Petits bonheurs (187)

C’était un arrivage de photos floues, revendiquées comme telles !

J’ai déjà parlé de ce jardin magnifique, où je n’ai cessé de respirer le parfum des roses et de l’air du temps, c’était en juin dernier, chez Claude, qui nous fait profiter donc de son regard tremblé (mais ça s’arrange !). Merci Claude !
MS

Carnet des jours (39)

Photo : Marlen Sauvage

La vie a repris son cours, presque comme avant. Du monde dehors, oui, beaucoup de voitures, quelques magasins ouverts sur la place, mais des masques omniprésents dans les rues et l’entrée dans certains magasins limitée à 10 personnes. J’ai passé la journée d’hier au jardin avec mon voisin et sa grande fille. Comme nous sommes tenus d’y aller un jour sur deux, les parcelles étaient peu fréquentées, mais nous étions heureux de nous saluer et d’échanger à distance avec les quelques jardiniers présents. Ce fut une vraie joie aussi de remettre les mains dans la terre, de repiquer, arroser, tuteurer… Après cinq heures et demie de travail intense et une bonne douche, je sentais revivre mon corps, et quelle re-découverte !

Ce matin au réveil, les nouvelles de Guyane m’apprenaient qu’un confinement était de nouveau envisagé… à peine celui-ci vient de se terminer. En cause, le Brésil proche dont le gouvernement n’a pris aucune mesure pour enrayer la pandémie, menaçant même les travailleurs de ne pas être payés s’ils ne rejoignaient pas leurs postes… « Et à la frontière avec le Brésil, côté français, à Saint-Georges, bien qu’il soit interdit de passer la douane et de venir à Cayenne, les gens circulent… C’est une passoire ! », m’explique Prèle.

Depuis mon dernier journal, deux jours avant la fin du confinement, j’ai été fêtée le 10 mai par ma fille québécoise puisque la fête des mères tombait ce jour-là dans ce pays. Avec une invitation à écouter des lectures engagées d’un collectif intitulé Mères au front, qui proteste en l’occurrence contre l’inaction politique face aux bouleversements climatiques, et à rejoindre le mouvement si l’avenir de nos enfants et petits-enfants (ou celui de la planète tout simplement) nous préoccupe. J’ai signé bien sûr.

J’ajoute une grille de santé mentale (ah ! ah !), venue tout droit du Québec itou… pour se tester hors confinement et en confinement si nous devions y retourner…

MS

LE jardin

« Une histoire ? Du solide, du tangible, comme un pot avec deux anses, fait pour être saisi, fait pour boire dedans ? »

Ma lecture du matin… celle de Christa Wolf (Aucun lieu nulle part et 9 autres récits (1965-1989), arrêtée en pleine vision, celle d’un jardin, « LE jardin », écrit l’auteur*.

…arrêtée par quelques coups à la porte, mon voisin de palier m’invitant à venir visiter les jardins familiaux dont une parcelle vient de nous être attribuée par la commune. Après le bonheur du jardinage en Cévennes durant quinze ans, j’avais abandonné l’idée de tout jardin, ce refuge de la pensée, dès mon arrivée dans la petite ville de Nyons.

Avant d’attraper mon appareil photo, je poursuivais ma lecture :

« Une vision peut-être, si toutefois vous comprenez ce que je veux dire. Depuis que nous le connaissons, cela ne fait d’ailleurs que trois ans, il n’a jamais pu montrer ce dont il est capable. Il apparaît aujourd’hui qu’il ne rêvait ni plus ni moins que d’être un jardin verdoyant, luxuriant, sauvage, exubérant. L’archétype du jardin. LE jardin. »

Drôle de coïncidence, la visite du jardin ce matin et ma lecture. Car j’en avais oublié la date et parce que je me suis procuré ce livre de Christa Wolf à la médiathèque il y a quelques jours.

A l’approche des cabanons, des parcelles, je ne tenais déjà plus en place. L’appel de la terre, l’appel du jardin ! Envolées mon apathie des dernières semaines et ma mélancolie ; des courges rondes orangées, des fleurs d’automne, des blettes, des sillons tout frais me rappelaient mes joies passées !

Avec la découverte de Christa Wolf (merci François Bon) et sa poétique du quotidien, je retourne à la vraie vie, les deux mains dans la terre, agréablement partagée entre rêve et réalité, entre réel et virtuel, puisque déjà je pensais à dire ici ma joie du jour.

Notre parcelle…

* Pour ma décision de ne plus féminiser les noms, vous pouvez vous référer à l’excellent article d’Audrey Jougla, dont je partage le point de vue à 100 %.

Matin clair

Ce quotidien qui réconforte, petit-déjeuner sous le soleil chaud déjà, il est 8 h ce dimanche ! (Pour Chris, le morceau de ciel bleu !)

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Quelques fleurs encore colorent les bosquets, des roses « entières » – parfumées – et j’en fais le tour, comme souvent le matin.

marlen-sauvage-rose marlen-sauvage-roserose marlen-sauvage-rosejaune marlen-sauvage-roseblanLe millepertuis n’a plus qu’une fleur vaillante. D’un jaune éblouissant, elle défie le soleil.

marlen-sauvage-millepIl reste aussi ces plantes de rocaille, la vigne vierge en flamme, et ce brin de lavande qui sent encore si bon.

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Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

Texte et photo : M. Sauvage

Pensées de jardin

toujours laisser un espace suffisant entre deux plants pour sarcler sans risquer de les abîmer
toujours respecter et faire respecter son espace sacré
ne pas s’inquiéter du pied de poirée qui s’est avachi il se redressera à temps pour pousser
laisser tomber les bras de temps en temps et les épaules aussi respirer
accueillir le liseron qui vient s’enrouler sans répit pour la plante le dérouler doucement avant de l’arracher
reconnaître ses travers intimes les contourner par surprise et rire de soi
gratter la terre avec enthousiasme sachant qu’on recommencera demain saluer la ténacité de la nature
engager la même énergie dans la vie apprivoiser ses fêlures jouir de notre présence au monde

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Le carnet rouge à spirale [≠ 8]

10/03/11
Rupture : l’irruption d’une pensée parasite dans un mouvement vers l’oubli et la sérénité.
(…)
Après le dépôt des bagages à l’hôtel Baudelaire, pot au café des Phares, le premier café philo, Marlen, tu te souviens ? Sous le soleil, on écrit une carte colorisée (des femmes en maillot de bain sur les Champs Elysées), on épluche le Pariscope. Devant moi la colonne de la Bastille et l’Opéra. J’avais oublié les carreaux de Paris. Rides. Elles creusent le visage plus qu’ailleurs me semble-t-il. Peut-être la lumière parisienne ou l’insidieuse sensation que l’âge s’empare des corps à leur corps défendant (…).

(…)
Doisneau parlait des photographes comme des voleurs d’images.

Tout fait signe [je pense à H. Piékarski… relisant cela] et la première image que je rencontre au musée de la photo est celle des amants, dans le collage de Prévert. Brassaï et Prévert dans les rues la nuit, clichés de Brassaï, collages de Prévert, pour les maquettes de ses éditions de poche.
Trauner, Prévert. « Décors de Trauner, architecte de l’imaginaire, de rêves de platras de lumière et de vent », dit Jacques Prévert. Chef décorateur de cinéma, Hongrois. Trauner (1904-1993) a signé les décors des films dont Prévert écrivait les scénarios. Drôle de drame, Les enfants du paradis, etc.

Je ne vois plus rien, j’ai toujours le cœur à l’envers, pourtant je suis devant des œuvres de Prévert.
Texte de Prévert où il est question d’un homme et d’une femme, chacun pense à un monde aujourd’hui disparu. A retrouver [ai-je mentionné, sans jamais en avoir pris le temps (jamais relu mes notes ! d’ailleurs elles sont illisibles. Pourtant cette expo Prévert était un voyage… Un voyage vers la paix, qu’il espère faire avec Brassaï après voir vécu l’exode avec lui.)

« Le jardin reste ouvert pour ceux qui l’ont aimé. »
Jacques Prévert

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Un Zap book jaune [≠ 22]

2 janvier 2003
Entretemps, nous avons découvert et acheté la maison de Noé (le 29 mai) pour y emménager le 16 septembre 2002. Depuis nous avons accueilli la famille, les amis, nos plus proches voisins venus nous souhaiter la bienvenue un soir d’octobre ; et ceux du Mas Vallat.

Suivent des résolutions [c’est une vieille habitude…] reprises le 10 janvier 2003 sur une association à créer, un jardin à envisager, etc.

Je dis à M. alors que nous dînons devant le poêle : « Regarde la caverne ! » Il me répond : « C’est la caverne d’Ali bois bois ».

[Ces petites choses qui me font encore rire aujourd’hui… Nous passions des soirées entières à admirer notre tout nouveau poêle Gaudin, nous émerveillant des sculptures de feu, des couleurs – orange, rouge, bleu – de la chaleur… Hippolyte, le chat noir qui avait élu domicile chez nous, s’installait près de nous, s’étirant de façon à toucher l’un et l’autre. Nous n’avions pas de télé et c’était le bonheur !]

« Il est sans cœur… »
« Sans cœur et sans recroche. »

[Je transcris au fil des pages de ce Zap book jaune, sans les relire auparavant. J’avance donc en même temps que vous, chers lecteurs qui me faites l’amitié de me suivre. C’est une vieille habitude pour moi de noter les jeux de mots, les loupés de langue de Marc, élevé dans une famille italienne où la syntaxe parfois défaillait à souhait. Je suis sûre que c’est de là qu’il tient cette facilité à jouer avec la langue.]

« Duchamp faisait un pied de nique à l’art » [Qu’est-ce que je vous disais !]
« Tu es le César verbal, tu fais de la compression », lui répond un ami…

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