Carnet de voyage (sud tunisien -fin)

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2 janvier (petite suite oubliée, et pourtant !) – Après-midi
En route pour Ksar Ouled Soltane, qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte selon Stefano. Nous ne serons pas déçus. Magnifique ksar à greniers où nous déambulons yeux fermés, main dans la main, en trois farandoles guidées par nos trois guides. Quand nous ouvrons les yeux, l’effet surprise est extraordinaire !

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Les plus audacieux grimpent les raides escaliers jusqu’aux anciennes réserves situées dans deux cours datant du XVe et du XIXe siècles. Mini-conférence sur l’école tunisienne, à la demande d’un des Italiens, par A. J’achète une aquarelle à l’artiste local installé dans l’une des cours.

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Comme nos guides sont généreux depuis le début de ce voyage, après tout ce que nous avons déjà vu aujourd’hui, ils nous emmènent au plus loin qu’il est possible vers la frontière libyenne, dans un désert rose. Je ramasse un peu de sable que je destine à une jolie bouteille. Nous apercevons la Libye au-delà d’une dune… Et nous repartons dans le soleil couchant, laissant près d’une maison l’homme que nous avions embarqué pour nous guider dans ce désert.

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3 janvier – Gouvernorat de Tataouine
Avant le petit-déjeuner, j’enregistre les chants d’oiseaux par la minuscule fenêtre habillée d’une moustiquaire. C’est mon cadeau du jour. (a vidéo est trop lourde et je ne parviens pas à la compresser…🙁)

Notre départ est prévu pour aujourd’hui mais nous suivrons encore le groupe jusqu’à un mémorial de la Campagne de Tunisie où sont mises en scène les batailles qui ont eu lieu entre novembre 1942 et mai 1943. Monts Matmata, ligne Mareth, Eisenhower, Montgomery, Patton, Larminat, Leclerc… Tout cela est raconté dans le détail ici, j’avoue avoir comme un grand nombre d’Italiens alors (et eux, pour des raisons compréhensibles…) rêvassé pendant toutes les explications du militaire de service dans le musée…

Nous repartons pour Sfax où nous quittons le groupe, sachant que nous le reverrons le lendemain soir, pour des adieux cette fois. Nous déambulons dans la ville, à la recherche d’un petit restaurant et découvrons cette église abandonnée, taguée.

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Arrivée à Monastir dans la soirée. Nous travaillons ensemble à des recherches concernant la place des femmes dans la religion coranique.

4 janvier – Tunis
Nous quittons Monastir pour Tunis vers 8h30. En nous remémorant ce beau séjour et notre réveillon de la nouvelle année sous les étoiles et la lune.
Sur l’autoroute, en haut des poteaux électriques, les cigognes sont de retour !

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Le soir, à Hammam Lif, dans un hôtel international, nous retrouvons le groupe d’Italiens pour une discussion de clôture après le repas. A. donne la parole à chacun et chacun commente ses interventions. Je tente de suivre les commentaires, les arguments, je comprends 70 % de ce qui se dit là. Je retiens l’enthousiasme de tous à la découverte d’un pays, d’une société, de coutumes,  la richesse de nos rencontres et de nos échanges, l’envie de se revoir. Je suis invitée en Italie… il y a si longtemps que j’y suis allée,  il y a si longtemps que je l’aime !

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Texte et photos : Marlen Sauvage

(FIN)

Italie, la région des lacs (Fin)

[Suite et fin du carnet retrouvé, de la marque Wood & Safety Project…]

Grana : parmesan doux, frais, rugueux, dé-li-ci-eux !

Adieu la mamma d’Arcumeggia qui se déplace pour regarder ses clients dans les yeux avant de les accepter ou non.

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[Ce n’est pas la Mamma, c’est la nana ! Croquée sur un coin de table par son chevalier servant. Je ne dirais pas que c’est franchement ressemblant mais enfin il y a quelque chose dans la casquette fleurie sur le côté…]

Des routes qui serpentent de vallée en vallée, ils déjeunèrent face au lac Lugano et arrivèrent à Menaggio sur le lac de Côme aux alentours de 14 h. Hôtel sans l’aide du Routard, pour 3 notti finalement. Visite de la Villa Carlotta, 1 h 30 enchanteresse dans les jardins.

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Belli. Le nom d’une pastecceria où nous achetâmes du nougat morbido et une excellente tartella au chocolat et aux poires. Près de Côme, sur les rives du lac.

Mais avant, à Laglio, plus exactement à la Posta de Laglio, où les pas de M. le guidèrent irrésistiblement pour acheter 25 francobolli, [à l’époque nous écrivions des dizaines de cartes postales…] nous avons rencontré Maria C., sposata à un gars du Frioul dont le nom de la famille maternelle est celui de M. [De fil en aiguille nous nous étions rendu compte que les deux familles qui portent donc le même nom vivaient dans le même petit village du Frioul.] Coup de foudre pour Maria qui le rend bien à M. qu’elle affirme être de la même famiglia que son marito.

[Je me souviens de cette belle postière italienne, sicilienne nous apprit-elle plus tard, brune aux yeux verts, plantureuse et joviale. Nous étions seuls avec elle dans le petit local. Comme nous commandions des timbres pour la France, elle nous avait raconté sa vie, son mariage, son voyage de noces en France, à Reims (!). Je me souviens de sa discussion au téléphone avec son mari, qu’elle avait appelé sous nos yeux ébahis, disant « Tu ne veux pas descendre à la poste ? On pourrait manger ensemble ! Je suis sûre que vous êtes de la même famille. Il te ressemble, il est beau comme toi », et s’avisant que je comprenais l’italien, ajoutant « Elle aussi, elle est belle », et j’avais éclaté de rire.]

Et voilà comment on repart avec une adresse et l’émotion d’appartenir plus qu’on ne croyait à l’Italie. Et moi, avec le sentiment plus fort encore de me promener avec un bel Italiano du Friolino.

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Emotion du jour… Dongo [hantée encore par la fin de Mussolini, en tout cas, c’est le souvenir que j’en garde, et ce serait la raison de cette « émotion du jour »]. Une robe en lin jaune offerte par M. [A moins que ce cadeau ?…] et une ballade dans la montagne où les gens semblent authentiques. [Quelle drôle de remarque ! Etayée par rien, je n’en comprends plus le sens.] Les chèvres accompagnent la rêverie et la douceur de l’après-déjeuner (…). On ramasse des cailloux et des morceaux de vie cassés sur le chemin du retour. Le dernier jour aura le goût de la bière italienne puis du vin blanc pétillant sucré et du Barbera, rosso frisante, qu’on dégustera en écrivant les dernières cartes postales. Le soir, un concert brandebourgeois clôturera le séjour, avec le lac en contrepoint et encore du Barbera, pour oublier peut-être.

Le jour du départ… 25 mai 1997

Un pot à Cima puis un autre avec café et pastecceria parce qu’on n’avait plus que 2700 liras. A S. Mamete, la barmaid sympa, a rallongé notre café. Addio Italia!

[Fin]

Cahiers et carnets – Des voyages – CIT≠ 3

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Italie, la région des lacs (≠2)

[Suite du carnet retrouvé, de la marque Wood & Safety Project…]

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DEPENSES

(ticket de 1.790 lire)
Pour les petits pains que nous avons eu du mal à trouver, dans un supermarket fermé (et où on est entré quand même). Alors on a mangé : du bœuf fumé, de l’asiago, de la mozzarella de deux sortes, de vrais petits pains, des petits pains genre suédois + une bière allemande de l’hôtel.

Le soir du 20 mai

Repas dans la chambre de l’Alberga La Perla. Pendant que la cloche de l’église sonne 10 h du soir, l’orage tonne sur le lac Maggiore, et le loulou lit la carte pour la balade du lendemain. Il paraît que « C’est bien, ça va laver le ciel tout ça » (…) pendant que la lumière clignote à cause de l’orage.

Tarego, sur le lac Majeur, mais en hauteur, joli petit village avec église et jardins, grand hôtel (Miramont ?) abandonné, décor de fin du monde (photo) et auberge La Perla pour se reposer des longues balades (chambre n°5).

[Là je regrette la photo de cet hôtel en totale décrépitude. Un décor de roman. Comme ces champs de pneus, ça n’a rien à voir, mais ma mémoire m’impose ces champs de pneus, dans la campagne beaujolaise, il y a des années aussi, et j’avais pensé de la même façon que ce serait un décor pour un monde finissant.]

Le 22 mai

Le ciel était bien nettoyé après l’orage de la page précédente.

Les bruits, les couleurs, les parfums en quittant Tarego étaient ceux de 6 h du matin au lieu de 7 h. Une facétie de M.

[Une facétie dont a ri mon copilote pendant des jours… Car je conduisais pendant qu’il prenait des photos, c’était le but de la plaisanterie : me réveiller une heure plus tôt pour saisir la belle lumière du matin.]

Comme ça, on est allé à Santa Agata alors que le soleil donnait son meilleur, puis on est retourné à Cadenabbia pour un café et des brioches, comme ils disent ici. Face au lac. Un peu touristique, mais sans touristes sauf nous, donc grandiose.

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Petite virée autour du lac Maggiore par Locarno. La Suisse telle qu’en elle-même. De la rigueur partout. Finie la fantaisie italienne et les petites fleurs ou les bosquets multicolores. Des toits gris et le minimum de géraniums. Juste avant la frontière on avise que les Suisses aussi ont des « monstres ». De qualité. Meubles et lits. Et plus loin, un drôle de panier d’osier avec des bouteilles en métal kaki, que l’on s’empresse de mettre dans la voiture sous le regard surpris de deux autochtones, un peu plus loin. Passage de la douane italienne… et dépôt du panier d’osier un peu après dans une poubelle. [Nous étions jeunes et bêtes…] Une propriété éphémère et proportionnellement jouissive.

Le repas de jambon cru, de fromage et de vin du Trentino se déroule à Arcumeggia, la ville des peintres, aux alentours de 14 h 30. Du plaisir à l’état pur et comme on a le coup de foudre pour le patelin aux fresques peintes sur les murs, on reste.

Albergo dei pittore, ça s’appelle, et avec ça l’accueil nous incite à rester. [Au 25 septembre 2013, l’auberge était fermée, selon le VareseNews !]

De l’Italie comme on l’aime, de la douceur, de la simplicité, de la nature où poussent les carottes sauvages, avec vue sur un lac dont on ne sait plus s’il est le Majeur ou le Lugano mais qu’importe. Ici, on s’aime alors on se le dit.

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[à suivre…]

Cahiers et carnets – Des voyages – CIT≠ 2

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Italie, la région des lacs (≠1)

Un carnet retrouvé, de la marque Wood & Safety Project, intitulé Eco-pad S, sur la bande rouge qui coupe verticalement la couverture, et qui démarre ainsi :

20 mai 1997 – 11 h 15

Isola Madre, des parfums, des couleurs, des cris de paon, des faisans blancs et noirs, des salons de pierre, des roses parme, orange, blanches, des marguerites jaunes dans des vasques romaines, des Allemands en famille, un taxodium de Floride, énorme, devant des massifs encore non identifiés, le Pré du Bossu, pour écrire sur un banc à l’ombre, entourée de chants d’oiseaux, de racines phalliques dressées sur la pelouse, le paradis au milieu de l’eau.

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[J’avais oublié ces tentatives de dessiner le détail des fleurs… Oublié aussi d’ailleurs l’année de ce séjour dans la région des lacs. Mais dès que j’ai tourné les pages du carnet, j’ai retrouvé vivant mon émerveillement devant les villages accrochés sur les hauteurs au-dessus du lac Majeur, l’eau bleue de ce lac dans la présence majestueuse des Alpes italiennes, la couleur des façades sous le soleil du soir, et la volubilité des Italiens, le niveau sonore de leurs conversations…]

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En attendant le bateau qui nous mènera à Isola Bella…
Après un repas dans un restau typique où le vin acidulé ne tourne pas la tête,
où les chats se disputent les têtes de poissons,
où les petites filles italiennes se prénomment Elena,
où « le café est un véritable dessert », dixit le bel Italien à ma gauche
où l’artiste locale nous raconte le « raku », procédé japonais de poterie réservée à la cérémonie du thé, précise-t-elle.

« Sur l’île belle, je dis à ma belle que la vie est belle », voilà le refrain que suggère Isola Bella à l’artiste majeur sur le lac du même nom…
Isola Bella. Sur la proue du navire, ils se posent au soleil, face à l’Ile du pêcheur [Isola dei pescatori, donc l’Ile des pêcheurs, en réalité], pour mieux l’admirer. Photo. Une craie orange transforme M. en affreux gamin des banlieues qui tague les pierres pour écrire mon prénom. Photo.

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(Jusqu’à présent je souriais en voyant mes dessins, là, je pouffe. Bien sûr, tout ce que je notais dans l’espoir de m’en servir a dormi pendant toutes ces années dans un tiroir…)

Isola Bella. Isola délire.

Ici les paons blancs ne font la roue qu’une fois. Les propriétaires du palais étaient plus fous les uns que les autres. Des grottes aux coquillages immenses, aux tortues nageantes, aux sirènes aux seins nus [euh… oui… jamais vu de sirènes habillées non plus]. Des tapisseries à la Licorne, emblème des Borromée, et des fauteuils recouverts de Gobelins. Un lustre immense en cristal de Bohême.


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(A l’époque, je brodais avec du vrai fil de soie sur de vrais tissus de lin… Où trouvais-je le temps de le faire, je n’en sais rien, mais enfin, je brodais… Sans doute tous ces motifs étaient-ils destinés à se retrouver quelque part sur un bout de tissu.)

Al caffè Torino, cappuccino et birra. On est reparti d’Isola Bella en se promettant :

• de planter des rosiers odorants rouges si possible à grosses fleurs mais aussi roses, jaunes, blancs…
• de planter des œillets blancs pour le parfum,
• de conseiller aux parents de venir faire une balade dans les îles Borromée l’année prochaine.

 [J’ai attendu de vivre en Cévennes, cinq ans plus tard, pour planter des rosiers odorants. Un beau rosier à fleurs rouges nous attendait ici d’ailleurs ainsi que trois rosiers jaunes. Pas d’œillets blancs… Quant au conseil, il a été emporté par la vie et la mort.]

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(La statue était impressionnante, je me souviens…)

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[à suivre…]

Cahiers et carnets – Des voyages – CIT≠ 1

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