Haïku de novembre

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Pour Liliane

Dressé vers le ciel
protégeant son lieu sacré ~
Le menhir attend

Tous ces jeux d’enfant
partagés un mois durant ~
Déjà dans l’oubli

Nuages en mer
déposés dans la vallée ~
Envie de plonger

Premières lueurs
de rose le ciel s’habille –
Les arbres s’éveillent

Au milieu du vert ­~
un champ comme un grand tricot
aux couleurs d’automne

De l’or dans le ciel ~
Avant la chute des feuilles
l’automne flamboie

Mur de graffitis
Personnages en noir et blanc ~
Un chat prend la pose

Leurs murs se touchent…
Que se racontent-elles ?
~ Secrets de maison

Au fond de la grotte
L’eau échafaude ses plans ~
Draperies calcaires

Quand la main de l’homme
de la nature reçoit l’aide ~
Beauté des murets

Le bois pour l’hiver ~
Entassé depuis longtemps
s’accorde au décor

Debout sur les toits
elles veillent sur les crêtes ~
Cheminées de pierre

Comme on a sans doute
taillé la route il faut bien
la rapiécer

Au-dessus du causse
ils jettent leurs taches d’ombre ~
Les nuages blancs

Dans le jour naissant
tombent comme vieille peau
tous les cauchemars

Partout le regard
s’embrase au chant des oiseaux ~
Automne incendié

La nuit vers le nord,
les étoiles pour boussole,
migrent les oiseaux

Migrateur errant
seul dans le ciel assombri
Et mon cœur se serre

Un peu d’or sur le sable ~
Souvenir d’une oie
sauvage dans le ciel

Cette heure du soir
Où se taisent les oiseaux ~
Résonne ta voix

Dans les limbes il fuit
le haïku imaginé ~
Pris par le sommeil

Grandes flaques d’eau
après les pluies battantes ~
Faux miroir brisé

Branches racines
que l’eau confond ~ Image
d’un ciel renversé

Feuilles d’automne
comme pièces de monnaie ~
Vœux dans une flaque

Alignés serrés ~
Depuis la cime se mirent
les grands peupliers

Arbres narcisses ~
Le soleil projette l’ombre
d’un autre plus grand

Devisant gaiement
le bain de pieds se poursuit ~
Soleil revenu

Chaleur du soleil
avant la fin de sa course ~
La nuit peut tomber

Surface irisée
sous les rais de l’astre blanc ~
Le lac s’ensommeille

De blanc se hérisse
la mer contre les rochers ~
Vagues à l’assaut

Photo : ©Nadia Rivière
Texte : Marlen Sauvage

Haïku de juin

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Pour Liliane

 

Dans le gris du soir/près des routes les genêts/allument leurs feux

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Les prés blanchissent/les flancs des montagnes bleues/– Humbles narcisses

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Ils se racontent /quoi les oiseaux sous le toit ?/– Question de l’enfant

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Assis dans l’herbe/à travers une rose/il guette la lune

*****

Ciel immobile/soleil ardent sur les toits/– Calme après la pluie

*****

Délicieux réveil – /Ce matin café oiseaux/montagne en soleil

*****

Au creux de la nuit/Le réveil après le rêve/– Flottement heureux

*****

Ce matin chantait/Ton anniversaire Marc/Je l’ai entendu !

*****

Fruits du merisier/rouges et gorgés de vie/– Joie du clafoutis

*****

Gardiens de La Cam –/Tels des dragons de pierres/guettent le passant

*****

Le bruit du lave-vaisselle/ne recouvre pas/le chant de la mer

*****

Foule nez en l’air/Vers le ciel d’artifices/Joyeux chœur d’enfants

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Prière du jour/dans l’odeur des foins coupés/pour les vies brisées

*****

Ce matin de juin /Une odeur de foins coupés/Très loin d’Orlando

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Sur un escabeau/en équilibre incertain/– Goûter des cerises

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Il va de son pas –/Le sifflement de l’oiseau/l’atteint à peine

*****

Temps des foins coupés/que veillent les arbres au loin/– Mi-temps de l’année

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Un ciel d’artiste/Devant ma fenêtre au sud/– Qui remercier ?

*****

Au petit matin/sur la montagne endormie/– Clarté des genêts

*****

Tumulte des voix/du profond de la vallée /– Retraite brisée

*****

J’entends la cloche/qui manque au paysage/de ton enfance

*****

Le linge dehors/séchera dans le matin/– Vêtu de rosée

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Parfum d’amande /Aucun amandier pourtant /– Mémoire de nez !

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Promesse de voir/à la croix des rencontres/l’objet du désir

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Dans l’aube d’été/le feuillage bourdonne/— Paressent les fleurs

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Pure lumière –/Le soleil à travers l’eau/de la cascade

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Jardin sauvage/Course folle des herbes/– S’avouer vaincu

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S’abîmer les yeux/La lune sur la crête /pâle – et défaillir

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La tache de thé/dans la porcelaine bleue/– Vieillir aveugle

Texte et photo : Marlen Sauvage

Haïku de mai

Pour Liliane

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Rechercher l’oiseau —/Soulever la coupe d’or/Voir ses ailes bleues

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Quel cri déchiré/as-tu crié dans le vent/avant de tomber ?
(L’eucalyptus est mort)

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Caresser l’écorce/Effleurer le bruit du monde/— Echo sous les doigts

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Le soir dans le lierre/Dessine un cœur/— Frisson du crépuscule

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Foulard à la main/Dans l’autre une malle à chat/— Son pas seul résonne

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La scie sur tes branches/L’écho dans ton tronc meurtri/— Aucun chant d’oiseau

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La nuit a suffi/à la spirée pour blanchir/— Eclat du matin

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Mouettes en vol bas/Au port dansent les bateaux/— Gros temps au large…

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Martèlement grenu/de la pluie sur les carreaux/— Pensées noyées

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Eboulis de roches/Cascades au bord des routes/— La pluie a cessé

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Visite d’un soir/Lire ensemble manger boire/— Peu de choses pour être en vie

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Se tenir en mai/auprès d’une cheminée/— Ecouter la pluie

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Jeudi foire aux plants —/Les jardiniers se bousculent/tout fiers tout sourire

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(Pour Nelsy, disparue  le 13 mai, Steeve et Lily)

Crépuscule bleu —/Dans le mûrier/Silence des oiseaux

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Comme il est suave/Le parfum du lilas rose/Dans la brise du soir

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Café au soleil/Sous les yeux un livre ouvert/— Profiter du temps

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Un air de piano/Pour mieux plonger dans la nuit/—Oreilles dressées

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Retour à la lune/La radio crache ses infos/—La nuit s’obscurcit

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Trois fraises coupées/en quatre dans un bol/— Papilles en joie

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Rêve rattrapé/dans la fuite du sommeil/— Petite victoire

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Pré blanc de brebis/Son de leurs cloches au loin/– Penser « farniente »

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Dans la nuit le temps/a tourné casaque/— Et dimanche est à la pluie

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Se retrouver seule/Des dieux et des hommes en tête/— Affronter la nuit

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A la pomme verte/la rose épanouie/dispute le parfum

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Beaux oiseaux chanteurs—/Au-dessus de la parcelle/guettent les semis !

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Cerises sauvages/mûrissent haut dans l’arbre/— Dessert des oiseaux

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Cinq pivoines roses/Sept boutons de roses blanches/— Instant de bonheur

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En sortant du bois/le vol planant de la buse/— Un cri, mon effroi

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Au cœur de l’orage/Grondements et tremblements/— Après, quel silence !

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Repousser encore/les limites du réveil/— Dans un entre-deux

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Averse de mai—/Le jardin chante ses verts/Sur la terre noire

 

Texte et photo : Marlen Sauvage