Le mot secret, par Monika Espinasse

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Monika Espinasse

Piano

Instrument de musique à clavier, touches et pédales. Instrument de plaisir ou de torture.

Un grand piano à queue couleur acajou occupe un quart de la pièce, encombrant, mangeant l’espace, attirant la poussière. Inévitablement décoré d’un napperon blanc brodé et d’un vase à fleurs posé dessus. Voilà pour les présentations. 

Mon premier piano. Mais ça, c’est juste un aspect, ce que tout le monde voit. Moi, je vois les touches blanches et noires, le lourd couvercle levé, la partition calée dessus, les pédales obéissant au pied, et je sens l’âme, j’entends le timbre clair, les accords puissants, je sens mes doigts maîtriser les octaves, les arpèges perlés, les notes qui dansent, je me perds dans les sons… on m’a mise au piano à sept ans et c’était le bonheur. Malgré les leçons arides, malgré les tentations d’évasion, le piano m’a toujours comblée. Accompagnée dans ma vie. J’ai quitté le grand piano à queue que j’ai pu remplacer plus tard par un petit piano droit rouge corail, des regrets pour le son plus petit, moins universel, mais je n’avais ni la place ni les moyens pour un piano de rêve. Il valait mieux revoir les partitions, la technique, les morceaux que j’avais maîtrisés intégrés et c’est ce que j’ai fait. Exercices journaliers, je m’y tenais, tous les jours, à 14h pile, la porte ouverte sur le jardin, personne pour me déranger, me gêner dans le jeu, car je jouais pour moi, pour moi seule. Il n’y avait que les fêtes de Noël de mon enfance qui me demandaient une prestation devant la famille. Comme au concert. Assez bonne maîtrise. Perdue pendant vingt ans. Retrouvée. Et puis reperdue. Beethoven, Schubert, Chopin et d’autres attendaient et mes doigts se perdaient. Ma petite fille a exigé des leçons, non, je veux que avec toi ! nous avons appris la lettre à Elise. Et puis la vie nous a happées à nouveau, éloignées du piano. Au dernier Noël, elle m’a offert une partition, difficile, les nocturnes de Chopin. J’avais perdu jusqu’au solfège. Il faudra tout revoir. Chopin attendra.

Autrice : Monika Espinasse

Le mot qui cogne, par Chrystel Courbassier

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Chrystel Courbassier

POISON

Tout ce que je ne dis pas, ce que je ne dis à personne…

Il est là, bien présent, 

Toujours là, imminent

Il est dans le fruit, la nostalgie, les habitudes

Il est dans les mots

Pesant et toxique

Il te ronge, corps et âme, 

Il fait mal, il détruit

Tu le chasses, il revient

Sans cesse, il revient

Te persécute, t’empoisonne, t’emprisonne

Te donne envie de vomir

D’en expulser la substance

Poisseuse et liquoreuse

Envie de tuer son empreinte en toi

D’effacer toute trace,

D’en finir avec son essence sirupeuse,

Son goût douceâtre,

Amer et âpre

Il est en toi

A petit feu, il te tuera.

Autrice : Chrystel Courbassier

Le mot du livre, par Monika Espinasse

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Monika Espinasse

Nourriture

Nom féminin, mot de quatre syllabes en comptant le e pourtant muet, mot sans musique, je ressens juste une cadence, un rythme souligné par les roulements des trois r…

Le Petit Robert décline : « ce qui entretient la vie d’un organisme en lui procurant des substances à assimiler »

Eléments essentiels pour la vie, substances pour la subsistance, la survie, la perpétuation de l’espèce, la base de l’alimentation de survie peut être trouvée dans la nature, il suffit de se rappeler les conditions de vie des premiers hommes de l’histoire, cueilleurs, chasseurs, puis éleveurs, agriculteurs.

La nourriture besoin a évolué dans l’histoire, plantes, graines et fruits, ajout de viande crue, puis cuisson dans le feu, confection de pain…avec les siècles, les recettes se sont étoffées, compliquées, les aliments se sont diversifiés, les hommes sont devenus exigeants, gloutons, les menus sont devenus riches, voluptueux, les utilisateurs sont devenus consommateurs, ceux qui avaient les moyens se gâtaient sans gêne – on pense à Marie-Antoinette qui conseillait aux gens de la rue la brioche pour remplacer le pain – le peuple survivait, les riches se gavaient, la nourriture comme classification, aux pauvres le basique, le strict minimum, aux riches les plaisirs et excès.

Mais laissons là l’histoire, revenons à notre nourriture. Nourriture besoin et nourriture plaisir. Car le plaisir peut se trouver aussi dans un plat tout simple, une purée maison peut être une fête, une omelette mousseuse un régal. Pas besoin de champagne et de caviar pour être heureux. Et les recettes se développent, se rajoutent, se passent de famille en famille, de livre de cuisine jusqu’à internet, chacun trouve ses plats et ses ingrédients, le savoir-faire de maison est à nouveau prisé. Les souvenirs d’enfance nous imprègnent, saucisson de la ferme, patates à la poêle, crèmes douces et sucrées. Les voyages nous révèlent de nouveaux plaisirs, des goûts différents, italien, espagnol, mexicain ou thaï, on retrouve tout chez soi. Nourritures terrestres oh combien agréables, nécessaires au plaisir de vivre.

Nourritures terrestres, un thème que André Gide a embrassé, évasion lyrique, réflexion sur la vie, ses besoins et ses joies. Glorification du désir et des instincts ou apologie du dénuement comme il se plaît à le dire dans la préface, en tout cas une profusion de nourriture, un inventaire passionné de ce qui se voit, se regarde, s’entend, s’écoute, se mange, se consomme, tout ce qui peut satisfaire les désirs les plus secrets.

Nourriture à profusion, l’esprit en exige aussi, une fois que la panse est satisfaite. Je lis, tu lis, ils lisent, les livres appartiennent au bien-être, les tableaux de maître procurent une satisfaction intense, la musique nous transporte autant qu’une douceur chocolatée. Des notes égrenées dans l’air, des accords puissants qui remuent jusqu’au fond du cœur.

Des voyages qui nous nourrissent, des rencontres qui nous animent, des paysages qui nous apaisent, chacun ressent ses besoins, cherche ses plaisirs, trouve ses aliments de survie, terrestres, spirituels, à chacun ses émotions, ses saisons, son espoir, son jardin. A chacun la mesure de son bonheur.

Codicille : à revoir en personnalisant (exemples, recettes à développer, déclinaisons…)

Autrice : Monika Espinasse

Maternité, seule la femme, par Monique Fraissinet

© Marlen Sauvage 2021– Saint-Laurent-de-Trèves (Cans-et-Cévennes)

Texte issu du stage d’écriture à La Ronceraie, en Lozère, mai 2022. Autrice : Monique Fraissinet

Maternité, un mot qui résonne comme la vie qui va en découler, les premiers battements du cœur de l’embryon. Des hommes en majorité ont voté. Ce matin la radio donne à entendre les résultats des votes du Parlement de l’Etat de l’Oklahoma qui a adopté une loi interdisant l’avortement dès la fécondation. Ce sont les hommes qui amorcent la vie future, avec un consentement ou pas, et c’est eux qui viennent ici par leurs bulletins s’exprimer majoritairement pour décider qu’il sera dorénavant impossible pour une femme de se faire avorter. Est-ce qu’ils se mettent à la place de celles qui vont supporter coûte que coûte ce qu’elles ne désirent pas. Ils craignent quoi ces hommes, que la justice divine leur tombe sur le coin du bec, il est vrai que dans cet immense pays le Président jure sur la Bible…. 

Ils ont voté en leur âme et conscience. Sitôt la loi votée, dans les rues des majorités de femmes approuvent, se réjouissent et soutiennent cette décision.

Convergeant vers le Parlement, d’autres femmes et hommes manifestent leur mécontentement, crient haut et fort des slogans faisant savoir que c’est à elles et elles seules qu’appartient le choix. 

Les médecins, les politiques s’en mêlent, il y a crime, passible de la prison et gare à vous Mesdames qui choisissaient de ne pas porter jusqu’au terme l’enfant conçu. Conçu quand ? comment ? voulu ? pas voulu ?

Vous représentantes, représentants et membres du Parlement qui brandissez la menace de la prison, concevez-vous qu’un enfant puisse naître dans un climat propice quand il n’a pas été voulu ? Que faites-vous également de l’avortement thérapeutique ? 

Maternité, seule la femme. Vous faites abstraction du corps et de la vie des femmes embourbées qu’elles seront dans un tas de difficultés insurmontables pour diverses raisons et qui vont, en même temps, accumuler des souffrances indicibles et des traumatismes durables. C’est interdit parce que c’est mal ! J’y reviens ! C’est mal pourquoi ? C’est mal pour qui ? Pour vous toutes et tous qui craignaient pour le salut de votre âme !

La science et les consciences avaient fait bien des progrès, maintenant on régresse.

Hypocrisie, menace sur la santé des femmes qui n’auront pas d’autre alternative que de franchir le cap de l’avortement clandestin au risque de leur vie et de leur santé.

La maternité nous voulons la vivre selon notre choix. Nous sommes femmes, nous serons mères si nous le désirons.

Autrice : Monique Fraissinet

Le devoir des sœurs Gobert

Disgrace Evasif Vigoureux Otage Illimité Rayon

Il n’y avait pas le moindre otage à dénicher dans un rayon de cinq cents mètres.
 Le dab avait été évasif, pingre sur les détails, mais mon temps n’était pas illimité, je devais agir vite si je ne voulais pas revenir bredouille et tomber en disgrâce. Il m’avait connu plus vigoureux à l’ombre, mais de l’eau avait coulé sous les ponts…

Frida Gobert

Photo : Marlen Sauvage-Guerra

 

Droit Eleve Vide Or Intrus Réaction

Sa réaction fut violente lorsqu’il s’aperçut que son meilleur élève était un intrus.
 Il allait lui remettre la médaille d’or quand il comprit que son dossier était vide et qu’il n’avait donc pas le droit de participer à la compétition. La déception était grande…

Wanda Gobert

La Pommade d’Héloïse

Pieds Omoplate Mon Maquillage Arbre Douche Electrique

Je me lavais les pieds lorsque j’eus mal à l’omoplate droite. Je pleurais de douleur et mon maquillage coula. Un oiseau m’entendit et s’ envola de l’arbre de mon jardin. Je refis couler l’eau de la douche.
Et alors poum !! une panne électrique !!!!

Photo : ©Stéphanie Heendrickxen

Chat, Véronaise

Course Hotte Agité Tordu

Le vieil homme tordu déambulait dans la ville.
Quelle misère de le voir avec sa hotte vide sur le dos, agité par des soubresauts.
Les chenapans l’avaient contraint à une course folle et il arrivait difficilement à s’en remettre.
Encore un noël de gâché !

Photo : www.paperblog.fr

Repos, Véronaise

Respire Eveil Pluto Origami Salsifis

Elle avait tous les sens en éveil lorsqu’elle faisait ses fameux beignets de salsifis.

Sa deuxième passion était de faire des « Pluto » en origami, mais voilà longtemps qu’elle ne s’était laissée aller à cette activité.

Il faut dire qu’elle ne respire pas la santé, la sorcière du bois fleuri !

Photo : orserie.fr

La musique de Patchimo

MUSIQUE

Maman Urgent Soirée Interminable Quelconque Utrillo Eléphantesque

Il est urgent que je me repose, même Maman le dit !  Je ne sais pas comment j’ai survécu à la soirée d’hier dans l’état où je suis  : en plus de supporter mon voisin de table et ses interminables théories sur Utrillo, il a fallu que j’écoute sans broncher ma belle-mère pleurer la mort de son dernier chiwawa, une miniature assez quelconque dotée d’une bêtise éléphantesque et de cordes vocales de crécelle !

Patchimo48

(Photo : ©vl2jMtDi3.jpg, OffUHuge)