Bon anniversaire, Justin !

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Petit lutin blond
Trotte la main dans la mienne –
Bonheur envolé

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Enfant de printemps
De feuilles rousses ivre –
Chavirent nos rires

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Vole écureuil gris –
Cache-cache autour de l’érable
Justin te poursuit

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La poule caquète
De couleurs se pare
La mini se gare
Près de la fourchette

Texte et photos : Marlen Sauvage
Avec l’aimable autorisation de Justin !

Carnet du jour (6)

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Toujours décalée dans la transcription de ce qui devait être un journal, après avoir dû être le carnet de Rome… Mais revenons-en à ce 17 décembre, où arrivée à Montréal pour une quinzaine de jours, je restai sagement au chalet d’Oka, sur les bords du lac, entorse oblige, et ce sera l’occasion de quelques photos encore de ce séjour familial.

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Au chalet d’Oka, donc, tandis que la neige poursuit son entreprise de revêtement. Le lac est invisible. Quelques skieurs de fond s’élancent, ils ont déjà filé. Derrière moi plusieurs hommes étudient une carte et commentent leur future randonnée, j’aime l’accent d’ici. Mais l’un d’eux est français, probablement, il ne chante pas comme les autres, il parle plat. Ici, certains ne vivent que pour l’hiver et ses activités. D’autres s’enferment et pestent contre le froid.

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Je cherche la contrainte à m’imposer pour écrire cette année, et repense à ces idées d’écriture égrenées dans mes carnets. Il ne me reste plus que 13 jours de haïku à publier. Cette discipline d’un haïku par jour depuis le 1er janvier dernier m’aura convaincue que le plus petit objectif peut aider à tenir jour après jour. Mais terminer déjà ce qui est commencé : les petites fictions à partir de la phrase introductive d’une histoire de Ambrose Bierce, traduite par François Bon (Histoires de fantômes, éditées au Tiers Livre) ; ces secrets de maison publiées sur le site des Cosaques et poursuivre mes productions élémentaires, – comme Valéry je crois nommait les natures mortes –, ou cette biographie commencée il y a deux ans…

Le 19 décembre
Ce troisième jour, visite au Spa Mathers. Un jour, je raconterai l’histoire de cet homme mégalomane et de son corbillard en vitrine… J’y découvre le massage hawaïen Lomi Lomi, pratiqué avec les avant-bras et les poignets dans une ambiance monoï et musique ad hoc, offert par mes filles pour ce énième anniversaire… J’en ressors complètement essorée, après un passage en cabine de neige à -8°C et un jacuzzi à l’air libre par -25°C…

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Le 22 décembre
A la fenêtre de ma chambre, Félix vient me parler. J’admire ce grand chat noir sur la neige tombée cette nuit. Il observe ses traces en rond sur le sol, il me rappelle ce chien de l’enfance, Milou, devenu fou à tournoyer autour de sa queue…

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Le 24 décembre
L’épisode Lomi Lomi suivi d’ablutions par températures négatives, très négatives, s’est évidemment soldé par une grippe déjà sournoisement installée…
Le Père Noël passe encore par ici, même sous les sapins de carton et j’ai retrouvé la joie de  décorer ce petit arbre complaisant avec Justin, quand depuis près de dix ans, aucun Noël ne nous avait réunis…

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Le 28 décembre
Visite à l’atelier de Stef, à Saint-Eustache, dans la même rue que le magasin général de la photo… Nous agençons les tableaux, le chevalet de peintre, l’outillage, dans ce salon de coiffure-peinture (il n’y a qu’ici que l’on voit ça, non ?) que se partageront trois artistes dont une peintre-coiffeuse amie…

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Entre deux tasses de thé, toujours vacillante avec maux de tête et toux persistante, je pars me balader à Deux-Montagnes, près de cet autre lac, si beau en cette saison. Les mouettes se chamaillent au milieu de l’eau gelée, on aurait envie de s’aventurer dans ces nuances de bleu. Un grand-père et sa petite-fille se racontent des histoires sur un banc face au lac. Je ne perçois que le son de leurs voix et le rire de l’enfant.

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Le 29 décembre
La veille de mon départ et de la rencontre avec Eduard, le paysage était toujours aussi enneigé. A chaque course, pelletage et déneigement de la voiture… Je me suis essayé à briser la glace prise sous la neige, avec l’outil adéquat, ce qui n’a pas manqué de m’achever.

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Le 31 décembre
Partie le 30 au soir, je suis arrivée aujourd’hui 31 à 10 h 30 à l’aéroport Charles-de-Gaulle à Paris, où j’erre dans les couloirs, complètement étrangère aux mouvements alentour, fatiguée par le vol. Il y a foule, bruit, tout ce que je déteste. Je finis par sommeiller sur une chaise de bois à la porte annoncée. Après avoir attendu deux heures de plus que prévu, c’est ailleurs qu’il faut embarquer, sans en avoir été avisés… Il est 17h30. Nous quittons Paris…

Pour Justin

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A quoi rêve ton cœur
Quand tes yeux se confondent
avec le gris du ciel
et que tu fixes au loin
l’insaisissable ?

 

Merci à Justin, aujourd’hui 11 ans, qui m’a autorisée à publier ces photos.
Texte et photo : Marlen Sauvage

Licence Creative Commons

Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

 

Sur la route de Justin [ Uckas, 41]

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On peut douter de l’intérêt de garder ce genre de détails de la vie… mais : j’ai la mémoire courte, les dates ne sont pas mon fort. Je me console en me disant que la vieillesse venant, on ne saura pas si j’alzheimerise ou non, j’ai toujours plané au-dessus du temps et des lieux. Mais encore : ces petits bouts de boarding pass me rappellent quelque chose de très précis : les discours de Justin, 18 mois, s’évertuant à nous raconter tout ce qui se trouvait sur le trajet de l’aéroport Trudeau (Montréal) à « sa maison ». Il y était beaucoup question de voitures et de grues, de camions et de pelleteuses… Ces morceaux de carton sont donc plus que le souvenir d’un voyage, ils sont l’évocation d’un moment privilégié entre un petit garçon et moi, d’une connivence inexplicable quand nous nous connaissions si peu, et alors que nous habitions chacun à l’autre bout du monde…

Un carnet kraft à spirale (Uckas)
Texte et image sous licence Creative Commons
Licence Creative Commons

Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 France.

Un petit Moleskine tout noir [≠7]

Notations canadiennes
Montréal, 11 mai 2005

15h25. Au bistro à Jojo, on joue du jazz et du blues. Atmosphère, c’est le nom du magasin « Sports-Plein air » face au bistro, dans la rue Saint-Denis. Comme il fait grand soleil, le Quartier Latin regorge de passants nonchalants. Un camion Garda explose de rouge dans ce cosmopolitisme ultracoloré.

15h30. Au bistro à Jojo, une jeune maman blonde en débardeur rayé bleu marine et blanc boit une bière à même la bouteille. Près d’elle sur la table le biberon de bébé bulle de lait blanc mousseux. Bébé dort dans sa poussette bleue.

15h35. Devant le bistro à Jojo, les gens passent. Des jeunes, étudiants de l’université toute proche, des trentenaires, des vieux, des medium, de small, des large, des extra-large. Ils parlent français, anglais, espagnol. Ils portent des sacs à dos bleus, gris, noirs. Ils sont en débardeurs, en chemises, en T-shirts rouges, bleu turquoise, blancs, jaunes, verts, en short, en bermuda, en pantalon de coton, en jean, en velours, en tissu stretch.

15h40. Devant le bistro à Jojo passe la rue Saint-Denis et dans la rue des voitures de particuliers, des taxis, une ambulance jaune, et une bagnole de flic : 21-10, et une autre, 21-85 au néon bleu-blanc-rouge sur le toit.

15h42. Au bistro à Jojo, un clochard s’arrête, harangue le couple de parents et leur ami au chien roux. Tout le monde rit. Un passant le traite gentiment de mongol et tout le monde rit encore. La barmaid apporte un verre d’eau au mongol qui en met dans sa main pour désaltérer le chien. Alors la serveuse revient avec un verre d’eau juste pour le chien.

16h30. Sur un banc de bois, juste devant l’hôpital Saint-Luc Centre hospitalier de l’université de Montréal (CHUM) où naîtra Justin quelque part entre le 12 et le 23 mai*… Face au CHUM, un dépanneur ouvert 7 jours sur 7. Bière. Vin. Un hôtel, le Bristol, au n°1099. Un restaurant au 1117. Un club Voyages, et, en jaune, un dentiste qu’on peut joindre en cas d’urgence au 288 XX XX.
*j’avais d’abord écrit le 17 mai comme une injonction secrète entre Justin et moi, pour l’inciter à choisir ce jour-là de la naissance de son arrière-grand-père maternel.

[Je me souviens avoir été choquée par cette appellation de « mongol », et du fait que tout le monde ait éclaté de rire en même temps. J’ai pensé que nos cousins québécois dans ce bistro au moins, étaient d’une autre culture, peut-être. Car tout se faisait dans la bienveillance, celle qui endort, celle qui me laisse toujours aux aguets.]
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