Trois cuisines

Photo : Marc Guerra

Elle l’appelait la maison jaune. De jaune, il n’y avait que la cuisine, et encore, aucun mur coloré, seulement des meubles en Formica jaune poussin. Une table rectangulaire aux pieds en métal noir – à deux rallonges que l’on tirait le dimanche lorsque la grand-mère recevait l’une de ses filles, ou une sœur et sa famille, pour déguster un poulet rôti, quelques pommes de terre sautées et une savoureuse tarte au sucre ou à l’abricot –, une table où la petite prenait place indifféremment durant la semaine pour les repas, toujours longs et ennuyeux, durant lesquels elle balançait ses jambes trop courtes au rythme de la mastication des aliments. Un buffet haut à six portes, jaune aussi, rassemblait la vaisselle du quotidien et le stock d’épicerie. Tout cela existait dans son souvenir comme « la maison jaune » et occupait une place à part. C’était d’abord sa première maison, celle dont elle parvenait à retrouver quelques images issues de sa seule pensée, quelques sensations originelles qu’elle saisissait de toutes les fibres de son corps quand elle plongeait dans le passé. Une cuisine, une cave, une chambre, une rambarde d’escalier. C’était la maison de la tristesse enfouie, la maison des petites histoires de la jolie tante aux yeux noirs, à la taille fine et aux tenues élégantes, de la mémé courageuse et gaie. Et dans la monotonie du quartier aux bâtiments de brique sombre, la cuisine jaune éclairait tout : le ciel bas et blanc, le sol de la cour et ses hauts murs, la grisaille de l’hiver ; elle fardait de lumière sa mélancolie. Dans son souvenir, le sourire de sa grand-mère se tenait dans un univers jaune. Dans la cuisine jaune démarrait vraiment son enfance.

Tu peux à grands pas retourner dans ta mémoire et t’arrêter là, dans cette cuisine rectangulaire au carrelage patiné par les allées venues, où se côtoient à jamais la table ronde, le long buffet en chêne foncé, la cuisinière à bois, la malle peinte en blanc où l’on entreposait les bûches. La pièce profonde est mal éclairée par deux fenêtres étroites qui ouvrent sur le champ à droite de la ferme, un clair-obscur entoure toujours les scènes que tu te remémores ; dans le fond, sur la gauche, le cellier où pendent les charcuteries maison, où s’affinent les fromages, où les paniers débordent d’œufs frais, tandis qu’à droite, la salle de bains brille de toute sa faïence, blanche comme à ses premiers jours. Sur la toile cirée, un cendrier rond, vert bouteille, surmonté d’un chien de plâtre rouge attire ton regard d’enfant. Près de toi, ton grand-père découpe de son Opinel quelques généreuses tranches de saucisson, beurre deux tartines, te propose encore un petit suisse qu’il assaisonne de sel et de poivre, et vous avalez votre petit-déjeuner dans le silence du matin que souligne le carillon. Tout à l’heure, vous irez tous les deux conduire les vaches au pré, repérer les nids de pie, Mirza sur vos talons. Cet homme qui te paraît si vieux n’a que soixante-cinq ans, tu en as huit ; il a commencé sa journée à quatre heures ce matin tandis que tu dormais encore, et t’a réveillée trois heures plus tard avec quelques mots d’allemand appris en Allemagne durant ses années de prison, qu’il prend plaisir à répéter de son accent bourguignon. C’est la cuisine des petits-déjeuners avec cet homme sévère et bon, qui t’aimait sans jamais te le dire, les matins de vacances d’avril où il te racontait parfois quelques anecdotes du passé, hochant la tête comme pour se convaincre lui-même qu’il était bien l’acteur de ses histoires. C’est la cuisine au téléphone de Bakélite blanc accroché au mur, aux sabots de bois sur le paillasson, à la casquette à carreaux accrochée à la patère. C’est la cuisine de ton grand-père.

Parmi tes souvenirs de cuisines, il faut grimper sur une chaise pour atteindre la boîte de lait concentré sucré Gloria sur l’étagère du placard enfoncé dans le mur, un péché de gourmandise qui vous vaudra de ne plus jamais goûter à cette douceur pendant votre petite enfance. Ailleurs, le feu flambe dans une cheminée et tes parents discutent du repas du soir, un samedi peut-être, ils t’enverront chercher à l’épicerie du coin de la rue le cervelas « pour étendre le linge », ce que tu demanderas en tout cas à l’épicière du haut de tes cinq ans… Des quelques cuisines suivantes, tu ne te souviens plus, sauf de celle où l’on mangeait une fois par quinzaine des steaks achetés à la boucherie chevaline installée en face des immeubles du quartier. Dans la dernière maison, la cuisine a changé de place, occupant l’étage les premières années, une pièce carrée, la pierre à évier grise dans un coin, le poêle à mazout où se réchauffer l’hiver, le buffet haut en bois peint, la porte d’entrée ouvrant sur le balcon, la table où vous vous appliquiez le soir pour vos devoirs ; au rez-de-chaussée ensuite, quand la voûte en pierre avait été massacrée par les maçons pour transformer cette ancienne chambre en vulgaire cuisine rectangulaire, aux murs rectilignes, blancs, au mobilier de chêne blond, au carrelage de marbre moucheté d’éclats gris et jaunes. La cuisine au lapin brûlé parce que tu ne l’avais pas surveillé, aux sablés de la grande sœur, au faux Nutella que vous fabriquiez cachées sous la table, aux soirées de spiritisme où vous faisiez tourner les verres, aux longues discussions philosophiques de retour du lycée, aux bols de chocolat chaud, aux œufs en meurette préparés par ta mère… La dernière cuisine.

Texte : Marlen Sauvage

Ce texte appartient à une série de fictions publiées sur le site des Cosaques des Frontières en février 2018.

Le carnet jaune à spirale [En lisant, en écrivant, en mangeant]

Une ancienne cave voûtée dans un petit restaurant de V. Les tables s’éparpillent de part et d’autre le long des murs, laissant l’allée centrale libre à la circulation. L’ambiance est jaune et me rappelle Van Gogh, ce jaune du café d’Arles ; et elle est violette comme les touches de peinture sur l’église d’Auvers-sur-Oise. Les serviettes de table en papier jettent leurs carrés colorés dans la tonalité jaune de la longue salle. Je m’installe à droite en descendant les marches, juste là, près d’une niche dans le mur, éclairée par une lampe au halo diffus, et vous vous installez peu après moi, à gauche en descendant les marches, près d’une niche similaire, éclairée tout pareil.
Un regard, un sourire. Vous êtes jeune, la trentaine, grand, mince, le cheveu en bataille, la chemise bleu profond, et vous jetez négligemment votre veste noire sur le dos de la chaise avant de vous asseoir.
A votre deuxième sourire, je vous adresse la parole. Etait-ce vous qui veniez de tenir ouverte pour moi la boîte à lettres de la Poste, dix minutes auparavant ? Non. Je vous ai confondu avec un autre jeune homme à la même dégaine. Vous souriez encore. Vous me demandez tout à trac si je suis « dans le droit ». J’éclate de rire et, inquiète tout à coup, vous interroge : est-ce que je ressemble à quelqu’un qui ferait du droit ? J’attends votre réponse. Vous ne pouvez avancer un non franc et massif, ce serait en quelque sorte renier votre intuition ; à moins que vous n’ayez posé cette question que pour entrer en relation avec moi ; ou à moins que vous soyez obnubilé par une situation qui ne serait réglée que par « le droit ».
Vous hésitez puis me lâchez le morceau. C’est que vous avez un problème avec votre comptable, vous voulez déposer le bilan de votre petite entreprise et une histoire de factures sans justificatif vous empêche de régler cela rapidement. Comme nous devisons par dessus l’espace laissé libre de l’allée centrale, vite envahi par les clients à cette heure du repas, je vous propose de vous rejoindre à votre table pour poursuivre notre conversation. Je reprends mon manteau, mes lunettes, En lisant, en écrivant, de Julien Gracq, que je dépose dans la niche près de la chemise bleue, en carton celle-ci, tiens elle est assortie à votre tenue, qui contient les papiers du litige et sur lequel je peux lire le nom de votre entreprise “Pasta Nuova”. Vous avez été militaire, engagé pour deux fois cinq ans, mais vous avez quitté l’armée avant la fin de votre deuxième engagement. L’armée comme solution à une scolarité houleuse d’où vous êtes sorti sans diplôme. Vous vous êtes battu dans une de ces guerres où la France envoya ses meilleures troupes, ses meilleurs hommes. Vous avez vu l’horreur, l’absurdité, et vous n’avez rien supporté de plus une fois que vos yeux avaient été ouverts et votre sensibilité écorchée. Vous avez laissé tous les autres dans cette merde, la leur, puisqu’ils l’avaient choisie et qu’ils étaient incapables de se rebeller, de se poser les bonnes questions, de repérer les manipulations, les biais dans les discours.
Vous êtes parti et vous avez ouvert un commerce de pâtes. Des pâtes fraîches. Aux œufs ?
Ah ! non. Juste avant, vous avez réfléchi, ressassé : que faire de sa vie loin de cette deuxième famille qu’était l’armée pour vous. Car vous ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. Le bébé, c’était la camaraderie à la virilité fissurée aussitôt qu’un moment de répit s’offrait après les embuscades, les tirs, les fumées, les blessés et les morts, en face les maisons brûlées, les pleurs des enfants, les gens en haillons, le sable et la poussière des maisons écroulées, le sang, la chair en morceaux, les cailloux en feu. Vous avez abandonné ce bébé tout de même. Et vous avez jeté l’eau, définitivement. Croyez-vous.
Vous ne me dites rien de vos cauchemars. Pourtant ils ont éclairé vos yeux noirs d’éclats de bombes sur le métal des casques. J’ai vu la guerre dans vos yeux. Et j’ai serré mes mains l’une dans l’autre à l’abri de la nappe jaune. Vous avez réfléchi pendant un an, dites-vous finalement, réfugié chez Papa et Maman, ces parents dont vous êtes le fils unique et que vous adorez d’un amour massif.
Et vous avez finalement opté pour les pâtes. Aux œufs.

Un Zap book jaune [≠ 28]

Le 11.03.2006
[Je relate ici le souvenir d’une mauvaise soirée passée chez nous, à discuter avec quelques personnes incapables de s’écouter, et où je n’avais pas su intervenir. Mon impuissance à m’interposer dans une discussion est une vraie tare. L’esprit de l’escalier a ses limites. Marc qui n’a pas ce souci s’était fait « descendre » à chaque argument et tout cela n’a de sens à être raconté brièvement que pour le rêve que je mentionne et que j’avais fait la veille de cette « algarade ».]

[Le rêve]
Nous étions Marc et moi des espions, entrés chez Hitler pour récupérer je ne sais quoi. Marc a le temps de se cacher dans le tiroir d’une commode (c’est très exigu le tiroir d’une commode !) tandis que je me plaque contre une armoire, retenant ma respiration. Hitler rentre et me voit. Il m’embarque et je marche à côté de lui. Il est immense à ma droite. Nous traversons sans doute un camp de concentration. Il est hautain. Je veux lui filer une claque mais ma main n’arrive pas à l’atteindre si bien qu’on peut penser que j’ai voulu le caresser. Je prends conscience qu’on peut m’avoir vue. Je sens de la gêne. Pourtant quand Hitler se penche vers moi, et je comprends qu’il a compris que je voulais le frapper, j’ai peur soudain et je l’embrasse sur la joue( je crois me souvenir qu’elle a l’aspect, le granulé de la peau de Marc !) J’ai honte. Je répète quelque chose comme « juste un baiser ».

[Quand j’étais môme, je rêvais que j’étais poursuivie par des hommes casqués, je grimpais à chaque rêve les mêmes escaliers de béton, et tandis que dehors mes parents brûlaient avec la maison, je poursuivais mon ascension, suivie par des soldats en arme, j’entendais le bruit de leurs bottes, et arrivée sur un balcon sans rambarde, je me tenais au bord du vide sur lequel j’arrivais bien sûr à toute allure. Et là, je me réveillais ! Arghhhhhhhhh.]

Licence Creative Commons

Un Zap book jaune [≠ 25]

2004
[Avant, des notes sur l’anniversaire d’un rendez-vous au café Beaubourg, puis à la Truffe… à Parigi, sur Rouen et le cinéma nordique.]

avril ou mai
Pierre- André Taguieff [philosophe, politologue et historien des idées]
Le progrès a-t-il un sens encore aujourd’hui ?

Suivent des notes sur les critiques théoriques et politiques du progrès [pour un entretien destiné au magazine Dirigeant pour lequel je travaillais à l’époque… Avec au milieu de ce qui reste lisible :]

Espérance : l’homme fait son bonheur lui-même. Une conviction qui vacille avec les dégâts écologiques et industriels. (…) Il ne faut pas diaboliser le progrès, depuis 30 ans on criminalise le progrès scientifique et technique. (…) Tout ce qui est possible n’est pas forcément souhaitable. Dans l’héritage du progrès, qu’est-ce qui est vivant et mort ? Il faut éviter de tomber dans la technologie, aujourd’hui nous sommes dans la technolâtrie ! (…)

Arrêter de penser que l’allongement de la vie est un bien en soi. Abolir le mal : folie qui est l’ombre du progrès.
Message : « désutopiser » l’idée de progrès, la repenser par rapport à l’incertitude, l’indétermination de l’avenir.

[Et le bouquin s’appelait Le sens du progrès, publié chez Flammarion. Ces seules notes donnent l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, mais j’ai le souvenir d’un entretien intéressant.]

J’ai lu « la poésie, une morte de vie » au lieu de « un mode de vie ».
Et à propos de Guillaume Apollinaire : « Il est , à partir de 1913, un artiste fêlé, avec Max Jacob et Picasso » au lieu de « fêté ».

[Déjà vu dans d’autres carnets cette propension à lire de travers… J’ai mis le temps avant de porter des lunettes !]

Le 27 avril 2004
Hantée par le grand vide toute la sainte journée, remplie de néant, comme si d’en haut ou de l’extérieur de moi, j’en contemplais l’intérieur aux parois écartées, écartelées, avec du rien au milieu, et cette sensation de trimballer une coque molle, corps et tête béants.

Nous sommes aujourd’hui le 10 août et les éléments se déchaînent depuis plusieurs heures. Dimanche 8, à 18h15, s’éteignait une lumière, celle d’Annemieke, puisse-t-elle briller ailleurs et vibrer parmi d’autres aussi bienveillantes qu’elle le fut sur cette terre, dans cette vie trop courte.

Du samedi 20 au dimanche 21 novembre
Hippolyte est parti, je l’espère, au paradis des chats. Endormi dans son panier d’osier, pour l’éternité, sans que nous ayons su pourquoi, sans un dernier câlin. Il est enterré dans la clairière de la châtaigneraie, où il avait l’habitude de me suivre.

[C’est étrange comme la proximité de ces deux morts à l’écran me dérange et comme d’une page à l’autre, dans une écriture manuscrite, cela est naturel comme les événements d’une vie.]

Licence Creative Commons

Un Zap book jaune [≠ 24]

Du 1er au 2 septembre (nuit)
Où en suis-je de mes résolutions ? La vie parfois me semble vide, vaine. Arrêter de lire tous azimuts ? Relire les auteurs qui me structurent ? S’engager en chair et en os sans se contenter des aides épistolaires à Amnesty ?

[C’est une interrogation récurrente dans mes carnets, celle de mes lectures, que j’oppose à la « vraie » vie. Conscience de ne pas avoir suffisamment d’une vie pour lire tous les auteurs que je voudrais connaître, et me dire que ce constat n’est peut-être pas essentiel face à tous les engagements qui nous réclameraient… Est-ce fuir la réalité que s’enfoncer dans la lecture ? Enfant, je lisais éperdument tout ce qui me tombait sous la main pour échapper au monde, cela je m’en souviens.]

Aujourd’hui 11 septembre très belle journée commencée par un coup de fil de B. me proposant de travailler sur un projet. Puis appel de J. nous invitant à rencontrer un graphiste. Très heureuse rencontre. Enfin en soirée, appel de DG pour écrire son autobiographie. (…)

[Ah ! le travail qui ravit… Qui nous ravit au temps consacré à soi…]

Le 14 septembre, dimanche.
Retour de Uzès après un superbe week-end où se retrouvaient 150 écrivains. Rencontré Huguette Bouchardeau (…) ainsi que la libraire du Parefeuille (…). Place aux herbes nous avons acheté des plantes, un lantana, une véronique bleue, un citron d’ornement, un platicodon, un cotylédon et un spermoderma.

[J’ai l’impression d’énumérer des maladies de peau… Il ne reste rien de ces plantes. Ce pourrait être un jeu de travailler sur des noms de plantes et d’y associer des maladies de peau… en jouant avec l’aspect de la plante et en lui attribuant des vertus ou des vices…]

De Michel Del Castillo, point. [J’y allais pour lui !]

A propos de la voix
Cette nuit sur Inter, Alexis Vassiliev (haute-contre ou contre-ténor) dit que lorsqu’on chante, le passé ressurgit dans la voix, il transparaît.

[Le 2 janvier j’avais noté (mais non retranscrit ici, pourquoi ?) Ecrire sur la voix : comment la restituer ? Quels éléments « physiques » peuvent laisser imaginer quelle voix ? Absence de la voix.]

[Fin des notes pour 2003, mais le Zap book jaune se poursuit en 2004…]

(…)

Licence Creative Commons

Un Zap book jaune [≠ 23]

31 juillet 2003
Marie Trintignant serait donc morte, en coma dépassé depuis deux jours après les coups que lui aurait porté Bertrand Cantat dans la nuit de dimanche à lundi. Pauvre Marie, si belle et si douée, dont on dit que la relation avec son père était fusionnelle.
Pauvre père, qui est retourné près d’Uzès où il vit, dans quel état ? Est-ce à cause de cette nouvelle que j’ai rêvé de Papa, qui provoquait les plaintes de Maman parce qu’il était malade ?

[J’ai l’impression de lire un compte-rendu dans Le Monde avec tous ces conditionnels… J’imagine que l’on ne savait encore rien de sûr quant à ce décès. Cette mort m’avait ébranlée. Marie rejoignait les 160 femmes tuées chaque année par leur conjoint. Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours ! disait Benoîte Groult. Nous étions allés écouter Marie et Jean-Louis Trintignant lire Les lettres à Lou, en 2002, dans un petit théâtre parisien, le théâtre de l’Atelier, je crois… Un souvenir émouvant tant le talent de l’un faisait écho à celui de l’autre, dans une complicité simple, sans affectation.]

Auteurs italiens (lus, de mémoire) :
Alberto Moravia
Luigi Pirandello
Rosetta Loy
Grazia Deledda
Erri de Luca
Primo Levi
Anna Maria Ortese
Mario Rigoni Stern
Gianni Celati

[J’accumule ce genre de listes dans mes carnets… Les auteurs lus et relus, ceux qu’il me reste à découvrir. Les Italiens, je les fréquente depuis très longtemps. IL faudrait ajouter à la liste Boccace, quand même, et son Décaméron ainsi que Dante, Carlo Cassola (pour Le Chasseur), Silvio D’Arzo, mort prématurément et dont il faut lire Casa d’altri (Maison des autres), Margaret Mazzantini (Venir au monde), Umberto Eco, Dino Buzati, et tant d’autres. J’oublie Carlo Collodi et ses Aventures de Pinocchio, premier livre qu’il m’a été donné de lire, à cinq ou six ans, dans une édition très édulcorée !!! Enfant, je craignais le mensonge par peur de voir mon nez s’allonger… Il me reste à lire dans ma bibli Cesare Pavese, Simonetta Greggio (Dolce Vita, dont on a pas mal parlé quand il est sorti, et quelques autres encore… ]

Licence Creative Commons

Un Zap book jaune, [≠ 15]

[2001]

Le « mana ». Parmi les publications essentielles de Mauss, il y a celles consacrées à la magie et au mana. Je pense aux « mots mana » de Barthes.

[J’avais trouvé un abécédaire sur le net à l’époque qui donnait cette définition de Mana : « notion liée à l’énergie et à la puissance vitale, croyance primitive universelle sous divers noms. Un dieu a pour fonction de distribuer le mana, élément de vie essentiel et n’a de valeur aux yeux de ses fidèles que s’il peut le faire efficacement. Le mana est une notion essentielle du magisme, universel sous diverses appellations, sorte de force spirituelle immatérielle et surnaturelle. Cette notion est liée à un problème d’énergie et de puissance vitale. Un totem, une entité, un dieu, un chamane a pour fonction de distribuer le mana, élément de vie essentiel qui est lié aux pouvoirs magiques. » J’aime bien faire écrire autour des mots mana que l’on cultive pour soi depuis son enfance…]

Je trouve que ça sent bon
Je trouve que ça sent rond
Il lui caressait la fesse gauche, elle était allongée sur le ventre, presque collée à lui.
Il dit L’autre est un inconnu familier
Elle répondit C’est bien quand ça reste comme ça !

[En retranscrivant ce qui précède, je pense aux Etrangers familiers, ce spectacle (créé en 2008), ce collectif de chanteurs et musiciens, avec entre autres Loïc Lantoine et Eric Lareine créé en hommage à Brassens, et je ne suis pas surprise que l’homme de ma vie soit un fan de Loïc Lantoine…]

Licence Creative Commons

Un Zap book jaune [≠ 14]

[Suite du zap book en 2001]

« Tout le blot rassis des vies chétives » in Septentrion de Louis Calaferte.

[Je ne trouve pas de « blot » dans le dictionnaire et n’imagine pas la signification de ce mot.]

Un texte où il n’y aurait qu’un mot sur deux. Tout ce qu’on pourrait mettre entre les mots.

« Ne devrait-on pas pratiquer de la sorte ? Prendre quelqu’un au hasard dans la rue, le faire parler et écrire sa vie ? » J’y avais pensé monsieur Calaferte !

[A douze ans, je voulais être écrivain, et je m’imaginais suivre quelqu’un, l’épier, écrire sur lui… Sophie Calle a fait cela dans Filatures parisiennes. Quant à prendre quelqu’un au hasard dans la rue et le faire parler pour écrire sur lui…]

et encore
« C’est l’ultime fraction de seconde entre vie et trépas qui doit être saumâtre à encaisser. Personne n’a jamais eu le loisir de dire un mot sensé là-dessus. »

[Depuis, il y a eu Les Choses de la vie, de Paul Guimard, adapté au cinéma par Claude Sautet. Est-ce que cela satisfaisait monsieur Calaferte ?]

Allez, séance culture !
…océans de ponant et de levant, les girandoles des verbes, une barbe flavescente…

[J’aime toujours le « beau » vocabulaire…]

Licence Creative Commons

Un Zap book jaune [≠ 13]

Ce que nous ont raconté S et S hier de leur retour de jour de l’An, serrés comme des sardines dans un TGV, places à 100 F, initiative de la Sncf et du ministère des Transports, peut-être et meilleur moment de ce début d’année pour eux, est révélateur de cette part de bonheur qu’ils portent en eux comme seuls les petits événements sont capables de le susciter.

Sept ans bientôt. Je voudrais lui offrir tellement de paroles, de livres, de collages, de pensées pour lui dire que je suis heureuse près de lui, comme au début, mieux qu’au début.

Sommes-nous le 6 janvier 2001 ?
Je viens de retomber par hasard en feuilletant ce carnet sur la page datée du 31 mars. Je n’ai toujours pas appelé Gilbert M. M. m’a dit avant Noël qu’elle avait essayé de le joindre sur son portable et que ça ne répondait jamais. Elle ne savait pas où lui écrire car il a déménagé chez sa fille et qu’elle ne connaît pas son nom d’épouse.
J’ai terminé les portraits de Teresa et Marinette, et de Françoise, je n’ai pas poursuivi l’histoire de Germain et de Jeanne. D’ailleurs Rog’ n’a sans doute jamais été intéressé par l’illustration de cette histoire. Le petit cheval attend toujours mais le portrait de Jane n’attend plus. Je lui ai offert quelque chose qui ressemblait à un portrait à son dernier anniv. Finies les histoires à partir des images de Stef et toujours pas terminé le livre sur Papa.

A noter : les injures du client au Franprix, qui s’en était pris à la caissière et à moi, à propos des femmes : « pas capables de faire des gosses » ou plutôt « obligeant les mecs à les faire », les voulant « pour avoir une baraque qu’elles ne sont pas capables d’avoir toutes seules », ces femmes « qui aiment les hommes musclés »…

[Je me souviens du malaise devant ce type frappadingue qui m’avait agressée parce que disait-il j’étais passée devant lui ou parce que ça n’allait pas assez vite pour lui… Une caricature.]

Licence Creative Commons

Zap book jaune

19 avril 2000
Parce que j’ai entendu cette terrible nouvelle d’un gendarme qui a abattu un homme de 25 ans, voleur de voiture, ce malheureux jour, par derrière, dans la panique dit-on. Parce que j’ai entendu sa femme en pleurs parler de lui comme d’un gentil garçon, père d’un petit bout d’homme de 18 mois, et qui aime tellement les chiens, parce que ce gars-là est du Nord et que cela s’est passé à Lille, j’ai pensé que j’aimerais savoir ce que deviennent ceux qui vivent un tel drame, ceux qui restent à l’extérieur de la prison, je veux dire.
MS