Brume de décembre

Marlen-Sauvage-Banc

« …la pratique de la solitude lui en avait donné l’amour comme il arrive pour toute grande chose que nous avons crainte d’abord, parce que nous la savions incompatible avec de plus petites auxquelles nous tenions et dont elle nous prive moins qu’elle ne nous détache. »

Marcel Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

 

Productions élémentaires (28)

Photo M. Sauvage

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Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 4.0 International.

Maquereaux et crinolines

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Tout de suite, j’ai pensé à Proust (que je relis en ce moment, ceci expliquant sans doute cela, car rien dans cette image en réalité ne me le rappelle après réflexion, d’autant que ce n’est pas le poisson qu’il aimait déguster, d’ailleurs me demandais-je illico, mangeait-on du maquereau au début du siècle dernier dans la classe sociale qui était celle de l’écrivain ? j’en doute) m’étonnant de l’importance de la nourriture dans La Recherche quand on sait ce que Marcel ingurgitait chaque jour dans les dernières années de sa vie selon les dires de sa gouvernante 1 : un croissant ou deux, un café ou deux, parfois un verre de lait, une sole ou un peu de poulet de temps à autre, une bière glacée à n’importe quelle heure de la nuit…

Je rejoignais la réflexion de Jean-Pierre Richard dans Proust et l’objet alimentaire – dont je recommande la lecture sur le site persee.fr – pour lequel le paradoxe incarné par Léonie, la tante qui dans cette débauche d’agapes s’abstient de manger, pouvait s’interpréter par la propre situation d’écrivain de Proust « face à un monde sensible et délectable. Car l’écrivain ne possède ou ne recrée verbalement ce monde qu’à la condition de s’en écarter, d’accepter de le perdre, c’est-à-dire de le transformer en signes, en écriture. » Pour bien parler de nourriture, s’abstenir de tout plaisir de la table alors ?

Un bœuf à la casserole m’aurait autrement inspirée, mais ici nous ne parlons que de poissons et de femmes, et mon objet alimentaire du jour serait un maquereau, cru de surcroît, installé sur une dame en crinoline… elle-même coincée au fond d’une assiette. Comment unir la sensualité du sexe et de la nutrition devant une telle image ? Le maquereau, la crinoline… Je cherche encore…

1 – Monsieur Proust, par Céleste Albaret, souvenirs recueillis par Georges Belmont,
Robert Laffont, «Documento».

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠35

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

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GEM les ateliers en résidence

A partir de demain et pendant une semaine, j’animerai des ateliers pour un groupe d’adhérents du GEM  (merci !) dans les gorges du Tarn (pas le pire en terme de lieu). Une résidence que je partagerai avec une jeune plasticienne, Sophie Tiers, audacieuse et sensible.

La finalité de cette semaine nous échappe encore : une expo ? une installation ? un jeu interactif à taille humaine ? une fresque murale ? En tout cas, notre objectif commun est de nous amuser ! Notre thème sera celui des Itinéraires…

J’emporte avec moi quelques auteurs fétiches (Elias Canetti, Marcel Proust, François Bon…) et aussi Pierre Ménard (rencontré vendredi au séminaire organisé par l’université Paul Valéry, Montpellier III) et ses 365 ateliers d’écriture au quotidien. Impossible de ne pas piocher là-dedans de très bonnes idées à adapter ou non, de découvrir de nouveaux auteurs et leurs univers passionnants. Merci Pierre.

Tout cela donc dans un cadre exceptionnel…

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Que demander de mieux ?

©Photo Marlen Sauvage