Visage de voleuse, Aline Leaunes

Un ciel bleu, des fleurs plein les jardins, une journée de printemps où la joie de vivre est offerte. Elle chante, elle danse, elle déclame la dernière récitation apprise à l’école. Elle voit bien l’agitation inhabituelle au bout de l’impasse. Antonio vocifère comme un fou, sa femme Margarita sur ses talons se lamente en levant les bras au ciel et Maria la grand-mère, interpelle, interroge, menace tous ceux qui passent à portée de main. Louise, elle toujours danse et chante,  éclaboussée de joie, de bonheur d’être en vacances, regarde tout ce charivari  avec le sourire. Soudain, comme une explosion, comme une tornade, sa mère s’abat sur elle, l’invective, s’égosille, s’époumone, l’interroge  : c’est toi dis c’est toi qui a volé l’argent d’Antonio ? Le souffle coupé, la voix qui tremble, elle répond : non c’est pas moi ! Un c’est pas moi fragile que sa mère n’entend pas. Oui c’est toi je le vois sur ton visage, c’est toi la voleuse, donne-moi cet argent, je dirai que je l’ai trouvé sur le banc du parc. Louise dans son coin se rapetisse, se recroqueville, pleure en silence, elle a peur, elle ne comprend pas. Plus tard… beaucoup plus tard elle aura honte… honte d’avoir été accusée par sa mère, mais pourquoi ? elle était juste heureuse, elle chantait, elle dansait c’était les vacances. Pourquoi sa mère, sa mère chérie avait-elle pensé un seul instant qu’elle, Louise, sa fille, avait volé l’argent d’Antonio, et que cela se voyait sur son visage ? Les voleurs ont ils le visage du bonheur et de la joie ? Longtemps longtemps la blessure de cette accusation l’a poursuivie, une blessure dont la cicatrice est encore parfois visible.

Texte : Aline Leaunes (extrait d’un atelier d’écriture à Florac, 2018)
Photo : Marlen Sauvage