Un détour par Lussan

On s’y arrête par hasard, pour éviter la route habituelle, toute droite, et parce qu’on n’est pas pressé finalement. Surtout parce que d’où nous sommes, il est tentant ce village perché sur son piton. Avant d’y arriver, une ancienne forge abandonnée il y a plusieurs décennies par Odilon Evesque, le dernier maréchal-ferrant de Lussan, transformée en atelier d’artistes… et dans un virage, une fresque qui témoigne de son histoire.

Depuis les remparts, sur le chemin de ronde se déploie un panorama superbe sur les Alpes, le Mont Ventoux, les Cévennes. Dans la plaine coule l’Aiguillon, que dominent le « Guidon du Bouquet » (626 m) et le Serre de Fons.

© Marlen Sauvage 2022

Un château de la fin du XVesiècle, accueille le visiteur, c’est l’actuelle mairie. Construit par les Audibert, une famille seigneuriale dont le nom apparaît pour la première fois lors de la première croisade (1095-1099). Mais alors que les Lussanais défendent farouchement leur religion protestante, les Audibert se convertissent au catholicisme, par pur opportunisme… obtenant de la régente Anne d’Autriche l’érection de leur seigneurie en Comté de Lussan.

© Marlen Sauvage 2022

Le temple a été construit sur une parcelle avec maison appartenant à Jean-Pierre Gide, l’arrière-grand-père d’André… En 1822, date de l’inauguration, la majorité de la population de la commune est protestante. Une bible est exposée datant de l’époque du Désert, celle qui débute à la révocation de l’édit de Nantes et se termine à la Révolution française. Un siècle durant lequel il faut s’exiler ou se cacher pour pratiquer son culte. Le Désert, ce sont alors les vallées reculées où prier ensemble, les forêts, les cachettes diverses…

© Marlen Sauvage 2022

Dans le temple, une exposition sur Luther (1483-1546) où l’on apprend entre autres que le théologien aurait pu être un « vrai féministe » ! Alors que dans la société du XVIe siècle, l’Eglise encourage les femmes à la virginité et les couples à la chasteté, Luther qui vient de se marier et de devenir père, découvre que « la relation conjugale peut être affection mutuelle », « éprouve un vif attachement pour ses enfants et accepte l’autorité de sa femme dans son foyer »… Petit rectificatif en fin de panneau toutefois : « Mais si son expérience du mariage le transforme, ses convictions demeurent. Sa traduction de Romains 16.7 le révèle. Malgré sa connaissance des Pères de l’église, pour qui Junia est une femme, Luther, avec d’autres, en fait un homme. Cela a des répercussions sur la pensée allemande et influence les traductions françaises. La Bible de Luther, largement diffusée, est ainsi le véhicule d’un machisme évident. »

Mais quelle surprise que cette exposition ! 

© Marlen Sauvage 2022

La fontaine balancier du village… Avec la pompe, on puisait l’eau dans la citerne en contrebas du rempart pour abreuver le bétail. Et j’apprends que « fontas » est le terme occitan pour désigner cette « grosse fontaine » !

Un arrêt au troquet du coin qui offre des tables à l’ombre, une petite discussion avec l’institutrice, pendant une récréation, qui nous raconte d’où viennent tous les enfants de l’école – de 4 ou 5 villages environnants – et nous voilà repartis à travers les ruelles de ce joli village classé parmi les plus beaux de France…

© Marlen Sauvage 2022

MS