Souvenirs de marche, Claudine Albouy

Photo : Marlen Sauvage

Elle n’aime pas marcher 
Elle n’a jamais aimé marcher

Du plus loin qu’elle se souvienne, la marche ne l’a jamais passionnée.
Enfant elle lui préférait les galopades, les parties de cache-cache, les jeux de ballon, la marelle, le vélo, le jokari, ah le jokari, elle adorait ! Puis ce furent les marches forcées dans les camps d’adolescents avec les sacs à dos de l’époque et leur armature en fer courbée pour épouser la forme du corps, disait le vieux campeur ! Tu parles ! tout dépendait de la morphologie du marcheur ou de la marcheuse ! Les grassouillettes étaient avantagées par rapport aux maigrelettes peu rembourrées, hélas ! elle faisait partie de la deuxième catégorie. Il fallait partager entre tous le matériel collectif, les gamelles en aluminium empilées les unes dans les autres sur une hauteur de cinquante centimètres. Etre ingénieux pour les caler avec des pulls afin d’éviter de se blesser le dos, en prime un concert de sons métalliques était assuré au moindre pas ! La plus mal lotie était celle qui devait porter la bouteille de gaz de quarante heures… l’horreur ! A l’époque les bretelles des sacs à dos n’étaient pas renforcées, elles sciaient les épaules. Il fallait faire des kilomètres ainsi harnachées… une vraie corvée. Toutes les astuces de rembourrage étaient bonnes, pulls, lainages divers et même serviette hygiénique ! Ces itinérants les emportaient d’un lieu à l’autre, à pied, durant sept jours.

Elle n’aimait pas marcher
Elle n’a jamais aimé marcher

Et puis un randonneur est arrivé dans sa vie avec dans sa besace des activités de plein air, canoë, escalade, spéléologie mais pour rejoindre tous ces lieux d’activités il faut bien sûr faire une marche d’approche, il y a toujours une marche d’approche ! Il lui a offert le top des chaussures : des R.D. René Demaison. Elles valent un prix fou, il a les mêmes, un véritable acte d’amour ! Lui a le pied égyptien, elle a le pied différent, long, osseux. Un vrai bonheur ces chaussures hautes, elles tiennent bien la cheville comme il se doit. En cuir dessus, dessous, dedans, la rolls-royce des chaussures de marche. A peine enfilées, elle s’était dit « ouille je vais souffrir » ! Une fois lacées, c’est sûr, le pied ne bougeait plus, la cheville était maintenue prisonnière, finis les doigts de pied en éventail ! Après Die, ils étaient allés jusqu’à Romeyer, avaient pris un chemin rocailleux. Les garçons avançaient d’un bon pas « des plein air quoi ! ». Elle s’appliquait à bien poser ses gros godillots sur chaque pierre. La cadence était très soutenue, le but : rejoindre la cabane de Preypéré  avant la nuit.

Elle n’aimait pas marcher
Elle n’a jamais aimé marcher

Ces deux petites phrases tournent en boucle dans sa tête mais pour ce soir elle doit assurer, elle est la seule fille. Au pas de Chabrinel, le sentier rétrécit, la végétation offre des variétés d’arbustes, elle n’a pas le temps de rêvasser, ni d’admirer, ni d’observer la nature autour d’elle. Pour l’instant ses yeux sont rivés au sol, elle est épuisée… Elle s’accorde des petites pauses  pour reprendre son souffle. Les garçons avancent toujours au même rythme, oubliant leur différence de taille, donc d’enjambées. Elle est à bout de forces en dépassant la grande cabane. Et ce n’est pas encore le point d’arrivée ! Il faut continuer, rattraper le plateau désertique du Glandasse, le jardin du roi et enfin la. baraque de Preypéré. Le soleil est couché depuis peu, ils ne vont pas tarder à ressembler à une caravane d’ombres. Impossible de s’arrêter maintenant, trop dangereux avec tous les avens au ras du sol… Alors, agacée par leur manque d’attention, elle simule un évanouissement (ils se rendront bien compte qu’elle ne marche plus derrière eux, pense t-elle !). Elle se laisse glisser doucement, presque avec volupté dans un ralenti théâtral, elle est là, recroquevillée ; pour se détendre, elle allonge les jambes sur le tapis d’herbe épaisse, le nez au ras du serpolet qui embaume : elle est bien. Ils arrivent affolés, penauds, elle a réussi son coup, ils sont inquiets et pendant ce temps elle récupère ! Après cette halte imprévue, ils repartent mais plus lentement, ils sont très attentionnés et portent même son sac ! Ils ont eu peur… Il fait nuit noire maintenant, les torches sont allumées pour continuer en toute sécurité. Il fait frais, cela donne à tous un regain d’énergie. Jardin du roi, cabane de Preyperé en vue sous un ciel superbement étoilé, rien au-dessus…  la liberté et un sentiment d’inaccessibilité. Ce soir, nous sommes les rois du monde ! Une soupe en sachet bien chaude et rois et reine s’écroulent béats… Le lendemain, elle ne participe pas comme prévu à la reconnaissance spéléo, elle soigne ses gigantesques ampoules, elle pense à la descente de six heures de marche avec inquiétude.

Pour l’instant c’est le bonheur, les pieds nus dans cette prairie d’altitude, seule, elle peut enfin rêver, libre de toutes contraintes, ils sont partis pour plusieurs heures. Tranquillité absolue. Elle goûte avec gourmandise cette solitude voulue dans un silence profond, il chuchote même à ses oreilles… Elle sent une vie intense dans chaque touffe d’herbe, des compagnons invisibles crapahutent tout autour.

Elle n’aime pas marcher
Elle n’aime toujours pas marcher

Elle se questionne sur cette effort physique qui redouble le bien-être de la pause. Et si le plaisir de marcher tenait simplement au plaisir de s’arrêter ? Elle reconnaît que la sensation de légèreté qui l’envahit décuple l’intensité de l’appréciation des paysages, de la flore, de la faune, des arbres. Se poser, dessiner, faire une photo, partager, dire aux autres que vous pensez à eux dans ce cadre magique est une belle offrande, un cadeau royal… Elle enfile ses espadrilles si légères, elle escalade quelques rochers, dans un escarpement elles sont là presque invisibles, en mimétisme total avec la couleur de la roche calcaire, vision inoubliable de ses premiers édelweiss. Une vraie récompense dans la plénitude de l’instant.

Texte : Claudine Albouy

Sous l’œil de Neptune, Claudine Albouy

Photo : Marlen Sauvage

La voiture est garée sous le faux poivrier, je sais que j’en grappillerai une ou deux branches en revenant ce soir… Ces grappes de petites graines rose tyrien odorantes m’enchantent quand elle débordent d’un vase, c’est joli, asymétrique, les graines abandonnent un délicat parfum, les petites folioles sécheront vite et tomberont, ne resteront plus que ces petites boules d’un parfum poivré venu d’ailleurs…

Neuf heures trente, les jambes se griffent dans les premiers arbustes épineux, cela pique je slalome pour éviter les griffures sur mes jambes. Je cale mes pieds bien à plat sur chaque pierre, mes chaussures écrasent du thym qui libère des fragrances bienveillantes. Dès les  premiers cent mètres la montée demande de l’attention car le sol est inégal, rocailleux. Petites enjambées, grandes enjambées, le souffle est court, cela monte dur dès le départ car nous partons bille en tête. Un dernier effort pour me hisser dans l’éboulis du muret et j’atteins un petit sentier, sans embûches avec un sol sablonneux, régulier. Je reprends mon souffle, j’en profite pour admirer en contrebas une propriété, vue plongeante sur une très jolie maison avec une piscine qui invite à nager. Mes jumelles battent contre ma poitrine, prêtes à servir. La facilité du sentier presque rectiligne  permet de garder le regard au loin en éveil. La Méditerranée est là tranquille à une centaine de mètres devant moi, inaccessible d’où je suis. Le sentier longe des falaises truffées de trous, des abris troglodytes, vestiges du premier village d’Agua Amarga nommé ainsi sûrement à cause de  la présence d’une source aux eaux amères ou de marécages asséchés aujourd’hui pour y faire un parking ! En cas de crues la nature reprend ses droits et descend avec force dans cette rambla… Le village tout blanc s’étale sur toute la longueur de la plage avec tout de même un point culminant, une végétation méditerranéenne luxuriante grimpe le long des maisons : plantes grasses, cactées, lauriers, bougainvilliers, palmiers sont à la fête. Je m’arrête pour respirer en pleine conscience et imprimer dans ma tête cette vue panoramique. A l’extrémité de la pointe rocheuse la marche nonchalante se termine, plus question de penser à Christine, Sylvie, les enfants, au concert de demain ou au petit repas de ce soir ; je suis face à une montée très raide pour atteindre le sommet. De nouveau les yeux rivés au sol, ne pas trébucher sur le parcours accidenté, la roche s’effrite par endroits donnant naissance à de petits éboulis, il fait chaud. Je transpire dans ma robe bain de soleil en voile de coton heureusement le sac à dos n’est pas lourd et mes basquettes accrochent bien ! J’essaie de ne pas regarder le sommet, j’avance avec précaution. Des hautes touffes d’alpha bordent maintenant le chemin. Je sais que l’effort va être récompensé dans quelques mètres, j’y suis !! Un paysage grandiose me saute aux yeux, la vue se perd devant à plus de quarante kilomètres en direction d’Alméria. Les pointes rocheuses se succèdent dans un diaporama de couleurs fusantes, le blanc et l’anthracite se disputent chaque avancée sauvage,véritables points de repères pour les marins et les terriens. A mes pieds en bas, une crique au sable blond bercée par un léger ressac à peine visible, c’est un petit bijou enchâssé entre des falaises aux formes excentriques d’un blanc éblouissant, des pans rocheux propices à des histoires fantastiques de monstres à têtes d’animaux, d’hommes en colère ou placides ! Un monde silencieux de pierre qui surveille cette petite plage. Celle-ci se mérite, l’accès n’est pas facile. Je n’ai pas bougé de mon point de vue, il me reste à pivoter pour une lecture de paysage à 360 degrés. A gauche la Méditerranée, calme aujourd’hui, quelques bateaux de pêche à  l’horizon. Derrière moi, Agua Amarga se réveille, les bruits nous parviennent très assourdis. A droite, un paysage vallonné à perte de vue, très loin des serres et là au creux d’un mamelon s’épanouit un olivier millénaire, je sais qu’il est là même si je ne le vois pas. Mais le coup de foudre : c’est là devant mes yeux ébahis et à mes pieds, une beauté parfaite, cette contemplation  oblige à respirer profondément pour emmagasiner, imprimer cette image dans le souvenir. Au-dessus de moi un faucon crécerelle fait le saint esprit et semble de mon avis… Je reprends la marche en bordure de la falaise, le spectacle est là aussi dans le ravin accidenté. Fini de contempler, place de nouveau à l’attention pour la descente, avancer entre des dalles de rochers, buissons agrippants, pierraille pour atteindre un minuscule sentier périlleux, aérien juste la place d’une chèvre et je suis la chèvre !!! Surtout ne pas glisser, avancer avec prudence à droite ce serait le grand saut… Au bout de ce sentier de nouveau une descente acrobatique, la roche a façonné un escalier mal taillé, irrégulier, plus loin les falaises s’arrondissent pour donner naissance  à trois abris sous roche au sol du sable blanc, pour moi, pas d’essoufflement car il faut avancer doucement et regarder  là ou les pieds se posent. Je connais ce parcours par cœur impossible de s’y endormir chaque mètre parcouru offre une originalité de difficulté ! Nous ne sommes pas au bout de nos surprises le niveau de la mer n’est pas encore atteint ! Premier verrou, deux pas d’escalade pour se laisser glisser et que les pieds se réceptionnent sur un tas de pierres mis là par des mains amies. J’ai de plus en plus chaud avec la réverbération des rochers blancs, la proximité de la mer me rend impatiente. Deuxième verrou sur les fesses ! Passage étroit dans un éboulis  raide. Pour les derniers cinquante mètres, il faut faire une petite traversée plaquée contre le rocher, une deuxième dalle et enfin  les pieds laissent leurs traces sur le sable mouillé… Deux énormes rochers tombés il y a bien longtemps nous accueillent, l’un est équipé de crochets bien pratiques pour accrocher toutes nos affaires précieuses ! Ce lieu a été habité pendant plusieurs mois comme le fait penser l’énorme Neptune gravé sur le deuxième bloc, il est impressionnant de grande taille, il sort d’une eau poissonneuse. Masque sur le visage, je m’apprête à enfin entrer dans l’eau, le bruit d’un moteur me fait sursauter, ce n’est pas celui d’un bateau… Je me réveille complètement. C’est celui d’une moto sur le chemin au-dessus de  chez moi, la blancheur immaculée des  falaises d’Agua Amarga s’évanouit, aspirée dans le vert des châtaigniers ! Je suis dans ma prairie, même pas essoufflée, je baigne dans de multiples sensations de bien-être, un souffle d’éternité. Je songe à ce lieu magique qui vaut bien quelques griffures sur les jambes et un peu de surchauffe ! Cette petite plage se mérite même dans l’imaginaire…

Claudine Albouy

Ma proposition d’écriture
Une histoire de marche et d’écriture, où le texte s’élabore en marchant, et en ces temps de confinement (à ce moment-là !), nous pouvons marcher dans notre tête. La phrase restitue le mouvement de la marche, dans son allure, ses arrêts, ses hésitations, selon le sol et ses accidents.
 MS

Je marche, donc je suis, Monika Espinasse

Photo : Marlen Sauvage

Ah non ! Pas sur le béton, ni sur le goudron ! s’écrient les vrais randonneurs très vite et sans réplique possible. Il n’y aucun plaisir !

Mais si ! Mais si ! Quand tu es né enfant de la ville, tes pieds apprennent très vite le béton des trottoirs ou le goudron de la chaussée. Tu marches dans les rues, tu cours après le tramway, tu sautilles aux feux rouges, tu flânes dans les parcs civilisés sous les marronniers et les tilleuls, avant de t’aventurer dans les forêts des environs. Plus tard, tu trouveras un autre plaisir dans les chemins de randonnée, de plus en plus loin, mais tu ne perdras jamais le goût des premiers pas dans ta vie.

D’ailleurs, plus tard, beaucoup plus tard, tu habiteras à la campagne, à la montagne, et si les routes goudronnées t’étaient familières, les chemins sinueux, caillouteux, embarrassés de racines enchevêtrées, de creux et de bosses, demanderont un apprentissage. Les pieds sont incertains, tâtonnent, trébuchent, et demandent une attention de tous les instants. La nature est belle, sauvage impitoyable. Il faut prévoir le soleil trop pesant, l’ondée soudaine, le vent qui secoue les branches au-dessus de ta tête, la rivière qui déborde, l’herbe poussée trop vite qui te fait avancer dans une petite jungle, qui te mouille, qui s’accroche, qui t’emprisonne, …et ce n’est pas l’arc en ciel poétique et lointain qui te consolera de tous ces désagréments. Il faut aussi avoir une boussole dans la tête pour ne pas s’égarer. Il y en a qui savent d’emblée, qui sont doués. Tu les mets dans la forêt, au milieu des arbres, ils s’en sortiront toujours. Ils tracent tout droit, ils créent leur chemin, ils n’ont besoin ni de soleil, ni d’étoiles pour se retrouver. C’est inné. Ce sont des chanceux… Je vous l’ai dit, il faut apprendre, exercer, pour aimer la nature sauvage.

C’est pour ça que j’aime les chemins qui demandent juste l’effort des pieds. Mes pieds savent faire. Ils avancent, d’un pas régulier, pas besoin de penser, de les guider, ils trouvent leur rythme qui est aussi le mien. Nous sommes en harmonie. Je leur fais confiance et je pense à autre chose. Ou à rien. Cent mètres plus tard, les pieds font toujours leur travail et je ne m’en suis pas aperçu, j’ai à peine vu le paysage, j’étais dans les nuages…Détente complète quand je marche ainsi, liberté totale de l’esprit qui vagabonde, qui balaie, qui invente, des mots, des sons, des idées, des projets, des mélodies, des poèmes, des romans entiers, je sais tout faire quand je marche avec mes pieds. Ce qui est difficile, c’est la mémoire. Retenir. Retenir, ce que je viens d’inventer. Trouver le bouton d’enregistrement dans ma tête. Ne pas arrêter les pieds. Le rythme qui berce. Le flottement qui permet l’envol de l’esprit. Pas de petit carnet, de crayon, ça casse l’élan. Pas de dictée téléphone, les pieds perdront leur équilibre. Et si on s’arrête pour noter, si on interrompt le merveilleux équilibre par une courte pause, une prise de conscience, c’est fini, plus d’idées, plus d’envol, plus de nuages. Ce sera une, deux, une deux, ce sera accélération, course, sport, santé. C’est bien aussi. Cela entretient, le corps est heureux. Mais l’esprit s’est mis en veille, en laisse. Et le rêve, le rêve s’est envolé.

Texte : Monika Espinasse

Ma proposition d’écriture
Une histoire de marche et d’écriture, où le texte s’élabore en marchant, et en ces temps de confinement (à ce moment-là !), nous pouvons marcher dans notre tête. La phrase restitue le mouvement de la marche, dans son allure, ses arrêts, ses hésitations, selon le sol et ses accidents.
 MS

Le corps et l’esprit, Liliane Paffoni

Photo : Marlen Sauvage

Une heure de marche quotidienne serait vivement conseillée, sur du plat, si possible. (éviter les efforts physiques violents)

Le ton était ferme, médical.

Marcher, elle savait. Et elle aimait, beaucoup, passionnément. Ce qui était problématique, c’était la fin de la phrase : sur du plat, si possible. Il fallait trouver le plat dans un pays de creux, de bosses, de gorges, de causses, de montées, de descentes, de chemins caillouteux, escarpés, schiste, calcaire, il y avait le choix. Elle en connaissait des chemins où le corps s’échauffe, où les articulations sont des rouages d’une grande précision mécanique, où les muscles ne doivent pas être pris par surprise, où le souffle est en parfaite harmonie avec chaque pas, où une sorte de fluide de vie traverse votre corps, où on s’élève et où on a soudain l’impression d’être immortelle. Pendant ces marches, l’esprit ne prenait pas la poudre d’escampette, il était concentré, lucide. Les sens étaient aux aguets. Regarder ses pieds, éviter les obstacles cachés et parfois sournois : un trou dissimulé par une touffe d’herbes, des cailloux prêts à rouler sous vos pas, des plaques rendues glissantes par la pluie, un sentier coincé entre la paroi rocheuse et le vide. On s’arrêtait pour contempler le paysage, s’imprégner de la beauté, des pauses pour souffler et arrêter les emballements du cœur. Ces grands chemins, elle les retrouverait, plus tard.

Finalement, elle avait trouvé son plat. C’était un chemin banal, bitumé à certains endroits, doux et herbeux à d’autres. Il longeait la rivière qui coulait sereine et limpide, ou bien brunâtre et colérique, parfois presque à sec lors des étés caniculaires. Côté rivière, il était bordé d’arbres ou de buissons, de l’autre côté s’élevait un talus, parfois un mur où s’accrochaient des plantes des murailles obstinées à vivre coûte que coûte. Ce n’était pas un plat à couper le souffle et c’est ce qu’il lui fallait. Au fil des jours, elle l’avait apprivoisé. Son corps était en marche, mode normal. C’est l’esprit qui bouillonnait. Il faisait tout et n’importe quoi. Il cuisinait, jardinait, rangeait, triait, jetait, écrivait, démêlait des nœuds, des pelotes, tirait des fils, déterrait des souvenirs enfouis tellement loin qu’elle était étonnée de les voir surgir là sous ses pieds. Parfois, l’esprit stoppait net, comme un chien aux arrêts. Il était pris au dépourvu par le vol d’un héron effleurant l’eau de façon placide, par le bruissement des feuilles, par des éclaboussures argentées à la surface de l’eau. Alors le corps s’arrêtait pour reposer l’esprit.

Liliane Paffoni

Ma proposition d’écriture : Dans l’idée de La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, de Philippe Delerm et sur ce mode du petit rien qui éclaire la vie, je vous propose d’écrire un plaisir minuscule. En ces temps de confinement, vous avez dû prêter attention à bien des détails du quotidien, que ce soit du côté du corps, des sensations, de la nature, de la vie à deux, des enfants… L’enjeu est d’écrire ces petits moments de plaisir avec légèreté ! MS

Le remède du jour

« Si tu n’arrives pas à penser, marche, si tu penses trop, marche, si tu penses mal, marche encore. »
Jean Giono

« Rester assis le moins possible, n’accordez foi à aucune pensée qui ne soit née en plein air et en prenant librement du mouvement où les muscles soient à la fête. Tous les préjugés viennent du cul de plomb, c’est le véritable péché  contre l’esprit. »
Nietzsche. Crépuscule des idoles

[Merci, M.Jo)