Voyage, voyage…

© Marlen Sauvage 2015 – Dans la médina de Tunis.

Une corbeille au pied du bureau. Un cylindre de métal habillé d’étiquettes. Istanbul. Marrakech. Tunis. Amman. Celle-ci, écornée, cache à demi un paysage asséché. Un désert de traces ondulant sur l’ocre rouge, jaune par endroits. On dirait qu’un coucher de soleil a planté ses ors sur cette mer de quartz. Voyage… Dans un sillon tu retrouves le souvenir d’un séjour dans le Wadi Rum et te voilà un chèche immaculé recouvrant ton crâne, escaladant une falaise de grès jusqu’à l’entrée d’une grotte naturelle, secouée dans le pick-up qui te ramène au camp, le visage mangé de sable. Voyage… Un tremblement mélancolique t’effleure puis t’emporte… le mouvement oscillant de la cabane sur le dos du chameau qui te conduit jusqu’à la tente en peau de bête égayée de tissus colorés… Te voilà arrivée dans un espace lunaire, ponctué d’herbes jaunes, sous un soleil accablant. Enveloppée par les youyous de danseuses qui surgissent autour de toi… Des coups de fusil claquent, la mariée n’arrive pas, les tasses de thé circulent, les coussins de soie bleue parsèment le sol habillé de kilims… Les rires et la fête. Ailleurs, le polissage du corps par les mains des femmes penchées sur toi dans la chaleur humide du hammam… Les dessins au henné brun sur tes mains et tes pieds… Les jeunes filles qui t’assaillent en bredouillant ta langue, leurs sourires satisfaits quand tu les félicites. Les robes brodées de bijoux. Les dragées multicolores noyées parmi les amandes et les perles de sucre satiné dans de grands couffins. Les morceaux d’omelette qu’on glisse dans ta main… Voyage… Tu ne t’arrêtes pas là. Ta mémoire hésite et se perd entre souvenir, rêve et désir. Où t’emmènera-t-elle ? Au Sri Lanka tu erres dans les plantations de thé, les temples, les sanctuaires, jusqu’au lagon de Negombo ; à Sigiriya, les ruines d’un palais royal te racontent les enjeux de pouvoir, les complicités factices, la cruauté des hommes. Durant toute la montée des marches, une petite fille t’accompagne, elle lève les yeux vers toi et se colle à ton corps au moment de passer entre les pattes du lion sculptées dans la roche. Encore un détour dans le passé de tes envies, et tu roules sur les pistes sénégalaises, te poses après Diowguel à quelques mètres de la rivière, longes des rizières, salues les paysans. Voyage… A la pensée du Japon, les images ourlent ta bouche, éclaboussent ta voix, tu voudrais partager les rêves de Myôe, la cérémonie du thé avec Kawabata, admirer à l’automne encore le damier des érables rouges et des ginkgo biloba. Ta mémoire hésite encore et se perd… Quel paysage alors ? Quelle promesse, déjà ?

MS

Beauté (19)

brigitte-audibert-sentiment

Le sentiment-paysage  du 9 novembre 2017, par Brigitte Audibert :

« Songez-vous avec moi
A la lune au bord de la montagne ?
Regrettant en souvenir la nuit courte et douce
Où nous nous éveillâmes, au cri du coq. »

Photo : ©Brigitte Audibert
Texte : Journal d’Izumi Shikibu, Journaux des dames de cour du Japon ancien.

A 21, j’arrête !
Quel serait votre « sentiment-paysage » du moment (ou d’un moment…) et quelle(s) photo(s) pour le représenter ? J’attends vos photos/images et/ou textes sur lesateliersdudeluge@orange.fr Merci ! (Marlen Sauvage)

Fin de l’histoire

marlen-sauvage-Ken-Liu

Terminé ce livre d’une centaine de pages sur l’Unité 731, unité japonaise de recherches bactériologiques, qui se livra à l’expérimentation humaine dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945. Ken LIU, écrivain sino-américain âgé d’une quarantaine d’années (dans le genre surdoué), utilise la fiction pour poser la question de la vérité historique, de la valeur du témoignage, de la nécessité de nommer les faits, de la part de l’oubli, volontaire ou inconscient… Ci-dessous, une partie de la 4e de couverture qui m’a donné envie d’emprunter le livre !

« FUTUR PROCHE
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l’observateur d’interférer avec l’objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l’histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d’Etat. »

Traduit de l’américain par Pierre-Paul Durastanti
Editions ©2016, Le Bélial, collection Une heure-lumière.