Nuit d’écriture sur le mont Lozère

Ecrire une nuit et un jour sur le mont Lozère, c’était le défi que nous nous étions lancé avec le groupe de Florac un matin froid de février. Le thème « La nuit et l’intime » n’emporta d’abord pas l’unanimité mais les affinités firent le reste et c’est bien dix participant.e.s que j’accueillis avec mon hôtesse, Mireille, dans le magique hameau du Cros en cette fin de mai.

Les genêts avaient certes envahi la nature, l’enveloppant de leur parfum suave, signature du début de l’été, mais les soirées fraîches encore demandaient la chaleur d’une cheminée. C’est là que Mireille et Francis installèrent le chaudron pour la soupe du soir (entre autres agapes), dans l’ancienne étable à la grande mangeoire.

En attendant l’arrivée du groupe, mon hôtesse m’invita à visiter les alentours, perchée à l’arrière d’un quad. La pilote, c’est elle !

Et nous voilà parties, rebroussant chemin devant un troupeau de vachettes rousses aux jolis yeux maquillés venues à notre rencontre, et empruntant la piste qui surplombe les combes et permet d’admirer en contrebas moulins, granges, habitations. Et l’imposante minéralité de cette nature étourdie de bleu.

Les barrières de bois ouvrent sur des chemins d’écriture… tout ce qui traverse l’esprit, se chevauche, s’embrase, à l’arrière du quad… et que je ne retiendrai pas.

Je crois me souvenir qu’il s’agit d’un frêne double, « une rareté », me dit Mireille… Je le salue sans l’enlacer, le lieu est habité…

Après avoir écrit sur les sols, j’écrirais volontiers sur les toits…

Un moulin à céréales en bordure du chemin…

Et des ruines à rebâtir disséminées sur le territoire… Il émane quelque chose de la largeur des murs, de la profondeur des pierres, de leur agencement, du défi lancé au temps par les hommes qui s’installèrent ici.

Une ancienne école aux larges fenêtres…

Et c’est de nouveau la piste sèche et cahotante que nous suivons, moi accrochée comme je le peux à l’arrière, ma conductrice cheveux au vent, libre comme l’air !

La pierre à laine… où l’on venait battre les peaux de mouton si mes souvenirs sont corrects.

La soupe de Mireille… divine… un mélange d’herbes locales, ramassées dans les prés, de légumes frais, avec une tranche de poitrine de porc, un régal que nous avons dégusté tard dans la soirée, après l’apéro qu’accompagnaient les premières propositions d’écriture.

Et l’atelier traversa la nuit de 19 h jusqu’à 5 h du matin pour reprendre le lendemain
de 11 h à 14 h… Des extraits de textes écrits cette nuit-là suivront sur ce blog.

Photos : Marlen Sauvage

Beauté (2)

marlen-sauvage-mont-Lozere

« (…) de fait, notre sens du sacré, du divin, vient non de la seule constatation du vrai, c’est-à-dire de quelque chose qui effectue sa marche, qui assure son fonctionnement, mais bien plus de celle du beau, c’est-à-dire de quelque chose qui frappe par son énigmatique splendeur, qui éblouit et subjugue. »

François Cheng, Cinq méditations sur la beauté.

Photo : ©Marlen Sauvage