Un été à La Motte (2)

Un petit tour dans les environs de La Motte, pour apercevoir les Trois Becs alignés (photo de gauche), ces sommets – le Veyou (1 589 m), le Signal (1 559 m) et Roche Courbe (1 545 m) – qui trônent dans le massif de Saoû. Long de douze kilomètres et large de deux kilomètres, ce massif est le plus grand synclinal d’Europe : un pli d’une couche géologique de forme concave, en forme de cuvette. Ici, on trouve une flore et une faune exceptionnelles – sangliers, loups, bouquetins, cerfs, chevreuils et chamois…
J’avais entendu parler des Trois Becs dans un film très émouvant, Et je choisis de vivre, de Nans Thomassey et Damien Boyer. Il raconte le parcours d’une jeune femme qui vient de perdre son enfant d’un an, et qui découvre cette région de la Drôme où elle rencontre durant son ascension diverses personnes venues partager leur expérience du deuil. C’est à la suite de ce film que j’ai décidé de concrétiser le projet très ancien de me former à l’accompagnement en soins palliatifs. Et depuis ces images superbes, je souhaitais voir « en vrai » les paysages du film. Je n’ai tout vu que de loin, mes photos sont ratées, prises un après-midi caniculaire. J’en publie quand même deux, j’ajoute celle d’un photographe, qui donnera une idée du paysage. Et je ne désespère pas de marcher à l’automne dans cette montagne…

La photo du pro ! @photorandovercors.fr

Les orages à La Motte ne font souvent que passer, on entend tonner derrière les sommets alentour, espérant quelques gouttes, mais le ciel est avare en cet été 2020… Ce soir-là, il nous a tout de même gratifié d’un double arc-en-ciel et d’un lumineux embrasement avant la chute du soleil derrière les montagnes.

Texte et photos : Marlen Sauvage

Un été à La Motte…

Le village de La Motte Chalancon, je l’avais adopté à ma première balade… Y avais visité quatre maisons, décidée à m’installer là après les Cévennes, parce que les montagnes, les sentiers de randonnée, le lac… Et puis le stupide accident de parcours, les genoux en vrac après une mauvaise glissade, et j’avais abandonné l’idée d’une vie dans un patelin éloigné de tout ou presque. Trois ans plus tard, j’y reviens à cause d’une rencontre – c’est à quarante minutes de Nyons – et je ne me lasse pas des paysages et de cette ruralité apaisante. Là, je me sens en accord avec moi-même, revenue à ce qui me paraît essentiel.

Après une virée dans des gorges étroites où les arbres poussent à même la falaise, perpendiculaires à la roche, où l’on peut admirer le vol des vautours, arrêt dans le jardin de T. Je n’y fais rien, assise sur une chaise qu’il a placée à l’ombre, je l’observe prendre soin des tomates, arroser ; je me contente d’admirer la nature autour de moi, les sauterelles sautillantes, les carottes sauvages qui s’agitent sous la légère brise de l’après-midi, les nuages immaculés et la trace des avions. C’est le repos de l’esprit, l’intime sensation de faire corps avec les arbres, les herbes, le ciel, et d’avoir croisé un chemin qui mène à la sérénité.

Texte et photos : Marlen Sauvage