C’est flou !

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Et je me rends à l’évidence… Ce flou artistique, que cache-t-il ? A moins qu’il ne révèle ?

Ce qu’on ne veut pas voir, ce qu’on a envie de tenir dans l’ombre de la pensée : le désamour, la fatigue de l’autre, cet entre-deux entretenu depuis si longtemps par confort, lâcheté, peut-être aussi par tendresse. Le flou des sentiments… qui s’évanouit quand d’autres sentiments se pressent, envahissent, débordent…

Je me suis demandé tant de fois s’il fallait s’accommoder du flou quand on est comme moi partisane de la transparence. S’accommoder, se tenir en retrait, s’effacer. J’ai tenté. Pour laisser le flou gangrener toutes mes images, mes sensations, mes désirs, pour devenir floue moi-même.

En mon for intérieur, en courant devant la mosaïque de poissons au musée du Bardo de Tunis, je m’imaginais passer d’un bord à l’autre de la Méditerranée, dans des allers-retours incessants, qui me conduiraient de Marseille à Tunis, de Tunis à Marseille… D’un bord à l’autre. Aux contours nets. Dans la vie, le mouvement, la poésie.

« Or, le flou, c’est ce qu’il y a de mieux dans la photo. Le flou, c’est la vie. Le flou, c’est le mouvement. Le flou, c’est la poésie. »
Alain Rémond, « Il est fou, ce flou ! » in Marianne du 6 au 12 octobre 2007.

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Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

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Triste vendredi

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Ce soir-là le poisson déposa ses arêtes sur une petite chaise à fond de cuir. Restait sur la table l’inquiétude enfant malade de sanglots. Dans le silence, elle se relevait les cheveux.

 

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My baby don’t care

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J’étais en train de lire Philosopher ou faire l’amour de Ruwen Ogier tout juste disponible, d’ailleurs je venais de le recevoir, et je m’étais arrêtée sur ces phrases citées par l’auteur, issues de My Baby Just Cares for Me que chantait Nina Simone :

My baby don’t care for clothes
My baby just care for me

quand cette image a atterri dans ma boîte mail, à charge pour moi d’en tirer un texte selon notre contrat.

La chanson en question illustre l’une des « deux grandes catégories de définitions analytiques » selon Ruwen Ogier : « Conative (c’est-à-dire liée à des désirs ou des actions) ou affective (liée à des émotions plaisantes ou déplaisantes). Avec la précision suivante : Conative : aimer c’est vouloir quelque chose concernant l’aimé. (…) Affective : aimer, c’est ressentir une certaine émotion à la pensée ou en présence de l’être aimé. »

Je vous laisse le soin de deviner de quel champ ressortit cette chanson interprétée par Nina Simone.

Pour ce qui concerne ma préoccupation présente – écrire un texte en relation avec cette image – j’ai immédiatement postulé que la jeune femme au demeurant charmante, apparemment bien dans ses pompes et dans sa robe multicolore, se rendait à un rendez-vous d’amour, indifférente aux regards que susciterait son sac à main-poisson qu’elle semblait promener comme un animal de compagnie. Indifférente aux regards… car le seul regard qui importerait pour elle serait celui du pêcheur qu’elle voulait séduire.

Pourtant je m’inquiétais de cet hommage à l’homme de son cœur qui pourrait voir dans sa tenue l’arrogance de la femme sûre d’elle, capable d’attirer dans son filet un poisson de choix, qui sait, de s’identifier peut-être au poisson en question, de se figurer la laisse sur l’arête dorsale, coincé par la belle, obligé d’avancer à son rythme, condamné à respirer le même air pour finir par expirer hors de l’eau salvatrice. Et cette réflexion en entraîna une autre, qu’en amour cette volonté de satisfaire aux désirs de l’autre (aller jusqu’au bout du monde, renier ses amis, sa patrie, se teindre en blonde), par n’importe quel moyen, ou de s’en attirer les bonnes grâces en affichant un goût tellement loin de soi, ne pouvait à la longue que nuire, en engendrant la confusion pour soi et pour l’autre. Car pour finir le pêcheur pouvait aussi se sentir insulté par la belle lui apportant, écailles et nageoires liées, le produit d’une pêche qu’il aurait été incapable de lui offrir.

Enfin, je me persuadais que la jeune femme n’aurait pas le cœur à sacrifier une aussi belle bête fût-elle à sang froid pour un homme qui n’aurait d’yeux que pour ses jambes, qu’il soit pêcheur ou banquier, et je retournais à mon bouquin, achevant ainsi cette missive à vous destinée.

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Petite sirène

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J’avais trouvé la photo étrange déjà quand mon grand-père me l’avait montrée, il y a des années de cela. Le plus étrange n’était pas la photo en soi, mais la raison de la photo. Quelle perversité pouvait conduire un homme à juxtaposer une enfant et des poissons ? Mais il était fier du résultat, d’avoir non seulement pris la photo mais de l’avoir développée lui-même.

Je viens de la retrouver dans la malle en bois peinte qu’il emportait partout avec lui, sur son bateau, avec l’appareil photo pour seul compagnon. La gamine sur la photo, c’est moi. De retour d’une journée où il m’avait emmenée pêcher, j’avais « fait la sérénade » comme il disait, pour aller nager malgré la température de l’eau. Comme je me débattais j’avais fini par tomber dans la mer et il avait dû venir m’y rechercher.

Ma punition, ç’avait été de poser toute mouillée, toute tremblante, près des poissons agglutinés dans les cageots. La proximité de cette mort en masse me tétanisait. Ce n’était pas l’odeur des poissons, mais c’était ces yeux morts, ces bouches entrouvertes…

Comme je me plaignais d’avoir froid alors qu’il me tournait autour son appareil photo à la main, il me répétait c’est ta punition ma chérie, tu m’as promis, et je l’avais entendu murmurer un poisson faite femme, une petite sirène. C’est ainsi qu’il m’appela à partir de là. J’avais tellement envie d’être une sirène ! Une sirène ça adore l’eau n’est-ce pas grand-père ? Oh ! oui, et si ce n’était que l’eau… Il m’avait raconté l’épisode d’Ulysse et des sirènes dans l’Odyssée, je n’avais retenu que l’anecdote fascinante de cet homme qui se lie au mât d’un bateau pour ne pas céder au chant des belles femmes-poissons.

J’avais demandé à mon grand-père s’il avait rencontré beaucoup de sirènes au cours de ses nombreux voyages, oui, bien sûr, mais une seule… et il n’avait pas terminé sa phrase.

J’ai pratiqué la natation sportive durant des années et le chant choral simultanément. Plus je regarde cette photo, plus j’en comprends la raison. Je suis une femme-poisson. J’attends l’homme qui ne se réjouira que de la volupté de mon chant.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠37

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Italie, la région des lacs (Fin)

[Suite et fin du carnet retrouvé, de la marque Wood & Safety Project…]

Grana : parmesan doux, frais, rugueux, dé-li-ci-eux !

Adieu la mamma d’Arcumeggia qui se déplace pour regarder ses clients dans les yeux avant de les accepter ou non.

9.3.ateliers-deluge-IsolaBella

[Ce n’est pas la Mamma, c’est la nana ! Croquée sur un coin de table par son chevalier servant. Je ne dirais pas que c’est franchement ressemblant mais enfin il y a quelque chose dans la casquette fleurie sur le côté…]

Des routes qui serpentent de vallée en vallée, ils déjeunèrent face au lac Lugano et arrivèrent à Menaggio sur le lac de Côme aux alentours de 14 h. Hôtel sans l’aide du Routard, pour 3 notti finalement. Visite de la Villa Carlotta, 1 h 30 enchanteresse dans les jardins.

9.4.ateliers-deluge-MuseoCivici

Belli. Le nom d’une pastecceria où nous achetâmes du nougat morbido et une excellente tartella au chocolat et aux poires. Près de Côme, sur les rives du lac.

Mais avant, à Laglio, plus exactement à la Posta de Laglio, où les pas de M. le guidèrent irrésistiblement pour acheter 25 francobolli, [à l’époque nous écrivions des dizaines de cartes postales…] nous avons rencontré Maria C., sposata à un gars du Frioul dont le nom de la famille maternelle est celui de M. [De fil en aiguille nous nous étions rendu compte que les deux familles qui portent donc le même nom vivaient dans le même petit village du Frioul.] Coup de foudre pour Maria qui le rend bien à M. qu’elle affirme être de la même famiglia que son marito.

[Je me souviens de cette belle postière italienne, sicilienne nous apprit-elle plus tard, brune aux yeux verts, plantureuse et joviale. Nous étions seuls avec elle dans le petit local. Comme nous commandions des timbres pour la France, elle nous avait raconté sa vie, son mariage, son voyage de noces en France, à Reims (!). Je me souviens de sa discussion au téléphone avec son mari, qu’elle avait appelé sous nos yeux ébahis, disant « Tu ne veux pas descendre à la poste ? On pourrait manger ensemble ! Je suis sûre que vous êtes de la même famille. Il te ressemble, il est beau comme toi », et s’avisant que je comprenais l’italien, ajoutant « Elle aussi, elle est belle », et j’avais éclaté de rire.]

Et voilà comment on repart avec une adresse et l’émotion d’appartenir plus qu’on ne croyait à l’Italie. Et moi, avec le sentiment plus fort encore de me promener avec un bel Italiano du Friolino.

9.2.ateliers-deluge-Isola

Emotion du jour… Dongo [hantée encore par la fin de Mussolini, en tout cas, c’est le souvenir que j’en garde, et ce serait la raison de cette « émotion du jour »]. Une robe en lin jaune offerte par M. [A moins que ce cadeau ?…] et une ballade dans la montagne où les gens semblent authentiques. [Quelle drôle de remarque ! Etayée par rien, je n’en comprends plus le sens.] Les chèvres accompagnent la rêverie et la douceur de l’après-déjeuner (…). On ramasse des cailloux et des morceaux de vie cassés sur le chemin du retour. Le dernier jour aura le goût de la bière italienne puis du vin blanc pétillant sucré et du Barbera, rosso frisante, qu’on dégustera en écrivant les dernières cartes postales. Le soir, un concert brandebourgeois clôturera le séjour, avec le lac en contrepoint et encore du Barbera, pour oublier peut-être.

Le jour du départ… 25 mai 1997

Un pot à Cima puis un autre avec café et pastecceria parce qu’on n’avait plus que 2700 liras. A S. Mamete, la barmaid sympa, a rallongé notre café. Addio Italia!

[Fin]

Cahiers et carnets – Des voyages – CIT≠ 3

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Impressions partagées

Marc-Guerra-DPDF36

C’est toujours au moment où l’on s’y attend le moins que ça arrive…

le potiron d’Etampes, rouge vif, épanoui sur un plant de pommes de terre, caché dans les brassées de capucines naines, les écrasant de son poids alors qu’il est temps de déterrer les tubercules

le talon de la chaussure explosé devant la porte de l’employeur où l’on se présente pour le poste convoité

la parole coincée dans la gorge au moment du départ des amis

la vitre arrière de la voiture fracturée, le mémoire envolé avec l’ordinateur, le jour de la soutenance

la certitude dans tout son corps du désamour alors que l’on flâne ensemble amoureusement dans le quartier Saint-Antoine à Paris un jour de février clair et blanc

le petit agneau que l’on croyait sauvé retrouvé tout froid au petit matin au milieu de la paille

le trouble et la défaillance à la vue d’un inconnu quand on vient de s’engager et signer au bas d’un parchemin

la convocation à un rendez-vous d’embauche alors que l’on se trouve en vacances dans un état reculé de l’Asie

le passage de la taupe, trois petits monticules de terre souple et fine, au milieu de l’allée de haricots tout juste sortis de terre

la mort du père aimé quand on arrange des fleurs, à peine rentrés d’un merveilleux week-end où l’on n’a cessé de penser à lui

le premier cheveu blanc alors que l’on se félicitait de sa jeunesse devant le miroir

les cinq petits chatons déposés à vos pieds au moment où vous partez pour l’aéroport

le message enjoué sur le répondeur de celle avec laquelle on doit rompre alors que l’on sort des bras de l’adorée

le petit mot de l’artothèque qui accepte quatre toiles quand on se réjouissait déjà de deux…

Nota : Cette fois-ci, nous avons travaillé différemment : j’ai proposé le texte, Marc a réalisé l’image.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠36

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Maquereaux et crinolines

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Tout de suite, j’ai pensé à Proust (que je relis en ce moment, ceci expliquant sans doute cela, car rien dans cette image en réalité ne me le rappelle après réflexion, d’autant que ce n’est pas le poisson qu’il aimait déguster, d’ailleurs me demandais-je illico, mangeait-on du maquereau au début du siècle dernier dans la classe sociale qui était celle de l’écrivain ? j’en doute) m’étonnant de l’importance de la nourriture dans La Recherche quand on sait ce que Marcel ingurgitait chaque jour dans les dernières années de sa vie selon les dires de sa gouvernante 1 : un croissant ou deux, un café ou deux, parfois un verre de lait, une sole ou un peu de poulet de temps à autre, une bière glacée à n’importe quelle heure de la nuit…

Je rejoignais la réflexion de Jean-Pierre Richard dans Proust et l’objet alimentaire – dont je recommande la lecture sur le site persee.fr – pour lequel le paradoxe incarné par Léonie, la tante qui dans cette débauche d’agapes s’abstient de manger, pouvait s’interpréter par la propre situation d’écrivain de Proust « face à un monde sensible et délectable. Car l’écrivain ne possède ou ne recrée verbalement ce monde qu’à la condition de s’en écarter, d’accepter de le perdre, c’est-à-dire de le transformer en signes, en écriture. » Pour bien parler de nourriture, s’abstenir de tout plaisir de la table alors ?

Un bœuf à la casserole m’aurait autrement inspirée, mais ici nous ne parlons que de poissons et de femmes, et mon objet alimentaire du jour serait un maquereau, cru de surcroît, installé sur une dame en crinoline… elle-même coincée au fond d’une assiette. Comment unir la sensualité du sexe et de la nutrition devant une telle image ? Le maquereau, la crinoline… Je cherche encore…

1 – Monsieur Proust, par Céleste Albaret, souvenirs recueillis par Georges Belmont,
Robert Laffont, «Documento».

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Exocet

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Paris-Montréal. Départ à l’aube, arrivée prévue à 11 h du matin. Vous serez là à m’attendre, je suppose. Je l’espère. A ma dernière visite, j’avais erré, valise à la main – j’ai horreur des roulettes – dans la salle où chacun retrouvait ses proches, son amour, ses amis. Mes pas claquaient sur le sol, je vous cherchais des yeux sous mes paupières fatiguées, j’avais commandé au bar du coin un café serré et c’est à ce moment que vous aviez surgi du tourniquet. Deux humains à tête d’animaux, un zèbre, une girafe qui se tenaient la main, doigts enlacés. Le décalage horaire me joue toujours de ces tours. Retrouvailles, embrassades, nouvelles des uns et des autres, échangées dans le brouhaha des annonces et le bruit des roulettes – vous avez horreur de porter les valises – et puis vous m’aviez conduite jusque chez vous et je m’étais endormie la joue contre la vitre de l’auto. Je me souviens de ce rêve étrange où une jeune femme aux cheveux noués dans un foulard blanc lève les yeux vers le ciel traversé par un drôle d’exocet mi-poisson mi-avion alors qu’une voix tonne dans son dos : « Après les voyages à dos de mulet, à cheval, en charrette, en galère, le bateau à vapeur nous [paraît] quelque chose de miraculeux (…) »* Et la jeune femme répondait :  » Le miracle est partout, monsieur Gautier. Mais là sans vouloir insister, ce vol Paris-Montréal me paraît compromis. »

*Th. Gautier, Voyage en Espagne.

Avec un grand merci à Stéphanie Heendrickxen !

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Bons baisers…

Marc-Guerra-DFDP33

Ce vendredi d’août, le 15

Cher M.,

J’ai attendu votre image la semaine dernière jusqu’au jour fatidique du vendredi… Et j’ai appris que vous étiez couché avec une vilaine fièvre. Nous pourrons désormais dire que vous m’avez le premier « posé un poisson ». Je ne vous en tiendrai pas rigueur, mais que ce soit la dernière fois !

J’espère que tout est rentré dans l’ordre pour vous depuis, que la migraine a déserté votre beau front qu’agitent les rêves durant le sommeil. Il ne me manque que de vous regarder dormir…

Je suis partie la mort dans l’âme dans cette île où nous devions nous retrouver, mais très vite, vous me connaissez, la joie de vivre l’a emporté sur le dépit. Cette petite carte vous donnera une idée de ce à quoi je passe mes journées. Ici les poissons mangent dans la main des hommes (et des femmes), leurs écailles chatoient dans la lumière du soir. Vous adoreriez les peindre, leurs couleurs défient toutes les palettes aussi je vous laisse le soin de colorier celui-ci. On raconte qu’il suffit de confier ses rêves  à l’un d’entre eux : si on l’aperçoit voler au-dessus des flots émeraude, alors ils seront réalisés. Vous connaissez mon rêve.

Je serai de retour très bientôt, nous écouterons ensemble bourdonner les insectes dans la glycine (elle était encore en fleur à mon départ), nous reparlerons de cette magnifique fête où, je le réalise maintenant, vous ne vous êtes pas essayé à ce jeu amusant du palet breton.

Enfin je vous conterai la douceur de ces moments de solitude et ce sera comme si ces vacances avaient été les vôtres aussi.

Votre « essentielle »,

M

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CQFD

Marc-Guerra-DFDP31

 

La sardine doit son nom à la Sardaigne. On en pêche 38 kilos chaque minute en France.

Une femme se jette à l’eau : combien de minutes faudra-t-il pour… ?

Les populations de sardines sont très fluctuantes. Leur durée de vie est assez brève : moins de dix ans.

Les femmes, elles, battent les records. Au 1er janvier 2014, en France métropolitaine, elles devancent toujours les hommes (30 991 282) avec 32 937 326 représentantes. En 2010, leur espérance de vie augmente de quatre ans en un an : elles tiennent le devant de la scène jusqu’à 84,8 ans.

Les larves des sardines sont très sensibles aux conditions climatiques. De ce fait, les quantités capturées peuvent parfois baisser brutalement, ce qui provoque régulièrement des crises dans le monde de la pêche.

En 2009, moins de quatre nouveaux-nés sur mille (3,7) sont décédés avant leur premier anniversaire. En 2013, en France, le taux de fécondité est de 1,99 enfant par femme contre 2,03 en 2010, année où les naissances avaient atteint un pic. Le recul s’explique par une baisse du nombre de femmes en âge de procréer. On accouche à 30,1 ans (âge moyen). En deçà, on ne pense pas à procréer, voire on s’en défend mordicus (c’est moi qui souligne). 

Le nombre d’individus n’est pas le seul critère à prendre en compte pour une population de poissons, la taille importe, et la diminution de ce paramètre en Méditerranée inquiète pêcheurs comme scientifiques. Le réchauffement climatique est en cause. Or, parmi les poissons pélagiques, la sardine (l’anchois aussi) voit sa taille et son poids diminuer considérablement. Sa taille marchande est de 11 cm (9 cm pour l’anchois).

Chez les femmes, la taille augmente, personne n’a de raison de s’inquiéter sauf les moins de 1,64 m, peut-être, qui est la taille moyenne des femmes en France. D’autant qu’il faut savoir que la taille, de même que la corpulence, joue un rôle important dans le développement de la personnalité des individus. Je parle des femmes, pas des sardines. Trop au-dessus, trop au-dessous de la moyenne, on peut souffrir d’un complexe psychologique.

Il paraît qu’en raison de la baisse de la masse de sardines (pas du nombre) les pêcheurs se reportent sur le merlu, déjà en mauvaise passe.

Constat inverse chez les femmes, la corpulence moyenne augmente quel que soit l’âge et d’autant plus fortement que les générations sont jeunes ! A part les pêcheurs qui se tournent vers le merlu et les hommes qui aiment les rondes, ceux qui continuent à préférer les maigres pourront alors se contenter de sardines, CQFD.

Article réalisé par Pélagie, présente dans l’image.

PS : Pélagie doit son nom à son arrière-grand-père, ardent défenseur de la sardine, marin au long cours.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠31

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