Carnet du jour (9)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mardi 10 janvier
Jour anniversaire (1976). Mais alors c’était un samedi. Je suis retournée place Montparnasse  où l’année précédente tu m’avais emmenée, et de retour à l’hôtel pour une sieste après ce repas arrosé, nous nous étions réveillés trop tard pour que j’attrape mon train vers la Drôme. Emancipée grâce à toi. J’ai revu la tour avec les yeux de mes dix-huit ans. Photographié une fontaine Wallace pour Stef à qui j’en parlais au Spa Mathers, près de Montréal, où une copie trône dans le restaurant du lieu. J’ai passé deux heures à La Marine (Je me répète que Montparnasse est le quartier des Bretons, et j’arrive à supporter ce nom de bar aujourd’hui) où nous étions allés avec les C. après avoir vu Emmanuelle au cinéma du coin ; j’ai commandé une Leffe puis une autre, et comme c’était la happy hour, j’ai eu droit à la double ration sans avoir rien demandé… A notre santé !

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Mercredi 11 janvier
Changer de regard… La solution à  cette « leçon » qui me rappelle que j’échoue systématiquement dans « le juste et l’harmonie » ?

Jeudi 12 janvier
Je me pose toujours les mêmes questions quant à la vanité d’écrire… Et ce qui nourrit l’envie… la vie, les rencontres, les échanges, les frôlements de regards, d’âme à âme, la tonalité d’une voix et même la présence de tombes protestantes sur le chemin de mes ballades, le souvenir du goût de la cerise, du temps accordé au temps, de cette grâce à méditer devant un océan, de l’étonnante mémoire du corps à l’évocation d’un moment de tendre sauvagerie… Est-ce que se tiendrait là le lieu de l’écriture ? Je me nourris de tout. Je me disperse. Je suis de nulle part. Je n’ai pas d’archipel sauf celui de l’enfance et les lieux éphémères où elle m’a portée. Alors, oui, le souffle peut-être vient-il de là, de cette absence de racines, de ce non lieu. Je dois porter en moi le souffle d’un non lieu.

Dimanche 15 janvier
Je dors environnée de petites poupées de porcelaine. L’amitié console de tout.

Lundi 16 janvier
Elena Ferrante et Les jours de mon abandon en gare de Nîmes. La banalité du thème me vaut quelques sourires. Dans le train du retour, j’ai manqué la photo de cet avion, énorme, qui en pleine descente, volait entre le haut de la vitre du train et un fil électrique au premier plan. Regretté mon manque de réactivité. J’ai contemplé, c’est tout. (Je devrais dire, c’est bien.)

Vendredi 20 janvier
Me laisser tomber dans la situation, comme le préconise François Roustang, psychanalyste et philosophe.

Carnet du jour (8)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

2017 – Le 3 janvier
Anniversaire triste de la mort de Sylvia. Et toujours là sa page FB…
Visite surprise de B., je l’emmène à l’atelier. Belle soirée. Dormi tard dans l’après-midi, toujours sous le coup du décalage québécois. Et à une heure du mat’, en pleine forme… Pas d’inquiétude majeure quant à l’avenir proche qui se dessinera comme bon lui semblera. Je suis dans une attente sereine. Me détache doucement de mon affection pour cette maison. Peut-être même j’en souligne à dessein les défauts… On a les boucliers qu’on peut.

Le 4 janvier
Atelier au GEM ce mercredi. Je pensais en roulant à ce projet de transcription de mes « ateliers de campagne », à dire la nature dépouillée de cet hiver entamé dans un froid tout relatif (je suis rentrée de Montréal où la température a frôlé les -25 °C), les châtaigniers décharnés et gris dans le bleu pur du ciel, la route du causse traversé et retraversé durant 15 ans maintenant et dont je ne sais pour combien de temps encore. Je voudrais cette année positive, engranger de beaux et bons souvenirs. Pour aujourd’hui, ce serait l’appel de A. et la demande de S. de publier dans son journal d’atelier mes haïku sur les nuages !

Le 5 janvier
Je lutte contre moi-même pour ne pas céder à la tristesse. Au catalogue des réalisations du jour, plein de choses parmi lesquelles la balade sur le chemin de la Combe dans le froid de l’après-midi qui m’a revigorée ; les jambières terminées pour Stef, le grand ménage en bas et la préparation de ma valise pour ma virée à Paris. Je n’ai cessé de chasser mes mauvaises pensées, quand l’une revenait, je me rappelais à l’ordre. Prendre soin de soi c’est aussi se garder la tête « propre ». Au chapitre des objectifs atteints, le vase communicant enfin posté sur le blog dans l’attente de sa publication demain matin.

Le 6 janvier
Je renonce ce soir à écrire le 3e atelier de François Bon. Mon idée de cour du Gem de Mende ne conviendra pas, je ne peux y retourner avant 15 jours et j’ai déjà perdu suffisamment de temps entre la grippe et les soucis d’ordinateur. Dans la série « soyons positive », je retiens de ma journée cette balade à l’invitation d’E. sous le soleil et dans le froid vif de l’hiver, mon mal de tête du matin a persisté malgré ce grand bol d’air pour se maintenir jusqu’à ce soir. Séquelle de grippe ? Dès demain je m’adonne au nettoyage de la cave. Et comme Sam ne viendra finalement pas me rendre visite, je commencerai mes publications pour reprendre un rythme de croisière…

Le 7 janvier
Après la petite voix qui m’invite à me fier à mon inspiration et mon intuition pour prendre mes décisions, je pense à cette autre voix (celle de B.) qui a l’art de parler sans se tromper sur un certain nombre de choses… Il fait très froid ce matin et je n’ai pas le courage de trier la cave… Je ne serai pas là samedi prochain et je vais commencer à perdre du temps ! Allez, j’écris pour FB et je m’y mets avant la fermeture de la déchetterie.

Le 9 janvier
Aspirer au meilleur pour le voir advenir. Le genre de pensée qui me convient.
Placé la journée sous le signe de l’harmonie dès  8 h ce matin et la méditation guidée par Minnie. Quelle ouverture du corps (et de l’esprit je l’espère !) en retour… Depuis tout a été harmonieux dès le café jusqu’à la finalisation de la valise et mon rendez-vous avec M., notre discussion malgré ma maladresse, puis la route et enfin la gare où j’attends mon train… Journée harmonieuse parce que décidée telle. Une question de regard, comme me le disait Robert Misrahi il y a si longtemps.

Carnet du jour (7)

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Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi… De l’art de cultiver le leurre, disons…

2017 – Le 2 janvier
Levée tôt – 4h45 – parce que le sommeil m’avait fui depuis une petite heure et que me trottait dans la tête ce vase communicant prévu pour… le 6 ! La rencontre (et le silence) seraient mes thèmes, je les ai proposés hier à Huê. J’ai alors remis la main sur Les chemins du silence, de Michel Hubaut, que je lis pour la troisième fois au moins. Une redécouverte, la confirmation de ce que la vie m’a appris encore récemment, je devrais dire « resservi » avec sa patience légendaire. De deuils en ruptures, je comprendrai enfin…
Je tiendrai peut-être ici ou ailleurs les résolutions de l’an 17. A imaginer, à écrire, d’abord. Avec un chiffre pareil, l’année ne devrait qu’être merveilleuse. Y croire avant tout. En occultant les horreurs du monde. Quand je ne peux plus écouter la radio et que lâchement je les évite… Reste mes engagements que je tiens un crayon à la main et la main pour « cliquer »… Quel engagement… pfff.
Avec la conscience de ma petitesse, dans mon carnet de résolutions, il y aura celle d’écrire à la demande de Sylvie une pensée positive chaque semaine. Je pourrais commencer là : dans le silence, partir à la recherche de soi, à sa propre rencontre plutôt, et cette attention à soi, cette tendresse, savoir qu’on la partagera d’autant mieux ensuite. Enfin, ce serait l’idée du jour…
Poursuivre la biographie de mon père. Quelle contrainte pourrais-je bien m’imposer pour y travailler régulièrement ? Je repense à l’enthousiasme de Michaël, rencontré à Montréal, et à son intérêt pour cet homme qui n’avait rien fait de spécial de sa vie (lui ai-je précisé)… Mais j’ai l’enthousiasme communicatif il faut croire. Dans ce que me réserve cette année – et je sais ce qu’il en est pour l’essentiel – trouverai-je le temps ? Oui. Il suffit de le vouloir (me dit ma petite voix).
Et tiendrai-je enfin ce journal de mes ateliers, plus ou moins fictif, enfin, reconstitué, tel que je l’ai imaginé il y a trois ans déjà ? Je continuerai à prendre des notes, au moins, pour le publier plus tard… Il y a aussi l’atelier d’écriture de François Bon, mais cela, je m’y tiendrai. Ma respiration. Marcher avec Eve tous les dix jours, et j’ai intérêt à m’y mettre davantage si je ne veux pas totalement rouiller. Ne pas trop me charger cette année qui sera rude. Les ateliers et ma contribution à diverses choses rempliront mon espace déjà. Vivement que je retrouve mon ordinateur ! Un mois déjà sans cette extension de ma main et de mon cerveau, c’est difficile ! Comme j’aimerais reprendre les enregistrements, les lectures vidéo… Allez, j’arrête de me disperser.

 

Vases communicants de janvier

 

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Plage et lac d’Oka sous la neige de décembre

 

C’est avec grand plaisir que j’accueille ici Huê Lanlan dans cet échange de formes brèves sur le thème de la rencontre.
J’ai croisé Huê sur le net il y a plusieurs mois, découvert son écriture à travers le site des Cosaques des frontières d’abord, puis sur le sien propre http://rencontresimprobables.blogspot.fr/ où, me dit-elle, « c’est la proximité d’avec la vie de l’inconscient qui (la) fait écrire ».
Il s’agit donc d’une rencontre d’écriture, fictive, – certains diront « seulement » – pourtant l’authenticité d’une rencontre ne réside-t-elle pas aussi dans cette proximité qu’engendrent les mots, un texte, qui nous bouleverse tant il exprime notre plus intime ?

Merci à toi, Huê, d’avoir accepté cet échange quelques jours avant la date ultime de ces vases, et d’avoir choisi une de mes photos rapportées du Canada tout récemment.

H bien sûr est Huê, M est Marlen !

H : Chemin flocons
Oiseau alerte
Aimerais tes ailes

M : Vers le ciel regarde ! ~
Parmi les larmes de glace
Tu voles déjà

H : Entre calme et silence
Sillons dans la neige
Où vas-tu donc ?

M : Le sait-on jamais ? ~
A ta rencontre sans doute
Tous mes os me portent

H : Arbres si lourds
Silence si blanc
Attentif au vent

M : Le chant de l’hiver
Dans les branches cabriole ~
Murmure ton nom

H : Froidure brisure
De mots cristal
Au bout du chemin peut-être…

Huê Lanlan et Marlen Sauvage

« Tiers Livre de F. Bon et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants: le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…
Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.“

Sur le blog : Le rendez-vous des vases communicants tenu désormais par Marie-Noëlle Bertrand, vous retrouverez la liste des échanges de ce mois.

Haïku de janvier

Pour Liliane…

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Lavis du matin/Ciel de noir et de blanc/Le jour te salue
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Les bancs solitaires/empreints de mots partagés/murmurent l’hiver
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Je criais en vain/dans l’impasse de l’écho/où rien ne vibrait
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Un coup sur la tête/l’annonce de ton départ/Mais le jour se lève…
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Le chat sur le lit/ronronne de bon matin/les yeux entrouverts
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Les bleus se confondent /dans le port de Sidi-Bou/Jalousie du rose
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Qu’importe le lit/et les nuits sans sommeil/La lune blanchit
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Sur le macadam/ses pas sonnent au rythme/de ses talons creux
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Sur la vitre un doigt/a griffonné dans la neige/Please take care of her!
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Trajet dans la nuit/Direction Monastir/sans une parole
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Serrés par dizaines/les étourneaux sur le fil/ne migreront pas
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Dans les nuages/dès le matin il surfe/sur le vague des pensées
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Les mots du miroir/jamais ne condescendent/à nous rajeunir
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Plus ils gravissaient/la montagne et plus les bruits/d’en bas jaillissaient
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S’endormir le soir/en comptant les souvenirs/tous regrets chassés
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Haïku égaré/dans petits soucis du jour/Minuit va sonner
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Codes oubliés/L’ordinateur infernal/est resté muet
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Flocons de neige/blanchissent la campagne/Sauf une corneille
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Aube frileuse/Dans le poêle les braises/ne rougissent plus
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Campagne endormie/Au loin pourtant la cloche/sonne le réveil
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Café du matin/dans la tasse rose/La journée sourit
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Dans la nuit profonde/bercée par tes mots Cucchi/deux chevreuils dansaient
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Comme il est tendre/le regard de la maman/sur son tout-petit
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Petit carré brun/que l’on croque à pleines dents/par les coins d’abord
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Sous un ciel d’argent/brins d’herbe au garde-à-vous/raidis par le givre
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A peine éveillée/je vois tomber le brouillard/Volets grands ouverts
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Entre nuit et jour/l’aube approche à pas de loup/Les rêves s’enfuient
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A deux le chemin/malgré toutes les embûches/semble plus léger
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Crépitements sourds/la bûche de chêne/se fend de chaleur
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Grains rose grenat/au goût sucré de tes doigts/fruit de mon enfance
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Dehors le ciel gris/nous invite à la paresse/Grasse matinée

Licence Creative Commons

 

Texte : M. Sauvage