y a un monde fou et beaucoup de Français. Impossible de se recueillir dans ce merveilleux endroit caché dans un « écrin de verdure » pour faire très cliché… La « cuisine de Kevin » est surprenante avec sa petite cheminée, tour ronde au toit pointu, la tour est toujours là, au même endroit que l’ont vue les M & M.

[Abstraction faite de sa sacristie et de son clocher, la « cuisine de Kevin » ci-dessous est l’exemple même des petits oratoires primitifs tels qu’ils étaient construits par les moines à côté de leurs cellules, pour la prière et pour le culte. Ce petit monastère dit « celtique » a été fondé au VIe siècle par les disciples de saint Kevin à Glendalough, comme d’autres par les disciples d’autres saints ailleurs en Irlande. La photo là encore est identique à celle prise par les demoiselles…]

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Nous prenons quelques clichés malgré les touristes et décidons de revenir plus tard dans la journée.

[Ci-dessous la tour ronde de Glendalough sur un cliché conforme à celui pris par les demoiselles M & M… avec exactement les mêmes tombes, penchées et droites…]

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Belle balade dans les environs à la recherche d’un B&B qui n’existe plus… [Décidément, le GDR avait des ratés !] Déjeuner devant un mémorial dressé pour les combattants de la liberté (1778-1998), devant une rivière, départ d’une marche. Il y a une auberge de jeunesse à trois cents mètres plus ou moins, mais elle est invisible. Chambre dans le James Druyer Lodge, bel endroit typique, lieu de rendez-vous de pêcheurs, de marcheurs. Du bois partout, du beau carrelage rouge et noir en diagonale qui côtoie des planchers et des dalles. De grandes tables épaisses carrées en bois blond et d’autres ovales, immenses.

Nous retournons à Glendalough aux environs de 18 h, la lumière est divine, l’ermite Kevin savait ce qu’il faisait en choisissant cet endroit… Nous tournons à gauche vers St Saviours pour faire la photo de la porte. L’église fait partie des sept que comptait la ville, elle est en contrebas du chemin, totalement entourée de végétation. Seul le sol a changé, le gravier a remplacé l’herbe…

[Impossible de retrouver cette photo dont je suis certaine pourtant que nous l’avons prise. Frustration…]

[De ces ruines, les demoiselles disent que ce sont « les plus charmantes si ce mot pouvait se donner à des ruines » qu’elles aient jamais vues depuis Clonmacnoise et l’église de la Nonne. Le monastère de Saint-Sauveur ou ce qu’il en reste était dans cet état en 1913, seuls les arbres derrière sont plus denses… Je me souviens de la sérénité de l’endroit et de la belle teinte rose des pierres.]

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En retournant à St Kevin, la lumière est si belle que nous reprenons un cliché. Puis nous partons à la recherche de la fameuse tombe qu’avaient repérée les demoiselles. Après des tours et des détours dans ce lieu propice au recueillement, nous la trouvons enfin. Elle est devant la porte de l’église à droite lorsqu’on lui fait face. Elle a dû être très jolie mais contrairement à ce que disent les demoiselles, j’en ai trouvé une identique, mis à part le temple grec un peu différent, et qui datait de 1773 alors que celle-ci date de 1789 (voir indications pages précédentes).

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Le soir qui tombe en fait ne tombe pas, la lumière ne fait que reporter son départ, elle continue d’illuminer la tour qui s’élève, symbole de spiritualité dans ce lieu de prière. Nous gagnons un bassin d’eau un peu plus haut sur la route de upper lake, les couleurs sont fabuleuses, la montagne s’illumine de roux puis de jaune selon le soleil. La crête devant nous se profile en ombre chinoise, derrière nous, la tour capte le moindre rayon de soleil.

Nous partons vers Our Lady’s Church, sur la route, il faut ensuite emprunter un sentier dans un pré après être passés par dessus un mur ! Elle est très jolie aussi, on sait maintenant que la « porte grecque » n’est pas la seule en Irlande. [Les demoiselles prétendaient que cette porte qui ressemble aux portes grecques était unique en Irlande, c’est faux, nous dit « le livre » !] Nous nous étonnons de la largeur des pierres qui forment le linteau (décoré dessus) et les angles. Ici, il y a de l’herbe par terre et quelques petites tombes dont une croix minuscule et simple, touchante. Nous repartons en voiture vers le upper lake où nous sommes surpris de la clarté de l’eau, de la luminosité des arbres sur la montagne.

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[Cette photo de la façade et la porte principale de l’église de Notre-Dame à Glendalough fait partie du lot d’images en noir et blanc en fin de livre. Rien n’a changé. On voit encore les 3 tombes, à la même place. Vous ne rêvez pas, j’avais placé cette information dans le ≠7 alors que nous allions en parler plus tard…]

Pays de Galles, Abbey de Tintern, dernier jour sous le soleil !

Sur le chemin, les crosses rousses des fougères teintaient les sommets des collines d’un blond vénitien. La montagne vert jaune offrait des tâches violettes qui n’étaient que des pierres égarées au milieu de la végétation, ça et là sur le flanc de la colline, des grillages lui donnaient un aspect de métal dépoli qui brillait sous la pluie.

[Notre voyage se terminait là, mais l’histoire du livre, non… à suivre donc !]

Cahiers et carnets – Des voyages – CI≠ 8

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Carnets d’Irlande [2000, ≠ 7]

Le lendemain 29 mai, bon petit-déj’ à l’hôtel et départ pour quelques photos du livre.
A Slane, nous nous promenons le long de la Boyne par un beau soleil pour trouver l’arrière du château, mais nous n’arrivons pas à avoir le même point de vue que les M & M.
Après tours et détours, nous allons sur la colline de Slane où nous découvrons un des sites des M & M, le cimetière, où nous arrivons à prendre quasiment les mêmes pictures. L’endroit est magnifique, nous sommes seuls, la campagne est superbe, nous surplombons la vallée. Su-bli-me ! Bon, c’est l’inverse, on a d’abord commencé par la colline.

[Ci-dessous donc, la ruine de l’église près du château de Boyne et de son cimetière, identifiée sur le livre comme l’endroit où le roi Guillaume traversa la rivière Boyne. La photo est identique à celle des demoiselles. Sous cette photo, pour déroger à la règle qui voulait que je ne publie ici que les images similaires à celles prises par les demoiselles M & M, une photo du site tel que nous l’avons trouvé.]

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[Entre notre photo et celle des demoiselles Mignon et Mespoulet, il n’y a que les tombes vieilles pourtant, érigées après leur passage. Nous sommes donc sur une colline d’où, disait-on, on apercevait le pays hanté par les Tuatha De Danan (les dieux locaux). Les étudiantes parlent du sommet de Tara, au loin, alors sur que leur cliché ne figure aucune proéminence. Il paraît que c’est là que se réfugièrent les dieux une fois chassés de l’Irlande. Elles évoquent aussi les tumulus de Knowth (prononcer Cnauout), de Newgrange et de Dowth.]

[Ci-dessous, le site non photographié par les demoiselles.]

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Ensuite, à Newgrange, nous découvrons un complexe touristique qui aurait épaté M & M. Très bien conçu, enfoui sous la végétation, légèrement en creux. De là, des bus partent, emmenant les touristes (3 000 la journée de la veille) vers les deux sites de Knowth puis de Newgrange. A 12 h 15, nous « visitons » le tumulus de Knowth sous le soleil tapant, lieu magique mais avec trente personnes, c’est dur de méditer un peu…

[Ci-dessous le tumulus de Knowth, que nous avons photographié de plus près que les demoiselles. En 1913, d’après ce que racontent M & M, ce tumulus était le seul parmi les trois à ne pas avoir été exploré. Le seul aussi à avoir conservé sa forme antique et à ne pas avoir été envahi par les arbres.]

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Puis à 14 h 15, nous sommes devant la pierre gravée [de Newgrange], merveilleux travail artistique tel que l’ont vu nos demoiselles. Nous entrons dans le tumulus, découvrons d’autres entrelacs, losanges et spirales ainsi qu’une basin stone et notre guide nous fait le coup du solstice d’hiver ! Impressionnant et pour une fois, dans le noir, nous pouvons croire à un moment de recueillement partagé par les 25 personnes qui peuvent tenir dans cette tombe…

[Ci-dessous la pierre druidique devant l’entrée du tumulus de Newgrange. La photo est identique à celle des demoiselles, sauf que sur la leur on aperçoit une grille à droite derrière la pierre, qui pouvait se refermer sur l’entrée. A notre passage, il y avait une énorme porte de pierre ainsi qu’on peut la voir sur la photo. Le tumulus de Newgrange était un lieu de sépulture des chefs de l’époque de Bronze, disent les jeunes étudiantes.
Sur notre image, les sculptures sont très lisibles, ce qui n’est pas le cas sur le cliché
des M & M.]

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[Les deux photos précédentes, dans le livre intitulé Irlande 1913, apparaissent 2 fois, en couleur et en petit format dans un paragraphe intitulé « L’ère préhistorique. Les temps légendaires ». Elles font aussi partie de l’ensemble des 29 clichés reproduits en noir et blanc à la fin de l’ouvrage. Là, elles sont complétées par une autre image, prise sur le même site, de 3 pierres verticales que nous avons retrouvées (ci-dessous). Il semble qu’à l’origine il y avait davantage de pierres formant un cercle pour marquer le tumulus de Newgrange et que celles-ci étaient les 3 dernières.]

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Ensuite, ravis de nos photos et de nos découvertes, nous partons vers Mellifont pour visiter les restes de l’abbaye puis photographier le baptistère qu’avaient beaucoup aimé
les M & M.

[Cette photo de l’abbaye est absolument identique à celle des M & M, hormis quelques bouquets d’arbres à droite à l’arrière-plan.]

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[Ci-dessous, le baptistère entre-temps restauré car sur notre image, au premier plan se dresse le morceau de mur à 5 arches. Le reste est identique à l’original.]

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Puis c’est Monasterboice avec quelques touristes. Les croix sont sublimes, la grande me surprend par sa taille.

[Voilà, c’est celle-ci, la croix du Xe siècle, si surprenante. Au moment du séjour des M & M, elle était entourée d’une grille rouge, ce que les demoiselles avaient regretté. Elle est répertoriée dans le livre, à une autre page et en petit format couleur, comme « la Croix Ouest de Monasterboice ».]

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Nous tapons la route sous un orage battant jusqu’à Killebrid où nous trouvons enfin un B&B parce que celui indiqué par le routard est « vide ». Il est 20 h. Notre hôtesse est à moitié souriante, mais la chambre est immense, jaune et bleue, et nous allons y passer une bonne nuit bien méritée.

A Glendalough, la tombe dont parlent M & M se trouve devant la cathédrale à gauche quand on est de dos à la porte d’entrée. Elle a une jolie forme, plus ciselée que les autres tombes, en effet. Elle reads :

IHS

Here lieth the Body of Andrew Byme of Geenane Budge

1789 Aged 42 y

Also his ………… Jane Mary

and pray for us

Daughter Anne dep July

1798 Aged 13 years

[La voilà, je suis devant elle. Sur l’image des M & M, elle est prise en gros plan.]

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Elle s’incline vers la gauche, elle a à sa suite une tombe, croix celtique, avec un Christ au milieu, érigée pour Maria Jones Ballindoyle.

 

Magie de la lumière. La tour de gauche à 9 h du soir capte encore celle du soleil et flamboie comme les collines rousses.

« They bury you and then you go back to Heaven », dit une petite fille de 5/6 ans à sa petite sœur (entendu au graveyard de Glendaloch le 30 mai 2000).

« On t’enterre et ensuite tu retournes au Ciel »…

Cahiers et carnets – Des voyages – CI≠ 7

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